Non content d’avoir piqué la vedette lors de la Cérémonie d’Ouverture, le Kid Tarantino a remis ça en présentant aujourd’hui 2 films issus de sa cuvée 70’s, quand l’une de plus illustres figures de cette décennie, Walter Hill, donnait une master class forcément électrique…
Il flottait dans l’air lyonnais un parfum vintage, aujourd’hui. Et c’est peu de le dire. Car, non content d’avoir apposé hier sa marque sur la programmation en s’invitant à la séance d’Hollywood Vixens, voilà que le kid du Tennesse, expert de l’hémoglobine et des punchlines remet le couvert pour une double programmation sentant bien bon les années 70. D’abord, on aura retrouvé Love Story, d’Arthur Hiller puis le classique Zabriskie Point de Michelangelo Antonioni, pour finir sur l’oeuvre déjantée de Jack Nicholson, Vas-y Fonce. Un cheptel d’oeuvres barrées, peu adeptes de la bienséance et pourtant considérées par QT comme matricielles de cette décennie ou se seront côtoyées Parrain, 3 Jours du Condor ou autre Apocalypse Now. Mais la décennie 70’s aura fait plus que comporter des oeuvres cultes : elle aura aussi engendré divers réalisateurs pour qui cette décennie, faste, aura été leur cour de récréation. Et à ce petit jeu là, c’est important de souligner la place acquise par Walter Hill. Le réalisateur américain, présent à Lyon depuis le début des festivités et qui en a même profité pour dévoiler son nouveau film, Re(Assignment), en avant-première, était en effet l’invité d’une master-class qui lui est dédiée. L’occasion pour le réalisateur, peu loquace, de tailler le bout de gras sur une carrière l’ayant vu côtoyer Charles Bronson (Le Bagarreur), Sylvester Stallone (Du Plomb dans la Tete) ou plus étonnant encore Eddie Murphy (48h), autour d’une filmographie sentant bien bon la violence et le stupre. Forcément, cela ne pouvait que nous plaire.
Petits Meurtres Entre Amis !
Mais si la discussion touche à sa fin, la journée, elle, suit son cours. De Manhattan (Woody Allen) à Gong Li (Miami Vice) ; de Catherine Deneuve (Répulsion) à Dracula (Todd Browning), la voici qui s’écoule au gré d’une température pour le moins glaciale. En ce sens, la perspective de se frayer un chemin dans une bonne salle toute chaude a des airs de grog après une randonnée épuisante. Et finalement, ça sera donc Lady Vengeance, du coréen Park Chan Wook qui obtiendra nos faveurs. Attendu sous peu dans la cité rhodanienne dans laquelle il dévoilera en avant-première son nouveau long-métrage, Mademoiselle, le réalisateur très connu pour son Old Boy est en effet l’un de ceux sacrés par Thierry Frémaux dans cette 8ème édition du Festival Lumière. Et quoi de mieux, dans une programmation dédiée à la figure féminine, que de se pencher sur son « Lady Vengeance » qui explore encore le thème, cher à Wook, de la violence, mais ici transposée dans les mains plus souples et plus douces d’une prisonnière condamnée à tort qui va décider de se venger. Très vite, dans une salle surchargée et donc en proie à une chaleur étouffante, on se dit que le film aura raison de nous, tant pour pour cette quiétude qui nous absorbe telle le ferait une couverture bien chaude, que pour son discours qui mêle une violence et une bizarrerie chronique capable à elle seule de nous faire baisser les yeux. Car qu’on se le dise, le film de Wook est atypique. Sous couvert de raconter une histoire de vengeance, le réalisateur coréen préfère y tisser une histoire emplie de sous entendus moraux, et ce notamment lorsque le nerf de l’intrigue, à savoir la personne cible de la vengeance susvisée s’avère être ligotée face à tous les parents de ses victimes. Oui car ici, point question de tueurs en série sordide, mais un professeur des écoles sadique qui aura donné son compte à plusieurs des ouailles qu’il aura été chargé d’éduquer. Un constat qui fait froid dans le dos et qui contraint l’héroïne, plutôt que de se venger seule, d’inviter les parents pour une session, voire une thérapie de groupe visant à éliminer la menace. Glauque, sordide, mais finalement très burlesque, le film vire rapidement dans la comédie noire quand les parents, assis côte à côte se parent de chasubles transparentes pour mieux échapper au sang qui les incriminerait directement dans ce massacre, joliment agrémentée d’une musique douce et pleine d’espoir. Très paradoxal.
ou encore Walter Hill, Jerry Schatzberg, Elza Zylberstein, ou plus étonnant, Laurent Wauquiez, qui se fera copieusement huer. Très vite, un va-et-vient se perpétue sur le tapis rouge, le tout au son d’«Ecstasy of Gold» d’Ennio Morricone, comme pour mieux galvaniser une foule déjà (presque) en délire. Thierry Frémaux, en chef de file, multiplie les escortes, accompagnant l’humoriste Ramzy Bédia avec qui il échange une boutade, ou épaulant Line Renaud, 88 ans au compteur. Tout ça pour finalement voir le joyeux brouhaha auquel on venait à peine de s’acclimater, se transformer en un silence de cathédrale lorsque résonne les premières notes de «Little Green Bag», chanson emblématique du Reservoir Dogs de Tarantino et aussi jingle sonore utilisé en long, en large et en travers pour annoncer la venue du natif du Tennessee dans la salle. A peine le temps de réaliser que voilà Mr Pulp Fiction, tout sourire débarquant avec la nonchalance et ce degré de confiance qui le caractérise. Les invités réunis au grand complet, Frémaux peut alors mettre la machine en marche. Il est 18h30, et ça tombe bien car c’est justement l’heure qu’il a choisi pour donner fièrement au public le spot du cru 2016. L’occasion de voir Buster Keaton se mélanger à Park Chan Wook ; Gaspard Noé se frotter à la douceur de l’œuvre de Dorothy Azner, ou encore David Lean (Lawrence d’Arabie) rencontrer Brad Bird (Le Géant de Fer). Bref, encore une fois un programme très éclectique, qui sera cette année encore très vaste car pas moins de 395 séances pour 177 films différents sont à prévoir. Mais, point question pour lui de faire étalage de l’éclectisme du programme puisque Frémaux, très avenant dès lors qu’on parle du festival, se lance dans une (longue) session de remerciements. Il faut dire que vu l’armada déployée chaque année, entre sponsors, bénévoles et autres producteurs, la liste est longue pour remercier quiconque a aidé à transformer cette lubie de cinéphile en festival couru de par la ville. L’occasion pour lui, outre de remercier la métropole de Lyon, puis le couple (disparu) Alice et Bernard Chardière qui ont crée l’Institut Lumière, de se pencher sur ce qui est le thème de ce cru 2016 : les femmes. Qu’elles soient fatales, prédatrices, amoureuses ou dominatrice, elles sont le fer de lance du programme concocté par ses soins et auquel il y a justement dédié un encart, sobrement nommé « Hollywood et les Femmes ». De quoi afficher avec toute la lucidité qu’on lui connait, le signe d’un festival conscient des problématiques inhérentes à la représentation féminine. Il en a dans les idées le Frémaux. Des idées qui justement l’auront incité à proposer Quentin Tarantino comme parrain du film d’ouverture. Sans surprises avec QT, place à un chef d’œuvre du cinéma américain, qui plus est porté par 2 stars incontournables, Paul Newman et Robert Redford : Butch Cassidy et le Kid.