Impatient de revoir la téméraire Katniss Everdeen (Jennifer Lawrence) briser le joug despotique du Capitole ? Ça tombe bien, Hunger Games : La Révolte – Partie 2 est disponible dans les bacs depuis le 22 Mars.
On mentirait si l’on disait que le dernier volet de la saga brillamment portée par Jennifer Lawrence et Donald Sutherland, n’était pas l’une de nos plus grosses attentes de cette fin d’année 2015. Il faut dire qu’outre de pouvoir compter sur un casting solide (Woody Harrelson, Julianne Moore, Philip Seymour Hoffman, Jeffrey Wright, Stanley Tucci), la saga Hunger Games pouvait compter à tout instant sur une intrigue éludant avec brio les fondements d’une dictature, sans pour autant dénigrer la veine du divertissement auquel il appartient. Forcément, au vu de son statut hybride, et d’un dernier film ayant profondément divisé, certains n’y voyant qu’une introduction de luxe quand d’autres plus réfléchis, y voyaient là l’occasion d’étoffer la sève profondément libertaire du métrage, la saga se devait de mettre le pied à l’étrier pour le final, quitte à choquer son spectateur, devenu par la force des choses transi de n’assister à aucun combat. Et bien que ce volet échoue à rééditer l’exploit du dernier opus en peinant à convoquer action et politique, force est d’admettre que le film mérite quand même ses lauriers. Interprétations soignées, scénario malin et intrigue encore une fois très référencée, le dernier volet de la saga accuse simplement le coup d’un découpage en deux films ayant sapé toute surprise ou fluidité, mais demeure assurément un blockbuster young-adult de bonne facture, capable à lui seul d’enterrer les Divergente et autres Labyrinthes.
Une apothéose que la Metropolitan a voulu rendre d’ailleurs exceptionnelle pour quiconque a vu l’un des films puisque la firme au cheval ailé le propose dans différents formats, quitte à l’inclure sans surprises dans un coffret réunissant les 2 derniers métrages mais aussi un compilant les 4 longs-métrages consacrés à Katniss.
Hunger games la révolte partie 2 – DVD
Contenu : EDITION AVEC FOURREAU
Format image : 2,35 : 1- 16/9 compatible 4/3
Format audio : Français 5.1 Dolby Digital / Anglais 5.1 Dolby Digital / Audiodescription
Sous-titres : Français / Sourds et malentendants
Durée : 134 min
Supplément (vost) : commentaire audio du réalisateur Francis Lawrence et de la productrice Nina Jacobson
Hunger games la révolte partie 2 – Bluray
Contenu : EDITION AVEC FOURREAU
Format image : 2,35 : 1 – HD 1920 x 1080p – 16/9
Format audio : Français 7.1 DTS HD Master audio / Anglais Dolby Atmos DTS HD master audio / Audiodescription
Sous-titres : Français / Sourds et malentendants
Durée : 137 min
Suppléments (vost) : plus de 4 heures de suppléments
Commentaire audio du réalisateur Francis Lawrence et de la productrice Nina Jacobson ; Making of en huit parties (141 min) ; Le carnet de croquis de Cinna (10 min) ; Hunger Games : l’exposition (2 min) ; Un voyage en photos (10 min) ; Jet to the set (41 min)
Hunger games la révolte partie 2 – Combo 3D – Collector
Edition : Collector Contenu : EIDTION PRESTIGE LIMITEE BD 3d
Format image : 2,35 : 1 – HD 1920 x 1080p – 16/9
Format audio : Français 7.1 DTS HD Master audio / Anglais Dolby Atmos DTS HD master audio / Audiodescription
Sous-titres : Français / Sourds et malentendants
Durée : 137 min BD 2d
Format image : 2,35 : 1 – HD 1920 x 1080p – 16/9
Format audio : Français 7.1 DTS HD Master audio / Anglais Dolby Atmos DTS HD master audio / Audiodescription
Sous-titres : Français / Sourds et malentendants
Durée : 137 min DVD film
Format image : 2,35 : 1- 16/9 compatible 4/3
Format audio : Français 5.1 Dolby Digital / Anglais 5.1 Dolby Digital / Audiodescription
Sous-titres : Français / Sourds et malentendants
Durée : 134 min DVD des bonus
SUPPLEMENTS (en HD et en SD)
Commentaire audio du réalisateur Francis Lawrence et de la productrice Nina Jacobso
Making of en huit parties (141 min) Le carnet de croquis de Cinna (10 min)
Hunger Games : l’exposition (2 min) Un voyage en photos (10 min)
Fiche Technique : Hunger Games : La Révolte – Partie 2
Titre français : Hunger Games : La Révolte, partie 2
Titre original : The Hunger Games: Mockingjay – Part 2
Réalisation : Francis Lawrence
Scénario : Danny Strong, d’après Hunger Games : La Révolte de Suzanne Collins
Direction artistique : Philip Messina
Décors : Philip Messina
Costumes : Kurt and Bart
Photographie : Jo Willems
Montage : Alan Edward Bell et Mark Yoshikawa
Musique : James Newton Howard
Production : Nina Jacobson et Jon Kilik
Sociétés de production : Color Force et Lions Gate Film
Sociétés de distribution : Lions Gate Film (États-Unis), Metropolitan Filmexport (France), Entertainment One (Canada)
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Format : Couleurs – 70 mm – 2.39:1 – Son Dolby numérique
Genre : action, drame, science-fiction dystopique
Budget : 125 millions $
Durée : 137 minutes (2h17)
Dates de sortie2 :
Allemagne : 4 novembre 2015 (avant-première mondiale à Berlin)
France : 18 novembre 2015
États-Unis, Canada : 20 novembre 2015
On pourrait épiloguer des heures durant sur la personnalité -somme toute barrée- de Michael Bay. Quand d’aucun prétexteront qu’il n’est un pyromane patriote doublé d’un profond crétin, ayant su sans complexe tirer le blockbuster américain vers un abime de bêtise et de vulgarité, d’autres rétorqueront non sans malice, qu’il est de cette race de cinéastes incompris à la Ed Wood, en l’occurrence ici artiste complet à l’aura versatile qui depuis tout ce temps, n’aura cru bon d’user d’une identité formelle tendant inexorablement vers une certaine catharsis, pour affirmer son art.
Synopsis : Le 11 septembre 2012, 11 ans jour pour jour après les attentats du 11 septembre 2001, des terroristes attaquent un camp de l’armée américaine et une agence de la CIA à Benghazi, en Libye. Quatre Américains sont tués, dont l’ambassadeur des États-Unis en Libye J. Christopher Stevens. Cette attaque est repoussée par six agents de sécurité.
Force est toutefois d’admettre qu’au détour de films aux airs de sinécures le voyant tantôt épouser les contours du buddy-movie (Bad Boys), du délire SF mégalo (The Island), et du divertissement fait de bêtise crasse et humour bas du front (Transformers), le réalisateur américain n’aura rien fait pour taire cette dualité, quitte à interroger le gratin de la profession sur la teneur de son travail. Car, non content d’imposer un style érigeant en modèle un vide intellectuel, construit autour d’un cyclone formel épuisant/brillant à la limite de la crise épileptique, la question de son apparent triomphe au box-office a surtout laissé place à l’incompréhension que de savoir si une cohérence pouvait exister entre bagnards (Rock), flics et robots. En somme de savoir si derrière l’apparent fatras que constitue son œuvre, demeure une intention plus ou moins consciente allant bien au-delà de la misogynie et du racisme dont elle souvent traitée. Et au-delà de la bêtise devenue caractéristique chez lui, on ne pourra que reconnaitre, malgré la grosseur du trait employé, une certaine propension à épouser la notion d’héroïsme et surtout celle de patriotisme. Deux notions qui irriguèrent déjà ses œuvres précédentes (Pearl Harbor, Armageddon) et qui sont véritablement au cœur de sa dernière, 13 Hours.
Un « Fort Alamo » géopolitique
Récit de l’héroïsme de 6 soldats basés en Libye et ayant bravé les interdits pour protéger l’ambassadeur sur place en Septembre 2012, 13 Hours peut sembler à bien des titres comme le film de la maturité pour Michael Bay. S’il mettait hier avec Pain and Gain, son style tape à l’œil et ses blagues hétéro-beaufs au service d’un pamphlet sur la vulgarité américaine, force est de constater qu’aujourd’hui avec 13 Hours, il met ici son talent pour la désincarnation et l’abstraction au service d’un film de guerre aux airs de réquisitoire contre la nation même qui l’a engendré. Délaissant le manichéisme obligé de Pearl Harbor, Bay préfère ainsi se concentrer ici sur l’aspect moderne de la guerre, celle-là même étant absconse par nature, en ce que ses origines soient floues, son idéologie pas nette et ses ennemis réduits à des simples points sur un écran. Et en cela, le film en devient passionnant, tant sa sève profondément critique envers les États-Unis, réduite ici à une nation amenant la révolution et insouciante des dommages qu’elles créent, déroge aux précédentes visions du monde du réalisateur américain. Le natif de Los Angeles n’en oublie heureusement pas de questionner une valeur chère à ses yeux : celle du patriotisme. Si ce dernier n’a jamais fait montre de son adoration pour l’Oncle Sam, il est curieux de le voir dresser ici non pas un discours pro-américain, mais pro-soldat, en dressant le portrait de ces hommes, parfois contraints pour des raisons financières de s’exiler dans les endroits les plus dangereux du monde, pour y faire respecter un certain idéal, continuellement bouleversé à la suite des relations diplomatiques vacillantes.
Un défouloir efficace et très référencé
Une contrée inhospitalière d’ailleurs shootée de long en large par le réalisateur, qui non content d’imposer une certaine révolution dans son intrigue en ne favorisant pas l’Oncle Sam comme à l’accoutumée, perpétue ici son art. Et si ce dernier a pu s’affirmer depuis ses débuts comme un condensé à peine digeste d’héroïsme de comptoir, de testostérone et de patriotisme, force est d’admettre que le Californien en a encore sous le capot pour délivrer un défouloir dont lui seul a le secret. Si l’évidente forme du métrage tend à rappeler le mythique « Alamo » de John Wayne, Bay renoue avec l’idéal de Ridley Scott et de La Chute du Faucon Noir en donnant à voir un huis-clos guerrier et nocturne, viscéral de bout en bout, n’hésitant pas à troquer la sobriété pour une violence sèche et parfois implacable. Rudement mené -quoique très peu subtil- et privilégiant un montage en accord avec la photographie posée de Dion Beebe – chef op’ de Michael Mann sur Collateral-, Bay surprend par l’étonnante sobriété conférée à l’ensemble, hautement paradoxale ici vu son sujet. L’on pourra toutefois regretter de voir Bay s’enorgueillir sitôt que les douilles commencent à voler dans les airs, puisque à défaut d’égaler la rage et l’intensité d’un Peter Berg en mode Du Sang et des Larmes, ou la pertinence d’une Kathryn Bigelow en mode Démineurs, Bay ne maintient pas ce discours critique sur l’ensemble quitte à conférer aux scènes d’actions une portée lourde mais terrifiante, en ce que les assauts des tireurs locaux et leurs acteurs jamais réellement montré, accentuant l’aspect impersonnel et finalement distant des conflits modernes. Mais qu’importe puisque avec ce film, Bay sait donner du grain à moudre à quiconque a pris du plaisir un jour à voir des barbouzes faire leur fêtes à des centaines de talibans habillées en veste Adidas. Et c’est pas plus mal vu son pedigree de pyromane.
Film de la maturité pour Michael Bay, ce 13 Hours, à défaut de réinventer le genre saura s’imposer comme un jalon dans la filmographie du Californien, notamment pour sa propension à refléter les enjeux et difficultés des conflits modernes, tout en égratignant quoique subtilement l’aura de l’Oncle Sam.
13 Hours : Bande-annonce
13 Hours : Fiche Technique
Titre original : 13 Hours: The Secret Soldiers of Benghazi
Réalisation : Michael Bay
Scénario : Chuck Hogan, d’après 13 Hours de Mitchell Zuckoff
Interprétation : Pablo Schreiber (Tanto), John Krasinski (Jack), Toby Stephens (Bub), David Denman (Boon), Max Martini (Oz), James Badge Dale (Rone)…
Direction artistique : Marco Trentini
Décors : Jeffrey Beecroft
Costumes : Deborah Lynn Scott
Photographie : Dion Beebe
Montage : Christian Wagner
Musique : Lorne Balfe
Effets spéciaux : Industrial Light & Magic
Production : Erwin Stoff
Producteurs délégués : Scott Gardenhour
Coproducteurs : Michael Kase et Jasmin Torbati
Sociétés de production : Arts Entertainment, Latina Pictures, Dune Films et Paramount Pictures
Sociétés de distribution : Paramount Pictures (États-Unis), Paramount Pictures France (France)
Budget: 50 000 000 $
Langue originale : anglais
Format : couleur – 2.35:1 – 35 mm – son Dolby Digital
Genre : action, guerre, drame, thriller
Durée : 144 minutes
Dates de sortie :
États-Unis : 15 janvier 2016
France : 30 mars 2016
Interdit aux moins de 12 ans
L’un des grands films de John Sturges est diffusé sur TCM Cinéma mardi 5 avril à 19h20
Synopsis : pour la première fois, le train s’arrête dans le minuscule village de Black Rock, en plein désert de l’Ouest Américain. McCreedy, un vétéran de la Seconde Guerre Mondiale, lors de laquelle il a perdu un bras, arpente l’unique rue en menant une enquête, ce qui n’est pas au goût d’une partie de la population, qui va tenter de se débarrasser de lui.
En 1954, John Sturges était au début de sa carrière et n’avait pas encore signé les films qui le rendront célèbre, que ce soit Les Sept Mercenaires, La Grande Evasion ou Règlement de comptes à OK Corral. Cependant, c’est pour Un Homme est passé qu’il recevra son unique nomination aux Oscars. Il faut avouer que le réalisateur, qui a su prouver dans quasiment toute sa filmographie qu’il était un des grands de Hollywood, maîtrise ici son film sur tous les points.
Ouest sauvage
Pendant tout le générique, le train file à toute vitesse à travers le désert. Cela permet au cinéaste de nous donner deux informations majeures.
D’abord, l’histoire va se dérouler loin de tout, loin des grandes villes, loin de la civilisation même. Arriver à Black Rock, c’est se transporter dans un lieu sauvage, barbare dans tous les sens du terme. Non seulement le minuscule village, ne possédant qu’une demi-douzaine d’habitations réparties de chaque côté de la rue, est l’opposé des grandes villes qui, dans les années 50, étaient synonymes de modernité, mais il en semble même éloigné dans le temps. Aller à Black Rock, c’est revenir dans le passé, à l’époque des cow-boys et des Indiens. La bourgade baigne encore dans cette ambiance où celui qui a une autre culture est un sauvage, et où il est préférable de l’abattre. Black Rock est un anachronisme, une régression morale dans un pays en plein progrès.
De ce fait, Un Homme est passé s’inscrit dans ces films de lynchage que l’on retrouve régulièrement dans le cinéma américain, depuis L’étrange incident de William Wellman jusqu’à La Poursuite Impitoyable, d’Arthur Penn. Le film en a la construction : une tension qui monte crescendo vers un final que l’on prévoit violent, l’opposition entre un personnage et une communauté, la lâcheté de ceux qui se fondent dans un groupe contre le courage du solitaire qui se dresse contre eux, etc.
L’isolement du village renforce encore cette communauté, qui se soude autour de trois personnages interprétés par des acteurs exceptionnels : Smith (Robert Ryan) le chef auto-proclamé, qui essaie de faire bonne figure et de donner une image respectable mais chez qui on sent la haine affleurer ; Trimble (Ernest Borgnine), le chien fou ; et David, personnage menaçant que l’on sent capable d’exploser violemment à chaque instant et auquel Lee Marvin prête son charisme animal.
Un film à pleine vitesse
Ce train qui fonce à toute vitesse pendant le générique impose aussi son rythme au film. Dès le début, nous savons que nous sommes dans un film rapide. Sa brièveté (à peine plus d’une heure) renforce encore son caractère violent. Sturges a débarrassé le film de tout ce qui est inutile : chaque scène, chaque plan est strictement indispensable à l’action.
Le train donne ainsi au film sa temporalité, mais lui fournit aussi ses bornes chronologiques : il passe une fois par jour, et McCreedy est donc enfermé dans ce village pendant 24 heures. C’est pendant cette journée que se déroulera l’action du film (comme l’indique le titre original, Bad Day at Black Rock).
Le scénario nous propose deux énigmes simultanées : que vient faire McCreedy ici ? Et pourra-t-il en repartir ? Ces deux questions structurent le film.
En effet, Un Homme est passé est assez clairement divisé en deux parties. Au lieu de conserver artificiellement un mystère jusqu’à la fin, Sturges a préféré révéler petit à petit les raisons de la venue de l’inconnu, permettant ainsi au récit d’avancer.
C’est aussi par ces révélations au compte-gouttes que l’on aperçoit le thème important du film, celui du racisme contre les Nippo-Américains pendant la Seconde Guerre Mondiale. Le film se déroule en 1945, deux mois après la fin de la guerre, mais il a été tourné dix ans plus tard. On y sent une dénonciation virulente contre l’attitude d’une partie des Américains, qui ont rejeté sur l’ensemble des Japonais vivant dans leur pays la responsabilité de Pearl Harbour.
Le résultat est un grand film, passionnant, remarquablement écrit, interprété et réalisé.
Un homme est passé – bande Annonce
Un Homme est passé – Fiche Technique
Titre original : Bad Day at Black Rock
Réalisateur : John Sturges
Scénario : Millard Kaufman, Don McGuire
Interprétation : Spencer Tracy (John McCreedy), Robert Ryan (Reno Smith), Anne Francis (Liz Wirth), Walter Brennan (Doc Velie), Ernest Borgnine (Coley Trimble), Lee Marvin (Hector David)
Photographie : William C. Mellor
Montage : Newell P. Kimlin
Musique : André Previn
Producteur : Dore Schary
Société de production : Metro-Goldwyn-Mayer
Société de distribution : Metro-Goldwyn-Mayer
Date de sortie française : 26 avril 1955
Durée : 1h21
Genre : drame
Synopsis : Après la mort du comique américain le plus célèbre et le plus controversé des années 60, un intervieweur recueille les témoignages de ses proches et tente de retracer sa vie… En écumant les cabarets, Lenny Bruce rencontre Honey, une stripteaseuse qui devient sa compagne. Ensemble, ils créent un duo qui flirte avec le politiquement incorrect, et Lenny devient un provocateur admiré pour ses saillies cinglantes contre la société américaine bien-pensante…
Qu’il est bon de découvrir le personnage de Lenny Bruce, humoriste satirique dans les années 50-60 très peu connu en France, grâce au film de Bob Fosse. Ne rien savoir et tout apprendre grâce à ce film relève d’une certaine joie, tant l’esthétique du réalisateur est léchée et plaisante. La caméra et l’image en noir et blanc, quoi que vieillie, embellissent les protagonistes de la plus belle manière qu’il soit. Bob Fosse filme les cabarets d’une manière intimiste et radieuse, avec cette fumée de cigarette, symbole de vie de Lenny, et nous fait découvrir le parcours agité d’un homme ayant fait polémique à de nombreuses reprises, car il faut rappeler que Lenny Bruce fut arrêté pour obscénité à de multiples reprises et placé sous la surveillance du FBI. Si une scène reste en mémoire, c’est bien celle du trip de drogue qui, sans son, bouleverse le spectateur, et s’avère frappante. Valerie Perrine, qui interprète Honey Bruce, est quant à elle sublime et dégage un charme inégalable tant il est charnel et enjoueur.
Dustin Hoffman, sous son épaisse barbe noire, est lui aussi au sommet. Sa prestation est dantesque, et son jeu fait passer le spectateur du tout au tout en un instant : tantôt tragique, tantôt comique, retraçant un destin sacrifié et rocambolesque. L’acteur américain n’a en rien volé sa nomination aux Oscars de 1975. Lenny est un tour de force à inscrire au palmarès de Bob Fosse tant il prend aux tripes et passionne. On se plaît à voir de tels acteurs, et on se plaît à voir une réalisation nous faisant découvrir l’intime d’un être hors normes.
Aussi, si le film est si prenant, c’est grâce à la multitude de témoignages fictifs qui parsèment le films. Ils perdent le spectateur entre fiction et documentaire, même si Dustin Hoffman est là pour nous rappeler qu’il s’agit d’un biopic.
Cette sortie DVD est donc l’opportunité de voir un film marquant, un biopic sublime, magnifiquement interprété, et réalisé de manière monumentale. N’oublions pas que Bob Fosse est l’auteur d’autres grands films comme Que le spectacle commence, Palme d’Or en 1980, ou encore Cabaret.
Sortie en DVD & Blu-Ray du magnifique film de Bob Fosse, Lenny, en version restaurée
Réalisateur : Bob Fosse
Casting : Dustin Hoffman, Valerie Perrine, Jan Miner, Stanley Beck, Frankie Man, Rashel Novikoff, Gary Morton, Mark Harris…
Scénario : Julian Barry, adapté de sa propre pièce Lenny, jouée à Broadway.
Distributeur France du DVD : Wild Side.
Caractéristiques techniques des DVD : Master restauré HD – Format image : 1.85, 16/9ème compatible 4/3 – Format son : Français & Anglais DTS 2.0 & Dolby Digital 2.0 – Sous-titres : Français.
Caractéristiques techniques du Blu-Ray : Master restauré HD – Format image : 1.85 – Résolution film : 1080 24p – Format son : Anglais & Français DTS Master Audio 2.0 – Sous-titres : Français.
En terme de bonus : Bruce Surtees, Prince of Darkness : entretien avec Darius Khondji sur le travail de la lumière dans le film (26 minutes) • Bande-annonce originale
À retrouver également dans le coffret : Le livre Seul sur Scène est un livre exclusif de 200 pages sur le film Lenny et sa genèse, spécialement écrit pour cette édition par Samuel Blumenfeld, illustré de photos et de documents d’archive rares.
Durée du film (DVD) : 1h47.
Durée du film (Bu-Ray) : 1h51.
Le film sort en édition Blu-ray + DVD + Livre le 30 Mars 2016 au prix public indicatif de 29,99 euros.
« Ils étaient trop occupés pour se préoccuper de moi »
À l’occasion de la sortie de Volta à terra le mercredi 30 mars, rencontre avec João Pedro Plácido qui signe là son premier film en tant que réalisateur après avoir travaillé sur de nombreux projets en tant que chef opérateur. Ce documentaire raconte la vie paisible des habitants de Uz, un hameau montagnard du nord du Portugal vidé par l’émigration où subsistent quelques dizaines de paysans.
Pour commencer, pouvez-vous nous parler de votre parcours dans le cinéma avant d’en arriver à votre premier film ?
Je suis passionné par le cinéma depuis l’âge de 6 ans et j’ai eu ma première caméra entre les mains à 14 ans. J’ai ensuite effectué des études audiovisuelles spécialisées dans l’image à l’université avant de devenir chef opérateur dans le cinéma de fiction et de documentaire.
Est-ce que ce sont ces déplacements d’un tournage à un autre qui vous ont donné envie de revenir à vos origines et donc de tourner ce film, ou est-ce parti avant tout d’un désir de réalisation ?
J’ai toujours eu envie de faire ce film, de parler de ces gens et de cette contrée. Je n’ai pas particulièrement de désir de réalisation. Je suis chef opérateur, c’est ce que j’aime faire et ce que je veux continuer à faire. Mais cela fait déjà longtemps que je souhaitais partager le mode de vie de ces villageois et je pense que j’étais le mieux placé pour le faire au Portugal.
Pourquoi ressentiez-vous le besoin de parler de ce monde hors du monde. Vous positionniez-vous dans une démarche de mise en contraste avec notre société actuelle ?
Oui, c’est la principale raison pour laquelle j’ai fait ce film. Ce qui était passionnant dans ce projet, c’était de montrer ce contraste entre Uz et le reste du monde. Un contraste d’autant plus fort qu’il provient surtout du choix des habitants. Ils pourraient émigrer autre part mais non, ils ont décidé de rester dans les montagnes. Cet amour des animaux et de la nature témoignent d’une philosophie qui révèle beaucoup de sagesse. Ils ne sont pas matérialistes.
C’était important pour moi de montrer l’esprit de partage, d’entraide. En acceptant les choses sans pervertir les éléments, ils acceptent la condition humaine. Ce qu’ils prennent à la nature, ils le rendent à la nature. C’est une façon de vivre très équilibrée que les humains connaissent depuis le début de la civilisation, et c’est prouvé que ça marche ! La simplicité rend les gens heureux, c’est pour ça que je suis convaincu que le mode de vie d’Uz est celui qui traversera les siècles jusqu’à la fin de l’humanité.
Votre film a pour but de rendre compte de la vie de ces villageois. Et pourtant vous vous concentrez surtout sur le personnage de Daniel. Est-ce que ce choix a été pensé dès l’écriture, ou le scénario s’est construit au fur et à mesure du tournage ?
J’ai écrit le portrait du village pendant un an. Pour faire le portrait d’un agriculteur, il faut faire celui de la nature, parce que c’est elle qui va influencer son travail. L’hiver il travaille peu, l’été beaucoup, par exemple.
Avant le tournage je voulais faire le portrait de trois générations. Les enfants en suivant deux filles de neuf ans, Daniel pour génération du milieu et un homme plus vieux. Au montage les deux jeunes filles ont disparu. Je me suis concentré sur Daniel et le vieil homme car la vieillesse représente le passé pour Daniel et dans le même temps, c’est une image de son futur. Cet écho entre ces deux générations m’intéressait.
Très vite, le fil des saisons, Daniel et le vieux étaient à la base de mon scénario. Mais au fur et à mesure du tournage je me suis rendu compte qu’il me manquait un conflit. J’attendais que quelque chose d’inattendu arrive, en vain. La vie de ce village est tellement millimétrée, chronométrée, que rien qui sorte de l’ordinaire n’arrive jamais. Je me suis rendu compte de cela après quatre ou cinq mois [sur les treize mois de tournage ndlr].
Le déclic est survenu à force d’entendre les plaintes de Daniel sur le fait de ne pas avoir de copine. Je me suis rendu compte que le conflit qu’il me manquait était là. Daniel voulait une fille, il avait besoin d’être un homme.
La principale force de votre film, à mon sens, c’est qu’il échappe à tout genre, on pourrait parler de documentaire fantastique, on s’échappe du documentaire mais pas seulement en y ajoutant des éléments fictionnels comme cette histoire d’amour, mais en y faisant surgir du surnaturel.
J’ai porté beaucoup d’attention sur l’image dans ce film. Je pense que le côté surnaturel auquel vous faîtes allusion fait référence à Dieu. Personnellement mon Dieu c’est la nature. Je voulais qu’elle soit un personnage discret. Ma mise en scène veillait à intégrer l’homme au paysage, et pas que le paysage ne prenne l’homme, ce qui en aurait fait un film de carte postal.
Justement, outre la puissance mystique que vous donnez à la nature, la religion est très présente à Uz. On a le sentiment qu’en hiver, l’Église est le seul lieu social du village. La religion est-elle davantage sociale que spirituelle à Uz ?
C’est l’œuf ou la poule ! De tout temps, l’Église est le seul endroit où les gens socialisent hors du travail. Et c’est, je pense, de là que naît l’importance de la religion. L’un amène l’autre, le social amène la foi et inversement. Quoiqu’il en soit, la religion est très importante à Uz. Pour survivre à une vie aussi âpre, il faut croire à quelque chose qui nous dépasse. J’ai beaucoup étudié le contraste entre la ville et des endroits reculés comme Uz, et le point communs à tous ces villages c’est la religion. La foi est toujours présente.
Cette importance de la foi était-elle déjà présente dans le scénario d’origine ?
La foi était très importante, mais comme les petites filles au montage, je n’ai pas réussi à la mettre plus en évidence.
Revenons à cet aspect non-matérialiste des habitants du village. Les agriculteurs travaillent quasiment sans machines agricoles. Il n’y a qu’un seul moment où la technologie est présente, c’est lors des préparatifs de la fête.
Oui, il y a un homme qui annonce les préparatifs de la fête avec un powerpoint sur son ordinateur. Cette technologie n’est pas liée à Uz puisque l’organisateur de la fête est une personne hors du village qui débarquait avec son arsenal moderne, un peu comme moi. Je suis d’ailleurs arrivé au bon moment. L’année précédente je voulais organiser une fête mais personne n’était intéressé.
La fête n’a pas lieu tous les ans ?
Non, c’était exceptionnel. Quand j’ai proposée à ce que l’on organise une fête, personne n’avait envie de s’en occuper. On en revient à la vie bien réglée à Uz.
Comment les habitants ont-ils vécu l’arrivée de cet arsenal moderne que vous représentez, avec votre caméra ?
Ils s’en fichaient complètement. Ils n’ont pas changé leurs habitudes. Personne ne m’a d’ailleurs demandé un DVD à Uz. Les habitants vivent le présent, ils étaient trop occupés pour se préoccuper de moi. De toute façon je ne suis même pas sur qu’il y ait un lecteur DVD à Uz. Peut-être un, mais pas plus. Les gens n’ont pas la culture de regarder des films, ils préfèrent jouer aux cartes, discuter ou regarder ce qui passe à la télé.
Quelles sont vos références et modèles cinématographiques ?
La période documentaire d’Abbas Kiarostami avant Le Goût de la cerise, Nicolas Philibert, les documentaires d’Agnès Varda… Il y en a plein d’autres.
L’élaboration de votre film s’inspire-t-elle d’une autre œuvre ?
J’ai vu beaucoup de documentaires sur la campagne, parce que je suis cinéphile et passionné par la vie rurale. J’ai regardé beaucoup de films pour être sûr de ne pas faire la même chose. Je n’ai jamais vu un documentaire sur la vie à la campagne que j’ai vraiment aimé. Je n’aime pas beaucoup Jean Rouch par exemple, le fait que sa caméra bouge tout le temps me désoriente. Il aime travailler avec une équipe réduite au possible, portant lui-même la caméra. Il n’a pas besoin de chef opérateur qui est mon métier d’origine alors comprenez que je ne suis pas en phase avec sa méthode. Je trouve en revanche le travail de Depardon très important, mais pour le spectateur c’est assez lourd, presque chiant, avec ces plans-séquences interminables…
Qu’avez-vous ressenti lors de l’annonce de la sélection de votre film à Cannes dans la sélection ACID ?
Ce serait un peu étrange si un réalisateur disait ne pas être content d’être sélectionné à Cannes. C’était une semaine inoubliable. J’ai été très ravi pour le film et la vie que le festival lui a donné. Par contre, être physiquement à Cannes c’est une autre histoire. Je ne m’y suis pas toujours senti à l’aise. Mais le plus important c’est qu’un film arrive aux spectateurs et je serais toujours reconnaissant aux festivals, grands comme petits, de permettre cela.
Avez-vous d’autres projets pour le futur ?
Je travaille sur trois documentaires différents, mais pas de réalisation. Peut-être dans vingt ans à Uz, pour faire un numéro 2. Un peu à l’image de Farrebique et Biquefarre…
Mes remerciements à João Pedro Plácido, Claire Viroulaud, Mathilde Cellier et Ciné-Sud Promotion pour m’avoir permis de réaliser cet entretien.
En tant que chef opérateur, João Pedro Plácido a déjà travaillé sur des films de fiction, de documentaires ou publicitaires partout dans le monde. Ce »retour à la terre » qu’annonce le titre de son premier film n’a donc rien de galvaudé.
Synopsis : A Uz, hameau montagnard du nord du Portugal vidé par l’immigration, subsistent quelques dizaines de paysans. Alors que la communauté se rassemble autour des traditionnelles fêtes d’août, le jeune berger Daniel rêve d’amour. Mais l’immuable cycle des 4 saisons et les travaux des champs reprennent vite le dessus…
Retour aux sources
Le jeune cinéaste retourne dans son village natal, Uz, dans les hauteurs montagneuses du nord du Portugal avec cette fois-ci comme bagage une caméra et son apprentissage du cinéma acquis lors de ses voyages. C’est donc d’un œil neuf de directeur photo expérimenté que le réalisateur regarde la terre qui l’a fait grandir. Et avec l’ambition de livrer une vision cinématographique de sa contrée.
Discrètement, la caméra suit le quotidien de jeune berger Daniel. La balade des vaches, la tonte des moutons et le travail dans les champs laissent peu de répit au jeune homme qui, lorsqu’il lui est permis de souffler, se prend à rêver d’amour. Les habitants du village vivent au rythme de la nature et celui, cyclique, des saisons. L’hiver déserté où l’église devient le seul lieu social puis l’été avec le retour des visiteurs et la fête du village. Ce que Volta à terra nous donne à voir, c’est la cohabitation de ces habitants qui vivent en communauté dans une région reculée. Le retour à la terre du titre, c’est aussi celui de nos ancêtres et d’une vie loin de tout individualisme et de consumérisme, un retour à une simplicité synonyme d’authenticité. Très peu d’éléments nous renvoient au monde technologique moderne, même dans les machines agricoles qui sont quasi inexistantes. João Pedro Plácido nous rappelle non sans espoirs qu’un tel monde proche de nos origines existe encore.
Très peu de documentaires sur la vie rural dévoilent une telle image de la campagne. João Pedro Plácido, avant d’être un réalisateur, est un chef opérateur, et cela se ressent à l’écran. Le travail sur l’image et la lumière effectué tout au long de Volta à terra rend compte d’une nature mystique. La meilleure façon d’intégrer les villageois à la nature était de donner une place importante au paysage, sans être non plus écrasante. Les agriculteurs travaillent en parfaite communion avec les éléments, une entraide presque surnaturelle touchée du doigt par la réalisation méticuleuse de Plácido. Son sens du cadre, de la lumière et du son revêt au film une impression d’étrangeté.
La principale force de ce premier long-métrage est qu’il échappe ainsi à tout genre. En lorgnant vers la fiction avec l’histoire d’amour naissante de Daniel, le réalisateur fait un pas de côté sans pour autant dénaturer son film. Mais Volta à terra ne s’échappe pas seulement du documentaire en y ajoutant des éléments fictionnels, mais en y faisant surgir du surnaturel grâce au rôle joué par la nature. On pourrait parler d’un documentaire fantastique au sens littéraire du terme avec le surgissement de l’étrange dans un environnement on ne peut plus naturel que sont les montagnes reculées du Portugal. João Pedro Plácido rend ainsi palpable, et ce n’est pas peu de le dire, l’harmonie surnaturelle que peuvent entretenir l’homme et la Nature.
Volta à terra de João Pedro Plácido : Bande-annonce
Volta à terra : Fiche Technique
Réalisateur : João Pedro Plácido
Scénaristes : Laurence Ferreira Barbosa, João Pedro Plácido
Intervenants : Daniel Xavier Pereira, Antonio Guimarães, Daniela Barroso et les habitants d’Uz
Monteur : Pedro Marques
Étalonnage : Paulo Américo
Consultant son : Vasco Pimentel
Montage son : Hugo Leitão
Producteurs : Luis Séchaud, Sandro Aguilar
Distributeur : UFO Distribution
Durée : 78 min.
Genre : Documentaire
Date de sortie : 30 Mars 2016
L’histoire de la profanation du cadavre d’Eva Perón n’est pas forcément connue en France, pas plus que le pouvoir de fascination qu’inspire encore aujourd’hui cette femme en tant que symbole de justice sociale dans son pays. Les découvrir en visionnant le film de Pablo Agüero est une bonne occasion.
Synopsis : Le 26 juillet 1952, le peuple argentin est en émoi en apprenant la mort de son idole, Eva Perón, l’épouse du président. Trois ans plus tard, la junte militaire à présent au pouvoir, et dont les dirigeants sont conscient du pouvoir symbolique qu’elle continue à incarner, décide de faire disparaitre son cadavre. Retour sur plusieurs étapes de cette affaire sordide, de l’embaumement d’Evita à la restitution de son cadavre 25 ans plus tard.
Esa mujer
Résolu de faire fi d’un schéma narratif linéaire dans sa retranscription, le réalisateur argentin fait le choix de construire son long-métrage comme un film à sketchs, bâti sur une succession de vignettes, chacune filmées dans des huis clos dont la théâtralité et la dimension picturale sont renforcées par la multiplication des longs plans fixes. Cette approche originale de relecture de l’Histoire peut sembler déstabilisante pour un public habitué aux schémas balisés des biopics, c’est donc davantage en tant que film expérimental que comme récit historique qu’Eva ne dort pas nécessite d’être abordé. Autre surprise : Son sujet était le prétexte idéal à une œuvre militante –au risque d’être hagiographique– sur l’héritage idéologique d’Evita mais l’absence de parti-pris politique, ressentie par le recul que la mise en scène impose sur les personnages, empêche au processus de développer le moindre discours.
Il faut évidemment saluer la détermination du réalisateur à pousser jusqu’au-bout ces choix artistiques, en choisissant trois situations propices à une mise en image ou des chorégraphies pertinentes. C’est, dans un premier temps, le cas de l’embaumement du corps d’Eva Perón, filmé avec une sensualité qui, plutôt que prendre une allure morbide de mauvais gout, ajoute à son iconisation. Ensuite, le lieutenant-colonel Koenig (interprété par un Denis Lavant qui, ne parlant pas un mot d’espagnol a fait l’exploit d’apprendre son rôle en phonétique), en charge de son déplacement clandestin, et dont le rapport de force hiérarchique sur un soldat (le très bon Nicolás Goldschmidt) semble être compromis par la seule présence du corps d’Evita, la tension entre eux devenant un symbole de son aura révolutionnaire et donc de la menace qu’elle peut encore représenter pour certains. Le troisième et dernier chapitre est celui qui va opposer le dictateur Pedro Eugenio Aramburu par ses ravisseurs, juges et bourreaux du Montoneros. C’est dans ce face-à-face que la tension psychologique atteint son paroxysme, grâce aux excellentes interprétations de Daniel Fanego et Sofía Brito. Mais, encore une fois, la véritable réussite de ce film est sa photographie qui réussit, malgré un budget réduit et un tournage rapide –à peine trois semaines–, à faire des propositions ingénieuses, et maîtrise parfaitement les clairs-obscurs et créer des esthétiques différentes dans chacun des trois segments. Il n’en conserve pas moins une certaine permanence dans l’installation d’une ambiance angoissante, à tel point d’ailleurs que l’on a par moment le sentiment que la thématique de la résurrection peut à tout moment basculer dans un traitement fantastique.
Et même si, finalement, ces trois saynètes, ne racontent rien de concret prise une à une, le fait qu’elles soient entrecoupées par des images d’archives réussit à donner à l’ensemble une certaine cohérence dans sa volonté de témoigner de l’importance que peut avoir Eva Perón pour son peuple. Cette alternance fait d’Eva ne dort pas un docu-fiction, même s’il ne s’assume pas en tant que tel. Or, c’est justement parce que son processus narratif le met le cul entre deux chaises qu’il ne réussit pas à accomplir toutes ses intentions en termes de reconstitution. Bien évidemment, un documentaire aurait été le meilleur support pour nous faire découvrir, de façon indiscutable, tous les tenants et aboutissants de l’affaire mais certaines pistes, vaguement évoquées par ce scénario elliptique, auraient mérités d’être le sujet d’une fiction potentiellement passionnante. C’est notamment le cas de la loi purement kafkaïenne imposée par la dictature militaire interdisant, de 1955 à 1959, la simple évocation d’Evita. De même, l’implication du clergé dans l’Opération Transfert ne trouve pas la place d’être évoquée dans les portions d’histoire choisies par le réalisateur. Le film ne propose donc qu’une approche incomplète de ce qu’il veut raconter. Il ne mérite décidément d’être vu que pour ses propositions visuelles audacieuses et son casting international. A ce propos, d’ailleurs, les spectateurs qui se seront fait tenter par la présence de Gael Garcia Bernal sur l’affiche et dans la bande-annonce seront immanquablement déçus de découvrir qu’il n’est présent pas plus de cinq minutes à l’écran.
Malgré ses qualités techniques et ses choix radicaux tant en termes de narration que de mise en scène, le film que nous propose Pablo Agüero reste une belle coquille vide dont on aura du mal à comprendre que son scénario, aussi mal rythmé qu’imprécis, ait été récompensé dans son pays.
Eva ne dort pas : Bande-annonce (VO)
Eva ne dort pas : Fiche technique
Titre original : Eva no duerme
Réalisation : Pablo Agüero
Scénario : Pablo Agüero
Interprétation : Imanol Arias (Dr. Ara), Denis Lavant (Koenig), Daniel Fanego (Aramburu), Gael García Bernal (Massera), Nicolás Goldschmidt (Robles), Sofía Brito (Esther)…
Image : Ivan Gierasinchuk
Montage : Stéhane Elmadjian
Son : Emiliano Biain, Francis Wargnier
Musique : Valentin Portron
Décors : Mariela Rípodas
Costumes : Valentina Bari
Production : Jacques Bidou, Marianne Dumoulin, Vanessa Ragone
Société de production : JBA Production, Tornasol Films, Haddock Films
Festivals et récompenses : Compétition officielle des Festival de San Sebastian 2015 et Toronto 2015, Lauréat du Grand Prix Sopadin du Meilleur Scénariste
Distribution : Pyramide distribution
Durée : 85 minutes
Genre : Historique
Date de sortie : 6 avril 2016
Bien que ce ne soit pas la créatrice de cette nouvelle série qui a débuté sur ABC ce jeudi 24 mars, en tant que productrice exécutive, nous pouvons ressentir toute l’implication de Shonda Rhimes derrière ce projet. Ceux qui ont apprécié ses précédentes séries (Grey’s Anatomy, Private Practice, Scandal, How To Get Away With Murder) auront satisfaction à suivre les aventures de Alice Vaughan.
Synopsis : Alice Vaughan est une détective privée sur le point de se marier avec Christopher Hall, cependant elle ignore qu’il s’agit de « Monsieur X » un arnaqueur qu’elle essaye d’arrêter avec l’aide de son cabinet. Sans le savoir Alice se fera arnaquée par son fiancé qui prendra la fuite avec toutes ses économies.
Ainsi commence une chasse assez séduisante entre ces deux anciens amants.
Une jolie arnaque signée Shonda Rhimes
En effet, on retrouve une certaine familiarité en reprenant les codes dramatiques et scénaristiques que nous avait proposé la showrunner jusqu’à présent.
Ainsi, notre héroïne (interprétée par Mireille Enos) est une femme forte, indépendante, talentueuse dans son travail, mais aussi fragile qui montre certaines failles en la rendant très humaine, surtout après l’abandon de l’homme qu’elle espérait aimer le restant de ses jours.
Nous aurons aussi un intérêt à suivre le second personnage principal joué par Peter Krause (Six Feet Under, Parenthood) : Christopher Hall, de son vrai nom Ben. Ce n’est pas un simple fraudeur qui a fait un coup bas, mais une personne tiraillée qui a fini par tomber amoureux de sa victime, ce qui laisse entendre que ses erreurs risquent vite de le rattraper car il ne sait pas comment il pourra arranger les choses maintenant qu’elle sait que c’est l’escroc qu’elle pourchassait depuis des mois.
Le choix de ces deux interprètes, qui ont un certain bagage dans le milieu télévisuel, est un pari réussi. Ils ont une alchimie indiscutable qui laisse penser que ce duo symboliserait le nouveau couple phare de la télévision, après Ellen Pompeo et Patrick Dempsey (Grey’s Anatomy) ou Kerry Washington et Tony Goldwyn (Scandal), leur relation assez particulière devrait fasciner les spectateurs après les éléments mis en place dans ce pilote.
D’ailleurs, par rapport au casting, nous avons une nouvelle fois « la garce de service » Margot (interprétée par Sonya Walger : LOST, Flash Forward), la femme et patronne de Christopher, qui prend tous les trais du personnage détestable mais qui pourrait, peut-être, évoluer dans le but d’être apprécié du public par la suite.
Cependant, en dehors de ces trois personnages centraux, les cinq autres membres de la distribution sont pour l’instant assez anecdotiques, trop secondaires pour qu’on se concentre un minimum sur eux, mais connaissant les autres productions de Shonda Rhimes qui arrivent à créer et développer des personnages passionnants par leurs ambiguïtés et leurs nuances, il faut se douter que la situation devrait se répéter pour The Catch.
En dehors des quelques incohérences scénaristiques qui sont assez grosses par moment, la structure du pilote laisse apparaitre un ton assez léger, une ambiance bien implantée. Cela reste du bon divertissement et le spectateur deviendra surement addictif après quelques semaines de diffusion.
Les nombreux split screen et ces effets de montage assez rapides donnent une dynamique supplémentaire à la série que ce soit autour des personnages, durant leurs missions, apportant un certain glamour, une touche féminine que l’on reconnaît une fois encore à la reine du TGIT (Thanks God It’s Thursday). Néanmoins, bien que cela donne un charme supplémentaire, il y a un excès de cette technique qui renforce l’artificialité et dessert la mise en scène de la série (contrairement à Scandal qui a su trouver un juste milieu).
On pourra peut-être reprocher le manque de prise de risques de Shonda Rhimes qui ne nous offre finalement rien de nouveau. C’est la cinquième série où elle travaille les traits de caractère d’un personnage fort, torturé, qui gère sa vie professionnelle mais qui a de gros soucis amoureux, dans sa vie privée, et reprenant certains codes et clichés que l’on a déjà vu dans ses séries précédentes (la meilleure amie/confidente de l’héroïne, la rivale de l’héroïne, un semblant de triangle amoureux central à l’histoire etc). Mais le show offre des protagonistes intéressants et diversifiés qui sauront certainement plaire aux spectateurs et auront envie de les voir évoluer dans ce nouveau thriller à l’aspect romantique.
Enfin, ce premier épisode dessine de bonnes lignes directrices sur ce que pourrait donner cette saison, mais on pourrait se demander comment cela évoluera sur le long terme si la série continue l’année prochaine. Dès le départ nous avons l’idée de jeu du chat et de la souris qui se tournent autour, un premier affrontement entre Alice qui retrouve Christopher, mais qui finit par s’enfuir, si cette structure scénaristique venait à trop se répéter, nous pourrions rapidement nous lasser à l’idée de voir ce même schéma constructif dans les prochains épisodes. Ce début est prometteur en montrant une course poursuite qui ne devrait pas laisser le public indifférent face à ces deux rôles intelligents, mais complexes à la fois qui posent la question de comment ils pourraient se réunir à la fin, reste à voir ce que la série proposera sur le long terme pour ne pas tourner rapidement en rond.
Ce premier épisode a rassemblé 5,80 millions de téléspectateurs pour un taux de 1,2% sur la cible 18-49 ans.
The Catch : Bande Annonce
The Catch : Fiche Technique
Créateurs : Jennifer Schuur, Kate Atkinson, Helen Gregory
Réalisatrice : Julie Anne Robinson
Acteurs principaux : Mireille Enos, Peter Kraus, Alimi Ballard, Jay Hayden, Jacky Ido, Rose Rollins, Sonya Walger, Elvi Yost
Producteurs : Julie Anne Robinson, Betsy Beers, Shonda Rhimes
Société de production : ABC Studios, Shondaland
Format: 10 épisodes de 42 minutes
Genre : Drame, Thriller
Apres son très bon et remarqué Hippocrate, Thomas Lilti, initialement médecin avant d’être réalisateur, revient à la derrière la caméra et quitte le monde des Urgences, qui fut illustré sous toutes ses couleurs, pour s’intéresser à l’activité de médecin de campagne, tâche souvent oubliée et pourtant nécessaire, mais qui aujourd’hui, se fait de plus en plus rare.
Synopsis : Tous les habitants, dans ce coin de campagne, peuvent compter sur Jean-Pierre, le médecin qui les ausculte, les soigne et les rassure jour et nuit, 7 jours sur 7. Malade à son tour, Jean-Pierre voit débarquer Nathalie, médecin depuis peu, venue de l’hôpital pour le seconder. Mais parviendra-t-elle à s’adapter à cette nouvelle vie et à remplacer celui qui se croyait… irremplaçable ?
Journal d’un médecin de campagne
Il est bon de voir un film sur la médecine fait par quelqu’un qui s’y connaît. Thomas Lilti maîtrise son sujet et parvient à l’amener de la manière la plus juste possible. Ainsi, Médecin de Campagne ne peut pas se résumer qu’aux frasques d’un médecin, c’est également un portrait touchant et intéressant d’un métier parfois pénible, souvent fatiguant, mais profondément humain, régit par des liens affectifs forts. Le médecin de campagne connaît (presque) tout le monde, et réciproquement, à la manière du héros du village.
Car Thomas Lilti ne se borde pas au portrait du médecin et de sa future remplaçante, il dresse aussi le portrait d’un village, avec ses habitants au caractère différents, certains étant touchants, d’autres de réelles têtes à claques, mais étant presque tous comme une « grande famille ». Pour incarner son médecin de campagne, le réalisateur devait trouver l’acteur capable d’incarner ce monsieur tout le monde, modeste, qui se fond dans la masse, et François Cluzet est un excellent choix. Sans trop en dire, par l’intermédiaire d’un sourire en coin ou d’un froncement de sourcils, on perçoit parfaitement les impressions et émotions de notre personnage. Aussi, s’ajoute la maladie progressive, en parallèle avec une cure hospitalière intensive. Thomas Lilti ne se privera d’ailleurs pas de lancer quelques piques au monde des Urgences, par les dialogues, même s’il pèse de manière juste le pour et le contre, en mettant toujours en avant le lien humain entre malade et médecin. Le jeu de François Cluzet est simple et touchant, et ne sombre jamais dans la caricature. Son associée, interprétée par Marianne Denicourt, déjà présente devant la caméra de Lilti dans Hippocrate, qu’il détestera à son arrivée à la campagne, est son parfait complément féminin. De ce personnage, une tendresse et une passion folles se dégagent. Mais elle reste également discrète sur sa vie, une part de mystère l’entoure. On perçoit, derrière les difficultés du métier, tout l’amour que nos deux protagonistes veulent apporter à leurs patients, qu’ils soient mourants, enceinte, ou tout simplement souffrant.
La technique de Thomas Lilti est en symbiose avec son précédent film et avec le thème évoqué. La constante caméra à l’épaule, qui ne peut que rappeler le cinéma d’Audiard, déstabilise et déconcerte sur le départ, mais s’avère pourtant riche en interprétation. N’est-elle pas le symbole de la fragilité du métier, du statut de Jean-Pierre ? Ne représente-elle pas cette constante incertitude quant au devenir de certains patients ? Chacun se livrera à des interprétations diverses vis à vis de la technique.
Aussi, certains évoqueront Médecin de Campagne comme une narration vide, un scénario creux, sans péripéties. Certes, certaines scènes peuvent paraître longues ou redondantes, mais ne sont-elles pas que le quotidien difficile du médecin ? Aussi, on reprochera le classicisme de certains éléments scénaristiques, comme l’arrivée de Nathalie et l’appréhension à l’idée d’un nouveau médecin dans le village, ou encore le faux départ de cette dernière suite au coup de gueule de Jean-Pierre vis-à-vis du sort d’un patient.
Thomas Lilti nous conte la vie d’un homme, la certaine routine de sa vie, bouleversée par une arrivée inattendue, et non-désirée. Être médecin de campagne offre un champ humain fort, mais plutôt restreint.
Mais ce long-métrage peut susciter quelques frayeurs. En effet, à l’arrivée de Nathalie, on se voit déjà plonger dans un pathos monstre, une amourette fleur bleue entre les deux médecins. Le schéma narratif était déjà tout trouvé : on se rejette, on apprend à se connaître, on s’aime, en sachant que les deux héros sont célibataires. Mais heureusement, Thomas Lilti ne nous offre pas tout sur un plateau, et instaure des réserves à son récit. Ainsi, il évite le mélo en n’officialisant jamais la relation entre les deux « collègues ».
Par sa simplicité, ses interprétations touchantes et le thème traité, Médecin de Campagne est un film apaisant, qu’il est agréable de voir, même s’il s’avère moins bon et fort qu’Hippocrate. On regrettera seulement quelques scènes un peu redondantes ou prévisibles, qui viennent fendre la bonne impression que nous renvoie le film. En deux longs-métrages, Thomas Lilti a su montrer de quoi il était capable en termes de metteur en scène et réalisateur, et son travail ne laisse que présager du bon pour l’avenir.
Médecin de campagne : Bande-annonce
Médecin de campagne : Fiche technique
Réalisateur : Thomas Lilti
Scénario : Thomas Lilti, Baya Kasmi
Interprétation : François Cluzet, Marianne Denicourt, Félix Moati, Isabelle Sadoyan, Christophe Odent, Patrick Descamps…
Direction artistique : Philippe Van Herwijnen
Photographie : Nicolas Gaurin
Montage : Christel Dewynter
Musique : Alexandre Lier, Sylvain Ohrel, Nicolas Weil
Producteurs : Agnès Vallée, Emmanuel Barraux
Société de production : 31 Juin Films, Les Films du Parc
Distribution (France) : Le Pacte
Durée : 102 minutes.
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 23 mars 2016
Aux yeux de tous, un remake pâlichon du film argentin ‘Dans ses yeux’ de Juan José Campanella !
Synopsis : Jess et Ray sont de redoutables coéquipiers au sein de la police de New-York mais quand ils découvrent le cadavre de la fille de Jess, ils se lancent sur les traces du meurtrier au mépris de leur carrière.
De bons ingrédients
Remake pâlichon de Dans ses yeuxde Juan José Campanella avec Ricardo Darín, Aux yeux de tous cumulait pourtant les ingrédients de la recette gagnante : un joli casting composé de Julia Roberts, Chiwetel Ejiofor (12 Years a Slave), Nicole Kidman et Dean Norris, une intrigue intéressante et qui a déjà fait ses preuves, une ambiance pesante et un twist final surprenant. Mais pour y parvenir, la route est longue et semée d’embûches…
Certes, plus on s’enfonce dans le film, plus la menace guette et plus on se sent pris au piège. On ne sait pas de quel côté l’ennemi va attaquer et on a l’impression que tout le monde a quelque chose de suspect. En cela, Billy Ray a réussi son coup, ou pas. L’atmosphère de complot est en effet très présente dans Aux Yeux de tous mais peut-être l’est-elle trop au détriment du suspense.
Très rapidement, on s’aperçoit que la véritable intrigue ne se situe pas dans la recherche d’un coupable plus qu’évident et le déroulement de l’enquête n’a pas grand intérêt. Car l’histoire se centre davantage sur les manœuvres politiques et les magouilles d’un système judiciaire prêt à tous les sacrifices pour parvenir à ses fins. Une idée somme toute intéressante à creuser. Sauf qu’une fois qu’on a compris ça, la mayonnaise retombe instantanément.
Beaucoup de bruits pour rien
Dès lors, pour maintenir le spectateur en haleine, le scénario joue sur les doutes redondants des personnages, les flashbacks à répétitions souvent mal placés, les silences lourds de sous-entendus… Mais c’est peine perdue : passée la première moitié du film, on commence à se lasser des tourments des personnages, des dialogues convenus et des va-et-vient dans le passé qui n’ont pas vraiment de sens.
Et dans cette tension latente post 11 septembre qui ne mène à rien, on attend désespérément un peu d’action. Pour autant, les trois scènes qui nous seront allouées ne suffiront pas à nous satisfaire et seront d’autant plus frustrantes que, la plupart du temps, on reste sur notre faim.
En outre, certains personnages manquent de profondeur, en particulier l’ex-flamboyante Kidman, aujourd’hui figée dans le marbre et inexpressive ainsi que le cliché du flic bête et discipliné joué par Michael Kelly. Et même Julia Roberts ne parviendra pas à nous faire oublier Soledad Villamil et Ricardo Darín. Les non-dits sont un tel rempart aux émotions que les personnages ne transmettent rien et que le spectateur ressent peu d’empathie pour Jess (Roberts) notamment. Quant à l’histoire d’amour entre Ray et Claire, elle est à peine suggérée et peu crédible ; rien à voir avec la flamme qui vibrait au sein du couple dans la version d’origine. Si l’objectif du remake n’est pas tant de refaire à l’identique ce qui a déjà été fait, toutes ces ressemblances faiblardes font que le scénario tombe un peu à plat. Ainsi, sous ses airs de polar funèbre, Aux yeux de tous a tout du drame politico-psychologique insensible qui finit par traîner en longueur et peine à nous mener au bout de son histoire.
Aux Yeux de tous : Bande-annonce
Fiche technique : Aux Yeux de tous
Titre original : Secret In Their Eyes
Titre québécois : Dans ses yeux
Réalisation : Billy Ray
Scénario : Billy Ray d’après Dans ses yeux d’Eduardo Sacheri
Casting : Nicole Kidman, Julia Roberts, Chiwetel Ejiofor, Dean Norris, Michael Kelly, Alfred Molina, Lyndon Smith, Zoe Graham, Joe Cole, Michael Kelly…
Direction artistique : Nelson Coates
Décors : Colin De Rouin
Costumes : Shay Cunliffe
Photographie : Danny Moder
Musique : Emilio Kauderer
Production : Mark Johnson
Sociétés de production : Gran Via Productions et IM Global
Sociétés de distribution : STX Entertainment
Budget : 19,5 millions de Dollars
Langue : Anglais
Format : Couleurs – 35 mm – 2,35:1 – Son Dolby numérique
Genre : Film policier / Thriller
Durée : 111 minutes
Date de sortie : 23 mars 2016
D’où vient cette sensation d’éternité heureuse que l’on ressent à chaque vision des diamants bruts D’Ozu, Mizoguchi et Naruse? Il faudrait ausculter avec précision les raisons qui nous poussent à nous abandonner ainsi à cette période de l’âge d’or du cinéma japonais. Pour ne jamais cesser de s’émerveiller encore et toujours de la beauté flamboyante d’un art à nul autre pareil.
Synopsis: Mariés depuis longtemps et sans enfants, Mokichi (Shin Saburi) et Yoshiko (Michiyo Kogure) n’ont plus grand chose à se raconter. Lui est plongé dans son travail tandis qu’elle cherche tous les prétextes pour pouvoir sortir avec des amies. Un jour, Mokichi doit se rendre à l’étranger en voyage d’affaires. Il aura fallu ce départ pour qu’elle se rende compte de l’importance de son mari dans sa vie. Les ‘retrouvailles’ auront lieu autour d’un repas traditionnel tout simple, le riz au thé vert.
Éloge de l’insignifiante simplicité
On peut vraisemblablement déceler dans la composition formelle des cadres que construisent les trois compères la première explication rationnelle à la splendeur de l’ensemble. Arrêtons-nous un instant sur l’exemple concret du Goût du riz au thévert du premier nommé. Voyez avec quel raffinement il observe patiemment la dissemblance d’un couple infuser son découpage de l’espace. Par un discret procédé de mise en scène, il alterne différentes valeurs d’images: les plans larges permettent une extériorisation des sentiments, supposant une mobilité des gestes et des paroles dans un cadre ouvert. C’est alors aux comédiens de s’emparer du dispositif pour incarner au mieux cette mouvance de l’affectivité. Lorsque l’empathie se fait nécessaire, c’est au tour du plan serré de souligner l’intériorisation émotionnelle des concubins. Sans avoir recours à l’artificialité du gros plan le cinéaste enferme les protagonistes dans le décor géométrique de la « minka » traditionnelle pour signifier la solitude et l’incompréhension. De même, l’aménagement intérieure qui cloisonne l’habitat et se divise en deux niveaux distincts contient en son sein les germes d’un labyrinthe mental que les uns et autres se plaisent à parcourir pour se fuir ou se retrouver. La copie granuleuse vue accentue aussi l’aspect immémorial du noir et blanc et renforce la prééminence épique des effusions dramatiques qui sied particulièrement au genre dont se réclame le film.
L’habileté technique qui unit le tiercé gagnant est une excellente mise en valeur des qualités de chacun. Mais elle ne saurait suffire à expliquer ce supplément d’âme qui leur fait toucher du doigt une certaine forme de perfection. Dans le cas qui nous intéresse,prenons l’intrigue. Un homme et une femme que nous apprendrons à connaitre au fur et à mesure semble s’installer dans une routine quotidienne qui déplaît fortement à Madame. Rien à priori qui puisse transcender un schéma maintes fois rebattu dans l’histoire du cinéma. Entourée de ses sœurs et de son espiègle nièce, l’élégante marraine se perd en de vains et longs bavardages pour tuer le temps. Et pour échapper aux obligations maritales tout autant que par gout d’aventure l’idée lui vient de fomenter un vaniteux mensonge. N’assumant pas l’infamie elle embarque de force sa protégée dans le périlleux jeu de dupe. Cette péripétie, loin d’être anodine, renforce le lien de complicité que l’on éprouve envers ces capricieuses dames. Le maître entend ainsi nous adresser un clin d’œil malicieux et nous rendre partie prenante de l’aventure. Peu de cinéastes savent s’effacer de la sorte pour se mettre à notre hauteur de simples spectateurs sans sacrifier la simplicité qui le caractérise. Nous rions et sommes de mauvaise foi avec elles sans qu’aucune perspective morale ne nous affranchisse. En cela ce film tient sans doute plus que les autres de l’expérience sociale et humaine.
Pourtant la jovialité apparente cache bien des tourments que la spontanéité ne saurait cacher. Comme souvent chez ces chefs de file, la gravité de la situation n’est jamais bien loin. Le mari, ancien soldat de l’armée de l’air, est un homme de peu que le travail bureaucratique contente largement. Rustique mais solide, il s’embarrasse peu des bonnes manières et se nourrit comme bon lui importe. Consciencieux il s’enquiert régulièrement auprès de la petite servante des nouvelles de sa famille. Il en fera pareillement avec son jeune et impétueux complice. Le contexte politique n’est jamais explicitement mentionné mais tout nous laisse à penser qu’il situe l’action au sortir de la Seconde Guerre Mondiale. Notons que ces illustres réalisateurs aiment à dépeindre une mutation sociétale ouvrant de nouvelles perspectives économiques à l’archipel. Pacifistes convaincus ils utilisent régulièrement cette époque charnière pour concrétiser leurs desseins néo-réaliste. Toujours dans ce cas concret, des bribes de conversations nous font entendre la peine de patriotes endeuillés. Ces éléments scénaristiques créditent l’astucieux agencement du mélodrame et de la critique contestataire. Ce qui en ressort est moins un geste revendicatif qu’un désir d’épouser la banalité quotidienne dans son expression la plus pure.
Les retrouvailles finales du couple esquissent un cheminement personnel nécessaire à toute union durable. Elles indiquent les effets positifs d’un terrain d’entente dans l’intérêt commun. Tandis que Madame en éprouve la solidité dans l’absence et la fuite, Monsieur attend l’heure propice pour pardonner la flagornerie de son épouse. Jamais dupe de ses infidélités passagères il laisse la raison du cœur supplanter le lobe cartésien de son esprit. Ouvrant de nouveaux yeux de chimère pour ce conjoint qu’elle ne cessait jusqu’à présent de méprendre, elle réalise subitement la chance qui lui est donnée de pouvoir s’investir dans cette relation. Sa sensibilité de femme se révèle alors foudroyante et par le truchement du repas qu’elle lui offre comme une rédemption s’affirme donc la générosité du geste rassembleur. La vertu du ménage est sauf mais l’ancien documentariste n’en est plus à une facétie près et célèbre l’insolence de la jeunesse dans une dernière séquence que n’aurait pas reniée un certain cinéma muet. On y voit l’intarissable protégée de sa tante repousser maladroitement les avances forcées du jeune collègue de son oncle. Histoire de rappeler que la conceptualisation de l’amour de l’ancienne génération diffère assez largement de celle de la jeunesse dorée. Bel exemple d’un contre-pied qui prône l’acceptation des contradictions humaines.
Le titre initial du long-métrage était une promesse de partage et de plaisir simple, Ozu la tient de bout en bout et l’illustre brillamment. Gageons que la découverte du reste de sa filmographie et de celles de ses complices puissent nous donner matière à réflexion pour continuer à s’enthousiasmer de la sorte.
Le Goût du riz au thé vert : Bande-annonce
Le Goût du riz au thé vert: Fiche technique
Titre original : お茶漬の味
Réalisation : Yasujiro Ozu
Scénario : Kôgo Noda et Yasujiro Ozu
Interprétation : Shin Saburi (Mokichi Satake), Michiyo Kogure (Taeko), Koji Tsuruta(Noboru Okada), Chikage Awashima (Aya Amamiya), Keiko Tsushima (Setsuko Yamauchi), Kuniko Miyake (Chizu Yamauchi)…
Image : Yuharu Astsuta
Montage : Yoshiyasu Hamamura
Musique : Ichiro Saito
Direction artistique : Tatsuo Hamada
Sociétés de production : Schochiku Eiga
Producteur : Takeshi Yamamoto
Durée : 115 minutes
Genre: Drame Japon– 1952
En étant marquée par l’univers musical de Carol et Legend en sortant des salles obscures, la rédaction s’est penchée sur un grand nom de la composition peu connu du grand public : Carter (Benedict) Burwell. Ayant collaboré avec les plus grands, les frères Coen, Spike Jonze, Sidney Lumet, Andrew Niccol, Lisa Chodolenko, Martin McDonagh, Bill Condon, le discret acteur/compositeur sexagénaire continue de grimper depuis son Emmy pour Mildred Pierce de Todd Hayne en 2011. D’autant plus que son nom est au générique d’Anomalisade Charlie Kaufman (scénariste de Dans la peau de John Malkovitch), Golden Globe 2016 du meilleur film d’animation et prix du jury à Venise, de Ave Cesar, le dernier Coen, de The Finest Hours par les studio Disney et de The Family Fang (sélectionné dernièrement au festival de Toronto, avec Nicole Kidman) qui n’a actuellement aucun distributeur français. L’occasion de revenir sur sa carrière, ses influences et les univers musicaux qu’il a laissés derrière lui.
Parcours
Le cœur du jeune végétarien, qui n’aimait pas les légumes, balance entre l’animation et la musique électronique qu’il étudie à Harvard d’où il ressort diplômé en 1977. Il a collaboré au journal officiel de l’Université en tant que dessinateur humoristique tout en assumant les responsabilités de professeur assistant à la Harvard Electronic Music Studio. Son premier dessin animé, Help, I’m Being Crushed to Death by a Black Rectangle remporte de nombreux prix en 1979 . La direction semble donc lui convenir… enfin pas tout à fait. Il devient chef d’un département d’animation à Long Island, où il crée des programmes pendant plusieurs années. Parallèlement, Burwell n’oublie pas la musique. Il joue avec plusieurs groupes à New York et compose même des ballets qui seront joués au festival d’Avignon. Lors d’un de ses nombreux concerts à New York, il est remarqué par Ethan Coen venu le voir sur les conseils d’un ami. Pas plus intéressé que ça, il envoie quand même des démos dont certaines se retrouveront à l’identique dans le premier film des frères Coen, « Blood Simple ». C’est le début d’une collaboration indéfectible puisque Carter Burwell a signé toutes les bandes originales des frères Coen, soit 17 longs métrages dont Raising Arizona (1987), Barton Fink (1991), Fargo(1996), The Big Lebowski (1998), Intolérable cruauté (2003), No Country for Old Men (2007), Burn After Reading (2008), A Serious Man (2009) etTrue Grit (2010).
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Les trois compères discutent ensemble de l’art de la composition cinématographique dans le cadre du World Science Festival en 2013
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Durant les années 80, Burwell poursuit une carrière parallèle, toujours musicale, en jouant pour de nombreux groupes new yorkais ou en écrivant des compositions pour le théâtre.
Les projets s’enchaînent : Miller’s Crossing, Before Night Falls de Julian Schnabel, Twillight, The Kids Are All Right, Sept Psychopathes… Sans oublier le formidable documentaire The Celluloid Closetde Rob Epstein et Jeffrey Friedman en 1995, adapté de l’essai best seller du même nom de Vito Russo.
Les projets sur lesquels le quadragénaire travaille sont variés, de l’horreur série B au drame policier néo-noir en passant par la comédie sentimentale science-fiction : Velvet Goldmine de Todd Haynes, Blair Witch 2 de Joe Berlinger, A Knight’s Tale de Brian Helgeland (premier rôle en tant que tête d’affiche pour Heath Ledger), S1m0ne d’Andrew Niccol, Bons baisers de Bruges de Martin McDonagh…
Quelques analyses filmiques
Les notes sous les vidéos sont traduites de celles du compositeur disponibles sur son carterburwell.com.
Nommé, pour la première fois de sa carrière, pour la meilleure bande son aux Oscars 2016, Carter Burwell distille une mélodie à la fois élégante et quasi épique, dans son contexte, son parcours, les instruments orchestraux, cuivres, flûtes et harpe dessinent une évidence romantique sinueuse.
Il y a 3 thèmes principaux dans la bande originale. La musique qui ouvre sur la scène de la ville amorce une passion et une certaine forme d’engagement de la part de Carol et Thérèse. Cette scène raconte quelque chose sur ces personnages avant même que vous ne les voyiez, puisqu’ils n’apparaissent pour la première fois que vers la dernière note, mais finalement, ça va devenir le thème amoureux.
Puis, il y a le thème de la fascination de Thérèse pour Carol, qui est joué lorsque cette dernière roule vers sa maison. Fondamentalement, c’est un nuage de notes de piano, un peu à la manière dont Todd Haynes et Ed Lachman (le chef opérateur) filment les personnages, à travers une vitre opaque. Cette texture au piano doit être recomposée en studio pour séparer la main gauche de la droite. La première disparaît dans un fumée opaque tandis que la deuxième construit la mélodie.
Le troisième thème concerne la perte et l’absence. Il s’exprime pleinement dans le montage, après que Carol a quitté Thérèse et s’en explique dans une lettre qu’elle lui adresse. L’utilisation des intervalles ouvertes telles que le 4ème, le 5ème et le 9ème semble être le meilleur exemple pour voiler un sentiment. Le cœur des deux femmes est brisé, mais plutôt que de jouer de la douleur, la musique joue du vide.*
Peut-on y entendre un décalage entre le calme apparent, presque nonchalant de la ballade brit pop retravaillée par ordinateur et le ronronnement qui s’élève grâce aux instruments à vent, comme pour témoigner de la grandeur perdue de deux mafieux ? Trompettes déchues, mais tambours battants.
Lisa m’a appelé bien avant le tournage pour savoir si j’étais intéressé par le projet. J’ai déjà travaillé avec elle sur The Kids Are All Right en 2010, mais pour Olive, nous ne nous sommes pour ainsi dire pas rencontrés jusqu’à la courte session d’enregistrement. On a donc échangé à distance et rapidement. Je sais depuis mon expérience sur Mildred Pierce que composer pour une mini-série, demande beaucoup d’efforts, équivalent à 4 ou 5 heures de film. Alors, à la différence de The Kids, il a fallu trouver une voix, un timbre pour la série, pour le personnage d’Olive en particulier.
J’ai connu Fran McDormand il y a très longtemps, sur notre premier film, Blood Simple, puis j’ai écrit la musique pour un de ses meilleurs personnages, Marge Gunderson dans Fargo. Pour Olive, Fran n’était pas seulement l’actrice principale, mais également productrice. C’est elle qui a obtenu les droits pour adapter le roman et qui a écrit le scénario avec Jane Anderson.
Olive est un personnage complexe, dure avec son entourage et dure avec elle-même. On comprend progressivement que sa froideur est un rempart contre sa vulnérabilité. Elle réserve de la compassion à ceux qui sont aussi brisés, fragiles qu’elle.
A mi-chemin de la composition de la bande son, Fran est venue vers moi, -je ne discute jamais de mon travail avec un acteur et rarement avec le producteur – pour me donner son opinion. Afin d’éviter trop d’avis contraires, j’essaie de ne parler qu’avec le réalisateur sur la direction artistique, mais puisque je connaissais Fran, il m’était nécessaire d’avoir son avis, je savais que ça ne pouvait pas faire du tort tant que Lisa valide…
En fait, Fran a été très utile en m’aidant à étoffer musicalement le personnage d’Olive. Je ne pouvais pas toujours traduire ses pensées en musique, mais ça a toujours été très instructif. Elle pousse tout le monde, y compris le téléspectateur, dans ses retranchements et la musique doit nous permettre d’ouvrir une fenêtre, sur le respect que l’on peut ressentir pour ce personnage souffrant. Pour ce faire, j’ai tenu à garder certaines formes d’irrésolutions. Des arrangements simples, mais imprévisibles, froids, mais bienveillants.
Pour cette froideur émotive, le piano semblait juste. C’est un instrument de percussion avec une très large palette. J’ai eu un son très particulier à l’esprit, et donc pour la première fois depuis longtemps, j’ai décidé de jouer moi-même au piano, un Steinway qui m’a permis d’obtenir ce ton de cloche désiré. Un quatuor à cordes, une basse et une clarinette sont venus soutenir l’ensemble. Mark Stewart a aussi contribué avec quelques sons de mandolines sur certains morceaux.*
Mildred Pierce de Todd Haynes (2011)
Drame domestique inspiré des 30’s, romance sans oublier la tragédie familiale et le mélodrame lyrique, la mini-série HBO qui a valu un Emmy pour le compositeur décompose par des notes de piano simples et aériennes une tonalité contrite, obscurcie par des cordes type contrebasse à 1’37. Comme pour symboliser une ambition contredite par des déceptions/trahisons, un battement vain… (main theme du film original avec Joan Crawford, l’emphase hollywoodienne est marquante)
https://www.youtube.com/watch?v=4sIQMN26EbY
Autres pistes musicales
Twilight de Catherine Hardwicke, et Bill Condon (2008 et 2011)
« Bella’s Lullaby »
Dans la peau de John Malkovitch de Spike Jonze (1999)
Le xylophone est un instrument qui, couplé à la harpe, évoque rapidement l’onirisme, le romantisme et une certaine forme de modernité que d’autres ont su réutiliser (voir les compositions de Dimitri Golovko pour le court métrage Signs). Jon Brion privilégie un certain classicisme avec piano et cordes, aux accents plus français, sans oublier cette rengaine, cassette passée en arrière en boucle, dans Eternal Sunshine of a Spotless Mindde Michel Gondry 2004
The Celluloïd Closet de Rob Epstein et Jeffrey Friedman (1996)
« Shades » L’univers de Carter Burwell à la fois nostalgique et plein d’élans simples, tout droit sorti d’un Disney, est très reconnaissable.
« Will Hayes » Ce morceau a quelque chose de très coenien, dans la sentence marquée et le développement sur la durée quitte à être répété.
« Finale » Roulements détachés, tintements pixariens, violons aux tons à la fois lugubres et cérémonieux, le paradoxe est caractéristique.
Première collaboration pour leur premier long métrage. Timide, le synthétiseur n’appuie pas suffisamment le côté sombre, joliment pervers.
https://www.youtube.com/watch?v=DZfyXl1Rkyc
Miller’s Crossing (1990)
Première composition orchestrale.
Fargo (1996)
https://www.youtube.com/watch?v=p8eA9BuuyjY
Fargo s’annonce comme un drame inspiré d’une histoire vraie. Et pourtant ceux qui ont commis le crime sont des bouffons. Si la musique renforce l’humour, elle tue le suspense. Si elle renforce le drame, est-ce qu’elle tue l’humour? Un début de réponse : le drame est renforcé par une gravité exagérée, un mélodrame en somme. L’excès de grandiloquence semble aider à la comédie. Le voile blanc d’hiver entre le Minnesota et le Dakota du Nord et la gaieté décuplée des personnages ne peuvent que rendre la situation encore plus solitaire et désespérée. Je voulais mettre en contraste la petitesse de leur humanité avec le paysage blanc sans fin en les représentant avec des instruments fragiles solo: harpe, célesta et violon Hardanger. Le hardanger – originaire de Scandinavie – est un violon avec des cordes sympathiques qui ajoutent un ronronnement brillant, presque chatoyant aux notes jouées.
Avant même d’avoir tourné avec les Coen, j’avais commencé des recherches sur la musique folklorique scandinave dans le vague espoir d’en sortir quelque chose d’instructif, puis j’ai trouvé un air folklorique qui était devenu un hymne appelé « la brebis perdue. » Son titre était parfait pour le personnage de Bill Macy, mais sa tristesse mélancolique était également parfait pour le film dans son ensemble, alors je l’ai étendu en utilisant une orchestration de film noir. Elle est devenue la musique d’ouverture du film.*
No Country For Old Men (2007)
C’est le film le plus calme sur lequel j’ai travaillé. Souvent, il n’y a aucun son, mis à part celui du vent ou des bottes sur de la caillasse ou des chaussettes sur le bitume. Puis, de temps en temps, il y a des fusillades qui impliquent un nombre inconnu de tireurs avec fusils à pompes et armes automatiques. Pendant longtemps, ce fut donc très difficile de savoir quel genre de bande-son pouvait possiblement accompagner le film, sans perturber le silence brut de la mise en scène. J’ai parlé avec les frères Coen soitune bande-son entièrement en percussions, soit un mélange de tons qui se fondraient dans les effets sonores, comme tout droit sortis du paysage. On est parti sur les tons.
La composition tout en percussion semblait prometteuse, et je suis clairement impatient de le faire un jour mais c’est un cliché aujourd’hui que d’avoir des tambours qui accompagnent l’action et cela ramenait le film vers un territoire familier. Les tons soutenus, cependant, maintenait le film instable. Très tôt dans la production, j’en ai parlé avec Skip Lievsay, le mixeur sonore et il m’a envoyé des exemples d’effets sonores, tout comme je lui ai envoyé des exemples de compositions de ton, majoritairement irréguliers, en dent de scie. L’effet produit est que la musique surgit et retombe dans les effets sonores, dans une manière subliminale.
Le générique de fin apporta une question intéressante : puisque le film ne contient aucune chanson ou composition originale, qu’allait-on pouvoir jouer pendant les 5 minutes de générique qui ne serait à la fois ni prétentieux (comme le silence du vent) ni intrusif (comme une musique pop) ? J’ai fini par écrire une mélodie qui comprend uniquement les instruments acoustiques utilisés dans la bande-originale, mais ils mettent un certain temps à apparaitre. Les premiers sons sont des percussions qui masquent les effets sonores. Les suivants sont les tons soutenus qui sont compris dans le reste de la composition. Et il faut attendre 2 minutes de cela pour voir les instruments familiers arriver, comme la guitare et la basse, qui jouent jusqu’à la fin avec les percussions. Espérons que cela ait fonctionné avec le reste du film, du moins pour les quelques uns qui sont restés jusqu’à la fin du générique.*
Burn After Reading (2008)
« How Is This Possible »
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Nous apprenons en exclusivité de la part du compositeur lui-même, qu’il vient de terminer le mixage de The Founder de John Lee Hancock. Un biopic sur le fondateur de McDonald avec Michael Keaton dans la peau de Ray Kroc. La collaboration avec Rodd Haynes se poursuit cette année, puisque Carter Burwell va travailler sur Wonderstruck, l’adaptation du roman historique de Brian Selznick écrit en 2011 avec Julian Moore. L’histoire de deux enfants, Ben et Rose, tous deux sourds, à différentes époques, l’un en 1927, l’autre en 1977. Ces deux enfants s’échappent de New York. Malgré le gouffre entre ces deux périodes, ils sont tous deux connectés par un mystère en attente de résolution…