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Caravane des Cinémas d’Afrique : Soirée d’Ouverture

Du vendredi 1er au dimanche 10 avril se tient la 14ème édition du festival Caravane des Cinémas d’Afrique, au Ciné-Mourguet de Sainte-Foy-les-Lyon.

Le cinéma africain est trop peu diffusé, en France et à Lyon. Pourtant, les films se bousculent à nos portes. Certains franchissent les frontières, jusqu’à se faire une place dans le paysage, à l’exemple du désormais connu  Timbuktu d’Abderrahmane Sissako. Pourtant, depuis une trentaine d’années, plusieurs festivals naissent dans l’optique de mettre en avant ce pan du 7ème art,  à commencer par Cinémas d’Afrique en 1987 à Angers. Caravane des Cinémas d’Afrique lui emboîte le pas en 1991, et a désormais, au fil de ses 14 éditions, obtenu une notoriété importante dans le monde du cinéma africain. Pour preuve, c’est ce même Sissako qui a inauguré le nouveau cinéma de la ville de Sainte-Foy-les-Lyon, le Ciné-Mourguet, où se déroule tous les deux ans le festival.

Avec une équipe composé pour les deux tiers d’entre eux de bénévoles, la programmation et l’ambition de Caravane des Cinémas d’Afrique est pour le moins réjouissante. Voyez plutôt. Pendant 10 jours, ce sont pas moins de 40 films projetés, venant de 20 pays différents, accompagnés de 25 invités, dont une partie sont les réalisateurs et les acteurs des films. Parmi la programmation, seulement dix sont en Compétition Officielle, avec à la clé le Prix du Public.

A côté de ça, Caravane des Cinéma d’Afrique propose une sélection Hors Compétition (comme le déjà cité Timbuktu), mais également de nombreux documentaires, des films d’animations, des courts-métrages, tous bien sûr centré sur le continent africain. L’année dernière, Caravane avait attiré près de 12 000 spectateurs.

Il faut noter que Caravane des Cinémas d’Afrique, ce n’est pas que du cinéma, puisque de nombreux événements parallèles sont organisés, comme une grande exposition sur la culture Gèlèdè (si ce nom ne vous dit rien, c’est normal, et pourtant c’est une culture inscrite au patrimoine immatériel de l’humanité de l’UNESCO, ce qui n’est pas rien. J’essayerais de m’y rendre, mais je ne promets rien) mais également un concert, des marchés, et un défilé de mode.

C’est ainsi une belle occasion pour découvrir un cinéma méconnu, et pendant dix jours, je vais essayer de vous faire vivre le festival du mieux possible. Malheureusement, ce ne sera pas une chronique quotidienne, faute de temps. J’ai décidé de privilégier les films en compétitions officielles, ainsi que les films présentés par les réalisateurs et les actrices. C’est une vraie envie de ma part, puisqu’en effet je ne connais que peu le cinéma africain, et que le Ciné-Mourguet se situe en périphérie de Lyon, où j’habite. Il faut y aller en bus, ce qui pose problème en soirée (et tout le monde sait que les meilleures séances de cinéma, c’est la nuit).

Vendredi 1er Avril – 1er jour – Soirée d’ouverture

C’est donc gaillardement que je me rends pour ce premier jour de festival à la soirée d’ouverture, où nous attend le premier film en compétition, L’Echarpe Rouge de Mohammed Lyounsi. Arrivé en avance, je peux profiter du buffet africain à 18h30, dans le hall du cinéma. Le public de la séance de 16h sort bientôt, et le Ciné-Mourguet se retrouve rempli de cinéphiles. Je n’écoute pas les conversations pour ne pas influencer mon jugement. Les bénévoles passent parmi nous, portant des plateaux sur lesquels les mains se jettent. Je goûte. Rien ne me plaît vraiment, mais l’intention est là. Je découvre le bissap, le jus de la fleur d’ibiscus, plutôt rafraîchissant. Après un peu d’attente, nous pouvons rentrer dans la salle.

Nous étions prévenus à l’avance de la présence du Conservatoire de Musique et Danse de Sainte-Foy (entendez par là, l’école de musique de la ville). Ainsi, devant l’écran, se trouve plusieurs instruments, et les enfants et adolescents, accompagné de leurs professeurs, entament un concert aux sonoritées marquées. Si, à ce moment-là le public est composé pour une partie des parents, ce fût à mon sens une entrée en matière plutôt plaisante et bon enfant, pour peu que l’on se prête au jeu.

Le premier film de la compétition officielle démarre à sa suite, après une intervention du président du Ciné-Mourguet François Rocher, ainsi que du Consul du Burkina Faso (j’en profite pour faire une demande solennelle au cinéma : par pitié, changez ces micros, ou ces haut-parleurs, ou les deux.)

L’Echarpe Rouge de Mohammed Lyounsi, avec Mohammed Bastaoui, Karim Saidi, et Yousra Tarik.
– En compétition

Ce film marocain, sorti l’année dernière dans de nombreux festivals africains comme le celui de Tanger, de Khourigba, a été présenté hors compétition au FESPACO 2015. Pour cela, et pour sa présence en ouverture de Caravane, je ne voulais pas ce film.
L’action prend place en Algérie, année 1963. La femme de Lahbib accouche. Parti acheter des médicaments, le jeune père marocain se retrouve arrêté par l’armée et expulsé, alors que la Guerre des Sables éclate. Il va tout faire pour retourner auprès de sa famille.
Je ne sais pas, d’avance, quel est le niveau du cinéma africain, ou si je suis trop formaté par le cinéma européen/hollywoodien. En tout cas, ce film présente, à mon sens, de nombreux défauts techniques et artistiques. D’abord techniquement, le montage est à la limite du catastrophique. Heureusement, c’est rattrapé par les mouvements de caméra qui sont plutôt bien exécutés. Ensuite artistiquement. On se trouve devant un film qui a l’air un petit peu fourre-tout, avec un mélange des genres. Etonnante, quel est cette scène presque angoissante, lorsque le chef du village s’intorduit chez Louisa ? L’ombre, la main, la rencontre violente des deux personnages, tout aurait pu se dérouler normalement, si seulement le chef était allé au bout de son action, au lieu de se laisser submerger par sa bonté. (Au passage, la mère se lève, réveillée par les bruits. A côté d’elle, un genre de gourdin. Va-t-elle intervenir pour chasser le méchant ? Non, elle se lève, mais n’apparaître pas dans la séquence…). A noter également la prestation de l’acolyte du chef du village, qui joue de manière très maniérée, surjeu ou composition ? J’avais une question à ce propos, mais l’actrice présente n’a pas su me répondre comme je le souhaitais.
Il faut noter que tous les défauts que je souligne sont en partie excusables, puisque le film se révèle être en fait une toute petite production marocaine. Le réalisateur s’est investi dans ce film en endossant plusieurs rôles (réalisateur, scénariste, monteur et producteur), pour terminer cette histoire sur la relation maroco-algérienne. C’est un sujet dont on parle peu et que ce film veut porter au jour, puisque la tension qui existe entre les deux pays est toujours d’actualité, 50 ans après la Guerre des Sables. Ainsi, ce film (et le cinéma africain en général ?) porte d’autres problématiques que les films occidentaux (je t’aime, tu m’aimes ?) et si ce film vaut le coup d’être vu, c’est bien pour le sujet peut-être plus que pour la (faible) forme. On comprend peut-être mieux pourquoi l’avoir choisi pour ouvrir la 14ème édition : montrer ce film absolument, malgré son faible budget.

Le film est suivi d’une rencontre avec l’actrice Yousra Tarik, qui n’a qu’un second rôle dans le film, et qui est désormais la femme du réalisateur. La jeune marocaine a pendant une heure pratiqué son français -qu’elle apprend- pour répondre à nos questions. Malgré un film qui ne me semble pas tout à fait abouti, l’enthousiasme et la chaleur de cette actrice font plaisir à voir.

Je repars un peu déçu par le film de ce soir, malgré avoir passé une bonne soirée. J’espère que les films suivants seront d’une autre tenue.

Epilogue : L’attente du bus dans 40 minutes dans le froid et la nuit est écourtée par d’autres spectateurs qui me ramènent en voiture, ouf.

(Merci au Ciné-Mourguet de nous avoir permis d’utiliser leurs photos.)

TCM Cinéma Programme : Le Point de non-retour

Pour son second long-métrage, « Le Point de non-retour » de John Boorman livre une relecture moderne du film noir

Synopsis : Walker (Lee Marvin) et Reese, deux petites frappes, volent le butin de trafiquants. Reese ayant besoin de l’argent pour rembourser des mafieux, il tire sur Walker et l’enfuit avec la femme de sa victime, le laissant pour mort. Remis de ses blessures, Walker cherche à se venger.

Adapté du roman de Richard Stark (pseudonyme du romancier Donald E. Westlake ; le même roman donnera, en 1999, le film Payback, de Brian Helgeland, avec Mel Gibson), Le Point de non-retour est le deuxième long-métrage de John Boorman, qui deviendra mondialement célèbre pour Delivrance ou Excalibur. Sur un canevas classique, le cinéaste britannique fait un film personnel et original, très influencé par son époque.

Relecture moderne du film noir

D’un côté, on retrouve dans ce film tous les ingrédients habituels du film de vengeance (revenge movie) : l’homme seul trahi et abandonné, la femme fatale, les truands appartenant à une organisation criminelle, les tueurs à gages, les pièges placés sur la route du personnage principal, les interrogatoires musclés et toute une violence inhérente au genre. Sur de nombreux points de vue, Le Point de non-retour se rapproche du prodigieux Règlement de comptes, de Fritz Lang, sorti 24 ans plus tôt.

Cependant, Boorman marque l’histoire d’un traitement particulier, dû en grande partie à l’époque où le film a été tourné. En 1967, on ne raconte plus une histoire comme dans les années 50. La violence est beaucoup plus présente, plus crue, plus brutale. Même si Walker ne tue personne directement, il emploie la violence soit pour menacer, soit pour se défouler sur des substituts (lorsqu’il décharge son arme sur le lit pour éviter de tirer sur sa femme, par exemple).

Un autre aspect très « sixties » du film, c’est le traitement de la sexualité. Le film de Boorman ne cache pas le côté très libidineux de son histoire, d’une façon crue là aussi, sans se masquer derrière des allusions comme c’était le cas auparavant. De fait, les deux personnages féminins, interprétés par Angie Dickinson et Sharon Acker, dégagent un grand pouvoir sexuel et savent en jouer. Mieux : la sexualité est un moteur important de l’action : Walker s’en sert pour piéger Reese, par exemple.

Enfin, cette « modernité » d’un film implanté dans son époque a aussi ses côtés négatifs. Les décors, les costumes, la musique, tout fait « années 60 » (une esthétique qui peut se rapprocher, par exemple, de celle de Blow Up, qu’Antonioni sortira la même année). Du coup, il est possible de trouver tout cela désuet, ou alors de considérer que ça donne un certain charme au film.

Un Monde déshumanisé

La narration du film est très intériorisée. Nous sommes d’emblée plongés dans les pensées de Walker. La scène d’ouverture est très significative : au lieu d’adopter une narration classique pour montrer la trahison, Boorman crée un maelström de pensées et de souvenirs, qui surgissent sans ordre, sans la moindre chronologie. Aucune logique ne semble relier les différents plans qui se suivent : le cinéaste tente de reproduire le coq-à-l’âne des souvenirs de Walker. La méthode est très immersive : on ressent les sentiments du personnage plus qu’on ne comprend l’histoire elle-même.

Mais attention, si nous sommes très proches des pensées de Walker, le réalisateur fait tout pour éviter une empathie trop forte. Après tout, Walker est tout sauf un héros. Il n’agit pas par bonté d’âme ni en étant motivé par des sentiments excessifs de justice. Non, si Walker s’est lancé dans sa quête, c’est pour l’argent. Ni plus, ni moins. Il le répète sans cesse dans le film : il veut récupérer les 93 000 dollars qu’on lui a volés.

Cela intervient dans un milieu très masculin, où les hommes ne sont motivés que par leurs instincts primaires de domination, de violence et de reproduction. Dans ce film, les rares personnages féminins sont des victimes manipulées par les uns ou les autres.

Les décors urbains, très déshumanisés, rappellent ceux des films de Tati, l’humour en moins. Los Angeles (que Boorman a préféré à San Francisco, où le film devait se tourner à l’origine), ses immeubles très géométriques, ainsi que les intérieurs modernes (comme cette cuisine agressive, avec toutes ses machines électriques qui se mettent en route en même temps), donnent un cadre froid et ajoutent encore une étape dans cette description finalement très pessimiste d’humains violents et immoraux.

Au final, John Boorman nous livre ici un film sombre, porté par le talent et le charisme incandescent du génial Lee Marvin, dont la seule présence habite l’écran comme rarement un acteur fut capable de le faire. Le cinéaste britannique dépoussière le film noir, ne cachant rien de la violence sombre et désespérée de ses personnages dans un monde froid et inhumain.

Le Point de non-retour – Bande annonce

Le Pont de non-retour – Fiche technique

Titre original : Point Blank
Réalisateur : John Boorman
Scénario : Alexander Jacobs, David Newhouse et Rafe Newhouse, d’après le roman de Richard Stark (Donald E. Westlake)
Interprétation : Lee Marvin (Walker), Angie Dickinson (Chris), John Vernon (Reese), Lloyd Bochner (Carter), Michael Strong (Stegman), Carroll O’Connor (Brewster), Sharon Acker (Lynne), James Sikking (le tueur à gages).
Photographie : Philip H. Lathrop
Montage : Henry Berman
Musique : Johnny Mandel
Décors : Keogh Gleason, Henry Grace
Producteurs : Judd Bernard, Robert Chartroff, Irwin Winkler
Société de production : Metro-Goldwyn-Mayer, Winkler Films
Société de distribution : Metro-Goldwyn-Mayer
Date de sortie française : 5 avril 1968
Durée : 1h28
Genre : film noir, drame

Etats-Unis- 1967

Festival Ciné-Rebelle du 9 au 16 avril

Hasard du calendrier, alors que les manifestations se succèdent, la 3ème édition du Festival Ciné-Rebelle, organisé par des étudiants, se tiendra du 9 au 16 avril.

Un festival à l’esprit jeune, ouvert aux passionnés comme aux grands curieux, telle est la formule de cette programmation. Le cinéma, s’il est pour sa grande partie le fruit d’une machine bien ficelée, est aussi faite d’initiatives, d’élans, d’artistes qui veulent montrer ce qu’ils savent faire. C’est le message proposé par les organisateurs, étudiants : montrer à tous (et en partie à leurs camarades universitaires) qu’on peut faire des grandes œuvres sur un coup de tête, en s’affranchissant des règles.

Le Festival Ciné-Rebelle peut se découper en trois parties distinctes (mais bien sûr complémentaires, et chacune indispensables).

La première, c’est la Nuit Ciné-Rebelle, au cinéma Les Lumières de Nanterre le samedi 9 avril à 20h30.
Ce sont pas moins de 4 films qui vous seront présentés toute la nuit. Quatre long qui montrent l’audace d’un réalisateur sur une situation donnée. La nuit commence fort commence avec Lost Highway de David Lynch, un désormais classique, à revoir sur grand écran. S’ensuit le récent documentaire The Act of Killing de Joshua Oppenheimer, un document édifiant sur les tortionnaires indonésiens des années 60, qui pourchassaient les communistes (vous avez peut-être vu récemment son petit frère The Look of Silence, qui reprend le même sujet, mais du côté des victimes.) Autre rébellion, celles des Petites Marguerites de Vera Chytilova, censuré à sa sortie par le gouvernement tchécoslovaque, et véritable souffle de liberté dans le monde cinématographique. Pour finir, ce sera L’Etrange couleur des Larmes de ton corps de Hélène Cattet Et Bruno Forzani, repéré à Locarno, Toronto et au Paris International Fantastic Film Festival en 2013.

La deuxième, c’est le cycle des projections-rencontres.

LUNDI 11 AVRIL – Pauline s’arrache d’Emilie Brisavoin
Ça commence comme un conte de fées : il y a une reine, un roi et leurs beaux enfants, Pauline, Anaïs et Guillaume. Mais c’est plus compliqué que ça en fait… Pauline, 15 ans, est la seule de la fratrie à vivre encore avec ses parents. Entre sa mère, une ancienne reine de la nuit, et son père qui se travestit, son quotidien est explosif. Elle est filmée par sa demi-sœur Émilie, qui mélange des archives familiales et des images prises sur le vif…
Au cinéma Chaplin St Lambert à 20h30 – en présence de la réalisatrice

MARDI 12 AVRIL – Dernier Maquis de Rabah Ameur-Zaïmèche
Au fond d’une zone industrielle à l’agonie, Mao, un patron musulman, possède une entreprise de réparation de palettes et un garage de poids-lourds. Il décide d’ouvrir une mosquée et désigne sans aucune concertation l’imam…
Au cinéma Christine 21 à 20h30 – en présence de la productrice

MERCREDI 13 AVRIL – Horsehead de Romain Basset
Depuis son enfance, Jessica est hantée par des cauchemars récurrents dans lesquels elle est poursuivie par une mystérieuse créature à tête de cheval appelée Horsehead. Suite au décès de sa grand-mère maternelle, elle est contrainte de retourner dans la maison familiale. Après une première nuit agitée, Jessica tombe subitement malade. Clouée au lit par une forte fièvre, la jeune femme décide d’utiliser son état léthargique pour expérimenter le rêve lucide et essayer ainsi de prendre le contrôle de ses cauchemars, une pratique dangereuse dont certains ne se remettent jamais.
Au cinéma Les Lumières à 20h30 – en présence du réalisateur

VENDREDI 15 AVRIL – Un français de Diastème
Avec ses copains, Braguette, Grand-Guy, Marvin, Marco cogne les Arabes et colle les affiches de l’extrême droite. Jusqu’au moment où il sent que, malgré lui, toute cette haine l’abandonne. Mais comment se débarrasser de la violence, de la colère, de la bêtise qu’on a en soi ? C’est le parcours d’un salaud qui va tenter de devenir quelqu’un de bien.
Au cinéma Christine 21 à 19h45 – en présence du réalisateur

SAMEDI 16 AVRIL – Stand de Jonathan Taieb
A Moscou, un jeune couple, Anton et Vlad, est témoin passif d’une agression. Plus tard, ils apprennent qu’un crime homophobe a été commis au même moment et au même endroit. Aussitôt, Anton décide de lancer une enquête, mais sa soif de vérité n’a d’égal que les peurs et l’amour de Vlad. La quête qu’ils vont mener les conduit vers un avenir incertain.
Au cinéma Christine 21 à 19h45 – en présence du réalisateur

Dernier temps, et pas des moindres, c’est la projection de la compétition Courts-Metrages le jeudi 14 avril, au cinéma Chaplin Denfert, où deux jurys et un prix du public seront remis.

Plus d’infos sur leur lien IndieGoGo ou sur leur page Facebook.

Teaser du Festival Ciné-Rebelle

 

Un monstre à mille têtes, un film de Rodrigo Plá : Critique

A l’origine, Un Monstruo de Mil Cabezas est une nouvelle écrite par Laura Santullo, que son mari Rodrigo Plá a adaptée en long-métrage. C’est déjà la quatrième fois que le couple de Mexicains produit ainsi des œuvres à forte teneur subversive, la première fois ayant été le très remarqué La Zona, Propriétée Privée, en 2008, qui pointait du doigt les dérives des écarts sociaux entre riches et pauvres à Mexico.

Synopsis : Alors que son mari a baissé les bras et se laisse emporter par son cancer, Sonia Bonet va tenter de persuader le médecin de sa compagnie d’assurance de lui donner accès au traitement qui lui a jusque-là été refusé. Accompagnée de son fils, sa croisade va la mener dans une spirale de violence incontrôlée.

En lutte pour une couverture universelle

Cette fois-ci le sujet que dénonce le film est l’injustice du système de protection médicale en place au Mexique. Impossible d’oublier la façon dont, dans la série Breaking Bad, Walter White a sombré dans l’illégalité pour compenser le manque de couverture sociale et financer le traitement de son cancer. Ici, le phénomène est similaire, à la différence que le « pétage de plombs » va être opéré par l’épouse du malade. Le pitch rappelle également celui de John Q., de Nick Cassavetes, où un père en vient à prendre en otage l’hôpital où son fils attend une transplantation vitale. Le scénario n’a donc rien de véritablement original, mais l’ingéniosité dont fait preuve Plá pour le filmer lui confère un cynisme qui fait mouche.

Entièrement constituée de plans fixes, la mise en scène joue avec une certaine astuce sur la profondeur de champs, pouvant tout aussi bien filmer ses personnages de très près ou laisser se dérouler une action importante dans le fond de l’écran, laissant ainsi planer le doute sur le bien-fondé de celle-ci. L’immobilité de la caméra appuie de plus le sentiment d’impuissance que se partagent cette femme vis-à-vis de la bureaucratie kafkaïenne à laquelle elle a affaire et son fils mis en porte-à-faux devant les agissements déraisonnés de sa mère. La structure narrative est elle aussi un choix artistique des plus malins : en multipliant les points de vue de différents personnages (la standardiste de la compagnie ou encore un témoin dans les vestiaires, pour ne citer que les mieux exploités), quitte à observer certaines scènes depuis plusieurs angles, le déroulement des faits prend une tournure de satire sociale bien plus dramatique que ne l’aurait un thriller qui se serait uniquement concentré sur cette Sonia. Le dernier élément esthétique, et non des moindres, est l’usage d’une voix-off qui déconstruit plus encore la narration puisqu’il s’agit d’un flash-forward sonore dans lequel les protagonistes livrent leurs témoignages au procès de Sonia. Le simple fait de savoir que ce procès aura lieu indique comment va se terminer l’histoire. Et, à ce fatalisme retors, s’ajoute une touche d’humour noir tant le décalage entre ce qui est dit et ce qui est vu laisse souvent place à une mauvaise foi qui, en l’occurrence, se révèle cruelle puisqu’elle met les institutions juridiques dans la même ligne de mire que la capitalisation corrompue de l’accès à la médecine.

Cette pure réussite technique est encore accentuée par la prestation de Jana Raluy, une actrice issue de la scène théâtrale qui livre là sa première performance sur grand écran. Une réelle révélation donc. On pourra regretter toutefois que son personnage puisse manquer de profondeur, son arc narratif étant limité à son dérapage violent quelque peu rocambolesque. Le manque à gagner de son introduction trop rapidement expédiée est la rendre trop peu attachante pour que le suspense ne se créé réellement. Mais, encore une fois, ce sont le déterminisme désespéré de cette femme face à un système déshumanisé, l’obligeant à agir comme elle le fait, quitte à s’excuser de le faire, et le drame familial qui se noue autour d’elle qui font de ce Monstre à Mille Têtes un thriller et une chronique sociale véritablement atypiques puisque pauvre en tension dramatique et en misérabilisme. Et même si la mise en scène peut a priori sembler austère et hermétique, ce qu’elle fait ressortir de la froideur de son contexte en fait un parti-pris formel qui prouve que le réalisateur maitrise son art.

Schéma classique de la descente aux enfers, la trame de ce Monstre à Mille Tête n’offre rien de surprenant. Toutefois, la maestria de la réalisation dont fait preuve Rodrigo Plá offre à son film une telle verve qu’elle en fait un pamphlet acerbe contre l’odieux système capitaliste en charge de la couverture médicale des Mexicains.

Un monstre à mille têtes : bande-annonce

Un monstre à mille têtes : Fiche technique

Titre original : Un Monstruo de Mil Cabezas
Réalisation : Rodrigo Plá
Scénario : Laura Santullo
Interprétation : Jana Raluy (Sonia Bonet), Sebastian Aguirre Boëda (Darío), Hugo Albores (Dr. Villalba), Nora Huerta (Lilia)…
Image : Odei Zabaleta
Montage : Miguel Schverdfinger
Son : Axel Muñoz et Alejandro de Icaza
Musique : Jacobo Lieberman et Leonardo Heiblum
Décors : Barbara Enriquez, Alejandro García
Costumes : Malena De la Riva
Production : Rodrigo Plá, Sandino Saravia Vinay
Société de production : Buenaventura Produccciones
Distribution : Memento Films Distribution
Festival : Ouverture du 72ème festival de Venise
Durée : 74 minutes
Genre : Thriller, drame
Date de sortie : 30 mars 2016

Mexique – 2015

Wolf Creek : le slasher débarque en série télé

L’un des meilleurs slasher sortira en série télé le 12 Mai prochain !

Wolf Creek arrive enfin sur la chaîne australienne de vidéo à la demande, Stan, pour six épisodes à couper le souffle. C’est du moins ce que présage le trailer de la mini-série adaptée d’un des films de Psycho-killer les plus réussis de ces dernières années. Après un premier volet redoutable en 2005, Wolf Creek 2 s’était de nouveau démarqué en 2013 par son mélange de gore et d’humour délirant et tout bonnement jouissif. Le personnage complètement barré du tueur de touristes, Mick Taylor, avait d’ailleurs révélé au grand jour le réalisateur australien Greg McLean. Pas étonnant donc qu’avec cette tendance à transposer les films en séries tv, Peter Gawler et Elisa Argenzio (respectivement scénariste et producteur de Underbelly) aient entrepris de produire la série Wolf Creek.

La série nous ramènera dans l’Outback impitoyable, zone désertique de l’Australie et terrain de jeu préférée du légendaire meurtrier psychopathe. Eve Thorogood, une jeune américaine de 19 ans, a survécu au massacre de sa famille perpétué par le maniaque raciste du coin, Mick Taylor. Elle jure alors de le traquer pour lui faire payer ce crime abominable. Un pitch qui nous promet un survival sanglant et rythmé ! D’autant que, pour l’occasion, John Jarratt reprend son rôle désormais emblématique de prédateur terrifiant mais néanmoins charismatique.

La jeune Eve, quant à elle, sera incarnée par Lucy Fry, vue dans Vampire Academy. Le casting est complété par Dustin Clare (Spartacus), Deborah Mailman et Miranda Tapsell (Les Saphirs), Richard Cawthorne (Underbelly), Jessica Tovey (Dance Academy) et Jake Ryan (Wentworth). Et ce n’est autre que Greg McLean, le réalisateur des deux Wolf Creek, qui a écrit le scénario de la série et dirigé l’un des six épisodes aux côtés de Tony Tilse. De quoi nous mettre définitivement l’eau à la bouche !

Wolf Creek, la série – bande-annonce :

Salafistes, un documentaire de Lemine Ould M. Salem & François Margolin : Critique

Il y a encore quelques mois, les médias de masse et leurs experts autoproclamés les qualifiaient de « loups solitaires ». Puis, drames après drames, revendications après revendications, il a fallu admettre que les ennemis de notre chère civilisation occidentale ne sont pas que d’obscurs groupuscules de sociopathes mais partagent une même idéologie.

Synopsis : Sans nous imposer leur jugement sur ce qu’ils filment, deux réalisateurs français donnent la parole à plusieurs théoriciens de l’idéologie dont se prétendent les islamistes qui mènent le  terrorisme en Europe et les guerres civiles au Moyen-Orient et au Sahel.

Parce que vouloir comprendre ce n’est pas vouloir pardonner

Dès les lendemains de l’odieux attentat qui a secoué Paris le 13 novembre 2015, un documentaire encore en post-production a commencé à susciter l’ire des pouvoirs politiques qui allèrent jusqu’à bafouer notre sacro-sainte liberté d’expression en tentant de l’interdire. Ce documentaire c’est Salafistes. Comme son titre l’indique sobrement, il s’agit d’une tentative d’analyse de la rhétorique de cette école de pensée dont on sait finalement trop peu de choses pour le mettre en perspective de la religion dont elle se réclame. L’argument du CNC, avec le soutien illégitime du Premier Ministre, pour tenter d’empêcher sa sortie en salles est l’accusation d’ « Apologie du terrorisme ». Il est vrai que le parti-pris des deux réalisateurs, Lemine Ould M. Salem (un reporter franco-mauritanien très impliqué sur le terrain) et François Margolin (déjà réalisateur de plusieurs documentaires dont L’Opium des Talibans qui utilisait un processus similaire), est d’avoir donné la parole aux pratiquants, théoriciens et défenseurs de cette pratique extrémiste de l’islam, et donc de contenir des paroles en totale contradiction avec le politiquement correct de chez nous. Cette approche du journalisme basée sur les témoignages pris à la source va évidemment à contrario des méthodes des grands médias basées sur leurs commentaires explicatifs. Le pari est donc de mettre le spectateur face à la réalité des choses sans lui dire quoi en penser, chose qu’il n’a malheureusement plus l’habitude de faire.

Mais alors, est-ce que le fait d’entendre des imams mauritaniens défendre leurs idéaux et leurs méthodes d’application de la charia va pousser le public à adopter leur point de vue ? Une chose est sûre : ceux qui le pensent ont du public l’image d’une masse de crétins incapable de réfléchir par eux-mêmes, et ce mépris envers le peuple est finalement tout aussi dangereux pour la démocratie que peut l’être le fanatisme religieux. Ceux qui se reconnaitront dans les propos tenus ne pouvaient être que déjà adeptes de cette mentalité radicale, il n’y a alors rien à faire pour eux. L’ignominie des propos tenus, que ce soit à propos de la justice, de l’égalité, des femmes, des juifs ou des homosexuels, illustrés par des images choquantes issues de la propagande de Daech pêchées sur Internet, rendra impossible à tout spectateur un tant soit peu responsable l’adhésion à ce mode de pensée. C’est en effet le passage de la théorie –que l’on pourra toujours jugée comme pleine de bonne volonté– à une pratique purement inhumaine qui révèle les pires contradictions du salafisme. Toutefois cette immersion dans cette volonté d’application littérale du Coran ne réussit pas à nous faire comprendre tous les mécanismes de ce courant islamiste.

Le caractère unique des témoignages, qu’aucun autre journaliste occidental ne saurait réunir, fait évidemment de ce film un document historique indispensable pour comprendre comment pensent ceux qui nous menacent au quotidien, mais reste incomplet dans l’appréhension globale du problème. Bien évidemment, les images parlent pour elles-mêmes et la confusion intellectuelle de certains intervenants est révélatrice des limites de leur regard sur le monde moderne et sur l’islam. Toutefois, il est indéniable que le documentaire aurait énormément gagné à définir concrètement les mots « salafisme » ou « djihad », à installer un débat par interviews interposées plutôt que de se concentrer sur l’avis des moralistes de la charia, et surtout à proposer des données historiques et chiffrées afin de comprendre comment est née et s’est répandue cette idéologie au sein du monde musulman en moins d’un siècle. Peut-être que le contre-champ qui fait tant défaut à cet empilement d’interviews est à trouver dans des fictions tels que La désintégration de Philippe Faucon mais surtout Timbuktu, Abderrahmane Sissako ayant été un temps proche du projet et a attendu sa sortie en salles pour admettre s’en être inspiré : la scène de l’exécution d’un berger touareg et les deux derniers intervenants, les « fortes têtes » de Gao, dont Zabou la danseuse lunatique -que l’on regrettera de ne pas avoir été plus présent à l’écran tant ils incarnent l’espoir et l’esprit de résistance-, en sont la preuve.

Parce qu’il est nécessaire de comprendre ses ennemis pour mieux les combattre et que la politique de l’autruche que nous imposent nos gouvernements hypocrites a trop durée, Salafistes est une œuvre importante à voir pour qui tient à se forger son opinion individuelle sur le fondement de la menace djihadiste. Et même s’il est loin de se suffire à lui-même pour appréhender pleinement le problème, il s’agit incontestablement d’une pièce maîtresse dans le travail qu’il nous faut faire pour découvrir ce phénomène à l’échelle internationale.

Salafistes : Extrait

https://www.youtube.com/watch?v=Mjk0ug-n_X8

Salafistes : Fiche technique

Réalisateurs : Lemine Ould Mohamed Salem et François Margolin
Scénaristes : Lemine Ould Mohamed Salem et François Margolin
Intervenants : Mohamed Salem Madjissi, Oumar Ould Hamaha, Abou Hamza Attounissi, Sanda Ould Boumama…
Production : Margo Films
Distributeur : Margo Cinema
Genre : Documentaire
Durée : 71 minutes
Date de sortie : 27 janvier 2016
Avertissement : Interdit aux moins de 16 ans
France – 2015

Suite Armoricaine, un film de Pascale Breton : critique

Synopsis : Une année universitaire à Rennes vécue par deux personnages dont les destins s’entrelacent : Françoise, enseignante en histoire de l’art, et Ion, étudiant en géographie. Trop occupés à fuir leurs fantômes, ils ignorent qu’ils ont un passé en commun.

Humaine géographie

Tous ceux d’entre nous qui habitent en ville ont sans doute un jour remarqué ce phénomène : dès que les cieux se font plus cléments et que les jours rallongent, on observe cette étonnante migration des citadins vers les parcs, les bois ou tout autre espace vert nous permettant de nous soustraire un moment au tumulte de la ville. Ce ballet urbain semble exister depuis que l’être humain s’est mis à habiter la ville de façon massive, comme pour perpétuer le souvenir de temps immémoriaux où nous aurions vécu en symbiose avec la nature. Cette époque fantasmée a vu le développement de toute une mythologie, véhiculée par les arts et notamment la peinture. De nombreuses représentations picturales d’un pays imaginaire à la culture pastorale paisible se sont développées au fil des siècles ; c’est ainsi qu’est née l’Arcadie, terre de bergers ancrée dans une ruralité magnifiée, à laquelle nous souscrivons toujours, nous les citadins qui échappons au béton des villes en allant au parc. L’Arcadie, c’est la porte d’entrée de Suite armoricaine, le nouveau film de Pascale Breton.

La cinéaste est de celles et ceux qui attachent beaucoup d’importance à l’influence des lieux. Loin d’être un simple élément contextuel, le lieu est constitutif du personnage. A ce titre, l’affiche du film est particulièrement révélatrice : Valérie Dréville, qui est aussi l’héroïne du film, est littéralement habité par cette Arcadie dont elle parle lors des cours d’histoire de l’art qu’elle dispense à ses étudiants. Chaque être humain est un paysage. Ce n’est pas un hasard si le film débute sur un cours de géographie : nous façonnons les lieux comme nous sommes façonnés par eux. Être au monde, ce n’est pas seulement voir mais c’est aussi ressentir et toucher. L’étudiante aveugle, apprentie géographe, vient symboliser ces multiples manières d’appréhender l’espace. Le handicap n’est pas vécu comme une diminution de l’être, ce personnage n’est pas dans la dépendance des autres, mais comme une autre voie d’accès au monde. Le lieu principal où se déroule l’intrigue est le campus universitaire de Rennes, un endroit qui apparaît comme étant hors de la ville comme de nombreuses universités modernes et permettant des échappées dans la nature, certes domestiquée mais qui réactive toute cette mythologie arcadienne. Dans le bois attenant à l’université, des étudiants recréent de chastes bacchanales autour d’un feu de camp. « L’Arcadie serait peut-être ce campus, où la jeunesse est éternelle », lâche Françoise, l’héroïne du film lors de son discours d’introduction à ses élèves. Ce préambule fait directement écho au choix qu’elle a fait de quitter Paris pour Rennes, cherchant par là une échappatoire à l’enfer de la ville, personnifié par la capitale. Il s’avère que ce départ pour Rennes est en fait un retour au pays natal pour l’enseignante, ce qui est essentiel pour le développement de l’intrigue qui va jouer sur deux temps ; l’avoir été et le ici et maintenant.

Outre Françoise, un second protagoniste intervient dans Suite armoricaine pour tisser ce scénario fait d’allers et retours, il s’agit de Ion, un étudiant. Sans faire usage de flash-backs tonitruants et démonstratifs, Pascale Breton réussit à établir le lien entre passé et présent en suivant tour à tour l’un et l’autre des personnages. Les êtres qui peuplent Suite Armoricaine sont des cheminants, leurs vies parfois s’entrecroisent et ils cheminent côte à côte, puis se séparent de nouveau pour se recroiser, peut-être, un peu plus loin. La beauté de cette mise en scène du cheminement, c’est que la cinéaste évite les clichés et les stéréotypes. En ne figeant pas dans le temps et l’espace ses personnages pour les confiner dans un rôle, en privilégiant le mouvement et le changement, elle interdit l’établissement de ces cases dans lesquelles on peut avoir vite tendance à ranger un personnage ; c’est le plus beau cadeau qu’elle puisse donner à ses protagonistes, et par extension à ses spectateurs. L’interprétation de Valérie Dréville, dans la peau de Françoise, est très réussie. Elle évolue dans ce tourbillon de la vie sans se laisser happer par le schéma conformiste de la femme en pleine force de l’âge et en plein doute qui reviendrait sur son passé pour mettre de l’ordre dans son avenir. En se refusant à endosser ce rôle archétypal, elle donne à son personnage de l’épaisseur et de la complexité, ce qui est trop souvent négligé et manque cruellement à bien des rôles.

Avec sa mise en scène élégante, subtile et soignée, Pascale Breton élabore un très beau film, en nous invitant à suivre le cheminement de ses personnages, au sein d’un récit labyrinthique qui ne perd jamais sa fluidité. C’est une œuvre ample, tant mieux, on peut prendre le temps de se plonger dans cette histoire à plusieurs voix et de marcher nous aussi aux côtés de celles et ceux qui l’habitent.

Suite Armoricaine : Bande annonce

Suite Armoricaine : Fiche technique

 Réalisation : Pascale Breton
Scénario : Pascale Breton
Interprétation : Valérie Dréville (Françoise), Kaou Langoët (Ion), Elina Löwensohn (Moon), Manon Evenat (Lydie), Laurent Sauvage (John), Klet Beyer (Gweltaz), Yvon Raude (Stéphane Nedellec)…
Photographie : Tom Harari
Montage : Joseph Guinvarch, Camille Loteau, Gilles Volta
Musique : Chapi Chapo, Eric Duchamp
Décors : Pascal Le Déault
Production : Mélanie Gerin, Paul Rozenberg
Distribution: Météore Film
Durée : 148 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 9 mars 2016
France – 2016

Soleil de plomb, un film de Dalibor Matanic : critique

Le moins qu’on puisse dire est que le titre du dernier film du croate Dalibor Matanic, Soleil de plomb, est une traduction plus que littérale de son ambiance générale : une combinaison de lumière, de feu et d’aridité. Des caractéristiques qui s’appliquent aussi bien au fond qu’à la forme du métrage.

Synopsis: Soleil de Plomb met en lumière trois histoires d’amour, à travers trois décennies consécutives, dans deux villages voisins des Balkans marqués par une longue histoire de haine inter-ethnique. Soleil de Plomb est un film sur la fragilité – et l’intensité – de l’amour interdit….

Les Autres

Soleil de plomb est un ensemble de trois histoires, trois segments interprétés par les mêmes acteurs sur fond de déchirement de l’ancienne fédération Yougoslave, racontant les amours contrariées de trois couples inter-ethniques serbo-croates. Le garçon est croate, la fille serbe, et les deux villages des Balkans où se déroulent les récits, voisins mais ennemis, sont les mêmes ; la Mer bénéfique et sereine, la même, et la haine entre les deux peuples, la même, quasi-intacte sur trois décennies.

Dans le premier segment, sans doute le plus fort des trois, Ivan (Goran Markovic) est un jeune croate, et Jelena (Tihana Lazovic), une serbe qui habite le village voisin. Nous sommes en 1991, à l’orée de la guerre. Mais le départ à Zagreb qu’ils préparent en secret est davantage lié au rejet de leur couple mixte par les familles que par la guerre proprement dite, qui est une autre conséquence de cette haine ancestrale entre les deux peuples. Pour chaque famille, l’amoureux venu de l’autre village est pire qu’un alien, c’est « l’un des leurs »… Les acteurs figurent un couple très jeune et insouciant, que l’on rencontre pour la première fois à la plage – les immersions dans la mer se  répèteront dans les trois segments, avec une vraie vertu purificatrice et de nouveau départ – La caméra de Marko Brdar joue merveilleusement avec cette jeunesse, en choisissant de très lumineux gros plans de l’un et de l’autre, et en les alternant avec des plans moyens d’une nature sèche mais belle, non pas écrasée, mais comme domptée par le soleil de plomb. La tragédie qui va se jouer dans ce premier récit est écrite d’une manière finalement assez conventionnelle, mais le spectateur est sans cesse tenu en éveil par la beauté des mouvements de la caméra ou des sujets, ou au contraire par leur sidération, comme par exemple avec ce troupeau de moutons saisis d’effroi au son des armes des belligérants. Les deux acteurs principaux ne sont pas les derniers à donner une vie intense à leurs personnages.

L’intelligence de la mise en scène se manifeste notamment par le choix de ce segment le plus percutant pour ouvrir le film. Et c’est alors sans réticence qu’on suit le réalisateur dans une nouvelle histoire qui reprend les mêmes acteurs, dix ans après, une guerre plus loin. Ici, c’est la sensualité la plus torride et la plus réfrénée, qui est au centre du dispositif, et plus encore que dans la première partie, la caméra s’attarde sur des détails signifiants : deux mains qui se frôlent au-dessus d’une planche, des yeux brillants de désir et/ou de frustration, une perle de sueur qui chemine le long de la nuque de la serbe Natasha, une jeune femme en colère d’être attirée par Ante, l’artisan croate engagé par sa mère pour retaper la maison familiale tombée en ruines lorsqu’elles ont dû l’abandonner pour se réfugier en ville. Ante est « l’un des leurs » , un homme qui, potentiellement, aurait pu être celui qui a tué son frère pendant la guerre… Très peu de dialogues sont échangés, mais la tension sexuelle est portée à son comble par une accumulation paroxystique de plans tout aussi sensuels les uns que les autres, dans une langueur accentuée par la chaleur du plein soleil. Plus encore que l’acte d’amour lui-même, pourtant très explicite, une scène en particulier vaut tous les discours : pendant qu’Ante rabote une porte dans la pièce à côté, Natasha s’amuse à faire du bruit avec la salière et le poivrier, selon un rythme qui accompagne celui du rabot, dans une sorte de danse nuptiale étourdissante, une scène de toute beauté…

Ne laissant absolument aucune image au hasard, le film de Dalibor Matanic pourrait passer pour un (brillant) exercice de style si les acteurs n’étaient pas aussi impliqués, ni la mise en scène aussi créative. Chaque cadrage, chaque gros plan, chaque travelling est tiré au cordeau, en profitant systématiquement de l’intensité lumineuse, une vraie réussite esthétique. Mais le vrai plus du film est amené par tous les non-dits par rapport à la difficulté de la résilience d’une part, et de la réunification des ethnies d’autre part, ce que les deux jeunes acteurs expriment avec beaucoup de talent…

Dans le troisième segment, la guerre est en effet terminée depuis quelques années, les lumières de la vile brillent à nouveau, la jeunesse s’amuse à nouveau dans des raves géants importés d’ailleurs. Et pourtant, le croate Luka, le troisième personnage masculin joué par Goran Markovic n’est pas heureux : rattrapé par l’atavisme de la haine inter-ethnique, il a fui le village pour la ville en y laissant Marija, son amoureuse du maudit autre bord. La répétition des situations en affadit quelque peu l’impact, d’autant que le scenario est vraiment mince pour cette partie, mais du coup, le spectateur a tout le loisir de chercher les petits détails qui raccrochent l’histoire aux deux précédentes : ce chien de garde qu’on a déjà vu auparavant, cette tombe qui est celle d’un personnage d’un autre segment; cette route blanche sinueuse, barrée autrefois de herses, libre à présent ; et toujours ces deux villages, peuplés des mêmes acteurs principaux et secondaires, tantôt serbes, tantôt croates, dans une vision allégorique d’un peuple que le cinéaste ne voudrait faire qu’un…

Soleil de plomb est une très belle réussite sur fond d’une guerre qui a déjà inspiré plus d’un cinéaste balkan : (Baril de poudre de Goran Paskaljevic ou encore Joli village, jolie flamme de Srdjan Dragojevic). Dalibor Matanic lui a pris le parti des dommages collatéraux et non de la guerre elle-même, et selon les propres termes du cinéaste, de l’intensité et la fragilité des amours impossibles, pour parler de l’absurdité et même du danger de ces haines de l’autre, en résurgence ces temps-ci avec toutes ces attaques terroristes au nom de la différence…

Soleil de plomb – Bande annonce

Soleil de plomb – Fiche technique

Titre original : Zvizdan
Réalisateur : Dalibor Matanic
Scénario : Dalibor Matanic
Interprétation : Tihana Lazovic (Jelena / Natasha / Marija), Goran Markovic (Ivan / Ante / Luka), Nives Ivankovic (Mère de Jelena / Mère de Natasha), Dado Cosic (Sasha), Stipe Radoja (Bozo / Ivno), Trpimir Jurkic (Père de Ivanov / Père de Luka), Mira Banjac (grand-mère Ivan)
Musique : Mychael Danna
Photographie : Marko Brdar
Montage : Tomislav Pavlic
Producteurs : Frenk Celarc, Nenad Dukic, Ankica Juric Tilic, Miroslav Mogorovich, Petra Vidmar
Maisons de production : Kinorama, Gustav film, See Film Pro
Distribution (France) : BAC Films
Récompenses : Prix du Jury – Festival de Cannes 2015 – Sections un Certain regard et nombreuses autres récompenses
Budget : ND
Durée : 123 min.
Genre : Drame, Romance
Date de sortie : 30 Mars 2016
Croatie, Serbie, slovénie – 2015

The Neon Demon de Nicolas Winding Refn enfin daté !

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The Neon Demon: le film d’horreur signé Nicolas Winding Refn se dévoile un peu plus

Le fantasque Nicolas Winding Refn, fils spirituel d’Alejandro Jodorowsky, met en ce moment même les dernières touches à son film The Neon Demon. Un projet aussi intriguant que fascinant, qui ne devrait pas manquer de faire parler de lui, puisqu’il se murmure déjà qu’il effectuera un petit crochet par le palais des festivals cannois.  Cependant, malgré le flot de rumeurs enserrant le film, seules quelques photos ont été dévoilées par la production, ne faisant qu’ajouter à ce caractère nébuleux. The Jokers, face à l’évidente pression des aficionados du cinéma expérimental (et sûrement face à la discrétion du réalisateur avec son projet), a de fait dévoilé la date de sortie française de The Neon Demon.

Il faudra donc encore patienter un peu pour voir la dernière œuvre de l’auteur danois. En effet, le distributeur a  prévu de sortir le long métrage pour le mercredi 8 juin prochain. Une date un peu plus tardive que celle de Only God Forgives et qui semble différer par rapport à une éventuelle projection au festival de Cannes. Néanmoins, on peut rappeler que l’attente ne sera finalement pas trop longue, seulement deux petits mois à patienter avant de découvrir le nouveau film du réalisateur après son film incompris Only God Forgives.

Pour rappel, le long métrage, semblant être dans la droite lignée de Nicolas Winding Refn, malgré l’aspect horrifique nouvelle pour lui, narre l’histoire de Jesse, une jeune fille souhaitant devenir mannequin et qui se rend à Los Angeles pour réaliser son rêve. Celui-ci tourne très vite au cauchemar lorsqu’elle réalise qu’elle est l’objet de tous les désirs de femmes obsédées par sa beauté et sa vitalité et qui sont prêtes à user de tous les moyens pour s’en emparer. Un pitch qui fera sans aucun doute la part belle à la magnifique image de Winding Refn, la sublime photographie de Natacha Braier (qui a œuvré sur le film post apocalyptique The Rover) et la divine musique de Cliff Martinez, récurrent chez le metteur en scène danois (Drive, Only God Forgives).

Au casting on retrouve du beau monde Keanu Reeves, Christina Hendricks, Alessandro Nivola, Elle Fanning (Super 8), Abbey Lee (Drive), Jena Malone (Hunger Games – La Révolte : Partie 1), Bella Heathcote (Beneath Hill 60), et Karl Glusman (Stonewall).

My Life Directed by Nicolas Winding Refn, un film de Liv Corfixen : Critique

Peu enthousiaste à l’idée de rejoindre son mari à Bangkok pendant qu’il y tourne son nouveau film, Liv Corfixen a compensé ses appréhensions en emmenant avec elle saMy-Life-Directed-by-Nicolas-Winding-Refn-Liz-Corfixen caméra et en commençant à le filmer dans son travail et dans son quotidien. Le résultat en a été des heures de rushs qu’il aura fallu près d’un an et demi à monter, faute de financement.

Synopsis : 2012. Nicolas Winding Refn, tout juste couronner du succès de Drive, part en Thaïlande tourner son film suivant, entrainant avec lui toute sa famille. De la pré-production à la diffusion à Cannes, ses incessantes remises en question rendent son humeur si fluctuante qu’il devient très difficile de partager son quotidien.

Making-of conjugal

Evidemment, le film de Nicolas Winding Refn, Only God Forgives, étant déjà sorti et distribué sous format Blu-ray/DVD depuis longtemps, l’idée d’en sortir aujourd’hui un making-of peut sembler une idée tordue. Mais ce qu’a tiré Liv Corfixen de ce petit film n’est pas à proprement parler le making-of du film.

Puisque les deux époux étaient en pleine thérapie conjugale lorsqu’elle a pu achever le montage de son documentaire, la réalisatrice s’en est servie pour composer une réflexion sur son couple, et sans doute, d’une manière plus globale, sur la condition délicate de « femme de réalisateur ». Entre les scènes de vie conjugale et  le plateau de tournage, un leitmotiv revient régulièrement, il s’agit du manque de confiance en soi dont Nicolas Winding Refn fait preuve. Obnubilé par la qualité de son film et l’accueil que lui fera le public, le réalisateur en viendrait presque à délaisser sa famille, qui eux-mêmes s’obligent à prendre du recul sur le travail de l’homme de la maison. Voir que c’est Ryan Gosling qui s’occupe des deux fillettes ou entendre la plus âgée dire « Ce n’est qu’un film » en sont des exemples parmi tantMy-Life-directed-by-NWR d’autres. Malgré les conseils de son ami Alejandro Jodorowsky, qui considère Refn comme son « fils spirituel », il ne cessera jamais d’être hanté par son propre succès, tiraillé entre la recherche frénétique de la reconnaissance d’auteur et la peur de s’enfermer dans un schéma qui nuirait à sa créativité.

C’est également Jodorowsky qui tentera d’ouvrir les yeux à Liv sur la nécessiter de s’interroger sur le bien-fondé de leur vie de couple avant que celui-ci n’implose. C’est ainsi que faire ce film semble lui avoir fait comprendre que le rapport qu’entretient son mari à son œuvre est finalement le même qu’à leur relation amoureuse, dans le sens où l’une comme l’autre nécessitent d’être constamment remise en doute pour mieux être apprécié à long terme. Toutefois, vivre au quotidien auprès d’un artiste aussi tourmenté et lunatique apparait comme quelque chose qui peut être tour à tour détestable et passionnant, mais toujours moralement harassant. Cet état de fait est ce qui ressort de ce film intimiste qui, s’il n’avait pas été fait par la femme de l’un des cinéastes les plus en vue de ces dernières années, n’aurait été finalement qu’un banal film de famille dont le visionnage aurait même relevé du pur voyeurisme. Heureusement, grâce à la notoriété du réalisateur danois et à l’intérêt de voir à travers ses yeux les coulisses de l’un de ses films, mais aussi à la contribution de son compositeur Cliff Martinez qui signe une bande originale vivifiante, le film prend son sens et dépasse son statut d’exercice cathartique pour devenir un documentaire original.

Même s’il satisfera les fans du réalisateur de la saga Pusher désireux d’en savoir plus la face cachée du réalisateur, My Life Directed by Nicolas Winding Refn n’en reste pas moins qu’une réalisation sans prétention. On pourra surtout regretter qu’il soit exploité sous le format d’un DVD individuel alors qu’il aurait davantage eu sa place en tant que bonus à une réédition de Only God Forgive. Espérons dès lors que nous le retrouverons dans le prochain coffret consacré au réalisateur.

Pour en savoir plus, voir l’interview sur ce lien.

My Life Directed by Nicolas Winding Refn

My Life Directed by Nicolas Winding Refn

Réalisation: Liv Corfixen
Scénario : Liv Corfixen
Intervenants : Nicolas Winding Refn, Liv Corfixen, Ryan Gosling, Alejandro Jodorowsky, Kristin Scott Thomas…
Image : Liv Corfixen
Montage : Catherine Ambus
Son: Kristian Eidnes Andersen, Kristoffer Salting
Musique : Cliff Martinez
Production : Lene Børglum
Distribution : Les Jokers
Durée : 75 minutes
Genre : Portrait, making-of
Date de sortie : 27 avril 2016 en DVD

Danemark – 2014

Jeanne d’Arc, ressortie vidéo du film de Victor Fleming avec Ingrid Bergman

Retour de Jeanne d’Arc, le beau film de Victor Fleming, dans sa version longue inédite restaurée 

            « Jeanne, au secours ! » criait en mai 2015 un vieil homme fatigué empli de mauvaises intentions à la statue de Jeanne la Pucelle de Domrémy, située dans le premier arrondissement de Paris. Mais la statue est restée inerte, et là on se souvient. On se remémore les propos qu’a pu tenir l’une des interprètes de la pucelle d’Orléans : « moi qui n’ai jamais voulu blesser personne, ne permettez pas qu’on blesse en mon nom ». Celle qui l’a dit est la Jeanne d’Arc incarnée par Ingrid Bergman dans le film éponyme réalisé par Victor Fleming en 1948 et écrit par Maxwell Anderson et Andrew Solt d’après la pièce du premier, Joan of Lorraine.

            Mais pourquoi vous parler de ce film ? Parce que l’Atelier d’images et The Corporation ont ressorti le 2 février 2016 dans une version remasterisée inédite le métrage de Victor Fleming. Précisément, ils ont remasterisé la version « longue » qui est en fait la version complète telle que l’ont pensé le réalisateur et son équipe. Qui dit version « longue » dit version cinéma, et justement, les éditeurs l’ont aussi incluse dans les box dvd/blu ray, dans l’état dans lequel ils l’ont trouvée, sans remasterisation. Comme l’explique de manière très limpide Jérôme Wybon dans l’analyse des deux versions, le film tel qu’il est sorti en salles est le produit des producteurs qui en ont coupé plus de quarante minutes, après une projection test de la version originale de 2h20 jugée insatisfaisante. La version cinéma est un objet catastrophique, elle enchaîne mécaniquement les scènes, avec une voix-off omniprésente expliquant celles-ci de manière abrutissante tout en tentant de rendre leur enchaînement logique. D’ailleurs elle démarre sur la scène de procès de Jeanne pour ensuite revenir, via un flashback, sur son parcours là où la version longue introduit une grande fresque historique, en présentant le casting de chaque étape de la vie de l’héroïne.

            Et la force du film est certainement ici, dans la peinture historique qu’il réalise. Les éditeurs parlent de l’extrême rigueur historique du film comme l’un de ses atouts. Oui, il y a une rigueur dans le travail de reconstitution, des costumes (armures, comme vêtements aux couleurs correspondant aux tableaux contemporains de cette période du quinzième siècle et au sigle de fleur de lys sur leurs parures) aux événements factuels de l’histoire de Jeanne d’Arc (la rencontre avec le dauphin, la bataille d’Orléans, le couronnement de Charles VII, le procès et le bucher de Jeanne). Mais la rigueur de la reconstitution « historique » tient davantage du travail de reconstitution de l’histoire telle qu’on la connaît à travers la peinture, notamment celle du XIXème. On peut par exemple penser au choix de l’acteur et à certains tableaux, ou encore à certains plans et certaines peintures :

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Ci-dessus, Charles VII dans Jeanne d’Arc, de Victor Fleming.

Ci-dessous, le portrait de Charles VII par Jean Fouquet, peint vers 1445-50.

Цифровая репродукция находится в интернет-музее Gallerix.ru

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Ci-dessus, Jeanne au bûcher par Jules Marc Lenepveu, 1886-90.

Ci-dessous, Jeanne au bûcher dans le film de Fleming.

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Et enfin, Jeanne d’Arc en armure devant Orléans, par Jules Eugène Lenepveu, 1886-90…

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…et dans le film de Fleming.

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Aussi Victor Fleming n’a pas été choisi au hasard pour la réalisation de ce film. Il est l’un des grands cinéastes du Technicolor, procédé naissant dans les années 30 et qui impose l’aide de techniciens spécialisés de l’entreprise éponyme pour son utilisation. C’est un procédé qui, jusqu’au début des années 50s, sera utilisé pour des films aux genres tournés vers l’exotisme, l’histoire, des genres éloignés du réel en somme. Il faut aussi savoir qu’une des dirigeantes de Technicolor, Nathalie Kalmus, avait un rapport à la couleur qui obéissait à son rapport à la peinture (voir son allocution nommée Color Consciousness, 1932). Penser l’œuvre de Fleming comme picturale n’est donc pas une erreur. On retient de cette séance des images incroyables comme celles-ci :jeanne-d-arc-victor-fleming-ingrid-bergman-1

         On peut donc dire qu’il ne s’agit pas d’une représentation réaliste et brute de la réalité de l’époque. Si les flèches s’enfoncent dans les armures et les chairs, si les soldats crachent du sang, nous sommes loin des déchirures du corps et des fracas de métal mis en scène par Mel Gibson dans Braveheart (dont l’intrigue se situe en Angleterre deux siècles auparavant), ou encore de la violence viscérale, brute et sans concession du film de science-fiction moyenâgeuse d’Alexeï Guerman, Il est difficile d’être un dieu. Et si le film est une représentation dite picturale, elle n’en reste pas moins hollywoodienne.jeanne-d-arc-victor-fleming-ingrid-bergman-2

            En effet, tous les acteurs principaux sont américains, et alors qu’ils jouent tous en usant de la langue anglaise, les personnages parlent des langues mêmes, le français et l’anglais. De plus, si le père de Jeanne, paysan, a le visage noirci et abîmé par la boue et le labeur, la pucelle, elle, n’est pas juste blanche et propre de par sa pureté. Elle est aussi très bien maquillée et a le brushing soigné. On peut même noter à un moment suivant la consécration du roi, la possibilité d’un baiser amoureux entre Jeanne et l’un de ses compères. Ces derniers points rejoignent un fait important : la présence dans le rôle-titre d’Ingrid Bergman, dont chacune des images la contenant tend à iconiser à la fois l’actrice et le personnage. Son interprétation impressionne tant elle arrive à faire de sa Jeanne d’Arc, une héroïne chrétienne persuadée de l’être (car détenant la vérité divine grâce à sa foi) dans un monde dominé par les hommes et l’ordre du clergé, qui apparaît ici comme corrompu par le pouvoir et l’argent. Ce dernier point est à nuancer dans le sens où le Pape est entendu comme la figure de l’autorité divine toute puissante et surtout juste, quoiqu’il arrive. Bergman arrivera aussi à travailler les faiblesses humaines du personnage, elle a environ dix-neuf ans (à ce propos, le physique de l’actrice est crédible), elle est très naïve, persuadée, manquant de maturité et de recul sur des situations et des points – qu’on pourra dire « pragmatiques » – auxquels ses alliés s’attendaient… Ensuite, elle est la seule à entendre ces fameuses voix, la réalisation les suggère à travers des images exposant la grâce de Jeanne d’Arc. De plus, elle reniera sa foi de peur de mourir brûlée vive, pour sauver sa vie. Elle incarne aussi à merveille l’héroïne chrétienne, « soldat augmenté » (voir l’essai éponyme du chercheur Pierre Lecocq) par sa foi tel David contre Goliath. En effet, on la retrouvera certes souvent encourageant les troupes à aller au combat, et on la verra à de multiples reprises aller au combat, souffrir d’une flèche dans l’épaule, pour ensuite y repartir plus hardie que jamais. Aussi elle affrontera le bûcher le cœur léger, vaillante, éprouvant toutefois de la tristesse – Bergman est tout à fait juste –, par rapport aux humains qui se déchirent, notamment à son propos.

         Si le début du film (d’une durée de 2h20) va bien trop vite – avec Jeanne qui arrive au Dauphin en trente minutes montre en main –, comparé au reste de l’ensemble très développé, l’œuvre de Fleming est incontournable et intemporelle (notamment grâce à son aspect historico-pictural). L’édition remasterisée que proposent l’Atelier d’images et The Corporation est magnifique, apportant une nouvelle jeunesse au film. On notera quelques défauts d’images : des plans avec rétroprojection et le personnage devant dont l’arrière plan perd en netteté ; la couleur très rarement instable tendant vers le vert… Mais rien de grave, bien au contraire, cette édition est une réussite pure. Vous retrouverez plusieurs bonus fortement intéressants : l’analyse des deux montages du film, des archives d’Ingrid Bergman, la rencontre avec Marine Baron, sa biographe. Retrouvez Jeanne d’Arc (Joan of Arc) en dvd à 14 euros 99 et en blu ray à 19,99.

Ci-dessous, un extrait du début du film.

Jeanne d’Arc Version longue Restaurée Haute Définition

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Titre : Jeanne d’Arc (Titre original : Joan of Arc)
Réalisation : Victor Fleming
Scénario : Maxwell Anderson et Andrew Solt, d’après la pièce Joan of Lorraine de Maxwell Anderson
Casting : Ingrid Bergman, Francis L. Sullivan, J. Carrol Naish, Ward Bond, Shepperd Strudwick, Gene Lockhart, John Emery, Leif Erickson, Cecil Kellaway, José Ferrer…
Costumes : Dorothy Jeakins et Barbara Karinska
Maquillage : Jack P. Pierce
Décors : Joseph Kish, Casey Roberts
Direction artistique : Richard Day
Photographie : Winton C. Hoch, William V. Skall, Joseph A. Valentine
Musique : Hugo Friedhofer
Production : Walter Wanger
Société de production : Sierra Pictures
Société de distribution : RKO Radio Pictures (US), Balboa Film Distributors (Mondial)
Pays : Etats-Unis
Langue : Anglais
Durée : version cinéma : 1h36 ; version longue : 2h20
Sortie en salle : 1948
Ressortie en édition dvd-blu ray par l’Atelier d’images & The Corporation, distribué par Arcades : le 2 février 2016

Jeanne d’Arc de Victor Fleming, avec Ingrid Bergman, Francis L. Sullivan, Ward Bond, USA, 1948, 2h20 (version originale intégrale), 1h36 (version cinéma), dvd et Blu-ray, 14.99 et 19.99 euros.
Bonus : archives d’Ingrid Bergman, rencontre avec marine Baron,  biographe de Ingrid Bergman, et analyse des deux montages du film par Jérôme Wybon.

The Man Who Killed Don Quixote : la « Folie » de Gilliam enfin financée !

The Man Who Killed Don Quixote de Terry Gilliam financé à 18 millions de dollars

On annonçait en juin 2015 que, sponsorisé par Amazon, Terry Gilliam pensait reprendre en 2016 le tournage de son grand projet The Man Who Killed Don Quixote. Entreprise en 1998, cette oeuvre quasi mythique pour ses tentatives infructueuses vient d’obtenir un nouveau financement de la part du producteur Paulo Branco. Ce dernier produira donc le film sous son label Alfama Films, basée à Paris, avec les productions espagnoles Tornasol Films et en co-production avec les Leopardo Filmes au Portugal.

Aux dernières nouvelles, les rôles imaginés un temps pour Jean Rochefort et Johnny Depp puis, pour Ewan McGregor et Robert Duvall, avait finalement été attribués à John Hurt et Jack O’Connell. Et malgré un cancer du pancréas diagnostiqué au début de l’année dernière, John Hurt a reçu le feu vert de ses médecins en octobre 2015.

Cette fois-ci donc, aucune ombre au tableau et Gilliam devrait pouvoir accoucher de ce qu’il se plaît à appeler sa «Folie». Rappelons que ses nombreux échecs pour aboutir à la réalisation de The Man Who Killed Don Quixote lui avaient valu un making-of documentaire révélateur et original : Lost in La Mancha. En mars 1999, au moment de la pré-production, c’est Guilliam lui-même qui avait demandé à Keith Fulton et Louis Pepe de filmer le tournage et de rendre compte de cette malédiction et de ce combat acharné pour venir à bout de son rêve. Conscient de ses difficultés, le réalisateur avait même avoué :

« Ce projet a mis si longtemps à émerger et a été victime d’une telle malchance que quelqu’un doit en faire un film. Et parti comme c’est parti, ce ne sera pas moi. »

A l’époque, c’était Jean Rochefort qui avait enfilé l’armure du héros Don Quichotte… Et Johnny Depp celui d’un personnage du présent qui se déplace dans le temps et va à la rencontre du pseudo-chevalier errant. Le Pirate des Caraïbes confiera plus tard à la Presse : « On aurait dit qu’un étrange nuage noir planait au-dessus de nos têtes. » 

Terry Gilliam débutera le tournage de The Man Who Killed Don Quixote le 16 septembre prochain en Espagne et au Portugal avec un nouveau budget fixé à 18,25 millions de dollars (16 millions €). Un financement peu conséquent quand on sait qu’en 1999, le budget était de 32 millions de dollars…

The Man Who Killed Don Quixote – extrait du premier essai de 1999/2000 :