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Batman v Superman : L’Aube de la Justice, un film de Zack Snyder : Critique

Après avoir lancé son Superman dans Man of Steel, avec les intentions claires de préparer le terrain à un éventuel univers cinématographique DC, Zack Snyder reprend du service pour asseoir cet univers tout en introduisant le célèbre chevalier noir et en l’amenant à se confronter à son homme d’acier.

Synopsis : Craignant que Superman (Henry Cavill) n’abuse de sa toute-puissance, le Chevalier noir (Ben Affleck) décide de l’affronter : le monde a-t-il davantage besoin d’un super-héros aux pouvoirs sans limite ou d’un justicier à la force redoutable mais d’origine humaine ? Pendant ce temps-là, une terrible menace se profile à l’horizon…

God vs Man

 Les ambitions du film semblent vertigineuses et, à cause d’une campagne marketing catastrophique, on a l’impression avant même de l’avoir vu qu’on en a trop montré ou que les producteurs veulent trop en accomplir au sein du long-métrage pour son propre bien. L’échec semblait annoncé d’avance et il est aujourd’hui sur toutes les lèvres ou presque. La faute aux producteurs pris de panique et voulant à tout prix rattraper leur concurrent Marvel et lancer leur Justice League au plus vite ? Ou celle du metteur en scène qui n’avait pas les épaules pour un tel projet ? Ou encore celle de l’incompétence des scénaristes qui ne savent plus faire une histoire cohérente et qui se suffit à elle-même car constamment tournée vers la suite pour voir ce qui ne va pas dans le présent ? Un peu tout ça à la fois, sans finalement l’être. Car il est simple de constater l’échec d’un projet, échec défini avant tout par nos attentes déçues. Mais il est bien plus complexe de voir au-delà de ça pour contempler la réussite presque miraculeuse qu’est ce dernier film de Snyder, qui se base plus sur la vision d’un cinéaste et d’une promesse d’avenir que sur l’attente du fan en quête de sensations fortes.

Il devient très vite évident que l’exécution du scénario est maladroite, s’imposant comme une base assez laborieuse à la Justice League, une introduction bancale de Batman et une suite mal amenée de Man of Steel. Pour ce qui est de la Justice League, le film prend des accents de trailer de luxe, livrant des caméos assez insignifiants et quelques pistes de réflexions sur ce qui pourrait être amené et dit dans le futur film. Cet aspect n’est pourtant pas aussi envahissant que l’on pourrait le craindre et même si ça s’inscrit assez mal dans l’ensemble, faisant plus aparté que prolongement du scénario, ce n’est pas si problématique. Sauf concernant le rôle plus « important » de Wonder Woman qui est pour le coup un véritable pétard mouillé, l’amazone n’étant pas suffisamment développée pour avoir une quelconque personnalité ou même justifier sa présence. Après, plus que sa maladresse, c’est la faiblesse d’écriture du scénario qui gêne, notamment dans l’aspect narratif qui entoure Superman. L’introduction de son Némésis, Lex Luthor, est caricaturale et peu convaincante. D’autant que le personnage est lamentable, disposant de dialogues médiocres et d’une psychologie ridicule, montant un plan abracadabrant et bourrés d’incohérences pour justifier sa position de méchant. On regrettera aussi un côté pompeux bien trop appuyé et une sensation de fourre-tout qui entoure l’histoire de Clark, que ce soit avec le retour de sa mère, son travail au Daily Planet ou encore sa relation avec Lois. Tous ses aspects sont peu développés et on a la sensation que l’on passe très vite dessus et que les scénaristes ne savent plus où aller avec le personnage. C’est finalement l’introduction de Batman qui suscite le plus d’intérêt, même si lui aussi souffre d’un univers le concernant qui est peu exploité. Hormis Alfred, particulièrement réussi et très différent de ce qu’on en attendait, rien n’est là pour rendre son monde vivant, cohérent et surtout attachant, laissant une sensation de vide. A trop vouloir jongler entre ses deux personnages, aucun n’a pas vraiment de rôle principal et on finit par avoir l’impression qu’aucun des deux n’accomplit vraiment quelque chose et qu’ils restent en retrait au sein de leur propre film. D’un autre côté, la manière de nous faire revivre le trauma de Bruce Wayne et la façon de gérer ses répercussions sont intéressantes, offrant un personnage plus instable et fascinant que les autres versions faites du Dark Knight jusqu’à présent. Les phases de rêves le concernant en sont presque abstraites et donnent une impression de bizarre mais passionnent par leurs opacités. Traduisant une véritable envie d’élitisme voire même d’autisme, ces scènes étant difficilement compréhensibles pour quelqu’un qui n’est pas connaisseur des comics. Le choix est radical mais indéniablement intéressant. Snyder imprègne sa vision sur lui en le modifiant comme il a modifié son Superman tout en gardant pourtant l’esprit du comics et ce qui fait le cœur de l’individu, pour garder toute sa charge symbolique.

C’est d’ailleurs par sa symbolique et son propos que le film devient au final passionnant et indéniablement réussi. Même si on a le sentiment d’un produit sacrifié sur la narration, ne sachant pas vraiment où aller, s’excusant lourdement pour son aspect « destruction porn » – renvoyant aux critiques faites de la fin de Man of Steel – précisant constamment que les zones de combats sont vides. Et il plonge donc dans un dernier acte expédié, qui amène un Doomsday générique et raté, mais qui pourtant arrive à apporter des développements assez astucieux notamment dans sa manière de renvoyer directement aux comics ou de rapprocher ses deux héros. Il est simple de voir ce qui nous différencie des autres, mais il est beaucoup plus complexe d’admettre ce qui avant tout nous rapproche et c’est dans cette optique que le film s’impose. Il fait de son Batman une figure du fasciste ou du républicain cédant à la peur et à la stigmatisation de l’autre et présente son Superman comme un être sacrificiel, noble et qui assume ses responsabilités, il oppose celui qui cède à la facilité à celui qui se tourne vers la justice. Batman est clairement celui qui aura le plus de développement dans cette optique, Snyder dessine sans le dire et de façon habile une origin story astucieuse et bien pensée du personnage. Superman est avant tout une figure iconisée, monolithique et sans tâche, assumant sa connotation tragique et biblique, il est davantage là pour être le martyr d’un monde en proie à la peur qu’un personnage véritablement en développement. Les interrogations autour du mythe du super-héros sont souvent brillamment amenées et posent une dimension profonde allant jusqu’à interroger la croyance religieuse, le fanatisme qui entraîne à la déification, la peur, la différence et donc la violence. Partant de là pour rebondir sur une dimension politique actuelle traitée avec terriblement de justesse, questionnant un monde terrorisé, portant un point de vue plus humain et terre à terre sur l’Amérique post 11 septembre arrivant à être une réponse parfaite au propos iconoclaste de Man of Steel même si il n’en atteint pas la subtilité. S’intéressant à l’importance des actes – agir n’est pas noble c’est la façon dont on décide d’agir qu’il l’est – il offre un affrontement d’idées bien plus galvanisant et captivant que lorsqu’il laisse parler la violence. Le combat entre Superman et Batman étant au final anecdotique et amené de manière bien trop classique. C’est par son approche idéologique et politique que le tout devient fascinant, s’imposant plus comme une suite spirituelle au Watchmen de Snyder, sans pour autant renouveler ses thèmes ou attendre sa puissance évocatrice.

Le casting est avant tout dominé par un Ben Affleck au sommet. Il livre une prestation toute en retenue, donnant plus de profondeur à son personnage et parvient à irradier l’écran de son charisme. Il offre un Batman très différent de ce que l’on a l’habitude de voir mais qui se montre passionnant sur bien des aspects. Henry Cavill quant à lui est clairement le Superman parfait, mais ici, il a moins à jouer et donne l’impression qu’il est plus en retrait par rapport à Affleck. Il est même éclipsé par Amy Adams, bien plus nuancée et intéressante dans son rôle de Lois Lane qu’elle ne l’était dans Man of Steel. Jeremy Irons impose un Alfred inédit et assez rafraîchissant qui, plus qu’apporter un soutien psychologique et servir de compas de moralité à Batman, prend vraiment part aux événements et apporte des touches d’humour bienvenues. On regrettera par contre que Gal Gadot n’ait rien à jouer, ne pouvant donc pas prouver sa valeur en Wonder Woman, même si on reste impressionné par sa prestance et sa façon de se mouvoir qui est totalement dans l’esprit du personnage. Reste Jesse Eisenberg qui cabotine en Lex Luthor et se montre au mieux ridicule, au pire totalement insupportable. Il n’avait clairement pas les épaules pour le rôle et fait vraiment office d’erreur de casting.

La réalisation sent le chaud et le froid, la photographie a ses fulgurances notamment dans son approche très comics des cadrages et du traitement des couleurs, mais est globalement terne lorsqu’un trop-plein d’effets spéciaux arrive à l’écran. La musique de Hans Zimmer et Junkie XL est peu inspirée et mémorable, à l’exception du thème de Wonder Woman qui change de ce que l’on a l’habitude d’entendre et qui se montre assez exaltant. Dommage par contre que le montage soit raté, enchaînant les scènes sans logique et donnant au film une structure étrange où les coupes se font beaucoup trop ressentir. Un problème qui pourrait cependant être réglé dans la version director’s cut. La mise en scène de Zack Snyder est dans la pure lignée de Watchmen, signant avant tout une oeuvre viscérale et anti-spectaculaire. Elle mise sur une approche lente et abstraite de ses personnages, nous plongeant dans un rêve aux visions obscures, iconiques et picturales. L’ensemble déstabilise et est très loin de ce qu’on pouvait en attendre. On a la sensation d’un film bizarre, hybride mais bourré de personnalité, arrivant à jouer de l’imagerie comics tout en s’en éloignant drastiquement pour offrir quelque chose de personnel mais qui parvient à garder l’esprit, l’ambition et les intentions de ce qu’accomplissent les comics, comme jamais aucun film de super-héros n’était parvenu à le faire et sans prendre ce genre en dérision. C’est ce sérieux inébranlable qui force le respect et qui se montre admirable dans les choix retors du film, qui mise sur la radicalité au risque de perdre le spectateur. Car c’est un film de Zack Snyder avant d’être un film DC. Le metteur en scène reste cohérent avec ses choix et marque le tout avec ses défauts (trop de surenchères) comme ses qualités (il manie l’image avec virtuosité). Offrant des scènes d’action qui parviennent à rester lisibles, énergiques et totalement démesurées. Il arrive à mettre en image un des plus beaux morceaux de bravoures de Batman jamais vu sur grand écran. Une scène incroyable et parfaite pour tout amoureux du Dark Knight.

Batman v Superman : L’Aube de la Justice est un film étrange, maladroit et décevant sur sa narration mais qui, par miracle, parvient à s’imposer comme une réussite. Il est la définition parfaite de ce que l’on appelle un film malade. Coincé entre les impératifs du studio et la vision excentrique, radicale et personnelle d’un cinéaste, il est tout aussi prodigieux par son aspect mystique, symbolique et visuel que décevant sur sa narration bancale et son montage désastreux. Pourtant, malgré la faiblesse de son écriture, notamment sur les dialogues, et le fait qu’il ne parvienne pas à être une base solide pour l’univers DC, c’est une oeuvre qui est admirable par sa capacité à faire des choix, et qui prend le risque de ne pas faire les plus évidents. Il aurait pu céder à la facilité, faire une oeuvre fun et totalement épique pour contenter le fan qui attendait cet affrontement depuis longtemps mais il préfère avant tout imprégner sa vision, l’imposer même pour être une véritable proposition de cinéma. Donc, il se montre in fine moins divertissant et solide que les productions Marvel et il va s’attirer bien plus de détracteurs, mais il est plus fulgurant, plus beau et imparfaitement plus fascinant. Pour la première fois, on se retrouve devant un film qui arrive à s’éloigner des comics tout en en gardant l’esprit, et qui parvient à en faire une oeuvre actuelle et politique sans prendre son sujet de haut et préférer jouer la carte de la dérision décomplexée. Et on reste impressionné de voir un film de producteur devant amener des suites, qu’on est curieux de voir car de belles promesses sont faites ici, être autant dénué de cynisme et portant un regard respectueux et passionné sur ce qu’il adapte.

Batman v Superman : L’Aube de la Justice : Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=mG8QgJGRCKI

Batman v Superman : L’Aube de la Justice : Fiche technique

Titre original: Batman v Superman: Dawn of Justice
Réalisateur : Zack Snyder
Scénario : David S. Goyer et Chris Terrio, d’après une histoire de David S. Goyer et Zack Snyder d’après des personnages créés par Bill Finger, Bob Kane, Jerry Siegel et Joe Shuster
Interprétation: Ben Affleck (Bruce Wayne/Batman), Henry Cavill (Clark Kent/Superman), Amy Adams (Lois Lane), Jesse Eisenberg (Lex Luthor), Jeremy Irons (Alfred Pennyworth), Gal Gadot (Diana Prince/Wonder Woman), …
Image: Larry Fong
Montage: David Brenner
Musique: Hans Zimmer et Junkie XL
Costumes : Michael Wilkinson
Décor : Patrick Tatopoulos
Producteur : Christopher Nolan, Emma Thomas, Wesley Coller, Geoff Johns, David S. Goyer, Jim Rowe, Gregor Wilson, Curtis Kanemoto, Charles Roven et Deborah Snyder
Société de production :Dune Entertainment, DC Entertainment, Cruel and Unusual Films, Atlas Entertainment et Warner Bros
Distributeur : Warner Bros
Durée : 151 minutes
Genre: Super-héros
Date de sortie : 23 mars 2016

Etats-Unis – 2016

Remember, un film d’Atom Egoyan : Critique

Le Canadien Atom Egoyan fait partie de ces cinéastes qui connaissent un taux d’attrition croissant. Depuis Exotica et de Beaux lendemains, deux films axés intelligemment sur les thèmes de la perte et de la culpabilité, son audience ne fait que se tarir, faute à une sorte de manque de motivation dans sa réalisation.

Synopsis: Un vieil homme, survivant de l’Holocauste, parcourt les États-Unis pour se venger d’un passé qu’il ne cesse d’oublier…

Memories of a murder

Serait-ce également dû à une écriture devenue paresseuse,  toujours  est-il que Remember, son nouveau film, est un des rares qu’il n’ait pas écrit lui-même, et qui est pourtant celui qui semble relancer l’intérêt du public envers son cinéma.

Zev est un nonagénaire qui vient de perdre sa femme Ruth.Il a une forme de démence sénile. L’histoire ne dit pas si la mort récente de son épouse a accéléré le développement de sa maladie. Très vite, au soir de l’enterrement de Ruth, Zev est pris à part par son ami Max, qui vit dans la même résidence que lui : Max lui donne une épaisse enveloppe bourrée de dollars et une longue lettre. Comme il l’a promis à Max, Zev s’échappe de la résidence et part en mission à la recherche d’un nazi, bourreau de leurs deux familles. Zev et Max sont deux survivants d’Auschwitz, et vont former un aurige d’un genre particulier, un attelage tiré par une entité formée de Zev pour les jambes déjà tremblotantes, et de Max pour la tête : celui-ci, impotent depuis longtemps, fera une feuille de route très précise à laquelle Zev va devoir se conformer jour après jour malgré ses trous de mémoire à répétition. La mission est simple et définitive : Zev doit retrouver et attraper ce nazi, un ancien blockführer.

Le récit prend l’allure d’un road-movie entre les Etats-Unis et le Canada, puisque ce sont quatre personnes différentes que, dans ses recherches avec l’appui du Centre Simon Wiesenthal, Max a identifiées comme portant le nom de Rudy Kurlander, celui emprunté par l’ex officier SS. Présent dans presque tous les plans, Christopher Plummer est excellent dans son rôle de justicier commandé à distance par son ami Max. Sa progression et celle du film sont certes très linéaires, mais la découverte de chaque nouveau « suspect » et de son environnement  ponctue le film d’un suspense qui le maintient dans une bonne dynamique. Chemin faisant, Zev rencontrera diverses personnes, généralement très bienveillantes –nous sommes dans un film canadien-, et notamment des enfants, ses propres petits-enfants, ceux qu’il rencontre dans les trains et les autobus, auprès desquels il s’illumine véritablement et apporte une vraie émotion au film. Grand acteur de théâtre shakespearien, Plummer est la personne toute indiquée pour ce personnage qui doit exprimer une grande panoplie de sentiments avec son seul langage corporel ; il incarne avec beaucoup de justesse le doute, la peur, et tous les moments d’incompréhension et de flottements qui composent sa vie. Après sa bouleversante prestation du personnage de Hal, le père d’Oliver (Ewan McGregor) dans Beginners de Mike Mills, un second rôle pour lequel à 82 ans, il a enfin eu un Oscar en 2012, Plummer semble vivre une prolongation des plus agréables dans son parcours d’acteur.

De son côté, Martin Landau n’est pas en reste pour rajouter une touche inquiétante à ce film ; bardé de tout un attirail médical, le personnage de Max a un air de folie accentué par la nature de ses agissements, une sorte de marionnettiste de l’ombre qui travaille en secret avec Zev.

Le cinéaste se repose beaucoup sur ce tandem qui marche presque en pilotage automatique ; le restant de sa mise en scène est plutôt classique et assez peu inspiré. Les dialogues de Benjamin August sont insipides dans l’ensemble ou au contraire vaguement prêchi-prêcha (notamment sur le mensonge et la vie, dans une des scènes finales du film). Et la musique sucrée de Mychael Danna vient encore affaiblir son dispositif.

Une des faiblesses du film réside également dans le traitement de sa démence sénile. Pour ne pas oublier la prochaine tâche à accomplir selon la lettre de Max, Zev écrit des petits mémos sur ses bras. Le scénariste s’appuie sur un référentiel cinématographique fort, celui de Memento de Christopher Nolan, et avec Atom Egoyan, ils prennent ainsi le risque de la comparaison. Le risque est d’autant plus grand que le traitement de la maladie est assez inconstant, très présente par moment, anormalement inexistante à d’autres, ce qui apporte une certaine couche d’incohérence au film.

Mais dans l’ensemble, le film d’Atom Egoyan est divertissant, avec sa construction en thriller à rebondissements.  C’est sans doute là que le bât blesse et explique que beaucoup de foudres se sont abattues sur le film : le thème choisi, celui de l’Holocauste, ne souffre pas que l’on « s’en amuse », que l’on s’en serve pour divertir. Même si le thème du film, porté par ce titre impératif, voire impérieux, Remember, est une tentative de réflexion sur la mémoire , avec une exploitation de sa perte –ravage de la démence sénile-, de sa transmission – scènes avec les enfants-, de son caractère vital en somme, comme explicité dans le twist final du film, même si ce thème est louable et intéressant, d’une part, le scenario a tendance à ne faire que l’effleurer, et d’autre part, ce choix d’un pan douloureux de l’Histoire comme « prétexte » à faire un bon suspense ne fait pas que des heureux…

Malgré tout, Atom Egoyan a eu raison de se mettre au service de l’immense Christopher Plummer en lui offrant ce rôle énorme qu’il a sublimé avec un talent insuffisamment rencontré sur le grand écran, et en nous offrant un film qui nous fait réfléchir. Malgré tout.

Remember: Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=DtFoOOn3z7Y

Remember : Fiche technique

Réalisateur : Atom Egoyan
Scénario : Benjamin August
Interprétation : Christopher Plummer (Zev Guttman), Martin Landau (Max Zucker), Bruno Ganz (Rudy Kurlander #1), Jürgen Prochnow (Rudy Kurlander #4), Heinz Lieven (Rudy Kurlander #2), Dean Norris (John Kurlander #3), Henry Czerny (Charles Guttman), Peter DaCunha (Tyler)
Musique : Mychael Danna
Photographie : Paul Sarossy
Montage : Christopher Donaldson
Producteurs : Robert Lantos, Jens Meurer, Paula Devonshire, Anant Singh, Moises Cosio, Mark Musselman, Jeff Sagansky, Lawrence Guterman, Mike Porter, D. Matt Geller, Brian Cox, Aaron Barnett
Maisons de production : Serendipity Point Films, Distant Horizon, Detalle Films, Egoli Tossell Film, Téléfilm Canada
Distribution (France) : ARP Selection
Récompenses : Meilleur scénario au Canadian Screen Awards
Budget : 13 000 000 CAD
Durée : 94 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 23 Mars 2016
Canada, Allemagne – 2015

 

Quand on a 17 ans, un film d’André Téchiné : critique

Quand on a 17 ans est porté par deux plumes : celle de son réalisateur, André Téchiné, et celle de Céline Sciamma. A eux-deux, ils servent un film proche de leurs thèmes de prédilections : l’adolescence et la naissance du désir. Le trio imaginé par Téchiné il y a dix ans, après la sortie des Témoins, est porté par trois acteurs formidables : Kacey Mottet Klein, Corentin Fila et Sandrine Kiberlain. Mais au-delà du thème classique de l’adolescence, Téchiné filme la violence et glisse peu à peu vers la douceur, sans enfermer les personnages dans des idées préconçues. Un plaisir cependant mitigé car le film peine quelque peu à démarrer et cède à quelques lourdeurs (voire facilités) que des scènes d’une grande beauté font oublier.

Synopsis : Damien, 17 ans, fils de militaire, vit avec sa mère médecin, pendant que son père est en mission. Au lycée, il est malmené par un garçon, Tom. La violence dont Damien et Tom font preuve l’un envers l’autre va évoluer quand la mère de Damien décide de recueillir Tom sous leur toit.

« Roseaux sauvages »

Si Céline Sciamma a l’habitude de « faire exister » à travers son cinéma, là encore ce sont deux « marginaux », comme elle les présente (voir notre rencontre avec l’équipe du film), que nous rencontrons au début du film. Plus que des marginaux, Thomas et Damien sont deux êtres solitaires qui se toisent, deux aimants contraires qui s’attirent. Ce regard que Damien porte sur Thomas angoisse et agace ce dernier qui réagit violemment. Sauf que Damien reste plutôt impassible à ces premières attaques. C’est le temps du premier trimestre (le film suivra la progression des trois trimestres qui composent une année scolaire), où nous sont décrits les deux univers de nos personnages principaux. L’un vit dans la montagne, brave la neige pour aller en cours, l’autre habite la vallée et est déposé chaque matin en voiture. Thomas a donc la volonté farouche et surtout innée de maîtriser les éléments, son corps domine le paysage autant que ce dernier l’écrase de sa beauté. Si cette première partie peut sembler un peu simpliste (opposant deux personnages de manière très frontale), elle tend à poser le cadre d’une éducation sentimentale qui se révélera passionnante. Car la force des deux auteurs est d’évacuer assez vite l’école (là encore la pirouette scénaristique serait à interroger, mais passons) et autres obstacles pour se consacrer entièrement aux conflits intérieurs des personnages, à ce qui se passe en eux. La relation entre les deux personnages bascule donc peu à peu, mais de manière assez subtile, les deux auteurs mêlant les questions de filiation et de reconnaissance à cette histoire adolescente.

« Quand c’est violent, ça dure pas »

L’intérêt du film est donc de voir comment évolue cette relation d’abord ambiguë, sauvage et finalement presque animale tant elle est liée aux éléments. Loin du regard des autres, Thomas accepte autrement le regard de Damien, accepte la bienveillance, voire devient protecteur. Ici, c’est presque une utopie qu’écrivent Téchiné et Sciamma. En effet, si les drames surviennent, c’est ensemble que le trio décide de les surmonter, même si ça n’est pas toujours consciemment et que tout se construit peu à peu. Se focalisant entièrement sur ses personnages et les enjeux qui les traversent, le film évite l’écueil des personnages périphériques ou des grands discours. Résultat, quand Damien se confie à sa mère, elle le laisse parler, ne l’envahit pas de ses doutes ou de ses réticences, elle accepte, tout simplement. Le film est donc un corps à corps porté par de très beaux dialogues. On y aborde le désir, sa naissance, sa puissance aussi, l’enjeu étant aussi de savoir que faire de ce corps-là, corps d’homme viril ou corps gracile. L’armée, le combat sont évoqués en toile de fond et donnent à penser ce rapport de l’adolescent à sa construction physique et psychique, les modèles des deux personnages étant doubles : mère à protéger dans la ferme familiale, ou mère plus forte mais au corps plus fragile du côté de Damien, les pères étant plus en retrait mais tout de même essentiels. Ce personnage de la mère presque « célibataire » (disons du moins qu’elle élève souvent seule son fils) est crucial car il permet de porter sur le film un regard bienveillant, presque détaché, moins « dramatique », sur une période de la vie où l’on se construit. Quand on a 17 ans, on n’est peut-être pas bien sérieux (merci Rimbaud), pourtant Damien et Thomas sont deux êtres très graves dans leur approche de la vie, de l’autre et de l’avenir. Ils sont déjà très « grands » pour leur âge, alors que la mère de Thomas réagit plus dans l’instant, s’agrippe à la porte du cimetière quand elle perd son mari. Les rôles ici sont comme inversés, ils ne demeurent jamais bien longtemps ce qu’on attendait d’eux. La scène d’amour physique du film nous le démontrera très bien. Les personnages n’ont jamais enfilé un costume pour toujours, c’est la « patte » Sciamma très certainement, avec la force dramatique, mais jamais misérabiliste dont Téchiné faisait déjà preuve dans Les Témoins. Et,en effet, nous regardons ces êtres évoluer, sans jugement, sans que le discours ne soit complètement prédestiné, ni fataliste.

Céline Sciamma et André Téchiné ont travaillé à « quatre mains » sur cette partition étrange, sauvage, et souvent très juste. Comme souvent au cinéma, l’adolescence est envisagée sous le prisme du désir, au cœur de grands paysages qui viennent ajouter à la force des éléments qui se déchaînent dans le cœur et la tête d’une jeunesse volontiers fougueuse. C’est un film tout en tension, parfois très drôle, et qui glisse peu à peu vers la douceur, préférant l’union et le « prendre soin » les uns des autres, à la violence du début (mais sans nier la violence du monde). Si la dernière scène du film est un peu décevante, parce que très bucolique, elle est à l’image de ce que Téchiné a voulu montrer : un parcours, le chemin de deux êtres qui s’ouvrent l’un à l’autre. Nous les voyons grandir à l’écran, changer. Le film ne prétend pas tenir-là un « prototype » d’adolescent, mais plutôt filmer des singularités qui s’unissent pour faire chemin commun. Finalement, on les quitte presque à regret quand l’année scolaire se termine, quand quatre saisons sont passées, mouvantes, de la rage percée par la douceur enneigée de l’hiver au repos souvent trompeur de l’été. 

Bande annonce : Quand on a 17 ans

https://www.youtube.com/watch?v=ReS7qePk-y0

Fiche technique : Quand on a 17 ans

Réalisation : André Téchiné
Scénario : André Téchiné et Céline Sciamma
Casting : Kacey Mottet Klein, Corentin Fila, Sandrine Kiberlain
Photographie : Julien Hirsch
Montage : Albertine Lastera
Sociétés de production :Fidélité Films, Wild Bunch, France 2 Cinema
Société de distribution : Wild Bunch Distribution
Genre : Drame
Durée : 114 minutes
Dates de sortie : 30 mars 2016

Kung-Fu Panda 3, un film de Jennifer Yuh Nelson: Critique

Si Kung-Fu Panda 3 ne sera pas le Vice Versa de 2016, le film de Jennifer Yuh Nelson a au moins le mérite de poursuivre en toute quiétude une franchise déjà bien rôdée, aux codes et références bien établis.

Synopsis: Suite à d’émouvantes retrouvailles, Po se rend dans un village caché dans la montagne, où il doit apprendre l’art du Chi qui lui permettra d’affronter le redoutable général Kaï qui rêve de voler leur Chi à tous les guerriers.

Pan…da la face !

On n’est pas sous le coup de la découverte d’un chef-d’oeuvre, mais on retrouve cet univers d’arts martiaux animaliers avec le plaisir de pantoufles chaudes et confortables. On ne va pas pour autant se mentir, ce film est une véritable réussite technique, comme les plus grands studios nous en ont donné l’habitude. Il n’y a guère que par manque de budget, qu’on peut aujourd’hui échouer sur la qualité d’une animation, de textures et de couleurs.

Donc revoilà Po, tout auréolé de son statut de « Guerrier Dragon » et poussé cette fois un peu plus vers les sommets, par la mise à la retraite de son vénéré maître. Mais Po se cherche, ce panda est en quête d’identité: n’est-il qu’un panda ? Est-il véritablement le « Guerrier Dragon » ? Ou un simple imposteur ? Une rencontre, des retrouvailles et l’aventure qui va s’en suivre, mèneront Po vers cette réponse si convoitée par nous tous : trouver notre place et, si possible, laisser sa trace…

Finalement, à part quelques longueurs lors de l’arrivée de Po dans le village, assortie de deux ou trois running gags pas toujours fins ni créatifs, Kung-Fu Panda 3 réserve sa part de plaisir simple et fun. Paradoxalement, lors de la scène de retrouvailles, le running gag aurait justement mérité d’être développé, il aurait gagné en humour et surtout, la révélation aurait été plus crédible. On se souvient forcément de Dragon Ball ou de Saint Seiya, pour ces combats martiaux exubérants qui détruisaient tout sur leur passage. On se souvient également de ces cours sur la mythologie, avec ce grand méchant, le général Kaï, à l’allure de Minotaure.

Mais entre autres qualités, Kung-Fu Panda 3 hérite bienheureusement d’une version originale qui mériterait de boycotter la version française. C’est vrai qu’ils étaient déjà là aux épisodes précédents, mais maginez un peu: Jack Black, Angelina Jolie, Dustin Hoffman, Lucy Liu, Jackie Chan, Seth Rogen, Kate Hudson et, cerise sur le gâteau pour ce troisième opus, sa majesté J.K. Simmons (récemment remarquable dans Whiplash), ici impérial en bad guy de service. C’est simple, si on ne le voit pas, on n’entend pratiquement que lui, cette voix grave venue d’outre-tombe, ce qui est bien à-propos dans ce film, fait à elle seule de Kaï un méchant mémorable. Bon, dans la version française on aura bien Manu Payet et Pierre Arditi…Une bien maigre compassion…

Voilà donc que Kung-Fu Panda 3, c’est globalement du tout bon, simple et efficace bien qu’un peu longuet par moments, animation, décors et couleurs sont à la hauteur des standards actuels et, comme presque à chaque fois désormais, l’indicatif de Dreamworks est détourné en forme de gag pour débuter le film. On rit, on s’émeut par moments, on prend son pied face aux combats franchement too much et finalement, ce sont toujours ces bonnes vieilles pantoufles qui nous penser qu’en fait…on n’est pas bien là ?

Kung-Fu Panda 3: Bande-annonce

Kung-Fu Panda 3: Fiche technique

Réalisation: Jennifer Yuh Nelson
Scénario : Jonathan Aibel et Glenn Berger
Doublage VO : Jack Black (Po), Dustin Hoffman (Shifu), Kate Hudson (Mei Mei), Bryan Cranston (Li Chan), Angelina Jolie Pitt (Tigresse), J.K. Simmons (Kaï), Jackie Chan (Singe), Seth Rogen (Mante), Lucy Liu (Vipère)…
Musique : Hans Zimmer
Direction artistique : Max Boas
Productrice : Melissa Cobb
Coproducteur : Jeff Hermann
Producteurs délégués : Guillermo del Toro et Mike Mitchell
Sociétés de production : DreamWorks Animation et Oriental DreamWorks
Société de distribution : 20th Century Fox
Durée : 95 minutes
Genre : Comédie, aventure
Sortie France: 30 mars 2016

Etats-Unis – 2016

Meurtre au pied du volcan, une mini-série de Sveinbjörn I. Baldvinsson : critique

Meurtre au pied du volcan, après Millenium, Bergen, Wallander, le nouveau phénomène venu du froid!

Synopsis : Après le krach boursier de 2008, un baron de la finance est retrouvé mort dans sa luxueuse villa située dans une région isolée d’Islande. Tout porte à croire qu’il s’est suicidé. L’inspecteur Helgi, flic tourmenté fraîchement débarqué de Reykjavik, comprends qu’il s’agit d’un meurtre. Aidé d’une jeune policière inexpérimentée aux méthodes peu orthodoxes, il mène l’enquête au sein d’une communauté renfermée sur elle-même, où chacun à ses secrets.

Présentée comme « la série évènement », « la nouvelle série venue du froid » ou encore « la nouvelle série policière dont vous ne pourrez plus vous passer », Meurtre au pied du volcan semble vouloir s’inscrire dans la tradition des récits policiers scandinaves, dans la veine de Millenium ou des Enquêtes du département V. Elle plonge donc le téléspectateur dans une enquête complexe qui mêle de nombreux thèmes : le trafic de drogue, les placements financiers de la haute finance, le rôle des médias, des images, etc. C’est d’ailleurs dans ce portrait des moyens modernes d’une enquête que la série réussit le mieux son pari. Tout se joue sur des messages électroniques échangés, sur des images dont on peut on non déterminer la véracité. La série dépeint très bien un monde ultra-connecté, où tout se joue derrière des écrans, autant les méfaits des criminels que les résolutions des enquêteurs.

Difficile en revanche de ne pas penser que Millenium fait un peu trop d’ombre à la série, qui ne trouve pas son identité propre. Les riches familles propriétaires, les immenses villas isolées, l’inspecteur-vénère-qui-en-a-gros-sur-la-conscience, les motards néo-nazis, le couple d’enquêteurs au départ opposés qui vont finir par se rassembler… à force de trop vouloir cocher les cases, la série peine, non pas à renouveler le genre, mais simplement à surprendre, et se distinguer. Les personnages, à l’exception de la jeune inspectrice Gréta, sportive reconvertie, magnifiquement campée par Heida Reed qui a su en capter toute la teneur jusque dans la démarche, ont du mal à ne pas se limiter à leur fonction dans le récit. Difficile alors de s’y attacher réellement d’autant que le format mini-série, compliqué à maîtriser, ne permet pas d’offrir assez de temps à ce qui entoure l’enquête : les personnages et leurs quotidiens, leurs drames personnels. Toute l’énergie de l’histoire est concentrée dans la résolution du crime, qui se perd en longueurs. Si les multiples rebondissements permettront aux adeptes du genre de ne pas s’ennuyer une seconde, ils pourront sembler être un moyen un peu artificiel d’allonger le récit à ceux qui ne s’y seront pas suffisamment investis dès le départ.

Fort heureusement, l’Islande a plus d’un tour dans son sac, et les paysages volcaniques servant de décors à l’action donnent à la série une touche toute particulière. Une ambiance très spéciale entoure l’enquête et ses protagonistes, renforcée par une musique inquiétante et un rythme pesant. La brume enveloppe le mystère de l’enquête d’un parfum de fantastique prometteur bien qu’ici inexploré. On a envie de se perdre dans ces rochers biscornus pour voir si, comme le dit la légende, « la lave ne rend jamais rien ».

 Meurtre au pied du volcan (Hraunið), minisérie créée par Sveinbjörn I. Baldvinsson, diffusée sur Arte depuis le 14 janvier 2015, est un des derniers titres ajoutés au catalogue de Rimini Éditions.

Caractéristiques techniques DVD Meurtre au pied du volcan

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VIDÉO Format : 1.78 – 16/9 anamorphique (compatible 4/3) Standard : PAL Image : Couleurs
AUDIO Langues : Français (Dolby Digital 2.0), Islandais (Dolby Digital 2.0) Sous-titres : Français

Islande / 2014 / Couleur / 4 x 45 mn env / Format 1.77 / 16/9 compatible 4/3 / Langues : Français – Islandais / Sous-titres français / Son stéréo

Meurtre au pied du Volcan: Fiche Technique

Réalisation : Reynir Lyngdal
Scenario : Sveinbjörn I. Baldvinsson
Casting : Björn Hlynur Haraldsson, Heida Reed, Arnoddur Magnus Danks, Joi Johannsson, Svandis Dora Einarsdottir, Maria Ellingsen…
Musique : Hjörtur Ingvi Jóhannsson
Mini-série intégrale en 4 épisodes de 45’
Éditeur : Rimini Editions
Distributeur : ESC Conseils

Auteur Amaurych

 

Hardcore Henry, un film d’Ilya Naishuller : Critique

Synopsis : Henry est sur le point de mourir mais est ramené à la vie par son épouse, qui l’a en partie transformé en cyborg. Il doit sauver cette dernière des griffes d’un tyran psychotique doté de pouvoirs télékinétiques, Akan, et de son armée de mercenaires. Se battant à ses côtés, Jimmy est son seul espoir de réussite

« Quand Call of Duty et cinéma font bon ménage. »

Deadpool, 99 Homes et maintenant Hardcore Henry! Difficile de penser qu’entre l’adaptation d’un héros irrévérencieux de chez Marvel, le constat alarmiste des effets de la crise des subprimes sur les petites gens et un défouloir azimuté en pays moscovite, un lien, certes ténu, existe. Et pourtant, ce kaléidoscope culturel trimballe avec lui beaucoup plus qu’on ne pourrait le penser. Si le premier, étaye non sans mal sa mythologie à coup de dialogue briseurs de 4ème mur, suffisant à aliéner un public décidément fana de cette diction depuis House of Cards et les apartés légendaires de ce mesquin Kevin Spacey, que le second a eu le chic pour se payer une sortie hors du parc à écran français et que le 3ème se fait le pari d’user de l’importance de l’image et par extension de l’écran pour asseoir ses intentions et ses fantasmes nihilo-destructeurs, c’est bien parce que l’année 2016 semble adopter ce postulat résolument novateur que de vouloir délaisser l’écran de cinéma pourtant figure chère du cinéphile pour l’exporter dans une poche de jean, une tablette posée sur le coin de la cheminée et même un vieux poste de télé. En cela, la sortie d’Hardcore Henry, a tout l’air d’un événement, si l’on se fie à sa principale spécificité, qui ne devrait pas manquer de plaire aux aficionados de consoles de jeux.  Car qu’on se le dise tout de suite, mais Hardcore Henry, outre son postulat aussi nihiliste que barré, est avant même la diffusion de ses premières images, un cas d’école. A l’origine simple court-métrage shooté à la première personne, donnant à voir un quidam affronter des dizaines de mercenaires dans une ambiance survoltée, Hardcore Henry est devenue par la grâce du crowdfunding (financement participatif) un projet bien réel, aisément soutenu par une myriade de fans de FPS, trop contents de voir le cinéma enfin s’emparer de cette itération vidéo-ludique, qui plus est dans sa conception la plus pure et ardemment portée par le taulier du cinéma russe, Timur Bekbambetov. Si la bonhommie de ce producteur vous est inconnue, sachez juste qu’on lui doit la relecture toute azimutée du chef d’oeuvre de William Wyler, Ben-Hur, et qu’il a déjà excellé en amont de ce brillant coup d’éclat, en adaptant cet opéra morbide ou les douilles voltigent et les tueurs lisent dans une machine à tisser qu’est Wanted (2008) ou Abraham Lincoln : Chasseurs de Vampire (2012), irruption malheureuse de l’oligarque russe dans un genre racé – le film de vampires- qu’il a ignominieusement lié avec une personnalité historique en tout point respectable, chargé donc dans ce joyeux foutoir, d’aller déchiqueter à coup de pelle ou de hache d’odieux rampants & vampires, entre deux jets du 13ème amendement. Un CV peu flatteur en l’espèce, mais toutefois prompt à véhiculer une vision débridée, délurée, et en fin de compte déviante de l’industrie du film, amenant de la sorte l’intérêt de l’oligarque russe pour le projet, directement inspiré de la culture pop, et sans doute conçu pour jouer non sans subtilité, comme digne représentant d’une société biberonnée à la violence quotidienne , à la trahison, aux tromperies et à l’essor des nouvelles technologies. Dès lors, à la vue de cet opéra acharné voyant se mélanger sans la moindre retenue robotique, vodka, cocaïne, violence et paranormal, on se dit que le seul résultat à en attendre, outre un gloubi-boulga chaotique et orgasmique n’est qu’une relecture sous acide de George Miller qu’on aurait fusionnée avec un Quentin Tarantino. En somme le crédo non avoué de Bekbambetov : de la technique et du sang.

Le rouge est une couleur chaude

Et du sang, il y en a. Beaucoup même. Passé un générique à l’esthétique rougeâtre se faisant l’écho du festival de violence qui va suivre (on y voit des bustes d’hommes et de femmes se faire poignarder, flinguer et taper à la batte), que voilà déjà le rouge s’effacer au profit d’un blanc étincelant. Celui d’un laboratoire en l’occurrence, ou l’on y ouvre les yeux, via le personnage d’Henry, un cyborg, qui va très vite être contraint de s’échapper après qu’un caïd de la pègre aux cheveux blonds peroxydés nommé Akan, ait décidé de le tuer. Dans sa fuite, il voit sa femme, Estelle, se faire capturer. Autant de raisons qui vont le pousser à tenter le tout pour le tout, quitte à devoir pactiser avec un étrange américain, Jimmy (Sharlto Copley). A peine le temps de comprendre et même d’appréhender ce concept malin en diable, osant ouvertement et sans ambages piquer à la culture vidéo-ludique (on y retrouve le héros privé de la parole, qui prend ses marques avec son nouveau corps et qui, au fil de ses pérégrinations faites de virées dans différents univers tels qu’un bordel, un parking, un immeuble abandonné ou une autoroute, s’abandonne dans des niveaux comme le ferait n’importe quel gamer) que voilà déjà le film parti pour tout envoyer bouler, quitte à sombrer dans une violence démesurée et caractéristique du pays du rouble : diablement furibarde.

Sans doute caractéristique de la patte Bekbambetov, en plus d’être principal moteur de l’intrigue, la violence est ici hypertrophiée, quitte à faire passer les exploits de Rambo pour une escarmouche de bac à sable. Exagérée, dévastatrice, gore et enfin furibarde, tant le rythme, calé sur le crédo d’une ligne de coke (à croire que la production tout entière est passée par la Colombie) annihile toutes les perceptions et prévisibilités possibles, la violence est surtout le manifeste, devenu en très peu de temps inutile, de l’origine du film. Son ADN, violent, jusqu’au-boutiste, insensible et ouvertement idiot transpire la Russie par tous les pores. Entre orgies des armes à feux et de la débauche, une apparente insensibilité des divers policiers qui tomberont comme des mouches face aux assauts du personnage principal, ou l’apparente exagération (ici chronique) des genres matriciels du cinéma, qui verront le thriller mâtiné de technologie se mêler au western avec l’affrontement final entre Akan et Henry, qui eux-mêmes se verront rejoints par l’amour naissant entre Estelle & Henry, c’est finalement à un pan de cinéma entier que Hardcore Henry souhaite rendre hommage. Un peu comme si la technique jusqu’au-boutiste et par définition écrasante de l’ensemble prenait le pas sur le récit, quitte à singer dans une certaine mesure, le dernier Innaritu, The Revenant, qui en convoquant trip naturaliste, combat homérique entre l’Homme et la nature, survival désenchanté et regard acerbe sur les dérives déjà hautement morbides du capitalisme, se faisait déjà l’écho d’une volonté de rendre un hommage, non pas à un genre prédéterminé mais bel et bien au cinéma en tant que vivier à histoires.

La revanche du gamer 

Et en ce sens, le choix de se calquer sur une représentation/adaptation vidéo-ludique n’est pas des plus irréfléchies. Bien au contraire même. S’il est généralement de mise de conspuer tout film se faisant le pari de porter à l’écran un jeu vidéo, on ne peut toutefois pas contester que certains films ont au cours de cette frénésie de l’adaptation, su tirer leur épingle du jeu, quitte à restituer avec eux certains poncifs immémoriaux du 10ème art. La renaissance systématique du personnage d’Edge of Tomorrow ou la récente incursion dans le genre de Kevin Spacey qui a prêté ses traits pour camper une figure d’un épisode de Call Of Duty, prouvent de facto l’attraction existante entre cinéma et jeux vidéo. Un peu comme si les deux univers, qui tendent à se rapprocher, n’avaient que respect l’un pour l’autre, quitte à, de temps en temps, le prouver par des films hommages. 

Et Hardcore Henry, est à bien des égards, cet hommage. Comment expliquer autrement que par la représentation spatiale découpée en niveau d’un jeu, les différents univers traversés par Henry ? Comment expliquer le temps d’adaptation vécu par Henry, qui passera de cyborg chétif à machine à tuer dans le dernier acte, autre que par l’acquisition d’expérience ? Ces thématiques, esquissées de long en large feront ainsi le sel de cet Hardcore Henry, qui n’aura décidément de cesse qu’à revendiquer son titre, amuseur en diable, tant il n’est que très peu éloigné de la réalité. Et au milieu de ce faux plan séquence, qui compilera adroit hommage aux différents jeux charnières de console (Grand Theft Auto, Hitman, Devil May Cry, Poursuit Force, Splinter Cell) et exutoire d’une violence trop souvent contenue, on ne peut que passer notre temps à rire et à regarder béatement ce qui s’apparente non moins qu’à la preuve que derrière tout court-métrage, se cache un long en devenir. Et dans son cas, un foutrement bon tant le seul reproche qu’on pourra lui faire sera d’être l’instigateur d’une grosse frustration que de ne pouvoir tenir pendant toute la séance, la manette chargée d’exécuter ce joyeux bordel qu’est ce défouloir irrévérencieux et total.

Jouissif, extatique, furibard, déchainé, et totalement fou, cet Hardcore Henry a de bonne chance d’exalter une génération entière de gamers tant son propos, aussi gore que violent, agit en madeleine de Proust pour quiconque a un jour tenu une manette et joué à un bon vieux FPS des familles. Mais au-delà de sa technique constante et maîtrisée, c’est surtout à un véritable modèle de défouloir que n’auraient pas renié Rambo ou Predator, que nous confronte Ilya Naishuller.

Hardcore Henry : Bande-annonce

Hardcore Henry : Fiche technique

Réalisation : Ilya Naishuller
Scénario : Ilya Naishuller
Casting : Ilya Naishuller (Henry), Sharlto Copley (Jimmy), Danila Kozlovski (Akan), Haley Bennett (Estelle)
Musique : Heavy Young Heathens
Photographie : Pasha Kapinos, Vsevolod Kaptur, Fedor Lyass
Montage : Steve Mirkovich
Production : Timur Bekmambetov, Ekaterina Kononenko, Ilya Naishuller, Inga Vainshtein Smith
Sociétés de production : Bazelevs Production, Versus Pictures
Société de distribution : STX Entertainment (en), Metropolitan Filmexport (France), VVS Films (Canada)
Langues originales : anglais, russe
Format : Couleur – 1.85:1 – caméra GoPro
Genre : action, science-fiction
Durée : 90 minutes
Dates de sortie en France : 13 avril 2016

Russie, États-Unis – 2015

Love Streams, un film de John Cassavetes : critique

Ecrire sur Love Streams plus de trente ans après sa sortie, alors que tout a déjà été dit et commenté dans un contexte qui depuis a évolué, traduit l’envie de faire partie du concert d’hommages à son réalisateur John Cassavetes, et au film lui-même, qui est son dernier « vrai » film avant sa disparition. Profiter de la sortie par Wild Side Vidéo d’une magnifique version restaurée en HD est la meilleure façon de le faire.

Synopsis: Sarah et Robert éprouvent l’un pour l’autre un amour inébranlable. Et pourtant, tout les oppose. Sarah, passionnée à la limite de la démence, se donne entièrement à ceux qu’elle aime. Robert, solitaire, n’a, lui, que des relations éphémères et l’ardeur de ses sentiments se tarit de jour en jour. La crise qu’ils traversent les réunit de nouveau. Une étrange et folle relation s’établit entre ces deux êtres à la dérive……

The Fountain

Il est en effet difficile de faire une analyse objective, from scratch, d’un film dont on connaît  aujourd’hui tous les secrets. Mûri depuis de nombreuses années avec le dramaturge Ted Allan qui est devenu au fil des ans un ami très proche, Love Streams fut d’abord une pièce que Cassavetes lui-même a mise en scène, avant de devenir le film-somme qui fut tourné en 1983. Love Streams est tourné dans des conditions très particulières, puisqu’ enchâssé entre le décès de la mère du cinéaste, qui devait y tenir un rôle, et la découverte de la cirrhose de foie qui le condamne d’ores et déjà avant de l’emporter définitivement en 1989.

Love Streams porte le titre français de « torrents d’amour », un titre qui traduit parfaitement ce dont il s’agit. Robert Harmon (interprété par Cassavetes lui-même après la défection de John Voight qui a tenu le rôle dans la pièce) est un écrivain qui veut écrire sur la vie nocturne et l’amour qu’on y vend et qu’on y achète. De fait, c’est avec des prostituées qu’il passe le clair de son temps aviné, incapable de s’attacher à quiconque, mais incapable aussi de rester loin des femmes, à la recherche de l’amour, cet objet d’une quête incessante et inassouvie, poursuivie par le personnage, mais également de film en film par le cinéaste John Cassavetes.

D’un autre côté, Sarah Lawson, une femme lunaire interprétée par Gena Rowlands est également une femme sous l’influence de cette fontaine d’amour. Se séparant de son mari dans des circonstances compliquées (il la trompe parce qu’elle instable, elle est instable parce qu’il la trompe, ils sont instables parce qu’ils sont…instables), elle pensait récupérer la garde quasi-exclusive de sa fille Debbie lorsqu’elle apprend de la bouche de cette dernière et devant le tribunal que désormais c’est avec son père qu’elle souhaite vivre, car ne pouvant plus supporter la morbidité de sa mère visiteuse de prisons, d’enterrements, et même de mariages, du moment qu’il y a de la tristesse et de la maladie à gérer (« that’s what I do »  dira-t-elle devant le juge et les avocats). Sarah est folle de ne pouvoir communiquer convenablement son flux d’amour aux personnes qu’elle aime. Comme elle le dit aussi devant le tribunal, « quand on ne va pas bien, on ne doit pas rester avec ceux qu’on aime »…

Comme à l’accoutumée, plutôt que de suivre une classique linéarité, le cinéma de Cassavetes est constitué de forts moments de vie, qui donnent leur marque au film. Ainsi par exemple la manière de Robert de séduire Susan (Diahnne Abbott, avant qu’elle ne participe à quelques films de son ex-mari Robert de Niro), dans une ivresse qui commence probablement chez l’acteur/réalisateur pour se prolonger dans le personnage dans un accès de vérité très troublant. Ainsi, cette scène avec Albie, le fils dont Robert découvre l’existence autour de sa dixième année, un enfant qu’à peine déposé chez lui par la mère, il emmène à Las Vegas où il le laisse aussitôt pour ses habituelles bacchanales nocturnes : la souffrance d’Albie, mais plus encore celle de Robert, incapable de lui manifester le moindre amour, sont poignantes, surtout quand l’adulte crée de faux espoirs en déclarant préalablement à l’enfant : « J’aime les enfants, ils sont innocents et ne demandent rien ».

Mais surtout, ces moments de vie inoubliables sont ceux de sa muse Gena Rowlands, plus habitée que jamais dans le rôle de Sarah Lawson, peut-être elle aussi dans la connaissance du grave état de santé de John Cassavetes ; la tristesse se lit dans ses yeux. Le film est à sa gloire, la suivant dans ses moindres déplacements (scènes épiques de ses tentatives de voyage en Europe que le manque d’argent chronique dans les films du cinéaste résume à des couloirs d’aéroport), pénétrant dans ses rêves (dont un magnifique opéra de déclaration d’amour à son mari Jack et à sa fille Debbie, un rêve d’idéal et de normalité).  Quand à mi-chemin du film, Robert et Sarah se retrouvent sous le même toit, c’est elle que le cinéaste met dans la lumière. Et ici encore, le torrent d’amour coule, ininterrompu. Robert et Sarah sont dans une relation intime et tourmentée, mais ce sont deux êtres qui se sont perdus et en route et broyés par la solitude, qui s’aiment mais qui ne savent pas le montrer, qui recourent à la débauche ou à l’extravagance comme palliatif. Alors le torrent d’amour « ne » se traduit que par des symboles d’amour insensés, comme cette Arche de Noé offerte par Sarah à Robert, des animaux à aimer à défaut de savoir/pouvoir aimer les humains. L’intensité de cette relation est renforcée par celle de John Cassavetes et Gena Rowlands eux-mêmes, une relation longue et tumultueuse assombrie par le même sentiment de perte imminente.

A cause de ce contexte très particulier qui en fait presque un film-testament, Love Streams a une résonnance toute particulière qui ne doit cependant pas faire oublier ses qualités intrinsèques. Un film qui porte toutes les forces de l’univers du cinéaste : ses thématiques (l’amour, la perte de l’amour, la fête et la folie comme monnaie d’échange illusoire), son mode opératoire (le tournage en famille, la créativité et le manque d’argent), sa mise en scène (avec notamment cette fin flottante au goût volontaire d’inachevé, et l’improvisation en général). Un très grand film pour clôturer l’œuvre d’un très grand cinéaste.

Love Streams : Bande annonce

Love Streams : Fiche technique 

Titre original : –
Réalisateur : John Cassavetes
Scénario : John Cassavetes et Ted Allan, d’après la pièce de Ted Allan
Interprétation : Sarah Lawson (Gena Rowlands), John Cassavetes (Robert Harmon), Diahnne Abbott (Susan), Seymour Cassel (Jack Lawson), Margaret Abbott (Margarita), Jakob Shaw (Albie Swanson), Risa Martha Blewitt (Debbie Lawson)…
Musique : Bo Harwood
Photographie : Al Ruban
Montage : George C. Villaseñor
Producteurs : Menahem Golan, Yoran Globus
Maisons de production : Cannon Group
Distribution (France) : Wild Side Video (DVD & Blu-Ray)
Récompenses : Ours d’Or à la Berlinale (1984)
Budget : ND
Durée : 141 min.
Genre : Drame
Date de sortie : Film : 9 Janvier 1985, DVD & Blu-Ray : 24 Février 2016
Etats-Unis – 1984

Au nom de ma fille, un film de Vincent Garenq : Critique

Vincent Garenq est un habitué du monde judiciaire sur grand écran. Apres Présumé Coupable et L’enquête, le réalisateur se penche sur l’affaire Dieter Krombach, fait divers survenu dans les années 80, et s’étalant sur 30 ans.

Synopsis : Un jour de juillet 1982, André Bamberski apprend la mort de sa fille Kalinka. Elle avait 14 ans et passait ses vacances en Allemagne auprès de sa mère et de son beau-père le docteur Krombach. Rapidement, les circonstances de sa mort paraissent suspectes. L’attitude de Dieter Krombach ainsi qu’une autopsie troublante laissent beaucoup de questions sans réponse. Très vite convaincu de la culpabilité de Krombach, André Bamberski se lance dans un combat pour le confondre. Un combat de 27 ans qui deviendra l’unique obsession de sa vie…

Que justice soit faite !

Au scénario, il est aidé par Julien Rappeneau, réalisateur de Rosalie Blum, bientôt sur nos écrans.
Le scénario tient toute ses promesses et passionne. Les frasques et le combat d’André Bamberski s’avèrent saisissants. D’une durée d’une heure et demie, le long-métrage ne délaisse pas le spectateur un seul instant. La lutte de ce père de famille ne peut qu’emporter toute l’estime du spectateur. On affronte les difficultés avec Bamberski, et ses échecs ne peuvent que nous affecter, tant Dieter Krombach est un salaud.
Toutefois, le schéma scénaristique est peu original, voire commun, et se cantonne aux films policiers et judiciaires actuels, a la manière de L’affaire SK1. Le réalisateur nous offre un film passionnant, mais il manque ce petit quelque chose, ce petit détail significatif qui pourrait le surclasser. Des partis pris esthétiques plus pertinents, et plus singuliers auraient fait d’Au nom de ma fille un film qui marque les esprits. Or, le film a un impact momentané sur le spectateur, mais une fois le récit avalé et réfléchi, il ne nous reste que la prestation de Daniel Auteuil à l’esprit.
Aussi, le pari de Vincent Garenq était osé, car il fallait trouver le moyen d’illustrer 30 ans de la vie d’un homme en un peu plus d’une heure vingt. Ainsi, Au nom de ma fille est une composition continue d’ellipses, et malheureusement, certaines périodes ne sont pas assez exploitées pour être réellement comprises. On aurait aimé en savoir plus sur le devenir de l’ex-femme de Bamberski, tout comme l’instant qu’est la rupture entre Bamberski et Cécile, incarnée par Christelle Cornil, qui survient comme un cheveu sur la soupe, même si l’on perçoit les émois émotionnels des personnages.
Ces tranches de vie ne sont que partiellement survolées, et on aimerait s’y appesantir afin d’avoir plus de détails de l’enquête. Si le fond est saisissant, la forme est à nuancer.

Mais l’affaire Dieter Krombach, aussi appelée Kalinka Bamberski, et ainsi Au nom de ma fille, ce sont des personnages caractéristiques. Certains sont des ordures, d’autres se voilent la face, les derniers cherchent à rendre la justice.
Daniel Auteuil est magistral. Un rôle de la sorte lui fait du bien. Ses précédents rôles qui relevaient de la comédie l’avaient quelque peu décrédibilisé, il était donc nécessaire de lui proposer un rôle lui permettant de dégager le meilleur de lui-même. Et l’acteur nous prouve qu’il en a encore sous le capot. Oscillant entre indignation, rage, tristesse, et quasi début de folie, Daniel Auteuil agrippe le spectateur et l’émeut. Son combat et sa persévérance nous livre un personnage d’une humanité folle, aimant sa famille, et toujours aussi fou de sa fille.
Toutefois, on aura plus de recul sur la prestation de Marie-Josée Croze, qui ne fait pas tout le temps dans la justesse. Aussi, son personnage est détestable tant elle s’obstine à défendre le meurtrier de sa fille et à s’opposer au combat de son ex-mari.
Sebastian Koch, sous ses faux airs de Liev Schreiber, ne rend pas son personnage assez crédible, faisant de ce dernier un personnage passif vis à vis du sort qu’il lui tombe dessus. Toutefois, on ne cessera de le détester. Dieter Krombach est un homme ingrat, mythomane, qui mérite tout le malheur du monde, et qu’on ne peut s’empêcher de détester au plus haut point.
On aurait aimé une confrontation plus marquée entre les deux hommes, car ces trente années ne sont rien d’autre qu’un incessant duel, dans lequel chacun tente de tirer la couette de son côté.

Le nouveau film de Vincent Garenq est donc une réussite. Malgré une narration classique, Au nom de ma fille est porté par un Daniel Auteuil au sommet de son art et une intrigue captivante, qui ne saura laisser le spectateur indifférent.

Au nom de ma fille : Bande-annonce

Au nom de ma fille : Fiche technique

Réalisateur : Vincent Garenq
Scénario : Vincent Garenq, Julien Rappeneau
Interprétation : Daniel Auteuil, Sebastian Koch, Marie-Josée Croze, Christelle Cornil, Christian Kmiotek, Fred Personne…
Photographie : Renaud Chassaing
Montage : Valérie Deseine
Musique : Nicolas Errera
Direction artistique : François Abelanet
Producteurs : Cyril Colbeau-Justin, Jean-Baptiste Dupont, Hugo Bergson-Vuillaume, Serge de Poucques, Sylvain Goldberg
Sociétés de production : LGM Productions, Black Mask Productions, StudioCanal, TF1 Films Production
Distribution (France) : StudioCanal
Durée : 87 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 16 mars 2016

France – 2016

La Dream Team, un film de Thomas Sorriaux : Critique

[Critique] La Dream Team, une comédie potache aux répliques tordantes et au casting d’enfer !

Synopsis : Suite à une blessure à la jambe, Maxime Belloc, star du PSG, doit se mettre au vert. Son agent l’envoie dans son Berry natal où il devra vivre dans la maison de son père et entraîner l’équipe des cadets la commune.

Une gentille satire du monde du football :

Dès le début, La Dream Team joue avec les clichés en nous présentant le personnage de Maxime Belloc, caricature du footballeur pédant, odieux, m’as-tu-vu et grotesque. La pseudo-star gare son bolide sur les places handicapées, insulte les journalistes (mais pas trop), tourne des publicités ridicules – notamment un remake surjoué de la pub Nespresso. What else ? Thomas Sorriaux ose la parodie, sans toutefois aller trop loin puisque notre anti-héros regagnera les faveurs du public grâce à ce retour aux pays et aux vraies valeurs.
On notera tout de même quelques pointes de sarcasme notamment « Je suis le footeux le plus détesté depuis Domenech ! » ou encore « J’ai l’impression d’annoncer à Riberi qu’il doit passer son Bac Français ! ». En outre, l’agent sportif incarné par Lauby et l’entraîneur joué par Timsit sont copieusement tournés en ridicule…
Porté par Medi Sadoun, Gérard Depardieu et Chantal Lauby, La Dream Team déborde donc d’humour et d’autodérision. Et même si Depardieu joue la carte de la sobriété dans son rôle du grand-père sage et nature, il n’hésite pas lui-aussi à donner de sa personne. Ainsi lorsque son fils lui apprendra qu’il pense signer en Corée, l’acteur osera répondre : « Pourquoi pas en Russie pendant que t’y es ! » (rappelons que Depardieu possède la nationalité Russe depuis 2013 et qu’il s’est installé en Russie).
Certes, personne n’est épargné dans cette Dream Team (le chien s’appelle Platini, le petit black de l’équipe est surnommé Kirikou et Sébastien Chabal vit encore chez maman !) mais cela reste de l’humour potache, bon enfant et surtout sans lourdeur, sans vulgarité ni offense. Un bon moment de franche rigolade !

Un film plus mûr :

En choisissant de faire cette comédie chaleureuse et jubilatoire, Thomas Sorriaux s’éloigne encore davantage de l’humour gras auquel il nous avait habitué dans ses premiers films et c’est tant mieux !
Il faut dire qu’avec 15 ans et demi, le réalisateur avait déjà un pied dans la comédie familiale portée par un Daniel Auteuil excellent dans le rôle du papa surprotecteur. La Dream Team joue un peu dans la même catégorie mais, avec ses dialogues piquants et son scénario très réussi, le film s’élève un cran au-dessus.
Sorriaux a vu grand pour son film qui regorge de guests (Nikola Karabatic, Sébastien Chabal, Renaud Lavillenie…) et l’équipe a pu tourner deux heures au Parc des Princes aux côtés du PSG. Medi Sadoun a d’ailleurs réussi a marquer un but dans la peau du joueur Maxime Belloc.
Mais au-delà du film de footeux, La Dream Team transmet de vraies valeurs : la famille, l’esprit sportif, le don de soi, la nature et l’amour… Un joli conte qui plaira aux petits comme au grands et qui a su s’adapter à tous les publics. Car si le film foisonne de répliques mordantes et surtout tordantes, balancées en parti par le flow de Medi Sadoun, il n’a rien à voir avec Les 11 Commandements et autres Beuze du réalisateur.
Ici, les mots sont pesés, les vannes sont pertinentes et Sadoun interprète le tout avec classe et charisme. Interrogé à ce sujet lors de la sortie en avant-première, Thomas Sorriaux avouera s’être refusé trop de vulgarité sur ce film.

Avec La Dream Team, Thomas Sorriaux réussit un très joli coup. Cette comédie potache et familiale portée par une brochette d’acteurs hauts en couleurs est un excellent divertissement qui vous offrira un moment jouissif et hilarant.

La Dream Team : Bande-annonce

La Dream Team: Fiche technique

Réalisation : Thomas Sorriaux
Scénario : Sébastien Fechner, Clément Michel, Vincent Azé, Morgan Spillemaecker, Thomas Sorriaux
Distribution : Medi Sadoun, Gérard Depardieu, Patrick Timsit, Chantal Lauby, Barbara Cabrita, Léa Lopez, William Dechelette, Vincent Ndiaye, Andranic Manet, Vincent Bowen, Théo Fernandez, Emir Seghir, Fréd Braz, Antoine de Prekel, Nikola Karabatic, Sébastien Chabal…
Directeur de la photographie : Vincent Gallot
Musique : Alexandre Azaria
Production : Source Films
Durée : 90 minutes
Sortie : 23 mars 2016

France – 2016

Knight of Cups, le nouveau film de Terrence Malick sortira en DVD/Blu-Ray le 25 Mars

Soucieux de voir Christian Bale déambuler sur le pavé de Los Angeles à la recherche du sens de la vie ? Ca tombe bien, Knight of Cups du toujours très imprévisible Terrence Malick sort le 25 Mars prochain.

Inutile de présenter (encore) le génial Terrence Malick. Celui qui a révélé Richard Gere dans Les Moissons du Ciel (1978) ou su détourner les codes du film de guerre en y introduisant une aura mystique avec La Ligne Rouge (1997) s’avère, à l’aune du tournant de l’industrie américaine pour le divertissement super-héroique, comme l’un des derniers cinéastes américains en activité qui croit encore à la puissance des images et du mouvement. Rien d’étonnant dans ce cas à voir chacune de ses œuvres épiées et attendues par une horde de fans, décidément admiratif de cet artiste esthète et imprévisible. Et c’est peu dire que son dernier film, Knight of Cups, a fait trembler les foules et amené avec lui un profond relent de mystère et de curiosité, tant le film, présenté à la Berlinale 2015 a vite eu des airs d’évènement dans la sphère cinéphile.

Prenant place à Los Angeles, le film se fait le portrait de Rick (Christian Bale) scénariste, qui au détour du succès et de rencontres avec des femmes, s’interroge. Que doit-il faire ? Quel chemin doit-il prendre ? Et ou doit-il aller ? Un questionnement introspectif lancinant qui verra l’ex-Batman de Christopher Nolan, errer dans la Cité des Anges, à la recherche de réponses, dans un univers ou la vacuité et l’aspect artificiel des relations vont paradoxalement l’empêcher d’y voir clair. Bien aidé par un casting voyant Nathalie Portman rencontrer Cate Blanchett, Antonio Banderas et bien d’autres, le film, est encore une fois l’illustration par Malick d’un monde en plein doute. L’absence manifeste d’intrigue, et le délitement progressif de la compréhension du spectateur sont autant de périple à traverser afin de toucher à la substance même du cinéma de Malick : le cinéma est un voyage. Sublimé par la photographie, lumineuse en diable d’Emmanuel Lubezki (Birdman, The Revenant, Gravity) et magnifié par des acteurs en état de grâce, nul doute que ce Knight of Cups saura s’imposer comme un film de choix pour les cinéphiles.
Et ces derniers seront d’ailleurs bien gâté. Disposant d’une édition Blu-Ray HD et d’une édition DVD numérique, agrémentée de quelques bonus dont une featurette promotionnelle, un entretien avec le producteur Nicolas Gonda ; et la bande-annonce, Knight of Cups semble clairement être la preuve d’amour de Terrence Malick, autant pour son art que pour son public.

Edition DVD : EDITION AVEC FOURREAU ET LIVRET EDITION LIMITEE

Format image : 2,35 : 1- 16/9 compatible 4/3
Format audio : Français 5.1 Dolby Digital / Anglais 5.1 Dolby Digital / Anglais 2.0 Dolby Digital
Sous-titres : Français
Durée : 118 min
Suppléments : Featurette promo ; entretien avec le producteur Nicolas Gonda ; le film annonce

Edition Blu-Ray : EDITION AVEC ETUI ET LIVRET EDITION LIMITEE

Format image : 2,35 : 1 – HD 1920 x 1080p – 16/9
Format audio : Français 5.1 DTS HD Master audio / Anglais 5.1 HD master audio / Anglais 2.1 DTS HD Master Audio
Sous-titres : Français
Durée : 118 min
Suppléments : Featurette promo ; entretien avec le producteur Nicolas Gonda ; le film annonce

 Fiche Technique: Knight of Cups

Réalisation : Terrence Malick
Scénario : Terrence Malick
Casting : Christian Bale, Cate Blanchett, Natalie Portman, Brian Dennehy, Antonio Banderas
Direction artistique : Jack Fisk
Décors : Ruth De Jong
Costumes : Jacqueline West
Montage : Mark Yoshikawa
Musique : Hanan Townshend
Photographie : Emmanuel Lubezki
Son : Joel Dougherty
Production : Nicolas Gonda, Sarah Green, Ken Kao et Daniel Newman
Sociétés de production : Dogwood Films et Waypoint Entertainment
Sociétés de distribution : États-Unis : FilmNation
Budget : NC
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : Anglais
Format : couleur – 2,35:1 – son Dolby numérique
Genre : Film dramatique
Durée : 1h58
Allemagne : 2015 (Berlinale 2015)

Date de sortie en salle le 25 novembre 2015
Date de sortie vidéo le 25 mars 2016

Interview : Blaine Brothers, réalisateurs de Nina Forever

Notre interview des frères Chris et Ben Blaine, réalisateurs britanniques connus sous le nom de Blaine Brothers :

Auteurs de plusieurs courts et moyens métrages primés dans de nombreux festivals comme Hallo Panda, 0507, Free speech et bien d’autres encore, les Blaine Brothers se sont vraiment fait connaître grâce à leur premier long-métrage : Nina Forever. Une comédie horrifique et sensuelle très remarquée notamment au Festival de Toronto et au  British Independent Film Awards. Pour CineSeriesMag, notre duo de réalisateurs a bien voulu se prêter au jeu des questions/réponses. Vous trouverez ci-dessous cette interview exclusive en Français ET Anglais.

Award winning writer-director duo of short films like Hallo Panda, 0507, Free speech et many other films, the Blaine Brothers became chiefly famous with their movie Nina Forever. A creepy sexy comedy  acclaimed at Toronto Festival and British Independent Film Awards, to name a few. For CineSeriesMag, the director duo accepted to answer some questions. Here is the interview both in French AND English.

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Interview en Français :

Comment vous est venue l’idée de Nina Forever ? De quoi vous êtes vous inspiré pour le film ?
Blaine Brothers : L’idée a pris forme il y a quelques années – initialement, c’était l’histoire de la relation tordue entre Rob et les parents de sa petite amie décédée, de la façon dont ils agissaient tous comme si c’était ses propres parents, de cette foi qu’ils avaient les uns envers les autres mais qui prouvait à quel point ils étaient enfermés dans leur deuil – mais ce n’est que lorsque nous avons ressenti du chagrin et que Nina a commencé à parler que c’est devenu quelque chose de concret.
Ben (Blaine, ndlr) a écrit, à la demande d’un groupe, une pièce en un acte qui avait beaucoup de points communs avec la scène de la rencontre avec Nina.
Jusqu’à ce que Chris réalise que Holly était le personnage le plus intéressant à suivre – Rob et Nina sont complètement piégés alors que c’est Holly qui choisit de rester – et que nous comprenions comment on pourrait en faire un film. A partir de là, ce fut véritablement rapide à écrire.

Les deux personnages féminins sont incroyables et Abigail Hardingham irradie derrière cette apparence sombre. Comment les avez-vu choisies ?
Blaine Brothers : Nous travaillons avec Emily Tilelli, une directrice de Casting brillante et qui partage les mêmes convictions que nous sur les castings à savoir qu’il faut laisser les acteurs jouer, essayer des choses différentes plutôt que de rayer les noms d’une liste. C’était extrêmement passionnant de voir toutes les possibilités de ces personnages, ça nous a vraiment aidé à comprendre où nous voulions aller avec le film.
On voulait des surprises, des acteurs capables de faire quelque chose d’inattendu. Emily avait vu Fiona dans le film Utopia, elle était convaincu qu’elle serait la parfaite Nina et ce fut le cas.
Abigail était quelqu’un à qui elle voulait donner une chance – on n’avait aucune idée de ce que ça donnerait – et lorsqu’elle s’est présentée à l’audition, elle a fait quelque chose de totalement différent de la manière dont les autres avaient appréhendé la scène. Ça nous a fait entrevoir une nouvelle facette de Holly, de qui elle pourrait être, et nous fûmes enchantés de l’accueillir à bord.

Le personnage masculin est maltraité pendant tout le film. Nina Forever peut donner lieu à une interprétation féministe, était-ce votre intention ? Peut-on dire que c’est un film féministe ?
Blaine Brothers : On apprécierait carrément que vous le trouviez féministe, c’était précisément notre intention de focaliser l’histoire sur Holly et d’étudier chaque personnage dans leur profondeur et leur propre volonté.
Le scénario autour de Rob fait parti de ceux qui ont été écrits très longtemps en amont du film. Il s’est construit au détriment d’autres personnages comme Holly même si, dans ce cas-là, l’histoire du mec est relativement simple et la fille est un vrai point du sujet à traiter. On comprend pourquoi il s’intéresse à elle – elle l’aidera en profondeur. Mais pourquoi elle, elle s’intéresse à lui, ça c’est l’histoire que nous voulions explorer, écrire sur ce désir avide d’aider quelqu’un, d’être important pour lui, et de quelle manière ça peut vous transformer.

Nina Forever est assez différent de vos autres films même si on peut retrouver des similarités notamment dans Hallo Panda (les relations humaines, le couple, la couleur rouge avec cette robe rouge ou encore la chemise…). Finalement, allez-vous adopter ce ton dans vos films désormais ?
Blaine Brothers : Nos courts-métrages avaient une tendance comique, mais nos projets de long-métrage étaient plus souvent sombres. Vous bénéficiez de plus d’espace pour vraiment explorer un sujet sombre sans qu’il y soit nécessaire que ça vous saute aux yeux en dix minutes ou moins.
Nina Forever représentait le parfait long-métrage pour nous en ce sens qu’il bénéficiait de nos côtés délirants et sombres à tous les deux, combinés pour en faire un film à notre image.
Nous tentons de donner une innocence cynique à nos films, c’est un aspect que nous voulons vraiment pérenniser et Nina nous a beaucoup aider à comprendre comment le faire ressortir.

Travaillez-vous actuellement sur votre prochain film ? Si oui, pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

Blaine Brothers : Nous avons plusieurs projets de film que nous prévoyons de faire. D’abord, un thriller oppressant que nous sommes en train d’écrire et qui est incroyablement angoissant mais qui traite à la fois d’infirmité, d’aveuglement, de peinture, de culpabilité et par-dessus tout, d’acharnement.
Ensuite, nous avons été choisis pour réaliser un scénario d’Irvine Welsh (Trainspotting) et de son partenaire Dean Cavanagh (Good Arrows, Wedding Belles, ndlr).
Ça se passe à Leith, dans la ville d’Irvine, et ça traite d’un groupe de femmes qui font s’écrouler le Casino du coin, ce qui va donner lieu à de grands moments de délires !

Interview in English :

CSM : How did you come up with the idea of Nina Forever ? What was your inspiration for the film ?
Blaine Brothers : The idea took shape over many years – initially it was the story of Rob’s weird relationship with the parents of his dead girlfriend, the way they all almost acted as if they were his parents, that reliance they had on each other which actually meant they all stayed stuck, but it wasn’t until we started experiencing grief for ourselves and Nina started talking that it became something beyond an idea. Ben wrote a one-act play for a group who had asked him to write for them, which has a lot of similarities to the first scene we get to meet Nina, and it wasn’t until Chris realised that Holly’s character was the most interesting to follow – Rob and Nina are pretty much stuck, whereas Holly is choosing to remain – that we saw how we could write it as a film. After that it was actually pretty quick to write.

The two female characters are amazing and Abigail Hardingham is radiating beyond her macabre
side. How did you choose them ?
B.B : We worked with a brilliant casting director called Emily Tilelli, who shared the same belief as us that casting sessions should be about letting the actors play, about trying stuff out rather than looking to cross people off a list. It was tremendously exciting to see all the different ways the characters could go, it really helped us understand where we wanted to go with the film. We wanted surprises, actors who would do something unexpected. Emily had watched Fiona in Utopia and knew there and then that she’d be our perfect Nina, and she was. Abigail was someone she’d taken a chance on – no idea how she’d do – and she came in for the audition and did something totally different to the way everyone else had done the same scene, which made us see a whole new side to Holly and who she could be, so we were delighted to get her on board.

The male character is mistreated during the whole film. Nina Forever could bring a feminist vision,
was it your intention ? Can we say it’s a feminist movie ?
B.B : We would certainly love it if you call it a feminist movie. It was certainly our intention to focus the story on Holly, and for every single character to have a depth to them, their own volition. Rob’s storyline is one that has been made many times over on film, and often that has been to the detriment of a person like Holly, even though the guy’s storyline in this case is fairly straightforward, and the girl’s has a real question to it. You know why he’s interested in her – she’ll help him out of the depths. But why she’s interested in him – that’s the story we wanted to explore, to write about the buzz of helping someone, of being important to someone, of how that will inevitably change you.

Nina Forever is quite different from your other films even if we can find same characteristics in Hallo Panda for instance (relationships, couple, red colour, red dress or shirt…). Finally, will you
adopt this tone in your movies by now ?
B.B : Our short films have all tended to be funny, but our feature ideas were most often much darker – you have more space to actually explore a darker theme in a way that doesn’t just feel blindingly obvious at ten minutes or under. Nina Forever felt like the perfect first feature for us in that it has both our funny and our dark sides, combining them to make a film that really is in our voice. We tend to have a cynical innocence to our films, and that’s definitely something we want to continue, and Nina has really helped teach us how to do just that.

Are you working on your next film right now ? If yes, can you tell us about this ?
B.B : We have a couple of film projects we’re looking to do next – firstly, a contained thriller we’re writing which is incredibly tense but also mainly about infirmity, blindness, painting, guilt and above all else, stubbornness. Secondly, we have also been attached as directors to a script by Irvine Welsh (Trainspotting) and his writing partner Dean Cavanagh. It’s set in Irvine’s home town of Leith and is about a group of women who knock off the local casino, which is looking like it’d be a lot of fun to do.

Hallo Panda : Bande-annonce

Rencontre : Céline Sciamma et André Téchiné pour Quand on a 17 ans

 Rencontre avec l’équipe du film Quand on a 17 ans (au cinéma le 30 mars)

Jeudi 17 mars, Céline Sciamma, Kacey Mottet Klein (Home, L’enfant d’en haut, Une mère…) et Corentin Fila (dont c’est le premier rôle à l’écran) étaient venus présenter Quand on a 17 ans au Gaumont Opéra Premier. La réalisatrice de Naissance des pieuvres ou encore Bande de filles (2014) poursuit sa quête d’écriture multiple (elle a participé à l’écriture des Revenants ou encore de Bébé Tigre) en co-scénarisant le dernier film de Téchiné. Si le réalisateur des Roseaux Sauvages ou encore des Témoins poursuit un cinéma juste et jamais misérabiliste, on sent s’exprimer la plume de Céline Sciamma dans cette histoire de violence, de naissance du désir et finalement de rencontre intime et bouleversante. Lors de cette soirée « gay friendly » (organisée par Yagg), nous avons beaucoup parlé de l’amour qui naît entre les deux jeunes hommes, de représentation et d’écriture. Céline Sciamma était au micro pour parler scénario, quand tout à coup Téchiné a débarqué par surprise sous les applaudissements de la salle. Récit de la rencontre à laquelle CineSeriesMag a participé.

Comment est née et s’est déroulée votre collaboration avec André Téchiné ?*

Céline Sciamma : Je n’ai rien décidé, c’était le souhait d’André Téchiné qui comptait beaucoup pour moi, dans ma cinéphilie. Il m’a contactée avec une esquisse de ce que serait le film : une histoire d’adolescence et de désir avec un trio composé de deux garçons et d’une mère. Il avait cette idée de film depuis dix ans, depuis Les Témoins.
Nous avons écrit pendant un an, le film a été tourné sur deux saisons donc on avait une chance inouïe de pouvoir réécrire le film entre les deux phases de tournage.

Pourquoi avoir choisi Luchon comme décor ? (durant la réponse à cette question, André Téchiné débarque dans la salle).

Céline Sciamma : Le décor est arrivé assez tôt dans l’écriture, André Téchiné vient de cette région. Il voulait un paysage de montagne, qu’il y ait un rapport d’échelle entre les personnages et le décor, notamment pour le personnage de Thomas. L’idée aussi, c’était que ce décor était un véritable territoire de jeu pour la mise en scène, une dramaturgie du lieu, de la nature.

André Téchiné : Je voulais tourner dans la montagne la plus familière possible, donc les Pyrénées. Nous n’avons pas tourné exclusivement à Luchon, mais je voulais un décor qui soit aussi important qu’un personnage. C’est aussi un décor très lié à Thomas, au rapport privilégié, physique de ce personnage avec le paysage du film.

Comment avez-vous choisi les deux comédiens ? 

André Téchiné : On a fait beaucoup de castings. On avait surtout l’idée du duo, que ça ne soit pas seulement une construction de la fiction, mais qu’il y ait une vrai réactivité entre eux.

Comment avez-vous abordé l’écriture du temps scolaire, qui structure le film (entre les trois trimestres), alors que l’espace du lycée, sa représentation, est finalement assez vite évacué ?

André Téchiné : Le temps scolaire structure le scénario, c’est d’abord l’école qui est une forme d’apprentissage avec ses rites de passage liés à l’adolescence, mais peu à peu on passe à d’autres formes d’apprentissage : affectif, sexuel et même moral. On oublie peu à peu les enjeux scolaires qui sont très présents au début pour aboutir au troisième trimestre qui est celui de l’acceptation du désir finalement.

Céline Sciamma : C’est un temps très programmatique qui est proposé au spectateur d’emblée. Quand on écrit à l’écran « premier trimestre » au début du film, on s’attend à ce que ça continue. Mais on offre de la surprise dans ce temps programmatique, avec le temps du deuil, le premier baiser qui arrive au bout d’1h20 de film ou encore l’étreinte tardive. On offre donc au spectateur un rituel temporel très structurant auquel on oppose celui du dialogue amoureux qui prend peu à peu toute la place.

« On ne joue pas l’homosexualité, pas plus qu’on ne joue l’hétérosexualité, il s’agit de jouer des situations, des relations », André Téchiné

Pour les comédiens, comment s’est passé le tournage, notamment cette mise à nu, et la relation sexuelle entre les deux personnages ?

Kacey Mottet Klein : On n’y pensait pas vraiment. Une relation très forte s’est créée avec Corentin Fila, on a passé plusieurs week-ends ensemble avant et pendant le tournage, une forme d’évasion. On est parvenus à se livrer, à tout se dire, sans tabous, ce qui a rendu la scène moins impressionnante.

Corentin Fila : Effectivement, c’était une rencontre forte avec Kacey. L’idée ce n’était pas tant de jouer l’homosexualité, André Téchiné ne cessait de nous répéter « on ne joue pas l’homosexualité », il fallait jouer le désir avant tout.

André Téchiné : Finalement, c’était moi le plus mal à l’aise. Effectivement, on ne joue pas l’homosexualité, pas plus qu’on ne joue l’hétérosexualité, il s’agit de jouer des situations, des relations. Il fallait donc se départir de l’épouvantail absurde de l’homosexualité sur le tournage, que les deux acteurs parviennent à une vraie confiance entre eux.

Kacey Mottet Klein : André nous a montré deux films avant le tournage : Harvey Milk et Le Secret de Brokeback Mountain. Il y a deux scènes de sexe dans Le Secret de Brokeback Mountain, André avait peur de ces scènes, il mettait tout le temps pause, en disant « c’est bon, on a compris ».

André Téchiné : Je ne voulais pas qu’ils cherchent à s’en inspirer, à imiter les acteurs de ces films, l’idée était plus de les désinhiber.

« Une scène d’acceptation du coming-out, c’est quelque chose de beau à vivre dans une salle de cinéma et peut-être dans la vie », Céline Sciamma

Les statistiques montrent que les enfants et ados homosexuels sont plus souvent harcelés à l’école, était-ce volontaire d’aborder le harcèlement ainsi dans le film ?

André Téchiné : Ce n’est pas une fiction de gauche ou un film à thème. On ne voulait surtout pas être trop lourdement thématique.

Céline Sciamma : Nous n’avons pas cherché à faire un poster sociologique. L’homosexualité n’est pas un sujet, mais des trajets. La fiction propose un trajet. Nous avons fait une fiction sur deux marginaux qui se détestent, pour lesquels l’union est impossible, mais dont finalement les chemins se croisent. Il ne s’agit ni d’une commande, ni d’une dénonciation quelconque.

André Téchiné : Nous nous sommes quand même posé des questions par rapport à cette représentation, notamment dans la scène avec la mère (interprétée par Sandrine Kiberlain, NDLR), quand elle comprend que son fils est amoureux de Thomas, on avait une préoccupation par rapport aux mères confrontées à ce type de situation, qu’elles puissent y trouver un modèle. Les personnages existaient par eux-mêmes, mais pas complètement indépendamment d’un regard de spectateur. Nous avons par exemple abandonné la figure du personnage homophobe car il était trop cliché. Nous voulions que les obstacles à cette relation viennent de l’intérieur, garder une forme de mystère, ne pas donner de leçon au spectateur.

Céline Sciamma : Ce coming-out sans conflit apportera surement des commentaires critiques sur la naïveté du film, mais la fiction, c’est aussi proposer des personnages nouveaux, un autre endroit de justesse. On se dit « ça peut exister, ça existe si j’y crois ». Qu’est-ce que ça produit finalement une scène d’acceptation ? Quelque chose de beau à vivre au cinéma et peut-être dans la vie.

Comment avez-vous envisagé la scène d’amour physique du film ? Notamment par rapport à la représentation de la sexualité homosexuelle ?

André Téchiné : La représentation du sexe au cinéma est toujours très problématique, ici l’idée était de passer de la violence à la délicatesse, c’est le projet du film.

Finalement le film est comme un triptyque entre « désir, violence et prendre soin ». Vous avez choisi de représenter des familles qui ont vécu des drames, des histoires compliquées, c’est aussi un choix pour ce triptyque ?

Céline Sciamma : Nous n’avions pas de commande ou de fiches de personnages, ça ne s’est pas fait comme ça. Les thèmes ont émergé au fur et à mesure de l’écriture, de notre désir de présenter telle ou telle situation. Nous avons opéré une certaine radicalisation des espaces dans le cadre de la fiction, entre le haut et le bas comme dans l’opposition entre l’agriculture traditionnelle et l’agriculture plus moderne. C’est une question de contraste, de donner un maximum de tension à la fiction.

André Téchiné et Céline Sciamma ont donc construit un récit très progressif, celui d’une rencontre d’abord difficile autour de la naissance du désir. Ensemble, ils proposent des scènes très fortes bercées par une belle réalisation au cœur d’un paysage grandiose qui n’écrase jamais les personnages. Des personnages portés par des acteurs formidables. Quand on a 17 ans sort en salles le 30 mars.

*Toutes les questions ont été posées par les spectateurs présents lors de l’avant-première

Bande annonce : Quand on a 17 ans

https://www.youtube.com/watch?v=ReS7qePk-y0