Accueil Blog Page 668

TCM CINÉMA PROGRAMME : Diamants sur Canapé, un film de Blake Edwards : Critique

La rencontre entre Audrey Hepburn et Blake Edwards ne pouvait aboutir qu’à une œuvre dont le charme semble aussi éternel qu’un diamant, mais dont il serait dommage d’oublier le sous-texte subversif.

A retrouver sur TCM Cinéma et TCM à la demande à partir du 30 juillet 2016

Synopsis : Alors qu’il  s’installe dans un appartement New-Yorkais huppé, Paul Varjak se fascine pour sa belle voisine, Holly Golightly, une jeune femme charmante et mondaine mais entourée d’une aura de mystère. Tandis que leur carapace respective va s’effriter, au gré de révélations sur leur passé et de prises de conscience sur leur comportement futile, leur relation amicale va se muer en passion.

Le glamour à la fois décalé et mélancolique

Même si Truman Capote, l’auteur de la nouvelle homonyme publiée en 1958 dont le scénario est adapté, avait insisté pour que le rôle de Holly soit tenu par Marilyn Monroe, le recul qu’on a aujourd’hui sur le choix des producteurs de faire appel à Audrey Hepburn, devenue une star oscarisée grâce à Vacances Romaines huit ans plus tôt, rend indéniable qu’il a énormément contribué à l’aura du film. D’abord parce que c’est l’actrice qui a fait embaucher Blake Edwards, plutôt que John Frankenheimer un temps envisagé mais dont elle n’avait « pas entendu parler ». Mais surtout parce que c’est immanquablement la rencontre improbable entre la fragilité que dégage naturellement la belle Audrey et le sens du burlesque propre à Edwards qui fit de Breakfast at Tiffany’s un renouveau dans le domaine de la comédie romantique. Dès la scène d’ouverture, qui a donné son titre au film puisqu’on y voit Holly, vêtue de la célèbre petite robe noire créée pour l’occasion par Givenchy (un autre choix fort profitable de Hepburn), déjeuner face à la vitrine du joaillier de la 5ème rue de New-York, le personnage apparait comme détaché des réalités du commun des mortels, du fait de sa solitude et de la façon dont on devine chez elle une envie, presque sexuelle, de franchir le pas pour pénétrer dans cette boutique, fruit de tous ses fantasmes.

Un classique d’une étonnante modernité

C’est le développement de ces deux thématiques présentes dès l’incipit qui a permis au long-métrage d’être, plus qu’une screwball comedy narrant une banale histoire d’amour, un reflet délicieusement amer du modèle américain et de l’expectative difficile de voir s’y former un couple sain, selon la définition puritaine du concept marital. Le besoin d’argent, plutôt que celui de combler un quelconque manque affectif pourtant bien présent, est le seul point commun qui semble lier les deux protagonistes. En devenant le voisin et en observant le comportement volage de la ravissante Holly, Paul va ainsi remettre en question son propre de mode de vie, celui d’un artiste sans inspiration dont l’unique ressource pécuniaire lui vient de sa riche maitresse. En un mot, quoique jamais assumé dans le film, un gigolo. On pourra regretter que, face au charisme magnétique de sa partenaire, George Peppard ne réussisse pas à faire rayonner son personnage comme l’aurait fait un Cary Grant ou un Gregory Peck. Ceci-dit, le rapport de force entre les deux personnages, qui semble –artificialité assumée oblige– dépendre directement du charisme de leur interprète, ne fait finalement que conforter la volonté avérée d’inverser le schéma classique, et un peu niais, du genre qui avait habitué le public de l’époque à voir une belle jouvencelle s’émanciper au contact d’une figure masculine forte.

Dans la conception du personnage de Holly –qui malgré ce (faux) nom n’a rien d’une sainte–,  Diamants sur Canapé propose une vision de la femme, libérée tant financièrement que sexuellement mais n’apparaissant jamais comme grossière, qui, à sa sortie en 1961, bafouait les standards hollywoodiens et qui, avec plus d’un demi-siècle de recul, mérite parfaitement le qualificatif de « proto-féministe ». Il ne serait même pas de trop que d’affirmer que ce petit bout de femme ait été implicitement un des modèles fondateurs à toute cette génération de femmes qui ont fait des années 60 un tournant dans la lutte pour leur émancipation dans la société phallocrate d’après-guerre. Sur la forme, c’est également grâce au choix d’Audrey Hepburn plutôt que de Marilyn Monroe, de l’élégance plutôt que du sex-appeal, que le film gagne dans sa volonté de renouveler la place de la femme dans l’imagerie et la narration classiques de la comédie romantique. A l’inverse des figures tutélaires américaines du genre, en tête desquelles trônait New-York-Miami (1934), c’est à présent à travers le regard de l’Homme, naïf et honnête à son égard, que l’on observe les failles de cette Femme moderne, dissimulant sa détresse intérieure derrière ses mensonges et son extravagance. La mise en scène est en cela brillante qu’elle appuie merveilleusement l’enfermement dans lequel Paul reproche à Holly de se mettre elle-même, la filmant régulièrement en intérieur, ou en surcadrage à travers une vitrine, une cage d’escaliers ou bien encore une fenêtre. Que ce ne soit pas le cas lors de la célèbre scène chantée participe d’ailleurs à en faire un passage d’une bouleversante sincérité, un moment d’évasion vis-à-vis des conventions superficielles de cette société dont elle et le public avaient tant besoin.

Capote-Edwards-Hepburn, le trio gagnant… transformé en quatuor légendaire par Mancini

De l’aveu du réalisateur, la scène dans laquelle Holly organise une fête chez elle lui a inspiré le point de départ de son célèbre The Party qu’il réalisera sept ans plus tard. Il est certain que, dans sa filmographie, Breakfast at Tiffany’s apparait comme sa première réalisation s’écartant de la mécanique du slapstick au profit d’une sophistication better than life d’une qualité telle qu’elle reste encore aujourd’hui un modèle incontournable. Certains automatismes qualifiables de cartoonesques restent pourtant présents dans son film, dont le plus flagrant est irrémédiablement cet improbable personnage de Mickey Rooney grotesquement grimé en voisin japonais acariâtre. Car la part de drame socio-psychologique que le scénario tire du roman n’est pas uniquement drapée par la sensualité rayonnante de son actrice, il est également allégé par la fantaisie surréaliste et la tonalité jazzy de cette réalisation qui en firent l’un des tout premiers « films pop ». Selon la légende hollywoodienne, c’est parce que les agents d’Audrey Hepburn refusèrent de voir leur protégée prêter ses traits à une call-girl délurée que, dans un premier temps ils l’empêchèrent de lire le texte original, et que dans un second temps, ils insistèrent auprès de Blake Edwards pour que son film puisse être qualifié de burlesque et en aucun cas de provocateur. C’est d’ailleurs dans ce sens, tout en légèreté, que va la bande-annonce si-dessous. La moindre charge érotique étant de toute façon rendue inenvisageable par le code Hays encore en vigueur, il a fallu au réalisateur faire preuve d’une délicatesse extrême qui, encore une fois, va atteindre son moment de grâce dans la fameuse scène où il fit chanter à la douce Audrey, peu sûre d’elle, la splendide chanson Moon River, composée pour l’occasion par Henry Mancini, dans ce petit timbre de voix qui, à lui-seul, a pleinement mérité sa place dans la légende du 7ème art.

Diamants sur Canapé : Bande-annonce (VO)

Diamants sur Canapé : Fiche technique

Titre original : Breakfast at Tiffany’s
Réalisation : Blake Edwards
Scénario : George Axelrod d’après la nouvelle Breakfast at Tiffany’s de Truman Capote
Interprétation : Audrey Hepburn (Holly Golightly), George Peppard (Paul Varjak), Patricia Neal (Mme Failenson), Mickey Rooney (M. Yunioshi), Jose Luis de Villalonga (José da Silva Pereira)…
Image : Franz Planer
Montage : Howard A. Smith
Musique : Henry Mancini
Direction artistique : Roland Anderson
Costumes : Edith Head, Hubert de Givenchy
Décors : Sam Comer, Ray Moyer
Production : Martin Jurow, Richard Shepherd
Société de production : Jurow-Shepherd, Paramount Pictures
Budget : 2 500 000 $
Société de distribution : Splendor Films
Récompenses : Oscars 1962 de la Meilleure musique originale à Henry Mancini et de la Meilleure chanson originale pour Moon River écrite par Johnny Mercer et composée par Henry Mancini
Genre : Comédie romantique, comédie dramatique
Durée : 113 minutes
Date de sortie : 17 janvier 1962

Etats-Unis – 1961

 

BoJack Horseman : la saison 3 disponible sur Netflix le 22 Juillet

0

BoJack Horseman débarque le 22 Juillet sur vos écrans pour une saison 3

BoJack Horseman, la série d’animation décalée ciblant un public mature, fait son grand retour dès le 22 Juillet dans 12 nouveaux épisodes pour le plus grand bonheur des abonnés Netflix.

Lors de cette troisième saison, BoJack Horseman, star has-been d’une sitcom des années 80 (Horsin’ Around), sera confronté à des problèmes d’héritage. Son horizon professionnel à Hollywood va néanmoins s’éclaircir. Son rôle pour son grand retour sur les écrans dans un biopic lui a valu d’obtenir une place de choix dans la course aux Oscars.

BoJack sera confronté à des choix cornéliens : tiraillé entre l’image qu’il souhaite laisser à ses admirateurs et celle qu’il renvoie à ses proches.

BoJack Horseman est un argument de choc pour le catalogue de Netflix en cette période estivale avec l’arrivée de la saison 3 dès le 22 Juillet. Ce programme décalé est un bon moyen d’occuper les quelques rares soirées pluvieuses de cet été !

La série animée a été créée par Raphael Bob-Waksberg. Le design de la série a été le fruit du travail de l’artiste Lisa Hanawalt. L’animation a été confiée au studio Shadow Machine basé à Los Angeles.

Le casting vocal de BoJack Horseman réunit des actrices et des acteurs prestigieux pour le plus grand bonheur des amateurs de séries en version originale : Will Arnett (Arrested Development, Up All Night) dans le rôle de Bojack Horseman, Aaron Paul (Breaking Bad) dans le rôle de Todd Chavez, Amy Sedaris (Chef, Unbreakable Kimmy Schmidt) dans le rôle Princesse Carolyn, Alison Brie (Mad Men, Community) dans le rôle de Diane Nguyen ou bien encore Paul F. Tompkins (There Will Be Blood, Bajillion Dollar Properties)  dans le rôle de Mr Peanutbutter.

Will Arnett et Aaron Paul sont producteurs exécutifs de la série.

Les douze nouveaux épisodes de la saison 3 de la série animée BoJack Horseman seront donc disponibles dès le 22 Juillet sur la plateforme Netflix.

 

 

 

Retrospective David Fincher: le mastermind d’Hollywood

0

Il a relooké le thriller avec Seven, offert à Brad Pitt ses rôles les plus marquants avec Fight Club et Benjamin Button et transformé Daniel Craig en infatigable reporter dans Millenium. Forcément, il ne pouvait que nous plaire. Focus sur l’âme la plus tourmentée d’Hollywood : David Fincher.

Des cheveux poivres et sels, une paire de lunettes cerclant des yeux fins et calculateur et un ton froid : rencontrer David Fincher est toujours une petite déconvenue en soi. Il faut dire que sous cet apparat de banquier scrupuleux se cache l’un des cinéastes les plus lucides et caustiques de son temps. Une image forcément triviale quand on la compare à sa réputation (monstrueuse), mais une image avant tout. Car David Fincher, outre d’en faire, les contrôle. Notamment la sienne. Pas question donc de le parquer dans une case, comme le font tous les journalistes. La seule image qu’on pourra tirer de l’américain sera celle qu’il veut bien laisser transparaitre : celle d’un homme secret, lucide mais surtout modeste.

Un désir palpable.

Issu d’une mère psychiatre et d’un père bourlinguant pour le compte de Life Magazine, le petit David nait en 1962. La même année que la crise des missiles de Cuba. Contraint de suivre son père, David voit du pays dès son plus jeune âge. Le Colorado d’abord. La Californie ensuite. Et finalement l’Oregon. Déplacé, déphasé, la jeunesse du réalisateur n’est donc pas aussi idyllique que pourrait l’être celle des enfants de son âge. Heureusement, et ce sans doute pour sortir de sa torpeur, il sait raconter des histoires. Mieux encore : il les filme. Dès 1970, et après le visionnage de Butch Cassidy et le Kid – de son aveu, l’un de ses films préférés-, il emprunte la caméra 8MM de son père et s’improvise réalisateur. «A star is born» comme diraient les américains. Délaissant alors les salles de cours pour celles obscures, le cinéaste en herbe commence à comprendre que sa voie est (presque) toute tracée. Ne reste qu’à faire ses preuves.
Et c’est sur les films de John Korty que le natif de Denver s’illustre. Technicien à tout faire, Fincher écume alors les plateaux de tournages, trouvant toujours une occasion de faire montre de ses capacités, que ça soit pour fignoler des décors, corriger des maquettes ou même aider au montage. Des efforts titanesques loin s’en faut, qui finissent par payer, puisque en 1980 (il a alors 18 ans), Fincher est embauché par I.L.M, la société d’effets spéciaux de George Lucas.
Au sein d’ILM, il vit un rêve éveillé : le voilà lui, le garçon du Colorado, qui travaille sur Le Retour du Jedi (1983) et Indiana Jones et le Temple Maudit (1984). De solides références, qui une fois couchées sur papier, le convaincront de tracer sa voie. Tout seul. Et c’est paradoxalement dans le milieu de la télévision (plus précisément la publicité) qu’il fait son trou. D’abord un spot de sensibilisation contre le cancer pour le compte de l’American Cancer Society, puis succès aidant, une flopée de pubs pour les plus grandes marques de l’époque : Pepsi, Levi’s, Nike ou encore Sony. De quoi l’imposer aux yeux de figures de la musique, comme le réalisateur ultime pour leur clip. Les Gipsy King (Bamboleo), les Stones (Love is Strong), Madonna, Aerosmith, Billy Idol, et même Michael Jackson, tous succombent au talent de Fincher qui se retrouve rapidement propulsé tête de gondole de la réalisation de clips outre-Atlantique. Mais le crédo de Fincher, ça n’est pas la musique, c’est le grand écran. Et après avoir vaillamment fait ses armes, le temps est venu pour lui de se frotter au cinéma avec un grand C.

Des débuts difficile.

Comble de l’audace, il choisit pour ses débuts, la grande porte. Sous la houlette de la Fox, il est ainsi chargé de mettre en boite Alien 3. Faisant fi de la pression que de passer après Ridley Scott et James Cameron, Fincher n’en démord pas. : il souhaite arriver à livrer sa version du monstre crée par H. R. Giger. Manque de pot, de nombreux désaccords entre les studios et lui émaillent le tournage et le montage. De son aveu sacrifiée, la fin du film est ainsi retournée, ce qui ne manque pas de le voir fustiger la Fox et carrément renier son travail. Et le résultat dans tout ça?  Son film, poisseux et froid en diable, mais surtout fauché, sera à la lisière de l’expérience schizophrène : il aura pu tâter les rouages d’un gros studio et confirmer son talent naissant, mais se sera surtout brûlé les ailes, quitte à faire naitre en lui un sentiment de véhémence particulièrement puissant. Plus qu’un film, Alien 3 sera alors une leçon pour l’américain. Dorénavant, son avenir se fera au détriment des studios, qu’il juge responsables de cette douloureuse expérience. Malin, il décide donc de viser moins haut pour son prochain film. Décliné par David Cronenberg, il se jette sur un scénario intitulé Se7en. Le pitch ? Deux inspecteurs que tout oppose, l’un vieux briscard aux portes de la retraite et l’autre, jeune et téméraire, se lancent sur la piste d’un serial killer adepte des méfaits calqués sur les 7 péchés capitaux. A la fois sordide et maitrisé, le film impressionne. Rugueux, haletant, poisseux, Se7en est autant un moyen pour le cinéaste de réinventer le genre, que de coucher tout son pessimisme sur l’écran. A l’arrivée, le film est un carton. Succès critique et public, Se7en se paie le luxe d’influer carrément sur les thrillers post 1995, qui conserveront, sans doute pour obtenir le même succès, cette veine noirâtre et malsaine.

Mais Fincher n’a pas le temps de se soucier du courant qu’il a généré. Courtisé de toute part, le cinéaste est en effet déjà affairé sur son nouveau projet, rendu diablement plus facile à financer depuis lors : The Game. Conçu comme un gigantesque puzzle que résout un Michael Douglas imbu de sa personne en milliardaire prétentieux et arrogant, le film est la preuve que le plus grand terrain de jeu du cinéaste demeure encore notre cerveau. Labyrinthique, nébuleux, le long-métrage éblouit encore tant par sa maitrise que son propos (subtil reflet de la vacuité de notre société où se côtoient métaphores et autres symbolisme) et semble affirmer le penchant qu’à Fincher à dessouder la société. Une manie qu’il prendra le soin d’amplifier pour ce que le grand public considère comme son indétrônable chef d’œuvre : Fight Club. Libre adaptation du roman éponyme de Chuck Palahniuk, Fight Club se veut comme un profond réquisitoire envers la société de consommation et le diktat qu’elle assène sur nos vies. La réalité est cela dit tout autre : Fincher tire à boulet rouge sur le milieu qui l’a engendré, la publicité, et se complait à perturber son spectateur, comme pour mieux l’éloigner du dénouement final, devenu référence obligée sitôt qu’on évoque les twist au cinéma. Du génie cérébral, Fincher se mue en manipulateur de renom. Un double statut qui n’efface pourtant pas l’échec rencontré en salle par le film, et qui le contraint d’accepter ce que l’on appelle dans le milieu, un film de commande : Panic Room. Récit d’enfermement doublé d’une prouesse visuelle, le film, bien qu’aidé par un casting poids-lourd (Jodie Foster, Kristen Stewart, Forrest Whitaker, Jared Leto), peine à convaincre par l’usage excessif de la forme, réduisant bien vite le fond à un huis-clos tout ce qu’il y a de plus banal. Cela dit, même si le fond peut faire défaut, le génie visuel de Fincher s’affirme et on sent l’influence de la publicité chez le cinéaste, qui n’aura de cesse de briser les murs (littéralement) pour faire s’engouffrer la caméra dans des recoins littéralement impossibles. On notera d’ailleurs que cette volonté de s’engouffrer partout le narguera. De 2002 à 2007, il tente sans succès de lever plusieurs projets : un film sur des skaters qu’il ne fera que produire (Les Seigneurs de Dogtown) et le 3ème volet de Mission Impossible, duquel il choisira de s’éloigner après qu’il ait affronté le refus de Tom Cruise de modifier des éléments du scénario. La frustration aidant, Fincher reviendra avec l’un des films les plus intéressants et anecdotiques de sa filmographie : Zodiac. Consacré au célèbre tueur de Californie ayant sévi dans les 60’s/70’s, le film est voulu comme une immense chasse à l’homme. Enquête, jeux de pistes : tout le film respire l’aura de Fincher, qui avec ce film, fait montre d’un talent d’archiviste hors du commun tout en faisant état d’une obsession pour les cadres. Tour à tour sépia, bleu métalliques ou verdâtres, ses images épousent à la perfection cette enquête poissarde et interminable, duquel, comble de l’audace, nous ne verrons jamais la fin, Fincher laissant le spectateur en sursis à l’instar de son personnage principal. Une prouesse qui sera d’ailleurs décisive pour le natif du Colorado, puisque son film est sélectionné au Festival de Cannes, au sein de la Compétition Officielle. S’il ne repartira pas avec avec la célèbre Palme, la victoire reste néanmoins totale pour lui: il a acquis la reconnaissance du milieu.

Fincher au sommet.

Désormais au sein du gotha de la profession, il peut alors se tourner vers des projets plus atypiques. Il faudra ainsi seulement attendre un an avant de le voir arpenter à nouveau, un plateau de tournage. Retrouvant Brad Pitt pour l’occasion, il décide d’adapter la nouvelle de Francis Scott Fitzgerald, L’Etrange Histoire de Benjamin Button. Ou comment voir un homme (Brad Pitt) naitre dans le corps d’un vieillard et vivre sa vie à l’envers. Autant histoire d’amour que portrait sans far d’une génération, de Pearl Harbour à l’ouragan Katrina, le film épouse encore une fois le crédo du cinéaste : visuellement magnifique et thématiquement riche. Suffisamment en tout cas pour attirer l’oeil de l’Académie des Oscars qui en fait rapidement l’un de ses favoris pour la cérémonie 2010. Nommé 13 fois, le film ne récoltera pourtant que 3 statuettes dites « techniques ». Autant dire une sacrée déception pour Fincher, qui pour la première fois concourrait à la meilleure réalisation. Mais ça serait mal le connaitre que de penser que cet échec le mettra à genoux. Mieux encore, ça va le motiver davantage. Et un an après, le voilà qui dégaine The Social Network. Narrant la fondation du réseau social Facebook par l’entremise de Mark Zuckerberg (Jesse Eisenberg) et Eduardo Saverin (Andrew Garfield), The Social Network ausculte une génération mal dans sa peau. En quête d’identité et gangrenée par l’idée d’un monde malléable et docile, la jeunesse américaine dépeinte dans le long-métrage inquiète autant qu’elle ne fascine et laisse à penser que Fincher, sans doute loin de sa zone de confort, s’est assagi. Là encore, difficile d’être encore plus à coté de la plaque. Car avant d’être un film sur Facebook, ce qu’il se défend d’avoir fait, The Social Network est un film sur Mark Zuckerberg. Autant salop au cœur de pierre que gueule d’ange, le personnage campé par Jesse Eisenberg est pour ainsi dire terrifiant et le traitement réservé par le cinéaste ne change guère le moyen de le considérer. Pour autant, force est d’admettre que le film jouit d’une indéniable maitrise. Là encore nommé à de nombreuses reprises aux Oscars, le long-métrage échouera à décrocher la statuette suprême mais se rattrapera avec le scénario d’Aaron Sorkin (Steve Jobs) et la musique de Trent Reznor et Atticus Ross, qui sauront, par leur composition, rendre compte de l’aspect 2.0 et pressée des jeunes filmés sous nos yeux. Une collaboration fructueuse qui se perpétuera sur Millénium, le nouveau projet du cinéaste, qui délocalise ses équipe en Scandinavie pour mettre en boite le récit tortueux et sordide imaginé par Stieg Larsson.

Emmenant Daniel Craig et Rooney Mara dans ses valises, le réalisateur adapte avec un fétichisme rare les tribulations de Mikael Blomqvist, un journaliste suédois mis sur la paille après un procès, et qui sous l’impulsion d’un oligarque vieillissant, se retrouve à enquêter sur la disparition d’une jeune femme tout en traquant un serial killer. Un sacré programme en somme. Heureusement, le réalisateur n’a pas perdu la main. Sombre, angoissant, quasi claustrophobe, son récit haletant est à l’image de Se7en : un nouveau jalon dans le genre du thriller. A cela près que le succès, bien que tiré d’un best-seller, soit moindre qu’escompté. D’une trilogie initialement envisagée, les studios tablent finalement pour un seul film. De quoi ronger son frein en beauté. Mais qu’importe, Fincher, lui, est déjà loin. Car le voilà prêt à à l’instar de ses pairs, à se lancer dans le bain de la télévision. Il est en effet la caution créative de la première série Netflix : House of Cards. Mettant en scène Kevin Spacey, en vieux politicien qui se rêve à hériter du poste suprême américain, la série confirme que le réalisateur n’a pas perdu son mordant, et ce, tout support confondu. Noire, moralement douteuse, ambiguë et maitrisée, la série devient rapidement un énorme succès, quitte à plaire à l’actuel président Barack Obama, qui loue l’aspect tortueux de la série mais déplore sa faculté à imaginer une intrigue aussi dynamique.
Une petite incartade qui aura eu le mérite de le faire accepter l’échec de son nouveau projet d’envergure : l’adaptation du classique de Jules Vernes, 20 000 Lieues sous les Mers. Trop cher, casting majoritairement européen (il voulait Vincent Cassel dans le rôle du Capitaine Némo), les majors refusent en bloc le projet, tant et si bien, qu’il décide, sans doute pour ne pas perdre la main, de se tourner, une fois de plus, vers l’adaptation d’un roman très en vogue aux Etats-Unis : Gone Girl. Ou l’historie d’un couple, en apparence normal, qui vole en éclat le jour où Mme disparait et que M. est désigné comme suspect n°1. Satire du mariage et des médias, le film se présente alors comme une dénonciation de l’hypocrisie d’une société américaine idolâtrant les apparences. Casting aux petits oignons (Ben Affleck remonte la pente après des années de disette et Rosamund Pike impressionne par sa froideur), réalisation tortueuse et twists à foison, le film permet à Fincher de nous balader et de nous manipuler comme il le fait si bien et laisse transparaitre, pour quiconque ne le connait pas, que son crédo, c’est l’association des images et de la pensée. Brain and pictures en somme. Pas compliqué alors de comprendre pourquoi, à défaut de le considérer comme un cinéaste de génie, la profession le préfère esthète. Car en plus de toucher nos yeux, Fincher touche nos cerveaux. Tout le timing d’un artiste en somme.

La vie est belge, un film de Vincent Bal : Critique

Synopsis : La fanfare flamande Sainte-Cécile et la fanfare wallonne En Avant sont toutes deux sélectionnées pour représenter la Belgique à la grande finale européenne.

Mais quand le soliste de Sainte-Cécile s’éteint brusquement sur le podium, Elke, la fille du chef d’orchestre flamand, a une idée pour sauver la finale: engager Hugues, le fabuleux trompettiste de leur concurrent wallon… 

La visite de la fanfare

Habitué aux excentricités de nos cinéastes d’Outre-Quiévrain en matière de comédies, depuis le film fondateur d’un certain nouveau cinéma belge, C’est arrivé près de chez nous de Rémy Belvaux et André Bonzel en 1992, en passant par le cultissime Dikkenek d’Olivier van Hoofstadt en 2006, jusqu’au récentes comédies noires de Félix van Groeningen (La merditude des choses, 2009), ou de Vincent Lannoo (Au nom du fils, 2014), le cinéphile trépigne à l’annonce de chaque nouvelle sortie du même acabit.

Son attente est « récompensée » par un feel good movie, plus sérieux qu’il n’en a l’air. « Récompensée » est un bien grand qualificatif, car La Vie est belge du cinéaste Vincent Bal (initialement Brabançonne dans la version de travail, du titre de l’hymne de la Belgique) n’atteint pas le niveau de férocité des films sus-cités, et vaut surtout par la fraîcheur qu’il amène par les temps troubles qui nous plombent actuellement.

L’histoire est celle d’un concours entre deux fanfares, l’une wallonne, l’autre flamande, pour représenter le plat pays afin de ravir le titre de meilleure fanfare européenne. Le cinéaste Vincent Bal opte pour une comédie musicale, mais avec des tubes 100% belges en guise de support, l’occasion de vérifier une fois de plus si besoin est, que la variétoche flamande est un… concept. Les deux fanfares finissent bien sûr ex-aequo, et l’Europe va accueillir deux Belgique, allégorie politique s’il en est…

La fanfare flamande Sainte-Cécile est menée par Elke (Amaryllis Uitterlinden), la fille du chef d’orchestre, et la fiancée du fils de Byl, son employeur en même temps que le sponsor principal de la formation. Autant dire une carriériste qui n’inspire pas la sympathie de prime abord.

De son côté, la fanfare wallonne En Avant est dirigée par Michel (Marc Weiss), frère du soliste trompettiste Hughes (Arthur Dupont, remarqué tout récemment dans l’Outsider), plus attiré par le jazz que par les fanfaronnades municipales. Avec sa bouille échevelée d’adolescent, l’acteur français imprime un côté plus artiste, plus bricoleur aussi, à sa fanfare.

Le ressort comique du film s’appuie sur l’étalage des clichés sur ce petit pays déchiré par une barrière linguistique totalement virtuelle in fine, car tous les flamands parlent en flamand et les wallons en français, sans que cela ne gêne en rien leur compréhension mutuelle. Des clichés qui sont égrenés, l’air de rien, par les membres de la fanfare : la rigueur des flamands, leur sens des affaires et du commerce, d’un coté; de l’autre le romantisme des wallons, leur manque de self control, leur paresse et leur retard, tout est à l’avenant. Mais le cinéaste ne se prive pas non plus d’un vrai comique de situation, tel que dans cette scène d’enterrement ou dans cette autre où le personnage d’Arthur Dupont massacre joyeusement Plastic Bertrand, ou encore d’un comique de répétition (« Oh, oh, j’ai des soucis » répétera à l’envi Andries, interprété par l’excellent Tom Audenaert, une sorte de mix plutôt drôle de Benny Hill et de Mr Bean ), il ne se prive de rien, et au contraire use de tout un tas d’artifices pour essayer de hisser son film à la hauteur de ses prédécesseurs qu’hélas les moyens mis en œuvre ne permettent pas toujours d’atteindre : scénario assez simple, acteurs sans charisme, et une  partie musicale risquée puisque seule la moitié des chansons intéressera des francophones, l’autre moitié des néérlandophones, le tout présentant un intérêt proche de zéro pour le reste du monde…

Avec ce thème de la fanfare, La vie est belge aurait pu être rapprochée de films comme Les Virtuoses (Brassed off) de Mark Herman en 1997, ou La visite de la fanfare d’ Eran Kolirin dix ans après, mais ces films ont un ancrage social fort que le cinéaste belge a remplacé ici par une  sentimentalité un peu naïve (le jazz, l’histoire d’amour etc.) et qui ne prête pas à conséquence.

Paradoxalement, le film plait grâce à ses défauts mêmes : la légèreté, les bons sentiments, les morceaux de Lio, d’Arno, de Pierre Rapsat, et d’autres. Quelques bonnes idées de cinéma émaillent le film, comme par exemple celle de choisir un chauffeur de taxi, dont le nom, Nazir, a une consonance étrangère, pour faire le pont, voire la paix entre ces deux « peuples ».

Mais La Vie est belge ne rejoindra pas le panthéon des must-see des comédies belges, même si ce sentiment de bien-être qu’il a procuré à ses spectateurs n’est pas à mépriser, et permet qu’on ne le balance pas directement aux oubliettes. Le cinéma est aussi divertissement, et comme disait George Cukor : « Le cinéma, c’est comme l’amour, quand c’est bien, c’est formidable, quand c’est pas bien, c’est pas mal quand même »…

La vie est belge : Bande annonce

La vie est belge : Fiche technique

Titre original : La vie est belge
Réalisateur : Vincent Bal
Scénario : Pierre de Clercq, Vincent Bal
Interprétation : Amaryllis Uitterlinden (Elke), Arthur Dupont (Hugues), Marc Weiss (Michel), Erika Sainte (Sandrine), Philippe Résimont (Damien), Frederik Haugness (Urbain), Claudine Pelletier (Arlette), Joël Delsaut (Bernard), Fabrice Boutique (Nazir), Jos Verbist (Jozef), Tom Audenaert (Andries), David Cantens (Renaat), Michel van Dousselaere (Byl), Liesa Naert (Tine), Veerle Eyckermans (Brigitte)…
Musique : Steve Willaert
Photographie : Danny Elsen
Montage : Philippe Ravoet
Producteurs : Peter Bouckaert, Coproducteurs : Jani Thiltges, Diana Elbaum, Sébastien Delloye, Producteur exécutif : Nathalie Van Schelvergem
Maisons de production : Entre Chien et Loup, Eyeworks Film & TV Drama, Samsa Film
Distribution (France) : Paradis Films
Durée : 100 min.
Genre : Comédie musicale
Date de sortie : 13 Juillet 2016
Belgique – 2014

Emmy Awards 2016 : Les nominations enfin dévoilées par l’Académie

0

La liste des nominés pour la 68ème édition des Emmy Awards enfin rendue publique

L’Académie des arts et des sciences de la télévision a dévoilé la liste des nominés pour la 68ème édition des Emmy Awards.

La cérémonie, que de nombreux passionnés de séries du monde entier attendent avec impatience, se déroulera le dimanche 18 Septembre 2016 à Los Angeles. Les Emmy Awards seront retransmis sur ABC aux Etats-Unis. Jimmy Kimmel, le présentateur vedette du late night show de cette chaîne, sera le maître de cérémonie.

Le trône de fer tu récompenseras…

L’année dernière la série Game Of Thrones avait récolté douze récompenses. Cette année, la série obtient un chiffre impressionnant de vingt-trois nominations. Une moisson de trophées pourrait donc couronner une nouvelle fois la série en Septembre prochain.

D’autres séries affichent un nombre record de nominations pour l’édition 2016: Veep (17) et American Crime Story (22).

La révélation de cette liste fait chaque année de nombreux déçus. Des séries américaines remarquées, avec un succès populaire important et qui sortent des sentiers battus, ne sont pas nominées, ni inclues dans la liste finale pour l’obtention du Emmy. Cette année, les grands absents de ce catalogue de programmes télévisés que l’on ne retrouvera pas primés sont Orange is the new black, The Leftovers, Sense 8 ou bien encore Daredevil.

Un peu d’humour au milieu de cette compétition acharnée

Certains prennent cette compétition et cette course infernale aux trophées avec humour comme l’acteur Bruce Campbell. Il avait joué dans des spots pour soutenir sa candidature et encourager les membres de l’Académie à le nommer pour son rôle de Ash Williams dans la série Ash vs Evil Dead. Les fans de la série et de la trilogie Evil Dead développées par Sam Raimi seront tristes d’apprendre que Bruce Campbell n’a pas été retenu au final.

Voici la liste non exhaustive des nominations pour la 68ème édition des Emmy Awards : (la liste complète est à retrouver sur le site Imdb)

Emmy Awards 2016 : Les Nominations

Meilleur drame:

Better Call Saul (AMC)
Homeland (Showtime)
House of Cards (Netflix)
Mr Robot (USA)

Meilleur acteur dans une série dramatique:

Bob Odenkirk – Better Call Saul
Kyle Chandler – Bloodline
Kevin Spacey – House of Cards
Rami Malek – Mr. Robot
Liev Schreiber – Ray Donovan
Matthew Rhys – The Americans

Meilleure actrice dans une série dramatique:

Taraji P. Henson – Empire
Claire Danes – Homeland
Robin Wright – House of Cards
Tatiana Maslany – Orphan Black
Keri Russell – The Americans

Meilleure comédie:

Black-ish (ABC)
Master of None (Netflix)
Modern Family (ABC)
Transparent (Amzon)
Veep (HBO)

Meilleure actrice dans une série comique:

Tracee Ellis Ross – Black-ish
Laurie Metcalf – Getting On
Lily Tomlin – Grace And Frankie
Amy Schumer – Inside Amy Schumer
Ellie Kemper – Unbreakable Kimmy Schmidt
Julia Louis-Dreyfus – Veep

Meilleur acteur dans une série comique:

Anthony Anderson – Black-ish
Aziz Ansari – Master Of None
William H. Macy – Shameless
Thomas Middleditch – Silicon Valley
Will Forte – The Last Man On Earth
Jeffrey Tambor –Transparent

Meilleur second rôle masculin dans une comédie:

Louie Anderson – Baskets
Andre Braugher – Brooklyn Nine-Nine
Keegan-Michael Key – Key & Peele
Ty Burrell – Modern Family
Tituss Burgess – Unbreakable
Kimmy Schmidt Matt Walsh – Veep

Meilleur second rôle féminin dans une comédie:

Niecy Nash – Getting On
Allison Janney – Bonnie Mom
Kate McKinnon – Saturday Night Live
Gaby Hoffmann – Transparent
Judith Light – Transparent
Anna Chlumsky – Veep

Meilleur second rôle masculin dans un drame:

Jonathan Banks – Better Call Saul
Ben Mendelsohn – Bloodline
Peter Dinklage – Game Of Thrones
Kit Harington – Game Of Thrones
Michael Kelly – House of Cards
Jon Voight – Ray Donovan

Meilleur second rôle féminin dans un drame:

Maggie Smith – Downton Abbey
Lena Headey – Game Of Thrones
Emilia Clarke – Game Of Thrones
Maisie Williams – Game Of Thrones
Maura Tierney – The Affair
Constance Zimmer – UnREAL

Meilleur mini-série:

American Crime (ABC)
American Crime Story (FX)
Fargo (Showtime & Netflix)
Roots (History Channel)
The Night Manager (BBC)

Meilleur téléfilm:

A Very Murray Christmas (Netflix)
All the Way (HBO)
Confirmation (HBO)
Luther (BBC)
Sherlock : L’effroyable mariée (BBC)

Meilleure actrice dans une mini-série ou un téléfilm:

Kirsten Dunst – Fargo
Felicity Huffman – American Crime
Audra McDonald – Lady Day at Emerson’s Bar & Grill
Sarah Paulson – American Crime Story
Kerry Washington – Confirmation

Meilleur acteur dans une mini-série ou un téléfilm: 

Bryan Cranston – All the Way
Benedict Cumberbatch – Sherlock : l’effroyable mariée
Idris Elba – Luther
Cuba Gooding Jr. – American Crime Story
Tom Hiddleston – The Night Manager
Courtney B. Vance – American Crime Story

Meilleure actrice dans un second rôle dans une mini-série ou un téléfilm: 

Kathy Bates – American Horror Story : Hotel
Olivia Colman – The Night Manager
Regina King – American Crime
Melissa Leo – All the Way
Sarah Paulson – American Horror Story : Hotel
Jean Smart – Fargo

Meilleur acteur dans un second rôle dans une mini-série ou un téléfilm:

Sterling K. Brown – American Crime Story
Hugh Laurie – The Night Manager
Jesse Plemons – Fargo
David Schwimmer – American Crime Story
John Travolta – American Crime Story
Bokeem Woodbine – Fargo

Meilleur acteur guest-star dans une comédie:

Larry David – Saturday Night Live
Peter MacNicol – Veep
Tracy Morgan – Saturday Night Live
Martin Mull – Veep
Bob Newhart – The Big Bang Theory
Bradley Whitford – Transparent

Meilleure actrice guest-star dans une comédie:

Christine Baranski – The Big Bang Theory
Tina Fey – Saturday Night Live
Melora Hardin – Transparent
Melissa McCarthy – Saturday Night Live
Laurie Metcalf – The Big Bang Theory
Amy Poehler – Saturday Night Live
Amy Schumer – Saturday Night Live

Meilleur acteur guest-star dans une série dramatique:

Mahershala Ali – House of Cards
Hank Azaria – Ray Donovan
Reg E. Cathey – House of Cards
Michael J. Fox – The Good Wife
Paul Sparks – House of Cards
Max von Sydow – Game of Thrones

Meilleure actrice guest-star dans une série dramatique:

Ellen Burstyn – House of Cards
Allison Janney – Masters of Sex
Margo Martindale – The Americans
Laurie Metcalf – Horace and Pete
Molly Parker –House of Cards
Carrie Preston – The Good Wife

 

Le Monde de Dory bat un nouveau record au box office américain

0

Le Monde de Dory : Le long métrage Pixar devient le plus gros succès aux États Unis pour un film d’animation

Quelques semaines après s’être hissé en tête du box office américain et s’être adjugé le meilleur démarrage de tous les temps pour un cartoon, Le Monde de Dory vient de s’octroyer un nouveau record sur le sol nord-américain. En effet, le dernier long métrage Pixar, suite du célèbre et génial Monde de Némo, vient de réaliser le plus gros chiffre d’affaire de tous les temps pour un film d’animation au box-office US. Toujours projeté dans plus de 3500 cinémas américains (un excellent ratio de diffusion), le long métrage continue toujours sa razzia commerciale et devrait continuer de squatter les hautes places du box office durant plus d’un mois.

Avec plus de 11 millions de dollars en ce cinquième week-end d’exploitation, voyant l’arrivée du S.O.S. Fantômes féminin en seconde position, Le Monde de Dory culmine à plus de 445 millions de dollars de recettes et rentre dans l’histoire comme étant le film d’animation le plus prolifique de l’histoire, sur le sol américain. Il dépasse alors le score de Shrek 2, établie à un peu plus de 441 millions de dollars, qui était en place depuis 2004. De plus, en ce mercredi, il vient d’entrer dans le top 10 des plus gros succès de tous les temps au box office américain, s’adjugeant les 448 millions de The Dark Knight Rises de Christopher Nolan.

Cependant, malgré cette véritable rafle commerciale américaine, son score international est à la peine, accusant un certain échec en Chine et en France où il n’a pas atteint la barre des 3 millions de spectateurs, soit à peine le tiers du premier opus. Avec un peu plus de 723 millions de dollars de recettes, le film rembourse sans peine son colossal budget de production de 200 millions de dollars, qui doit être le double avec le budget promotionnel. Disney/Pixar doit donc beaucoup sur son résultat à domicile qui plafonne bien au delà des espérances du studio. Enfin, Jim Morris, le président du studio, avait annoncé vouloir arrêter les suites, peut-être que ce résultat de haute volée lui fera malheureusement changer d’avis.

Le monde de Dory : Bande-annonce

Alien 5 : Sigourney Weaver confirme son intérêt pour le projet de Neill Blomkamp

0

Sigourney Weaver évoque de nouveau son rêve de travailler aux côtés du cinéaste Neill Blomkamp.

 

L’actrice américaine a fait des révélations sur le prochain opus de la franchise Alien lors d’un entretien accordé à Entertainment Weekly. Les xénomorphes n’ont qu’à bien se tenir ! Le projet du réalisateur sud-africain Neill Blomkamp (Elysium, District 9), d’adapter la saga Alien dans un nouvel épisode avec les personnages de Ripley et Hicks, pourrait donc bel et bien se concrétiser.

Sigourney Weaver a confirmé son intention de participer à ce projet, le cinquième volet de la saga Alien, réalisé par Neill Blomkamp. Les cinéphiles qui ont vu Chappie se souviennent que Weaver et Blomkamp avaient déjà travaillé ensemble.

« C’est une histoire formidable et c’est très satisfaisant pour moi d’offrir une fin à cette femme… Le scénario contient tellement d’éléments originaux, mais rend vraiment justice à ce que j’appellerais les besoins vitaux d’un Alien. C’est un hommage à l’immense travail accompli par les autres réalisateurs, dans un sens, mais il part dans une toute autre direction. J’espère qu’on va pouvoir le faire. »

Ce long-métrage sera la dernière participation de Sigourney Weaver à la saga Alien et pourrait bien être la toute dernière aventure du lieutenant Ellen Ripley.

Ce nouveau film sera une suite directe du cultissime Aliens, le retour, réalisé par James Cameron en 1986. Le caporal Hicks et la jeune enfant Newt avaient réussi à survivre à l’invasion Alien à la fin du film aux côtés de Ripley et étaient parvenus à quitter la planète LV-4-26. Le long-métrage de Neill Blomkamp n’intégrera pas les événements et les évolutions scénaristiques des films Alien 3 et Alien Resurrection. Alien 5 développera donc une trame annexe. Les cinéphiles déçus du sort réservé à Ellen Ripley par David Fincher et Jean-Pierre Jeunet dans le troisième et le quatrième volet attendent avec impatience ce projet du réalisateur sud-africain.

Cette nouvelle temporalité surprenante pourrait plaire aux mordus de la saga qui s’étaient plongés dans le jeu vidéo Alien : Isolation, mélange d’infiltration et de survie. Le joueur incarnait Amanda Ripley, la fille de Ellen Ripley, qui partait sur les traces de sa mère disparue suite à la découverte de la boîte noire du vaisseau spatial le Nostromo (théâtre de l’intrigue de Alien, le huitième passager). Un niveau bonus du jeu permettait de revivre les scènes finales du tout premier film, réalisé par Ridley Scott, en choisissant d’incarner les avatars de Ellen Ripley (Sigourney Weaver), Dallas (Tom Skerritt), Lambert (Veronica Cartwright), Brett (Harry Dean Stanton) ou bien encore Parker (Yaphet Kotto).

Alien 5 pourrait voir le jour en 2018. Les amateurs de science-fiction et d’horreur vont donc devoir attendre encore de longs mois pour découvrir ce nouveau volet de la saga culte Alien dans les salles obscures. Reste à espérer que le calendrier chargé de Neill Blomkamp et Sigourney Weaver ne vienne pas mettre fin à ce projet qui tient de plus en plus à cœur à l’actrice américaine.

« La Fox nous a demandé d’attendre afin que Ridley puisse tourner sa suite de Prometheus. C’est vraiment regrettable, parce que notre film serait déjà terminé sans cela. Maintenant nous devons attendre qu’il ait terminé, j’ai deux Avatar et Neill doit préparer The Gone World. Donc il faudra voir ce qui se passe quand ces projets seront terminés. »

De nouvelles informations pourraient été communiquées sur Alien 5 le week-end prochain lors d’une célèbre manifestation culturelle et populaire aux USA. Les fans du monde entier de la saga vont en effet suivre avec intérêt l’hommage rendu au film  Aliens, le retour lors du Comic-Con 2016, qui se déroulera du 21 au 24 Juillet à San Diego. Une conférence, qui s’annonce d’ores et déjà culte, sera organisée pour célébrer les 30 ans du film avec un casting impressionnant de stars pour le plus grand bonheur de tous les festivaliers présents : James Cameron, Sigourney Weaver, Michael Biehn, Bill Paxton, Lance Henriksen, Paul Reiser et Carrie Henn participeront à ce débat lors du Comic-Con à San Diego.

Alien : Covenant, la suite de Prometheus et nouveau film de Ridley Scott, sortira le 04 août 2017 aux USA.

 

Independance Day : Resurgence, un film de Roland Emmerich : Critique

Après 20 ans d’attente, le roi du destruction porn revient (enfin) poutrer de l’alien. Cependant, pas de quoi se réjouir : c’est toujours aussi niais et ça a le chic pour être encore moins bien que le film de 1996.

Synopsis : Nous avons toujours su qu’ils reviendraient. La terre est menacée par une catastrophe d’une ampleur inimaginable. Pour la protéger, toutes les nations ont collaboré autour d’un programme de défense colossal exploitant la technologie extraterrestre récupérée. Mais rien ne peut nous préparer à la force de frappe sans précédent des aliens. Seule l’ingéniosité et le courage de quelques hommes & femmes peuvent sauver l’humanité de l’extinction.

Le retour du fils prodige.

Sept ans que ça le courait le Roland. Sept ans où le bougre germanique aura patiemment essaimé les genres, passant du drame historique teinté de secrets (Anonymous) au pamphlet pro-gay (Stonewall) pour se racheter une conduite et surtout se faire désirer. Car, on ne va pas se mentir, le crédo de celui qu’on appelle « Le Petit Spielberg de Sindelfingen », c’est pas le tricot, mais la destruction de masse. Du genre de celle qui égratigne les immeubles et fait des milliards de morts, tout en faisant fi de quelconques règles de physique. Et pour un peu qu’on accepte de se prendre au jeu, on doit bien reconnaitre un certain talent au bonhomme. Celui de captiver. Pour autant, c’était loin d’être gagné à l’époque. En 1996, les railleries étaient ainsi légion pour cet énergumène d’outre-Rhin, qui s’était fait le pari de venir dézinguer du petit homme vert au pays de l’Oncle Sam. Vingt ans après, même rengaine ? Ses terrains de jeux  (l’ère glaciaire dans Le Jour d’Après, une prophétie maya dans 2012) ont évolué (encore que) mais le réalisateur qu’il est, a pris de la bouteille. Fini les projets incendiaires d’antan et place au cinéma engagé. Un cinéma, qui au vu de son pedigree de pyromane, doit bien se voir payer par un asservissement tout ce qu’il y a de plus normal outre-Atlantique : le business. C’est donc vers son succès le plus emblématique que l’allemand s’est tourné : Independance Day. Et aussi improbable que cela puisse paraître, mais on se devait de saluer l’effort de ce revival mâtiné d’impératifs commerciaux, car de toute sa filmographie, ce ballet réactionnaire ou E.T se prend une mandale à bon coups d’ogive nucléaire était bien la seule oeuvre a mériter les honneurs d’une suite (encore que).

Independance Day : Répugnance. 

Nous voilà donc 20 ans après. L’humanité a compté ses morts. Mais elle s’est surtout tenue prête. De concert avec Jeff Goldblum, propulsé chef du Earth Space Defense, un organisme inter-étatique visant à la protection de notre bonne vieille Terre face à l’envahisseur alien, le monde s’est unifié sous une seule et même bannière. Patatras, à peine le temps de souffler et d’exhumer quelques vieux acteurs et punch-line de la naphtaline que la menace alien resurgit. Résurgence, vous comprenez. Et place donc au naufrage. Car si le Titanic a eu les honneurs de couler avec un orchestre, nul doute que ce Resurgence entraînera par le fond qu’une masse de rires hilares venant d’une audience mortifiée devant autant de niaiseries. Au fond, difficile de leur reprocher. En 1996, l’explosion de la Maison Blanche était un must. Le son, le décor, les effets spéciaux, tout respirait le vrai.  A tel point qu’on se prenait presque d’affection au pauvre contribuable qui devrait éponger ce foutoir. En 2016, dans une industrie ayant transformé la destruction comme un passage obligé, difficile de feindre la surprise quand l’Empire State Building ou le Burj Khalifa (tout du moins leur copies en 3D) se font pulvériser. Un sentiment de redite, de déjà-vu qui amplifie malheureusement tous les travers du film. Car si le premier, régressif et réactionnaire en diable, avait su fonctionner et se hisser jusqu’à cet éden lucratif, c’était sans aucun doute pour la naïveté qu’il véhiculait. Des Etats-Unis égoïstes, une flopée de trompettes et de jingles héroïques, manquait plus que l’encart nous incitant à rejoindre les rangs pour se croire dans Starship Troopers. Et, de manière ironique, c’est précisément cette fougue et ce je-m’en-foutisme ambiant, ayant irrigué plus que de raison l’oeuvre, qui rendaient le tout sympathique. Fatalement, après 20 ans et une mutation radicale de l’industrie dans lequel le film s’insère, il était ainsi difficile d’espérer quoique ce soit. Tout au plus un divertissement bête et méchant comme le fut son aîné. Mais ça sera malheureusement trop demander au réalisateur allemand. Enquillant les passages obligés, les redites (tout le film est voulu comme une update du premier) et les fautes de goûts manifestes, le métrage ne peut assister qu’invariablement à sa propre perte. On passera ainsi sur le casting littéralement aux fraises (mais que diable est venu faire Charlotte Gainsbourg ?!), les effets spéciaux omniprésents nous faisant regretter les maquettes de jadis, le scénario ubuesque et la gestion du rythme tout bonnement catastrophique, là ou le premier excellait par sa puissance narrative à galvaniser le spectateur. Du reste, on ne pourra qu’être sidéré de voir Emmerich, pourtant crédité d’un budget titanesque, réitérer sans gêne la recette du premier film, sans pour autant la soumettre à évolution, et à minima en limiter le discours égoïste et réactionnaire, qui dans ces temps troublés, nous ramènent 100 ans en arrière, en plein impérialisme américain. Evidemment, certains se diront que tirer à boulet rouge sur un film dont le scénario n’a jamais été sa priorité, c’est petit, mais quand on assiste pantois à la destruction en plein vol de l’artificier ayant réussi à créer ce qu’on appelle le divertissement pop-corn, permettez nous de jouer les mauvaises langues. Car plus qu’un simple ratage, cet Independance Day : Resurgence est la preuve que le blockbuster bourrin, fleuron des 90’s, est bel et bien un genre en voie de disparition.

Casting au fraise, 3D raté, scénario crétin : Independance Day : Resurgence accumule les poncifs du mauvais divertissement estival à une telle vitesse que jamais une fin n’aura eu si bon gout. Mais outre d’être un ratage historique, le film d’Emmerich marquera une époque : celle de la fin du blockbuster bourrin et ouvertement con. RIP.

Independance Day : Resurgence – Bande-annonce VOST

Independance Day – Resurgence : Fiche Technique

Titre original : Independence Day: Resurgence
Titre de travail : ID Forever (Part 1)
Réalisation : Roland Emmerich
Scénario : Carter Blanchard, Dean Devlin et Roland Emmerich
Casting : Liam Hemsworth (Jake Morrison), Jessie Usher (Dylan Dubrow), Jeff Goldblum (David Levinson), Bill Pullman (Thomas J Whitmore), Charlotte Gainsbourg (Dr Catherine Marceaux), Sela Ward (la Présidente des États-Unis Elizabeth Lanford), William Fitchner (le général Adams), Vivicia Fox (Jasmine Dubrow), Maika Monroe (Patricia Whitmore), Judd Hirsch (Julius Levinson)
Costumes : Lisy Christl
Photographie : Markus Förderer
Montage : Adam Wolfe
Musique : Harald Kloser et Thomas Wander
Production : Dean Devlin, Roland Emmerich et Harald Kloser
Sociétés de production : Centropolis Entertainment, TSG Entertainment et Electric Entertainment
Société de distribution : 20th Century Fox
Budget de production : 200 000 000 $
Langue originale : anglais
Genre : science-fiction, fantastique, catastrophe
Date de sortie : 20 juillet 2016

Etats-Unis – 2016

« Bastille Day » déprogrammé des salles françaises !

0

Bastille Day : Suite aux tragiques évènements de Nice, le film est retiré des salles obscures

L’Histoire semble se répéter. Inlassablement. Bastille Day, thriller d’action avec Idris Elba en tête d’affiche, s’est vu ainsi déprogrammé des cinémas français suite à sa trop grande proximité avec les attentats du 14 juillet, perpétrés à Nice, sur la Promenade des Anglais. Dans un tweet affolant de froideur, François Clerc, chef de la distribution chez StudioCanal, a en effet annoncé sa volonté de retirer le film des salles, invoquant le respect des victimes, touchées de près ou de loin par l’attaque dans la soirée de la fête nationale.

Made in France, Salafistes, la liste des longs métrages censurés ou déprogrammés en France suite à des actes terroristes commencent irrémédiablement à s’allonger. Déjà reporté suite aux événements du 13 novembre en plein Paris, Bastille Day, outre sa qualité, semble maudit et subit une nouvelle fois la volonté terroriste de susciter la peur. Pourtant, un compromis avait semble t-il été trouvé ce vendredi. En effet, François Clerc avait déclaré que la liberté de diffuser ou non le long-métrage était de l’unique responsabilité des exploitants de salles. Cette déclaration avait pour but de susciter l’autonomie pour des distributeurs pouvant être éloignés géographiquement et pour qui la situation ne sous entendait aucune gêne éthique.

Mais en ce samedi 16 juillet, StudioCanal a changé son fusil d’épaule et à ordonner l’arrêt total et immédiat de la distribution du film en salles. Cette annonce fait suite à celle de l’état islamique, revendiquant l’attentat de Nice qui a causé la mort de 84 personnes, dont 10 enfants. Malgré l’évident respect aux victimes de cette attaque, nous somme en droit de nous interroger quand à l’efficacité et à l’image que reflète cette déclaration. Plutôt que de démontrer une révolte ou un pur déni des menaces, cela représente plus le cuisant échec de la culture française à faire face à une menace terroriste plus que floue. On incite tout de même nos lecteurs à ne pas délaisser le cinéma et à ne pas hésiter à voir le maximum de films possibles.

 

Pour rappel, Bastille Day narre les péripéties de Michael Mason, un pickpocket américain, devient l’homme le plus recherché par la CIA à Paris lorsqu’il vole ce qu’il croyait être un simple sac. Sean Briar, l’agent chargé de l’enquête, se rend rapidement compte que Michael n’est qu’un pion dans le vaste complot qui se prépare, et il le recrute pour remonter jusqu’à la source. Commence alors une course contre la montre, où les deux hommes vont devoir faire équipe pour déjouer les plans d’une puissante organisation dont ils sont désormais les cibles… 

 

Bastille Day, un film de James Watkins : Critique

James Watkins est un réalisateur à la carrière encore jeune et qui tente de faire son trou dans le cinéma de genre. Avec Eden Lake, un thriller horrifique, et La Dame en Noir, pur film d’horreur sous forme d’hommage aux productions de la Hammer, il tentait de s’imposer non pas en renouvelant un genre mais en y revenant à la source, livrant des films honnêtes mais peu mémorables. Avec Bastille Day, il sort un peu de l’horreur traditionnel pour s’essayer au buddy movie.

Synopsis : À la veille du 14 juillet, Zoe Naville, une jeune Française, prépare un attentat à Paris. Son objectif : créer un choc dans la société, sans tuer le moindre civil. Michael Mason, un petit voleur américain, dérobe le sac de Zoe. Il en extrait ce qui l’intéresse et se débarrasse du reste dans le rue. Au même moment, dans une base secrète de la CIA de la capitale française, l’agent Sean Briar, de retour de difficiles missions en Syrie et en Irak, essaie de s’adapter à son nouvel environnement. Les circonstances dramatiques vont l’obliger à s’acclimater plus vite encore. 

24 heures chrono

Un buddy movie tout ce qu’il y a de classique qui évolue pourtant  dans un contexte particulier. Se situant en France car étant majoritairement une production française, il prend place dans un univers où la réalité a dépassé la fiction. Le film fait même parfois écho avec ce que l’on a pu vivre ou voir dans les médias ces derniers temps. Il peut en cela être perçu comme anxiogène, même si sa fonction première est de divertir et, d’une certaine manière, d’exorciser la France de ce climat de peur par son approche romancée et naïve qui apparaît presque comme maladroite.

Cette maladresse viendra en grande partie d’un scénario qui se repose entièrement sur des stéréotypes pour évoluer. Les personnages ont des traits de personnalités tellement forcés que tout paraît caricatural, à un point tel que cela semble voulu pour éviter tout ce qui pourrait paraître trop « réaliste ». Le film essaie d’évoluer dans un second degré constant,  et que même si les événements sont graves, le sauveur américain n’est pas loin pour venir désamorcer les situations. Même l’attentat semble au final dérisoire pour une intrigue qui part sur autre chose et tente le plus possible de masquer ce qui pourrait sembler être du terrorisme. Ici, même si elle vient traiter du racisme dû aux amalgames qu’entraîne ce genre d’attentats, elle le laisse quand même en background et ne vient jamais traiter cette aspect frontalement, comme lorsqu’elle s’attaque aux violences policières. Au final toute la charge anxiogène que pourrait alimenter le film est en arrière plan mais donne l’étrange sensation de ne pas être prise au sérieux, étant traitée ici comme les ressors d’un complot, alors que pour nous cela s’impose comme une réalité. Le gros problème de l’ensemble est en fin de compte de porter un regard trop américain sur notre propre pays. Que ce soit l’aspect patriotique, les dialogues et la manière dont s’enchaînent les événements, tout paraît factice et ne nous correspond pas et on finit par se moquer des clichés qu’aligne le film plutôt que de se prendre véritablement au jeu. Le récit est cousu de fils blancs, les retournements de situations sont prévisibles et les personnages n’ont pas une grande épaisseur, le héros paraît même être une coquille vide juste là pour distribuer des uppercuts. On ne se passionne donc pas pour l’intrigue, d’autant plus que le film étant court, tout est survolé et prétexte à offrir des scènes d’actions.

Le casting est correct, même si certains acteurs français n’arrivent pas s’échapper de la caricature de leurs personnages et plongent dans le ridicule comme José Garcia. Néanmoins, la quasi-totalité du casting fait un job convenable. Idris Elba est monolithique mais c’est voulu par son rôle, il compense surtout par sa classe et son charisme et montre qu’il assure en leading role de film d’action. Richard Madden, acteur découvert dans Game of Thrones, a un certain potentiel, même si ici il ne peut pas entièrement l’exploiter, il dégage un capital sympathique indéniable et pourrait s’imposer comme un des jeunes acteurs sur qui compter. Charlotte Le Bon a le rôle le plus émotif du film et s’en sort très bien, elle a un naturel de jeu assez appréciable et même si elle ne livre pas la performance de sa carrière, elle s’impose sans mal dans un rôle à contre-emploi et prouve qu’elle est une actrice à fort potentiel.

Pour la réalisation on est face à quelque chose qui souffle le chaud et le froid. En terme de photographie, le tout se montre générique faisant parfois même téléfilm et ce n’est pas aidé par des fonds verts assez hideux lors des scènes en voitures. Par contre le montage est plutôt efficace, gérant le rythme à la perfection pour qu’il n’y ait pas de coup de mou et se montre suffisamment bien découpé pour ne pas rendre les scènes d’actions illisibles. D’habitude, dans ce genre de production, on a plus l’habitude de quelque chose de très cut et de nauséeux durant les scènes musclées. La musique n’est pas mémorable mais accompagne convenablement la mise en scène de James Watkins. Il montre un savoir-faire indéniable, disposant même parfois de bonnes idées comme lors d’une course poursuite sur les toits de Paris, où les mouvements de caméra plus aériens se montrent parfois audacieux et assez bien pensés. Les scènes d’actions sont suffisamment bien cadrés pour qu’on ne soit ni trop proche ni trop loin de l’action et pour que la lisibilité soit constante mais celles-ci manquent quand même d’inventivité dans la conception de ses scènes. Le tout est très classique, on enchaîne course-poursuites, combats aux corps à corps et fusillades sans la moindre originalité mais cela reste efficace malgré des situations parfois hautement improbable. On est donc face à un film au visuel lambda pour ce genre de films d’actions mais qui se montre tout de même maîtrisé.  

Bastille Day est un film qui n’est pas désagréable à regarder si on cherche un divertissement sans prise de tête et sans fantaisie. Le tout n’est pas très recherché et apparaît comme un film d’action classique comme on en voit souvent sur nos écrans. Il tente pourtant de décrire une situation très actuelle en France, suite aux horreurs que le pays à traversé, mais au final, cela n’apparaît que comme un prétexte. L’ensemble est très maladroit dans l’exécution de son scénario et dans sa manière de forcer le trait pour éviter un maximum les sujets trop épineux. On a donc un film qui est dépassé par la réalité et qui souffre de celle-ci car il apparaît obsolète et dérisoire. On peut aussi être dubitatif quand à la vision trop américanisé de notre propre pays, qui se montre même irritant dans l’abattage des clichés, mais on se laisse quand même bercé par le casting et l’efficacité de certaines scènes. C’est un divertissement à la qualité limitée et qui ne fera pas date mais qui saura peut-être amuser le temps d’un dimanche soir.

Bastille Day : Fiche technique

Réalisation : James Watkins
Scénario : Andrew Baldwin
Interprétation: Idris Elba (Sean Briar), Richard Madden (Michael Mason), Charlotte Le Bon (Zoe Naville), Kelly Reilly (Karen Dacre), José Garcia (Victor Gamieux), …
Image : Tim Maurice-Jones
Montage: Jon Harris
Musique: Alex Heffes
Costumes : Guy Speranza
Producteur : Bard Dorros, Fabrice Gianfermi, Steve Golin, David Kanter et Philippe Rousselet
Société de production : Anonymous Content et Vendome Pictures
Distributeur : StudioCanal
Durée : 90 minutes
Genre: Action
Date de sortie : 13 juillet 2016

France – 2016

Expo James Bond : la légende 007 s’expose

0

Pas de repos pour les braves ! A peine le temps de le voir quitter les écrans, que revoilà déjà James Bond aux affaires. L’espion du MI6 est en effet, et ce jusqu’au 4 septembre prochain, l’objet d’une exposition unique basée à la Grande Halle de la Villette. Sa mission : rappeler avec plus de 500 objets (dessins préparatoires, costumes, véhicule et autres gadgets) son statut d’icône de la culture populaire, tout en faisant état de son style inimitable.

Pas question donc de tergiverser : James Bond est une icône. Aux cotés de Luke Skywalker, Don Corleone et Indiana Jones, le fringuant espion dopé à la vodka martini ne démérite pas. Brillant sujet de Sa Majesté, jamais en reste dès lors qu’il est question de sauver le monde, le bougre a depuis ses premières aventures au cinéma (en 1962) fait montre d’un penchant avéré pour le luxe. Il suffit d’ailleurs de voir sa garde-robe pour se convaincre, qu’outre d’être le meilleur agent de la division 00, le sieur à la chevelure brune s’est transformé en mascotte des plus grandes marques du monde. Bollinger, Omega, Tom Ford, Aston Martin, toutes répondent présent depuis plus d’un demi-siècle pour affirmer à ceux qui ne l’auraient pas encore compris, que James Bond, c’est la classe incarnée. Un modèle d’élégance et de charme jamais contesté. Mais qui dit modèle dit surtout création. D’où est parti cet inextinguible besoin de draper cet espion charmeur dans les plus beaux costumes ou de le faire asseoir dans les plus belles voitures au monde ? Une question qui semble à l’origine de cette exposition qui, en jouant simultanément la carte de l’hommage et de la rétrospective, est à même de brosser les fans dans le sens du poil, comme de stimuler les néophytes.

Entre symbolisme et raffinement

Et à force d’enchaîner les passages sur les plateaux de tournages, on aura appris quelques petits trucs sur l’icône de Ian Fleming. La première c’est qu’il est expéditif. La deuxième c’est qu’il est un véritable showman. Il suffit d’ailleurs d’un seul petit coup d’œil à la première salle pour nous en convaincre. Une porte en forme de barillet. L’Aston Martin DB5. La seule. L’unique. Puis la DB10, sa petite sœur, crée spécialement pour les besoins de Spectre et qui en impose. Deux légendes qui trônent fièrement autour d’une porte. Un peu plus et on se croirait dans la Grèce Antique, sans doute béat devant ce soin apporté à la théâtralité, qui en un rien de temps, propulse un héros de littérature en figure quasi-divine. Et ce n’est que la première pièce. La suite, elle, confirme la tendance. Drapée dans un agréable jeu de clair-obscur, l’exposition se plaît à nous faire naviguer dans une sorte de dédale sans cesse ponctuée de pièces et objets iconiques. On retrouvera pêle-mêle, le pistolet d’or de Scaramanga, le trophée BAFTA de Skyfall, les lunettes de Max Zorin, le chapeau à bords tranchants d’Oddjob, ou encore la mâchoire argentée de Requin. Que de bibelots en apparence très banals, mais qui une fois passés sous un spectre de couleur oscillant entre le doré et le noir, se révèlent être inestimables. aston-martin-db10-exposition-james-bondEt on le comprend. Car, en plus d’être parfaitement en phase avec les objets qu’elle dévoile, l’exposition jouit d’une étonnante construction interne. Un peu comme si elle avait été construite pour éclairer les zones d’ombres du mythe. D’abord, la vie de son auteur, Ian Fleming. Sa famille, ses hobbys. Tout est passé au peigne fin pour tenter de déceler les traits d’humeurs ayant migré de sa personnalité jusque dans les pages de ses romans. On se plait donc à admirer béatement la machine à écrire plaquée or de l’écrivain, tout comme ses habitudes alimentaires qui le voyaient boire et fumer sans discontinuer, une bouteille de scotch et deux paquets de cigarettes par jour. Sacré programme. Ensuite, le bureau de M. Sa porte rembourrée, le bureau de Moneypenny attenant au sien. Le porte-manteau où s’essayait déjà au tir Sean Connery. Autant d’éléments qui nous renvoient, 10, 20, voire 30 ans en arrière selon les générations, au moment où Bond devait se rendre dans le bureau de son patron pour assimiler quel mégalomane il aurait la charge d’amener au cimetière.

Une ode à la classe

Ironiquement, on ne retrouvera les méchants que vers la fin. Avant ça, un détour nous est offert par le département Q. Jonché comme toujours de gadgets en tout genre, entre le dispositif ATAC de Rien que pour vos yeux (1981) et le bateau de Le Monde ne Suffit pas (1999), la pièce est voulue comme un entrepôt dont les étagères seraient déjà largement mises à contribution, la faute à 007 qui a l’air de considérer que la tripotée de gadgets qu’il reçoit sont à usage unique. Là encore, quelques morceaux de choix attirent l’œil. Le boitier à cigarette ouvreur de coffre-fort de Moonraker (1979) côtoie ainsi le râteau-émetteur de Permis de Tuer (1989). machine-ecrire-fleming-exposition-james-bondPreuve en est que l’humour aura toujours eu une place de choix dans la saga, au même titre que la gravité et la sensualité. Deux éléments d’ailleurs représentés en masse dans la pièce suivante, qui se fait le pari de rendre compte de la classe de l’espion par le biais de ses nombreux costumes. Celui de Spectre évidemment, mais galanterie oblige, aussi ceux de ses partenaires. La robe d’Elektra King, celle de Xenia Onatopp, ou l’imposant smoking de Valentin Zukovsky, le malheureux quidam qui perd son genoux et sa fabrique de caviar à cause de 007. Triste vie. Heureusement, car voilà que les apôtres du malheur arrivent. Les méchants. Être méchant de James Bond, c’est une institution. Un art même. Ça peut passer par la prestance (à ce titre, on se souviendra longtemps de Joseph Wiseman grimé en Docteur No, ou de Christopher Walken qui joue l’infâme Max Zorin), mais aussi leur manière de s’habiller. Costume à col Mao pour Franz Oberhauser, chemise hawaïenne pour le hacker Boris Grischenko, et même combo cuir-latex pour la sadique Xenia Onatopp. Evidemment, que seraient ces fameux méchants sans les accessoires qui les caractérisent ? En ça, l’exposition s’avère d’ailleurs bien pensée. La bague ornée du motif du Spectre de Franz Oberhauser (Spectre), le stylo explosif de Goldeneye (1995), les dents de Requin dans l’Espion qui m’aimait (1977); tout est là pour rappeler qu’un méchant c’est bien, mais un méchant avec plein de gadgets, c’est mieux. palais-glace-maquette-exposition-james-bondUne manière comme une autre de mettre 007 sur un pied d’égalité avec sa Némésis et corser la difficulté qu’il aura à, encore une fois, sauver le monde de leurs plans diaboliques. Mais au fond, on ne devrait pas s’inquiéter, car à force d’égrener les titres les plus invraisemblables, la saga a réussi à mettre le doigt sur le vecteur le plus important de la franchise : l’espoir. En titrant l’une de ses aventures Demain ne Meurt Jamais, la saga a ainsi fait plus qu’apposer un vulgaire nom sur une aventure du Commandeur. Elle a distillé un espoir qu’elle a placé dans son chevalier au smoking. De l’espoir, qui dans ces périodes troublées ne fait pas de mal.

Autant conçu pour récompenser le fan endurci que séduire le plus banal néophyte, nul doute que l’exposition consacrée à l’icône 007 saura plaire à quiconque arpente ses travées. Riche, subtile et inventive, le parcours proposé par EON au cœur de l’une des plus grandes figures du cinéma est clairement un incontournable pour quiconque s’estime fan du personnage.

James Bond, 007, l’exposition : Bande-annonce 

Sieranevada, un film de Cristi Puiu : Critique

0

Faste année pour le cinéma roumain avec pas moins de quatre films prévus dans les salles françaises ou déjà sorties (Illégitime). Sans compter qu’avec trois films sélectionnés à Cannes (Sierananevada donc, Baccalauréat en compétition, Dogs à Un Certain Regard), la Roumanie n’a jamais été aussi présente sur le devant de la scène, soulignant la bonne croissance d’un cinéma minimaliste mais capable de bouleverser comme nul autre.

Synopsis : Quelque part à Bucarest, trois jours après l’attentat contre Charlie Hebdo et quarante jours après la mort de son père, Lary – 40 ans, docteur en médecine – va passer son samedi au sein de la famille réunie à l’occasion de la commémoration du défunt. L’événement, pourtant, ne se déroule pas comme prévu. Les débats sont vifs, les avis divergent. Forcé à affronter ses peurs et son passé et contraint de reconsidérer la place qu’il occupe à l’intérieur de la famille, Lary sera conduit à dire sa part de vérité.

Depuis la Palme d’Or obtenue par Cristian Mungiu avec son 4 mois, 3 semaines, 2 jours, le terme Nouvelle Vague Roumaine est souvent employé pour associer ces films roumains qui sortent des sentiers battus et sont sélectionnés dans la plupart des festivals internationaux, et dont Mungiu et Puiu sont les fers de lance. Avec Sieranevada, il s’agit de la première sélection en compétition cannoise pour Cristi Puiu après avoir obtenu en 2005 le Grand Prix Un Certain Regard pour La Mort de Dante Lazarescu et présenté Aurora dans la même section en 2010. Sans langue de bois, en apportant sur les marches un huis-clos familial de près de trois heures, Cristi Puiu avait de quoi laisser un paquet de journalistes sur le carreau, voyant venir le mastodonte roumain plombant. Et ce n’est pas l’introduction qui les contredira dans un premier temps, puisque le film s’ouvre sur un plan quasi-fixe d’une dizaine de minutes dont la rigueur brute a de quoi décourager les plus intrépides critiques. Mais dès qu’il décide de faire entrer sa caméra dans l’intimité (d’une voiture puis d’un appartement), force est de constater que toute la grandeur du film tient dans son procédé technique implacable.

De la difficulté de passer à table

Configuration spatiale réduite au strict minimum, Sieranevada n’est pas loin de la pièce de théâtre filmé, avec ces conditions de tournage en quasi huis-clos où les personnages entrent et sortent sans arrêt des pièces de l’appartement, chacune comprenant un récit qui fait partie d’une intrigue générale où tout se mêle, se chevauche et s’envenime. C’est là que Puiu montre tout l’étendue de son talent dans l’utilisation d’un espace restreint mais extrêmement malin qui laisse la caméra s’immiscer dans les différentes pièces de l’appartement au gré des conversations qui nous intéressent le plus. Pour nous introduire plus intimement dans cette famille, Cristi Puiu aborde le point de vue de Lary, un personnage imposant et attachant -bien qu’un peu maladroit- qui agit comme observateur et auquel le spectateur s’identifie rapidement. Celui qui l’incarne n’est autre que Mimi Branescu, un acteur que les amateurs de Cristi Puiu reconnaîtront puisqu’il était déjà présent dans La Mort de Dante Lazarescu. Doté d’une carrure paternaliste et d’une sensibilité profonde lui permettant de jouer une vaste palette d’émotions, il apporte au récit une compassion, une autorité soudaine (il devient l’homme de la famille), une absurdité (par ses rires nerveux) et une mélancolie toutes bienvenues qui en font un personnage terriblement attachant. Tout le film n’est pour Lary qu’une succession de situations gênantes où il se retrouve coincé malgré lui dans les colères noires de sa femme, les mauvais stationnements, les disputes familiales, les discussions conspirationnistes, les révélations et ce repas gargantuesque qui n’arrive jamais. Jeune neurologue qui voyage entre la France et Genève pour le travail, Lary n’est autre que cette représentation de la Roumanie qui tente de trouver sa place en Europe mais qui ne peut se défaire de son passé et de ses tensions internes.

Ne vous laissez pas impressionner par les trois heures du film, Sieranevada défile à toute allure et déploie avec maestria son analyse ciselée et cynique de la famille roumaine d’aujourd’hui.

Réunis pour l’occasion afin de commémorer la mémoire du défunt père de famille selon les traditions roumaines, il est amusant de s’apercevoir que le suspense du flm réside uniquement dans le fait de savoir si oui ou non le repas va enfin avoir lieu. Lary explique à un moment que tout le monde se détend une fois l’estomac plein. Il est là le cercle vicieux puisqu’à mesure que les clivages augmentent,  le repas est sans cesse décalé, allant jusqu’à prendre des proportions inimaginables puisque les convives n’ont toujours pas rempli leurs estomacs et donc continuent à s’affronter à coups de mots.  C’est là tout le cynisme du film qui s’avère d’une drôlerie nerveuse remarquable. Chacun apportera sa pierre à l’édifice dans la montée crescendo des tensions et des révélations familiales. La grand-mère dira à son gendre infidèle cette phrase pleine de sens métaphysique : « Je ne suis pas venu ici, aujourd’hui pour écouter les gens s’engueuler comme des gitans ». Parce qu’au fond, le spectateur, si ! En connaissance de cause, il va assister à ce repas en sachant que tous les personnages vont se tirer la bourre et assister à l’implosion d’une famille dont la tension et les rancœurs qui émanent apparaissent comme un règlement de comptes. Mais plus que le déchirement d’une famille scindée en deux (un camp attaché aux traditions, l’autre ouvert à la modernité et aux chaînes brisées), déjà maintes fois traité, Cristi Puiu montre des rires nerveux par l’absurdité des situations, des corps fatigués par tant de tension et des émotions difficiles à cacher. On retrouve les mêmes éléments chers au huis-clos familial, à savoir des rires, des cris, des disputes, de la compassion, etc. mais le cinéaste roumain les sublime à un niveau bien plus subtil et inédit, contrairement à l’hystérique et assommant Juste la fin du monde de Xavier Dolan,  l’autre huis-clos familial en compétition cannoise.

Oublié à Cannes (à l’inverse de son compère Cristian Mungiu, récompensé par un Prix ex-æquo de la Mise en Scène pour Baccalauréat), Sieranevada est un portrait habile, cynique et oppressant de la société roumaine aussi bien coincée dans ses traditions qu’elle ne se plaît à les célébrer. Bien qu’interminable (avec ses 2h53 dans le ventre), Sieranevada fascine et bouleverse par la justesse de ses acteurs, l’authenticité de sa mise en scène et l’analyse sociale pertinente d’une Roumanie qui se cherche et ne sait pas où se situer, entre son passé conservateur et son désir d’aller de l’avant. Ses baisses de régime n’y font rien, on est subjugué par la force évocatrice de ce huis-clos qui donne à voir une critique et un portrait juste et nuancé d’un pays dans l’entre-deux.

Sieranevada : Bande-annonce VOST

Sieranevada : Fiche Technique

Réalisation : Cristi Puiu
Scénario : Cristi Puiu
Interprétation : Mimi Branescu (Lary), Dana Dogaru (Madame Mirica), Bogdan Dumitrache (Relu), Ilona Brezoianu (Cami), Ana Ciontea (Tante Ofelia), Sorin Medeleni (Tony)
Photographie : Barbu Balasoiu
Décors : Cristina Barbu
Costumes : Maria Pitea, Doina Raducut
Montage : Letitia Stefanescu, Ciprian Cimpoi, Iulia Muresan
Musique : /
Producteurs : Sabina Brankovic, Laurence Clerc, Oana Giurgiu, Zdenka Gold, Labina Mitevska, Lucian Pintilie, Anca Puiu, Mirsad Purivatra, Olivier Père, Olivier Théry-Lapiney
Sociétés de Production : Alcatraz Films, Arte France Cinema
Distributeur : Wild Bunch Distribution
Budget : 1 400 000 €
Récompenses : Sélection Compétition Internationale Festival de Cannes 2016 et Munich Film Festival 2016
Genre : Drame
Durée : 173 minutes
Sortie en salles : 03 août 2016

Roumanie, France, Bosnie-Herzégovie, Croatie, Macédoine– 2016