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Triple 9, un film de John Hillcoat : Critique

John Hillcoat a pris pour habitude de s’attaquer à différents genres pour les remodeler à sa façon, partir du classique pour offrir quelque chose d’original et d’inédit. Dans cette optique on se souvient surtout de ses trois derniers films, car en raison d’un début de carrière difficile ses deux premiers films sont passés inaperçus par chez nous, où il s’est attaqué avec brio au western, au road movie post-apo et au film de gangsters.

Synopsis : Des flics ripoux, travaillant pour la mafia russe, comptent détourner l’attention du cambriolage qu’ils veulent commettre en tuant l’un d’entre eux.

Rouge sang

Le voir se tourner vers le film policier pour son dernier long-métrage n’est donc pas surprenant et offre la promesse d’un renouveau pour un genre éculé qui s’embourbe dans la routine et l’ennui. Encore auréolé de son succès avec son The Road (La Route en français), il se munit ici d’un casting vaste et prestigieux pour un film qui nous est vendu comme le digne successeur du grandiose Heat de Michael Mann.

De prime abord, le scénario se montre déstabilisant. Multipliant les personnages et les points de vue quitte à embrasser les versants du film choral, tout en choisissant une forme elliptique où plusieurs jours peuvent se passer d’une scène à l’autre sans que cela soit mentionné, le film a une narration éparse qui se montre globalement confuse. Même si cela apporte de bons côtés comme la présence d’une intrigue allant droit au but, parvenant à éviter les digressions, et un certain sentimentalisme lourdaud, ce qui amène surtout un rythme incroyablement maîtrisé entre explosions d’adrénalines et moments plus lents, qui permet avant tout de faire une étude implacable et millimétrée de la spirale de la violence. Mais pour contrebalancer, cette forme du récit limite le champ d’action des personnages, beaucoup sont ainsi mis de côté et ne servent que d’éléments narratifs. Même si trois ou quatre sortent du lot et apporte un background plus convaincant, tout cela reste très limité et diffus. La relation qu’entretient le chef des braqueurs avec la mafia russe en est le parfait exemple. Néanmoins, malgré ses lacunes, le scénario fonctionne. Les dialogues sont suffisamment bien écrits pour rendre clairs les relations et enjeux moraux des personnages et le fatalisme du propos fait de l’ensemble une œuvre nihiliste et jusqu’au-boutiste qui fait sens dans la mesure où elle retranscrit avec justesse et réalisme la violence de cet univers. Plus que le destin des personnages ou les rouages de cette affaire, le film s’intéresse aux répercussions de ce style de vie qui impacte tout le monde pour que chacun paie le prix des décisions des autres d’une manière ou d’une autre. Le crime et la violence ont leurs propres codes et leurs règles, et le récit parvient à les décortiquer sans concessions et sans tomber dans la moralisation. Ce qui en fait toute sa saveur.

 En raison de la sous-exploitation de certains personnages, il était à craindre que certains acteurs aient à en pâtir. C’est le cas de Gal Gadot dont l’importance peine à justifier d’un rôle dans ce polar. On regrettera aussi que d’autres soient cantonnés à des rôles bien trop caricaturaux comme Casey Affleck, effacé en flic chevronné, Kate Winslet, pas particulièrement mémorable en chef de la mafia russe, ou Aaron Paul, qui reste dans le même registre de jeu que dans Breaking Bad mais en bien plus stéréotypé ici. Heureusement certains acteurs arrivent à sortir des sentiers battus, quitte à donner de leur personne. On pense notamment à Chiwetel Ejiofor, impeccable en braqueur à la psychologie trouble, jouant ici le rôle le plus nuancé du film, Anthony Mackie parvenant à transmettre avec beaucoup de justesse les enjeux moraux d’un flic ripou entre sens du devoir et besoin de se protéger à tout prix et Woody Harrelson excellent dans son rôle de flic bourru, plus complexe et intéressant qu’il n’y parait.

Le travail de réalisation sur l’esthétisation de la violence est vraiment bien pensé. Bien aidé par une photographie granuleuse et sèche qui joue beaucoup sur les nuances de rouges pour retranscrire une atmosphère sale et malaisante, le film se fait d’ailleurs le pari d’utiliser le rouge du sang qui ici, éclabousse littéralement l’écran, imprègne la rétine et tache l’image dans chaque plan. Le rouge est ainsi omniprésent et accentue bien le propos du film grâce à des jeux de lumières et de couleurs astucieux. Le montage elliptique est bien géré, ne se perd jamais dans le rythme ni dans l’action grâce à un découpage nerveux qui facilite la lisibilité et appuie sur l’aspect viscéral des scènes, le tout étant aussi soutenu par une musique prenante et brutale signée Atticus Ross. La mise en scène de John Hillcoat est donc tendue, presque documentaire dans sa manière de retransmettre la violence avec beaucoup de réalisme à travers de formidables scènes d’actions et de tension. Citant Michael Mann ou Sam Peckinpah sans jamais les plagier ou se laisser submerger par les influences. Hillcoat arrive à trouver un bon équilibre pour signer un film qui lui est propre. On peut par contre regretter qu’il ne chamboule pas plus que ça le polar, même s’il prend une approche que l’on ne voit que trop peu ces dernières années.

Triple 9 est donc un très bon film. Polar solide, tendu et implacable mais pas aussi révolutionnaire que l’on aurait pu s’y attendre, surtout de la part de John Hillcoat, Triple 9 tire surtout son originalité de l’approche choisi par son scénario qui entraîne hélas une narration confuse et un traitement des personnages qui restent en surface n’impliquant pas le spectateur. La mise en scène reste toutefois de haute voltige et permet d’avoir une œuvre rondement menée, accompagnée d’un casting globalement bon mais aux fulgurances un peu timides. A défaut de se retrouver devant le renouveau du film policier, on se retrouve quand même devant sa meilleure itération depuis années. Une œuvre, très satisfaisante malgré ses imperfections et qui parvient à créer de vraies moments de tension et de belles sensations de cinéma.

Triple 9 : Bande annonce

Triple 9 : Fiche technique

Réalisateur: John Hillcoat
Scénario : Matt Cook
Interprétation: Casey Affleck (Chris Allen), Chiwetel Ejiofor (Michael Belmont), Anthony Mackie (Marcus Atwood), Aaron Paul (Gabe Welch), Woody Harrelson (Jeffrey Allen), Kate Winslet (Irina Vlaslov), Norman Reedus (Russel Welch), Gal Gadot (Elena), …
Image: Nicolas Karakatsanis
Montage: Dylan Tichenor
Musique: Bobby Krlic, Atticus Ross, Leopold Ross et Claudia Sarne
Décor : Jacqueline Jacobson Scarfo
Producteur : Marc Butan, Bard Dorros, Anthony Katagas, Keith Redmon et Christopher Woodrow
Société de production : Bloom, Netter Productions et Waypoint Entertainment
Distributeur : Mars Distribution
Durée : 115 minutes
Genre: Policier
Date de sortie : 16 mars 2016

Etats-Unis – 2016

La résurrection du Christ, un film de Kevin Reynolds : Critique

Les fans de Kevin Costner -si tant est qu’il en reste- savent qu’ils doivent à Kevin Reynolds deux des films les plus renommés de la star du début des années 90 (Robin des Bois et Waterworld), mais le réalisateur n’a plus donné de nouvelles depuis une bonne dizaine d’années.

Synopsis : En 33 après Jésus Christ, Clavius est un centurion au service de Ponce Pilate, le préfet de Judée. Une prophétie se répand  parmi les sujets juifs comme quoi un condamné à mort va ressusciter et guider le peuple vers sa libération. Afin d’éviter une quelconque menace à l’ordre établi par l’Empire romain, il est chargé d’éviter que cette prédiction ne devienne réalité.

Leçon de catéchisme

A la vue du long-métrage avec lequel il nous revient à présent, il semble évident que cette absence fut le fruit d’une quête mystique qui se serait soldée par une épiphanie toute chrétienne. En effet, avec cet énième récit biblique, le réalisateur nous offre sa version des jours qui ont suivi la crucifixion de Jésus Christ en adoptant le point de vue d’un tribun romain. De ce point de départ –qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui du film que tourne George Clooney dans le dernier film des frères Coen, Ave César-, le scénario démarre en utilisant les codes d’un polar que l’on aurait transposé 20 siècles en arrière. Une bonne idée donc, mais un traitement bien moins pertinent.

Dès le départ, la qualité esthétique assez déplorable, surtout visible dans la photographie désuète et le minimalisme des décors (majoritairement des ruines embellies par une direction artistique assez habile, il faut le reconnaître), rend le film très loin du faste des grandes épopées bibliques auxquelles Hollywood nous a habitués. Le constat aurait pu être bénéfique s’il avait été utilisé à bon escient mais, dès la scène d’ouverture, le réalisateur fait preuve d’une volonté de grand spectacle que l’humilité de son budget ne lui permet pas. De la même manière, l’idée d’adapter le point de vue d’un romain et non pas celui d’un des apôtres était un excellent moyen de poser sur la naissance du christianisme un regard exempt d’une bigoterie lourdaude. Mais ce que l’on remarque tout aussi vite c’est que le discours religieux de ce romain incarné par Joseph Fiennes n’est absolument, comme cela serait historiquement logique, celui du polythéisme mais se rapproche d’un rationalisme tout ce qu’il y a de plus moderne.

Davantage qu’une simple incohérence historique, le matérialisme du héros et sa confrontation à une christianisation balbutiante, présentée non pas comme une secte minoritaire mais comme une vérité indiscutable, sont le prétexte à une dénonciation assez perverse de la laïcisation actuelle. C’est là l’axe de lecture d’une première moitié qui prend l’allure d’une enquête d’un athée sur une croyance qui le dépasse. Puis, à mi-parcours, Clavius rencontre Jésus. Précisons que celui est interprété par un Cliff Curtis aussi peu convaincant qu’à l’accoutumée. Et là, patatras, alors que le romain se convertit dans un éveil spirituel quelque peu brutal le film sombre dans le prêchi-prêcha qu’il avait malgré tout jusque-là évité. Le scénario ne fera alors plus que suivre le groupe d’apôtres dans leur traversée du désert ne servant qu’à épaissir la dévotion cagote qui l’anime  avec, en conclusion, une légère montée de la tension purement superficielle.

Cette Résurrection du Christ est une reconstitution historique parfaitement erronée qui n’a pour buts que de prêcher les convaincus du dogme chrétien et de décrédibiliser, en le renvoyant à une mentalité digne des odieux oppresseurs antiques, tout discours qui aurait l’affront de le remettre en question.

La résurrection du Christ : Bande-annonce

La résurrection du Christ : Fiche technique

Réalisateur : Kevin Reynolds
Scénario : Kevin Reynolds, Paul Aiello
Interprétation :  Joseph Fiennes (Clavius), Tom Felton (Lucius), Cliff Curtis (Jésus), Peter Firth (Ponce Pilate), Stephen Hagan (Bartholomé), María Botto (Mary Magdalene)…
Photographie :  Lorenzo Senatore
Montage :  Steve Mirkovich
Musique : Roque Baños
Direction artistique : Ino Bonello, Gabriel Liste, Eugenio Ulissi
Producteurs :  Patrick Aiello, Mickey Liddell, Pete Shilaimon
Sociétés de production :  Columbia Pictures, LD Entertainment, Patrick Aiello Productions
Distribution (France) : Sony Pictures Releasing France
Durée : 107 minutes
Genre :  Historique, fantastique, thriller
Date de sortie : 4 mai 2016

Etats-Unis – 2016

 

Les Beaux Malaises, une série de Martin Matte : Critique

Quand il s’agit de séries, les mois de mars et avril ne sont pas toujours très réjouissants. Cette période marque en effet la fin de ce que l’on a passé l’hiver à suivre. How To Get Away With Murder, Superstore, Brooklyn Nine Nine, Billions (le 10 avril)… Les Beaux Malaises n’est pas en reste.

Synopsis : Martin Matte n’a pas une vie simple. En fait, sa vie est aussi compliquée que celle des téléspectateurs. Martin se heurte à la rudesse du quotidien familial, à la complexité des relations amicales et à la bêtise de la société. Et pour une fois, Martin Matte n’est pas toujours à son avantage ! Éducation, ambition, amour, amitié, vieillesse, consommation, sexualité, argent, notoriété, intimidation, routine, maladie, toutes les raisons sont bonnes pour virer au cauchemar et faire passer du rire au malaise. De beaux malaises. Martin provoque des malaises, en subit. Les beaux malaises, c’est la chronique du quotidien de Martin, une vie aussi simplement compliquée que celle de n’importe qui. Mais une chose demeure : Martin Matte n’est pas n’importe qui.

Et la pilule est d’autant plus difficile à passer que cette troisième saison sembre être la dernière. Le 32ème épisode est diffusé mercredi 16 mars sur TVA. Mais, amis sériphiles, réjouissons-nous, les Upfronts ne vont pas tarder à tomber (fin du mois de mai) ! Et puisque la déferlante québécoise est sans précédent, il faut s’attendre à recevoir, sous les traits de Frank Dubosc, un remake français (oui, le mot et le concept hérissent aussi notre poil à la rédaction) et d’autres européens. Sur les ondes depuis le 22 janvier 2014 et réunissant plus de 2,2 millions de téléspectateurs (record d’audience de la chaîne), la sitcom est portée par Martin Matte (comparé à Louie C.K québécois), un très grand humoriste à la notoriété nationale qui n’est plus à contredire. Mises en abyme, satires des incohérences quotidiennes (on se rappellera du colis impossible à retirer au bureau de Poste), clivages genrés et problématiques socio-existentielles, l’originalité des Beaux Malaises tient dans son approche dramaturgique et la tendresse exemplaire portée sur ses personnages.

En plus de dépeindre des personnages pittoresques, remettant en question la notion même de stéréotype, la comédie familiale tire toujours vers le haut son potentiel à coup d’intelligentes récurrences (la danse décomplexée finale accompagnée d’une musique folk country), d’une bonne dose d’autodérision et de connivence avec des guests (à souligner Louie José Houde en pervers et Pierre Brassard alias Ridge Taylor dans Le Coeur a ses raisons en nouvelle copine transsexuelle de Jeff) et surtout avec le spectateur par des adresses caméra et un retour sur épisode (voir « Les Bonnes Vibrations » et Monique qui se répète). Le « rire de soi » est devenu monnaie courante, si ce n’est l’ingrédient principal des dramédies self centred type Girl, Transparent, Master of None, You’re The Worst, Togetherness ou Casual. Le degré de « centré sur soi » varie et n’est pas aussi pesant selon les séries. Cela dépend de la structure dramaturgique et de la charge scénaristique. La parenthèse ouverte n’est que pour souligner l’importance, ces dernières années, de personnalités qui mettent en scène leur quotidien à des fins zygomatiques. Martin Matte trouve, la plupart du temps pour ne pas dire toujours, le ton juste. A de trop nombreuses reprises, il est regrettable de le voir incapable de : monter une toilette, accrocher un cadre ou installer un gradateur mural, et dans cette veine, on comprend mal pourquoi la vessie qui fuit devient la meilleure réponse à une situation où le malaise est synonyme de peur. L’incompétence permet à tout un chacun de se valoriser en poussant l’injure et la colère jusqu’au sourire et cet objectif est remarquable. Les déclinaisons du malaise comme moteur principal de l’intrigue sont variables à quasi-l’infini : en public, dû à une notoriété presque toujours gênante, en famille face à ses enfants philosophes, avec ses amis aux mœurs différentes… Et en cela, notre rapport propre à ce qui est traité est questionné, créant davantage de connivence et d’empathie.

Parmi ces personnages haut en couleur, on note : une mère s’obstinant à acheter des bières imbuvables ; une mamie loquace et libertine radotant souvent ; une épouse sur le retrait lassée des simagrées de son mari, aussi maligne que pudique (prête à montrer ses seins pour un nouveau grille-pain, mais incapable de changer les piles de la télécommande ou préférant s’effacer derrière son mari face à une situation inextricable) ; deux meilleurs amis faire-valoir (le point faible de toute la série!), l’un à la sexualité débridée, l’autre souffre douleur qui ne joue jamais au tennis (le pathétisme instaure un nouveau malaise difficilement appréciable) ; deux enfants qui apparaissent assez souvent comme subissant (la scène de la partie de foot entre père et fils crée un malaise chez le spectateur, qui n’était pas désiré semble-t-il, tandis que la fille qui trouve que son père n’est pas drôle correspond davantage à l’humour grinçant auto-dérisoire) ; un frère légèrement déficient mentalement ; un psychologue désabusé ; une marionnette pour le subconscient ; une professeure « c’est trop pour moi »… Si derrière ces portraits se cachent beaucoup de bienveillance et de réelle affection, ils n’en restent pas moins pour la plupart sous-exploités. Mais entre le désir du fan d’en savoir plus et le réel intérêt, sans doute tiraillé, du producteur/acteur/créateur/humoriste se situe un équilibre qui aurait mérité d’être approfondi.

La durée de l’épisode de 20 minutes, presque trop courte et pourtant idéale, ne contribue pas à cette impression de manque ressenti par un amour certain pour la série (qui en aucun cas défavorise l’avis, bien au contraire !). Peut-être que 10 minutes supplémentaires auraient suffit à compléter le background familial. De ce fait, il nous est permis de remarquer que Martin Matte focalise la situation gênante sur l’instant présent avant de préférer développer l’historicité de chacun des personnages. On regrette de n’en savoir pas plus sur le trio restant : Martin Matte, son frère et sa mère. Il en va de même concernant l’absence quasi-totale d’informations sur ce qu’était Julie avant de rencontrer Martin, le point de vue des enfants, personnages presque prétextes au regard parental démiurge (quoique Florence prend davantage d’importance dans cette saison 3) ou encore les connexions entre Pat, Jeff et Martin (à ce titre, l’épisode 16 « l’amitié » dans lequel on les retrouve au camping, est d’un génie savoureux). Par cette approche, Les Beaux Malaises décide d’effleurer ou de pointer du doigt plutôt que de creuser. Le choix est respectable. La série finit de toute façon par se développer sur la durée.

Les Beaux Malaises, avec ce quelque chose de très simpsonnien, a le mérite indéniable de nous installer à table avec eux, dormir dans les même draps, nous faire asseoir dans la place la plus chaude du canapé, bref de vivre à leur côté. C’est ainsi que l’on connait par cœur « Si J’étais un homme » de Diane Tell, qu’on se répète « Routine, je te tue », qu’on a peur d’aller voir le médecin ou qu’on ne peut s’empêcher de rire (jaune) face à n’importe quel agent d’accueil – s’imaginant par avance la difficulté de se faire comprendre face à leur certaine nonchalance -, qu’on aime une glace en solo avant qu’elle ne termine sur le pavé, que notre répertoire musical franchisse quelques frontières (Damien Robitaille, Eric Goulet et la reprise de Possession Simple « Comme un cave », Keith Kouna, Patrick Wilson) … Alors certes, la réponse désabusée est systématique, mais la notoriété devient grâce à Martin Matte un rêve amer, une simple réalité déconcertante. Tel un journal intime, chaque épisode devient un souvenir qui nous est propre, par l’intermédiaire d’une chanson à la fois kitsch et entraînante, ou profonde et poignante. Et si pour être héroïque il fallait assumer faire dans son pantalon, alors en chacun de nous se dissimule un véritable comique. Moderne et épique, les Beaux Malaises se transforme en un nouveau deuil. Un des plus durs à surmonter. Et puis mer***de à la fin, on avait dit quoi à propos de 2016 ?!!! Heureusement que l’aventure se poursuit sur internet avec des contenus web exclusifs (talk show, secrets professionnels et malaises de chums).

UPDATE : Martin Matte avoue écrire deux autres épisodes. Il confesse aussi sur son facebook, étendre le plaisir les deux prochaines semaines avec un épisode bloopers et un best-off !

[Extraits] Les Beaux Malaises

Episode 15

https://www.youtube.com/watch?v=ioUK6I73_bk

Les Beaux Malaises : Fiche Technique

Créée par Martin Matte
Ecrite par Martin Matte et François Avard
Réalisée par Francis Leclerc
Casting : Martin Matte, Julie Le Breton, Émilie Bierre (Florence), Charles William Ross (Léo), Michèle Deslauriers (Monique), Fabien Cloutier (Marc-André, le frère handicapé), Patrice Robitaille (Patrick), Martin Perizzolo (Jean-François), Catherine Proulx-Lemay (Véronique), Alexis Martin (le psychologue) …
Musique originale : Fred Fortin
Photographie : Steve Asselin
Directeur artistique : Jean Babin
Directrice de costumes :Anne-Karine Gauthie
Monteuse : Isabelle Malenfant
Casting : Brigitte Viau, Isabelle Thez-Axelrad
Décors : Sébastien Harnois
Producteur : Isabelle Thiffault et Vincent Gagné (Productions les beaux malaises inc.)
Durée : 10 x 20′ (par saison)
Episodes : 32 (dont 2 spéciaux, 0 « Les Beaux Bloopers » et 11 « Les Beaux Noëls »)
Pays : Canada
Chaîne : TVA

 

 

Grimsby, Agent trop spécial, un film de Louis Leterrier : Critique

Sur le papier il y a de quoi s’interroger : Louis Leterrier qui s’essaie à la comédie britannique est une idée terriblement incongrue. Le réalisateur français sortie de l’écurie Besson s’est en effet illustré à Hollywood dans les actionners assez bas de plafond (les deux premiers Transporteur, L’Incroyable Hulk et le dytique Le choc/La colère des Titans) avant de surprendre tout le monde avec un thriller bien plus astucieux, Insaisissables.

Synopsis : A Grimsby, une ville portuaire du nord de l’Angleterre, Nobby Butcher est un chômeur qui vit avec sa copine et ses neuf enfants. La seule ombre à son bonheur est le souvenir de son petit frère, Sebastian, disparu 28 ans plus tôt. Le jour où il apprend où le retrouver, il n’hésitera pas à aller à sa rencontre. Il ignore toutefois que son frère est devenu un agent secret émérite. Les retrouvailles vont entraîner les deux frères dans une folle aventure en binôme aux quatre coins du monde.

Amour fraternel et dilatations rectales

En regardant Grimsby, on comprend rapidement pourquoi, en l’écrivant, Sacha Baron Cohen a décidé d’en remettre la réalisation à un yes-man spécialiste du cinéma d’action plutôt que de la laisser à Larry Charles, metteur en scène de ses trois précédents films. De fait, même s’il en est le réalisateur, Leterrier est bien moins celui à qui le film doit être accordé, qu’à Baron Cohen, son véritable auteur. L’acteur transformiste révélé en Grande-Bretagne par son émission Da Ali G Show, puis par les comédies Ali G, Borat, Brüno et The Dictator poursuit son goût pour la provocation outrancière via des parodies en s’attaquant à la plus sacrée des institutions du cinéma britannique : James Bond. Un an à peine après Kingsman, Mark Strong se retrouve donc à nouveau dans la peau d’un nouvel ersatz d’agent secret, mais cette fois-ci dans une version bien plus musclée que la variation très classe qu’en donnait Matthew Vaughn.

Davantage que des codes du film d’espionnage classique, ce dont veut se moquer Sacha Baron Cohen c’est de la classe ouvrière anglaise et de tous les pires clichés qui l’entourent. Il apparaît donc grimé en ce qu’aurait pu être un Jeff Tuche dans un film de Ken Loach : Un pur produit de la culture beauf, ne vivant que pour regarder des matchs de foot dans le pub du coin et pour son goût immodéré pour la bière. Un stéréotype d’une profonde grossièreté donc. Par son humour résolument trash et borderline, qui monte crescendo dans l’outrance, Sacha Baron Cohen prouve son absence totale d’autocensure. C’est justement cette retenue qui plombe complètement les tentatives hexagonales de faire des grosses blagues qui tâchent des films marquants. En effet, lorsque les comédies françaises adoptent le mauvais goût de leurs modèles anglo-saxons, elles semblent bien incapables de faire de leur vulgarité une forme de transgression (on pense notamment aux récents Babysitting 2 ou Pattaya, incapables de satisfaire leur volonté de ne pas paraître trop mainstream). Evidemment, de tels gags politiquement incorrects déplairont à quiconque espère trouver dans cette comédie une once de finesse, mais les spectateurs qui apprécient déjà l’humour controversé du comédien ne pourront que  se réjouir de le voir pousser toujours plus loin les limites de l’indécence. Mais, que l’on soit écœurés ou hilares devant certaines des situations les plus choquantes, le simple fait qu’elles fassent effet en font d’ores et déjà des scènes cultes.

Mais, au-delà de sa satire sociale caricaturale, de ses références culturelles cinglantes et de ses gags cradingues parfois embarrassants, Grimsby est également un film d’action dont l’enjeu principal est la réconciliation entre deux frères. C’est incontestablement dans cette approche que l’on peut reprocher à Leterrier de faire souffrir au long-métrage de davantage de lourdeurs que ne le fait l’humour indélicat de Baron Cohen. Comme souvent chez lui, les scènes d’action sont rendues illisibles par un surdécoupage maladroit. L’usage d’un point de vue subjectif, justifié par la présence de lentilles-caméra, satisfera toutefois les amateurs de jeux-vidéos. En ce qui concerne la mise en place de l’intensité émotionnelle entre les deux personnages, elle est illustrée par une démultiplication de flash-backs assez poussifs. Il aurait été préférable que la vulgarité de l’humour soit contrebalancée par une mise en scène plus subtile. Le talent des deux acteurs réussit toutefois à rendre les deux frangins attachants malgré leurs défauts respectifs. Dans son rôle de loser repoussant, Sacha Baron Cohen réussit à dépasser le carcan de son stéréotype poissard, et ce grâce à la bonne idée du scénario de se délocaliser d’abord en Afrique puis en Amérique du Sud afin de ne tourner en rond autour de la moquerie intempestive de ceux qui seront désignés sous le surnom peu flatteur de « sous-merde prolo ». De ces personnages représentés de manière pour le moins péjoratives, on sera d’ailleurs rassuré de voir que le film va finalement prendre la défense à travers un monologue enthousiasmant dans le dernier acte et dans la transformation d’une bande de hooligans en un deus ex machina qui réussira là où les prétendus héros ont échoué. De son côté, Mark Strong est excellent en super-agent, incarnant parfaitement la façon dont le fameux flegme british peut être remis en cause par la nostalgie et les liens du sang. On remarquera également la présence de Rebel Wilson qui, comme à son habitude, joue de son physique pour contribuer à l’imagerie peu ragoutante que le film donne de ses personnages.

Répugnant et injurieux pour certains, la drôlesse littéralement couillue dont fait preuve Sacha Baron Cohen atteint un nouveau stade dans sa volonté de susciter la polémique. La tendresse envers les clichés dont il joue et l’émotion au cœur de la dramaturgie sont noyés par le choc de certaines scènes marquantes mais réussissent à élever Grimsby au-dessus de la provocation gratuite.

Grimsby, agent trop spécial : Bande-annonce (VF)

Grimsby, agent trop spécial : Fiche technique

Titre original : Grimsby
Réalisateur : Louis Leterrier
Scénario : Sacha Baron Cohen, Phil Johnston, Peter Baynham
Interprétation : Sacha Baron Cohen (Norman ‘Nobby’ Grimsby), Mark Strong (Sebastian Grimsby), Penélope Cruz (Rhonda George), Rebel Wilson (Dawn), Isla Fisher (Jodie), Ian McShane (le directeur du MI6)…
Direction artistique : Stuart Kearns
Photographie :  Oliver Wood
Montage :  Jonathan Amos, Evan Henke, James Thomas
Musique :  David Buckley, Erran Baron Cohen
Producteurs : Peter Baynham, Tim Bevan, James Biddle, Eric Fellner, Anthony Hines, Phil Johnston, Adam McKay, Louise Rosner, Todd Schulman, Ben Waisbren
Société de production :   Columbia Pictures, Village Roadshow Studios
Distribution (France) : Sony Pictures Releasing France
Durée : 83 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 13 avril 2016

Etats-Unis – 2015

Mardi 15 mars : Showeb Printemps 2016

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Showeb Printemps 2016 : LeMagduCiné dresse le bilan

Le bilan de cette édition du Showeb du Printemps 2016 est sous le signe du paradoxe : D’une part, il fut rassurant de constater que l’événement est de mieux en mieux organisé et pris au sérieux par les distributeurs, la preuve en est la présence d’intervenants pour chaque studio. D’autre part, on ne peut être que déçu du nombre réduit de distributeurs présents et, façon inhérente, de surprises et d’exclusivité de leur part, un constat qui annonce le peu de bons films que nous promettent les six prochains mois… mais, ça, on le savait déjà.

Comme à l’accoutumée, les distributeurs ont annoncé un à un leur line-up en l’illustrant d’images et de bandes-annonces.

Le premier d’entre-eux fut LA BELLE COMPANY qui nous a présenté 4 films :

  • Norm (sortie le 21 décembre), un film d’animation sur un ours polaire à New-York.
  • Ratchet et Clank (sortie le 13 avril), une adaptation du jeu vidéo, dont la nouvelle version sortira en même temps sur PS4.
  • Toril (sortie le 11 mai), dont on n’a pas vu grand-chose mais dont la présence de Vincent Rottiers au casting laisse présager le meilleur.
  • Truman (sortie le 16 juillet), une comédie espagnole sur deux amis et un chien.

WILD BUNCH, après la bande-annonce de 99 Homes, nous a ensuite révélé qu’un troisième opus de Les Enquêtes du Département V, intitulé Délivrance, sortira début mai en e-cinéma. Nous furent également présentés  les films étrangers:

  • Neruda (pas de date de sortie), un biopic du poète chilien Pablo Neruda par Pablo Larraín.
  • Sieranevada (pas de date de sortie), le nouveau Cristi Puiu qui nous fait suivre le quotidien d’une famille roumaine.
  • The sense of an ending (pas de date de sortie), avec Jim Broadbent et Charlotte Rampling.

Puis des films français (ou au moins coproduits en France):

  • Quand on a 17 ans (sortie le 30 mars), le nouveau film d’André Téchiné
  • Les Habitants (sortie le 27 avril), le nouveau documentaire de Raymond Depardon qui nous fait vivre son tour de France en caravane.
  • Les enfants de la chance (sortie le 7 septembre), une comédie avec Philippe Torreton
  • L’histoire de l’amour (pas de date de sortie), un drame sur les immigrés polonais à New-York.
  • A fond (sortie le 21 décembre), une comédie avec José Garcia en père de famille en vacances.
  • Ils sont partout (pas de date de sortie), une comédie française sur l’antisémitisme avec Benoît Poelvoorde et François Damiens.
  • Nocturama (pas de date de sortie) le nouveau Bertrand Bonello avec Finnegan Oldfield, Vincent Rottiers.
  • La danseuse (pas de date de sortie), le biopic d’une danseuse américaine devenue une star en France au début du 20ème siècle.
  • La tortue rouge (sortie le 29 juin), la dernière animation des Studios Ghibli.
  • L’Odyssée (sortie le 12 Octobre), le biopic sur le Commandant Cousteau porté par Lambert Wilson, Pierre Niney et Audrey Tautou.

EPICENTRE nous a ensuite présenté les bandes annonces des documentaires :

  • Visites ou mémoires et confessions (sortie le 6 avril), le dernier film de Manoel de Oliveira (RIP)
  • Olmo et la mouette (sortie le 7 juillet), sur une actrice devant jouer la pièce de Tcheckov.

Mais, ils nous ont surtout présenté, en présence des deux acteurs principaux, Théo et Hugo sont dans un bateau (sortie le 27 avril), le prochain caillou dans la chaussure de Promouvoir.

JOUR DE FETE nous a annoncé que, suite au succès de Merci Patron !, François Ruffin son réalisateur est en préparation de Merci Myriam ! (dédié à la loi El Khomry) mais dont la distribution se fera lors d’une sortie en salles ou uniquement en guise de bonus au DVD. La société nous a également présenté les bandes annonces de :

  • No Land’s song (sortie le 16 mars), un documentaire sur des iraniennes revendiquant leur droit de s’exprimer en chanson.
  • Free to Run (sortie le 13 avril), un historique de la course à pied de 1950 à nos jours.
  • Baden Baden (sortie le 4 mai), une comédie dramatique sur une jeune femme qui essaie de fabriquer une douche à sa grand-mère.
  • Le professeur de violon (sortie le 22 juin)

UNIVERSAL nous ont présenté leurs prochaines grosses productions attendues :

  • Le Chasseur et la reine des glaces (sortie le 20 avril), le prequel de la relecture du mythe de Blanche-Neige.
  • Warcraft (sortie le 25 mai), l’adaptation du célèbre jeu vidéo d’héroic-fantasy dont l’extrait diffusé nous confirme qu’il en a totalement adopté le visuel.
  • American Nighmare 3 (sortie le 29 aout), qui va tenter de donner une dimension politique à la saga horrifique
  • Nos pires voisins 2 (sortie le 6 juillet), la suite de la comédie opposant Zach Ephron et Seth Rogen
  • Comme des bêtes (sortie le 27 juillet), un film d’animation sur la vie secrète de nos animaux de compagnie
  • Jason Bourne (sortie le 10 aout), la suite des aventures de l’agent secret incarné par Matt Damon.

Ainsi que, en exclusivité, des images de La grande muraille, un film d’héroic-fantasy qui sortira en janvier prochain.

Après une pause déjeuner bien méritée, METROPOLITAN s’est fait pardonner de son absence en nous permettant de découvrir en intégralité et en avant-première un film tout juste sorti de post-production :

  • Le voyage de Fanny (sortie le 18 mai), un film de Lola Doillon sur un groupe d’enfants juifs contraints de fuir l’Occupation nazie. Un long-métrage très émouvant grâce au point de vue qu’il emprunte aux enfants et qui saura faire découvrir aux plus jeunes cette fameuse page noire de notre Histoire.

STUDIO CANAL nous a quant à lui présenté les bandes-annonces suivantes:

  • Bastille Day (sortie le 13 juillet), un polar musclé avec Idris Elba se déroulant à Paris.
  • Five (sortie le 30 mars), la comédie de potes portée notamment par Pierre Niney.
  • A bigger Splash (sortie le 6 avril), un remake sulfureux de La Piscine avec Tilda Swinton en star du rock entourée de Ralph Fiennes, Dakota Johnson et Matthias Schoenaerts.
  • Un traître idéal (sortie le 15 juin), un film d’espionnage adapté de John Le Carré avec Ewan McGregor.
  • A war (sortie le 1er juin), un film de guerre danois réalisé par Tobias Lindholm.
  • Primaire (sortie prévue pour la rentrée en septembre), avec Sara Forestier en institutrice d’une classe de CM2.
  • Robinson Crusoé (sortie le 20 avril), une relecture animée du célèbre roman de Daniel Defoe en 3D.

Nous ont également été évoqués, sans images, des films plus lointains :

  • Bridget Jones Baby (sortie le 05 octobre), le retour tant attendu du personnage de Renée Zellweger.
  • La folle aventure de Max et Léon (sortie le 2 novembre), une comédie conçue par les trublions du PalmaShow.

VERSION ORIGINALE CONDOR nous a présenté un seul et unique film : Desierto (sortie le 13 avril), réalisé par Jonas Cuaron, fils d’Alfonso, qui met en scène une chasse à l’homme entre Gael Garcia Bernal et Joeffrey Dean Morgan à la frontière mexicaine.

Et enfin DISNEY nous a diffusé les bandes-annonces – qui ont déjà fait le tour du net – de Le livre de la jungle (sortie le 13 avril), Alice de l’autre côté du miroir (sortie le 1er juin), Peter et Elliott le dragon (sortie le 17 août) et Captain America : Civil War (sortie le 27 avril).

Sans surprises, nous n’avons eu aucune nouvelle image de la part de Marvel ou LucasFilms. Nous avons cependant vu des scènes inédites des deux prochains films d’animations :

  • Le monde de Dory (sortie le 22 juin), la suite des aventures des personnages du Monde de Nemo par Pixar.
  • Vaiana, la légende du bout du monde (sortie le 30 novembre), un conte polynésien imaginé par les studios Disney Animations.

Le Showeb du Printemps 2016 s’est achevé par la diffusion en avant-première de la comédie Grimsby : Agent trop spécial, une comédie d’espionnage scénarisée et interprétée par Sacha Baron Cohen qui, plus que jamais, ne s’interdit rien.

Au final, on peut qualifier ce Showeb de décevant du fait du nombre de studios qui n’ont pas joué le jeu de venir nous présenter leurs prochaines sorties (on pense notamment à Gaumont et Pathé présents aux sessions précédentes), que les organisateurs ont dû combler en diffusant deux films au lieu d’un seul comme d’habitude, ainsi que de la frilosité des studios étrangers, ce qui nous a limité à découvrir essentiellement des productions françaises.

Rencontre avec Liv Corfixen et Nicolas Winding Refn pour My Life Directed by Nicolas Winding Refn

Rencontre avec la réalisatrice Liv Corfixen et son génial mari cinéaste Nicolas Winding Refn

Comment concilier sa carrière d’artiste avec sa vie de père de famille ? C’est la question centrale de ce document très intime.

 Le film a suivi Nicolas Winding Refn de la pré-production du film Only God Forgives, au cours de laquelle il a amené sa famille avec lui pendant 6 mois à Bangkok, jusqu’à la présentation du film au Festival de Cannes.

De son rapport très spécial avec Alejandro Jodorowsky à son amitié très forte avec Ryan Gosling, MY LIFE DIRECTED BY NICOLAS WINDING REFN nous plonge au cœur du processus créatif et de la vie privée d’un des plus grands réalisateurs du XXIème siècle.

              Le lundi 7 mars 2016, CineSeriesMag s’est rendu à l’avant-première de My Life Directed by Nicolas Winding Refn, film documentaire réalisé par sa femme Liv Corfixen pendant la période de production de son film Only God Forgives (2013), et captant le quotidien amoureux, familial et professionnel du couple. Vous pouvez en retrouver la critique ici.

            Après la projection du film s’est tenue une longue séance de questions-réponses. D’emblée, une première personne parle du rapport du cinéaste à l’image, d’une manière qu’on pourrait qualifier de maladroite ; ce dernier dira laconiquement « yes ». Puis elle demande au réalisateur danois ce qu’est le cinéma, ce dernier répond : « Really ?! », amusant alors le public. Nous avons pu capter une grande partie de cet entretien de manière improvisée. Vous pouvez donc trouver ci-dessous cette importante partie filmée avec les défauts dus à l’improvisation : son faible (qu’il vous faudra compenser chez vous en augmentant tous les volumes sonores après un panneau d’annonce), cadrage médiocre… Nous nous en excusons, mais nous avons jugé assez correcte la vidéo pour la mettre en ligne et partager l’expérience avec vous. Faute de batterie – non, l’utilisation du verbe « improviser » n’était pas exagérée –, nous avons poursuivi la captation de l’événement par écrit.

Nicolas Winding Refn a-t-il contaminé sa femme quant aux ambitions cinématographiques ?

            « Je n’en ai pas eu l’impression, je ne suis pas aussi ambitieuse que Nicolas », répond Liv Corfixen. « Si ça allait tant mieux, sinon je laissais tomber ».

CineSeriesMag – Dans le film, NWR déclare en colère et usé trouver mauvais et raté Only God Forgives, qu’en est-il aujourd’hui ?

            « I’m very proud of it » (J’en suis très fier), dit-il. « I think it’s a masterpiece » (Je pense que c’est un chef-d’œuvre) continue-t-il. Il explique alors son rapport au film : « Sometime we hate it, sometime we love it » (À certains moments, on le déteste, à d’autres, on l’adore), avant de poursuivre : « On passe par différentes étapes, notamment dans l’idée de détester le film… C’est comme être marié (It’s like be married !) ».

Liv déclare alors : « See, he’s not easy living » (Vous voyez, il n’est pas facile à vivre), ce à quoi son mari lui répondit : « You’re not so easy too », (Tu n’es pas facile à vivre non plus), provoquant des rires dans la salle.

CSM – Les plans filmés par NWR étaient-ils improvisés ?

            « That was complete improvisation ! » (C’était complètement improvisé !), répond Liv Corfixen qui explique ensuite les avoir oubliés. C’est la monteuse du film qui lui en a parlé et les lui a montrés. Elle ne s’aimait pas sur les images au lit, elle était fatiguée, usée, « Argh » dit-elle en grimaçant.

C’était en réaction au travail de sa femme, explique le cinéaste. « Tous les putains de matins où je me réveillais avec la caméra à ça de moi », dit-il en montrant d’un geste parodique le peu de distance qu’il y avait entre son visage et l’objectif de la réalisatrice. « It was fucking annoying ! » (C’était foutrement emmerdant !), continue-t-il.

            Liv Corfixen reprend : « Au début, il essayait de me diriger puis il a arrêté d’interférer ». Elle poursuit : « Il y a des scènes que je regrette de ne pas avoir incluses, des scènes drôles avec Ryan (Gosling) se moquant de Nicolas (Elle mime la démarche du cinéaste) ».

Sur la rumeur selon laquelle le couple aurait appelé un shaman pour exorciser la chambre d’une de leurs filles

            Le cinéaste explique avoir une fille qui peut voir des fantômes. « Elle criait chaque nuit seulement dans cette chambre (…) alors le shaman est venu, mais ça n’a pas vraiment fonctionné », dit Liv Corfixen avec un certain amusement. Après avoir déménagé, leur fille allait mieux.

L’utilisation de la musique par Liv Corfixen, inspirée par le travail de NWR ?

            « J’ai utilisé pendant le montage des musiques de Springbreakers et de Drive », dit-elle. Elle explique avoir « eu beaucoup de chance de pouvoir travailler avec Cliff (Martinez) », le compositeur des bandes-son des films cités, d’Only God Forgives, de Traffic, de la série The Knick, entre autres œuvres audiovisuelles. Elle dit lui avoir déclaré vouloir cette musique, ce travail musical, ainsi le compositeur « avait peur de se répéter ».

Sur Only God Forgives, le film d’après-Drive (2011) 

            « Tout film est commercial », dit NWR, « mais je n’avais pas anticipé le succès de Drive ». « J’étais aussi intéressé à l’idée de faire un film d’installation ».

« It’s very different of Drive », (C’est très différent de Drive) poursuit-il. « J’avais fait plusieurs films mettant en scène des personnages de mâles (…) je voulais faire un film sur un mec impotent, faible, l’exact opposé de Drive », explique-t-il. C’est pourquoi Ryan Gosling incarne un personnage émasculé.

            « Le film est devenu un succès commercial parce qu’il n’a pas couté beaucoup d’argent», continue-t-il, rappelant ce qu’il avait dit au début (hélas capté de manière incomplète et donc absent du montage) : « Il ne faut pas être hypocrite, on veut toujours qu’un film marche commercialement. ».

           « J’avais en tête le film que je viens de terminer, The Neon Demon », avant d’y arriver, « il fallait que je casse tout ce que je venais de faire, (…) afin d’éviter le risque de se répéter ».

            « Voilà l’histoire d’Only God Forgives », dit-il, « I Guess » conclue-t-il, souriant.

Après la production d’OGF, le couple a suivi une thérapie de couple. Est-ce que la réalisation documentaire de Liv Corfixen était un début de thérapie ?

            NWR : « Yes ». Liv Corfixen confirme. « C’est la seule petite amie que j’aie eu », déclare le cinéaste avant de poursuivre sur une blague : « En un sens on peut dire que je suis sorti du ventre de ma mère pour rentrer en elle ». Liv répond : « Ça n’est pas vrai, il avait son propre appartement ». Le cinéaste explique être devenu très dépendant d’elle, et poursuit : « I guess the film was very therapeutic for both of us » (Je suppose que le film a été très thérapeutique pour nous deux).

Est-ce qu’ils vont le montrer à leurs enfants ?

            NWR, amusé : « Which part ? ». Liv pense que ça n’est pas nécessaire. L’une de leurs filles, Lola, en a vu des extraits et leur a dit que ça ne l’intéressait pas.

            Ce fut alors la fin de la séance de questions-réponses. My Life Directed by Nicolas Winding Refn sort en dvd le 27 avril 2016 chez les éditions Wildside. Vous pouvez dès à présent obtenir sa bande originale composée par Cliff Martinez. Enfin le cinéaste revient cette année dans les salles obscures avec son prochain film, The Neon Demon, avec au casting : Ella Fanning, Keanu Reeves, Abbey Lee Kershaw et Jenna Malone.

Cloverfield, un film de Matt Reeves : critique

Une petite révolution dans le film de monstre

Synopsis : alors que des amis organisent une fête pour dire au revoir à un jeune homme qui part travailler au Japon, New-York est attaqué par un monstre géant dont on ne sait rien.

Alors que la surprise 10 Cloverfield Lane sort sur les écrans, il est temps de revenir sur le premier film de la série, réalisé par Matt Reeves qui, auparavant, avait écrit le scénario de The Yards, de James Gray, et qui, plus tard, réalisera La Planète des Singes : L’Affrontement.

Found footage

Cloverfield, c’est un film de monstre géant tourné selon le procédé du Found footage : nous assistons à toute l’histoire à travers les images prises par le caméscope personnel d’un New-Yorkais moyen. Le film illustre parfaitement les avantages et les inconvénients de cette technique, rendue célèbre par Le Projet Blair Witch (ou, bien plus tôt, par Cannibal Holocaust) et souvent utilisée dans les films d’horreur ces dernières années.
L’avantage, c’est de nous plonger directement en plein cœur de l’action. Loin des autres films du genre, le spectateur est ici au milieu de la foule en panique, ne comprenant pas forcément ce qui arrive, ce qui augmente encore l’angoisse ressentie. Au lieu d’adopter un point de vue « d’en haut », comme dans les films habituels du genre, Cloverfield prend un point de vue « d’en bas ». Nous n’avons donc qu’une vision très parcellaire des événements, et le réalisateur en profite pour faire de cette expédition nocturne un véritable cauchemar.

Le cinéaste exploite bien les possibilités du found footage. Ainsi, de temps en temps, le spectateur voit défiler des images du passé, où Beth et Bob, deux des personnages principaux, vivaient heureux et insouciants. Ces images, qui reviennent à intervalles réguliers, forment un contraste qui rend encore plus dramatiques la situation présente.

Angoisse

Le maître-mot ici, c’est l’angoisse. Tout est fait pour mettre le spectateur dans la même situation anxiogène que les personnages. Nous sommes en immersion totale au sein de ce Manhattan en état de guerre contre un danger inconnu. La quasi-invisibilité du monstre, que l’on ne voit que très peu et, le plus souvent, que par petits détails, fait qu’il peut être n’importe où . Il semble surgir de nulle part. Pire : avec les petites bestioles qu’il fait naître, il est partout.
Cette omniprésence du danger fait de Cloverfield une très belle métaphore du terrorisme. Certaines scènes sont très marquantes : un immeuble s’écroule, la poussière envahit la rue, des survivants déambulent, traumatisés… Les images rappellent immanquablement celles du 11-Septembre.
Le film multiplie les situations où les personnages principaux se retrouvent en danger : couloirs du métro, immeuble en équilibre instable, pont où se presse une foule dense… Cela permet de rester constamment sous tension. Les personnages sont sans cesse en état d’urgence. Ils courent en permanence, que ce soit pour échapper au danger ou pour se précipiter à la recherche de quelqu’un. Cela, ajouté à la brièveté du film (81 minutes), fait de Cloverfield un film où le spectateur n’a pas le temps de s’ennuyer, une fois passée l’introduction.

Défauts

Car les premières scènes du film constituent le grand point faible de l’ensemble. L’introduction est longue et plutôt dénuée d’intérêt. La fête organisée par les amis de Bob pour son départ au Japon, les questions posées par le vidéaste aux autres personnages, tout cela donne vingt bonnes minutes que l’on sent passer avec lenteur.
L’autre point faible est inhérent au style employé par Matt Reeves. En effet, le film repose entièrement sur l’idée qu’au moins un personnage continue à filmer, quelle que soit la situation. Or, plus le spectateur approche de la fin et plus cela devient improbable. Apprécier Cloverfield jusqu’à son terme revient à accepter une certaine facilité d’écriture.
Mais cela ne gâche rien au plaisir que l’on éprouve devant le film. Rarement l’ambiance d’apocalypse aura été aussi bien ressentie par les spectateurs. On en ressort secoué, terrassé devant un grand film qui se crée une place unique dans un genre pourtant très codifié. Une belle réussite.

Cloverfield – bande annonce

Cloverfield – Fiche Technique

Réalisateur : Matt Reeves
Scénariste : Drew Goddard
Interprètes : Michael Stahl-David (Rob Hawkins), Odette Yustman (Beth McIntire), Jessica Lucas (Lily Ford), Lizzy Caplan (Marlena Diamond), T. J. Miller (Hud Platt).
Directeur de la photographie : Michael Bonvillain
Montage : Kevin Stitt
Décors : Robert Greenfield
Producteur : J. J. Abrams, Bryan Burk
Société de production : Paramount Pictures, Bad Robot
Société de distribution : Paramount Pictures
Budget : 25 millions de dollars

Récompense : Saturn Award 2008 du meilleur film de science-fiction

Date de sortie en France : 23 janvier 2008
Genre : fantastique
Durée : 81 minutes

USA- 2008

Midnight Special, un film de Jeff Nichols : Critique

En une seule année le jeune réalisateur Jeff Nichols avait réussi à imprimer sa marque dans nos yeux de cinéphiles. 2012 qui a vu sortir sur les écrans Take Shelter juste avant une sélection officielle au festival de Cannes de Mud a suffi à consacrer Nichols au rang de grand auteur.

Synopsis : Fuyant d’abord des fanatiques religieux et des forces de police, Roy, père de famille et son fils Alton, se retrouvent bientôt les proies d’une chasse à l’homme à travers tout le pays, mobilisant même les plus hautes instances du gouvernement fédéral. En fin de compte, le père risque tout pour sauver son fils et lui permettre d’accomplir son destin. Un destin qui pourrait bien changer le monde pour toujours.

Enfant du troisième type

Avec sa capacité à filmer les paysages du sud des États-Unis comme de véritables personnages, le cinéaste renouait avec une tradition southern gothic chère à Terrence Malick et autrefois Charles Laughton (La Nuit du chasseur). C’est dire si son quatrième long-métrage était attendu, surtout après avoir déclaré son désir de lorgner du côté de la science-fiction.

Midnight Special commence sur les chapeaux de roues, en l’occurrence celles d’une voiture lancée à toute allure feux éteints dans la nuit des petites rues texanes. Les informations arriveront petit à petit. Nous sommes en fuite avec les kidnappeurs d’un enfant, dont l’un se révèle être le père biologique de celui-ci. Discrètement caché sous les couvertures muni d’improbables lunettes de piscine bleues le petit garçon dénommé Alton suit aveuglement son père et son ami, traqués par le FBI. En attendant un agent de la NSA enquête et découvre les pouvoirs surnaturels du garçon.

Le récit est mené tambour battant. L’intrigue n’a qu’une seule direction, le point de chute des personnages, l’endroit où doit être emmené Alton. On n’en sera pas plus sur ce mystérieux ranch transformé en secte par la grâce du jeune homme, ni sur ce père adoptif déterminé à tout pour récupérer son enfant. Tous les éléments qui ne suivent pas la cadence sont éliminés. Jeff Nichols semble être obnubilé par la traque, laissant de côté tout le merveilleux que revêt son histoire. On peut s’en attrister mais cette focalisation sur la course-poursuite permet le fantastique, là où des événements surnaturels (les pouvoirs d’Alton) surgissent dans un environnement naturel (celui de la traque à travers les routes du sud des États-Unis).

Ce quatrième film amorce un nouveau changement dans l’œuvre de Jeff Nichols. S’éloignant des références trop appuyées aux réalisateurs du sud-est des États-Unis, c’est davantage vers l’Ouest que le cinéaste puise désormais son inspiration. Et plus précisément vers Hollywood où il tourne pour la première fois. Ce n’est plus Terrence Malick comme dans Shotgun Stories son premier film mais Steven Spielberg qui transpire dans chacun des plans de Midnight Special. La trajectoire de l’intrigue, jusqu’au lieu de friction entre deux mondes, fait instantanément penser à Rencontre du Troisième Type. La convergence des personnages vers le monolithe du Wyoming chez Spielberg rejoint la course de Roy et Lucas vers les origines d’Alton. Et comment ne pas penser à François Truffaut avec Paul Sevier, cet agent de la NSA joué par Adam Driver qui découvre tous les événements de l’extérieur, un substitut malin au spectateur qui débarque aussi dans cette histoire sans rien savoir.

L’acharnement des parents d’Alton pour ramener leur fils d’où il vient est aussi très proche de celui d’Elliott emportant E.T. sur son vélo. Ici aussi les pouvoirs surnaturels de l’extraterrestre aidaient les protagonistes sur leur route, un envol de bicyclettes chez Spielberg, une destruction de satellite chez Nichols. Le réalisateur marche ouvertement sur les traces de Spielberg sans pour autant laisser de côté sa Louisiane et son Texas. On peut malgré tout regretter que les paysages, qu’il ne filme quasiment pas, ne jouent pas un rôle aussi déterminant que dans ses précédents films.

À chaque nouvelle oeuvre, Jeff Nichols a su lever son cinéma d’un cran. Avec Midnight Special, nul doute que le réalisateur ne franchit pas un nouveau palier mais se plait à expérimenter tout autre chose, en l’occurrence le fantastique. Pas de quoi nous impressionner pour autant, mais suffisamment pour nous étonner, avec un film à la hauteur de son talent naissant.

Midnight Special de Jeff Nichols : Bande-annonce

Midnight Special : Fiche Technique

Réalisateur : Jeff Nichols
Auteur : Jeff Nichols
Casting : Michael Shannon, Jaeden Lieberher, Joel Edgerton, Adam Driver, Kirsten Dunst, Sam Shepard
Chef opérateur : Adam Stone
Chef décorateur : Chad Keith
Monteur : Julie Monroe
Musique : David Wingo
Producteurs : Sarah Green, Brian Kavanaugh-Jones
Distributeur : Warner Bros.
Durée : 111 min.
Genre : Aventure, Science fiction, Drame
Date de sortie : 16 Mars 2016

États-Unis – 2016

Sortie DVD & Blu-Ray : The Walk de Robert Zemeckis

The Walk de Robert Zemeckis enfin en DVD, Blu-Ray & VOD !

The Walk de Robert Zemeckis avec Joseph Gordon-Levitt est sorti en DVD, VOD & Blu-Ray disc le mercredi 9 mars. Inspiré d’une histoire vraie, le film raconte comment le funambule français, philippe Petit, est allé au bout d’un rêve complètement fou : marcher sur un fil reliant les sommets des tours jumelles à New-York.

Synopsis : En 1974, le funambule français Philippe Petit tente illégalement une traversée entre le sommet des deux tours du World Trade Center…

Avis : On est aussi face à une œuvre qui sait faire des choix intelligents, préférant le côté fun et décomplexé d’un film de casse entre potes à l’approche académique débordant de pathos des biopics faisant souvent office de vent de fraîcheur et arrivant à être drôle. Surtout que la mise en scène exaltante vaut le coup d’œil et l’énergie de l’acteur principal est vraiment contagieuse, il nous embarque dans ce joyeux délire et nous fait indéniablement passer un bon moment.

Fiche Technique :

Titre original : The Walk
Date de sortie DVD & Blu-Ray : 09 Mars 2016
Sortie cinéma : 28 Octobre 2015
Durée : 123 Minutes
Genres : Biopic, Drame, Aventure
Réalisation : Robert Zemeckis
Distibution : Sony Pictures Releasing France

Des nouvelles de la planète Mars, un film de Dominik Moll : Critique

Dominik Moll avait fasciné l’auditoire avec son Harry, un ami qui vous veut du bien, se plaçant rapidement dans la cour des réalisateurs n’ayant plus besoin de faire leur preuve. Et pourtant, cela faisait depuis 2011 qu’il n’avait pas réalisé de long-métrage, son dernier retraçant l’histoire d’un moine incarné par Vincent Cassel.

Synopsis : Philippe Mars, ingénieur informaticien divorcé, essaye tant bien que mal de mener une vie tranquille, entre un fils collégien devenu subitement végétarien, une fille lycéenne obsédée par la réussite, une soeur artiste peintre aux oeuvres terriblement impudiques et une ex-femme qui bosse à la télé… L’irruption accidentelle de Jérôme, un collègue légèrement perturbé, achève de transformer son existence en chaos. Mais dans un monde qui a perdu la raison, la folie est-elle vraiment si mauvaise conseillère ?

Appartement Mars, terre d’asile

Pour son retour sur le grand écran, le réalisateur s’offre des acteurs et actrices de choix, en vogue, aimés du grand public.
C’est aussi la première collaboration à l’écran entre François Damiens et Vincent Macaigne, et c’est un véritable plaisir. Les deux acteurs jouent dans la même cour : un jeu plus ou moins absurde, décalé, qui ne cesse de nous surprendre à chaque instant. Par un scénario poétique, troublant, a l’atmosphère vraiment singulière, Dominik Moll parvient à faire jaillir le meilleur de ses acteurs. Ainsi, tout le monde est logé à la même enseigne, et chacun parvient à s’immiscer dans son rôle de la meilleure des façons. Les deux jeunes, Jeanne Guittet et Tom Rivoire, qui interprètent les enfants de François Damiens, excellent et prouvent qu’ils en ont dans le moteur, bien que le personnage de Sarah Mars soit plus approximatif que celui de son frère. Veerle Bartens, récemment vue dans Un début prometteur, et bientôt à l’affiche de Les Ardennes, campe un personnage bien plus intéressant que sa dernière prestation.
Chloé est un personnage que l’on aime détester. Elle nous agace, on ne souhaite éprouver aucune considération pour elle et pourtant, il y a ce petit truc qui nous fait avoir de petits moments d’affection pour elle. Les quelques apparitions de Michel Aumont et Catherine Samie apportent une sensibilité en parfait contraste avec la certaine dureté que s’inflige Philippe Mars.
Pour en finir, le duo principal est donc finement choisi, les deux acteurs parviennent à accorder leur violon. Vincent Macaigne nous cantonne à l’idée qu’une belle carrière s’offre à lui. François Damiens continue de prouver qu’il est plus qu’un acteur de comédie, qu’il sait traverser les différents styles cinématographiques, en parvenant à toujours être convaincant.

Il est bon de re-considérer Des nouvelles de la planète Mars. Le scénario de Dominik Moll n’est pas celui d’une simple comédie. Certes, on rira de bon cœur, notamment avec la relation père/enfant ou celle entre collègues de travail, tant l’humour est absurde et les répliques parfois finement trouvées, et les réparties désopilantes, mais la certaine folie qui se dégage nous fait éprouver une empathie pour les personnages qui constitue toute la beauté du film.
Ainsi, on aimera s’éprendre des projets fous et végétariens des enfants, en accord avec Chloé et Jérôme, et pourtant, on soutiendra Philippe Mars, pour qui la vie n’est pas toujours facile. Jérôme nous agace, on voit en lui la pire des sangsues, l’envie de l’égorger nous vient quand il fait du mal à Philippe Mars et pourtant, impossible de ne pas être attendri par ce personnage en constante quête de soi. Toutefois, des interrogations qui restent sans réponse peuvent déstabiliser le spectateur. On aimerait tout savoir, comprendre toutes les relations entre les personnages, leurs ambitions, et pourtant, des légers flous viennent brouiller un ensemble extrêmement agréable.
Des nouvelles de la planète Mars est un conte poétique, tantôt pour adultes, tantôt plus enfantin, et s’avère être un long-métrage bien plus compliqué à cerner que l’image qu’il dégage.
Les touches de grâce sont nombreuses, certaines transcendent le spectateur. Le réalisateur perd ce dernier entre rêve et réalité. Alors que la nuit sera calme, François Damiens nous apparaitra en astronaute, sorte de rêve absolu, mais le rêve n’est-il pas continu avec l’apparition de ses parents ? Ou avec le dialogue entre Léa Drucker et François Damiens, par média interposé ?

Des nouvelles de la planète Mars est une des réussites de ce mois de mars. Par une réalisation intimiste, un scénario touchant et des interprétations soignées et profondes, les acteurs et le réalisateur apportent toute crédibilité à un conte merveilleux et drôle. Même si certaines touches humoristiques sont plus ou moins prévisibles, le nouveau long-métrage de Dominik Moll est à inscrire dans les réussites filmiques de ce début d’année.

Des nouvelles de la planète Mars : Bande-annonce

Des nouvelles de la planète Mars : Fiche technique

Réalisation : Dominik Moll
Distribution : François Damiens, Vincent Macaigne, Veerle Baetens, Michel Aumont, Léa Drucker
Scénario : Dominik Moll et Gilles Marchand
Musique : Adrian Johnston
Montage : Margot Meynier
Photographie : Jean-François Hensgens
Décors : Emmanuelle Duplay
Producteur : Michel Saint-Jean
Production : Diaphana Films, Artemis Production et France 3 Cinéma
Distribution : Diaphana Distribution
Durée : 101 minutes
Genre : Comédie

France/Belgique – 2016

10 Cloverfield Lane, un film de Dan Trachtenberg : Critique

[Il n’y a pas à dire, J.J. Abrams a le chic pour monter des projets dans le secret le plus absolu avant de diffuser sur la toile des teasers sortis de nulle part, créant de véritables séismes sur le web. On se rappelle qu’à l’époque du premier Cloverfield, le premier teaser montrait Manhattan attaqué par une force inconnue avant que la tête de la Statut de la Liberté ne soit propulsée à travers les rues new-yorkaises. 

Synopsis: Une jeune femme se réveille dans une cave après un accident de voiture. Ne sachant pas comment elle a atterri dans cet endroit, elle pense tout d’abord avoir été kidnappée. Son gardien tente de la rassurer en lui disant qu’il lui a sauvé la vie après une attaque chimique d’envergure. En l’absence de certitude, elle décide de s’échapper..

Autour de ce mystérieux film, la communauté 3.0 s’interroge et tente de résoudre le mystère. S’ensuivra un nombre faramineux d’hypothèses pour un film dont l’attente devenait insoutenable. Bref, Cloverfield est un coup marketing parfait. Abrams réitèrera le même procédé viral avec Super 8. Film d’invasion filmé en found-footage, Cloverfield est le résultat d’une équation imparable où le Projet Blair Witch aurait rencontré Godzilla. Un parti-pris implacable pour le spectateur qui se retrouve immergé dans l’action aux côtés des protagonistes du film, sans compter que le procédé est plutôt bien maîtrisé à l’époque par son réalisateur Matt Reeves. Avec son rapport de destruction à la ville et de panique générale qui renvoie inexorablement à la tragédie du 11 septembre 2001, Cloverfield est un film qui parle évidemment à grand monde, mais surtout à la communauté geek pour son approche lovecraftienne d’un monstre venu des mers. Nombreux sont ceux à réclamer une suite depuis des années. Quelques semaines seulement après le carton planétaire qu’a été le septième opus de la franchise Star Wars dirigé par J.J. Abrams, ce dernier dévoile dans la surprise générale une bande-annonce sur une suite affiliée à Cloverfield, intitulée 10 Cloverfield Lane. Dans un premier temps, le titre du film était même The Cellar, pour ne pas alerter l’existence d’une suite à Cloverfield, laissant le film se faire dans le plus grand secret. Entraînante et mystérieuse, cette bande annonce a su piquer au vif la curiosité des internautes pour qui J.J. Abrams est officiellement devenu le gourou des geeks. Mais fini le found-footage, les personnages du premier opus et l’immensité de Manhattan, 10 Cloverfield Lane se déroule dans un bunker avec trois nouveaux personnages qui tentent de survivre à la catastrophe nucléaire qui achevait Cloverfield. Pas sûr que ce soit suffisant pour justifier l’idée d’une suite.

Anti sequel

Clairement, 10 Cloverfield Lane s’assume comme fausse suite à Cloverfield. Ce n’est pas une situation nouvelle dans le domaine de la production cinématographique. Les succès ont toujours engendré des suites, parfois bien plus éloignées du récit initial. Mais ici, elle prend des formes inadéquates tant la société Bad Robot a clairement voulu donner l’illusion d’une continuité ou d’un spin-off, ce qu’elle n’est pas exactement. On en vient donc à s’interroger sur cette stratégie d’un film qui prétend reposer sur une licence alors qu’au fond, aucun élément n’y est concrètement lié. D’où sortent ces vaisseaux absents du premier opus ? Quel est ce nouveau monstre terrestre qui ne ressemble aucunement aux insectes qui attaquaient les héros du précédent film ? Qu’en-est-il du procédé found-footage qui apportait une dimension immersive bienvenue ? Tout ici transpire l’opportunisme commercial. Loin de là l’idée de proposer du fan-service pour contenter les adorateurs du premier volet mais apporter une cohérence plus légitime à cette suite aurait été autrement plus intéressante. Certes, il est toujours réjouissant de voir ce que donne un autre récit prenant place dans un même univers (cf. Fear the Walking Dead) car cela permet aux créateurs de la saga de proposer différents genres cinématographiques. Ici, si l’intrigue se déroule dans l’univers post-nucléaire du premier opus, c’est vers le thriller cloisonnant que lorgne le récit. Ce qui n’est pas pour déplaire mais perd ainsi tout intérêt spectaculaire (imaginez que la suite de Pacific Rim se déroule dans un appartement haussmannien), et entache de plus l’effet de surprise (le suspense sur l’existence d’une catastrophe nucléaire règne alors que nous spectateur savons qu’elle a vraiment eu lieu). Ainsi, 10 Cloverfield Lane pourrait porter un tout autre titre et ne pas être lié à Cloverfield. D’ailleurs, le scénario a initialement été écrit par Josh Campbell et Matthew Stuecken qui avaient rédigé une première version d’une histoire classique de séquestration avant que Damien Chazelle (Whiplash) ne les rejoigne, et réécrive le script dans l’univers de Cloverfield. Donc clairement, aux origines du projet, il n’était nullement question de donner une suite à Cloverfield (même si elle a toujours été en discussion selon les dires d’Abrams). Mais là évidemment, cela soulève d’autres interrogations quant au risque financier du projet. Car la marge d’erreur est forcément moindre dès lors qu’on se rattache à une licence préexistante, à l’inverse de proposer un contenu nouveau et donc risqué.

Comme le premier opus, J.J. Abrams est à la production (comme Matt Reeves) mais c’est Dan Trachtenberg qui est chargé de mettre en boîte cette suite. Remarqué avec Portal : No Escape, un court métrage impressionnant sur l’univers de Portal (qui contient d’ailleurs quelques points communs avec le point de départ de 10 Cloverfield Lane), cet ancien publicitaire réalise donc son premier long métrage et montre d’évidentes qualités de mise en scène. Du minimalisme de l’intrigue, Trachtenberg en tire le meilleur. Il sait être juste et ne jamais abuser des moyens auxquels il peut désormais avoir accès. Le huis-clos est oppressant quand les relations entre les protagonistes sont tendus autant qu’il s’avère confortable dès lors que les conflits sont résolus. Cette humilité se traduit à l’écran par une volonté de suggestion plutôt que de démonstration. Et c’est ce qui magnifie la performance des acteurs qui tiennent le film sur leurs épaules, et ont l’opportunité de construire une identité survivaliste nuancée à leurs personnages. Tout en justesse, Mary-Elisabeth Winstead incarne un personnage féminin qui va se battre pour survivre et fuir les problèmes qu’elle a toujours accumulés dans sa vie. Le complexe John Goodman est particulièrement intense dans ce rôle d’un scientifique névrotique et inquiétant. Il lui donne toute l’épaisseur nécessaire pour le rendre crédible et nuancé sans tomber dans une caricature grotesque. Enfin, John Gallagher Jr. (State of Grace) complète ce trio en apportant sa bonne humeur et son visage jovial de trentenaire paumé sympathique.

Il y a donc au sein de ce projet une équipe formidable qui donne à ce thriller SF une saveur agréable. Les premiers retours américains ont souligné la bonne tenue d’un drame étouffant. Mais il faut reconnaître que si le traitement s’avère efficace, il n’y a pas de quoi s’enthousiasmer pour une trame qui reprend certains poncifs du genre et tente vainement de nous surprendre. On revient à cette adage qui dit que l’homme est un loup pour l’homme, et encore plus ici puisqu’il est une menace autrement plus intime qu’un monstre extraterrestre. D’ailleurs le monstre qui avait tant fait jaser dans le premier opus (en bien comme en mal), qu’en-est-il ? Il n’a tout simplement rien de commun avec son prédécesseur puisqu’il est intégré à un vaisseau spatial (!!), semble avoir perdu en taille et les petites créatures terrestres qui l’accompagnent ressemblent désormais à d’énormes chiens gluants. Ces ultimes différences dans le traitement ruinent indiscutablement l’idée que 10 Cloverfield Lane est une suite. Mais à grands coups de sabot dans son dernier acte, 10 Cloverfield Lane veut bien nous dire qu’il partage le même univers et déploie un arsenal d’effets spéciaux pour bien faire passer le message. Sans intérêt par rapport à l’efficacité des tensions qui régnaient au sein de ce bunker.

Au final, 10 Cloverfield Lane est un passe-temps convenable mais bien dispensable dans le contexte dans lequel il est vu, à savoir un film en lien avec la (déjà) franchise Cloverfield. Il est clair que ça ne révolutionne en rien le genre. Pire, ça en devient presque une arnaque par rapport aux attentes générées par le premier opus. Le plus frustrant vient également de son twist, qui aurait été tellement plus efficace dans un film à l’univers différent et qui s’avère ici n’être qu’un pétard mouillé sans saveur. De la sorte, 10 Cloverfield Lane interroge donc directement sur l’intérêt de son existence puisqu’il demande inconsciemment au spectateur de savoir jusqu’à quel point il peut accepter l’idée d’une suite, donc jusqu’à quel moment elle peut se définir comme œuvre d’une licence, sachant qu’il y a de très bons arguments économiques dans la balance, et quand bien même on ne retrouve qu’une infime partie de son ADN. La question mérite d’être posée, comprendra ses adeptes et ses détracteur. Peu importe dans le camp dans lequel vous vous retrouverez, mais soyez sûr que si le succès est à nouveau au rendez-vous, J.J. Abrams n’en a pas encore fini avec cette poule aux œufs d’or.

10 Cloverfield Lane : Bande-annonce

10 Cloverfield Lane : Fiche Technique

Réalisation : Dan Trachtenberg
Scénario : Josh Campbell, Matthew Stuecken, Damien Chazelle
Interprétation : John Goodman (Howard), Mary Elizabeth Winstead (Michelle), John Gallagher Jr. (Emmett), Douglas M. Griffin (Driver), Suzanne Cryer (Woman), Bradley Cooper (Ben)…
Photographie : Jeff Cutter
Décors : Ramsey Avery
Costume : Meagan McLaughlin
Montage : Stefan Grube
Musique : Bear McCreary
Producteurs : J.J. Abrams, Bryan Burk, Bob Dohrmann, Ted Gidlow, Drew Goddard, Matt Reeves, Ben Rosenblatt, Lindsey Weber
Sociétés de Production : Bad Robot, Paramount Pictures, Spectrum Effects
Budget : 15 000 000 $
Récompenses : /
Genre : Drame, thriller, science-fiction
Durée : 103min
Sortie en salles: 16 mars 2016

Etats-Unis – 2016

Room, un film de Lenny Abrahamson : critique

Il est toujours difficile d’aller voir un film inspiré peu ou prou d’un fait divers connu. Notre cerveau, jamais en retard d’une cogitation, anticipe chaque scène en fonction de ce qu’il sait, et toute dérive par rapport à ce référentiel le perturbe considérablement. Room n’est pas inspiré d’un, mais de deux faits divers, tournant tous les deux autour d’un enlèvement sordide.

Synopsis: Jack, 5 ans, vit seul avec sa mère, Ma. Elle lui apprend à jouer, à rire et à comprendre le monde qui l’entoure. Un monde qui commence et s’arrête aux murs de leur chambre, où ils sont retenus prisonniers, le seul endroit que Jack n’ait jamais connu. L’amour de Ma pour Jack la pousse à tout risquer pour offrir à son fils une chance de s’échapper et de découvrir l’extérieur, une aventure à laquelle il n’était pas préparé…

Claustria

Alors, lorsqu’en plus, ce cerveau a été soumis à la lecture du puissant roman de l’écrivain Régis Jauffret, Claustria, fictionnalisant une de ces deux histoires dans un amassement de détails aussi terrifiants que précis, le laissant sur le carreau, il n’est pas précisément dans les meilleures conditions pour apprécier le film à sa juste valeur. Ou peut-être que si, finalement…

Pourtant, dès les premiers instants, le spectateur est saisi par l’ambiance très forte qui règne dans cette chambre qui abrite Ma (Brie Larson), une jeune adulte au milieu de sa vingtaine, et Jack (Jacob Tremblay), son jeune fils, son « mini-moi » aux cheveux aussi longs que les siens. Les premières scènes du film les surprennent en train de fêter les 5 ans de Jack. Assez vite, le décor est planté : le gâteau d’anniversaire n’aura pas de bougie, et le petit garçon n’aura pas de cadeau car « Old Nick » (qui signifie littéralement diable en anglais) n’en a pas ramené. Ma et Jack sont les prisonniers d’Old Nick (Sean Bridgers) dans cette chambre, un lieu que, comme tous les objets l’environnant (Table, Evier, Chaise n°1, Chaise n°2, et ainsi de suite), Jack appelle « Room », tout simplement « Room », dans un accès d’anthropomorphisme qui lui permet de se raccrocher à l’humanité dans sa vie de cloîtré… en effet, Jack est né en captivité, et jusque-là, sa mère s’est employée à lui faire croire que les limites du monde sont matérialisées par cette chambre.

La force de la première partie du film réside dans l’intense relation qui s’est tissée entre ces deux personnages, envers et contre tout. Capturée par son ravisseur (« old Nick » m’a volée, expliquera-t-elle à son fils) à la sortie de l’adolescence, elle a dû s’improviser éducatrice, amie, protectrice, seule référente pour son enfant.
Il est spectaculaire de la voir puiser dans ses réserves, taire sa propre souffrance pour, jour après jour, éduquer son fils selon une certaine routine, comme si tout était normal
, comme si certaines nuits, quand Old Nick vient forcer son lit, pour des violences à répétition que le cinéaste garde intelligemment hors champ, elle ne devait pas enfermer son fils dans le placard.

La narration est faite à hauteur d’enfant, tout comme dans le roman d’Emma Donoghue qu’elle a elle-même adapté pour le film. Il est à souligner d’ailleurs qu’avec un matériau délicat comme c’est le cas ici, une certaine mise à distance par le biais d’un autre scénariste aurait été sûrement bénéfique. La voix-off de Jack émaille donc le film, et la chambre est filmée de telle manière qu’elle apparaît immense, à l ‘échelle de Jack, avec des points de vue complexes, des contre-plongées ou des plans verticaux sur le minuscule velux qui est leur seule ouverture vers « Dehors ». Comme le titre l’annonce, Room est le troisième personnage, une prison autant qu’un rassurant havre pour la mère et l’enfant, filmé comme un espace de vie où on essaie de rire, de manger, de se laver, de s’aimer, de vivre en somme selon Jack, de survivre plus certainement du point de vue de sa mère, Lenny Abrahamson ne s’attardant que peu sur la porte blindée qui les sépare du monde.

La deuxième partie du film, axée sur la résilience après la découverte de la cabane, est beaucoup plus contrastée. Bonne idée en elle-même, cette deuxième partie évite que le film ne se termine sur la libération dans une sorte de happy-end trop convenu. Elle contient des images très fortes comme par exemple la scène où la jeune femme retrouve une identité et retrouve ses parents en larmes qui remercient leur petit fils de leur avoir rendu leur fille (Jack a pris sa part d’une manière très bouleversante dans cette libération) : cette mise en écho de l’amour parental de Ma pour Jack avec celui que ses propres parents éprouvent envers elle est tout simplement lumineuse.

Mais même si beaucoup de choses sont évoquées dans cette partie, le film perd un peu de son intérêt. Le cinéaste est hésitant dans la manière de montrer cette résilience. Il introduit des plages de silence pour montrer la nouvelle vie de Jack et de sa mère dans ce monde devenu trop vaste et presque hostile. Mais plutôt que de se cantonner à ce parti pris, Lenny Abrahamson remplit ces silences par une musique trop mélodramatique et une voix-off insistante, voire des non-évènements qui affadissent complètement le propos. Et pourtant, il n’est jamais aussi percutant que dans ces moments où l’émotion submerge le spectateur uniquement par le jeu des acteurs, remarquable par ailleurs.

Il y a quelque chose de la toute jeune Quvenzhané Wallis des inégalables Bêtes du Sud Sauvage dans la performance de Jacob Tremblay, et le film lui-même fait penser par moments au métrage de Benh Zeitlin. Mais ici, le choix de casting est plus risqué, car le jeune acteur, plus âgé que son personnage, a une maturité qui manque par moments de crédibilité dans le contexte. Il n’empêche qu’il a parfaitement compris ce qu’on attendait de lui.

De son côté, Brie Larson, qui a raflé la mise dans les festivals et autres cérémonies de distinction avec ce rôle, nous rappelle cette Jennifer Lawrence depuis longtemps disparue que nous avons découverte dans le merveilleux Winter’s Bone de Debra Granik. Larson joue la carte de la sobriété, en cela respectueuse du personnage, et surtout des personnes réelles qui ont vécu ces horribles drames dont Emma Donoghue s’est inspirée. Deux acteurs irréprochables dans leurs partitions, donc, mais qui ne sauvent pas toujours le film de la menace planante du ratage, ce qui est d’autant plus décevant que le film démarrait avec une belle et intime histoire d’amour entre Jack et sa mère, un amour fusionnel et poétique. Un film à suivre malgré tout pour ses belles fulgurances émotionnelles.

Room : Bande annonce

Room : Fiche technique

Réalisateur : Lenny Abrahamson
Scénario : adaptation d’Emma Donoghue, d’après son propre roman
Interprétation : Brie Larson (Ma), Jacob Tremblay (Jack), Sean Bridgers (Old Nick), Joan Allen (Nancy), William H. Macy (Robert)…
Musique : Stephen Rennicks
Photographie : Dany Cohen
Montage : Nathan Nugent
Producteurs : David Gross, Ed Guiney, Andrew Lowe, Tessa Ross, Jeff Arkuss, Rose Garnett, Jesse Shapira
Maisons de production : Film4, Irish Film Board, Element Pictures, No Trace Camping, A24
Distribution (France) : Universal Pictures International
Récompenses : Très nombreuses récompenses pour Brie Larson, dont les plus importantes : Oscar, Golden Globe, BAFTA, Screen Actor Guild Awards…
Budget : 6,000,000 USD (Estimation)
Durée : 118 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 09 Mars 2016
Irlande, Canada – 2015