Caravane des Cinémas d’Afrique : Soirée d’Ouverture

Du vendredi 1er au dimanche 10 avril se tient la 14ème édition du festival Caravane des Cinémas d’Afrique, au Ciné-Mourguet de Sainte-Foy-les-Lyon.

Le cinéma africain est trop peu diffusé, en France et à Lyon. Pourtant, les films se bousculent à nos portes. Certains franchissent les frontières, jusqu’à se faire une place dans le paysage, à l’exemple du désormais connu  Timbuktu d’Abderrahmane Sissako. Pourtant, depuis une trentaine d’années, plusieurs festivals naissent dans l’optique de mettre en avant ce pan du 7ème art,  à commencer par Cinémas d’Afrique en 1987 à Angers. Caravane des Cinémas d’Afrique lui emboîte le pas en 1991, et a désormais, au fil de ses 14 éditions, obtenu une notoriété importante dans le monde du cinéma africain. Pour preuve, c’est ce même Sissako qui a inauguré le nouveau cinéma de la ville de Sainte-Foy-les-Lyon, le Ciné-Mourguet, où se déroule tous les deux ans le festival.

Avec une équipe composé pour les deux tiers d’entre eux de bénévoles, la programmation et l’ambition de Caravane des Cinémas d’Afrique est pour le moins réjouissante. Voyez plutôt. Pendant 10 jours, ce sont pas moins de 40 films projetés, venant de 20 pays différents, accompagnés de 25 invités, dont une partie sont les réalisateurs et les acteurs des films. Parmi la programmation, seulement dix sont en Compétition Officielle, avec à la clé le Prix du Public.

A côté de ça, Caravane des Cinéma d’Afrique propose une sélection Hors Compétition (comme le déjà cité Timbuktu), mais également de nombreux documentaires, des films d’animations, des courts-métrages, tous bien sûr centré sur le continent africain. L’année dernière, Caravane avait attiré près de 12 000 spectateurs.

Il faut noter que Caravane des Cinémas d’Afrique, ce n’est pas que du cinéma, puisque de nombreux événements parallèles sont organisés, comme une grande exposition sur la culture Gèlèdè (si ce nom ne vous dit rien, c’est normal, et pourtant c’est une culture inscrite au patrimoine immatériel de l’humanité de l’UNESCO, ce qui n’est pas rien. J’essayerais de m’y rendre, mais je ne promets rien) mais également un concert, des marchés, et un défilé de mode.

C’est ainsi une belle occasion pour découvrir un cinéma méconnu, et pendant dix jours, je vais essayer de vous faire vivre le festival du mieux possible. Malheureusement, ce ne sera pas une chronique quotidienne, faute de temps. J’ai décidé de privilégier les films en compétitions officielles, ainsi que les films présentés par les réalisateurs et les actrices. C’est une vraie envie de ma part, puisqu’en effet je ne connais que peu le cinéma africain, et que le Ciné-Mourguet se situe en périphérie de Lyon, où j’habite. Il faut y aller en bus, ce qui pose problème en soirée (et tout le monde sait que les meilleures séances de cinéma, c’est la nuit).

Vendredi 1er Avril – 1er jour – Soirée d’ouverture

C’est donc gaillardement que je me rends pour ce premier jour de festival à la soirée d’ouverture, où nous attend le premier film en compétition, L’Echarpe Rouge de Mohammed Lyounsi. Arrivé en avance, je peux profiter du buffet africain à 18h30, dans le hall du cinéma. Le public de la séance de 16h sort bientôt, et le Ciné-Mourguet se retrouve rempli de cinéphiles. Je n’écoute pas les conversations pour ne pas influencer mon jugement. Les bénévoles passent parmi nous, portant des plateaux sur lesquels les mains se jettent. Je goûte. Rien ne me plaît vraiment, mais l’intention est là. Je découvre le bissap, le jus de la fleur d’ibiscus, plutôt rafraîchissant. Après un peu d’attente, nous pouvons rentrer dans la salle.

Nous étions prévenus à l’avance de la présence du Conservatoire de Musique et Danse de Sainte-Foy (entendez par là, l’école de musique de la ville). Ainsi, devant l’écran, se trouve plusieurs instruments, et les enfants et adolescents, accompagné de leurs professeurs, entament un concert aux sonoritées marquées. Si, à ce moment-là le public est composé pour une partie des parents, ce fût à mon sens une entrée en matière plutôt plaisante et bon enfant, pour peu que l’on se prête au jeu.

Le premier film de la compétition officielle démarre à sa suite, après une intervention du président du Ciné-Mourguet François Rocher, ainsi que du Consul du Burkina Faso (j’en profite pour faire une demande solennelle au cinéma : par pitié, changez ces micros, ou ces haut-parleurs, ou les deux.)

L’Echarpe Rouge de Mohammed Lyounsi, avec Mohammed Bastaoui, Karim Saidi, et Yousra Tarik.
– En compétition

Ce film marocain, sorti l’année dernière dans de nombreux festivals africains comme le celui de Tanger, de Khourigba, a été présenté hors compétition au FESPACO 2015. Pour cela, et pour sa présence en ouverture de Caravane, je ne voulais pas ce film.
L’action prend place en Algérie, année 1963. La femme de Lahbib accouche. Parti acheter des médicaments, le jeune père marocain se retrouve arrêté par l’armée et expulsé, alors que la Guerre des Sables éclate. Il va tout faire pour retourner auprès de sa famille.
Je ne sais pas, d’avance, quel est le niveau du cinéma africain, ou si je suis trop formaté par le cinéma européen/hollywoodien. En tout cas, ce film présente, à mon sens, de nombreux défauts techniques et artistiques. D’abord techniquement, le montage est à la limite du catastrophique. Heureusement, c’est rattrapé par les mouvements de caméra qui sont plutôt bien exécutés. Ensuite artistiquement. On se trouve devant un film qui a l’air un petit peu fourre-tout, avec un mélange des genres. Etonnante, quel est cette scène presque angoissante, lorsque le chef du village s’intorduit chez Louisa ? L’ombre, la main, la rencontre violente des deux personnages, tout aurait pu se dérouler normalement, si seulement le chef était allé au bout de son action, au lieu de se laisser submerger par sa bonté. (Au passage, la mère se lève, réveillée par les bruits. A côté d’elle, un genre de gourdin. Va-t-elle intervenir pour chasser le méchant ? Non, elle se lève, mais n’apparaître pas dans la séquence…). A noter également la prestation de l’acolyte du chef du village, qui joue de manière très maniérée, surjeu ou composition ? J’avais une question à ce propos, mais l’actrice présente n’a pas su me répondre comme je le souhaitais.
Il faut noter que tous les défauts que je souligne sont en partie excusables, puisque le film se révèle être en fait une toute petite production marocaine. Le réalisateur s’est investi dans ce film en endossant plusieurs rôles (réalisateur, scénariste, monteur et producteur), pour terminer cette histoire sur la relation maroco-algérienne. C’est un sujet dont on parle peu et que ce film veut porter au jour, puisque la tension qui existe entre les deux pays est toujours d’actualité, 50 ans après la Guerre des Sables. Ainsi, ce film (et le cinéma africain en général ?) porte d’autres problématiques que les films occidentaux (je t’aime, tu m’aimes ?) et si ce film vaut le coup d’être vu, c’est bien pour le sujet peut-être plus que pour la (faible) forme. On comprend peut-être mieux pourquoi l’avoir choisi pour ouvrir la 14ème édition : montrer ce film absolument, malgré son faible budget.

Le film est suivi d’une rencontre avec l’actrice Yousra Tarik, qui n’a qu’un second rôle dans le film, et qui est désormais la femme du réalisateur. La jeune marocaine a pendant une heure pratiqué son français -qu’elle apprend- pour répondre à nos questions. Malgré un film qui ne me semble pas tout à fait abouti, l’enthousiasme et la chaleur de cette actrice font plaisir à voir.

Je repars un peu déçu par le film de ce soir, malgré avoir passé une bonne soirée. J’espère que les films suivants seront d’une autre tenue.

Epilogue : L’attente du bus dans 40 minutes dans le froid et la nuit est écourtée par d’autres spectateurs qui me ramènent en voiture, ouf.

(Merci au Ciné-Mourguet de nous avoir permis d’utiliser leurs photos.)

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