Man seeking woman, une série de Simon Rich : Critique

Inédite en France et diffusée en catimini aux Etats-Unis (sur FXX, considérée comme le laboratoire d’expérimentation de FX), la série conçue par Simon Rich a pourtant tout ce qu’il lui faut pour atteindre le statut de culte. Ayant fait ses preuves en tant qu’auteur au Saturday Night Live, cet humoriste a publié à moins de trente ans le roman à sketch « Homme cherche femme et autres histoires d’amour », dont le succès l’a poussé, dès l’année suivante, à concevoir une série se concentrant sur les difficultés de constituer un couple pour les hommes de sa génération.

Synopsis : Tout juste plaqué par sa petite-amie, le petit monde de Josh Greenberg s’effondre autour de lui. Avec l’aide de son meilleur pote Mike et de sa grande sœur Liz, il va tenter de relancer une nouvelle relation amoureuse. De rencarts en rencarts, les plans foireux et les désillusions se multiplient.

L’amour ne serait-elle que pure folie ?

Un sujet pourtant rabâché par un nombre incalculable de sitcoms, sauf que Rich en a mis au point une vision purement déjantée mais très juste, et ce grâce au soutien financier de Lorne Michaels, le fondateur du SNL. Et, même si tous les épisodes tournent autour du même personnage et son entourage, l’autonomie feuilletonnante de chaque histoire apparente une nouvelle fois la série à une succession de vignettes comiques d’une vingtaine de minutes, le format idéal pour explorer un concept sans s’y appesantir ni perdre de rythme.

Ce personnage principal c’est Josh, interprété par Jay Baruchel, révélé dans la série Les années Campus de Judd Appatow et depuis vu dans Tonnerres sous les Tropiques et C’est la fin mais surtout doubleur principal de Dragons 1,2 bientôt 3 et la série. Excellent stéréotype du looser immature, tour à tour hilarant et pathétique, ce jeune homme timide entretient un rapport des plus maladroits envers les femmes, ce qui est brillamment décrit via à un humour surréaliste qui exacerbe jusqu’à l’absurde, chacun des sentiments qui vont traverser sa quête. Ainsi, tout ce que peut ressentir Josh, et à travers lui chacun des spectateurs qui a vécu ces situations de célibataires ou même en couple (car il arrive à Josh de se caser… le temps d’un épisode) est astucieusement illustré à l’écran par un gag jamais gratuit ou est incarné par une créature qui n’aurait jamais trouvé sa place dans une comédie romantique aussi décalée soit-elle. Et l’intelligence de l’écriture sera aussi d’inclure à cette tonalité irrévérencieuse une part touchante de mélancolie, d’étendre le sujet des relations hommes/femmes au-delà du personnage de Josh en adoptant à l’occasion le point de vue d’autres personnages et de ne pas tomber dans une vision machiste de la femme, un épisode s’intitulant d’ailleurs Woman seeking man.

Foisonnants d’idées malgré un budget assez réduit, comme vient le rappeler le générique d’ouverture dans une animation très classique, les épisodes se suivent en accumulant les détournements satiriques les plus rocambolesques des rapports à l’amour dans une société numérisée et individualiste telle que la nôtre. Même si toutes les situations ne sont pas aussi pertinentes, beaucoup d’entre elles offrent leur lot de scènes mémorables. Voir son ex sortir avec Adolph Hitler, recevoir un appel de Barack Obama pour féliciter d’avoir abordé une fille, être jaloux d’un pénis géant qui sympathise avec sa petite-amie ou encore tenir une conférence sur les bienfaits de la masturbation… tant d’exemples de gags What the fuck et innovants qui prouvent que les scénaristes ne manquent pas d’audace et que même le renouvellement vers une seconde saison n’a pas épuisé leur gout pour les hyperboles les plus culottées. Car, contrairement à ce que l’on pouvait en craindre, la saison deux conserve la même folie créatrice, la même sincérité intimiste mais surtout la même justesse dans son propos, car  même si elle est un peu moins émouvante -le contrecoup de la rupture qui servait de point de départ à la saison 1 étant atténué-, on ne peut en aucun cas, comme à beaucoup de séries du même format, lui reprocher de tourner en rond.

Derrière un pitch banal et un humour que d’aucuns qualifieront de crétin, voire de vulgaire, c’est sur une analyse minutieuses des relations hommes/femmes poussées au paroxysme de leur absurdité par des détournements métaphoriques et délirants des codes fantastiques que repose cette excellente surprise qu’est Man Seeking Woman. Espérons que l’on pourra un jour la voir en France…

Man seeking woman : Teaser

Man seeking woman : Fiche technique

Créateur et showrunner : Simon Rich
Autres scénaristes : Robert Padnick, Dan Mirk, Sofia Alvarez, Ian Maxtone-Graham, Marika Sawyer…
Interprétation : Jay Baruchel (Josh Greenberg), Eric André (Mike), Britt Lower (Liz), Maya Erskine (Maggie),  Robin Duke (Patti)…
Musique : Allen Simpson
Production : Simon Rich, Lorne Michaels, Jonathan Krisel, Andrew Singer…
Société de production : FX Productions, Broadway Video
Nombre de saisons : 2
Nombre d’épisodes : 2 x 10
Format : 20 minutes
Diffusion U.S.A. : FXX
Diffusion France : _
Genre : Sitcom, Fantastique

Etats-Unis / Canada – 2014

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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