Sur quel pied danser, un film de Paul Calori et Kostia Testut: Critique

Sortis de la 17e promotion de la Fémis en réalisation et en scénario, Kostia Testut et Paul Calori réalisent en 2007 Le Silence des machines, un court métrage commandé par Arte où des ouvrières dont les machines sont délocalisées se révoltent en chantant. L’écriture du long-métrage qui deviendra Sur quel pied danser, ses chansons et son développement prendront sept ans. Pour la musique du film, ils s’entourent du compositeur Olivier Daviaud et de plusieurs auteurs et compositeurs dont les univers correspondent aux univers des personnages du film : Jeanne Cherhal, Olivia Ruiz, Philip Katerine, Albin de la Simone, Clarika, Jean-Jacques Nyssen, Agnès Bihl, Polo. Le conflit social par le biais de la comédie musicale n’est pas chose nouvelle.

Synopsis: Alors que Julie pense décrocher un CDI dans une fabrique d’escarpins de luxe, un plan social vient chambouler ses rêves de stabilité : entre lutter aux côtés d’ouvrières frondeuses ou bien faire profil bas, la jeune femme ne sait sur quel pied danser. Mais quand Samy, un camionneur aussi roublard que charmeur, vient prêter main forte au combat, ce n’est déjà plus la même chanson…

On connait la chanson

Julie, au regard de biche, cherche la stabilité de l’emploi. On ne sait absolument rien d’elle et son personnage enfant désorientée se laissant séduire sur une chanson relativement désagréable par le jeune Samy, pour finalement le repousser et le retrouver, manque cruellement de contraste. Malgré quelques entrains surprenants, qui rappellent plus la mécanique rouillée de Crustacés et coquillages de Ducastel et Martineau que les chorégraphies colorés des Demoiselles de Rochefort de Demy, et un hommage rendue aux ouvrières en grève des années 70, le film tout entier, finalement peu abouti, mériterait plus de…disparités. Zoom sur une heure vingt d’une apologie avortée sur l’existence qui n’a rien de mémorable.

Pauline Etienne est une de ces jeunes actrices, nommée deux fois aux Césars pour meilleur espoir féminin (Qu’un seul tienne et les autres suivront et La Religieuse), qui ont un certain potentiel, mais mal exploitée au travers des rôles similaires et un jeu mutin à répétition. La Religieuse sous la direction de Guillaume Nicloux était saisissante d’altérités, Louise amoureuse dans Eden de Mia Hansen-Løve éclatait d’une fraîcheur antipathique et Amélie (Nothomb) dans Tokyo fiancée de Stefan Liberski, devenait électrique. Ici, elle incarne Julie, jeune femme un peu paumée aux contours flous et imprécis dont la seule motivation est de trouver un emploi stable. Le personnage n’a d’autres ambition que de signer un CDI, peu importe le secteur, les conditions… La mise en scène est simple, la danse légère et les paroles naïves. C’est ainsi qu’après la chanson d’introduction « Un nouveau départ », fraîche et de bon ton, la dérive plonge progressivement l’intrigue dans une succession superficielle d’événements mièvres et attendus. Ne nous attardons pas sur les mouvements soit-disant chorégraphiés qui attendrissent plus qu’ils n’attisent l’admiration et le lyrisme. Coquilles semi-vides et automates au sourire tiré à quatre épingles, les acteurs (mal dirigés) n’ont rien à envier à la pseudo-comédie Tiens-toi droite de Katia Lewkowicz, sortie fin 2014 sur nos écrans. François Morel se dégage péniblement, mais le problème ne vient pas tant de l’écriture manichéenne et stéréotypée, mais de l’absence de rythme dans ce continuum foutraque où la chanson est prétexte à la comédie dans un film social sur la dominance capitaliste au détriment des salariés vus comme du bétail interchangeable. L’histoire d’amour adolescente est plus que mal amenée et encore moins tenue pour que l’on daigne y attacher la moindre importance. La résolution, si tant est qu’il y ait des « péripéties », s’avère plus élémentaire et arrangeante qu’un conte de fée pour un enfant de 3 ans et finit en queue de poisson frustrant le spectateur qui semble être passé à côté de quelque chose.

Imaginez les parents, fatigués du rituel de bordage, n’ouvrant que la première et dernière page du livre d’histoire. Ils vécurent heureux et… Fin. Bonne Nuit! L’impression est semblable ici et malgré des clichés scénaristiques – excusons les réalisateurs, ils sortent d’école, même si 14 promotions sont passées depuis -, 15 minutes supplémentaires de prolongation auraient été nécessaires, mais point trop de cohésion n’en faut l’ami. Restons dans la facilité rassurante du pauvre téméraire et du riche lâche pour que chacun de nous puisse dormir sur nos deux oreilles. Une galéjade sur le travail aussi vite regardée aussi vite oubliée. « Consommateur malgré lui », le spectateur est piégé. Avant de se prendre pour Molière, il faut savoir maîtriser la fable et un diplôme ne suffit pas pour s’en enorgueillir. Un point pour l’audace du genre ! Dommage qu’il n’explore pas davantage le mouvement des corps dans un cadre limité. Parenthèse à part, plus de répétitions aurait peut-être suffit à harmoniser ces danseuses/ouvrières (où sont les hommes? Non aucune référence à Plastic Bertrand ou The Weather Girls)…

Sur quel pied danser : Bande annonce

Sur quel pied danser : Fiche Technique

Réalisateurs :  Paul Calori et Kostia Testut
Scénaristes : Paul Calori et Kostia Testut
Interprétation : Pauline Étienne (Julie), Olivier Chantreau (Samy), François Morel (Félicien Couture), Loïc Corbery (Xavier Laurent), Julie Victor (Sophie), Clémentine Yelnik (Françoise), Vladimir Granov (Igor), Michèle Prélonge (Corinne), Laure Crochet-Sernieclaes (Cathy), Yasmine Youcef (Rachida), Sophie Tabakov (Nathalie), Valérie Masset (Isabelle) …
Musique originale et orchestration : Olivier Daviaud
Photographie : Julien Meurice
Montage : Damien Maestraggi
Décors : Angelo Zamparutti
Costume: Florence Fontaine
Son: Sophie Laloy
Chorégraphe : Nasser Martin-Gousset
Production : Xavier Delmas
Société de production : Loin derrrière l’Oural
Distribution : Rezo Film
Genre: Comédie musicale
Durée : 85 minutes
Date de sortie : 6 juillet 2016

2015 – France

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Antoine Mournes
Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

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