Meurtre au pied du volcan, une mini-série de Sveinbjörn I. Baldvinsson : critique

Meurtre au pied du volcan, après Millenium, Bergen, Wallander, le nouveau phénomène venu du froid!

Synopsis : Après le krach boursier de 2008, un baron de la finance est retrouvé mort dans sa luxueuse villa située dans une région isolée d’Islande. Tout porte à croire qu’il s’est suicidé. L’inspecteur Helgi, flic tourmenté fraîchement débarqué de Reykjavik, comprends qu’il s’agit d’un meurtre. Aidé d’une jeune policière inexpérimentée aux méthodes peu orthodoxes, il mène l’enquête au sein d’une communauté renfermée sur elle-même, où chacun à ses secrets.

Présentée comme « la série évènement », « la nouvelle série venue du froid » ou encore « la nouvelle série policière dont vous ne pourrez plus vous passer », Meurtre au pied du volcan semble vouloir s’inscrire dans la tradition des récits policiers scandinaves, dans la veine de Millenium ou des Enquêtes du département V. Elle plonge donc le téléspectateur dans une enquête complexe qui mêle de nombreux thèmes : le trafic de drogue, les placements financiers de la haute finance, le rôle des médias, des images, etc. C’est d’ailleurs dans ce portrait des moyens modernes d’une enquête que la série réussit le mieux son pari. Tout se joue sur des messages électroniques échangés, sur des images dont on peut on non déterminer la véracité. La série dépeint très bien un monde ultra-connecté, où tout se joue derrière des écrans, autant les méfaits des criminels que les résolutions des enquêteurs.

Difficile en revanche de ne pas penser que Millenium fait un peu trop d’ombre à la série, qui ne trouve pas son identité propre. Les riches familles propriétaires, les immenses villas isolées, l’inspecteur-vénère-qui-en-a-gros-sur-la-conscience, les motards néo-nazis, le couple d’enquêteurs au départ opposés qui vont finir par se rassembler… à force de trop vouloir cocher les cases, la série peine, non pas à renouveler le genre, mais simplement à surprendre, et se distinguer. Les personnages, à l’exception de la jeune inspectrice Gréta, sportive reconvertie, magnifiquement campée par Heida Reed qui a su en capter toute la teneur jusque dans la démarche, ont du mal à ne pas se limiter à leur fonction dans le récit. Difficile alors de s’y attacher réellement d’autant que le format mini-série, compliqué à maîtriser, ne permet pas d’offrir assez de temps à ce qui entoure l’enquête : les personnages et leurs quotidiens, leurs drames personnels. Toute l’énergie de l’histoire est concentrée dans la résolution du crime, qui se perd en longueurs. Si les multiples rebondissements permettront aux adeptes du genre de ne pas s’ennuyer une seconde, ils pourront sembler être un moyen un peu artificiel d’allonger le récit à ceux qui ne s’y seront pas suffisamment investis dès le départ.

Fort heureusement, l’Islande a plus d’un tour dans son sac, et les paysages volcaniques servant de décors à l’action donnent à la série une touche toute particulière. Une ambiance très spéciale entoure l’enquête et ses protagonistes, renforcée par une musique inquiétante et un rythme pesant. La brume enveloppe le mystère de l’enquête d’un parfum de fantastique prometteur bien qu’ici inexploré. On a envie de se perdre dans ces rochers biscornus pour voir si, comme le dit la légende, « la lave ne rend jamais rien ».

 Meurtre au pied du volcan (Hraunið), minisérie créée par Sveinbjörn I. Baldvinsson, diffusée sur Arte depuis le 14 janvier 2015, est un des derniers titres ajoutés au catalogue de Rimini Éditions.

Caractéristiques techniques DVD Meurtre au pied du volcan

meutre-au-pied-du-volcan-mini-serie-dvd

VIDÉO Format : 1.78 – 16/9 anamorphique (compatible 4/3) Standard : PAL Image : Couleurs
AUDIO Langues : Français (Dolby Digital 2.0), Islandais (Dolby Digital 2.0) Sous-titres : Français

Islande / 2014 / Couleur / 4 x 45 mn env / Format 1.77 / 16/9 compatible 4/3 / Langues : Français – Islandais / Sous-titres français / Son stéréo

Meurtre au pied du Volcan: Fiche Technique

Réalisation : Reynir Lyngdal
Scenario : Sveinbjörn I. Baldvinsson
Casting : Björn Hlynur Haraldsson, Heida Reed, Arnoddur Magnus Danks, Joi Johannsson, Svandis Dora Einarsdottir, Maria Ellingsen…
Musique : Hjörtur Ingvi Jóhannsson
Mini-série intégrale en 4 épisodes de 45’
Éditeur : Rimini Editions
Distributeur : ESC Conseils

Auteur Amaurych

 

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Signes de vie, de Werner Herzog : à perdre la raison

Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.

L’Affaire Laura Stern : le cri du silence

Plus qu'une fiction sur la vengeance, "L'Affaire Laura Stern" est une immersion sensorielle dans le "cri du silence" des victimes de violences et d'emprise. Une œuvre nécessaire qui déconstruit les mécanismes de la violence faite aux femmes pour en faire un combat collectif et politique. La série est diffusée sur France 2 en mars 2026 et disponible en streaming sur France Télévision.

Les Saisons : L’amour, le rythme et les saisons

"Les Saisons", la série écrite et réalisée par Nicolas Maury, s’éloigne des éclats et des récits sociaux pour épouser le souffle intime d’un trio amoureux. Entre mélancolie poétique et naturalisme doux, elle tente moins de raconter que de saisir le frémissement des sentiments, au rythme d’une lumière vendéenne et d’un temps qui tangue. Une œuvre sensible, qui crée son public en osant la lenteur et la langueur.