TCM CINÉMA PROGRAMME : Diamants sur Canapé, un film de Blake Edwards : Critique

La rencontre entre Audrey Hepburn et Blake Edwards ne pouvait aboutir qu’à une œuvre dont le charme semble aussi éternel qu’un diamant, mais dont il serait dommage d’oublier le sous-texte subversif.

A retrouver sur TCM Cinéma et TCM à la demande à partir du 30 juillet 2016

Synopsis : Alors qu’il  s’installe dans un appartement New-Yorkais huppé, Paul Varjak se fascine pour sa belle voisine, Holly Golightly, une jeune femme charmante et mondaine mais entourée d’une aura de mystère. Tandis que leur carapace respective va s’effriter, au gré de révélations sur leur passé et de prises de conscience sur leur comportement futile, leur relation amicale va se muer en passion.

Le glamour à la fois décalé et mélancolique

Même si Truman Capote, l’auteur de la nouvelle homonyme publiée en 1958 dont le scénario est adapté, avait insisté pour que le rôle de Holly soit tenu par Marilyn Monroe, le recul qu’on a aujourd’hui sur le choix des producteurs de faire appel à Audrey Hepburn, devenue une star oscarisée grâce à Vacances Romaines huit ans plus tôt, rend indéniable qu’il a énormément contribué à l’aura du film. D’abord parce que c’est l’actrice qui a fait embaucher Blake Edwards, plutôt que John Frankenheimer un temps envisagé mais dont elle n’avait « pas entendu parler ». Mais surtout parce que c’est immanquablement la rencontre improbable entre la fragilité que dégage naturellement la belle Audrey et le sens du burlesque propre à Edwards qui fit de Breakfast at Tiffany’s un renouveau dans le domaine de la comédie romantique. Dès la scène d’ouverture, qui a donné son titre au film puisqu’on y voit Holly, vêtue de la célèbre petite robe noire créée pour l’occasion par Givenchy (un autre choix fort profitable de Hepburn), déjeuner face à la vitrine du joaillier de la 5ème rue de New-York, le personnage apparait comme détaché des réalités du commun des mortels, du fait de sa solitude et de la façon dont on devine chez elle une envie, presque sexuelle, de franchir le pas pour pénétrer dans cette boutique, fruit de tous ses fantasmes.

Un classique d’une étonnante modernité

C’est le développement de ces deux thématiques présentes dès l’incipit qui a permis au long-métrage d’être, plus qu’une screwball comedy narrant une banale histoire d’amour, un reflet délicieusement amer du modèle américain et de l’expectative difficile de voir s’y former un couple sain, selon la définition puritaine du concept marital. Le besoin d’argent, plutôt que celui de combler un quelconque manque affectif pourtant bien présent, est le seul point commun qui semble lier les deux protagonistes. En devenant le voisin et en observant le comportement volage de la ravissante Holly, Paul va ainsi remettre en question son propre de mode de vie, celui d’un artiste sans inspiration dont l’unique ressource pécuniaire lui vient de sa riche maitresse. En un mot, quoique jamais assumé dans le film, un gigolo. On pourra regretter que, face au charisme magnétique de sa partenaire, George Peppard ne réussisse pas à faire rayonner son personnage comme l’aurait fait un Cary Grant ou un Gregory Peck. Ceci-dit, le rapport de force entre les deux personnages, qui semble –artificialité assumée oblige– dépendre directement du charisme de leur interprète, ne fait finalement que conforter la volonté avérée d’inverser le schéma classique, et un peu niais, du genre qui avait habitué le public de l’époque à voir une belle jouvencelle s’émanciper au contact d’une figure masculine forte.

Dans la conception du personnage de Holly –qui malgré ce (faux) nom n’a rien d’une sainte–,  Diamants sur Canapé propose une vision de la femme, libérée tant financièrement que sexuellement mais n’apparaissant jamais comme grossière, qui, à sa sortie en 1961, bafouait les standards hollywoodiens et qui, avec plus d’un demi-siècle de recul, mérite parfaitement le qualificatif de « proto-féministe ». Il ne serait même pas de trop que d’affirmer que ce petit bout de femme ait été implicitement un des modèles fondateurs à toute cette génération de femmes qui ont fait des années 60 un tournant dans la lutte pour leur émancipation dans la société phallocrate d’après-guerre. Sur la forme, c’est également grâce au choix d’Audrey Hepburn plutôt que de Marilyn Monroe, de l’élégance plutôt que du sex-appeal, que le film gagne dans sa volonté de renouveler la place de la femme dans l’imagerie et la narration classiques de la comédie romantique. A l’inverse des figures tutélaires américaines du genre, en tête desquelles trônait New-York-Miami (1934), c’est à présent à travers le regard de l’Homme, naïf et honnête à son égard, que l’on observe les failles de cette Femme moderne, dissimulant sa détresse intérieure derrière ses mensonges et son extravagance. La mise en scène est en cela brillante qu’elle appuie merveilleusement l’enfermement dans lequel Paul reproche à Holly de se mettre elle-même, la filmant régulièrement en intérieur, ou en surcadrage à travers une vitrine, une cage d’escaliers ou bien encore une fenêtre. Que ce ne soit pas le cas lors de la célèbre scène chantée participe d’ailleurs à en faire un passage d’une bouleversante sincérité, un moment d’évasion vis-à-vis des conventions superficielles de cette société dont elle et le public avaient tant besoin.

Capote-Edwards-Hepburn, le trio gagnant… transformé en quatuor légendaire par Mancini

De l’aveu du réalisateur, la scène dans laquelle Holly organise une fête chez elle lui a inspiré le point de départ de son célèbre The Party qu’il réalisera sept ans plus tard. Il est certain que, dans sa filmographie, Breakfast at Tiffany’s apparait comme sa première réalisation s’écartant de la mécanique du slapstick au profit d’une sophistication better than life d’une qualité telle qu’elle reste encore aujourd’hui un modèle incontournable. Certains automatismes qualifiables de cartoonesques restent pourtant présents dans son film, dont le plus flagrant est irrémédiablement cet improbable personnage de Mickey Rooney grotesquement grimé en voisin japonais acariâtre. Car la part de drame socio-psychologique que le scénario tire du roman n’est pas uniquement drapée par la sensualité rayonnante de son actrice, il est également allégé par la fantaisie surréaliste et la tonalité jazzy de cette réalisation qui en firent l’un des tout premiers « films pop ». Selon la légende hollywoodienne, c’est parce que les agents d’Audrey Hepburn refusèrent de voir leur protégée prêter ses traits à une call-girl délurée que, dans un premier temps ils l’empêchèrent de lire le texte original, et que dans un second temps, ils insistèrent auprès de Blake Edwards pour que son film puisse être qualifié de burlesque et en aucun cas de provocateur. C’est d’ailleurs dans ce sens, tout en légèreté, que va la bande-annonce si-dessous. La moindre charge érotique étant de toute façon rendue inenvisageable par le code Hays encore en vigueur, il a fallu au réalisateur faire preuve d’une délicatesse extrême qui, encore une fois, va atteindre son moment de grâce dans la fameuse scène où il fit chanter à la douce Audrey, peu sûre d’elle, la splendide chanson Moon River, composée pour l’occasion par Henry Mancini, dans ce petit timbre de voix qui, à lui-seul, a pleinement mérité sa place dans la légende du 7ème art.

Diamants sur Canapé : Bande-annonce (VO)

Diamants sur Canapé : Fiche technique

Titre original : Breakfast at Tiffany’s
Réalisation : Blake Edwards
Scénario : George Axelrod d’après la nouvelle Breakfast at Tiffany’s de Truman Capote
Interprétation : Audrey Hepburn (Holly Golightly), George Peppard (Paul Varjak), Patricia Neal (Mme Failenson), Mickey Rooney (M. Yunioshi), Jose Luis de Villalonga (José da Silva Pereira)…
Image : Franz Planer
Montage : Howard A. Smith
Musique : Henry Mancini
Direction artistique : Roland Anderson
Costumes : Edith Head, Hubert de Givenchy
Décors : Sam Comer, Ray Moyer
Production : Martin Jurow, Richard Shepherd
Société de production : Jurow-Shepherd, Paramount Pictures
Budget : 2 500 000 $
Société de distribution : Splendor Films
Récompenses : Oscars 1962 de la Meilleure musique originale à Henry Mancini et de la Meilleure chanson originale pour Moon River écrite par Johnny Mercer et composée par Henry Mancini
Genre : Comédie romantique, comédie dramatique
Durée : 113 minutes
Date de sortie : 17 janvier 1962

Etats-Unis – 1961

 

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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