Nina Forever, un film de Chris & Ben Blaine : Critique

Encore un film anglais totalement barré mais qui ne vous laissera pas de marbre et risque de vous travailler pendant un bon moment !
Nina Forever c’est ce genre de film difficile à classer entre comédie horrifique, drame psychologique et romance psychédélique. Le genre qui vous laisse dubitatif mais vous scotche à l’écran tant vous voulez comprendre où le réalisateur a voulu en venir et jusqu’où il va bien pouvoir vous emmener.

Synopsis : Après le décès de sa petite-amie Nina, Rob entame une relation avec la jeune et sexy Holly. Mais Nina revient d’entre les morts pour semer le trouble dans le nouveau couple…

Nina Forever : une histoire d’amour ? 

Est-ce une histoire d’amour ? Si oui, de quel couple s’agit-il ? Là est la question.
Le spectateur assiste désemparé à la mise en place d’un triangle amoureux d’une nature étrange. Dans les bras de la jeune Holly (éblouissante Abigail Hardingham), Rob (Cian Barry) se console de la perte de sa défunte petite amie, Nina (Fiona O’Shaughnessy, sulfureuse et piquante), morte dans un accident de voiture pour le moins violent – en témoignent le sang et la guibolle disloquée de son fantôme. Mais l’ex en question n’est pas prête à laisser sa place à la nouvelle prétendante. Loin de là. Et elle intervient à chaque fois au moment crucial que sont leurs ébats.
Telle une Vénus sortant des eaux, Nina, totalement nue, émerge lentement d’une mare de sang et s’épanouit avec grâce parmi les draps blancs. Draps qui deviendront rouges par la suite pour des raisons pratiques et sans nul doute métaphoriques. Le rouge est la couleur de la passion, certes mais il symbolise aussi l’omniprésence et l’emprise du fantôme. Et rouge est la couleur des serviettes de bain, des fleurs et du T-shirt de Nina que Rob conserve si précieusement… La symbolique est très présente dans ce film macabre au visuel envoûtant.

Femmes fatales :

Nina prend alors de plus en plus d’ampleur au sein du couple et creusant sa place dans l’esprit de la jeune Holly qu’elle effraie et attire tout à la fois. Sa présence et sa toute-puissance sont autant de qualités dont elle dépouille lentement son ancien amant. En effet, plus on avance dans le récit et plus Rob, au départ idéalisé par Holly, se montre tel qu’il est véritablement : faible, apeuré, inutile.
Car tout ce qui faisait l’attrait du jeune homme aux yeux de Holly résidait dans sa dépendance à Nina, son dévouement, sa culpabilité et sa mélancolie. Et c’est bien ce jeune garçon sombre et mystérieux du début du film qui avait séduit la curieuse et morbide Holly. Mais une fois le voile levé sur le personnage, Rob apparaît comme un être triste, sans ambition (il a un doctorat mais travaille dans un supermarché), nuisible et lâche ! Nina s’impose comme l’essence même de sa personnalité, l’étincelle du couple et la flamme qui attire tant Holly.
En fait, Nina domine son ancien amant dans la plupart des scènes de confrontations et même quand Rob trouve le courage de lui répondre, le dernier mot reste pour le fantôme. La mère de la défunte (une extension de Nina qui tente de séduire le jeune homme) garde elle aussi le contrôle sur Rob, soumis et dépendant à son ancienne belle-famille mais carrément insupportable aux yeux du père qui finira par lui balancer ses quatre vérités.

Nina Forever est partout, gravée au creux du bassin de Holly comme un pacte scellé avec le diable, gravée dans sa tête, dans son subconscient, lui montant le crâne contre la gente masculine. S’agit-il d’un film féministe ou seulement fataliste ? Il est vrai que ces dames sont placées sur le devant de la scène et que les hommes sont mis à mal ! Nina est prépondérante, fantasmagorie hégémonique et son discours s’adresse exclusivement à Holly. Elles forment presque un couple qui exclut Rob inévitablement. Dans l’une des scènes, Nina ira jusqu’à cacher le visage de cet homme rabaissé, ignoré, quasi humilié. Est-elle une âme sœur ou une personnification démoniaque ? Une interview prochaine des réalisateurs devrait nous en dire davantage…

Toujours est-il que Nina Forever perturbe et fait couler de l’encre ; c’est ce qui nous a plu d’emblée dans ce film déjanté et très perspicace des Frères Blaine. Et l’humour sooo british est rehaussé par la performance intuitive et « couillue » des deux actrices Abigail Hardingham (prochainement dans Sasquatch) et Fiona O’Shaughnessy (Alexandre, Malice in Wonderland, la série Utopia). Un duo pervers au charme irrésistible !

Nina Forever : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=1IokJt_05co

Fiche Technique : Nina Forever

Réalisateurs : Chris & Ben Blaine
Scénario : Chris & Ben Blaine
Interprétation : Abigail Hardingham (Holly), Cian Barry (Bob), Fiona O’Shaughnessy (Nina), Elizabeth Elvin (Sally), Sean Michael Verey (Josh), David Troughton (Dan)…
Production : Epic Pictures, Jeva Films, Charlie Productions, The Ark Movie Fund, Brand & Deliver, Casualties Bureau
Musique : Vicki Williams
Costumes :Imogen Loveday
Maquillage : Saffron Powell
Effet spéciaux : Liam Doyle, Dan Martin
Effets visuels : Lee Holmes, Matthew Jones, M.J. McMahon, Daniel Stenhouse
Durée : 98′
Genre : Romance, fantastique
Sortie internationale : Janvier 2016 (Japon), Février 2016 (USA), Mars (Luxembourg), pas de date prévue pour la France
Sortie DVD et Blu-Ray : 22 Février 2016 (Royaume-Uni)

Récompenses : BIFA, frightest Awards, Méliès d’argent au Lund International Film Festival, Press Award au Festival du Film Morbide, Meilleure réalisation au Toronto After Dark, Wonderland Award Trieste Science, Festival de Fiction, Melbourne Underground Film Festival, Meilleur Film étranger au Another Hole in the Head Festival.

Royaume-Uni – 2015

Festival

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Kristell Guerveno
Kristell Guervenohttps://www.lemagducine.fr/
Ancienne enseignante férue d'histoires et de films en tout genre, j'adore partager mes passions et faire rêver mon entourage. Avant de me consacrer à l'éducation, j'avais étudié les lettres et le cinéma.

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