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Bastille Day, un film de James Watkins : Critique

James Watkins est un réalisateur à la carrière encore jeune et qui tente de faire son trou dans le cinéma de genre. Avec Eden Lake, un thriller horrifique, et La Dame en Noir, pur film d’horreur sous forme d’hommage aux productions de la Hammer, il tentait de s’imposer non pas en renouvelant un genre mais en y revenant à la source, livrant des films honnêtes mais peu mémorables. Avec Bastille Day, il sort un peu de l’horreur traditionnel pour s’essayer au buddy movie.

Synopsis : À la veille du 14 juillet, Zoe Naville, une jeune Française, prépare un attentat à Paris. Son objectif : créer un choc dans la société, sans tuer le moindre civil. Michael Mason, un petit voleur américain, dérobe le sac de Zoe. Il en extrait ce qui l’intéresse et se débarrasse du reste dans le rue. Au même moment, dans une base secrète de la CIA de la capitale française, l’agent Sean Briar, de retour de difficiles missions en Syrie et en Irak, essaie de s’adapter à son nouvel environnement. Les circonstances dramatiques vont l’obliger à s’acclimater plus vite encore. 

24 heures chrono

Un buddy movie tout ce qu’il y a de classique qui évolue pourtant  dans un contexte particulier. Se situant en France car étant majoritairement une production française, il prend place dans un univers où la réalité a dépassé la fiction. Le film fait même parfois écho avec ce que l’on a pu vivre ou voir dans les médias ces derniers temps. Il peut en cela être perçu comme anxiogène, même si sa fonction première est de divertir et, d’une certaine manière, d’exorciser la France de ce climat de peur par son approche romancée et naïve qui apparaît presque comme maladroite.

Cette maladresse viendra en grande partie d’un scénario qui se repose entièrement sur des stéréotypes pour évoluer. Les personnages ont des traits de personnalités tellement forcés que tout paraît caricatural, à un point tel que cela semble voulu pour éviter tout ce qui pourrait paraître trop « réaliste ». Le film essaie d’évoluer dans un second degré constant,  et que même si les événements sont graves, le sauveur américain n’est pas loin pour venir désamorcer les situations. Même l’attentat semble au final dérisoire pour une intrigue qui part sur autre chose et tente le plus possible de masquer ce qui pourrait sembler être du terrorisme. Ici, même si elle vient traiter du racisme dû aux amalgames qu’entraîne ce genre d’attentats, elle le laisse quand même en background et ne vient jamais traiter cette aspect frontalement, comme lorsqu’elle s’attaque aux violences policières. Au final toute la charge anxiogène que pourrait alimenter le film est en arrière plan mais donne l’étrange sensation de ne pas être prise au sérieux, étant traitée ici comme les ressors d’un complot, alors que pour nous cela s’impose comme une réalité. Le gros problème de l’ensemble est en fin de compte de porter un regard trop américain sur notre propre pays. Que ce soit l’aspect patriotique, les dialogues et la manière dont s’enchaînent les événements, tout paraît factice et ne nous correspond pas et on finit par se moquer des clichés qu’aligne le film plutôt que de se prendre véritablement au jeu. Le récit est cousu de fils blancs, les retournements de situations sont prévisibles et les personnages n’ont pas une grande épaisseur, le héros paraît même être une coquille vide juste là pour distribuer des uppercuts. On ne se passionne donc pas pour l’intrigue, d’autant plus que le film étant court, tout est survolé et prétexte à offrir des scènes d’actions.

Le casting est correct, même si certains acteurs français n’arrivent pas s’échapper de la caricature de leurs personnages et plongent dans le ridicule comme José Garcia. Néanmoins, la quasi-totalité du casting fait un job convenable. Idris Elba est monolithique mais c’est voulu par son rôle, il compense surtout par sa classe et son charisme et montre qu’il assure en leading role de film d’action. Richard Madden, acteur découvert dans Game of Thrones, a un certain potentiel, même si ici il ne peut pas entièrement l’exploiter, il dégage un capital sympathique indéniable et pourrait s’imposer comme un des jeunes acteurs sur qui compter. Charlotte Le Bon a le rôle le plus émotif du film et s’en sort très bien, elle a un naturel de jeu assez appréciable et même si elle ne livre pas la performance de sa carrière, elle s’impose sans mal dans un rôle à contre-emploi et prouve qu’elle est une actrice à fort potentiel.

Pour la réalisation on est face à quelque chose qui souffle le chaud et le froid. En terme de photographie, le tout se montre générique faisant parfois même téléfilm et ce n’est pas aidé par des fonds verts assez hideux lors des scènes en voitures. Par contre le montage est plutôt efficace, gérant le rythme à la perfection pour qu’il n’y ait pas de coup de mou et se montre suffisamment bien découpé pour ne pas rendre les scènes d’actions illisibles. D’habitude, dans ce genre de production, on a plus l’habitude de quelque chose de très cut et de nauséeux durant les scènes musclées. La musique n’est pas mémorable mais accompagne convenablement la mise en scène de James Watkins. Il montre un savoir-faire indéniable, disposant même parfois de bonnes idées comme lors d’une course poursuite sur les toits de Paris, où les mouvements de caméra plus aériens se montrent parfois audacieux et assez bien pensés. Les scènes d’actions sont suffisamment bien cadrés pour qu’on ne soit ni trop proche ni trop loin de l’action et pour que la lisibilité soit constante mais celles-ci manquent quand même d’inventivité dans la conception de ses scènes. Le tout est très classique, on enchaîne course-poursuites, combats aux corps à corps et fusillades sans la moindre originalité mais cela reste efficace malgré des situations parfois hautement improbable. On est donc face à un film au visuel lambda pour ce genre de films d’actions mais qui se montre tout de même maîtrisé.  

Bastille Day est un film qui n’est pas désagréable à regarder si on cherche un divertissement sans prise de tête et sans fantaisie. Le tout n’est pas très recherché et apparaît comme un film d’action classique comme on en voit souvent sur nos écrans. Il tente pourtant de décrire une situation très actuelle en France, suite aux horreurs que le pays à traversé, mais au final, cela n’apparaît que comme un prétexte. L’ensemble est très maladroit dans l’exécution de son scénario et dans sa manière de forcer le trait pour éviter un maximum les sujets trop épineux. On a donc un film qui est dépassé par la réalité et qui souffre de celle-ci car il apparaît obsolète et dérisoire. On peut aussi être dubitatif quand à la vision trop américanisé de notre propre pays, qui se montre même irritant dans l’abattage des clichés, mais on se laisse quand même bercé par le casting et l’efficacité de certaines scènes. C’est un divertissement à la qualité limitée et qui ne fera pas date mais qui saura peut-être amuser le temps d’un dimanche soir.

Bastille Day : Fiche technique

Réalisation : James Watkins
Scénario : Andrew Baldwin
Interprétation: Idris Elba (Sean Briar), Richard Madden (Michael Mason), Charlotte Le Bon (Zoe Naville), Kelly Reilly (Karen Dacre), José Garcia (Victor Gamieux), …
Image : Tim Maurice-Jones
Montage: Jon Harris
Musique: Alex Heffes
Costumes : Guy Speranza
Producteur : Bard Dorros, Fabrice Gianfermi, Steve Golin, David Kanter et Philippe Rousselet
Société de production : Anonymous Content et Vendome Pictures
Distributeur : StudioCanal
Durée : 90 minutes
Genre: Action
Date de sortie : 13 juillet 2016

France – 2016

Expo James Bond : la légende 007 s’expose

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Pas de repos pour les braves ! A peine le temps de le voir quitter les écrans, que revoilà déjà James Bond aux affaires. L’espion du MI6 est en effet, et ce jusqu’au 4 septembre prochain, l’objet d’une exposition unique basée à la Grande Halle de la Villette. Sa mission : rappeler avec plus de 500 objets (dessins préparatoires, costumes, véhicule et autres gadgets) son statut d’icône de la culture populaire, tout en faisant état de son style inimitable.

Pas question donc de tergiverser : James Bond est une icône. Aux cotés de Luke Skywalker, Don Corleone et Indiana Jones, le fringuant espion dopé à la vodka martini ne démérite pas. Brillant sujet de Sa Majesté, jamais en reste dès lors qu’il est question de sauver le monde, le bougre a depuis ses premières aventures au cinéma (en 1962) fait montre d’un penchant avéré pour le luxe. Il suffit d’ailleurs de voir sa garde-robe pour se convaincre, qu’outre d’être le meilleur agent de la division 00, le sieur à la chevelure brune s’est transformé en mascotte des plus grandes marques du monde. Bollinger, Omega, Tom Ford, Aston Martin, toutes répondent présent depuis plus d’un demi-siècle pour affirmer à ceux qui ne l’auraient pas encore compris, que James Bond, c’est la classe incarnée. Un modèle d’élégance et de charme jamais contesté. Mais qui dit modèle dit surtout création. D’où est parti cet inextinguible besoin de draper cet espion charmeur dans les plus beaux costumes ou de le faire asseoir dans les plus belles voitures au monde ? Une question qui semble à l’origine de cette exposition qui, en jouant simultanément la carte de l’hommage et de la rétrospective, est à même de brosser les fans dans le sens du poil, comme de stimuler les néophytes.

Entre symbolisme et raffinement

Et à force d’enchaîner les passages sur les plateaux de tournages, on aura appris quelques petits trucs sur l’icône de Ian Fleming. La première c’est qu’il est expéditif. La deuxième c’est qu’il est un véritable showman. Il suffit d’ailleurs d’un seul petit coup d’œil à la première salle pour nous en convaincre. Une porte en forme de barillet. L’Aston Martin DB5. La seule. L’unique. Puis la DB10, sa petite sœur, crée spécialement pour les besoins de Spectre et qui en impose. Deux légendes qui trônent fièrement autour d’une porte. Un peu plus et on se croirait dans la Grèce Antique, sans doute béat devant ce soin apporté à la théâtralité, qui en un rien de temps, propulse un héros de littérature en figure quasi-divine. Et ce n’est que la première pièce. La suite, elle, confirme la tendance. Drapée dans un agréable jeu de clair-obscur, l’exposition se plaît à nous faire naviguer dans une sorte de dédale sans cesse ponctuée de pièces et objets iconiques. On retrouvera pêle-mêle, le pistolet d’or de Scaramanga, le trophée BAFTA de Skyfall, les lunettes de Max Zorin, le chapeau à bords tranchants d’Oddjob, ou encore la mâchoire argentée de Requin. Que de bibelots en apparence très banals, mais qui une fois passés sous un spectre de couleur oscillant entre le doré et le noir, se révèlent être inestimables. aston-martin-db10-exposition-james-bondEt on le comprend. Car, en plus d’être parfaitement en phase avec les objets qu’elle dévoile, l’exposition jouit d’une étonnante construction interne. Un peu comme si elle avait été construite pour éclairer les zones d’ombres du mythe. D’abord, la vie de son auteur, Ian Fleming. Sa famille, ses hobbys. Tout est passé au peigne fin pour tenter de déceler les traits d’humeurs ayant migré de sa personnalité jusque dans les pages de ses romans. On se plait donc à admirer béatement la machine à écrire plaquée or de l’écrivain, tout comme ses habitudes alimentaires qui le voyaient boire et fumer sans discontinuer, une bouteille de scotch et deux paquets de cigarettes par jour. Sacré programme. Ensuite, le bureau de M. Sa porte rembourrée, le bureau de Moneypenny attenant au sien. Le porte-manteau où s’essayait déjà au tir Sean Connery. Autant d’éléments qui nous renvoient, 10, 20, voire 30 ans en arrière selon les générations, au moment où Bond devait se rendre dans le bureau de son patron pour assimiler quel mégalomane il aurait la charge d’amener au cimetière.

Une ode à la classe

Ironiquement, on ne retrouvera les méchants que vers la fin. Avant ça, un détour nous est offert par le département Q. Jonché comme toujours de gadgets en tout genre, entre le dispositif ATAC de Rien que pour vos yeux (1981) et le bateau de Le Monde ne Suffit pas (1999), la pièce est voulue comme un entrepôt dont les étagères seraient déjà largement mises à contribution, la faute à 007 qui a l’air de considérer que la tripotée de gadgets qu’il reçoit sont à usage unique. Là encore, quelques morceaux de choix attirent l’œil. Le boitier à cigarette ouvreur de coffre-fort de Moonraker (1979) côtoie ainsi le râteau-émetteur de Permis de Tuer (1989). machine-ecrire-fleming-exposition-james-bondPreuve en est que l’humour aura toujours eu une place de choix dans la saga, au même titre que la gravité et la sensualité. Deux éléments d’ailleurs représentés en masse dans la pièce suivante, qui se fait le pari de rendre compte de la classe de l’espion par le biais de ses nombreux costumes. Celui de Spectre évidemment, mais galanterie oblige, aussi ceux de ses partenaires. La robe d’Elektra King, celle de Xenia Onatopp, ou l’imposant smoking de Valentin Zukovsky, le malheureux quidam qui perd son genoux et sa fabrique de caviar à cause de 007. Triste vie. Heureusement, car voilà que les apôtres du malheur arrivent. Les méchants. Être méchant de James Bond, c’est une institution. Un art même. Ça peut passer par la prestance (à ce titre, on se souviendra longtemps de Joseph Wiseman grimé en Docteur No, ou de Christopher Walken qui joue l’infâme Max Zorin), mais aussi leur manière de s’habiller. Costume à col Mao pour Franz Oberhauser, chemise hawaïenne pour le hacker Boris Grischenko, et même combo cuir-latex pour la sadique Xenia Onatopp. Evidemment, que seraient ces fameux méchants sans les accessoires qui les caractérisent ? En ça, l’exposition s’avère d’ailleurs bien pensée. La bague ornée du motif du Spectre de Franz Oberhauser (Spectre), le stylo explosif de Goldeneye (1995), les dents de Requin dans l’Espion qui m’aimait (1977); tout est là pour rappeler qu’un méchant c’est bien, mais un méchant avec plein de gadgets, c’est mieux. palais-glace-maquette-exposition-james-bondUne manière comme une autre de mettre 007 sur un pied d’égalité avec sa Némésis et corser la difficulté qu’il aura à, encore une fois, sauver le monde de leurs plans diaboliques. Mais au fond, on ne devrait pas s’inquiéter, car à force d’égrener les titres les plus invraisemblables, la saga a réussi à mettre le doigt sur le vecteur le plus important de la franchise : l’espoir. En titrant l’une de ses aventures Demain ne Meurt Jamais, la saga a ainsi fait plus qu’apposer un vulgaire nom sur une aventure du Commandeur. Elle a distillé un espoir qu’elle a placé dans son chevalier au smoking. De l’espoir, qui dans ces périodes troublées ne fait pas de mal.

Autant conçu pour récompenser le fan endurci que séduire le plus banal néophyte, nul doute que l’exposition consacrée à l’icône 007 saura plaire à quiconque arpente ses travées. Riche, subtile et inventive, le parcours proposé par EON au cœur de l’une des plus grandes figures du cinéma est clairement un incontournable pour quiconque s’estime fan du personnage.

James Bond, 007, l’exposition : Bande-annonce 

Sieranevada, un film de Cristi Puiu : Critique

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Faste année pour le cinéma roumain avec pas moins de quatre films prévus dans les salles françaises ou déjà sorties (Illégitime). Sans compter qu’avec trois films sélectionnés à Cannes (Sierananevada donc, Baccalauréat en compétition, Dogs à Un Certain Regard), la Roumanie n’a jamais été aussi présente sur le devant de la scène, soulignant la bonne croissance d’un cinéma minimaliste mais capable de bouleverser comme nul autre.

Synopsis : Quelque part à Bucarest, trois jours après l’attentat contre Charlie Hebdo et quarante jours après la mort de son père, Lary – 40 ans, docteur en médecine – va passer son samedi au sein de la famille réunie à l’occasion de la commémoration du défunt. L’événement, pourtant, ne se déroule pas comme prévu. Les débats sont vifs, les avis divergent. Forcé à affronter ses peurs et son passé et contraint de reconsidérer la place qu’il occupe à l’intérieur de la famille, Lary sera conduit à dire sa part de vérité.

Depuis la Palme d’Or obtenue par Cristian Mungiu avec son 4 mois, 3 semaines, 2 jours, le terme Nouvelle Vague Roumaine est souvent employé pour associer ces films roumains qui sortent des sentiers battus et sont sélectionnés dans la plupart des festivals internationaux, et dont Mungiu et Puiu sont les fers de lance. Avec Sieranevada, il s’agit de la première sélection en compétition cannoise pour Cristi Puiu après avoir obtenu en 2005 le Grand Prix Un Certain Regard pour La Mort de Dante Lazarescu et présenté Aurora dans la même section en 2010. Sans langue de bois, en apportant sur les marches un huis-clos familial de près de trois heures, Cristi Puiu avait de quoi laisser un paquet de journalistes sur le carreau, voyant venir le mastodonte roumain plombant. Et ce n’est pas l’introduction qui les contredira dans un premier temps, puisque le film s’ouvre sur un plan quasi-fixe d’une dizaine de minutes dont la rigueur brute a de quoi décourager les plus intrépides critiques. Mais dès qu’il décide de faire entrer sa caméra dans l’intimité (d’une voiture puis d’un appartement), force est de constater que toute la grandeur du film tient dans son procédé technique implacable.

De la difficulté de passer à table

Configuration spatiale réduite au strict minimum, Sieranevada n’est pas loin de la pièce de théâtre filmé, avec ces conditions de tournage en quasi huis-clos où les personnages entrent et sortent sans arrêt des pièces de l’appartement, chacune comprenant un récit qui fait partie d’une intrigue générale où tout se mêle, se chevauche et s’envenime. C’est là que Puiu montre tout l’étendue de son talent dans l’utilisation d’un espace restreint mais extrêmement malin qui laisse la caméra s’immiscer dans les différentes pièces de l’appartement au gré des conversations qui nous intéressent le plus. Pour nous introduire plus intimement dans cette famille, Cristi Puiu aborde le point de vue de Lary, un personnage imposant et attachant -bien qu’un peu maladroit- qui agit comme observateur et auquel le spectateur s’identifie rapidement. Celui qui l’incarne n’est autre que Mimi Branescu, un acteur que les amateurs de Cristi Puiu reconnaîtront puisqu’il était déjà présent dans La Mort de Dante Lazarescu. Doté d’une carrure paternaliste et d’une sensibilité profonde lui permettant de jouer une vaste palette d’émotions, il apporte au récit une compassion, une autorité soudaine (il devient l’homme de la famille), une absurdité (par ses rires nerveux) et une mélancolie toutes bienvenues qui en font un personnage terriblement attachant. Tout le film n’est pour Lary qu’une succession de situations gênantes où il se retrouve coincé malgré lui dans les colères noires de sa femme, les mauvais stationnements, les disputes familiales, les discussions conspirationnistes, les révélations et ce repas gargantuesque qui n’arrive jamais. Jeune neurologue qui voyage entre la France et Genève pour le travail, Lary n’est autre que cette représentation de la Roumanie qui tente de trouver sa place en Europe mais qui ne peut se défaire de son passé et de ses tensions internes.

Ne vous laissez pas impressionner par les trois heures du film, Sieranevada défile à toute allure et déploie avec maestria son analyse ciselée et cynique de la famille roumaine d’aujourd’hui.

Réunis pour l’occasion afin de commémorer la mémoire du défunt père de famille selon les traditions roumaines, il est amusant de s’apercevoir que le suspense du flm réside uniquement dans le fait de savoir si oui ou non le repas va enfin avoir lieu. Lary explique à un moment que tout le monde se détend une fois l’estomac plein. Il est là le cercle vicieux puisqu’à mesure que les clivages augmentent,  le repas est sans cesse décalé, allant jusqu’à prendre des proportions inimaginables puisque les convives n’ont toujours pas rempli leurs estomacs et donc continuent à s’affronter à coups de mots.  C’est là tout le cynisme du film qui s’avère d’une drôlerie nerveuse remarquable. Chacun apportera sa pierre à l’édifice dans la montée crescendo des tensions et des révélations familiales. La grand-mère dira à son gendre infidèle cette phrase pleine de sens métaphysique : « Je ne suis pas venu ici, aujourd’hui pour écouter les gens s’engueuler comme des gitans ». Parce qu’au fond, le spectateur, si ! En connaissance de cause, il va assister à ce repas en sachant que tous les personnages vont se tirer la bourre et assister à l’implosion d’une famille dont la tension et les rancœurs qui émanent apparaissent comme un règlement de comptes. Mais plus que le déchirement d’une famille scindée en deux (un camp attaché aux traditions, l’autre ouvert à la modernité et aux chaînes brisées), déjà maintes fois traité, Cristi Puiu montre des rires nerveux par l’absurdité des situations, des corps fatigués par tant de tension et des émotions difficiles à cacher. On retrouve les mêmes éléments chers au huis-clos familial, à savoir des rires, des cris, des disputes, de la compassion, etc. mais le cinéaste roumain les sublime à un niveau bien plus subtil et inédit, contrairement à l’hystérique et assommant Juste la fin du monde de Xavier Dolan,  l’autre huis-clos familial en compétition cannoise.

Oublié à Cannes (à l’inverse de son compère Cristian Mungiu, récompensé par un Prix ex-æquo de la Mise en Scène pour Baccalauréat), Sieranevada est un portrait habile, cynique et oppressant de la société roumaine aussi bien coincée dans ses traditions qu’elle ne se plaît à les célébrer. Bien qu’interminable (avec ses 2h53 dans le ventre), Sieranevada fascine et bouleverse par la justesse de ses acteurs, l’authenticité de sa mise en scène et l’analyse sociale pertinente d’une Roumanie qui se cherche et ne sait pas où se situer, entre son passé conservateur et son désir d’aller de l’avant. Ses baisses de régime n’y font rien, on est subjugué par la force évocatrice de ce huis-clos qui donne à voir une critique et un portrait juste et nuancé d’un pays dans l’entre-deux.

Sieranevada : Bande-annonce VOST

Sieranevada : Fiche Technique

Réalisation : Cristi Puiu
Scénario : Cristi Puiu
Interprétation : Mimi Branescu (Lary), Dana Dogaru (Madame Mirica), Bogdan Dumitrache (Relu), Ilona Brezoianu (Cami), Ana Ciontea (Tante Ofelia), Sorin Medeleni (Tony)
Photographie : Barbu Balasoiu
Décors : Cristina Barbu
Costumes : Maria Pitea, Doina Raducut
Montage : Letitia Stefanescu, Ciprian Cimpoi, Iulia Muresan
Musique : /
Producteurs : Sabina Brankovic, Laurence Clerc, Oana Giurgiu, Zdenka Gold, Labina Mitevska, Lucian Pintilie, Anca Puiu, Mirsad Purivatra, Olivier Père, Olivier Théry-Lapiney
Sociétés de Production : Alcatraz Films, Arte France Cinema
Distributeur : Wild Bunch Distribution
Budget : 1 400 000 €
Récompenses : Sélection Compétition Internationale Festival de Cannes 2016 et Munich Film Festival 2016
Genre : Drame
Durée : 173 minutes
Sortie en salles : 03 août 2016

Roumanie, France, Bosnie-Herzégovie, Croatie, Macédoine– 2016

Sparrows, un film de Rúnar Rúnarsson : Critique

Les « sparrows », les hirondelles du titre du film de l’islandais Rúnar Rúnarsson ne sont pas très présentes dans l’image.

Synopsis : Ari, 16 ans, vit avec sa mère à Reykjavik lorsqu’il doit soudain retourner vivre chez son père Gunnar, dans la région isolée des fjords, au nord-ouest de l’Islande. Sa relation avec son père n’est pas des plus faciles et ses amis d’enfance semblent avoir bien changé. C’est dans cette situation difficile à laquelle il ne peut échapper qu’Ari devra s’imposer pour trouver sa voie…

(De)constructing Ari

On comprend cependant bien vite que le cinéaste parle de ses personnages, d’Ari (Atli Oskar Fjalarsson) en particulier, ce jeune de Reykjavik obligé de vivre tout un tas de chambardements lorsque sa mère, pour des raisons inconnues, part vivre en Afrique avec son nouveau mari. L’hirondelle en chef, c’est lui, un adolescent qui prend un difficile envol, et le fait que le cinéaste soit très elliptique quant au voyage de sa mère, sur la durée que cela va prendre notamment, est une très bonne idée, car enferme le protagoniste dans une situation qui lui déplaît, et dont on ne sait pas quand ni comment l’issue va survenir.

Ari retourne vivre avec son père Gunnar (Ingvar Eggert Sigurðsson) au fin fond de l’Islande, dans un environnement aussi splendide qu’anxiogène. Il laisse la grande ville derrière lui, l’insouciance, ainsi que le chœur façon petits chanteurs à la croix de bois dont les voix angéliques n’ont pas encore été touchées par la gravité de l’âge adulte. Le film raconte le passage d’Ari, 16 ans, à l’âge adulte, un thème qui n’a été que trop embrassé par le cinéma, intéressant aussi bien les adultes en devenir que les nostalgiques de leur innocence, mais que le cinéaste islandais renouvelle par sa nationalité même, son environnement même, et par la lecture en filigrane qu’il offre de cette société islandaise au travers de la vie d’un village de pêcheurs, presque d’un hameau, tant les âmes qui vivent sont rares.

Les thématiques, bien que multiples, ne sont donc pas nouvelles. Les retrouvailles avec son père en sont le centre, des retrouvailles rendues difficiles par l’absence totale de résilience de ce dernier après son divorce d’avec la mère d’Ari. Incapable de « remettre de l’ordre dans sa vie » comme il le dit lui-même, il passe ses soirées de beuveries en bacchanales, sous les yeux hagards de son fils, complètement affolé par les perspectives qui l’attendent dans ce trou paumé et en si mauvaise compagnie.

Tourné au fond d’une vallée où les anciens pêcheurs en sont réduits à revendre leurs petites embarcations pour travailler dans les grosses poissonneries des multinationales, le film est truffé de plans où le regard se heurte aux nombreuses montagnes, belles mais n’offrant aucune échappatoire, aucune envolée possible aux personnages qui sont comme pris au piège. Rúnar Rúnarsson qui connaît très bien cette région, réussit à en montrer le caractère ambivalent, presque oppressant sur ses habitants.

D’une tonalité sombre et très mélancolique, Sparrows est quand même traversé par de belles fulgurances de tendresse superbement filmées par le chef opérateur Sophia Olsson. La relation avec sa grand-mère (Kristbjörg Kjeld) comme substitut de l’amour maternel, est décrite par petites touches de minuscules scènes de la vie quotidienne qui sont comme des havres dans lesquels le spectateur lui-même se ressource véritablement par empathie pour Ari. De même, ses rares sorties avec les jeunes de son âge, ou avec Lara (Rakel Björk Björnsdóttir) son amie d’enfance, ponctuent tant bien que mal la tristesse d’Ari de quelques trouées de pure joie d’enfance, telle cette très belle scène de fou rire filmée sous l’eau de la piscine municipale. Tout est très délicat, comme les chants qu’Ari ne renonce pas à entonner, seul, avec son chef d’équipe à la poissonnerie comme unique auditeur (Rade Serbedzija), ou au milieu de la foule compacte d’une assemblée chrétienne unanimement bouleversée.

Comme tout film de passage et d’initiation, Sparrows matérialise la perte de l’innocence, sexuelle en l’occurrence, dans deux scènes choc qui se répondent par leur antagonisme : la douceur dans l’une, la violence dans l’autre, l’empathie du cinéaste dans les deux cas. Une scène en particulier, impliquant directement Ari, résume la beauté du film de Rúnar Rúnarsson, avec des jeux de miroir qui font penser à un rêve éveillé, et avec une lumière particulièrement bien choisie, presque aveuglante et douce en même temps….

Même s’il brasse des thèmes qui n’apportent rien de nouveau dans le genre, Sparrows est un beau film qui se regarde avec beaucoup d’émotions. Le cinéaste n’évite pas toujours le manichéisme, comme avec cette scène de caresses prodiguées à un bébé phoque versus la chasse à la version adulte du même animal, chasse que bien entendu, Ari ne conduira pas jusqu’à son terme.Mais il le fait sans insistance, sans surlignage du texte, et avec suffisamment de richesse dans le scénario pour que le spectateur pose et fixe  son regard là où il a envie de la faire sans jamais avoir l’impression d’y être contraint. Pour un film qui n’est seulement que le deuxième long métrage de son auteur (après Volcano, nommé à la Caméra d’Or au festival de Cannes de 2011), Sparrows s’ajoute à la longue lignée de ces films nordiques récents , certes terriblement mélancoliques , mais aussi et surtout terriblement humains, avec des personnages en quête d’eux-mêmes, avec plus ou moins de bonheur…

Sparrows – Bande annonce

Sparrows – Fiche technique

Titre original : Þrestir
Réalisateur : Rúnar Rúnarsson
Scénario : Rúnar Rúnarsson
Interprétation : Rade Serbedzija (Tomislav), Ingvar Eggert Sigurðsson (
Gunnar), Atli Oskar Fjalarsson (Ari), Arnoddur Magnus Danks (l’oncle de Bassi), Kristbjörg Kjeld (Grand-mère), Valgeir Skagfjörð (Bassi), Rakel Björk Björnsdóttir (Lára),           Arndís Hrönn Egilsdóttir (Vera)
Musique : Kjartan Sveinsson (Ancien membre du groupe Sigur Rós)
Photographie : Sophia Olsson
Montage : Jacob Secher Schulsinger
Producteurs : Mikkel Jersin, Rúnar Rúnarsson, Igor Nola, Lilja Ósk Snorradóttir, Birgitte Hald, Suza Horvat
Maisons de production : MP Film, Nimbus Film Productions, Nimbus Iceland Pegasus Pictures
Distribution (France) : ASC Distribution
Récompenses : 13 prix , dont : meilleur film aux festivals de São Paulo, San Sebastian, Les Arcs, Varsovie, Göteborg, etc.
Budget : –
Durée : 99 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 13 Juillet 2016
Islande, Danemark, Croatie – 2015

Sur quel pied danser, un film de Paul Calori et Kostia Testut: Critique

Sortis de la 17e promotion de la Fémis en réalisation et en scénario, Kostia Testut et Paul Calori réalisent en 2007 Le Silence des machines, un court métrage commandé par Arte où des ouvrières dont les machines sont délocalisées se révoltent en chantant. L’écriture du long-métrage qui deviendra Sur quel pied danser, ses chansons et son développement prendront sept ans. Pour la musique du film, ils s’entourent du compositeur Olivier Daviaud et de plusieurs auteurs et compositeurs dont les univers correspondent aux univers des personnages du film : Jeanne Cherhal, Olivia Ruiz, Philip Katerine, Albin de la Simone, Clarika, Jean-Jacques Nyssen, Agnès Bihl, Polo. Le conflit social par le biais de la comédie musicale n’est pas chose nouvelle.

Synopsis: Alors que Julie pense décrocher un CDI dans une fabrique d’escarpins de luxe, un plan social vient chambouler ses rêves de stabilité : entre lutter aux côtés d’ouvrières frondeuses ou bien faire profil bas, la jeune femme ne sait sur quel pied danser. Mais quand Samy, un camionneur aussi roublard que charmeur, vient prêter main forte au combat, ce n’est déjà plus la même chanson…

On connait la chanson

Julie, au regard de biche, cherche la stabilité de l’emploi. On ne sait absolument rien d’elle et son personnage enfant désorientée se laissant séduire sur une chanson relativement désagréable par le jeune Samy, pour finalement le repousser et le retrouver, manque cruellement de contraste. Malgré quelques entrains surprenants, qui rappellent plus la mécanique rouillée de Crustacés et coquillages de Ducastel et Martineau que les chorégraphies colorés des Demoiselles de Rochefort de Demy, et un hommage rendue aux ouvrières en grève des années 70, le film tout entier, finalement peu abouti, mériterait plus de…disparités. Zoom sur une heure vingt d’une apologie avortée sur l’existence qui n’a rien de mémorable.

Pauline Etienne est une de ces jeunes actrices, nommée deux fois aux Césars pour meilleur espoir féminin (Qu’un seul tienne et les autres suivront et La Religieuse), qui ont un certain potentiel, mais mal exploitée au travers des rôles similaires et un jeu mutin à répétition. La Religieuse sous la direction de Guillaume Nicloux était saisissante d’altérités, Louise amoureuse dans Eden de Mia Hansen-Løve éclatait d’une fraîcheur antipathique et Amélie (Nothomb) dans Tokyo fiancée de Stefan Liberski, devenait électrique. Ici, elle incarne Julie, jeune femme un peu paumée aux contours flous et imprécis dont la seule motivation est de trouver un emploi stable. Le personnage n’a d’autres ambition que de signer un CDI, peu importe le secteur, les conditions… La mise en scène est simple, la danse légère et les paroles naïves. C’est ainsi qu’après la chanson d’introduction « Un nouveau départ », fraîche et de bon ton, la dérive plonge progressivement l’intrigue dans une succession superficielle d’événements mièvres et attendus. Ne nous attardons pas sur les mouvements soit-disant chorégraphiés qui attendrissent plus qu’ils n’attisent l’admiration et le lyrisme. Coquilles semi-vides et automates au sourire tiré à quatre épingles, les acteurs (mal dirigés) n’ont rien à envier à la pseudo-comédie Tiens-toi droite de Katia Lewkowicz, sortie fin 2014 sur nos écrans. François Morel se dégage péniblement, mais le problème ne vient pas tant de l’écriture manichéenne et stéréotypée, mais de l’absence de rythme dans ce continuum foutraque où la chanson est prétexte à la comédie dans un film social sur la dominance capitaliste au détriment des salariés vus comme du bétail interchangeable. L’histoire d’amour adolescente est plus que mal amenée et encore moins tenue pour que l’on daigne y attacher la moindre importance. La résolution, si tant est qu’il y ait des « péripéties », s’avère plus élémentaire et arrangeante qu’un conte de fée pour un enfant de 3 ans et finit en queue de poisson frustrant le spectateur qui semble être passé à côté de quelque chose.

Imaginez les parents, fatigués du rituel de bordage, n’ouvrant que la première et dernière page du livre d’histoire. Ils vécurent heureux et… Fin. Bonne Nuit! L’impression est semblable ici et malgré des clichés scénaristiques – excusons les réalisateurs, ils sortent d’école, même si 14 promotions sont passées depuis -, 15 minutes supplémentaires de prolongation auraient été nécessaires, mais point trop de cohésion n’en faut l’ami. Restons dans la facilité rassurante du pauvre téméraire et du riche lâche pour que chacun de nous puisse dormir sur nos deux oreilles. Une galéjade sur le travail aussi vite regardée aussi vite oubliée. « Consommateur malgré lui », le spectateur est piégé. Avant de se prendre pour Molière, il faut savoir maîtriser la fable et un diplôme ne suffit pas pour s’en enorgueillir. Un point pour l’audace du genre ! Dommage qu’il n’explore pas davantage le mouvement des corps dans un cadre limité. Parenthèse à part, plus de répétitions aurait peut-être suffit à harmoniser ces danseuses/ouvrières (où sont les hommes? Non aucune référence à Plastic Bertrand ou The Weather Girls)…

Sur quel pied danser : Bande annonce

Sur quel pied danser : Fiche Technique

Réalisateurs :  Paul Calori et Kostia Testut
Scénaristes : Paul Calori et Kostia Testut
Interprétation : Pauline Étienne (Julie), Olivier Chantreau (Samy), François Morel (Félicien Couture), Loïc Corbery (Xavier Laurent), Julie Victor (Sophie), Clémentine Yelnik (Françoise), Vladimir Granov (Igor), Michèle Prélonge (Corinne), Laure Crochet-Sernieclaes (Cathy), Yasmine Youcef (Rachida), Sophie Tabakov (Nathalie), Valérie Masset (Isabelle) …
Musique originale et orchestration : Olivier Daviaud
Photographie : Julien Meurice
Montage : Damien Maestraggi
Décors : Angelo Zamparutti
Costume: Florence Fontaine
Son: Sophie Laloy
Chorégraphe : Nasser Martin-Gousset
Production : Xavier Delmas
Société de production : Loin derrrière l’Oural
Distribution : Rezo Film
Genre: Comédie musicale
Durée : 85 minutes
Date de sortie : 6 juillet 2016

2015 – France

Elvis & Nixon, un film de Liza Johnson : Critique

La réalisatrice Liza Johnson donne à voir avec Elvis & Nixon, les coulisses de l’improbable rencontre entre l’icône du rock Elvis Presley et le président conservateur Richard Nixon. Tour à tour enivrante et grave, cette fiction décapante teintée de vraie vaut clairement le détour.

Synopsis : Le 21 décembre 1970, Elvis Presley se rend à la Maison-Blanche où il demande à parler à Richard Nixon, le président des États-Unis. Le célèbre artiste a écrit une lettre au président Nixon, dans laquelle il dénonce les problèmes de drogue dans la société. Le “King” veut lui exprimer son souhait d’être engagé comme agent infiltré du Bureau des narcotiques et des drogues dangereuses, pour lutter contre le trafic de stupéfiants. Nixon le républicain, qui n’est qu’au début de son mandat, est alors assez impopulaire auprès des jeunes. Il pense que sa rencontre avec Elvis améliorera son image. 

A l’origine c’est une rencontre. Celle du King de Memphis, la star planétaire, déjà en proie à l’alcool et aux stupéfiants, face à Richard Nixon, le président conservateur et aigri pas encore empêtré dans le scandale du Watergate. Le premier, concerné par la sécurité de son pays et la recrudescence du communisme et des narcotiques, veut utiliser sa gloire pour aider son pays. Le deuxième, n’ayant que faire du prestige de son interlocuteur, ne veut pas en entendre parler et souhaite l’éconduire sans ménagement. Débute alors un petit manège entre le King, Nixon et leurs services relationnels respectifs pour tenter de mener à bien cette improbable entrevue.

A Little Less Conversation

De ce postulat, forcément comique, Liza Johnson, surprend et ce d’entrée de jeu. Pas tant par le style, assez linéaire en somme puisque grandement hagiographique, mais davantage par l’audace. Un écriteau apposé au début du film explique ainsi que le Bureau-Ovale, qui aura accueilli la fameuse entrevue, se sera vue dotée d’un dispositif d’enregistrement que quelques années après la tenue de cette conversation. De quoi relancer l’idée d’un film, seulement quelques mois après le Steve Jobs de Danny Boyle, basé sur un incroyable fantasme. Et fatalement, libéré de cette assise historique dans laquelle se serait probablement planté le récit, le film peut se plaire à dévier de sa route quitte à s’inscrire dans une veine clairement insoupçonnée au vu de ses premières images : l’étude comportementale. Dans l’idée, il s’agit loin d’être une mauvaise chose tant le King, objet de tous les désirs, n’aura jamais joui d’un film prompt à révéler toutes ses facettes et à le décortiquer en tant qu’homme. Partant donc de ce postulat éminemment plus cartésien que ne pourrait le sous-entendre l’intrigue, la réalisatrice Liza Johnson peut alors s’adonner à dépeindre un Elvis résolument humain : du genre de ceux soumis par les aléas de la vie tels que les dettes, le manque de confiance ou la difficultés des relations…

Une approche osée loin s’en faut, tant elle démythifie l’icône, mais qui trouve un étonnant écho dans la prestation faite par Michael Shannon. Si le bougre ne ressemble que peu au natif de Memphis, force est d’admettre qu’il joue à la perfection cet homme blessé, incompris et en proie aux plus grands doutes quant à son avenir. Une instabilité d’autant plus vraie qu’elle est constamment suggérée, autant par son comportement téméraire (la star porte une quinzaine d’arme à feux sur lui à tout instant) que par sa lucidité, la voyant assimiler pleinement son statut quasi-schizophrénique d’homme tiraillé entre la personne qu’il est réellement et le personnage qu’il véhicule auprès des autres. Mais outre de révéler le comportement de l’homme qu’il aura été, cette approche a le mérite de dresser la personnalité de celui qu’il fût, à savoir un artiste conscient mais en proie à une existence tendant à la plus pure vacuité. Pourtant au firmament de la gloire au moment des faits allégués, le King semble en effet vidé. A la recherche de quelque chose peut-être ? Mais quoi au juste ? Les doutes qui émaillent son personnage au fur et à mesure du métrage ne seront ainsi qu’une des facettes rendant impératif sa venue à la Maison-Blanche : le bougre du Tennessee veut compter. Et si possible pour son pays.

Quand le fantasme rejoint la réalité.

Ironiquement, c’est après un badge imaginaire, sensé lui conférer des passes droits unique dans l’échelle de la police fédérale, que le chanteur court. Une distinction honorifique mais surtout fantaisiste qui provoquera aisément le rire, tant la hargne du chanteur à l’obtenir, traversera toutes les strates du film, quitte à se répercuter sur les autres acteurs du film, Kevin Spacey en tête. Ce dernier excelle ainsi encore une fois après son personnage acariâtre de Frank Underwood (House of Cards), à camper une figure présidentielle détestable, ici assimilable à Quasimodo. Son Richard Nixon, bourru, conservateur et aigri en diable, parvient ici à tenir la dragée haute à son homologue musicien. On ne pourra alors que saluer la dynamique instaurée par la fameuse rencontre, les deux hommes passant un temps fou à se jauger, se confronter tels deux félins en cage, impatient de savoir qui décrochera de son personnage en premier. Et en ça, la veine biopic à laquelle le film était inexorablement liée s’effrite quitte à laisser transparaître une dimension quasi théâtrale ou aparté, montage alterné et répliques grandiloquentes se frayent un chemin. Passé ce constat, on ne saura que mieux apprécier de voir le film assumer sa simplicité (ça ne reste qu’une banale rencontre après tout) et pourtant tenter d’y déroger à bon coup d’une BO truculente et d’un script éclairant autant la condition de la célébrité, de la ségrégation, du protocole et de la popularité. Autant de thèmes brassés qui, couplé à un sens inné du casting (le duo Colin Hanks/Evan Peters est d’un ravissement total) et un rythme trépidant sauront réjouir les férus de l’Histoire avec un grand H et ceux fans du King

Sous couvert de raconter l’improbable rencontre ayant eu lieu entre le King et le président Nixon, la réalisatrice Liza Johnson craquelle le vernis entourant la star pour mieux révéler les fêlures d’un homme en proie aux doutes et aux relations compliquées. Ambitieux dès lors qu’on sait que c’est une comédie.

Elvis & Nixon : Bande-annonce VOST 

Elvis & Nixon : Fiche Technique 

Titre original : Elvis & Nixon
Réalisation : Liza Johnson
Scénario : Joey Sagal, Hanala Sagal et Cary Elwes
Casting : Kevin Spacey (Richard Nixon), Michael Shannon (Elvis Presley), Alex Pettyfer (Jerry Schilling), Johnny Knoxville (Sonny), Colin Hanks (Egil Krogh), Evan Peters (Dwight Chapin),
Direction artistique : Kristin Lekki
Décors : Mara LePere-Schloop
Photographie : Terry Stacey
Montage : Michael Taylor et Sabine Hoffman
Musique : Ed Shearmur
Production : Cassian Elwes, Holly Wiersma
Producteurs délégués : Robert Ogden Barnum, Jason A. Micallef, Byron Wetzel, Hanala Sagal (co), Joey Sagal (co)
Producteurs associés : Brandon Park
Société de production : Prescience
Distribution : Amazon Studios / Bleecker Street Media (États-Unis), Warner Bros. France
Langue originale : anglais
Format : couleur
Genre : comédie dramatique, historique
Durée : 86 minutes
Date de sortie : 20 juillet 2016

Etats-Unis – 2016

Instinct de Survie (The Shallows), un film de Jaume Collet-Serra : Critique

Instinct de Survie s’annonçait comme un survival aquatique qui dépote. Manque de pot, la seule victime à déplorer sera le réalisateur Jaume Collet-Serra, qui surnage dans ce plagiat à peine digeste de Gravity et des Dents de la Mer.

Synopsis : Partie surfer sur une plage déserte, Nancy se retrouve coincée sur un rocher à quelques mètres du rivage. Un grand requin blanc rôde dans les parages.

On serait probablement en train de mentir si l’on vous disait que l’on n’attendait pas Instinct de Survie. Un squale qui veut se faire la plantureuse Blake Lively pour son quatre-heure et une nature devenue en un rien de temps un enfer : c’est bien simple, Instinct de Survie s’annonçait comme la déclinaison aquatique du Gravity d’Alfonso Cuaron. Et vu la claque éprouvée par le trip philosophico-spatial du réalisateur mexicain, autant dire que la perspective de se frotter, quelques mois après Desierto, à un nouveau survival minimalo-naturaliste n’était pas pour nous déplaire. D’autant plus que derrière la caméra on retrouve Jaume Collet-Serra, un réalisateur espagnol, qui à défaut de figurer parmi les grands de la profession, a su prouver par plusieurs fois son talent à emballer des thrillers de bonne facture, qui plus est venant de scénarios faiblards (Night Run) ou clairement risibles (Non-Stop). Mais force est d’admettre que si ses deux précédentes moutures avaient su trouver leur public, rien n’indiquait cette fois-ci que cette virée dans les eaux turquoises du Queensland soit créditée d’un même succès. D’autant qu’en convoquant un tel sujet, mâtiné de pléthore de références cinématographiques, le bougre s’aventurait sur une pente (très) glissante.

Shark is coming !

Et ça n’a pas manqué. A ceux espérant un petit miracle de la part du réalisateur espagnol, passez donc votre chemin. Si tant est qu’aujourd’hui il soit difficile de faire des suites, il demeure assurément plus compliqué encore de faire de l’ombre ou tout au plus d’exister dès lors que les références que drague le projet dans ses filets proviennent de grands noms de la pellicule. D’abord Seul au Monde, puis Gravity, tout en finissant par Les Dents de la Mer -la référence obligée dès lors qu’un squale débarque devant un objectif-, le film n’a ainsi besoin que de quelques minutes pour dévoiler son criant manque d’inventivité. Entre une héroïne pour le moins nunuche, prétextant une virée dans l’inconnu pour faire le point sur sa vie (le scénario énonce discrètement que la belle fait des études de médecine), un squale pour le moins antipathique qui n’aura de cesse de tourner en rond attendant sa proie comme le ferait un petit gros sur son Twix, et une représentation de la nature hyper stylisée teintée de ralentis incessants et d’une musique électronique insupportable, autant dire que le style erratique de l’espagnol agace prodigieusement. Manque de pot, ce ballet aquatique se paie le luxe de compter sur un scénario tout bonnement crétin enchaînant les incohérences mais surtout les situations les plus délirantes, comme celle de voir la belle Lively, salement amochée, lancer la conversation avec un goéland, faute de pouvoir communiquer avec la terre ferme. Juste retour des choses diront certains, tant ledit passage semble renvoyer directement au cas voyant Tom Hanks converser avec son ballon dans Seul au Monde. La différence est faible certes, mais suffisante pour montrer que là où Wilson symbolisait une nouvelle preuve de l’isolement de son interlocuteur, le volatile représente pour la belle un espoir. Et malgré sa situation pas bien engagée, cet espoir s’avérera payant car le personnage campé par la blonde incendiaire arrivera à trouver les forces nécessaires pour mettre la misère à un requin qu’on n’imaginait pas aussi mécanique dans son comportement et sa gestuelle, puisque doté d’une faculté de déplacement et vitesse calculées par Lively (!!!)

Never met a girl like you before

Fatalement, avec un script aussi risible et un style clipesque assez gênant, le metteur en scène ne peut se tourner que vers son actrice principale pour assurer le spectacle. Si l’on louera sans problème la plastique avantageuse de Lively, on ne pourra qu’être attristé en fin de compte, de voir la jeune femme se muer en vulgaire argument commercial, tant le sieur ibérique semble décidément plus concentré à l’idée de faire des ralentis sur ses cuisses ou ses seins, que de distiller ne serait-ce une once de tension dans ce joyeux foutoir aquatique. Opéra dédié à sa beauté et son physique (on passera sur le développement de son personnage qui ne se résume qu’à une femme en quête d’un diplôme de médecine, et accessoirement à la survie), le film se contente alors d’aligner les scènes en pilotage automatique, distillant ça et là, quelques pics de tensions, sans cesse désamorcés par un effet de style soit clinquant soit navrant et ruinant peu à peu la moindre touche d’espoir qu’on pourrait éprouver à la vue de cet hybride mal dégrossi des Dents de la Mer et 127h.

La maestria de ses modèles en moins, Jaume Collet-Serra a quand même tenté de faire son Gravity dans les eaux du Queensland. Si un vilain squale a remplacé le vide de l’espace, reste que le film donne à voir les limites du genre et celles du cinéaste espagnol avec.

Instinct de Survie : Bande-annonce (VOSTFR)

Instinct de Survie : Fiche Technique

Titre original : The Shallows
Réalisation : Jaume Collet-Serra
Scénario : Anthony Jaswinski
Interprétation : Blake Lively (Nancy) ; Óscar Jaenada (Carlos) ; Sedona Legge (Chloe)
Direction artistique : Nathan Blanco Fouraux
Décors : Hugh Bateup
Photographie : Flavio Martínez Labiano
Musique : Marco Beltrami
Production : Lynn Harris et Matti Leshem
Sociétés de production : Ombra Films et Weimaraner Republic Pictures ; Sony Pictures Entertainment (coproduction)
Sociétés de distribution : Columbia Pictures (États-Unis), Sony Pictures Releasing France (France)
Langue originale : anglais
Format : couleur – 2.35:1
Genre(s) : Drame, horreur, thriller
Durée : 87 minutes
Dates de sortie : 17 août 2016

Etats-Unis – 2016

Florence Foster Jenkins, un film de Stephen Frears : Critique

Toujours très à l’aise dans l’art de la reproduction de la reconstitution, Stephen Frears signe une comédie qui se révèle un peu fade à partir d’un sujet dont, paradoxalement, le potentiel mélodramatique a déjà été brillamment exploité.

Comme un air de déjà-vu

En 1988, Stephen Frears avait adapté Les Liaisons Dangereuses avec un tel brio que cette version avait rendu parfaitement anecdotique celle réalisée quelques mois plus tard par Milos Forman, sortie sous le titre Valmont. 28 ans plus tard, c’est l’effet inverse qui se produit puisque le biopic de la diva Florence Foster Jenkins, qui avait déjà inspiré Hergé lorsqu’il imagina la Castafiore, a été précédé du brillant film Marguerite de Xavier Giannoli qui, même s’il en modifiait le contexte, s’en inspirait directement. Frears a quant à lui fait le choix de rester fidèle à la reconstitution fidèle du New-York des années 40 dans lequel a vécu son anti-héroïne. Autre différence notable, puisqu’elle va déterminer le ton de leur film, entre les variations de Giannoli et de Frears: Le point de vue. Tandis que le premier adoptait celui de la chanteuse, pour lequel Catherine Frot a remporté le César de la meilleure actrice, nous faisant ainsi partager son aveuglement pour mieux rendre effrayant l’expectative dramatique d’une inéluctable révélation de sa médiocrité et pathétique la manipulation dont elle est victime, le second s’attache aux difficultés de son mari pour lui dissimuler la vérité, provoquant inévitablement des décalages comiques. C’est par ce procédé que les enjeux se retrouvent déplacés dans ce petit jeu de duplicité, auquel va se prêter un troisième personnage – celui du pianiste– qui sert à nous y introduire, et que l’hypocrisie perd son caractère malsain pour devenir l’unique expectative à la survie de son personnage.

Un casting qui ne sonne pas toujours juste

Dans le rôle-titre, on retrouve donc l’inénarrable Meryl Streep, à présent grande habituée des films musicaux. Dans la peau d’une chanteuse qui, à l’inverse d’elle, est parfaitement dénuée de talent, elle livre une prestation basée sur le caractère extrêmement naïf, voire enfantin, de son personnage. Une interprétation assez limitée, parfois même un peu agaçante, qui ajoute à la légèreté ambiante de ce long métrage. Face à elle, Hugh Grant interprète un mari dévoué, un rôle qui au contraire lui sied à merveille puisqu’il ne lui est guère demandé beaucoup plus que de jouer de son charme de gentleman anglais qui lui avait permis de percer dans le domaine de la comédie romantique. Autant dire que ce choix de casting est tout simplement brillant, puisqu’en tant que personnage principal il réussit parfaitement à nous faire partager ses sentiments contradictoires envers sa femme. Alors qu’il aurait tout aussi bien pu être un odieux arriviste, son comportement paternaliste et sa générosité le rendent tout à fait attachant, et même sa relation adultérine est brillamment rendue pardonnable par une frustration sexuelle qu’il est aisé de comprendre. Quand à Simon Helberg, dans un rôle qui apparaît comme une pièce rapportée au milieu de cette relation atypique, il reproduit évidemment son exaspérant surjeu de Big Bang Theory mais il semble évident que son faciès expressif a été choisi pour appuyer encore la dimension drolatique des situations. Une mission dont il s’acquitte fort bien, même si c’est finalement dans les quelques scènes où il émet des doutes vis-à-vis de sa sincérité que le personnage apparaît comme le plus intéressant malgré un certain manque de subtilité dans la prestation du comédien.

Feel-good movie et ode à l’amour de l’art

Le caractère à la fois invraisemblable et puéril qui transparaît de cette biographie telle qu’elle est reproduite via cette réalisation académique ne pouvait aboutir qu’à un film limité par le poids de ses bon-sentiments. Une petite déception de la part de Stephen Frears qui avait su dissimuler derrière deux de ses derniers films, The Program et The Queen, eux-mêmes adaptés d’histoires vraies, une touche de transgression dans la remise en question de l’irréprochabilité de deux figures sacrées dans leur pays respectif. Ici, rien de tout ça, uniquement une morale très appuyée sur la façon dont le fait de vivre sa passion jusqu’au bout est l’unique rempart à la fatalité de tomber dans l’oubli. A message similaire, on préférera revoir le Ed Wood de Tim Burton qui au moins avait le courage de confronter l’indignation du public au manque de talent de son personnage plutôt que de se contenter de quelques rires forcés qui nuisent plus encore à la crédibilité du récit et plus encore à la portée du discours sur la place des artistes dans notre société, et en l’occurrence de ce modèle de volontarisme en temps de guerre. Notons tout de même que, malgré la sobriété pesante de la mise en scène et des acteurs, le compositeur Alexandre Desplat semble s’être bien amusé lorsqu’il a dansé à Hugh Grant, sur sa propre musique,  une chorégraphie rappelant étrangement celle de The Artist. Ce rare moment de pure fantaisie est justement ce qui  manque tant à cette comédie qui voudrait communiquer un certain enthousiasme, certes un peu benêt mais non moins exaltant, alors qu’il se retrouve maladroitement corseté par son classicisme impersonnel.

Florence Foster Jenkins : Bande-annonce

Florence Foster Jenkins :

Réalisation : Stephen Frears
Scénario : Nicholas Martin
Interprétation : Meryl Streep (Florence Foster Jenkins), Hugh Grant (St Clair Bayfield), Simon Helberg (Cosmé McMoon), Rebecca Ferguson (Kathleen)…
Musique : Alexandre Desplat
Photographie : Danny Cohen
Montage : Valerio Bonelli
Direction artistique : Patrick Rolfe
Production : Michael Kuhn, Tracey Seaward
Société de production : BBC Films, Qwerty Films, Pathé Pictures International
Distribution : Pathé Distribution
Genre: Biopic, Comédie
Durée : 110 minutes
Date de sortie : 13 juillet 2016

Royaume-Uni / France – 2016

 

Sweet Home : Sortie en Blu-ray, DVD & VOD le 27 Juillet 2016

[Critique] Sweet Home

Synopsis: Chaque année, en Espagne, il y a plus de 50 000 expulsions. 85 % sont réalisées pacifiquement. 13% par la force. Et 2%, en utilisant d’autres méthodes…

Inutile de rappeler que le cinéma de genre en Espagne est bel et bien présent. Au-delà des films policiers et autres thrillers (Cell 211, Malveillance ou plus récemment La Isla Minima), c’est bel et bien dans le cinéma fantastique d’horreur que les réalisateurs hispaniques plaisent à s’illustrer. On peut citer notamment le cador du genre, Guillermo Del Toro (L’Echine du Diable, Le Labyrinthe de Pan), Alejandro Amenabar (Les Autres) ou encore Jaume Balaguero (La secte sans Nom, la saga REC…). Il faudra maintenant ajouter à cette liste non exhaustive Rafa Martinez, qui, pour son premier long métrage, a décidé de se frotter au genre du slasher avec Sweet Home.

Ce dernier nous plonge au cœur d’une Espagne peu commune : le soleil, les plages, les cocktails ont laissé la place à un contexte social des plus défavorables et des plus déshumanisés. Martinez a en effet décidé d’ancrer son film dans un  réalisme social assez prononcé, avec le souci de décrire les conditions de vie parfois difficiles de certaines couches de population pouvant être victime d’expulsions de leur logement. L’héroïne, interprétée par Ingrid Garcia Jonsson, travaille d’ailleurs pour une agence immobilière, chargée de dresser le bilan des dettes des propriétaires et locataires, et de décider si oui ou non ces derniers, fébriles quant à leur avenir, peuvent garder leur logement. Ce contexte social, thématique originale et peu commune dans le cinéma d’horreur, suscite la curiosité et maintient notre intérêt quant  à la suite des événements. C’est malheureusement là où le bât blesse.

 

Loin de révolutionner le genre, le film ne fait que recycler avec une certaine paresse tous les lieux communs propres au slasher. C’est bien simple, rien de ce qui nous est présenté ici n’a pas été vu et revu des dizaines de fois dans d’autres productions du même genre : l’héroïne en détresse, se révélant en définitive bien plus forte qu’il n’y paraît, le sidekick comique en la présence du petit ami, leur histoire d’amour compliquée… Même le tueur, se devant être l’attraction principale du long métrage, bien que glacial et à la carrure impressionnante, possède des intentions fort mal amenées.

Néanmoins, le film se suit bien, essentiellement grâce à l’intelligence de sa mise en scène, et  l’utilisation de son unique décor : un immeuble désaffecté et abandonné. Construit comme un véritable huis clos, avant de se transformer progressivement en une poursuite labyrinthique à travers les pièces des appartements, les conduites, les parties communes, et mêmes les sous-sols de la ville, le réalisateur tire profit de son décor amenant ainsi une certaine tension, habilement menée tout le long des 80 minutes que nous propose le film. Efficace et sans temps mort, aux scènes gores suffisamment distillées, Sweet Home ravira les amateurs du genre, et place Rafa Martinez sur le podium des réalisateurs à suivre.

 

Interview du réalisateur Rafael Martínez

Sortie de Sweet Home Co-écrit et réalisé par Rafael Martínez

Avec Ingrid Garcia Jonsson, Bruno Seville

Poussez les portes de l’horreur ! Nouveau frisson des producteurs de la saga Rec, SWEET HOME revisite le home invasion, se muant en un slasher féroce, angoissant et sanglant.

Dans la lignée de Hostel, cette traque infernale est un concentré de terreur et de tension claustrophobe !

Sortie en Blu-ray, DVD & VOD  le 27 Juillet 2016 chez Wild Side

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD

Format image : 2.35, 16/9ème compatible 4/3 Format son : Espagnol  DTS 5.1 & Dolby Digital 2.0, Français DTS 5.1 Sous-titres : Français Durée : 1h20

 CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray

Format image : 2.35 – Résolution film : 1080 25p  Format son : Espagnol & Français DTS HD Master Audio 5.1 Sous-titres : Français Durée : 1h20

Sweet Home : Bande annonce

Sweet Home : Fiche Technique

Réalisation : Rafa Martinez
Scénario : Angel Agudo, Rafa Martinez, Teresa de Rosendo
Casting : Ingrid Garcia Jonsson (Alicia), Bruno Sevilla (Simon), Oriol Tarrida (le tueur), Eduardo Lloveras (l’homme cagoulé), Miguel Angel Alarcon (l’homme cagoulé 2), Luka Perso (l’homme cagoulé 3)

Direction artistique : Silvia Steinbrecht
Photographie : Antonio J. Garcia
Musique : Gines Carrion
Durée : 80 minutes
Date de sortie : 27 juillet 2016
Producteurs : Valentina Chidichino, Stanislaw Dziedzic, Carlos Fernandez, Laura Fernandez, Adria Mones, Anna Rozalska, Klaudia Smieja
Société de production : Castelao Pictures, Film Produkcja
Société de distribution : Wild Side

 

 

 

 

 

Juillet Août, un film de Diastème : critique

Après la petite polémique créée par Un Français en 2015, on ne s’attendait pas à voir revenir Diastème aux commandes d’une petite comédie sans prétention. Qui plus est une comédie dans laquelle officient de jeunes actrices en devenir. Juillet Août est presque un film prototype : c’est l’été, nous sommes face à une famille recomposée et à deux jeunes sœurs dont les cœurs sont tous prêts à balancer pour des flirts de vacances déchirants.

Synopsis : C’est l’été. Les familles migrent et se recomposent. Laura, 14 ans, et Joséphine, 18 ans, partent en juillet avec leur mère dans le Sud, puis en août chez leur père en Bretagne. La cohabitation entre ados et adultes ne manque ni de tendresse, souvent non-dite, ni d’exaspération, parfois bruyante… Car les filles ont leurs secrets, qui n’ont pas grand-chose à envier aux problèmes de leurs parents et de leurs beaux-parents. C’est l’été de tous les dangers ? Pas tout à fait. Quoique.

L’été meurtrier ?

On croyait au pire, voire être en plein cauchemar, en découvrant la bande annonce. Mais le réalisateur parvient à s’en sortir grâce à des interprètes très bien dirigés, qui finissent par sortir un peu des clichés dans lesquels ils semblaient avoir été enfermés. Mention spéciale à Thierry Godard en papa breton survolté et à la jeune Luna Lou en ado révoltée, râleuse, mais finalement plus mature qu’il n’y paraît. Le passage de juillet à août permet justement au film de prendre de la bouteille, de s’émanciper des plages ensoleillées et de ne pas enfermer la grande sœur dans un amour de vacances plan-plan. Loin de là d’ailleurs. C’est en effet un bijou volé par une bande de « bras cassés » qui fait le lien entre le sud et la Bretagne. L’été est donc bien loin d’être de tout repos, il est même « potentiellement dangereux ».

« C’est beau la vie, la longue vie »

Le film se déroule comme un moment de vie, un passage, des instants volés au cœur de l’été, avant qu’il ne faille vivre encore, grandir et devenir soi. Ce passage du temps, ces petits aléas de la vie sont le moteur du film, très ingénieusement mis en musique par Alex Beaupain qui a écrit les textes de cinq chansons qui ponctuent Juillet Août tout du long, racontant simplement la vie, l’amour. Ce sont autant de petites ritournelles qui pincent le cœur, entourent joliment les petits moments non parlés, les transitions du film. En choisissant de ne pas se focaliser seulement sur les coups de gueule de ses personnages, mais en cherchant aussi à les accompagner vers l’émancipation, sans les écraser, Diastème parvient à signer un film de vacances qui essaie d’en détourner les clichés. La mer bretonne s’ouvre au spectateur, ses chants et sa fraîcheur revigorante le temps d’une soirée ou d’une journée d’initiation à la voile. On y déjoue même des bandes de trafiquants du dimanche. Rien n’y est jamais bien grave car tout est assumé comme ayant une odeur de déjà vu.  De même qu’il n’avait pas la prétention de parler de toute la France et de ses habitants avec Un Français, Diastème n’a de nouveau pas celle de parler de tous les adolescents avec ce film, mais simplement des « petits drames à soi ». Un bon petit moment sans plus. L’esprit des vacances nous poussent sûrement à l’indulgence, puisque l’on fredonne encore les paroles d’Alex Beaupain en sortant de la salle. Un artiste capable de faire chanter avec douceur et force des textes aussi simples et banals qu’un premier « je t’aime ». C’est l’esprit de ce petit film moins manichéen que prévu et porté par l’envie de tout recommencer, de croire que c’est possible. A cette image, les deux séquences qui encadrent le film mettent en scène la jeune Laura (Luna Lou). On la trouvait révoltée et déterminée au début, la voilà plus qu’apaisée, sans pour autant être résignée, quand on la laisse à l’aube de ses 15 ans.

Juillet Août : Bande-annonce

Juillet Août : Fiche technique

Réalisation : Diastème
Scénario : Diastème, Camille Pouzol
Interprétation : Thierry Godard, Pascale Arbillot, Patrick Chesnais, Alma Jodorowsky, Luna Lou, Jérémie Laheurte, Lou Chauvain, Ali Marhyar
Montage : Mathilde Van de Moortel
Musique : Frédéric Lo (Compositeur), Alex Beaupain (Parolier), Jérémie Kisling (Interprète)
Sociétés de production : Karé Productions, France 3 Cinéma
Sociétés de distribution : Diaphana Films
Durée : 96 minutes
Genre : Comédie dramatique
Dates de sortie : 13 juillet 2016
France – 2016

The 9th Life of Louis Drax : Bande annonce du prochain Alexandre Aja

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The 9th Life of Louis Drax : La bande annonce mystique d’un thriller surnaturel

Malgré un talent indéniable à la réalisation et le succès de son dernier long métrage Horns, Alexandre Aja n’a pas confirmé avec ses petites productions horrifiques. En témoignent les échecs critiques et commerciaux de Pyramide de son comparse Grégory Levasseur ainsi que de The Door de Johannes Roberts. Armé d’un second degré implacable et d’une tendance agréable à tendre vers le surnaturel, Alexandre Aja est un modèle de réussite à la française, qui nous rappelle néanmoins la difficulté à produire en France de telles productions, du fait d’un circuits de production et de distribution bien trop renfermés.

Cette fois ci, fini le gore extrême pour le français qui s’attaque à un thriller qui mélange surnaturel, drame et épouvante. Après avoir survécu à la mort à huit reprises, le jeune Louis Drax tombe dans un ravin le jour de son neuvième anniversaire. Alors qu’il est en état de mort clinique, la police enquête sur sa chute et s’intéresse de près à son père violent. Le Dr. Allan Pascal, un neurologue, décide de sonder l’esprit de Louis afin de découvrir ce qui lui est arrivé. Un pitch prometteur qui semble annoncer un renouveau dans la filmographie d’Alexandre Aja de par l’absence de second degré et la mise en avant d’un style dramatique plutôt rare chez lui.

 

Affublé d’une réalisation élégante et d’une ambiance surnaturelle maîtrisée, The 9th Life of Louis Drax intrigue et attire l’œil du spectateur. Le casting quatre étoiles (Jamie Dornan, Sarah Gadon, Aaron Paul) impressionne également et promet un thriller fantastique très alléchant, lorgnant vers Dream House et Prémonitions mais avec une plus belle image. Promettant également une approche dramatique avec le surnaturel, le nouveau film d’Alexandre Aja nous rend très impatient. Espérons donc que le film fonctionne aux États Unis, pour sa sortie en salles prévue le 2 septembre prochain.

Bande-annonce de The 9th Life of Louis Drax d’Alexandre Aja

Gaycation, une série de Ellen Page et Ian Daniel : Critique

Présentée sur Viceland, la toute nouvelle chaîne câblée du groupe A&E Networks, elle-même spécialisée dans les biographies, documentaires et séries dramatiques (Bad Ink, Bates Motel, Longmire, Damien), Gaycation marque d’une pierre blanche le retour d’Ellen Page sur le devant de la scène, qui tient, depuis son discours-coming-out émouvant à Las Vegas le 14 février 2014 lors de l’ouverture de la Time To THRIVE Conference (promouvant la sécurité, l’inclusion et le bien-être pour les jeunes LGBT), à lutter contre les discriminations.

Synopsis: Ellen Page et son meilleur ami Ian Daniel parcourent le monde entier à la rencontre de personnes LGBTQ* pour souligner l’homophobie encore latente…

Elle s’est en effet lancée dans un périple international accompagnée de son meilleur ami Ian Daniel pour venir à la rencontre de personnes à la sexualité différente, qu’elle soit lesbienne, gay, bi, trans ou queer. En 4 épisodes, 4 pays, les deux protagonistes découvrent et nous font découvrir les politiques et les enjeux actuels au Japon, au Brésil, en Jamaïque et aux Etats-Unis. Il est frappant d’apprendre qu’un métier existe pour accompagner ceux qui désirent faire leur coming out à leur proche au pays du soleil levant et nous assistons avec Ellen et Ian et toute l’équipe (l’ingé son, le cadreur et la productrice), aux mots difficiles prononcés par un jeune homme à sa mère. Il est bouleversant de voir le Carnaval de Rio de Janeiro comme une fête à part, une journée d’émancipation comme aucune autre, tandis que la loi interdit encore formellement deux personnes du même sexe de témoigner leur amour en public. Incompréhensible pour nous occidentaux de savoir qu’il existe des ghettos insalubres en Jamaïque dans lesquels des adolescents, des hommes et des femmes fuient pour leur survie, car le crime organisé est la première cause de mortalité chez ces jeunes LGBTQ. Ecoeurant d’écouter des politiciens américains qui luttent encore contre les droits de ces minorités. En dehors des grandes villes telles que San Fransisco, capitale LGBTQ, Portland, Salt Lake City ou New Orleans, les conservateurs ont la peau dure et continuent de perpétuer une homophobie forçant les homosexuel(le)s, trans à se replier sur soi.

En 45 minutes, il est difficile de cerner toutes les problématiques et enjeux d’un pays, mais Ellen et Ian, touchés par une mère brésilienne qui a perdu son fils, par le combat et d’une militante jamaïcaine (et sa propre survie quotidienne) ou par un tueur en série revendiqué d’homos sous anonymat (la tension est palpable), s’interrogent sensiblement avec plus de sincérité qu’il n’en est possible sur ces conditions qui finissent par tous nous concerner. Leurs yeux sont les nôtres et en plus du dépaysement lié à l’exotisme perçu par le regard étranger, le voyage initiatique finit toujours par prendre les traits d’une dramaturgie sérielle. Dramaturgie, entendons-nous sur la définition, aucune consonance péjorative sur une volonté de surdramatiser, mais simplement « l’art de transformer une histoire, vraie ou imaginaire, en un récit construit, comportant un ou des personnages en action ». Comment la Californie peut être un des états où il fait le plus bon vivre sa sexualité alors qu’en Oklahoma, Texas ou Arkansas, vivre heureux rime avec vivre caché? Imaginez en France, – attendons la saison 2 annoncée pour espérer être au centre de cette expédition politico-socio-existentielle – un découpage du territoire, région par région à la manière de « qui vote le plus à gauche ou à droite », afin de savoir dans quelle ville ce n’est pas dangereux de se balader main dans la main de son compagnon ou sa compagne. Absurde n’est-ce pas ? Ellen et Ian ont réussi à démontrer l’absurdité d’un combat qui ne devrait pas en être un en nous captivant un peu à la manière de Lost in Translation de Coppola junior ou d’une tout autre façon Cannibal Holocaust de Ruggero Deodato. Le rapprochement semble élucubrant, mais la violence des images rejoint celle des propos.

Lorsque le chant new rave de CSS, groupe brésilien, proche de The Ting Tings et également issu de la pop culture émergente des années 80/90, résonne en guise de générique, les ceintures ont intérêt d’être bouclées, car l’avion décolle sans turbulence. Le transport s’apparente tant à une ballade indie pop-rap une fin de journée d’été qu’une danse endiablée électro. Mêlant la fougue d’une nuit rythmée au calme et paisible couché de soleil, Gaycation nous émeut, nous galvanise, nous effraie, nous console, nous emporte loin pour nous laisser bouche bée, le cul terré sur un coin de pelouse au bord d’une route quasi déserte, le regard humide et perdu à l’horizon.  Si la structure semble prévisible par habitude, la voix off d’Ellen, conteuse et interrogatrice, permet une meilleure cohésion. Seul défaut, il n’y a que 4 épisodes…

*Il est vrai qu’à aucun moment le terme queer n’a été définit dans la série ou dans cet article, alors voici de quoi vous instruire en vous amusant.

Trailer Japan Clip

Clip promo USA

https://www.youtube.com/watch?v=DoFiX-X-rHo

Fiche Technique

Créateur : Niall Kenny et Ellen Page
Réalisateur : Niall Kenny
Interprètes : Ellen Page, Ian Daniel …
Photographie : Niall Kenny
Montage : Sam Nalband, Niharika Desai, Jessica Potter
Musique : CSS
Producteurs : Alec Macrae, Lucy King, Brendan Fitzgerald, Bradley J. Levin, Jim Czarnecki, Nomi Ernst Leidner, Alex Braverman, Ellen Page
Sociétés de production : –
Diffusion : Viceland
Format : 4 épisodes de 45 minutes
USA – 2 mars 2016