La 5ème vague, un film de J Blakeson : Critique

Moins connu que les nombreux livres estampillés « jeunes adultes » qui se voient portés au cinéma, la trilogie de Rick Yancey (dont le troisième tome sera publié dans l’année) a tout de même généré suffisamment de succès outre-Atlantique pour se voir, à son tour, adapté à l’écran.

Synopsis : La Terre a été attaquée par des extra-terrestres qui, en quatre vagues, ont détruit la plupart des humains. Parmi les survivants, la jeune Cassie se voit séparée de son petit frère, qu’elle a juré de protéger, et se lance à sa poursuite lorsqu’elle rencontre un mystérieux protecteur. Parallèlement, et alors qu’une cinquième vague va achever l’extermination de l’Humanité, un groupe de jeunes se forme pour résister à l’ennemi.

Plus convenu de Divergente. Plus cucul que Twilight.

Derrière ce projet, la Columbia a confié la réalisation de La 5ème Vague à J Blakeson, mais s’est surtout assuré une certaine visibilité grâce à la présence en tête d’affiche de Chloë Grace Moretz. Depuis qu’elle est devenue bankable grâce à Kick-ass, la jeune actrice enchaine les projets de réalisateurs de renom (Hugo Cabret, Dark Shadows…), quelques films d’auteur (Sils Maria) ainsi que d’impardonnables navets (Carrie). Amatrice des romans dont le film est tiré, elle s’est lancée dans cette aventure qui sera incontestablement à ranger dans la troisième catégorie. Même si le pitch peut laisser présager d’un film de science-fiction plus musclé que Les Âmes Vagabondes et que la scène d’ouverture semble nous plonger dans un univers post-apocalyptique pour une intrigue survivaliste telle que la série The Walking Dead les a rendues populaires, la tournure du scénario et la platitude de la mise en scène nous font peu à peu réaliser à quel point le film n’a strictement rien à sauver.

Respectant à la virgule près les règles de la structure narrative classique, le premier tiers du film est voué à la mise en situation. Sans toutefois réussir à creuser ses personnages au-delà des clichés les plus consensuels, il s’agit sans nul doute de la partie la plus intéressante du long-métrage, grâce à des scènes de destruction massive profitant d’effets spéciaux acceptables. Une demi-heure sous le signe du film catastrophe qui satisfera donc les amateurs du cinéma de Roland Emmerich. Et bien que sa rapidité d’adaptation fasse perdre beaucoup aux enjeux que voudrait avoir le film, la confrontation de Cassie, cette gamine bien trop stéréotypée, à une situation extraordinaire est une allégorie particulièrement peu subtile du passage à l’âge adulte qui peut toutefois laisser un dernier espoir de voir une histoire qui s’éloigne de toutes ces variations dystopiques pour ados ultra-calibrées qui défendent avec le pire des cynismes le pouvoir de l’émancipation. Mais la suite du scénario ira justement nous prouver que c’est dans cette voie aseptisée et hypocrite qu’il se fourvoie avec des gros sabots, et ce particulièrement grâce au soi-disant (car prévisible au moins une demi-heure plus tôt) rebondissement majeur sur la nature des méchants, personnalisés ici par un Liev Schreiber qui n’y croit pas une seconde (on a de la peine pour lui quand on sait qu’il est en même temps dans l’excellent Spotlight). Parmi les éléments devenus l’un des pires poncifs de ce sous-genre, l’idée de voir des enfants se faire transformer en machines à tuer est ici particulièrement malsaine tant le discours en faveur de l’auto-défense et du maniement des armes à feu manque de subtilité.

Mais le pire n’est pas dans la sous-intrigue entourant le conditionnement des ados par l’armée, et dont le personnage est campé par Nick Robinson (aperçu dans Jurassic World), mais bel et bien dans celle qui nous fait suivre Cassie. Pendant que ses amis se retrouvent conditionnés par des militaires, elle fait la connaissance du brave Evan Walker, qui répond à tous les archétypes du gentil héros américain (interprété par Alex Roe, dont la ridicule scène torse nu assurera l’adhésion des midinettes auxquelles s’adressent le film), impeccable sous tous rapports. Se tisse entre eux une relation qui elle-aussi répond aux normes les plus classiques de la partie « romantique » attendues d’une telle production infantilisante. Et, d’un coup d’un seul, suite à un rebondissement des plus rocambolesques qui survient en même temps que celui sur les militaires, ce personnage  se retrouve limité à des répliques dont la mièvrerie ferait passer tout ce qui a précédé pour du Baudelaire. Se multiplient alors de déplorables tirades sur « le pouvoir de l’amour et ses bienfaits pour sauver l’Humanité contre les aliens ». C’est ainsi que démarre un dernier tiers où tous les pires reproches que l’on puisse faire aux Hunger Games, Nos Etoiles Contraires et autres films pour teenagers américains se retrouvent condensés. Incohérences, sentimentalisme à l’eau de rose croupie, manque de crédibilité et de surprise, personnages caricaturaux et dialogues mal écrits… tout est là pour faire plonger ce film d’invasion dans les tréfonds de la crétinerie. Un niveau d’écriture qui s’accorde à merveille avec le peu de moyens que se donne la mise en scène plan-plan qui ne réussit à donner corps à aucun passage, aucune intensité ni émotions, le tout accompagné d’une bande originale lourdingue.

Plus le film avance, plus il s’effondre dans les travers le plus convenus et les plus naïfs de son scénario déjà-vu, qui ne réussit qu’à grossir la puérilité du roman dont il est tiré. Le résultat en est indubitablement le premier navet de cette année 2016 et la preuve que la formule young adult a atteint ses limites.

La 5ème vague – Fiche technique:

Etats-Unis – 2016

Titre originel : The 5th Wave
Réalisation: J Blakeson
Interprétation: Chloë Grace Moretz (Cassie), Alex Roe (Evan Walker), Zackary Arthur (Sammy), Nick Robinson (Ben Parish), Liev Schreiber (Colonel Vosch)…
Scénario: Susannah Grant, Akiva Goldsman, Jeff Pinkner d’après l’oeuvre de Rick Yancey
Musique: Henry Jackman
Montage: Paul Rubell
Photographie: Enrique Chediak
Décors : Jon Billington
Producteurs : Tobey Maguire, Graham King, Lynn Harris, Matthew Plouffe, Tim Headington
Production: Columbia Pictures
Distribution: Sony Pictures Releasing France
Durée: 117 minutes
Genre: Comédie
Date de sortie: 27 janvier 2016

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Aaahh Belinda : pépite féministe du cinéma turc

Fort d’un dispositif mêlant confusion des réalités et dédoublement des identités, Aaahh Belinda d’Atıf Yılmaz s’affirme comme un conte féministe moderne, à la croisée de la comédie, du fantastique et de la fable allégorique. Derrière une esthétique parfois modeste, le film révèle une richesse de lecture et une portée politique affirmée : en faisant basculer Serap dans la vie de Naciye, il montre combien le quotidien constitue à la fois le lieu de la domination et le premier espace de résistance.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.
Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.