Les Beaux Malaises, une série de Martin Matte : Critique

Quand il s’agit de séries, les mois de mars et avril ne sont pas toujours très réjouissants. Cette période marque en effet la fin de ce que l’on a passé l’hiver à suivre. How To Get Away With Murder, Superstore, Brooklyn Nine Nine, Billions (le 10 avril)… Les Beaux Malaises n’est pas en reste.

Synopsis : Martin Matte n’a pas une vie simple. En fait, sa vie est aussi compliquée que celle des téléspectateurs. Martin se heurte à la rudesse du quotidien familial, à la complexité des relations amicales et à la bêtise de la société. Et pour une fois, Martin Matte n’est pas toujours à son avantage ! Éducation, ambition, amour, amitié, vieillesse, consommation, sexualité, argent, notoriété, intimidation, routine, maladie, toutes les raisons sont bonnes pour virer au cauchemar et faire passer du rire au malaise. De beaux malaises. Martin provoque des malaises, en subit. Les beaux malaises, c’est la chronique du quotidien de Martin, une vie aussi simplement compliquée que celle de n’importe qui. Mais une chose demeure : Martin Matte n’est pas n’importe qui.

Et la pilule est d’autant plus difficile à passer que cette troisième saison sembre être la dernière. Le 32ème épisode est diffusé mercredi 16 mars sur TVA. Mais, amis sériphiles, réjouissons-nous, les Upfronts ne vont pas tarder à tomber (fin du mois de mai) ! Et puisque la déferlante québécoise est sans précédent, il faut s’attendre à recevoir, sous les traits de Frank Dubosc, un remake français (oui, le mot et le concept hérissent aussi notre poil à la rédaction) et d’autres européens. Sur les ondes depuis le 22 janvier 2014 et réunissant plus de 2,2 millions de téléspectateurs (record d’audience de la chaîne), la sitcom est portée par Martin Matte (comparé à Louie C.K québécois), un très grand humoriste à la notoriété nationale qui n’est plus à contredire. Mises en abyme, satires des incohérences quotidiennes (on se rappellera du colis impossible à retirer au bureau de Poste), clivages genrés et problématiques socio-existentielles, l’originalité des Beaux Malaises tient dans son approche dramaturgique et la tendresse exemplaire portée sur ses personnages.

En plus de dépeindre des personnages pittoresques, remettant en question la notion même de stéréotype, la comédie familiale tire toujours vers le haut son potentiel à coup d’intelligentes récurrences (la danse décomplexée finale accompagnée d’une musique folk country), d’une bonne dose d’autodérision et de connivence avec des guests (à souligner Louie José Houde en pervers et Pierre Brassard alias Ridge Taylor dans Le Coeur a ses raisons en nouvelle copine transsexuelle de Jeff) et surtout avec le spectateur par des adresses caméra et un retour sur épisode (voir « Les Bonnes Vibrations » et Monique qui se répète). Le « rire de soi » est devenu monnaie courante, si ce n’est l’ingrédient principal des dramédies self centred type Girl, Transparent, Master of None, You’re The Worst, Togetherness ou Casual. Le degré de « centré sur soi » varie et n’est pas aussi pesant selon les séries. Cela dépend de la structure dramaturgique et de la charge scénaristique. La parenthèse ouverte n’est que pour souligner l’importance, ces dernières années, de personnalités qui mettent en scène leur quotidien à des fins zygomatiques. Martin Matte trouve, la plupart du temps pour ne pas dire toujours, le ton juste. A de trop nombreuses reprises, il est regrettable de le voir incapable de : monter une toilette, accrocher un cadre ou installer un gradateur mural, et dans cette veine, on comprend mal pourquoi la vessie qui fuit devient la meilleure réponse à une situation où le malaise est synonyme de peur. L’incompétence permet à tout un chacun de se valoriser en poussant l’injure et la colère jusqu’au sourire et cet objectif est remarquable. Les déclinaisons du malaise comme moteur principal de l’intrigue sont variables à quasi-l’infini : en public, dû à une notoriété presque toujours gênante, en famille face à ses enfants philosophes, avec ses amis aux mœurs différentes… Et en cela, notre rapport propre à ce qui est traité est questionné, créant davantage de connivence et d’empathie.

Parmi ces personnages haut en couleur, on note : une mère s’obstinant à acheter des bières imbuvables ; une mamie loquace et libertine radotant souvent ; une épouse sur le retrait lassée des simagrées de son mari, aussi maligne que pudique (prête à montrer ses seins pour un nouveau grille-pain, mais incapable de changer les piles de la télécommande ou préférant s’effacer derrière son mari face à une situation inextricable) ; deux meilleurs amis faire-valoir (le point faible de toute la série!), l’un à la sexualité débridée, l’autre souffre douleur qui ne joue jamais au tennis (le pathétisme instaure un nouveau malaise difficilement appréciable) ; deux enfants qui apparaissent assez souvent comme subissant (la scène de la partie de foot entre père et fils crée un malaise chez le spectateur, qui n’était pas désiré semble-t-il, tandis que la fille qui trouve que son père n’est pas drôle correspond davantage à l’humour grinçant auto-dérisoire) ; un frère légèrement déficient mentalement ; un psychologue désabusé ; une marionnette pour le subconscient ; une professeure « c’est trop pour moi »… Si derrière ces portraits se cachent beaucoup de bienveillance et de réelle affection, ils n’en restent pas moins pour la plupart sous-exploités. Mais entre le désir du fan d’en savoir plus et le réel intérêt, sans doute tiraillé, du producteur/acteur/créateur/humoriste se situe un équilibre qui aurait mérité d’être approfondi.

La durée de l’épisode de 20 minutes, presque trop courte et pourtant idéale, ne contribue pas à cette impression de manque ressenti par un amour certain pour la série (qui en aucun cas défavorise l’avis, bien au contraire !). Peut-être que 10 minutes supplémentaires auraient suffit à compléter le background familial. De ce fait, il nous est permis de remarquer que Martin Matte focalise la situation gênante sur l’instant présent avant de préférer développer l’historicité de chacun des personnages. On regrette de n’en savoir pas plus sur le trio restant : Martin Matte, son frère et sa mère. Il en va de même concernant l’absence quasi-totale d’informations sur ce qu’était Julie avant de rencontrer Martin, le point de vue des enfants, personnages presque prétextes au regard parental démiurge (quoique Florence prend davantage d’importance dans cette saison 3) ou encore les connexions entre Pat, Jeff et Martin (à ce titre, l’épisode 16 « l’amitié » dans lequel on les retrouve au camping, est d’un génie savoureux). Par cette approche, Les Beaux Malaises décide d’effleurer ou de pointer du doigt plutôt que de creuser. Le choix est respectable. La série finit de toute façon par se développer sur la durée.

Les Beaux Malaises, avec ce quelque chose de très simpsonnien, a le mérite indéniable de nous installer à table avec eux, dormir dans les même draps, nous faire asseoir dans la place la plus chaude du canapé, bref de vivre à leur côté. C’est ainsi que l’on connait par cœur « Si J’étais un homme » de Diane Tell, qu’on se répète « Routine, je te tue », qu’on a peur d’aller voir le médecin ou qu’on ne peut s’empêcher de rire (jaune) face à n’importe quel agent d’accueil – s’imaginant par avance la difficulté de se faire comprendre face à leur certaine nonchalance -, qu’on aime une glace en solo avant qu’elle ne termine sur le pavé, que notre répertoire musical franchisse quelques frontières (Damien Robitaille, Eric Goulet et la reprise de Possession Simple « Comme un cave », Keith Kouna, Patrick Wilson) … Alors certes, la réponse désabusée est systématique, mais la notoriété devient grâce à Martin Matte un rêve amer, une simple réalité déconcertante. Tel un journal intime, chaque épisode devient un souvenir qui nous est propre, par l’intermédiaire d’une chanson à la fois kitsch et entraînante, ou profonde et poignante. Et si pour être héroïque il fallait assumer faire dans son pantalon, alors en chacun de nous se dissimule un véritable comique. Moderne et épique, les Beaux Malaises se transforme en un nouveau deuil. Un des plus durs à surmonter. Et puis mer***de à la fin, on avait dit quoi à propos de 2016 ?!!! Heureusement que l’aventure se poursuit sur internet avec des contenus web exclusifs (talk show, secrets professionnels et malaises de chums).

UPDATE : Martin Matte avoue écrire deux autres épisodes. Il confesse aussi sur son facebook, étendre le plaisir les deux prochaines semaines avec un épisode bloopers et un best-off !

[Extraits] Les Beaux Malaises

Episode 15

https://www.youtube.com/watch?v=ioUK6I73_bk

Les Beaux Malaises : Fiche Technique

Créée par Martin Matte
Ecrite par Martin Matte et François Avard
Réalisée par Francis Leclerc
Casting : Martin Matte, Julie Le Breton, Émilie Bierre (Florence), Charles William Ross (Léo), Michèle Deslauriers (Monique), Fabien Cloutier (Marc-André, le frère handicapé), Patrice Robitaille (Patrick), Martin Perizzolo (Jean-François), Catherine Proulx-Lemay (Véronique), Alexis Martin (le psychologue) …
Musique originale : Fred Fortin
Photographie : Steve Asselin
Directeur artistique : Jean Babin
Directrice de costumes :Anne-Karine Gauthie
Monteuse : Isabelle Malenfant
Casting : Brigitte Viau, Isabelle Thez-Axelrad
Décors : Sébastien Harnois
Producteur : Isabelle Thiffault et Vincent Gagné (Productions les beaux malaises inc.)
Durée : 10 x 20′ (par saison)
Episodes : 32 (dont 2 spéciaux, 0 « Les Beaux Bloopers » et 11 « Les Beaux Noëls »)
Pays : Canada
Chaîne : TVA

 

 

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Antoine Mournes
Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

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