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Arrêtons de parler du Fight Club !

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Fight Club (1999): La fête du slip ne dure qu’un temps

Et si, plutôt qu’une critique acerbe et lucide de la société consumériste, Fight Club n’était finalement qu’une sortie de route contrôlée par les studios? Le tout renforcé par une imagerie pop afin de lui donner les atours « arty » qui lui manquent pour séduire un public de niche. Et si, presque 20 ans plus tard, le film culte de David Fincher n’était plus qu’un lointain prout cinématographique dans la grande baignoire d’Hollywood? Super marrant au début, un peu puant à la fin.

Aujourd’hui adoubé comme « film culte d’une génération », Fight Club est le genre de pellicule qui donne l’impression d’avoir mis tout le monde d’accord tout de suite. Par la violence de son sujet, son humour ultra-noir et son nihilisme érigé au rang de credo post-moderne indiscutable, l’œuvre semble être apparue comme une bombe dans le paysage formaté des années 90. Pourtant, à sa sortie, Fight Club fut loin d’avoir galvanisé les foules. Malgré la présence d’un Brad Pitt au top de sa carrière, Fincher subit un nouvel échec public et critique sur le territoire américain (après Alien 3 et The Game). Si certains voient déjà un film furieux et lucide sur la fin d’une idéologie capitaliste dominante, d’autres n’y décèlent qu’une esbroufe puérile cherchant vainement à choquer le bourgeois. En sous-tendant son propos par une imagerie machiste à la limite du néo-fascisme (où le réalisateur déploie un savoir faire acquis par sa formation dans le monde de la pub), Fight club prend un double risque : perdre le public en lui vomissant à la tronche tout en tombant dans le piège qu’il souhaite lui même dénoncer.

Dire que Fight Club dénonce quelque chose est un peu exagéré. Les réflexions des deux protagonistes ne sont pas dénuées d’humour et de lucidité. Mais dans son délire d’accumulation, Fincher nous égare souvent dans un film à tiroir qui multiplie les effets de styles (narratifs et visuels) dans le but de provoquer le malaise. Deux amis qui font les poubelles d’une clinique de liposuccion pour en faire du savon qu’ils revendent à prix d’or dans les boutiques de luxe, un projectionniste qui intègre des images subliminales de son chibre dans des pellicules de films destinés au grand public, un homme obèse avec une paire de seins… Tout cela, mis bout à bout, construit un délire sans bornes qui se complaît dans son humour gras et s’amuse à regarder le monde au travers d’une capote trouée. Autant dire que pour ce qui est de la fidélité à l’univers de Chuck Palahniuk (auteur du roman original), c’est un sans faute. Fight Club est à l’image de son auteur : puéril, grotesque, méchamment vénère et rentre-dedans. Une démarche auto-destructrice propre à l’écrivain à laquelle ce gros malin de Fincher ajoute le principe de mise en abyme qui fait toujours son petit effet. Apparition subliminale de Tyler dans des poses suggestives avant la véritable rencontre des deux protagonistes, adresse directe du narrateur (Edward Norton) au spectateur pour lui expliquer sa vision du monde et personnage qui parle directement d’humour « flash back ». L’avantage de la méthode, c’est qu’elle permet de faire avaler les retournements de situations les plus absurdes (la transformation du club en milice néo-fasciste et le twist final schizo). Tous les éléments semblent présents pour accoucher d’une oeuvre à la fois drôle et subversive, remettant totalement en question notre société contemporaine. Pourtant, la critique de l’époque – que l’on aime souvent taxer de réactionnaire face à la nouveauté –  n’a pas toujours discerné le potentiel « film culte » qui se dévoilait devant eux. Certains trouvaient le film finalement superflu, d’autres critiquaient la violence gratuite qui parcoure le film. Les plus virulents allant jusqu’à parler d’un film ouvertement fasciste où « les héros s’octroient le droit de boire, de fumer, de baiser et de se cogner dessus » (Roger Ebert – Chicago Sun-Times). L’aura culte qui entoure le film aujourd’hui rend-elle ces réflexions nulles et non avenues ? Pas forcément.

Avec du recul, on se rend compte que le film devient finalement un coup de gueule vivifiant sur le moment, mais loin de remettre en cause les fondements qu’il souhaite dénoncer. Il s’agit tout simplement d’un festival de la couille temporairement toléré par ces fameuses institutions consuméristes que les auteurs voudraient faire péter. Au final, l’aspect furieusement anar du projet apparaît comme une façade. Si l’on aime le considérer comme un film d’auteur furieux et tapageur, Fight Club n’en reste pas moins une production de studio. Financé pour la somme confortable de 65 millions de dollars, avec un casting de tête d’affiche (Brad Pitt, Edward Norton et Helena Bonham Carter), l’ensemble tient plutôt d’une tentative un peu opportuniste d’un studio d’être en phase avec son temps, sans pour autant renier ses valeurs. Ainsi on tiquera sur certaines maladresses propres à ce genre d’entreprise, comme voir Edward Norton et Brad Pitt se moquer d’une pub de parfum montrant des abdos huilés, quand eux-mêmes passent la moitié du film à exhiber leurs corps musclés tout en faisant étalage de leur prouesses sexuelles. Le consumérisme transforme les hommes en marchandises, le fight club transforme les corps en viande, ce qui revient finalement au même. Certains  ne s’y étaient pas trompés, Fight Club est assurément un film bien macho, s’embourbant dans une glorification puérile du corps viril en posant la violence sur un piédestal.  Et s’il y avait un travers de la société de consommation à dénoncer, c’était probablement celui-là. La violence ne libère pas du consumérisme, elle n’en est que l’un des piliers. Fincher n’essaye même pas de prendre de la distance et préfère s’y complaire, enchaînant les séquences provocantes (un pasteur qui s’énerve, trop anti-conformiste le Fincher). Le seul personnage féminin, qui aurait pu poser un regard distant sur cette explosion de testostérone, apparaît d’abord comme l’égale du narrateur, avant d’être réduite rapidement au statut d’objet sexuel pour les deux protagonistes, pour finir dans le rôle très hollywoodien de la princesse en détresse. Ce qui est un peu hors de propos pour qui aurait lu un peu Palanhiuk et compris que dans son univers, il n’y a pas de place pour un sentiment aussi positif que l’amour. Chez l’auteur, il n’y a que de la haine et du mépris, pour le monde, pour les personnages, pour le lecteur et pour lui-même. Et comme souvent dans ce genre d’entreprise, la mise en abyme n’est qu’un cache-misère, un écran de fumée qui tente de diluer un message pourtant trop évident.

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Sur le moment, tout cela est amusant. Mais revoir Fight Club aujourd’hui, c’est se rendre compte que, malgré ce qu’il nous promet, le film ne prend jamais le temps de la mise à distance ou de la réflexion. Il ne propose pas de solution ou d’alternative. Il se contente de tout détruire dans un tourbillon aussi galvanisant que vain. La fête du slip n’aura duré qu’un temps. Les studios ont levé un peu le pied pour nous laisser crier notre rage et notre envie d’en découdre avec ce monde de merde. On s’est bien amusé, maintenant ils ont repris la main. Aujourd’hui Disney possède les 1/3  de la production hollywoodienne, quelques conglomérats d’entreprises se partagent le capital du monde et Pokémon Go est un succès sur smartphone. L’intérêt d’une œuvre, c’est de faire prendre conscience au public de l’importance de son message. Dans ce cas précis, on peut dire que l’échec est cuisant. Ou alors, on se rabat sur cet éloge de la méthode terroriste pour remettre les compteurs à zéro, mais avec l’actualité sanglante du moment, ce n’est peut être pas une bonne idée. Fight Club est finalement l’archétype du film culte qui se regarde une fois. Grisant sur le moment par son idéologie libertaire et furieuse, mais pas véritablement apte à réveiller les consciences.

La critique positive du film par Julien Dugois.

Fight Club : Fiche Technique

Réalisation : David Fincher
Scénario : Jim Uhls d’après le roman Fight Club de Chuck Palanhiuk.
Interprétation : Brad Pitt, Edward Norton, Helena Bonham Carter
Musique : Dust Brothers
Photographie : Jeff Cronenweth
Décors : Alex McDowell
Costumes : Michael Kaplan
Montage : James Haygood
Production : Fox 2000 pictures, Regency Enterprise, Taurus Film
Distribution : 20th Century Fox
Nationalité : Américain
Genre : Thriller/ Comédie Noire
Durée : 139 minutes
Date de sortie française : 10 Novembre 1999

Etats-Unis – 1999

Rétrospective David Fincher: Fight Club, critique du film

David Fincher nous avait habitué à ses thrillers sombres et désabusés, ainsi qu’à des twists surprenants, mais personne n’avait vu venir la claque Fight Club, un uppercut à la face d’un monde castrateur dirigé par le pouvoir des images et le consumérisme à tout-va.

Synopsis : Un employé d’une grosse compagnie travaille beaucoup, trop même. De déplacements en déplacements, il finit par perdre ses repères et se perdre lui-même. Jusqu’à ce qu’il rencontre celui qui va changer sa vision du monde : Tyler Durden.

Il serait temps de bafouer les deux premières règles du Fight Club!

« Film culte ». « Film générationnel ». Tels sont les deux qualificatifs qui reviennent le plus souvent lorsque l’on évoque Fight Club. Mais comment un film qui, à sa sortie, a connu un semi-échec commercial (un box-office de 37 millions sur le sol américain, 100 à l’international, pour un budget de 63 millions) a-t-il fini par acquérir un pareil statut ? Sans doute grâce à la prise de conscience qu’il a su générer chez son public sur un problème de société qui, n’allant qu’en s’aggravant, n’a fait qu’élargir proportionnellement son audimat. Mais la vérité est plus complexe, puisqu’aucun consensus n’existe véritablement à propos du quatrième film de David Fincher. Mais n’est-ce pas là le propre de toute œuvre à ce point radicale et pensée comme une rupture avec le conformisme bien-pensant en vigueur dans l’industrie hollywoodienne ?

A l’origine du film, existe un livre. Publié en 1996, Fight Club est le titre du premier roman de Chuck Palahniuk, rapidement promu au rang de best-seller. L’univers de Palahniuk semblait prédisposé à s’accorder à celui de Fincher, qui avait prouvé son gout pour les microcosmes masculins et la peinture des névroses sociétales. Le scénario qui allait en découler, l’histoire de la création, par un schizophrène, d’une secte conspirationniste et anarcho-terroriste, aurait pu sembler tiré par les cheveux et avait même de quoi faire peur aux décideurs financiers hollywoodiens, mais ceux-ci ont su flairer que, en cette fin de siècle, sa teneur subversive attirerait le public. Si Fincher a voulu en acquérir les droits, il fut doublé par les studios de la 20th Century Fox (qui pensaient en remettre la réalisation à Bryan Singer ou Peter Jackson), ceux-là même avec qui il s’était promis de ne plus travailler après l’expérience difficile que fut Alien³. Autant dire que la collaboration s’annonçait risquée. Fort heureusement le succès de ses deux films précédents lui permirent d’acquérir une quasi-totale liberté artistique qui aboutit à une adaptation tout à la fois fidèle sur le fond et personnelle sur la forme.

Un appel non pas à la révolte mais à la fin de la complaisance

De prime abord, le film est un pamphlet contre la société de consommation et la philosophie mercantiliste issue de l’utra-libéralisme en vigueur. Un discours qui peut apparaitre comme source d’un certain cynisme opportuniste de la part d’un ancien réalisateur de pubs. Mais le processus de Fincher est au contraire dans la pure continuité de ses  précédents films. Avec la même véhémence qu’il égratignait les limites de la morale religieuse dans Seven, dans lequel le tueur agissait par « dégoût envers une société décadente », il fait partager à ses personnages un sentiment de rejet similaire. Le réalisateur prend un recul évident avec ce comportement en s’amusant, au contraire, à jouer avec les codes d’un consumérisme, dont il prouve sa maitrise à travers une multiplication des placements de produits qui ancre toujours plus le récit dans une réalité palpable. C’est donc uniquement à travers le regard désabusé du personnage d’Edward Norton, que nous fait partager une voix-off omniprésente et que Fincher prend soin à mettre en image selon ce détournement d’une grammaire cinématographique issue de la publicité, que cette distanciation vis-à-vis de la société de consommation va devenir explicite.

Que ce petit cadre reste, tout du long, anonyme et soit interprété par un acteur au faciès des plus banals (Edward Norton n’était alors connu que pour son rôle –à l’inverse très physique– dans l’excellent American History X) aident le spectateur à s’identifier à cet homme en pleine dépression. Cette empathie, ainsi qu’une mise en scène laissant habilement planer le trouble sur la limite entre la réalité et le fantasme, vont ainsi créer un effet implicite de partage, d’abord d’attraction pour Marla, fortement érotisée à l’écran, puis de ce besoin viscéral de se défouler que viendra cristalliser Tyler Durden. Que celui-ci soit interprété par Brad Pitt, acteur glamour s’il en est, participe à ce malaise dans l’attrait qu’il insuffle à cette descente aux enfers. Car ce personnage incarne une forme de spirale dans la violence que Fincher fait justement apparaître comme une menace. Si, dans un premier temps, il incarne cette envie de maîtrise sur le monde, notamment lorsqu’il invite l’employé d’une station-service à s’émanciper et réaliser ses rêves, dans un second temps, son « Projet Chaos » n’est rien de plus qu’une affirmation de ses pulsions autodestructrices. Ainsi, selon Fincher, le nihilisme ne mène à rien de salutaire, savoir s’affirmer en tant qu’être au sein de cette société de consommation étant l’unique alternative envisageable.

Comment taxer de nihiliste un film dans lequel l’amour sauve des pulsions de mort?

En aucun cas, une totale émancipation vis-à-vis des images publicitaires, érigées en nouveau dogme religieux, telle qu’elle est prônée par son personnage n’apparaît comme une solution viable. Lorsque le narrateur prétend aller dans le sens opposé à ce formatage en voulant  « détruire quelque chose de beau», ce n’est que pour justifier l’expression de ses instincts primitifs après avoir passé à tabac le personnage aux allures de métrosexuel incarné par Jared Leto auquel il reproche de n’être qu’une image figée alors que lui-même se prétend d’une imperfection libératrice. Et pourtant, d’images, Fight Club n’en manque pas. Il est même le film de David Fincher qui les manipule le mieux pour aliéner, non plus la limite entre la diégèse et les hallucinations de son personnage, mais entre le film et la réalité, dans la continuité de ce qui fut fait dans The Game. A plusieurs reprises, il met en évidence la pellicule du film, et en particulier lorsqu’un sexe masculin est inséré dans l’image finale et que Tyler s’adresse directement à la caméra. Si la première de ces deux provocations est avant tout une référence interne, elle rappelle surtout que nous sommes face à un film… retouché par Tyler lui-même. Ces deux dispositifs brisent ainsi à leur façon le quatrième mur pour mieux prendre à partie le spectateur. C’est alors à lui, et à lui seul, de décider quelle posture à prendre face à ce discours radical. Mais il semble que beaucoup de spectateurs n’aient pas été en mesure de prendre position et aient pris le discours contenu dans le métrage au pied de la lettre.

Grâce à son twist final devenu une référence, mais aussi grâce à la virtuosité de sa mise en abyme via un traitement visuel et sonore incomparable, David Fincher a su se dédouaner totalement des reproches que ses détracteurs (à commencer par cette analyse) ont pu faire à son film : Creux, anarchiste, machiste, crypto-gay voir même fasciste. Mais parce qu’il est une fable protestataire qui reflète avec une virulence astucieuse et un fatalisme déprimant son époque, Fight Club est, et restera, une œuvre majeure du cinéma contemporain.

Ecrit avec le soutien d’Alexandre

Fight Club : Bande-annonce

Fight Club : Fiche technique

Réalisation : David Fincher
Scénario : Jim Uhls d’après le roman Fight Club de Chuck Palanhiuk.
Interprétation : Edward Norton (le narrateur),Brad Pitt (Tyler Durden), Helena Bonham Carter (Marla Singer), Meat Loaf (Bob), Zach Grenier (Richard Chesler), Jared Leto (Gueule d’ange)…
Photographie : Jeff Cronenweth
Montage : James Haygood
Musique : Dust Brothers
Décors : Alex McDowell
Costumes : Michael Kaplan
Production : Fox 2000 pictures, Regency Enterprise, Taurus Film
Distribution : 20th Century Fox
Genre : Thriller, Comédie dramatique
Durée : 139 minutes
Date de sortie française : 10 Novembre 1999

Etats-Unis – 1999

Man On High Heels, un film de Jin Jang : Critique

Man on High Heels : Un ovni du cinéma coréen. Quand le film de kung fu rencontre la comédie romantique.

Synopsis : Tout le monde connaît Yoon Ji-wook,  flic à la peau dure couverte de cicatrices et aux méthodes sans précédents. Heo-gon, chef mafieux, en a après lui. Mais Yoon a autre chose en tête, un secret dont il ne peut parler à personne.

Man On High Heels est le troisième film du réalisateur Jin Jang, qui a lui-même écrit le scénario. Grand gagnant de la huitième édition du Festival de Beaune le 2 avril dernier, il a reçu le Grand Prix ainsi que le Prix de la Critique à l’unanimité. Un film apprécié et récompensé pour sa capacité à mélanger les genres dont le pari n’était pourtant pas gagné d’avance, la transexualité étant un sujet tabou en Corée. C’est finalement grâce à la société de productions Lotte, qui a accepté de financer le projet, que Man On High Heels se retrouve aujourd’hui porté sur grand écran.

Un peu d’amour dans ce monde de brutes ! 

À cheval entre un film de kung fu, un thriller et une comédie romantique, à trop vouloir en faire le cinéaste s’éparpille et ce qui au départ était une bonne idée, se transforme vite en un enchevêtrement d’intrigues inachevées et de scènes dissonantes.

La première scène d’action impressionne, fait rire par ses ralentis et ses gros plans rappelant les combats déjantés de Kill Bill, mais très vite, le rythme s’essouffle et les combats se font rares et moins punchys. L’histoire d’amour dans laquelle se vautre le personnage de Yoon reste malheureusement superficielle et se révèle sans grandes surprises, quant à l’aspect thriller, il est complètement absent. Sans doute par peur de délaisser son héros, le cinéaste abandonne en cours de route une enquête à l’intrigue intéressante, au profit d’une chasse à l’homme doublée d’une querelle familiale entre deux frères mafieux stéréotypés (la brute et l’homme d’affaires), qui se terminent dans un bain de sang. Une confrontation finale décevante menée par un Yoon pas au mieux de sa forme.

Confronté sans cesse à son double moi, dans le travail comme dans la vie privée, Yoon est tiraillé. Il n’est ni tout à fait un homme, ni tout à fait une femme, ni tout à fait flic, ni tout à fait gangster. Son orientation sexuelle n’est pas clairement définie comme peuvent en témoigner les regards échangés avec certaines femmes ou encore la scène du baiser avec Jang-mi. Son ambition professionnelle reste elle aussi obscure. C’est un flic qui ne respecte pas la loi, tue plus qu’il n’arrête et brise des os pour faire parler ses suspects. Mais sous ces airs de gros dur, on découvre en réalité une âme sensible et meurtrie, ensevelie sous une vague de violence libératrice.

Le traitement du thème de la transexualité est particulièrement intéressant. Se rêver femme représente un besoin vital pour le protagoniste, un moyen de revivre son premier amour. Le jeune collègue de Yoon pensera d’ailleurs que celui-ci se drogue en découvrant des traces de piqûres sur son bras, dues en réalité à une cure d’hormones. Mais on sent bien que Yoon est mal à l’aise, doute et se retrouve régulièrement rattrapé par sa nature d’homme.

Le message du réalisateur passe sans problème et la transformation du protagoniste encouragée par un mentor excentrique est touchante, sans pour autant tomber dans le pathos. Ce n’est malheureusement pas le cas de l’histoire d’amour, racontée à travers des flashbacks larmoyants et sans grande originalité. On a vu cette histoire des centaines de fois et recouvrir les plans de filtres roses et jaunes n’y changera rien. On ne fait que regarder sans y croire.

Et pourtant, malgré toutes ses maladresses, le film fonctionne. On en retient du discutable mais aussi beaucoup de bon. Un humour grinçant, une mise en scène efficace, une scène d’interrogatoire grisante et des personnages charismatiques.

Si le long métrage est aussi plaisant, c’est incontestablement grâce à la présence de Cha Seung-Won (Yoon Ji-wook). Connu par le public coréen pour ses rôles plutôt virils (Athena : Godess of war, Into te fire), l’acteur séduit ici par son charisme naturel et sa sensibilité.

Man On High Heels raconte non moins l’histoire d’un transexuel que celle d’une personne en quête de ce qu’elle est vraiment et de l’image qu’elle doit ou non renvoyer à autrui.

Coincé dans un monde d’étiquettes et de préjugés, Yoon essaie tant bien que mal d’être un peu plus que cet « homme qui valait trois milliards ».

Man on High Heels – Le flic aux talons hauts : Fiche technique

Titre original : 하이힐 (Hai-hil)
Réalisation : Jin Jang
Scénario : Jin Jang
Interprétation : Cha Seung-Won, Oh Jung-Se, Park Sung-woong, Esom, Ahn Kil-Kang…
Photographie : Lee Sung-je
Musique : Jay Kim
Durée : 125 minutes
Genre: Thriller – Comédie – Drame
Date de sortie : 20 juillet 2016

Corée du Sud – 2014

Auteur : Yael Calvo

Rétrospective David Fincher : The Game, critique du film

Fincher a quant à lui abordé le thème pour interroger non pas le spectacle mais bien le cinéma lui-même, réutilisant les codes du genre.

Synopsis : Nicholas Van Orton est un homme d’affaires riche, froid et seul. Pour son anniversaire, son frère Conrad lui offre un bon pour participer à un jeu. Sans lui dire en quoi cela consiste ni quelles en sont les règles. Intrigué, Nicholas va pourtant accepter.

Nouveau film, nouveau sujet

Après la claque de Se7en, le troisième film de David Fincher était très attendu. Le réalisateur décide cependant de ne pas s’enfermer dans le genre du film de serial killer, et d’accepter le scénario de The Game, film à suspense, avec Michael Douglas dans le premier rôle. A ce titre, il n’est pas possible de parler du film sans dévoiler des parties du développement plus ou moins importantes. Comme le montre le court générique en forme de puzzle, c’est un film à morceaux, labyrinthique, et de ce fait rappelle la prison de Alien3 et la traque du tueur de Se7en. Mais dans The Game, la menace est autre : il faut identifier les règles du jeu et franchir les étapes une à une.

D’ailleurs, quel est le but du jeu, quelles sont les règles du cadeau de Nicholas ? Au premier visionnage, le film peut paraître long à démarrer. L’annonce du jeu faite, l’action se fait attendre mais est repoussée par toute une batterie de tests que doit subir le personnage. Fincher se sert de ce début pour instaurer une ambiance et un climat d’attente, similaire à celui que ressent Nicholas. Il joue avec nos nerfs et se permet même une petite blague, une sorte de fausse dramatisation lorsque le conseiller de CRS, l’agence qui propose le jeu, dira : « Signez en bas… avec votre sang. Non, je plaisante. ». La plaisanterie annonce bien le projet du réalisateur : manipuler le spectateur en se servant des codes du cinéma et en ne cessant de mêler semblants et faux-semblants.

Interrogations

Le premier véritable incident qui lancera l’action n’arrive qu’après 40 minutes d’exposition. C’est à ce moment que le jeu vient à Nicholas, qu’un serveur lui laisse une addition qui n’en est pas une, que l’hôpital se vide tout à coup. Ce qu’il se passe avant est franchement intéressant. Dans l’attente de recevoir un signe que le jeu a commencé, Nicholas guette et scrute le monde qui l’entoure, se laissant tomber dans une paranoïa permanente : cette femme au bébé est-elle une actrice ? Ce monsieur barbu a-t-il un message pour lui ? Le plus troublant c’est que cela ne s’arrête pas après que le jeu ait démarré. Tout le long du film, le personnage et le spectateur s’interrogent sur le statut de chaque personnage, de chaque événement, un peu comme le fera Truman un an plus tard dans The Truman Show. Peter Weir et son scénariste Andrew Niccol font un film plus métaphysique que The Game, s’interrogeant notamment sur notre rapport à la télé-réalité et par là-même sur la société du spectacle.

En cela, le film est très certainement un exercice de style, comme le sera plus tard Panic Room. Bien sûr, il ne faut pas nier tout ce qui fait de The Game un film doté d’une réalisation soignée et très fincherien dans ses thèmes. On retrouve le genre du suspense, ainsi qu’une photographie très sombre habituelle dans l’oeuvre de David Fincher (faite ici par Harris Savides, qui collaborera de nouveau avec le réalisateur pour Zodiac), mais aussi l’utilisation des médiums divers, à savoir la vieille pellicule au début du film, le journal télévisé détourné, les polaroids, etc. Au-delà de toute interprétation que l’on pourrait faire du film, notamment sur la psychologie du personnage, à savoir le besoin de se confronter à la réalité, d’élucider le suicide de son père, etc, The Game est bien évidemment une prouesse de manipulation. N’importe quel spectateur va à un moment donné du film se dire que tel moment est réel ou ne l’est pas, et aura sûrement raison au premier abord. Mais la répétition des déconstructions et des interprétations données à Nicholas finissent nécessairement par mettre le doute. Et c’est bien cela le but du film, celui d’emporter le spectateur et personne d’autre.

Fincher nous fait nous identifier à Nicholas von Orton, joué par Michael Douglas, excellent choix pour ce rôle. Le jeu de l’acteur est ici (comme souvent) assez sobre et retenu. Son visage impassible, s’il correspond bien à l’attitude aigrie du personnage, laisse aussi le champ libre pour le spectateur de projeter les émotions qu’il souhaite, et donc les interprétations qui vont avec. Face à une situation donnée, si un acteur mime un fort sentiment de peur, alors il génère (normalement) de la peur, de même s’il rit, et ainsi de suite. Ici, le spectateur doit se débrouiller seul, et n’a pas de mode d’emploi sur ce qu’il doit ressentir ou penser. Cela participe ainsi tout entier à la réussite du film.

Le cinéma au cœur du jeu

Se demander si les gens qui nous entourent sont des acteurs, si les objets ne sont qu’un décor, c’est ni plus ni moins se demander si on est au cinéma ou pas. D’ailleurs, il faut noter que, lorsque Nicholas découvre que les livres ne sont pas de vrais livres mais plutôt des cubes vides imitant les reliures, c’est ce même genre de trucage qui a été utilisé pour remplir les rayons de la bibliothèque dans Se7en, qui est en fait une banque aménagée pour l’occasion. Dans The Game, Fincher nous invite en définitive à nous interroger en permanence sur ce que nous voyons, à repenser le statut des images, et ainsi les images du film lui-même. On pense fortement au film qui suivra, Fight Club, où le même discours était tenu par l’apparition à l’écran de la pellicule (et ce à plusieurs reprises : lors du passage de la brûlure de cigarette mais aussi lors du message de Tyler Durden au spectateur), ainsi qu’à la toute fin, où les photogrammes d’un sexe masculin rappelait que ce même Tyler insérait ces images dans des films pour la famille, et donc dans celui que nous étions en train de visionner.

The Game a certainement moins de consistance pris seul. C’est un bon thriller, peut-être un peu long à démarrer pour certains, peut-être un peu trop compliqué pour d’autres. Le film est tout d’abord un exemple de manipulation comme sait si bien faire David Fincher, mais également une pièce cohérente à l’intérieur de son oeuvre. Il faut pour apprécier le film accepter d’y entrer, tel Alice suivant le lapin blanc (qui dans le film peut être incarné par plusieurs personnages, comme Conrad ou Christine), emmené par la musique du groupe Jefferson Airplane. La seule récompense que l’on aura, c’est d’avoir participé. A ce titre, le film se conclut par un « Merci d’avoir joué » adressé au spectateur, et à une nouvelle aventure pour Nicholas. Bien réelle cette fois, même si The Game fait se confondre les frontières entre le vrai et le faux, entre le cinéma et la vie. L’un et l’autre ne sont finalement pas bien éloignés.

The Game : Bande-annonce (VO)

The Game : Fiche Technique

Réalisation : David Fincher
Scénario : John Brancato et Michael Ferris
Interprétation : Michael Douglas (Nicholas von Orton), Sean Penn (Conrad von Orton), Deborah Unger (Christine)…
Image : Harris Savides
Montage : James Haygood
Musique : Howard Shore
Sociétés de production : Propaganda Films
Distributeur : Polygram
Date de sortie : 5 novembre 1997
Durée : 129 min
Genre : Thriller
Etats-Unis – 1997

Amin : le prochain film de Philippe Faucon

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Philippe Faucon travaille sur un nouveau projet mêlant romance et drame social

Après le succès critique (la consécration aux Césars) et dans les salles (387 365 entrées) avec le long-métrage Fatima, le réalisateur Philippe Faucon s’apprête à travailler sur un nouveau drame social lié à l’immigration : Amin

Le film est co-écrit par Yasmina Nini-Faucon et Mustapha Kharmoudi.

Le long-métrage est produit par Arte France Cinéma et Istiqlal.

Le personnage central, Amin, est venu seul de Mauritanie pour travailler en France, dans le secteur du bâtiment, sur des chantiers. Il envoie tous les mois l’essentiel de son salaire pour sa femme restée au pays et ses trois enfants. Sa vie bascule lorsqu’il rencontre une femme, nommée Gabrielle. 

Après Dheepan de Jacques Audiard et Samba d’Olivier Nakache et Eric Toledano, Amin de Philippe Faucon risque d’être un nouveau témoignage bouleversant sur la vie des réfugiés et des immigrés en France.

La date de sortie de Amin n’est pas encore connue.

Philippe Faucon a réalisé douze films dont La Désintégration, Dans la vie, La trahison, Sabine ou bien encore L’Amour. Fatima avait obtenu les Césars du Meilleur film français de l’année, le César du Meilleure jeune espoir féminin pour l’actrice Zita Hanrot et le César de la meilleure adaptation pour Philippe Faucon d’après Prière à la lune de Fatima Elayoubi.

 

Aleister Arcane : le nouveau film d’horreur d’Eli Roth avec Jim Carrey

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Eli Roth et Jim Carrey vont faire trembler les fans de comics.

Eli Roth va s’attaquer à l’adaptation du comics Aleister Arcane publié en 2004 par Steve Niles. Jim Carrey a rejoint le casting du film et sera également producteur exécutif. Le long-métrage sera produit par Amblin Entertainment, la société de Steven Spielberg. Jon Crocker (La dame en noir 2 : l’ange de la mort) sera chargé de l’adaptation de la bande-dessinée pour le scénario.

L’acteur Jim Carrey,  né au Canada et citoyen américain depuis 2004, plus connu pour ses rôles humoristiques, avait déjà fait une incursion dans le genre horrifique avec le film Le nombre 23 réalisé par Joel Schumacher en 2007.

De retour dans sa ville natale dans l’Etat de l’Oklahoma, Aleister Green, un présentateur américain va se transformer en savant fou du nom d’Aleister Arcane pour animer une émission horrifique. Face au contenu du programme, jugé choquant par de nombreux parents, les téléspectateurs se plaignent auprès de la chaîne et exigent le départ du présentateur. Ils obtiendront gain de cause. Aleister est mis à pied. L’ex-présentateur connaît alors une descente aux enfers, au propre comme au figuré, qui lui sera fatale. Les enfants, qui appréciaient l’émission et qui avaient soutenu le présentateur, seront les seuls à pouvoir briser la malédiction qu’Alesiter Arcane a jetée sur la commune peu avant sa mort.

La date de sortie du film n’est pas encore connue mais elle pourrait coïncider avec Halloween.

Les calendriers de tournage risquent d’être bien chargés pour Eli Roth. Son projet de remake d’Un justicier dans la ville a été annoncé il y a quelques semaines à peine.

 

 

Godzilla Resurgence débarque au Japon le 29 Juillet

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Retour au pays natal pour le monstre destructeur

Le lézard atomique revient dans un nouveau film, Godzilla Resurgence (Shin Gojira en japonais), qui sortira dans les salles le 29 Juillet 2016 en Asie.

Ce long-métrage sera un reboot. L’histoire ne tiendra pas compte des précédents films de la saga. Aucune référence ne sera faite aux autres films, même le tout premier de 1954, réalisé par Inoshiro Honda.

Le dernier film japonais  produit par la Toho avec le monstre légendaire remonte déjà à 2004 avec Godzilla Final Wars, réalisé par Ryuhei Kitamura (Versus, Azumi, Midnight Meat Train). Godzilla Final Wars constituait un véritable hommage à la créature géante avec beaucoup d’humour, de second degré, des affrontements mémorables et une ribambelle de monstres issus des précédents films.

Le casting de Godzilla Resurgence réunit les acteurs Hiroki Hasegawa, Yutaka Takenouchi, Satomi Ishihara ou bien encore Ren Osugi. Ce nouveau film est réalisé par Hideaki Anno (Neon Genesis Evangelion) et Shinji Higuchi (L’attaque des titans).

Le nouveau look du monstre est le fruit du travail de Mahiro Maeda (Mad Max : Fury Road, The Animatrix) et Takayuki Takeya (Kamen Rider Drive).

Après le succès de Godzilla de Gareth Edwards, Godzilla Resurgence signe le grand retour du film catastrophe et du film de monstres au Japon (Kaiju Eiga). Les habitants vont devoir faire face à la colère du lézard géant qui sème la terreur au pays du soleil levant.

Les studios Toho et la production ont précisé que la créature Godzilla de ce film serait la plus grande de toute la saga avec ses 118 mètres !

Les cinéphiles qui appréciaient les précédents opus du géant vert risquent d’être déçus par le choix des effets spéciaux. Le monstre colossal ainsi que les scènes de destruction sont réalisées en images de synthèse, en CGI. Les techniques ancestrales, qui apportaient un charme désuet aux nombreux films Godzilla au Japon avec l’utilisation de costumes et de maquettes, ont été abandonnées au profit des nouvelles technologies et du numérique.

Godzilla Resurgence est programmé pour une sortie en salles au Japon pour le 29 Juillet 2016.

Le film, destiné au public japonais, n’a pour l’instant aucune date de sortie prévue pour une exploitation en Europe ou aux USA. En cas de succès au box-office au Japon, le long-métrage pourrait convaincre certains distributeurs étrangers ou sans doute être proposé en vidéo ou à la location en e-cinéma.

La version américaine de la saga Godzilla devrait connaître une suite pour 2019, après le film de Gareth Edwards en 2014. Ce nouveau long-métrage des studios Legendary et Universal Pictures pourrait être le théâtre d’affrontements titanesques entre Godzilla et ses ennemis bien connus des fans comme Rodan, Mothra et King Gidorah. Gareth Edwards a abandonné ce projet suite à un calendrier chargé de tournages avec la Warner et également pour se consacrer à Star Wars : Rogue One. Hollywood attend donc un autre réalisateur pour les nouvelles aventures du lézard sur le sol américain.

 

 

Rétrospective David Fincher : Seven, Critique du film

Suite au refus de David Cronenberg, c’est David Fincher qui se retrouve sur le projet Seven  alors qu’il ne s’agit là que de son deuxième long métrage après Alien 3. L’œuvre est une plongée sans retour dans les méandres du mal, dans le vice le plus pur, dans la démence la plus vile, dans la crasse la plus abjecte, une toile éclaboussée par toutes les déjections de la société.

Plongée dans les ténèbres de l’âme humaine

Le film cultive la question du mal. Il est symbolisé par une violence graphique et surtout une violence scénique instaurée par le réalisateur. Ainsi, cela se traduit par une mise en scène qui contrôle tous les éléments du film. De cette pluie diluvienne ininterrompue, labyrinthique et grisante, à cette photographie faisant la part belle aux ténèbres, que ce soit dans les rues d’une ville blême dénuée de toute émotion, assommée par les crimes et les turpitudes, ou même dans les intérieurs où seules quelques lumières ponctuelles habillent les scènes. Fincher fait de l’ambiance de son film le pilier sur lequel tous les autres éléments vont s’appuyer. C’est ainsi que sa caméra jongle à merveille sur les focales et la profondeur de champ, tandis que que la musique (très proche de celle du Silence des agneaux, également composée par Howard Shore) et la bande sonore tiennent une place très importante dans le liant des scènes afin de guider le spectateur vers la rectitude, à l’image des inspecteurs Mills et Somerset se rapprochant peu à peu de l’ultime vérité. Le travail de Darius Khondji, le chef opérateur, est surprenant ; il rend la ville et les décors hostiles et repoussants, et donne cette teinte si particulière aux intérieurs, ternes et pourtant contrastés, créant des tableaux dantesques qui transforment presque l’horreur en figures fascinatoires.

Un buddy-movie au happy-end inenvisageable

Ernest Hemingway a écrit :

«Le monde est un bel endroit qui vaut la peine que l’on se batte pour lui. Moi, je suis d’accord avec la seconde partie. »

Cette phrase issue du film est une forme d’allégorie totale de l’œuvre, sombre et pessimiste. Elle annihile beauté et joie et met en exergue la résurgence de la lutte contre le mal.

Somerset et Mills, les deux inspecteurs sont comme deux guides perdus au milieu de cette folie. D’un côté le vieux loup de mer, porté par un Morgan Freeman au firmament, dont le visage semble s’abimer minute après minute sous l’horreur dont il est le témoin; les yeux brillant d’indignation, troquant volontiers ses ultimes illusions contre un cynisme désarmant ; et de l’autre, le jeune loup ambitieux, poussé en avant par sa nervosité et son manque de calme, au risque de ne pas toujours savoir les canaliser. Ces deux-là évoluent comme sous un déluge aux allures bibliques, qui échoue pourtant à laver les péchés de cette ville sale, grise et crépusculaire. Ils évoluent au sein d’une photographie aux noirs profonds, qui fait se détacher les ombres derrière lesquelles ils courent. Au sein de scènes de crime, aussi, à l’atmosphère glauque et malsaine, territoire d’un mal mis en scène de manière tout aussi méticuleuse que religieuse (le découpage même du film appuie l’aspect schématique et religieux de la démarche du tueur).

Jamais un polar n’aura su, scénaristiquement mais aussi visuellement, tiré aussi bien parti de la part sombre de la psyché humaine. C’est ce coup de force qui intronisa Fincher au rang de nouveau maître du suspense.

Le psychopathe restera anonyme pendant l’intégralité du film, à l’image de ce mal indistinct et universel. De plus,  le nom de son personnage, « John Doe », signifie aux États-Unis : « Monsieur X », de quoi alimenter encore plus le mystère autour de lui. Par ailleurs, et comme dans le superbe M le Maudit de Fritz Lang en 1933, il est représenté comme une ombre mouvante, une masse informe qui se déplace et plane dans l’atmosphère, comme une réelle personnification du mal, ou du diable pour rester dans le contexte religieux. Pour purger la société des maux qui l’accablent, John Doe va s’approprier les sept péchés capitaux et les détourner à un triste dessein, au nom d’une « mission divine ». Il a une vision très tranchée du monde et de l’être humain, et son personnage rend le film si particulier. Le script et le parti pris du réalisateur ne laissent place à aucune empathie envers les victimes, présentées comme des gens mauvais, pervers, répugnants et c’est en cela que l’œuvre est perturbante. En effet, ce qui peut déranger, c’est l’immoralité viscérale du scénario allant jusqu’à créer un semblant d’empathie pour le psychopathe, ce qui permet toutefois de briser le manichéisme du polar primaire. David Fincher matérialise superbement la démence à coups d’inserts, de représentations abjectes, de plans-séquences au cordeau et de ruptures de ton.

Et c’est après avoir installé une atmosphère malsaine et dépressive, après avoir mis un visage sur sa figure maléfique, que David Fincher met en place la tension qu’il portera pendant toute la dernière partie du film via un crescendo étouffant. Dans un huis clos d’abord, à l’intérieur de l’habitacle d’une voiture, puis à ciel ouvert, dans une ultime scène baignée d’une lumière chaude et aveuglante. Le désert, le soleil, la tension. Doe s’affirme comme le maître du jeu qu’il a finalement toujours été. Et comme le serpent tentateur de la Genèse biblique, il siffle aux oreilles de Mills, le manipule, instillant et entretenant sa rage, pour mieux faire de lui l’instrument de son obscure mission. Oppressant, suffoquant, anxiogène.

Malgré les années, l’aura de Seven demeure. Porté par trois acteurs incroyables et construit d’une main de maître par un réalisateur qui renouvellera et dominera le genre du thriller pendant des années (en maître du suspense qu’il est, Fincher a pris soin de ne pas mettre Kevin Spacey au générique dans Seven par exemple, très astucieux). Une œuvre capitale. Un miroir sur l’horreur de l’être humain et de la société qu’il a construite.

Synopsis : Pour conclure sa carrière, l’inspecteur Somerset, vieux flic blasé, tombe à sept jours de la retraite sur un criminel peu ordinaire. John Doe, c’est ainsi que se fait appeler l’assassin, a décidé de nettoyer la société des maux qui la rongent en commettant sept meurtres basés sur les sept péchés capitaux: la gourmandise, l’avarice, la paresse, l’orgueil, la luxure, l’envie et la colère.

Seven : Bande-annonce

Seven : Fiche technique

Réalisation : David Fincher
Scénario : Andrew Kevin Walker
Interprétation : Brad Pitt, Morgan Freeman, Kevin Spacey, Gwyneth Paltrow…
Musique : Howard Shore
Photographie : Darius Khondji
Décors : Arthur Max
Costumes : Michael Kaplan
Montage : Richard Francis-Bruce
Production : New line Cinema
Distribution : New line Cinema
Nationalité : Américain
Genre : Thriller
Durée : 127 minutes
Date de sortie française : 31 janvier 1996

Etats-Unis – 1996

Auteur : Clement Faure

 

 

The Walking Dead Saison 7 : le trailer dévoilé au Comic-Con de San Diego

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The Walking Dead Saison 7 : les toutes premières images dévoilées au Comic-Con

 

Des millions de fans du monde entier l’attendaient. Ça y est ! La toute première bande-annonce de la saison 7 a été enfin dévoilée, il y a quelques heures à peine, au Comic–Con de San Diego.

Le trailer, assez long, joue avec les nerfs des téléspectateurs après l’un des pires cliffhangers pour une série télévisée, à la fin de la saison 6. L’identité de la victime de Negan sera dévoilée au début de la saison 7. Des séquences de souvenirs des héros sont présentées et défilent à l’écran alors qu’ils patientent impuissants face au choix cruel et sans pitié de Negan qui les menace avec sa terrible batte couverte de barbelés… Le suspense est à son comble ! Cardiaques s’abstenir ! Ce trailer maintient la tension jusqu’au bout et n’épargne pas les fans.

Cette nouvelle saison promet d’être riche en personnages charismatiques, en scènes d’action spectaculaires et avec une multitude de zombies toujours plus terrifiants, repoussants et menaçants avec le travail toujours aussi remarquable des équipes de maquilleurs de Greg Nicotero (KNB) comme le démontre la deuxième partie de la bande-annonce. Greg Nicotero sera d’ailleurs le réalisateur du tout premier épisode de la saison 7.

De nouveaux personnages comme Ezekiel et son tigre Shiva font leur apparition. De nouveaux lieux, des havres de paix et des communautés inédites sont dévoilés dans les quelques images présentées lors du Comic-Con.

Ce trailer laisse entrevoir une saison 7 riche en émotions et pleine de promesses. ALERTE AUX SPOILS Les lecteurs assidus de la bande-dessinée peuvent se faire du soucis pour Glenn mais la série n’a pas toujours respecté la trame exacte du comics FIN DE L’ALERTE AUX SPOILS.

Reste maintenant à être patient. La saison 7 de The Walking Dead démarre le 23 Octobre 2016 sur AMC. Préparez les mouchoirs. La saison 7 risque d’être un véritable tire-larmes et d’éprouver les nerfs et l’émotion des spectateurs.

 

https://www.youtube.com/watch?v=wGm2zwg_-NY

Colonia, un film de Florian Gallenberger : Critique

Le sujet de Colonia s’annonçait passionnant. Il prend place aux prémices du régime de Pinochet, un des régimes totalitaires les plus opaques de l’Histoire, qui a vu un nombre important de disparitions inexpliquées et qui a permis à un ancien nazi d’exprimer, en toute impunité, sa folie en s’érigeant gourou d’une secte où il a pu torturer hommes, femmes et enfants.

Synopsis : Chili, 1973. Le Général Pinochet s’empare du pouvoir par la force. Les opposants au coup d’Etat descendent dans la rue. Parmi les manifestants, un jeune couple, Daniel photographe et son ami Lena. Daniel est arrêté par la nouvelle police politique. Il est conduit dans un camp secret, caché dans un lieu reculé au sein d’une secte dirigée par un ancien nazi. Une prison dont personne n’est jamais sorti. Pour retrouver son amant, Lena va pourtant rentrer dans la Colonia Dignidad.

Romance encadrée

On avait là les bases d’une histoire tragique, malheureusement authentique, et globalement méconnue qui voyait en Florian Gallenberger, le cinéaste idéal pour lui faire honneur. Il s’est déjà illustré dans le récit tiré de faits réels, avec son réussi mais académique John Rabe en 2009. Et surtout, voulant suivre ici le destin d’un couple au sein de Colonia Dignidad, le lieu de la secte dirigée par Paul Schäfer, l’ancien nazi, il renoue avec son premier film Schatten der Zeit (qui n’est jamais sorti en France), où il s’attardait sur des émois amoureux contrariés par la politique d’un pays. Chose qui fait écho avec l’histoire de Colonia. Tout pouvait laisser penser que, dans la réunion de ces deux styles qu’il affectionne tant, on y trouverait son film ultime. Pourtant la vérité est ici plus complexe et les attentes généralement déçues.

L’approche choisie par Gallenberger se montre très vite handicapante, s’intéressant plus aux péripéties traversées par le couple pris au milieu d’un coup d’état, ce qui a pour cause de délaisser tout ce qui touche aux faits réels. Il use des rouages classiques du thriller romanesque pour chercher l’efficacité du divertissement au détriment de la rigueur du sujet, se laissait volontairement aller au caricatural lorsqu’il s’intéresse à la vie au sein de la secte et surtout au culte mené par Schäfer. Aspect qui est accentué par la prestation outrancière de Michael Nyqvist. Il ne cherche pas les nuances de son personnage et fait un travail de surface. Déjà l’écriture ne s’intéresse jamais à l’étude du mal dont il est capable mais en plus c’est une figure de gourou démoniaque et excentrique comme on en voit souvent. Il est abordé de manière peu originale et même s’il était peut-être vraiment comme ça dans la vraie vie, son traitement ne permet pas de le rendre intéressant. On souligne cependant la bonne idée qu’a eu le cinéaste dans sa façon de suggérer ses crimes avec pudeur, particulièrement en ce qui concerne la pédophilie. Il évoque les penchants du personnage au sein d’une séquence assez glaçante par son regard froid et très détaché mais qui est minutieusement travaillé pour que l’on comprenne sans que ça devienne trop explicite. La scène n’en est que plus malsaine. On regrettera quand même que tout ne soit pas du même niveau, la mise en scène de Florian Gallenberger étant trop superficielle par moments qu’il peine à établir des fulgurances. On pense par exemple à un passage de réunion d’hommes autour d’une femme, qui sont là pour la juger. Le propos est extrêmement fort mais  la séquence est filmée de manière tout aussi détachée que le reste ce qui la rend presque anecdotique. Accentuer la tension et avoir une mise en scène plus crue lors de ce passage aurait vraiment pu aboutir à un moment anxiogène marquant.

C’est principalement ce que l’on peut reprocher au film, sa manière de se construire sur des demi-mesures. Chaque bonne idée étant contrebalancée par un défaut qui vient  l’amoindrir. C’est le résultat d’une démarche hésitante qui veut offrir une vision réaliste de ce qu’était la vie à Colonia Dignidad tout en édulcorant le propos en plaçant les enjeux au niveau du couple. Un couple qui est finement écrit et attachant surtout grâce aux prestations impeccables de Emma Watson, qui crève littéralement l’écran, et de Daniel Brühl, très en forme. Mais plus que ça, c’est l’alchimie évidente que partagent les deux acteurs qui les rend authentiques, on croit en leur histoire et on a envie de les voir s’en sortir. Ils ont beau être sacrifiés sur l’autel du suspense dans un climax bien trop facile et expédié, prenant la forme d’une banale course-poursuite, ils sauvent l’ensemble par leur présence. La manière dont se conclut le récit reste pourtant difficile à avaler, utilisant un élément exposé dans le prologue sans subtilité, le tout apparaît comme un setup/payoff (présenter un élément anodin qui est voué à jouer un rôle plus tard dans l’intrigue) grossier qui vient faire un pied de nez aux intentions de réalisation qui avaient jusqu’ici régi le film. Dans sa quasi-globalité, le tout est monté de manière à être très posé pour avoir un regard clair et précis sur les événements, notamment dans le prologue qui illustre les violences militaires sur la population. Une fois à Colonia, Gallenberger pousse ça encore plus loin dans un montage totalement mécanique et segmenté en jour – le film présente une pancarte lorsque que l’on change de jour pour montrer le temps que les protagonistes ont passé dans le camp. C’est un moyen assez habile de nous plonger dans la routine très disciplinaire de la secte, de vraiment nous immerger avec les personnages et d’accentuer la redondance de cette vie. Une bonne idée qui sera reniée dans un dernier tiers qui cède à la grandiloquence avec un montage plus sensationnaliste et dénué de toute tension, la fuite des protagonistes étant trop fonctionnelle dans ses mécaniques qu’on ne s’y intéresse pas vraiment.

Colonia est un film qui pouvait prétendre à beaucoup mais qui se contente au final du minimum. On est assurément devant un divertissement plaisant à suivre mais aussi indéniablement décevant dans son absence d’ambitions. La partie romanesque prend trop les devants sur l’Histoire, et même si elle dispose de bons moments de suspense, elle discrédite l’horreur qu’était cette secte et les agissements de Paul Schäfer par son approche trop caricatural des faits réels. Pourtant par sa pudeur et l’intelligence de son montage durant la majeure partie du récit, le film trouve une forme de justesse et met en lumière une réalité effrayante bien trop méconnue. La mise en scène impersonnelle ne lui rend pas particulièrement honneur mais à le mérite de l’illustrer lorsqu’il ne tombe pas dans le classicisme du thriller mais on peut malgré tout compter sur la présence de Emma Watson et Daniel Brühl pour maintenir l’intérêt du spectateur.

Colonia : Bande annonce

Colonia : Fiche technique

Réalisation : Florian Gallenberger
Scénario : Florian Gallenberger et Torsten Wenzel
Interprétation: Emma Watson (Lena), Daniel Brühl (Daniel), Michael Nyqvist (Paul Schäfer), Julian Ovenden (Roman), …
Image : Kolja Brandt
Montage: Hansjörg Weißbrich
Musique: André Dziezuk
Costumes : Nicole Fischnaller
Décor : Agostina De Francesco
Producteur : Benjamin Herrmann, Christian Becker, James Spring et Nicolas Steil
Société de production : Iris Productions, Majestic Filmproduktion et Rat Pack Filmproduktion
Distributeur : Rezo Films
Durée : 110 minutes
Genre: Drame
Date de sortie : 20 juillet 2016

Allemagne – 2016

Retrospective David Fincher : Alien³, critique du film

Quel regret que David Fincher n’ait pas eu les coudées franches, car son talent aurait pu être bien mieux mis à profit s’il n’avait pas subit des conditions de production déplorables et avait pu pleinement disposer de ce scénario riche en puissance évocatrice.

Synopsis : Après le carnage sur LV-426, Ripley atterrit sur Fiorina 161, une petite planète balayée par des vents violents reconvertie en pénitencier puis abandonnée par la compagnie Weyland-Yutani. Comprenant que le crash de son vaisseau est lié à l’éclosion d’un xénomorphe, Ripley va mobiliser les quelques détenus pour combattre cette nouvelle menace, mais ceux-ci sont dépourvus d’armes.

Un projet difficile à mettre en place et qui continue à diviser

Rarement un film aura généré un tel désaccord vis-à-vis de ses suites que l’a fait Alien (1979, Ridley Scott). Bien qu’il soit adoré par beaucoup de fans, qui y voient un sommet du cinéma d’action, Aliens, le retour (1986, James Cameron) s’est vu reprocher par d’autres de bafouer la mythologie de la créature redoutable imaginé par H.R. Giger en en livrant une armada facilement pulvérisables mais finalement uniquement supérieurs aux humains par leur nombre. Il semble que ce soit pour se réconcilier avec ces spectateurs qui pensent que « trop d’aliens tue l’alien » que les scénaristes / producteurs de ces deux films aient lancé le chantier d’un troisième opus qui reprenne les codes du premier. La conception du scénario n’aura toutefois pas été de tout repos puisque ce n’est qu’après le rejet de trois autres versions qu’il fut finalement adopté. Allait alors se poser, pour les décideurs de la Fox, la délicate question du recrutement du réalisateur. Désireux de garder la mainmise sur la production, leur choix s’est porté sur un jeune homme, âgé de moins de trente ans et n’ayant pas de véritable expérience sur des longs-métrages puisque n’ayant jusque-là travaillé que sur des clips et des publicités. Le tournage débuta donc alors que le scénario n’avait même pas encore été bouclé sans compter qu’entre David Fincher et les producteurs, la collaboration aura été chaotique. Quand ces derniers ont décidé de retourner la fin, privant ainsi le réalisateur de son final cut, ils l’ont poussé à claquer la porte avant la fin du montage et même à renier le film. Fincher refusa en effet, lors de la sortie en 2004 d’une version longue (de 30 minutes supplémentaires… un surplus de dialogues inutiles diront ses détracteurs), de participer aux bonus du DVD.

Bien plus qu’un simple film d’horreur claustrophobique

Conçu comme un survival en huis-clos où un petit groupe d’humains est confronté à un monstre à priori invincible, il semble que la structure de cet Alien³ soit strictement la même que celle du film de Ridley Scott, à la différence notable qu’il en élimine la place centrale donnée à la technologie futuriste, ce qui le rend peut-être plus réaliste. Mieux que ça, il en reprend deux thématiques sous-jacentes que le film de James Cameron avait, pour sa part, quelque peu délaissé : La figure démoniaque donnée à la célèbre créature toute lovecraftienne et l’imagerie de la maternité inhérente à son modus operandi. C’est en donnant une place centrale à la religion dans le mode de vie, et donc dans les dialogues, des détenus, que la représentation diabolique du xénomorphe, qualifié notamment de « dragon », est prégnante. En cela, Alien³ s’apparente à un thriller métaphysique plus profond qu’il n’y parait.

Ripley en revanche, qui formait à la fin du second film un schéma de famille recomposée avec Hicks et Newt, est à nouveau seule et se retrouve à présent, d’abord victime d’une tentative de viol, puis « enceinte » d’un embryon d’alien. Commence alors pour elle un drame psychologique qui va la conduire à s’émanciper de son statut de victime et de « tentatrice » pour mieux se réaffirmer en femme forte. C’est dans cette allégorie de la place de la femme dans la société, et son choix ou non à disposer de son corps, que ce scénario se révèle donc le plus subtil. Mais il est surtout, pour le jeune David Fincher, l’occasion d’en faire émerger une profonde noirceur qui, dans un jusqu’au-boutisme qui est la marque d’un futur grand cinéaste, atteindra son apothéose dans sa conclusion, quand bien même celle-ci a déplu au studio jugeant, pour des raisons sûrement plus commerciales qu’idéologiques, inacceptable de faire de leur héroïne une figure christique prête à accepter de se sacrifier pour le salut des autres.

Des débuts plus que prometteurs

Sur la forme aussi, Alien³ apparaît comme la matrice de ce qui fera par la suite la patte plastique de son réalisateur : Une image sombre, uniquement illuminée par un filtre chromatique ocre/sépia qui appuie l’atmosphère sordide. Fincher, qui démontrera également son goût pour les microcosmes masculins, réussit à offrir à Sigourney Weaver une variation très passionnante de son rôle. Rasée à ras, l’actrice-star de la franchise livre une prestation remarquable qui la rend plus iconique que jamais. A ses côtés, parmi les détenus, on retiendra surtout la présence de Charles Dance qui, comme à son habitude, fait preuve d’un charisme et d’un flegme qui imposent le respect. Le reste du casting fut également bien choisi, composé de vraies « gueules » (dont l’excellent Pete Postlethwaite), qui participe à l’ambiance poissarde de ce pénitencier. Ce film a également été le premier à avoir l’occasion de représenter l’Alien via des images numériques. Comme souvent, ces effets spéciaux révolutionnaires à l’époque (comme le laisse à penser leur nomination à l’Oscar) sont vite devenus désuets, mais n’enlèvent en rien à l’angoisse que la mise en scène fait doucement monter crescendo, jouant, comme Ridley Scott 13 ans plus tôt, sur le hors champ. Des effets qui s’avéreront particulièrement efficaces dans une impressionnante scène de course-poursuite, filmée entièrement depuis le point de vue de la bête, au risque d’y perdre beaucoup en lisibilité. Mais là où le film initial donnait la part belle à de splendides décors au visuel organique, ici tout est métallique. Cette esthétique un peu trop léchée se fait ressentir jusque dans le développement presque automatique de ce thriller, dont la seconde moitié se retrouve assez pauvre en émotions, se limitant à un jeu de massacre dont les victimes sont trop peu attachantes pour vraiment nous faire vibrer.

Parce qu’il a été rattrapé par un scénario déshumanisé, David Fincher finit malheureusement par déposséder son premier film de l’extrême sensibilité qu’il avait pourtant réussi à en faire ressortir. Début de la fin d’une saga légendaire pour les uns, retour aux sources louables pour les autres, Alien³ mérite en tous cas d’être réhabilité par sa version longue qui en offre une vision bien plus proche de celle de son réalisateur.

Alien³: Bande-annonce (VO)

Alien³ : Fiche technique

Réalisation : David Fincher
Scénario : Walter Hill, David Giler et Larry Ferguson
Interprétation : Sigourney Weaver (Ellen Ripley), Charles Dance (Clemens),  Charles S. Dutton(Dillon), Pete Postlethwaite (David), Lance Henriksen (Bishop)…
Photographie : Alex Thomson
Montage : Terry Rawlings
Superviseur des effets visuels : Richard Edlund
Décors : Norman Reynolds
Costumes : David Perry et Bob Ringwood
Musique : Elliot Goldenthal
Producteurs : Gordon Carroll, David Giler, Walter Hill, Ezra Swerdlow
Sociétés de production : 20th Century Fox
Budget: 50 M $
Durée : 114 minutes en version cinéma / 144 minutes en version longue
Genre : Science-Fiction, Horreur
Date de sortie : 26 août 1992

Etats-Unis – 1992

Nouvelle bande annonce pour le remake des Sept Mercenaires

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The Magnificent Seven : Nouvelle bande annonce avec un Denzel Washington en meneur d’hommes

Annoncé par la Columbia il y a maintenant quatre ans de cela, le remake des Sept Mercenaires se voit enfin devenir une réalité. Après avoir longtemps été proposé à Tom Cruise et Russell Crowe, c’est finalement à Chris Pratt et Denzel Washington qu’il reviendra de rendosser les célèbres rôles tenus à l’époque par Steve McQueen et Charles Bronson dans le film original de John Sturges, datant de 1960. Enfin, pas tellement original puisque ce long métrage était déjà un remake explicite des Sept Samouraïs d’Akira Kurosawa, chef d’œuvre inégalé du cinéma japonais et référence esthétique pour le réalisateur nippon. La production a donc confié la direction de cette nouvelle adaptation à Antoine Fuqua (Training Day, Equalizer) et le scénario au duo John Lee Hancock (Dans l’ombre de Mary, la promesse de Walt Disney)/Nic Pizzolatto (showrunner de la divine série True Detective). Il y sera également l’occasion d’ouïr la dernière composition de James Horner, décédé l’été dernier après un crash d’avion.

Trois mois se sont écoulés depuis le premier trailer et Columbia revient à la charge pour promouvoir son film qui, mine de rien, sera dans toutes les salles obscures dans deux mois jour pour jour (23 septembre aux États Unis/28 septembre en France). On y voit alors Denzel Washington en chef de groupe, recrutant un à un ses équipiers pour venir en aide au personnage de Haley Bennett et de sa ville, sous le joug de Bartholomew Bogue (Peter Sarsgaard), un industriel avide et corrompu. Malgré un visuel plutôt classieux, on espère que cette nouvelle adaptation jouera la carte de la nouveauté et de la créativité, pour affirmer son identité cinématographique. Malheureusement, quand on connaît la politique interne de Sony/Columbia, on est en droit d’émettre quelques doutes.

 

Pour rappel, l’histoire se place dans la ville de Rose Creek, sous la domination mortelle de l’industriel Bartholomew Bogue (Peter Sarsgaard), les habitants emploient sept bandits, chasseurs de primes, joueurs et mercenaires – Sam Chisolm (Denzel Washington), Josh Farraday (Chris Pratt), Goodnight Robicheaux (Ethan Hawke), Jack Horne (Vincent D’Onofrio), Rocks Billy (Byung-Hun Lee), Vasquez (Manuel Garcia-Rulfo) et Red Harvest (Martin Sensmeier). Les sept mercenaires devront se battre pour plus que l’argent cette fois-ci….

Les Sept Mercenaires (The Magnificent Seven) : Bande-annonce