L’acteur Laurent Lafitte orchestrera la 69e édition du Festival de Cannes du 11 au 22 mai 2016
Canal + et le festival de Cannes ont annoncé la nouvelle jeudi dans un communiqué : c’est Laurent Lafitte (Les Petits Mouchoirs,Papa ou Maman, Elle l’adore) qui sera le maître de Cérémonie pour cette 69e édition du Festival de Cannes. Il succède ainsi à Lambert Wilson, aux commandes du Festival deux années de suite, en 2014 et 2015. Alors que le jury du Festival de Cannes sera présidé par le cinéaste australien George Miller, réalisateur de la saga Mad Max, Laurent Lafitte, animera la cérémonie d’ouverture le 11 mai, ainsi que la remise des prix lors de la clôture le 22 mai.
Pensionnaire de la Comédie-Française, Laurent Lafitte devrait assurer dans ses nouvelles fonctions puisqu’il avait été un fantastique maître de cérémonie lors de la 25e Nuit des Molières, en 2011. Actuellement sur le tournage du prochain film d’Albert Dupontel, Au-revoir là-haut, il vient de terminer celui de Elle, de Paul Verhoeven, aux côtés d’Isabelle Huppert, Alice Isaaz et Virginie Efira.
La 69° cérémonie du Festival de Cannes sera retransmise en direct et en clair sur Canal+ le 11 mai prochain.
Le premier film de l’ancien journaliste Peter Landesman, Parkland, est injustement passé inaperçu en France malgré la présence d’acteurs populaires (Zac Efron, Billy Bob Thornton et Paul Giamatti). La faute en incombe à un sujet propre à l’inconscient collectif américain : le meurtre de JFK en 1963.
Synopsis : Pittsburgh, 2002. Le Dr Bennet Omalu est un neuropathologiste de médecine légale originaire du Nigéria. En pratiquant l’autopsie d’une ancienne star locale de football, il décèle un cas d’encéphalopathie traumatique chronique. Il constatera par la suite que plusieurs de ses coéquipiers souffrent du même syndrome. En voulant prévenir des risques de la pratique du football, il s’attire immanquablement les foudres de la ligue nationale.
Trop mou pour laisser des séquelles
Deux ans et demi plus tard, la même chose risque de se reproduire puisque, en s’inspirant d’un article paru dans GQ en 2009 -depuis développé sous la forme d’un roman- il signe un film traitant du football américain, ce sport qui, comme son nom l’indique sobrement, ne se pratique qu’aux Etats-Unis. Non pas que le sujet nous rende de facto hermétique à tout film qui lui serait consacré (on pense à l’excellent L’enfer du dimanche d’Oliver Stone), mais il se ferme invariablement un public international pour qui il est inconcevable que le football ne se joue pas avec les pieds (!). Toutefois,les résultats désastreux de ceSeul contre Tousau box-office américain (un chiffre d’affaire national qui ne rembourse qu’un tiers du budget initial !) est annonciateur d’un ratage retentissant. Mais alors pourquoi ce film hollywoodien porté par l’ancien prince de Bel-Air n’a pas su exciter la curiosité des spectateurs potentiellement fans de football américain ? D’une part, Will Smith a depuis longtemps cessé d’attirer les foules : son dernier film rentable, Men in Black 3, date de 2012 et n’était déjà commercialement pas à la hauteur des deux premiers opus, conséquence, selon beaucoup, d’une absence des écrans de quatre ans après Hancock. D’autre part, il s’agit d’un film à thèse qui remet en doute la sincérité de la sacro-sainte National Football League. Typiquement ce genre de polémique que les fidèles spectateurs du Superbowl n’ont pas envie d’entendre donc. Mais est-ce la seule raison de cet échec ?
Le réalisateur a tout mis en œuvre pour que son message soit enrobé dans une réalisation suffisamment tempérée pour laisser oublier à un public de yankees crédules le caractère subversif qu’il aurait pu avoir. C’est ainsi que le lanceur d’alerte qu’incarne Will Smith se retrouve transformé en un dévot chrétien et une incarnation du rêve américain. De la même manière, le récit de ce médecin légiste en lutte contre la puissante fédération sportive est parasité par un mélodrame mielleux terriblement convenu. Et pourtant, le public américain ne fut pas dupe : On ne touche pas à la NFL ! Au final, ce n’est donc qu’à une énième belle histoire vraie édulcorée à la sauce hollywoodienne que nous avons à faire. Les premières minutes annoncent pourtant une opposition prometteuse entre deux institutions, le football et la justice. Deux séquences dont le montage opposé –très « clipesque » pour l’un, beaucoup plus carré pour l’autre- laissent attendre un thriller juridique passionnant. Sauf que, pas de chance, la scène au tribunal n’aura servi qu’à introduire le personnage du docteur Bennett Omalu, le scénario n’allant plus jamais impliquer la justice dans l’affaire. C’est davantage vers un thriller que l’on qualifiera de « médical » que se dirige le long-métrage, incluant une part pesante d’explications, voire de vulgarisations scientifiques à défaut d’un quelconque suspense. Entre ses lourdeurs scénaristiques et son moralisme lourdaud, la charge politique sombre dans un discours insipide. Alors que la thématique assez fataliste qu’est le besoin de renoncer à ses idéaux pour s’insérer dans une société qui n’est pas la sienne aurait pu être très pertinente (peut-être autant que dans Zootopie !), et que la corruption des institutions américaines par un lobby tout-puissant avait elle aussi de quoi être mise en avant, le scénario leur préférera toujours les enjeux intimes de ce brave immigré. Pire que tout, en faisant constamment l’impasse faite sur les méthodes mafieuses de l’industrie sportive (on se contentera de deux coups de fils anonymes), le long-métrage semble clamer haut et fort son inoffensivité.
L’absence de parti-pris du réalisateur va également se ressentir dans sa mise en scène qui va abaisser ce qui aurait pu être un combat manichéen de l’intégrité face au pouvoir de l’argent, avec toutes les questions éthiques sous-jacentes, en un banal biopic très lisse. Tous les spectateurs qui ont pu reprocher à Spotlight de souffrir de son conformisme ne manqueront pas de déplorer le manque d’audace dont souffre ce Seul contre tous. Selon les codes hollywoodiens du genre, le héros est iconisé par une mise en scène plan-plan qui participe à la mollesse du propos. Mais le principal problème formel vient du manque de rythme dans le développement de cette intrigue maladroite qui rend très longues ces deux heures de film. De plus, la tendance à l’illustration dialectique et à une certaine dramatisation qu’apportent les nombreuses scènes de match participent pleinement à la lourdeur du processus narratif. Malgré les choix casting à priori attirants, la sous-exploitation des personnages secondaires limite leurs prestations. C’est en particulier le cas d’Alec Baldwin, dont le personnage souffre d’une caractérisation si peut subtile qu’il en devient un frein à l’approfondissement moral du film. On regrettera également que très bon Eddie Marsan soit limité à une unique apparition. Enfin, pour en revenir à Will Smith, son interprétation est très inégale : son faux accent ne l’empêche en rien d’être convaincant en médecin jusqu’au-boutiste, le déséquilibre entre ses mimiques et son stoïcisme forcé le rendent cependant moins crédible en lanceur d’alerte désintéressé en lutte contre des forces obscures qui le dépassent. Son retour en grâce n’est pas pour tout de suite…
A force de ne pas oser s’attaquer à sa cible -peut-être due à l’ingérence des studios-, Seul Contre Tous passe complètement à côté de son sujet, se contentant d’un récit convenu et aseptisé dont il devient flagrant que l’objectif a été vainement de toucher une Académie des Oscars généralement amatrice de telles histoires. Un constat dommageable quand on pense à la portée politique et à la réflexion sociale qu’auraient pu générer un traitement courageux de cette affaire.
Seul contre tous : Bande-annonce
Seul contre tous : Fiche technique
Réalisateur : Peter Landesman
Scénario : Peter Landesman, d’après l’article « Game Brain » de Jeanne Marie Laskas
Interprétation : Will Smith (Dr. Bennet Omalu), Gugu Mbatha-Raw (Prema Mutiso), Alec Baldwin (Dr. Julian Bailes), Albert Brooks (Dr. Cyril Wecht)…
Photographie : Salvatore Totino
Montage : William Goldenberg
Direction artistique : David Crank
Musique : James Newton Howard
Producteurs : Elizabeth Cantillon, Giannina Facio, Ridley Scott2, Larry Shuman et David Wolthoff
Société production : Scott Free Productions, The Shuman Company et Village Roadshow Pictures
Distribution (France) : Sony Pictures Releasing France
Récompenses : Hollywood Actor Award 2015 pour Will Smith
Durée : 122 minutes
Genre : Drame biopic
Date de sortie : 9 mars 2016
C’est en février dernier que nous avons eu des nouvelles de Paul Vecchiali, beaucoup l’ont même découvert, alors que depuis maintenantune dizaine d’années maintenant que le réalisateur continue de tourner des films dans la plus parfaite discrétion.
Synopsis : Odile soupçonne Jean, son mari, de la tromper. Elle décide de lui rendre la pareille et accomplit sa vengeance dans les bras de Daniel, qui, lui, partage la vie d’Albert. Un amour irrépressible naît entre Odile et Daniel : il aura des conséquences inattendues. Aux dépens de Jean comme d’Albert.
On ne badine pas avec l’amour
La grande rétrospective qui l’a mis à l’honneur l’année dernière a permis à ses dernières œuvres d’être distribuées en salle, des Nuits blanches sur la jetée au curieux C’est l’amour aujourd’hui. Ces deux films sonnent rien de moins que le retour au cinéma du franc-tireur du cinéma français, celui dont Truffaut disait à propos de feu son premier film Les Petites Drames, que Paul Vecchiali est « le seul héritier de Jean Renoir ».
La discrétion dont fait preuve Paul Vecchiali ces dernières années témoigne d’une sincère envie de tourner avec les siens, dans le Var de son enfance, parfois même chez lui. On retrouve les mêmes acteurs que Nuits blanches sur la jetée dans une étrange histoire de sentiments amoureux. C’est l’amour raconte les conséquences inattendues d’un adultère inattendu. Lorsque la fidèle Odile trompe son mari par vengeance avec l’acteur homosexuel Daniel, les relations respectives des deux complices en seront à jamais bouleversées. Le scénario peine à convaincre, trop farfelu pour éprouver la moindre émotion. Même s’il opère des changements de points de vue intéressants lors d’une même scène entre deux amants, n’est pas Hong Sang-soo qui veut. Vecchiali parle d’amour de manière brute, sans qu’on en sente une réelle réflexion poussée derrière. C’est davantage du côté de la forme que l’on peut s’évader.
Fort de sa petite équipe et libéré de toute contrainte de production, le réalisateur s’autorise ce qu’il veut. Il présente lui-même son film avant d’en conclure avec son titre, »C’est l’amour », en lettres rouges coulant comme du sang. On est partagé entre le comble du mauvais goût indigne même d’un téléfilm et une jubilatoire et insolente liberté de ton. Ce lâché prise formel continue de plus belle dans les improvisations grandiloquentes de ses acteurs secondaires qui partent en chansons ou en tirades alcoolisées manquant parfois de grâce. Cette folie complètement assumée et cette direction d’acteur en roue libre fait penser au geste delirium d’Andrzej Zulawski dans son dernier film sorti en décembre, Cosmos, lui aussi revenu sur les écrans après une dizaine d’années de silence.
Malgré tout, davantage encore que Cosmos, le film de Vecchiali s’autorise des audaces de mise en scène qui rappellent à nos bons souvenirs les chefs-d’œuvre de sa filmographie. Certaines séquences sortent du lot et sauvent le film d’une tendance à la torpeur. Des plans colorés où fourmillent les fleurs (référence à l’impertinence de Jean Genet et son Notre-Dame-des-Fleurs ?) aux apparitions mystiques d’Odile dans sa magnifique robe rouge en passant par le costume marin de Daniel semblable à celui de Querelle de Fassbinder, C’est l’amour déploie une mise en scène faite de symboles et de références chères à son cinéaste.
Si le film ne se résolut pas à convaincre sur le fond, il a au moins le mérite, parfois, de nous replonger dans le cinéma injustement oublié d’un grand réalisateur français.
C’est l’amour de Paul Vecchiali : Bande-annonce
C’est l’amour : Fiche Technique
Réalisateur : Paul Vecchiali
Auteurs : Paul Vecchiali
Casting : Pascal Cervo, Astrid Adverbe, Julien Lucq, Frédéréic Karakozian
Chef opérateur : Philippe Bottiglione
Chef décorateur : Maurice Hug
Monteur : Vincent Commaret
Musique : Catherine Vincent
Producteurs : Thomas Ordonneau, Paul Vecchiali
Distributeur : Shellac
Durée : 97 min.
Genre : Drame, Romance
Date de sortie : 09 Mars 2016
Sky, le nouveau film de Fabienne Berthaud avec Diane Kruger et Norman Reedus dans un duo sensuel et touchant
Synopsis : Romy (Diane Kruger) et Richard (Gilles Lellouche), un couple de français passent leurs vacances aux Etats-Unis. Ils profitent de la liberté que leur offre le désert sauvage de Californie mais ne peuvent échapper à l’ombre qui plane sur leur relation. Quand une soirée arrosée dans un bar les conduit à une violente confrontation, Romy y voit alors une chance de refaire sa vie et part sur les routes des Etats-Unis. Elle y croisera la route d’un ténébreux cow-boy (Norman Reedus)…
Un road-movie au féminin :
Sélection officielle du Festival de Toronto 2016, Sky est le nouveau film de la réalisatrice française Fabienne Berthaud, un road-movie original qui joue avec les conventions. On y retrouve Diane Kruger, actrice appréciée par la cinéaste et déjà vue dans son précédent film Pieds nus sur les Limaces (aux côtés de Ludivine Sagnier). Elle donnera la réplique à Gilles Lellouche (Mea Culpa, La French), Norman Reedus (The Walking Dead), Joshua Jackson (Fringe, The Affair) et Lena Dunham (Girls).
Après la perte de leur enfant au cours d’une fausse-couche, Romy et son époux tentent de se reconstruire mais rapidement le vernis craque et le couple se brise. La caméra agitée de Berthaud va suivre le parcours solitaire de Romy de ville en ville et s’intéresser à ce qu’elle ressent : un sentiment profond de dislocation. Dans Sky, un peu comme dans son dernier film, le personnage sent que sa vie lui échappe et part à sa conquête. Sur sa route, Romy va rencontrer un panel coloré de personnages : un sympathétique officier de police (Joshua Jackson), un ténébreux cowboy dans le désert torride de Las Vegas (Norman Reedus) et, dans un parc à roulottes poussiéreux, une jeune femme enceinte jusqu’au cou (Lena Dunham) mais qui refuse de se laisser décourager par cet environnement sordide… Un hymne à la vie plein d’émotion et de sensualité !
Le film français Sky sortira aux USA et en VOD le 15 avril 2016.
Nespresso Talents 2016: Le concours de courts-métrages sur le format vertical conduira 3 jeunes cinéastes au Festival de Cannes 2016 !
La marque Nespresso lance un nouveau concours pour dénicher trois cinéastes talentueux : ils seront invités à présenter leurs courts-métrages au Festival de Cannes 2016.
Cette année, Nespresso soutient la Berlinale, festival international du film de Berlin, en mettant l’accent sur les Berlinale Talents, une plate-forme créative de six jours réservée aux jeunes réalisateurs. Avec le projet Nespresso Talents, la marque invite tous les talents à briser les conventions du genre et présenter leur plus belle réalisation, entièrement filmée au format vertical (9:16). Les vidéastes pourront envoyer leurs courts-métrages de 3 minutesdu 9 mars au 10 avril 2016.
Thème du projet : « EXPLORE YOUR EXTRAORDINARY »
Certains moments simples du quotidien peuvent être transformés en instants extraordinaires. Ces moments indéfinissables, incomparables mais si importants qui ajoutent un peu de piment à notre routine quotidienne.
Cela pourrait ressembler à un énième concours de courts métrages…à une grande différence près : le film présenté devra être filmé au format VERTICAL, brisant ainsi les conventions.
Un jury international de réalisateurs évaluera les vidéos. Les Trois lauréats seront invités à Cannes où leurs courts-métrages seront présentéset remporteront 18 000 euros de récompenses !
Date limite de participation : 10 avril 2016
Pour en savoir plus sur la participation au concours ici : nespresso.com/talents.
Calendrier:
o 7 mars : lancement du concours
o 10 avril : dernier jour pour envoyer votre video
o Semaine du 11 avril – Présélection de 20 vidéos finalistes par les membres du jury
o Lundi 25 avril- Annonce de la présélection sur nespresso.com/talents
o 13 mai : Cérémonie de récompense organisée par Nespresso à Cannes. Récompenses :
3 vidéos sélectionnées sans classement spécifique:
o 1ère vidéo sélectionnée : 6000 €
o 2ème vidéo sélectionnée : 6000 €
o 3ème vidéo sélectionnée : 6000 €
Les trois réalisateurs sélectionnés seront invités à la cérémonie organisée par Nespresso lors du Festival de Cannes 2016. Leur film sera projeté en présence des membres du jury, des représentants de la Semaine de la Critique et de journalistes invités pour l’occasion. Nespresso prendra à sa charge les dépenses de voyage et d’hébergement au Festival de Cannes des trois réalisateurs lauréats (2 jours/1 nuit en hôtel 4*) Genres : Tous les genres sont acceptés (comédies, drames, mystère…) sous la forme d’une fiction, d’un documentaire, d’une animation ou d’un clip vidéo… À vous de décider ! Langue : Anglais ou avec sous-titres en Anglais. N’oubliez pas de synchroniser les sous-titres avec la VO ! Format vidéo :
9:16, Full HD 1080X1920, son de haute qualité, fichier .mp4, .mov, codec vidéo h264
Taille maximale : 2 Go Durée de la vidéo :Maximum 3 minutes
Les membres du Jury :
Le jury deNespresso Talents 2016comprend trois réalisateurs, Gaëlle Denis, Erik Schmitt et Eva Weber ainsi qu’Alfonso Gonzalez (Chief Customer Officer de Nespresso).
Il s’agit de réalisateurs reconnus de la scène cinématographique internationale et sélectionnés avec le concours des équipes Berlinale Talents et de la Semaine de la Critique. Chaque membre du jury a également été chargé de réaliser une vidéo verticale pour vous guider dans le cadre de ce projet.
#nespressotalents vous offre la chance de voir votre film présenté sur un écran privé à Cannes !
« Le prophète du cinéma de science-fiction. » C’est en ces termes pour le moins apologiques qu’Alejandro Jodorowsky lance sa présentation de ce qui fut longtemps sa lubie d’adapter pour le grand écran le roman Dune de Frank Herbert.
Synopsis : Au milieu des années 70, soit à mi-chemin entre 2001 L’odyssée de L’espace et Star Wars, le cinéaste chilien Alejandro Jodorowsky se met martel en tête de révolutionner la science-fiction en livrant sa vision très personnelle du roman fleuve de Frank Herbert. Mais une pareille production ne peut se faire qu’avec le soutien d’Hollywood qui n’aura jamais le courage de financer le long-métrage. Les deux ans et demi de travail de préparation n’aboutiront donc à rien, sinon à une intarissable source d’inspiration et de fantasmes.
Une exploration des bornes de l’imagination cinéphilique
Il faut dire que cette obsession messianique était déjà omniprésente dans ses précédents films, El Topo et La montagne Sacrée, laissant présager chez lui une vision clairement religieuse de sa propre œuvre et une confiance en soi digne d’un monomaniaque illuminé. C’est cette approche pleine de grands espoirs qui irrigue le documentaire qu’a consacré Frank Pavich aux préparatifs de ce film qui n’a jamais été fait. Narré à la manière d’une fable, alimentée par l’enthousiasme de ses intervenants, la véracité de l’intégralité de cette aventure avortée est par moment difficile à avaler. L’objectivité du documentaire se retrouve ainsi mise à mal par les extravagances d’un Jodorowsky beau parleur mais surtout par l’absence de partialité dans l’anticipation du succès qu’aurait rencontré le film s’il avait vu le jour. Mais peut-être est-ce cette question du flou entre la fiction et la réalité qui fait de Jodorowsky’s Dune une intéressante mise en abyme de ce qu’est le cinéma et de l’exaltation qu’il peut provoquer, autant du coté de ses producteurs que de ses consommateurs.
Pour ceux qui voudraient n’y voir qu’un documenteur fallacieux, la folie des grandeurs qui caractérise la vision qu’avaient Jodororowsky et son équipe de « guerriers » de son projet fera apparaitre la version romancée de chacun de ses choix artistiques comme complétement délirants, mais en même temps la naïveté de sa quête perdue d’avance, digne d’un Don Quichotte du 7ème art, a un arrière-gout de mélancolie à laquelle il est difficile de rester insensible. A l’inverse, ceux qui accepteront dans leur intégralité ce qu’aurait pu être le Dune de Jodorowsky, c’est incontestablement vers un profond sentiment de frustration ne pas pouvoir le voir que pousse ce documentaire. Les documents très détaillés que nous présente Pavich (story-board et les dessins de préparation) et les anecdotes purement improbables qui nous sont racontées (les rencontres « par hasard » des membre de l’équipe) laissent à chacun le choix de placer le curseur entre ces deux extrêmes. Ainsi, les sentiments mitigés que peut susciter les propos contestables que contiennent ce documentaire ne l’empêchent en aucun d’être une pure curiosité que se devrait de voir tout fan de science-fiction désireux de découvrir comment l’ambition d’un visionnaire aurait pu ébranler les codes de son genre de prédilection. Ou pas.
A posteriori, ce que l’on aperçoit des préparatifs du film laisse y entrevoir une œuvre qui aurait effectivement pu être une pièce maitresse dans le genre. Toutefois, l’expérience nous a appris qu’il est impossible de juger un film sur des concept art et moins encore sur les témoignages dithyrambiques et les arguments promotionnels de ses propres artisans. Entendre Jodorowsky dire qu’il n’avait pas lu le roman avant d’en écrire l’adaptation puis ensuite qu’il comptait complétement en changer la fin (« violer Frank Herbert » selon ses termes) -et pas uniquement puisque des décors absents du livre furent conçus-, quand bien même on songe à la frénésie du surréalisme mystique de ses précédents films et à son impossibilité de la mêler à une narration cohérente (chose qu’il apprendra à faire plus tard, en écrivant des bandes dessinées) peut sérieusement donner des doutes quant à l’accueil qu’aurait reçu son scénario. Incontestablement, la portée politique de l’œuvre d’Herbert aurait été -en bien ou en mal- absorbée par un symbolisme métaphysique auquel le grand public est farouchement hermétique. Esthétiquement aussi, toutes les excentricités d’une direction artistique outrancièrement bariolée et d’effets spéciaux irréalistes (rappelons que le technicien Dan O’Bannon était loin du génie de Douglas Trumbull qu’il était chargé de remplacer) auraient très largement pu faire du résultat final, non pas le plus grand film de l’histoire du cinéma, mais bel et bien le nanar le plus kitsch jamais réalisé. Encore une fois, ce sera à chacun d’émettre sa propre théorie sur la qualité de ce film qu’ils ne verront jamais. Mais n’est-ce pas la nature même du cinéma que de nous faire rêver de choses qui n’existent pas en vrai?
Il semble au final évident que le chef d’œuvre autoproclamé de Jodorowsky ait bien fait de ne pas ne se faire, tant c’est en tant que non-film qu’il a su acquérir son statut de film culte. Ce paradoxe est un phénomène passionnant comme seul le cinéma peut en générer et sur lequel il est vraiment captivant de se pencher si l’on veut réfléchir à la nature même de l’Art en général.
Jodorowsky’s Dune : Bande-annonce
Jodorowsky’s Dune : Fiche technique
Réalisateur : Frank Pavich
Intervenants : Alejandro Jodorowsky, Michel Seydoux, H.R. Giger, Brontis Jodorowsky, Richard Stanley…
Directeur de la photographie : David Cavallo
Montage : Alex Ricciardi, Paul Docherty
Musique : Kurt Stenzel
Producteurs : Frank Pavich, Travis Stevens, Stephen Scarlata
Production : City Films, Caméra One, Endless Picnic
Distributeur : Nour Films
Genre : Documentaire
Date de sortie : 16 mars 2016
Après un premier film qui mettait poussivement en scène une société dystopique dont nous cherchons encore la logique et un deuxième qui nous expliquait que tout cela n’était qu’une vaste blague métaphysique, la saga Divergente revient pour nous emmener au-delà du mur.
Synopsis:Suite des aventures de Triss et ses compagnons. Après la chute de Jeannine et du régime des factions, la population de Chicago découvre qu’un autre monde s’étend au delà du mur d’enceinte. Mais quand certains veulent connaitre la vérité, d’autres craignent de nouvelles menaces…
Le début de la fin de l’éternel recommencement
Fébriles après la révélation finale de l’épisode précédent, nous retrouvons donc Triss, Quatre, le frère de Triss, Miles Teller et Zoé Kravitz prêts a tout pour échapper à la nouvelle dictature de Naomie Watts (au bout d’un moment on fait l’impasse sur les noms), il découvrent alors un monde ravagé (comme c’est original) et sont récupérés et embauchés par le « bureau », des scientifiques dirigés par un certain David (Jeff Daniels) qui leur promet qu’ensemble ils sauveront le monde. Vaste programme. Déjà que l’univers imaginé par la romancière Veronica Roth ne semblait pas avoir trop de sens dans les deux premiers films, ce troisième opus repousse les limites du n’importe nawak.
Le scénario est cousu de fil blanc, les mêmes fils qui composent les intrigues des Labyrinthes et autre 5ème vague. A force de monter des sagas sur le même postulat que le monde est dirigé par des organismes surpuissants qui mentent à la population, il y a forcément un moment où ça ne marche plus. Ainsi, on trouvera presque insultante la démarche de nous faire croire que les nouveaux personnages œuvrent pour le bien commun avant de mettre à mal nos certitudes avec un twist attendu. Certes des films qui racontent tous plus ou moins la même histoire, c’est assez habituel. En revanche qu’une saga nous resserve la même architecture d’un film à l’autre quand elle se vante d’avoir une continuité, c’est plutôt énervant. Donc comme d’habitude Triss et ses amis fuient une faction totalitaire, en rejoignent une autre qui explique (dès fois qu’on ait pas compris) que Triss est spéciale, découvrent que celle-ci est aussi totalitaire que la précédente et décident de s’enfuir. L’un d’eux se fait enlever par les méchants, au même moment ils découvrent que ceux-ci veulent laver le cerveau de tout le monde. S’ensuit une bataille finale où les plans sont contrecarrés avant une annonce de ce qu’il va se passer dans le prochain épisode. Et histoire d’en remettre une couche, Miles Teller se joint à eux, les trahit, puis revient avec eux, puis les re-trahit etc.
En parallèle, l’univers se développe avec plein de nouveaux trucs trop high-tech pour que le public comprenne bien qu’il est devant un film de science-fiction. Des aéronefs trop cool, un mur de camouflage optique géant, des bâtiments argentés aux formes arrondies (parce que le carré c’est pas trop S-F m’voyez), des systèmes de surveillances holographiques ressemblant à des simulateurs de vol et surtout des petits drones capables d’augmenter le champs de vision des protagonistes tout en leur prodiguant des boucliers résistant à tout. En quoi cela sert-il le propos du film ? Disons que, à la manière des simulations qui n’en finissaient pas de se superposer dans le précédent film, toute cette diarrhée de gadgets semble n’avoir pour but que de détourner l’attention du spectateur avant qu’il ne se rende compte qu’il regarde une bouse. On appréciera alors une séquence de décontamination à base de gel orange particulièrement creepy, des boucliers holographiques tous verts, et tout un tas d’autres trucs qui auraient eu l’air super futuristes dans les années 80. Quant aux « ajouts » apportés à l’histoire, parce qu’en forçant un peu on arrivera bien à trouver un sens à tout ça, on découvre avec plus de plaisir encore que les scénaristes (ou la romancière, au choix) ne se sont vraiment pas foulés. Entre l’explication du génome humain décrypté directement piquée sur Bienvenue à Gattaca et Jeff Daniels qui nous fait une crise de démiurge à la Truman Show dans le dernier quart d’heure, on se dit qu’Andrew Niccol doit être content de se voir pillé ainsi dans de gros succès teen S-F , alors que ses derniers films se sont ramassés au box office.
Plus qu’un épisode avant la fin. En attendant, Divergente confirme dans ce troisième film qu’elle est probablement ce que Hollywood a produit de pire en terme de saga post-apo adolescente. Bouffant sans aucune gêne à tous les râteliers, reprenant ici et là des éléments de gros succès pour les recycler sans faire l’effort de les comprendre (un plan à la Borderland qui n’a rien à faire là…). Une saga lisse, sans aspérité ni génie, se contentant d’une vague mise en contexte moralisatrice (le conformisme c’est pas bien), avant d’ouvrir grand les vannes du n’importe quoi. Ça n’avait pas de sens au début, ça n’en a toujours pas, et ce jusqu’à la dernière image qui pose la question suivante : Si votre climatiseur ou votre machine à laver sautent, si votre régime totalitaire part en miette, avant d’appeler une divergente ouvrez tous les placards et regardez sous les lits. Parce qu’on ne sait jamais. Il se pourrait qu’il y ait un Jeff Daniels derrière vous !
https://www.youtube.com/watch?v=e2y5YVtL81s
Fiche technique : Divergente 3: Au-delà du mur
Titre original: The Divergent Series: Allegiant
Réalisation: Robert Schwentke
Scénario: Noah Oppenheim, Adam Cooper, Bill Collage, Stephen Chbosky
Acteurs principaux: Shailene Woodley, Theo James, Miles Teller, Zoë Kravitz, Naomi Watts
Musique: Joseph Trapanese
Photographie: Florian Ballhause
Direction artistique: Scott Dougan
Costumes: Marlene Stewart
Sociétés de production Lionsgate, Summit Entertainment
Pays d’origine: États-Unis
Genre: science-fiction
Sortie: 9 Mars 2016
Encore un film anglais totalement barré mais qui ne vous laissera pas de marbre et risque de vous travailler pendant un bon moment ! Nina Forever c’est ce genre de film difficile à classer entre comédie horrifique, drame psychologique et romance psychédélique. Le genre qui vous laisse dubitatif mais vous scotche à l’écran tant vous voulez comprendre où le réalisateur a voulu en venir et jusqu’où il va bien pouvoir vous emmener.
Synopsis : Après le décès de sa petite-amie Nina, Rob entame une relation avec la jeune et sexy Holly. Mais Nina revient d’entre les morts pour semer le trouble dans le nouveau couple…
Nina Forever : une histoire d’amour ?
Est-ce une histoire d’amour ? Si oui, de quel couple s’agit-il ? Là est la question.
Le spectateur assiste désemparé à la mise en place d’un triangle amoureux d’une nature étrange. Dans les bras de la jeune Holly (éblouissante Abigail Hardingham), Rob (Cian Barry) se console de la perte de sa défunte petite amie, Nina (Fiona O’Shaughnessy, sulfureuse et piquante), morte dans un accident de voiture pour le moins violent – en témoignent le sang et la guibolle disloquée de son fantôme. Mais l’ex en question n’est pas prête à laisser sa place à la nouvelle prétendante. Loin de là. Et elle intervient à chaque fois au moment crucial que sont leurs ébats. Telle une Vénus sortant des eaux, Nina, totalement nue, émerge lentement d’une mare de sang et s’épanouit avec grâce parmi les draps blancs. Draps qui deviendront rouges par la suite pour des raisons pratiques et sans nul doute métaphoriques. Le rouge est la couleur de la passion, certes mais il symbolise aussi l’omniprésence et l’emprise du fantôme. Et rouge est la couleur des serviettes de bain, des fleurs et du T-shirt de Nina que Rob conserve si précieusement… La symbolique est très présente dans ce film macabre au visuel envoûtant.
Femmes fatales :
Nina prend alors de plus en plus d’ampleur au sein du couple et creusant sa place dans l’esprit de la jeune Holly qu’elle effraie et attire tout à la fois. Sa présence et sa toute-puissance sont autant de qualités dont elle dépouille lentement son ancien amant. En effet, plus on avance dans le récit et plus Rob, au départ idéalisé par Holly, se montre tel qu’il est véritablement : faible, apeuré, inutile.
Car tout ce qui faisait l’attrait du jeune homme aux yeux de Holly résidait dans sa dépendance à Nina, son dévouement, sa culpabilité et sa mélancolie. Et c’est bien ce jeune garçon sombre et mystérieux du début du film qui avait séduit la curieuse et morbide Holly. Mais une fois le voile levé sur le personnage, Rob apparaît comme un être triste, sans ambition (il a un doctorat mais travaille dans un supermarché), nuisible et lâche ! Nina s’impose comme l’essence même de sa personnalité, l’étincelle du couple et la flamme qui attire tant Holly.
En fait, Nina domine son ancien amant dans la plupart des scènes de confrontations et même quand Rob trouve le courage de lui répondre, le dernier mot reste pour le fantôme. La mère de la défunte (une extension de Nina qui tente de séduire le jeune homme) garde elle aussi le contrôle sur Rob, soumis et dépendant à son ancienne belle-famille mais carrément insupportable aux yeux du père qui finira par lui balancer ses quatre vérités.
Nina Forever est partout, gravée au creux du bassin de Holly comme un pacte scellé avec le diable, gravée dans sa tête, dans son subconscient, lui montant le crâne contre la gente masculine. S’agit-il d’un film féministe ou seulement fataliste ? Il est vrai que ces dames sont placées sur le devant de la scène et que les hommes sont mis à mal ! Nina est prépondérante, fantasmagorie hégémonique et son discours s’adresse exclusivement à Holly. Elles forment presque un couple qui exclut Rob inévitablement. Dans l’une des scènes, Nina ira jusqu’à cacher le visage de cet homme rabaissé, ignoré, quasi humilié. Est-elle une âme sœur ou une personnification démoniaque ? Une interview prochaine des réalisateurs devrait nous en dire davantage…
Toujours est-il que Nina Foreverperturbe et fait couler de l’encre ; c’est ce qui nous a plu d’emblée dans ce film déjanté et très perspicace des Frères Blaine. Et l’humour sooo british est rehaussé par la performance intuitive et « couillue » des deux actrices Abigail Hardingham (prochainement dans Sasquatch) et Fiona O’Shaughnessy (Alexandre, Malice in Wonderland, la série Utopia). Un duo pervers au charme irrésistible !
Nina Forever : Bande-annonce
https://www.youtube.com/watch?v=1IokJt_05co
Fiche Technique : Nina Forever
Réalisateurs : Chris & Ben Blaine
Scénario : Chris & Ben Blaine
Interprétation : Abigail Hardingham (Holly), Cian Barry (Bob), Fiona O’Shaughnessy (Nina), Elizabeth Elvin (Sally), Sean Michael Verey (Josh), David Troughton (Dan)…
Production : Epic Pictures, Jeva Films, Charlie Productions, The Ark Movie Fund, Brand & Deliver, Casualties Bureau
Musique : Vicki Williams
Costumes :Imogen Loveday
Maquillage : Saffron Powell
Effet spéciaux : Liam Doyle, Dan Martin
Effets visuels : Lee Holmes, Matthew Jones, M.J. McMahon, Daniel Stenhouse
Durée : 98′
Genre : Romance, fantastique
Sortie internationale : Janvier 2016 (Japon), Février 2016 (USA), Mars (Luxembourg), pas de date prévue pour la France
Sortie DVD et Blu-Ray : 22 Février 2016 (Royaume-Uni)
Récompenses : BIFA, frightest Awards, Méliès d’argent au Lund International Film Festival, Press Award au Festival du Film Morbide, Meilleure réalisation au Toronto After Dark, Wonderland Award Trieste Science, Festival de Fiction, Melbourne Underground Film Festival, Meilleur Film étranger au Another Hole in the Head Festival.
Attendue comme une énième adaptation de roman visant un public ado, Les Chroniques de Shannara (d’après la saga du même nom de Terry Brooks) n’a pas la prétention d’être plus que cela.
Not another teen fantasy
Si la présence de MTV à la production ne laisse aucun doute quand au public visé, bien que le choix de la fantasy ultra geek soit plutôt osé vu la réputation de la chaîne, la série a tout de même plusieurs atout dans sa poche qui lui permet de sortir son épingle du jeu. Confiée aux bons soins d’Alfred Gough et Miles Millar, qui s’étaient fait discrets depuis la fin de leur précédent succès Smallville (incontournable des soirées du samedi soir), la série réussit par un étrange jeu de références entrelacées à se construire une identité particulière donnant a cette histoire d’elfes, d’humains et de gnomes combattant les forces du mal un capital sympathie non négligeable.
Rien de bien nouveau coté histoire : L’Arbre protecteur +100 contre les engeances démoniaques se meurt et menace de libérer une armée de démon sur les quatre royaumes (elfes/humains/gnome/troll). N’écoutant que leur courage, qui ne leur dit pas grand chose, la princesse elfe Amberle, le guérisseur sang-mêlé Will et la voleuse humaine Eretria (tous de niveau 1 sauf la voleuse qui serait plutôt un niveau 4) se lancent dans une quête pour sauver le monde du vilain pas beau Dagda-mor (boss final). Autant ne pas mentir sur la marchandise, d’entrée de jeu ça ne vole pas haut, et l’on éprouve rapidement le sentiment d’avoir un produit opportuniste qui tente de ramasser les dernières miettes du mastodonte de Peter Jackson. Mais difficile de bouder son plaisir devant cet univers quand on a passé son enfance à jouer à Warcraft, Diablo, ou à lire de la fantasy sous la couette. C’est finalement ce classicisme assumé du genre qui rend la série attachante avec son récit mêlant enjeux a grande échelle et considérations plus individuelles, quête principale et quêtes annexes. Shannara assume son héritage a fond, allant jusqu’à placer ses décors en Nouvelle-Zélande et recruter John Rhys-Davies (ex-Gimli du Seigneur des Anneaux) pour interpréter le roi des Elfes Eventine. Magie, dragons, démons etc, tout le cahier des charges y passe. Une générosité de bonne aloi, d’autant que les effets spéciaux sont d’une qualité tout à fait honorables.
Shannara n’en oublie pas pour autant de se démarquer de ses aînés en ajoutant une dimension post-apocalyptique assez dépaysante. Contrairement à ses prédécesseur, ce monde ne prend pas place dans une époque ancienne fantasmée mais propose un futur possible après la chute de l’humanité suite à une catastrophe d’origine inconnue. Dans un monde ravagé par l’échec de la COP 57, nos héros évoluent entre les décors grandioses de la fantasy pure et les vestiges de notre époque. Une carcasse de voiture par ici, des zones toxiques de produits chimiques par là… Si des économies de budget trop évidentes peuvent prêter à rire (on ne verra jamais San Francisco en ruine a l’écran), il est difficile de ne pas reconnaître le travail formidable de la production. Les décors sont suffisamment crédibles et minutieux pour que l’on y croit, et les costumes, marquent par leur originalité par rapport aux canons du genre, donnant à chaque ethnie une apparence particulière facilement identifiable. Un peu comme si les armures rutilantes du Seigneur des Anneaux rencontraient les cuirs cloutés de Mad Max. Il fallait y penser, mais force est d’admettre que ça a de la gueule ! Il est important de le noter parce que c’est finalement là que se joue la crédibilité d’un tel univers, et c’est régulièrement cet aspect qui pêche dans les séries de fantasy, préférant souvent le kitch un peu baveux (à l’exception de Games of Thrones éventuellement).
En habiles faiseurs, Gough et Millar partent de cette belle base pour tisser leur récit en piochant ça et là leurs inspirations. On pense au Seigneur des Anneaux bien sur, mais aussi a S.T.A.L.K.E.R (avec les zones irradiées), bref l’univers imaginé par Terry Brooks semble être assez riche pour proposer une série tout à fait divertissante. Plus surprenant en revanche cette greffe d’une dimension teen movie, complètement assumée certes, mais particulièrement risquée, car le genre n’a pas vraiment la côte chez les lecteurs de Tolkien ou les rôlistes confirmés. Il faut dire aussi que l’image du geek a souffert d’une décennie de films présentant cette culture comme un repère de puceau et de pervers polymorphes bedonnant (sympa les mecs). Juste retour de flamme finalement. Toujours est-il que nous pouvons voir notre trio de joyeux compagnons se transformer progressivement en ménage à trois dont le seul moteur semble être l’ambiguïté sexuelle tandis que le spectateur hésite entre la team Eretria ou la team Amberle (faite chauffer les hashtag!). Dur la vie de héros, il faut toujours que deux filles en pince pour toi. Au delà de ce love triangle manifestement imposé par les producteurs, certaines images teen s’incrustent de façon plus intrigante. Les deux rivales règlent leur soucis personnels dans les vestige d’un lycée, les scénariste poussant l’ironie en faisant revêtir à la princesse un blazer de sportif (symbole de popularité ô combien fameux) et ramasser des dès à vingt faces (quand on dit que l’héritage JDR est assumé). Plus tard, au détour d’une péripétie, nous avons carrément droit à une scène de bal, avec en bonus un relooking express d’Eretria qui quitte le temps d’un slow son costume de voleuse bad-ass pour une jolie robe +10 en féminité. Autant le dire tout de suite, si Shannara se fait reléguer au rang de « Game of thrones pour ado », elle l’aura bien cherchée (même si elle ne rechigne pas devant une certaine violence). Et pourtant cet aspect, qui pourrait en rebuter plus d’un, n’est pas si désagréable et apporte un peu d’épaisseur aux personnages et de la nouveauté dans un genre trop souvent soumis à son besoin d’épique. Ces petits écarts de registre font l’effet de petite pastilles pas désagréables et s’intègrent assez bien dans un récit plus classique, sans pour autant devenir le principal point de focalisation des scénaristes.
En plus de la quête principale, la série développe en parallèle d’autres aspects non moins importants. L’intrigue autour de la famille royale et de la succession au trône amène d’autres enjeux. Les pérégrinations du druide Allanon et de son apprenti posent tranquillement les bases pour les saisons à venir et certains épisodes se permettent de sortir un peu du récit pour proposer quelques développements bienvenus de l’univers. L’affrontement avec le bourreau permet d’évoquer les ravages de la guerre tandis que l’histoire autour de la colonie humaine Utopia apporte des éclaircissement bienvenu sur les relation entre les ethnies tout en se permettant ponctuellement une petite touche western pas désagréable. Quelques clins d’œil amusants à l’ancien monde (notamment une vidéo de Star Trek prise par les colons pour un documentaire où Spock passe pour un elfe lourdingue) finissent d’enrichir le tout. Fort de toutes ces possibilités, les scénaristes se lâchent et composent un récit étonnamment riche, divertissant, qui ne souffre d’aucun temps mort, aidés dans leur tâche par un casting assez haut de gamme : John Rhys-Davies bien sûr, mais aussi Manu Bennett (Arrow, Le Hobbit), James Nemar (Django Unchained, Horns) et l’agréable surprise de revoir Ivanna Baquero dans le rôle d’Eretria, qui a bien grandi depuis Le Labyrinthe de Pan.
On aimerait dire que Shannara est une réussite totale et la bonne surprise de l’année, car elle a pour elle cette richesse palpable qui ne demande qu’à être exploitée. Néanmoins, difficile de défendre des choix musicaux parfois douteux, bien que l’effort de sortir des canons de la musique symphonique épique est salué (il y a une chanson de Woodkid à la fin, ça rattrape un peu), ou une réalisation qui va du fonctionnel au très moyen (stop au flash-back avec filtres dégueu!). A l’heure où de plus en plus de séries ont des prétentions cinématographique, la mise en image paraît parfois anachronique, avec son montage à la machette (pour insérer les coupures pubs) et ses nombreuses scènes qui semblent tournées dans le même décors naturel (la plage surtout, c’est souvent la même et ça se voit). Mais même malgré ces écueils qui pourront toujours être rattrapés, la série reste divertissante et vaux mieux qu’une réputation de fantasy à la sauce MTV.
[Fiche technique] Les Chroniques de Shannara :
Titre original : The Shannara Chronicles
Genre : fantasy, aventure, ado
Création : Alfred Gough et Miles Millar, d’après la série littéraire Shannara de Terry Brooks
Production : Farah Films, Millar Gough Ink, Raygun One, Sonar Entertainment, MTV Production Development, Paramount Television
Acteurs principaux : Austin Butler, Poppy Drayton, Ivana Baquero, Manu Bennett, Aaron Jakubenko, Jonathan Rhys-Davies
Musique Felix Erskine,Lukas Burton
Pays d’origine : États-Unis
Chaîne d’origine : MTV
Nb. de saisons : 1
Nb. d’épisodes : 10
Durée : 43 minutes
Le grand film sur les horreurs de la guerre édité en DVD
Synopsis : Février 1945, sur l’île de Leyte, dans l’archipel philippin, un soldat japonais, Tamura, tuberculeux, est rejeté par son chef d’escadron et refusé à l’hôpital militaire. Il erre donc dans la jungle philippine.
Le film commence par une claque. Une claque donnée à Tamura, qui finalement donne une bonne image du film. Car le minimum que l’on puisse dire, c’est que Feux dans la plaine, le 36ème film de Kon Ichikawa, adapté du roman de Shohei Ooka, est une claque pour le spectateur, et a dû en constituer une également pour les Japonais à sa sortie.
En effet, en cette fin d’années 50, la défaite du Japon à la fin de la Seconde Guerre Mondiale constitue un tabou. Dans la culture nippone, on gagne ou on meurt, mais on ne perd pas. Les occupants Américains eux-mêmes recommandent de ne pas en parler : il faut redresser le pays, lui redonner le moral, donc il faut éviter les sujets douloureux. Une forme de censure s’est emparée du sujet. La honte est terrible. Feux dans la plaine sera le premier grand film à traiter du sujet (il sera un précurseur, annonçant entre autres l’immense épopée de Masaki Kobayashi, La Condition de l’homme, film de 9h30 sur le même sujet qui sortira deux ans plus tard). Et la méthode employée sera pour le moins brutale. Il commence par un portrait sans concession d’une armée en déroute.
Le constat est terrible : les soldats japonais sont coupés de leur commandement, abandonnés à eux-mêmes sans matériel et sans ravitaillement. Le désœuvrement et la faim minent le moral des troupes. L’Armée Impériale est devenue une armée de mendiants. Les officiers, ne sachant que faire, emploient leurs hommes à… creuser une tranchée, sans pelle ni pioche, utilisant tout ce qui peut leur passer sous la main pour accomplir cet acte inutile.
Ce dénuement est encore rendu plus douloureux lorsqu’il est comparé à la situation des Américains. Les rares que l’on voit dans le film sont à l’exact opposé des Japonais : bien nourris, en pleine santé, débordant d’énergie et d’espoir, bien équipés, et se déplaçant en véhicules sur des routes bien droites.
Dans ce contexte, le soldat Tamura peut être vu comme un symbole de cette armée en déroute. Affaibli par la maladie, rejeté aussi bien par son officier que par les médecins, il est abandonné de tous, laissé à lui-même. Les rares ordres qu’il reçoit sont contradictoires. Finalement, il se laisse aller, faisant confiance au seul hasard pour décider du chemin à suivre.
Visions d’enfer
Au-delà de la vision terrible d’une armée en déroute, Kon Ichikawa va donner de la guerre une image absolument horrible. Son film est d’une grande violence, avec des scènes difficilement supportables encore de nos jours.
Son principe est clair : faire de la guerre un véritable enfer sur terre. Les soldats errants ressemblent à des morts en sursis, ayant tout abandonné, y compris l’espoir. Ils ont l’air d’âmes perdues dans une vallée de larmes et de douleurs. Les corps qui s’effondrent dans la boue omniprésente, les flammes et les feux qui ponctuent le film, un village fantôme, les cadavres entassés à la porte d’une église : c’est bel et bien au plus profond de l’enfer que nous plonge la caméra d’Ichikawa. Certains plans font immanquablement penser à des tableaux de Bosch ou Bruegel.
Tout est fait pour mettre les spectateurs mal à l’aise : les scènes d’intérieur sont plongées dans les ténèbres (représentant sûrement celles qui habitent ces personnages désespérés), et l’extérieur est une jungle que les lianes envahissantes rendent impraticable ; les gros plans insistants ne cachent rien des sentiments de détresse et de violence d’une population qui perd progressivement son humanité ; enfin, les bruits (de bombardements, de hurlements…) constituent autant d’agressions sonores qui s’ajoutent à celles de la vue.
Dans cet enfer, les soldats apparaissent comme des âmes damnées. Progressivement, Tamura se défait de ce qui fait de lui un soldat : il abandonne son arme, ses godillots, etc. Mais le plus grand risque, celui qui parcourt toute la seconde moitié du film, c’est le risque de perdre son humanité. Le risque de voir cette guerre faire de lui un monstre, le renvoyer à son animalité primitive. La guerre, c’est ce qui libère la bestialité.
Par sa mise en scène à la fois inventive et terrible pour les nerfs de ses spectateurs, Ichikawa nous livre un film choc, incroyablement moderne pour son époque, ce qui explique le mauvais accueil critique et public en cette fin d’années 50. Le revoir de nos jours, c’est plonger dans un long cauchemar éveillé, peuplé d’images baroques, s’enfonçant en spirales vers un final où s’allient l’horreur et le désespoir.
Le 1er mars 2016 disponible pour la première fois en France en DVD et Blu Ray
Version remasterisée en Haute Définition
Format Cinémascope – 16/9 compatible 4/3
Langues: Japonais/ Son Mono / Sous-titres français
Japon / Noir et blanc / 1959/ 108 mn
Interview de Bastian Meiresonne, co-auteur du Dictionnaire du Cinéma Asiatique Directeur Artistique du Festival International des Cinémas d’Asie de VeSoul
Edition RIMINI EDITIONS
Distribution ARCADES
Feux dans la plaine – Bande Annonce
Feux dans la plaine – Fiche technique
Titre original : Nobi
Réalisateur : Kon Ichikawa
Scénario : Natto Wada, d’après le roman de Shohei Ooka
Interprétation : Eiji Funakoshi (Tamura), Osamu Takizawa (Yasuda), Mickey Curtis (Nagamatsu), Mantarô Ushio (Sergent), Kyû Sazanka (Médecin militaire), Yoshihiro Hamaguchi (Officier).
Photographie : Setsuo Kobayashi
Montage : Tatsuji Nakashizu
Musique : Yasushi Akutagawa
Producteur : Masaichi Nagata
Société de production : Daiei Studio, Kadokawa Herald Pictures
Société de distribution : Daiei Eiga
Editeur du DVD : Rimini éditions
Récompense : Léopard d’or, festival de Locarno 1959
Date de sortie (Japon) : 3 novembre 1959
Date de sortie du DVD : 1er mars 2016
Durée : 108’
Genre : guerre
Parmi de nombreux films français sélectionnés à la Berlinale cette année, une des perles se trouve dans la Panorama, dont l’importance n’est inférieure qu’à la Compétition. Théo et Hugo dans le même bateau, fruit de la dernière collaboration d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, raconte la première rencontre de deux jeunes hommes à Paris.
Synopsis : Ils se rencontrent dans un club libertin, mais la complicité entre eux dépasse le simple lien charnel. Dans les rues nocturnes, une histoire d’amour épanouit, mais le doute sur la santé vient briser leur confiance fragile. Ce sont deux flâneurs de la nuit parisienne à la recherche d’intimité, malgré leur insécurité.
L’amour et la maladie en temps réel
Théo (Geoffrey Couët), novice dans un club libertin (ou une boîte à culs, selon le terme du milieu gay), couche avec Hugo (François Nambot), un jeune plus expérimenté. La scène de sexe dure une vingtaine de minutes avec en gros plans des vraies fellations, ce qui peut faire scandale chez certains. Son intensité reste pour la plupart de temps au même niveau et le public peut donc perdre patience vers la fin. Toutefois, ce choix est cohérent avec une esthétique réaliste. Après tout, le sexe n’est pas toujours comme dans le porno.
Le récit se veut en temps réel, à l’instar de Cléo de 5 à 7, une référence formelle soulignée par le titre international du film : Paris 05:59. Et comme le chef-d’œuvre de Varda, Théo et Hugo aborde aussi le thème de maladie, cette fois l’épidémie du sida qui est toujours un sujet au cœur de la communauté LGBT. Théo, bien emballé et ignorant du statut séropositif (sous traitement et non détectable) de Hugo, néglige de mettre un préservatif . La nuit engloutie de passion est interrompue par une visite à l’urgence hospitalière. Ici le film devient une sorte de mode d’emploi pour la prévention d’infection VIH après des rapports sexuels non protégés. Les auteurs présentent un mélange parfait de l’idéalisme et du réalisme en nous montrant ce qu’il faut faire en même temps que la panique qu’on peut éprouver.
Cet incident dilue la testostérone dans la première partie du film et permet une troisième partie plus calme et romantique. Le film a parcouru le chaud, le froid et enfin arrive à une promenade douce dans la nuit parisienne. Les conversations par lesquelles les protagonistes font plus ample connaissance sont particulièrement touchantes : chaque gay de cette génération s’y voit lui-même, les même angoisses et les mêmes bonheurs, les mêmes doutes et les mêmes désirs. C’est aussi dans cette partie que le film devient trop ambitieux. Si un petit passage consacré à la sérophobie suit logiquement la visite hospitalière, les longues conversations avec un vendeur de kebab syrien sont ostensiblement politiques et narrativement trop forcées. Mais l’idée est toujours valable et réaliste : les vendeurs de nourriture nocturnes sont nos meilleurs amis à la sortie de boîte et on discute d’une façon différente qu’en journée.
Vers la fin, l’ambiguïté des décors, de l’éclairage et des jeux des acteurs crée un effet inattendu sur le registre du film. Certainscroyaient que Hugo allait tuer Théo, comme dans un film d’horreur. Ce n’est peut-être pas un effet voulu, mais quand on ramène les inconnus dans le secret, l’ambiance a parfois un goût de film noir, volontairement ou pas. Et comme dans la dernière séquence, quand le partenaire se montre un peu manipulateur, on est seul à juger s’il s’agit d’une passion d’un instant ou d’une relation malsaine. Heureusement, dans ce film décidément moderne, l’amour ne dure que vingt ans, une période imposée arbitrairement par Hugo et correspondant à la durée de la vie de couple de deux réalisateurs. Mais « Ça vaut le coup », disent-ils.
Théo et Hugo dans le même bateau : Bande-annonce
Théo et Hugo dans le même bateau : Fiche technique
Réalisation : Olivier Ducastel, Jacques Martineau
Scénario : Olivier Ducastel, Jacques Martineau
Interprétation : Geoffrey Couët (Théo), François Nambot (Hugo)
Image : Manuel Marmier
Montage : Pierre Deschamps
Son : Tristan Pontécaille
Musique : Karelle-Kuntur
Décors : Barnabé d’Hauteville
Production : Emmanuel Chaumet
Société de production : Ecce Films
Société de diffusion : Épicentre Films
Genre : Drame romantique
Durée : 97 min
Festivals : Berlinale, Écrans mixtes de Lyon
Dates de sortie : 27 avril 2016
Inédite en France et diffusée en catimini aux Etats-Unis (sur FXX, considérée comme le laboratoire d’expérimentation de FX), la série conçue par Simon Rich a pourtant tout ce qu’il lui faut pour atteindre le statut de culte. Ayant fait ses preuves en tant qu’auteur au Saturday Night Live, cet humoriste a publié à moins de trente ans le roman à sketch « Homme cherche femme et autres histoires d’amour », dont le succès l’a poussé, dès l’année suivante, à concevoir une série se concentrant sur les difficultés de constituer un couple pour les hommes de sa génération.
Synopsis : Tout juste plaqué par sa petite-amie, le petit monde de Josh Greenberg s’effondre autour de lui. Avec l’aide de son meilleur pote Mike et de sa grande sœur Liz, il va tenter de relancer une nouvelle relation amoureuse. De rencarts en rencarts, les plans foireux et les désillusions se multiplient.
L’amour ne serait-elle que pure folie ?
Un sujet pourtant rabâché par un nombre incalculable de sitcoms, sauf que Rich en a mis au point une vision purement déjantée mais très juste, et ce grâce au soutien financier de Lorne Michaels, le fondateur du SNL. Et, même si tous les épisodes tournent autour du même personnage et son entourage, l’autonomie feuilletonnante de chaque histoire apparente une nouvelle fois la série à une succession de vignettes comiques d’une vingtaine de minutes, le format idéal pour explorer un concept sans s’y appesantir ni perdre de rythme.
Ce personnage principal c’est Josh, interprété par Jay Baruchel, révélé dans la série Les années Campus de Judd Appatow et depuis vu dans Tonnerres sous les Tropiques et C’est la fin mais surtout doubleur principal de Dragons 1,2 bientôt 3 et la série. Excellent stéréotype du looser immature, tour à tour hilarant et pathétique, ce jeune homme timide entretient un rapport des plus maladroits envers les femmes, ce qui est brillamment décrit via à un humour surréaliste qui exacerbe jusqu’à l’absurde, chacun des sentiments qui vont traverser sa quête. Ainsi, tout ce que peut ressentir Josh, et à travers lui chacun des spectateurs qui a vécu ces situations de célibataires ou même en couple (car il arrive à Josh de se caser… le temps d’un épisode) est astucieusement illustré à l’écran par un gag jamais gratuit ou est incarné par une créature qui n’aurait jamais trouvé sa place dans une comédie romantique aussi décalée soit-elle. Et l’intelligence de l’écriture sera aussi d’inclure à cette tonalité irrévérencieuse une part touchante de mélancolie, d’étendre le sujet des relations hommes/femmes au-delà du personnage de Josh en adoptant à l’occasion le point de vue d’autres personnages et de ne pas tomber dans une vision machiste de la femme, un épisode s’intitulant d’ailleurs Woman seeking man.
Foisonnants d’idées malgré un budget assez réduit, comme vient le rappeler le générique d’ouverture dans une animation très classique, les épisodes se suivent en accumulant les détournements satiriques les plus rocambolesques des rapports à l’amour dans une société numérisée et individualiste telle que la nôtre. Même si toutes les situations ne sont pas aussi pertinentes, beaucoup d’entre elles offrent leur lot de scènes mémorables. Voir son ex sortir avec Adolph Hitler, recevoir un appel de Barack Obama pour féliciter d’avoir abordé une fille, être jaloux d’un pénis géant qui sympathise avec sa petite-amie ou encore tenir une conférence sur les bienfaits de la masturbation… tant d’exemples de gags What the fuck et innovants qui prouvent que les scénaristes ne manquent pas d’audaceet que même le renouvellement vers une seconde saison n’a pas épuisé leur gout pour les hyperboles les plus culottées. Car, contrairement à ce que l’on pouvait en craindre, la saison deux conserve la même folie créatrice, la même sincérité intimiste mais surtout la même justesse dans son propos, car même si elle est un peu moins émouvante -le contrecoup de la rupture qui servait de point de départ à la saison 1 étant atténué-, on ne peut en aucun cas, comme à beaucoup de séries du même format, lui reprocher de tourner en rond.
Derrière un pitch banal et un humour que d’aucuns qualifieront de crétin, voire de vulgaire, c’est sur une analyse minutieuses des relations hommes/femmes poussées au paroxysme de leur absurdité par des détournements métaphoriques et délirants des codes fantastiques que repose cette excellente surprise qu’est Man Seeking Woman. Espérons que l’on pourra un jour la voir en France…
Man seeking woman : Teaser
Man seeking woman : Fiche technique
Créateur et showrunner : Simon Rich
Autres scénaristes : Robert Padnick, Dan Mirk, Sofia Alvarez, Ian Maxtone-Graham, Marika Sawyer…
Interprétation : Jay Baruchel (Josh Greenberg), Eric André (Mike), Britt Lower (Liz), Maya Erskine (Maggie), Robin Duke (Patti)…
Musique : Allen Simpson
Production : Simon Rich, Lorne Michaels, Jonathan Krisel, Andrew Singer…
Société de production : FX Productions, Broadway Video
Nombre de saisons : 2
Nombre d’épisodes : 2 x 10
Format : 20 minutes
Diffusion U.S.A. : FXX
Diffusion France : _
Genre : Sitcom, Fantastique