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L’Exorciste, une série de Jeremy Slater : Critique du pilote

Chapter One : « And Let My Cry Come Unto Thee » (« Et que mon cri parvienne jusqu’à toi »)

Synopsis : Rien ne va plus chez la famille Rance : le père commence à perdre la tête, la fille aînée est recluse dans sa chambre depuis son retour de l’université et même la cadette entend des voix dans les murs de la maison. Pour la mère, Angela, tout ceci est l’œuvre d’une force démoniaque. Persuadée que sa famille est en danger, elle fait appel au Père Tomas Ortega, qui lui-même sera amené à croiser la route du mystérieux Père Marcus Lang. 

Rome ne répond plus

Rien ne sert de présenter le classique dont est issu ce remake audiovisuel tant le film de Friedkin a marqué des générations entières et les actrices Linda Blair et Ellen Burstyn. Le projet peut être certes critiqué comme à chaque déclinaison (Scream, Rush Hour, L’Arme fatale…), mais la curiosité est belle et bien présente. La série ne s’appuie non pas sur le long-métrage d’horreur de 1973 – et nous soupirons de soulagement -, mais sur le roman original de William Blatty paru 2 ans plus tôt. L’écrivain, se basant sur des faits réels de lorsqu’il était étudiant, à également réalisé le troisième opus de 1990. Devenue une franchise à part entière, l’une des plus rentables de l’histoire avec plus de 402 milliards de dollars, et classée par l’American Film Institute comme le troisième meilleur thriller derrière Psychose et Les Dents de la mer, la série a su convaincre la Fox avec un pilote relativement surprenant. Réussira-t-elle, sur 13 épisodes, à toucher le cœur des sériephiles ? Elle a réuni peu de fidèles (moins de 3 millions), sachant que la case du vendredi soir est traditionnellement désertée, devant le reboot Mac Gyver (critique à venir). La rédaction est emballée par le premier épisode. Décryptage…

Créée par Jeremy Slater*, scénariste de formation (The Lazarus Effect, Fantastic Four et Death Note à venir) L’Exorciste débute sur l’arrivée d’un prêtre, par un remarquable travail sonore (entre aboiements de chiens, grondement d’engins ou climatique et cris enfantins) et des éclairages tranchées (l’écho à la photographie de Daredevil de Netflix est soudain). Identifiable tout d’abord uniquement par son chapeau et sa sacoche de médecin, tel une ombre, le Père Marcus arrive au pied d’une villa défavorisée suspendue au cœur d’une bourgade hispanique où le christianisme règne en maître. Dans ces jardins de Babylone démoniaques, un petit garçon du nom de Gabriel sera en proie à des forces inconnues. En parallèle, nous suivons (c’est le cas de le dire, par un agréable travelling introductif) le discours messianique du Père Tomas, d’origine mexicaine. Le choix n’est, par ailleurs, pas anodin. L’acteur Alfonso « Poncho » Herrera, récompensés aux MTV Movie Awards pour son rôle de méchant dans le soap Amar te duele en 2002, et surtout Hernando, le petit ami de Lito dans Sense8, incarne avec sympathie et contrastes ce nouveau personnage principal. Nous ne savons guère si, du reste, il est le héros de cette histoire car le père Marcus est également prépondérant. Sa tête nous est familière, Ben Daniel est l’amant de Claire Underwood dans la première saison de House of Cards et le remarquable et charismatique Paul Grayson, directeur homosexuel de la New York City’s School of American Ballet dans Flesh and Bones (dont une saison 2 est sûrement à prévoir pour 2017). Sa performance virile et torturée est saisissante. Le glissement de l’un à l’autre s’opère insidieusement et de cet habile tour de main scénaristique naît une véritable addiction. Une autre surprise pour les cinéphiles, une Geena Davis (Thelma et Louise, The Fly, Beetlejuice) sous chirurgie plastique incarne la mère d’Angela Rance, préoccupée par la réclusion de sa fille aînée.

Visuellement, la série se démarque clairement en puisant dans l’original, tête rotative à 180°, dents de scie putréfiées et pustules infectées… Ainsi va la photographie, froide et électrique, « au grain de poussière », couplée à une mise en scène moderne. Le nom de Rupert Wyatt fait sûrement écho, il a réalisé La Planète des singes : Les Origines et reçu le Hitchcock d’or et le Hitchcock d’Argent du public au Festival du film britannique de Dinard en 2008 pour son deuxième long métrage Ultime Evasion. La séquence onirique dans la chambre du petit possédé dégage une atmosphère virtuelle, comme tirée d’un jeu vidéo et une deuxième, sombre, dans le grenier impressionne. Jonglant entre implicite et explicite par l’effet d’un maquillage suffisamment tape-à-l’œil sans être vulgaire (ce qui faisait notamment l’originalité du premier film). Être ou (ne) paraître, tel est le leitmotiv de cette mise à jour télévisuelle. Lorsque le père de famille « simple d’esprit » – on ne sait encore par quel accident – devient lucide et que le sensé rejoint les fous, il est légitime d’admettre que la frontière s’enfonce au-delà du réel. Point trop n’en faut, on n’en sait assez peu sur Tomas, oncle aimant, frère attentionné et honnête homme au cœur brisé. Le mal s’abattra, comme à l’usage, sur son entourage et on devine que son neveu ne sera guère épargné. Pauvre communauté latino-américaine ! L’empathie est juste et le frisson de plaisir hérisse le poil lorsque sonne le thème composé par Mike Oldfield, introductif de son album « Tubular Bells ».** Rappelons que Lalo Schiffrin, a qui l’on doit le thème de Mission Impossible et La Panthère rose, avait commencé à composer . Vous voulez savoir à quoi aurait ressemblé la bande originale ? Entre Bernard Herrmann aux cordes grinçantes et aiguës et ballade aux pianos rythmée seventies, bref beaucoup moins marquée et synthé…

En somme, la possession l’emporte sur le risible et la foi dépasse le dogme religieux. Il faut se faire une raison, athée ou croyant, pratiquant ou incrédule, ce pilote détonant de L’Exorciste ouvre sur une incroyable dualité inversée où la religion, pauvre opium du peuple, n’est pas là où on le croit. L’oxymore est équilibrée. Mais rien n’est acquis, le blasphème se cache peut-être derrière cette fameuse porte blanche. Béni soit ce démarrage, car le divertissement est sacré.

*aucun rapport avec Christian, l’acteur, ni Kelly, le surfeur.

** lire à ce sujet l’article sur les symphonies d’outre tombe

L’Exorciste : Fiche Technique

Créateur : Jeremy Slater
Réalisation : Rupert Wyatt
Scénario : Jeremy Slater (basé sur le roman de William Peter Blatty)
Interprétation : Alfonso Herrera (Père Tomas Ortega), Ben Daniels (Père Marcus Keane), Geenna Davis (Angela Rance), Hannah Kasulka (Casey Rance), Brianne Howey (Charlotte as Kate Rance), Kurt Egyiawan (Père Bennett), Alan Ruck (Henry Rance), Isaac Linares (Gabriel)
Image : Alex Disenhof
Effets spéciaux maquillage : Cary Ayers, James MacKinnon et Sabrina Wilson
Effets spéciaux visuels : Jim Hawkins, Jeffrey Edward Baksinski et Tyler Nathan
Production : Rolin Jones, David C. Robinson, James G. Robinson, Jeremy Slater, Barbara Wall, Rupert Wyatt
Sociétés de production: Morgan Creek Productions, New Neighborhood, 20th Century Fox Television
Genre : thriller, drame, horreur
Format : 13 épisodes de 42 minutes
Chaîne d’origine : Fox
Diffusion aux USA : tous les vendredi soir – 23 septembre 2016

 

Musiques de films d’horreur : 5 symphonies d’outre-tombe

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Intenses, imperceptibles, les complaintes des films d’épouvante hantent notre inconscient. Il est temps de lever le voile sur quelques unes de ces musiques de films d’horreur et/ou thrillers angoissants.

Sans elles, les films d’horreur ne seraient pas des films d’horreur. Elles contribuent à rendre l’atmosphère pesant, à entretenir la tension et la terreur. Ce sont des musiques angoissantes, des bandes-son inquiétantes… Des mélodies de l’Enfer ! Et pourtant, ces harmonies majestueuses nous viennent pour la plupart de grands compositeurs classiques. Au-delà de la célèbre « Tubular Bells » de Mike Oldfield pour le film L’Exorciste, du générique stressant de Psychose par Bernard Herrmann ou de l’Aria des Variations Goldberg de Bach dans Le Silence des Agneaux, on retrouve souvent dans les films des thèmes musicaux récurrents qui suggèrent la peur et la panique.

LeMagduciné a sélectionné 5 des musiques de films d’horreur les plus fréquentes ???- une liste non exhaustive mais qui vaut bien qu’on s’y attarde …

1/ L’Allegreto de la Symphonie n°7 de Beethoven :

Reprise maintes fois dans les films ou les séries les plus sombres tels que Masters of Horror (l’épisode « La Cave » de William Malone), Prédictions de Alex Proyas, 666 Park Avenue de David Wilcox, la Symphonie n°7 est l’une des mélodies les plus inquiétantes qui soient. Malgré ça, impossible de rester insensible à la beauté de ces notes graves, vibrantes et solennelles, profondément mélancoliques et rigoureusement implacables comme une marche funèbre. On retiendra d’ailleurs que, conformément à la fureur et à la fatalité de cette sonate, l’Allegreto du deuxième mouvement est employé dans le terrible film Irréversible de Gaspar Noé. Pour sa teinte onirique, la Symphonie n°7 intervient aussi dans Zardoz de John Boorman, un film post-apo symbolique et dérangeant des années 70′ avec Sean Connery.

Prédictions – scène catastrophe sur la Symphonie 7 de Beethoven 

2/ La Toccata et Fugue (en Ré ou Do mineur) de Jean-Sebastien Bach :

Le classique des classiques qu’on retrouve dans le récent Mister Babadook mais aussi bien avant dans le Docteur Jekyll et M. Hyde de Mamoulian et surtout dans Le Fantôme de l’Opéra de Terence Fisher, Histoires d’outre-tombe de Freddie Francis ou Devil Story de Bernard Launois.

Le Fantôme de l’Opéra – extrait sur la Toccata et Fugue de Bach  

3/ La Lettre à Élise de Ludwig van Beethoven : 

Un grand classique encore, parfois retravaillé dans une tonalité plus joyeuse, cette composition garde toujours un fond mélancolique. On trouvera La Lettre à Élise dans le film Ça : « Il » est revenu de Tommy Lee Wallace (adapté du roman It de Stephen King). On la retrouvera aussi dans le trop méconnu mais pourtant bien flippant Don’t Go To Sleep de Richard Lang. Plus tard, cette troublante berceuse sera utilisée dans le dramatique Elephant de Gus Van Sant et surtout chez Quentin Tarantino dans les très décalés Django Unchained et Inglourious Basterds.

Ça : « Il » est revenu – Scène de Georgie sur fond de La Lettre à Élise

4/ The Funeral of Queen Mary de Henry Purcell :

Cette marche funèbre composée pour les funérailles de la reine d’Angleterre Mary II est mondialement connue pour la bande-son d’Orange Mécanique de Stanley Kubrick. Dès l’intro du film, ses notes tristes et langoureuses donnent le ton de ce qui sera une expérience machiavélique et dérangeante. Pour coller au maximum à ce film d’anticipation, ultraviolent et futuriste, la compositrice Wendy Carlos a adapté l’œuvre originale en y ajoutant des synthétiseurs et des vocoders. Effet oppressant garanti ! On rencontre aussi cette marche funèbre pour la Reine Mary dans le film apocalyptique Stalker de Andreï Tarkovski.

Orange Mécanique – générique d’après The Funeral of Queen Mary de Purcell :

5/ Le Lac des Cygnes de Piotr Ilitch Tchaïkovski :

Récemment exploitée dans le controversé Black Swan de Darren Aronofsky, la complainte de la Mort du Cygne avait déjà fait frissonner les spectateurs dans le Dracula original de Tod Browning en 1931. L’année suivante, on retrouvait cette mélodie mystique, désolante, charnelle et puissante dans Double Assassinat dans la rue Morgue de Robert Florey puis dans La Momie de Karl Freund.

Petit clin d’oeil aussi aux travelings sur les visages de martyres des moines de Tibéhirine dans Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois le tout sur l’intonation lyrique du Lac des Cygnes : plus encore que l’angoisse, une boule au ventre qui ne vous quittera pas !

Opening de Dracula de Tod Browning – Le Lac des Cygnes

Les 7 Mercenaires, un film d’Antoine Fuqua : Critique

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Pour appréhender ce western, il faut se rappeler le lourd passif qu’il traine derrière lui : Dans les années 50, l’Amérique découvrait le cinéma de son ancien ennemi japonais grâce au talent d’Akira Kurosawa, et en particulier le magnifique Les Sept samouraïs (1954), dont la trame se voulait si universelle que les majors hollywoodiens  s’empressèrent de l’occidentaliser en demandant à John Sturges (Règlement de compte à OK Corral) d’en faire un western.

Synopsis : La petite ville de Rose Creek subit le joug d’un industriel despotique qui rackette les habitants et les force à travailler dans ses mines. L’incendie de l’Eglise pousse ces villageois oppressés à embaucher sept combattants chargés de les défendre contre cette menace. Alors que la bataille approche, ces individus peu fréquentables vont apprendre à dépasser leurs tensions et à collaborer pour réussir cette mission commune.

Les sept Mercenaires (1960) reste encore aujourd’hui -et sans doute pour encore longtemps- le meilleur remake américain d’un film étranger (d’aucuns prétendront que Les Infiltrés de Scorsese peut rivaliser à ce titre). Malgré le fait que le film ait eu des suites oubliables et que Les sept samouraïs ait lui-même connu depuis de nombreux remakes de par le monde (1001 pattes en est un !), l’idée de refaire un 7 mercenaires semblait, même plus d’un demi-siècle plus tard, un projet impensable. Et pourtant Antoine Fuqua, financé par Sony (une firme japonaise… comme quoi le monde est petit), s’y est lancé, convaincu qu’il est de pouvoir marquer de sa patte tous les sous-genres du cinéma d’action. Toutefois, comme nous l’a d’ailleurs prouvé son film de boxe La Rage au Ventre, Fuqua n’a strictement rien à apporter aux codes dont il s’empare. Son western est toutefois intéressant dans l’observation de ses efforts de modernisation pour saisir l’état du cinéma hollywoodien contemporain.

Le gros avantage du récit est celui de s’articuler à la façon d’un film de bande. Encore aurait-il fallu savoir en profiter en créant des personnages iconoclastes ainsi qu’une dynamique de groupe et des relations un tant soit peu approfondies, mais sur ce point Les 7 mercenaires s’avère aussi peu abouti que Suicide Squad. Il y a encore peu de temps, l’envie de Fuqua de faire de son acteur fétiche Denzel Washington un héros de western aurait été une hérésie, mais Django Unchained est passé par là, et à présent (« l’ère Obama » ?) cette figure fondatrice du mythe américain peut se permettre d’être un afro-américain. Dès lors le réalisateur n’a eu aucun scrupule à donner à sa star un rôle qui n’est finalement que l’ancêtre de celui qu’il incarnait dans The Equalizer, leur précédente collaboration, ses postures étant étrangement similaires dans les deux films. Mais, dans un élan de politiquement correct loin d’être désintéressé, les décideurs ont tenu à ce que, autour de ce héros black, toutes les minorités soient représentées, et c’est à partir de cette contrainte que le scénario va commencer à révéler ses plus grosses faiblesses.

La modernisation de ce classique intouchable passe par une improbable pluralité ethnique et un accroissement de la morale chrétienne. Un constat révélateur de ce qui ne tourne pas rond à Hollywood en 2016.

Parmi les six autres mercenaires qui forment cette équipe dépersonnalisée et à laquelle il est difficile de s’attacher, on compte ainsi un chinois (incarné par le coréen Lee Byung-hun) qui n’est caractérisé que par son aptitude de lanceur de couteaux, un mexicain (Manuel Garcia-Rulfo), dont on saura rien d’autre qu’il est recherché par la Police, et un indien (Martin Sensmeier) qui lui non plus n’apporte rien sinon un combat très bâclé contre un autre indien, celui qui est du côté des méchants. Les trois autres mercenaires sont respectivement interprétés par le très bankable Chris Pratt qui tient finalement le même rôle qu’à l’accoutumée, celui du sympathique blagueur-dragueur, Vincent D’onofrio en roue libre mais lui aussi sous-exploité et enfin Ethan Hawke qui tient très certainement le rôle le plus intéressant, avec un réel traumatisme et un passif qu’il aurait été bon de traiter davantage. Hormis Haley Bennett, qui assure l’unique présence féminine du film dans un rôle insipide, l’autre personnage capital est évidemment le grand méchant interprété par un Peter Sarsgaard que l’on n’aura rarement vu aussi grotesque qu’en faisant les gros yeux pour bien appuyer la méchanceté de cette caricature ultra-manichéenne représentant vaguement (via un discours d’ouverture sans queue ni tête) le capitalisme sauvage.

Parce qu’il est impossible d’y couper, la comparaison entre ce remake et son modèle, laisse apparaitre la disparation de l’esprit désenchanté du film de Sturges au profit d’un retour à une imagerie bien plus romanesque de l’Ouest Sauvage. On remarque également deux éléments assez singuliers : d’abord, la place centrale de l’église au centre du village qui symbolise cette institution sacrée à laquelle le méchant n’aurait pas dû s’attaquer sans risquer un courroux sanglant ; ensuite le parcours du personnage d’Ethan Hawke, et en particulier sa rédemption finale qui le pousse vers le sacrifice, alors qu’il se calque sur un personnage qui autrefois resta jusqu’à la fin uniquement obnubilé par l’appât du gain. Cette idée de sacraliser des martyrs, littéralement morts au nom de l’Église, est un sous-texte qui peut sembler dérangeant mais malgré tout dans l’air du temps, et qui place cette réécriture dans un processus similaire à celui du récent remake de Ben-Hur qui partageait cette morale ultra-puritaine, incarnée en l’occurrence par la place donnée à la figure christique. Mais, derrière cela, Les 7 Mercenaires est avant tout un film d’action et, par extension, une promesse de divertissement familial.

Même si quelques coups de feu ont été tirés avant cela, il aura fallu attendre une heure pour voir la première véritable scène d’action d’envergure. Cette fusillade, bien que trop courte, apparait alors comme un moment charnière dans la narration puisqu’il s’agit de la première fois où l’on voit l’équipe au complet et où l’on découvre ainsi l’efficacité de leur complémentarité. Après cela il va encore falloir attendre une quarantaine de minutes pour en arriver à ce climax tant attendu de l’attaque du village. Un passage éminemment dynamique, à tel point qu’il pourrait presque faire oublier les longueurs qui l’ont précédé s’il n’était pas gâché par une illisibilité totale. Entre les héros qui changent de lieu d’un plan à l’autre et un nombre d’ennemis qui semblent croître au fur et à mesure qu’ils sont tués, le surdécoupage qui caractérise le cinéma de Fuqua  se révèle n’être qu’un vulgaire cache-misère. Cette terrible maladresse dès que le rythme s’accélère, alors que sa mise en scène est globalement empêtrée dans un classicisme impersonnel, ne peut que pousser à conclure que, si l’on accepte l’idée que ce remake des 7 Mercenaires ait pu être un projet pertinent, Antoine Fuqua n’était certainement l’homme de la situation.

Les 7 mercenaires : Bande-annonce

Les 7 mercenaires : Fiche technique

Titre original : The Magnificent Seven
Réalisation : Antoine Fuqua
Scénario : Richard Wenk et Nic Pizzolatto d’après le film homonyme de John Sturges
Interprétation : Denzel Washington (Sam Chisolm), Chris Pratt (Josh Farraday), Ethan Hawke (Goodnight Robicheaux), Byung-Hun Lee (Billy Rocks), Peter Sarsgaard (Bartholomew Bogue)…
Photographie : Mauro Fiore
Décors : John Refoua
Direction artistique : Leslie Mcdonald
Montage : John Refoua
Musique : James Horner, Simon Franglen
Producteurs : Roger Birnbaum et Todd Black
Sociétés de production : Metro-Goldwyn-Mayer, Sony Pictures Entertainment et Village Roadshow Pictures
Distribution : Sony Pictures Releasing
Budget : 108 millions de $
Genre : Western
Durée : 133 minutes
Date de sortie : 28 septembre 2016

Etats-Unis – 2016

 

Vue Sur Mer de Angelina Jolie en DVD/Blu-Ray le 16 Août 2016

Quand le couple Brangelina se met en scène dans un sujet aussi proche de l’actualité, on ne peut que jubiler. Pourtant, Vue sur Mer est à l’image des magazines people à cheval sur le divorce du siècle : vide, désespérément vide…

Dans une France aux allures de carte postale, Roland et Vanessa, un couple américain, arrive dans une station balnéaire de la Côte d’Azur. Lui est écrivain, elle était danseuse avant d’être au crochet de son mari. Le ménage semble en crise sentimentale, quand Roland s’enferme dans l’alcool, Vanessa s’enfonce dans une déprime hystérique. A mesure qu’ils affrontent leurs propres difficultés, la rencontre d’un autre couple, celui de Léa et François semblent attiser la curiosité perverse des mariés. Tandis qu’ils rencontrent d’autres habitants comme Michel et Patrice, Roland et Vanessa se rapprochent du couple de français, allant même jusqu’au voyeurisme depuis un enfonçure dans leurs chambres. Cependant, un événement mystérieux, caché par le couple et responsable de leur désarroi, resurgit durant leur virée au bord de mer.

Au Pays du surjeu et de l’ennui…

Alors que le divorce Brad/Angelina est encore dans toutes les têtes à Hollywood, rendons hommage à la simili thérapie que s’est offerte le couple derrière et devant la caméra pour Vue Sur Mer, un long métrage potentiellement réaliste. De même, il convient de féliciter Angelina Jolie pour son talent indéniable à la réalisation, oscillant entre une belle image et une redoutable efficacité, malgré un style un peu plan-plan. De ce fait, un tel sujet et un tel casting ne pouvait qu’attiser notre curiosité, surtout avec la perspective d’acteurs, de personnages et de décors français. Une satisfaction rapidement atténuée par les lieux de tournage, finalement installés à Malte, pour des question économiques, ainsi que par une atmosphère terne à l’excès, dénuée de toute vie. Le film se caractérise avant tout par un traitement psychologique outrancier de ses personnages : chaque réaction, chaque dialogue est amplifié à l’excès, rendant tout attachement impossible. Par ailleurs, la différence de tonalité entre le phrasé francophone très spontané de Richard Bohringer et Niels Arestrup et l’anglais enjoué de Brangelina sonne trop faux pour convaincre. Une caractérisation à l’image des enjeux du long métrage : artificiels. Il en résulte une distribution d’acteurs en plein marasme artistique, que ce soit le duo Pitt/Jolie en Liz Taylor et Richard Burton Leader Price, digne d’éléphants de mer shootés aux xanax ou encore Mélanie Laurent et Melvil Poupaud, tout juste bons pour des scènes de lits à voyeurisme bobo. Vue sur Mer est donc le caprice surdimensionné que seul un égo arty comme celui d’Angelina Jolie pouvait nous offrir. Un amas de clichés assemblés dans le mauvais ordre où règne un vide scénaristique complet et un casting en roue libre, toujours en adéquation avec la lourdeur du propos. Ni la photographie aux couleurs chaudes agréables ni les sublimes décors maltais ne sauveront ce raté cinématographique. Une réponse en toute somme logique au drame conjugal qu’affronte le couple en ce moment.

Une édition à l’image de son métrage

Si l’image en Blu-Ray retranscrit à merveille les couleurs chaudes du bassin méditerranéen, la version DVD ne suffit à compenser l’ennui, de part son image terne et son montage sonore d’une banalité rare. Le mixage son souffre ainsi de nombreux défauts, notamment avec les musiques françaises trop fortes en fond ou encore certains dialogues trop bas par rapport aux bruitages ajoutés. L’immersion est donc d’autant plus réduite. De ce fait, on ne pourra que critiquer le choix des bonus, en l’occurrence des scènes coupées, que de ne rien apporter à une expérience déjà pénible ; prolonger la douleur n’étant pas la meilleure des stratégies. L’absence d’un commentaire audio est également regrettable, surtout quand des éclairages paraissent nécessaire sur certains choix de scénario et de mise en scène. Un vide technique aussi significatif que les enjeux du long métrage, s’efforçant en vain d’attirer le spectateur curieux, mais qui échoue sans cesse à être une proposition de cinéma agréable et intéressante.

Universal Pictures Vidéo annonce la sortie de Vue Sur Mer en DVD et BR pour le 16 août 2016

Vue Sur Mer : Recap DVD/Blu-Ray

Caractéristiques techniques du DVD :
Durée: 2h02
Image: 2.40:1
Audio : Italien (Dolby Digital 5.1), Allemand (Dolby Digital 5.1), Anglais (Dolby Digital 5.1), Turc (Dolby Digital 5.1), Français (Dolby Digital 5.1), Espagnol (Dolby Digital 5.1)
Sous Titres : Allemand, Danois, Espagnol, Finnois, Français, Hindi, Italien, Néerlandais, Norvégien, Portugais, Suédois, Turc, Arabe
Caractéristiques techniques des Blu-ray™:
Disque 1 (film):
Image: 2.40:1
Audio: Italien (DTS 5.1 Surround), Allemand (DTS 5.1 Surround), Anglais (DTS-HD 5.1), Turc (Dolby Digital 5.1), Français (DTS 5.1 Surround), Espagnol (DTS 5.1 Surround)
Sous-titres : Allemand, Anglais, Arabe, Danois, Finnois, Français, Hindi, Islandais, Italien, Néerlandais, Norvégien, Portugais, Suédois, Espagnol, Turc
Bonus: Scènes coupées

Vue Sur Mer : Bande-Annonce 

Miss Peregrine et les enfants particuliers : Rencontre avec Tim Burton

Rencontre avec Tim Burton, le réalisateur de Miss Peregrine et les enfants particuliers (au cinéma le 5 octobre)

Lundi 19 septembre, le public du Royal Monceau était en émoi. Tim Burton était de passage à Paris pour la première française de son nouveau long métrage tant attendu, Miss Peregrine et les enfants particuliers. Cheveux ébouriffés caractéristiques et humour aussi noir que le costume qu’il portait, aucun doute, c’était bel et bien M. Burton sur scène. Retour sur une rencontre hors du commun.

« Every film you do is like your first and your last film »

[en français : « Chaque film que l’on fait est comme le premier et le dernier »]

C’est la deuxième fois que vous travaillez avec Eva Green, après Dark Shadows. Comment avez vous choisi vos acteurs ?

« Les enfants sont toujours très difficiles à caster. Mais j’aime m’entourer de personnes avec qui j’aime être et travailler. C’est comme ça que je choisi.

Quand à Eva Green, elle était mon premier choix. Elle est à la fois drôle, dramatique, étrange, belle et elle est capable de se changer en oiseau (l’une de ses facultés dans le film), elle est parfaite [rire]. Peu de personnes sont autant de choses à la fois. C’est rare à notre époque de rencontrer quelqu’un d’aussi mystérieux »

Pour quelles raisons avez vous eu envie de travailler avec Jane Goldman (la scénariste du projet) ?

« Je connaissais déjà un peu Jane, je l’avais rencontré quelques fois. Elle est très talentueuse, très douée dans ce qu’elle fait et elle est un peu étrange aussi »

Comment avez-vous utilisé les photos, un élément central du livre ?

« Ce sont d’abord les photos qui m’ont séduites, avant même que je ne commence à lire. Je collectionne moi-même les photos et ce sont donc elles qui m’ont touché en premier. Elles sont l’arôme du livre.

Dans ces photos, il y a de la poésie, du mystère aussi. Elles peuvent raconter tout un tas de choses en fonction de la personne qui les regarde. Et c’est ce qui est génial dans le cinéma, toutes ces émotions peuvent prendre vie et changer car le média le permet »

Comment raconter une histoire qui existe déjà (Miss Peregrine et les enfants particuliers est adapté du roman de Ransom Riggs publié en 2011) ?

« J’essaie toujours d’aborder l’histoire d’un point de vue personnel. Je choisis des personnages qui me touchent, dont je me sens proche »

Est-ce que Miss Peregrine et les enfants particuliers est votre film de super-héros à vous  ?

« C’est ce que j’aime. Ce ne sont que des enfants et il se trouve qu’ils sont spéciaux, différents. Et ils ne sont pas acceptés pour cette raison. C’est une autre vision des super pouvoirs »

Il y a de nombreuses références à d’autres films fantastiques, The Shining, Jason et les Argonautes. Est-ce une sorte d’hommage au cinéma du genre ?

« Je puise évidemment mon inspiration de certains films qui ont eu un impact sur moi pour à nouveau produire un impact sur le spectateur. C’est ce que fait le cinéma, il touche celui qui regarde »

La 3D a-t-elle eu un impact sur votre projet ?

« La 3D n’influence pas du tout ma façon de filmer. Ce n’était pas prévu lors du tournage que le film sortirait en 3D. Je n’en suis d’ailleurs pas particulièrement friand, mais c’est quelque chose que j’apprécie à l’occasion, quand elle est bien utilisée »

Vous avez l’habitude de travailler avec Danny Elfman pour la musique. Pourquoi n’a-t-il pas composé le thème de Miss Peregrine et les enfants particuliers ? On aurait tout à fait pu l’imaginer créer l’ambiance de cet univers. 

« Parce qu’il était occupé, principalement [rire]. Danny est mon ami et je retravaillerai encore avec lui, mais j’avais aussi envie de donner leur chance à d’autres compositeurs, comme on l’a fait pour moi »

Vos films donnent l’impression d’être plus joyeux qu’avant. Y a-t-il une raison à cela ?

« Je dois être fou. [Il fixe le public d’un regard vitreux] Est-ce que j’ai l’air heureux là ? Non mais vraiment, je suis fou »

Si vous ne deviez en choisir qu’une, quelle particularité aimeriez-vous avoir ?

« Pouvoir me rendre invisible. J’aimerais bien pouvoir disparaître quelques fois »

Miss Peregrine et les enfants particuliers : Bande-annonce

Miss Peregrine et les enfants particuliers : Fiche technique

Titre original : Miss Peregrine’s Home For Peculiar Children
Réalisation : Tim Burton
Scénario : Jane Goldman
Interprétation : Eva Green (Miss Peregrine), Asa Butterfield (Jacob), Samuel L. Jackson (Barron), Judi Dench (Miss Avocet), Rupert Everett (L’ornithologue), Allisson Janey (Dr. Golan), Ella Purnell (Emma), Terrence Stamp (Abe)
Décors : Gavin Bocquet, Elli Griff et Kat Kane
Costumes : Colleen Atwood
Montage : Chris Lebenzon
Musique : Michael Higham et Matthew Magerson
Producteurs : Petre Chernin et Jenno Topping
Genre : Aventure, Famille, Fantastique
Durée : 127 minutes
Date de sortie : 5 octobre 2016

États-Unis – 2016

Auteur : Yael Calvo

Miss Peregrine et les enfants particuliers, un film de Tim Burton : Critique

Quand Jake était petit, il aimait les histoires. Maintenant qu’il a grandi, il ne peut plus se permettre de croire à ces contes de fées. Du moins, c’est ce que disent les adultes. Il va alors s’inventer son Pays Imaginaire, le pensionnat de Miss Peregrine.

Synopsis : À la mort de son grand-père, Jacob découvre les indices et l’existence d’un monde mystérieux qui le mène dans un lieu magique : la Maison de Miss Peregrine pour Enfants Particuliers. Mais le mystère et le danger s’amplifient quand il apprend à connaître les résidents, leurs étranges pouvoirs…  et leurs puissants ennemis. Finalement, Jacob découvre que seule sa propre « particularité » peut sauver ses nouveaux amis.

 Le syndrome de Peter Pan

Ce monde parallèle dans lequel le temps s’est arrêté fait en effet directement écho au Pays Imaginaire et aux Enfants Perdus de James Matthew Barrie. Jake tombe amoureux de la belle Emma, tout comme Wendy succombait au charme de Peter (capables tous deux de voler). Idylle qui finira par conduire les protagonistes à une remise en question sur le passage du monde de l’enfance à l’âge adulte.

Plus qu’une histoire de super-héros, Miss Peregrine et les enfants particuliers est un roman d’initiation dans lequel Jake, un adolescent qui se définit lui-même comme « ordinaire » va découvrir sa destinée. La confiance, le choix, l’indépendance et la différence sont au cœur de ce récit fantastique dont l’intrigue s’articule autour d’un contexte historique fort, la Seconde Guerre Mondiale.

Mais voilà, le film prend une toute autre direction après quarante-cinq minutes, lorsqu’il dérive vers l’héroïque, pour finalement s’échouer et perdre l’essentiel du message dont il était porteur.

Le spectateur est soudain emporté dans un tourbillon de péripéties à base de voyages spatio-temporels et d’univers parallèles. Rien de très original si l’on regarde les films du genre de ces dernières années. Le pensionnat de Miss Peregrine devient le théâtre d’évènements sans queue ni tête qui ne font nullement avancer l’intrigue. On y découvre une palette de jeunes dotés de spécificités inhumaines, obligés de se cacher du reste du monde, qui n’accepte pas leur différence. Lorsque l’on sait que Jane Goldman n’est autre que la scénariste de X-men Le Commencement et X-Men Days of Futur Past, on comprend assez aisément d’où vient l’inspiration.

Ce refuge pour enfants particuliers était une idée intéressante pour dénoncer le rejet dont ont été victimes les juifs pendant la guerre. Un sujet épineux qui aurait mérité que l’on s’y attarde.

Le film passe à côté de son sujet pour se focaliser sur un récit qui devient purement fantastique et se transforme au fur et à mesure que l’intrigue avance en un film de super-héros lambda dans lequel les gentils triomphent à la fin et dans lequel le passage de l’enfance à l’âge adulte n’est présent qu’à travers une histoire d’amour, sans reliefs et insipide.

Faire un film sur l’adolescence ne signifie pas forcément s’adresser uniquement aux adolescents. Et quand bien même, il ne semble pas que les ados manquent aussi peu d’imagination. Il paraît donc inutile d’affubler Samuel L. Jackson de crocs et d’une paire d’yeux perçants pour montrer qu’il est vraiment très méchant. Tout est mâché et le résultat est malheureusement indigeste.

 Il était une fois …

Tout comme Big Fish, Miss Peregrine et les enfants particuliers s’appuie sur les histoires fantaisistes d’un grand-père qui, usé du réel, l’enjolive et s’invente sa propre vérité. Malheureusement, le film échoue où Big Fish réussissait brillamment et intelligemment par sa finesse et sa sensibilité. Le récit de Miss Peregrine donne l’impression de ne pas savoir où il va.  Il ne raconte rien et se somme par un capharnaüm monumental où se mélangent vulgairement petite magie et effets spéciaux en veux tu en voilà.

Le personnage du grand-père autour duquel est censé s’articuler le récit, est presque totalement absent du film pour laisser briller un héros qui se révèle creux et immature.

Partenaires particuliers

Comment évoquer la filmographie de Tim Burton sans parler de son univers musical singulier ?

C’est à Danny Elfman, compositeur attitré et ami du réalisateur, que l’on doit la plupart des succès musicaux des œuvres de ce dernier, jusqu’à Big Eyes dernièrement.

Pour Miss Peregrine, Burton a fait appel à un compositeur qui avait déjà travaillé sur deux de ses films, Dark Shadows et Frankenweenie, Michael Higham, et au compositeur de la musique de Kingsman, Matthew Magerson. Les deux artistes signent une bande originale plaisante mais peu marquante. On est loin des thèmes musicaux d’Edward aux mains d’argent ou de Big Fish.

Du côté de la mise en scène, rien de bien chatoyant non plus. Le réalisateur nous avait habitué à plus effrayant et surtout, plus magique. À l’exception d’une séquence musicale assez amusante où des squelettes prennent vie, la réalisation reste plutôt classique. On a connu Tim Burton plus extravagant. La mise en scène manque d’audace, comme si le réalisateur avait dû contenir son imagination débordante. Ce n’est pas mauvais, c’est scolaire.

Tim Burton retrouve l’intrigante Eva Green pour une deuxième collaboration. L’actrice avait en effet interprété la sensuelle Angélique dans le film vampirique Dark Shadows, au côté de Johnny Depp, l’acteur fétiche du réalisateur, en 2012.

Cheveux de jais, teint de porcelaine, un physique atypique qui avait déjà séduit le réalisateur lorsque ce dernier avait fait de Winona Ryder, sa muse.

Lors de la rencontre organisée au Royal Monceau, le lundi 19 septembre, à l’occasion de l’avant-première du film, Tim Burton ne contenait pas son admiration : « Elle est à la fois drôle, dramatique, étrange et belle ».

Sur le jeu, la présence, il n’y a rien à dire. Eva Green est toujours sublime quoi qu’elle fasse. Mystérieuse, captivante, des atours dont son personnage aurait dû se parer. Miss Peregine, à l’image du film, est alléchante mais manque cruellement de profondeur.

Burtonien dans l’idée, pas dans la forme ni dans le fond

L’univers de Tim Burton ne se résume pas à quelques squelettes dansant sur une musique endiablée, des personnages aux gros yeux ou scarifiés, n’en déplaise à certains. C’est avant tout un grain de folie, une sensibilité atypique, qui fait que la filmographie du réalisateur est unique en son genre. Ceux qui connaissent l’œuvre de ce réalisateur si particulier, comprendront sans peine pourquoi l’histoire de l’écrivain Ransom Riggs l’a séduit. Malheureusement, le cœur et l’inspiration n’ y étaient pas. Pas question de douter du talent de Burton, il est immense, mais peut-être devrions-nous creuser davantage la réflexion et nous interroger sur les raisons de certains choix.

Miss Peregrine et les enfants particuliers saura très certainement trouver son public. Reste à savoir de quel côté se rangeront les fans du réalisateur.

Rencontre avec le cinéaste Tim Burton

Miss Peregrine et les enfants particuliers : Bande annonce

Miss Peregrine et les enfants particuliers : Fiche technique

Titre original : Miss Peregrine’s Home For Peculiar Children
Réalisation : Tim Burton
Scénario : Jane Goldman, d’après une histoire originale de Ransom Riggs
Interprétation : Eva Green (Miss Peregrine), Asa Butterfield (Jacob), Samuel L. Jackson (Barron), Judi Dench (Miss Avocet), Rupert Everett (L’ornithologue), Allisson Janey (Dr. Golan), Ella Purnell (Emma), Terrence Stamp (Abe)…
Photographie : Bruno Delbonnel
Décors : Gavin Bocquet, Elli Griff et Kat Kane
Costumes : Colleen Atwood
Montage : Chris Lebenzon
Musique : Michael Higham et Matthew Magerson
Producteurs : Petre Chernin et Jenno Topping
Genre : Aventure, Famille, Fantastique
Durée : 127 minutes
Date de sortie : 5 octobre 2016

Etats-Unis – 2016

Auteur : Yael Calvo

 

Designated Survivor, une série de Davis Guggenheim : Critique du pilote

La toute nouvelle série d’ABC, Designated Survivor permet de retrouver Kiefer Sutherland à la télévision après le « semi » échec de Touch.

Synopsis : Au cours d’un discours présidentiel, un attentat frappe le Capitole, entrainant la mort du président et l’ensemble de son cabinet. Tom Kirkman, le secrétaire au Logement et au Développement urbain, a le statut du « survivant désigné », ce qui l’oblige a devenir le nouveau président des Etats-Unis et va devoir percer les mystères autour de cet attentat…

Retour gagnant pour Jack Bauer

Les fans auront un vrai plaisir de le revoir dans un rôle, à la fois proche et éloigné de la série qui l’a propulsé au rang  de star, à savoir 24.
Politique, terrorisme, complots, ces thèmes lui collent parfaitement à la peau, il ne prend donc pas énormément de risques, mais on l’aime tellement dans ce registre qu’on en redemande. Un reboot ou revival sur Jack Bauer n’a plus grand intérêt aujourd’hui, mais avoir trouvé le moyen de garder Sutherland dans cet univers rend la série intéressante et donne un premier effet de curiosité aux spectateurs. L’ancien agent de la cellule anti-terroriste a donc obtenu une belle promotion en s’installant à la Maison Blanche.
Néanmoins, on pourrait regretter aussi ces grosses similitudes car Kiefer Sutherland nous montre les mêmes facettes entre ses deux interprétations, Bauer comme Kirkman sont des personnages isolés et seuls contre tous, mais qui finissent toujours par prendre les bonnes décisions, et (trop) souvent par avoir raison.

Malgré ces remarques, le pilote remplit les consignes pour lancer une série. En effet, ce premier épisode est convaincant, il y a suffisamment de rebondissements, nous empêchant de nous ennuyer une seule seconde.
Mais la construction de l’épisode est un peu illogique et pas nécessaire : nous commençons par la catastrophe pour créer le choc et surprendre le spectateur, sauf que l’on connait déjà le pitch de départ, avec des trailers qui montraient toujours les mêmes images. Puis nous avons un retour en arrière sous forme de flash-back pour décrire les personnages et leurs situations. Seulement, le créateur, Davis Guggenheim, aurait pu faire le choix de commencer par le début, puis au milieu de l’épisode lancer l’attaque terroriste sans qu’on ait une rupture.

En ce qui concerne les storylines et le casting, il y a du potentiel pour que la série dure dans le temps, mais il faudra que les scénaristes trouvent le moyen de se renouveler d’ici la saison 2. Nous suivons deux intrigues en parallèles, Hannah Wells (interprétée par Maggie Q, qui signe aussi son retour depuis le succès Nikita) va chercher à comprendre l’origine de l’attaque terroriste avec les agents du FBI, tandis que Sutherland devra gérer, de son côté, la crise internationale en interne, tout en étant respecté par ses collègues et tout en essayant d’obtenir la confiance de la nation.
À côté de toute cette dramaturgie politique, Designated Survivor se montre aussi très familiale avec la femme et les enfants de Tom Kirkman qui ne sont pas laissés au second plan, au contraire, ils sont au cœur de tous ces événements et vont devoir s’adapter à la Maison Blanche et accepter leur nouvelle vie, et nous sommes vraiment curieux de voir comment évoluera cette famille qui ne s’imaginait pas une seconde accéder à la présidence.
Enfin, en dehors de Kiefer Sutherland, Maggie Q, et Natascha McElhone qui n’ont plus rien à prouver, les autres acteurs sont pour l’instant trop secondaires pour qu’on s’y intéresse réellement.

En conclusion, le bilan est plutôt positif, nous faisons face à un pilote dynamique, la trame (certes vue et revue depuis toutes ces années) est bien ficelée et le casting crédible dans l’ensemble de l’épisode.
Designated Survivor n’est pas une surprise, elle fait partie des séries les plus attendues parmi les nouvelles productions des networks, notamment parce qu’elle était marquée par le come-back réussi de Kiefer Sutherland, nous verrons si les prochains épisodes continueront à soutenir notre excitation.

Après Scandal qui se consacre à la politique, Quantico traitant du terrorisme, ABC obtient le parfait mélange des deux, en moins sexy, mais la série se montre plus sérieuse, et surtout plus crédible dans la direction des acteurs, qui est plus convaincante (à l’inverse de Quantico, plus cliché, et stéréotypé).

Ce premier épisode a rassemblé 10,04 millions de téléspectateurs pour un taux de 2,2% sur la cible 18-49 ans.

Designated Survivor : Bande Annonce

https://www.youtube.com/watch?v=N_f1v0Nx5Sw

Designated Survivor : Fiche Technique

Créateurs : Davis Guggenheim
Acteurs principaux : Kiefer Sutherland (Tom Kirkman), Natascha McElhone (Alex Kirkman), Adan Canto (Aaron Shore), Italia Ricci (Emily Rhodes), LaMonica Garrett (Mike Ritter), Kal Penn (Seth Wright), Maggie Q (Hannah Wells).
Producteurs : Simon Kinberg, Davis Guggenheim, Kiefer Sutherland, Suzan Bymel, Mark Gordon, Amy Harris, Aditya Sood.
Société de production : ABC Studios, Mark Gordon Company, Genre Films, Entertainment 360.
Format: 42 minutes
Genre : Drame, Thriller

ETATS-UNIS  – 2016  

Moonwalkers d’Antoine Bardou-Jacquet en DVD le 7 septembre 2016

Sortie DVD : Moonwalkers, réalisé par Antoine Bardou-Jacquet.

Synopsis : Juillet 1969, Tom Kidman, l’un des meilleurs agents de la CIA de retour du Vietnam, est envoyé à Londres pour rencontrer Stanley Kubrick et le convaincre de filmer un faux alunissage au cas où la mission Apollo 11 échouerait. Kidman ne trouve pas Kubrick, mais il tombe sur Jonny, le manager raté d’un groupe de rock hippie. Tout les oppose, mais ils n’auront pas d’autre choix que de travailler ensemble, remplacer Kubrick, tromper la CIA, éviter les drogues hallucinogènes et sauver leur vie en montant la plus grosse supercherie de l’histoire.

Réalisatrice : Antoine Bardou-Jacquet
Casting : Rupert Grint, Ron Perlman, Robert Sheehan, Kevin Bishop, Eric Lampaert…
Distribution France : ESC Éditions

L’avis de la rédaction à propos de Moonwalkers : Le déroulement de l’intrigue, qui vire inéluctablement à l’imbroglio général, et la façon dont est traité par l’absurde ce prétendu recrutement de Kubrick par le gouvernement américain, ne sont pas sans rappeler l’écriture survoltée mais toujours maîtrisée et fluide de Guy Ritchie, une autre source d’inspiration évidente d’Antoine Bardou-Jacquet. Une comparaison amplifiée par la présence, autour du duo d’enfer Grint-Pearlman, d’un large panel de personnages secondaires pittoresques et hauts en couleurs que leur caractérisation archétypale n’empêche en rien d’être désopilants, allant du général américain débonnaire au réalisateur excentrique en passant par le gangster amateur de maquettes ou le manager cocaïnomane.
Critique à retrouver dans son intégralité ici.

Caractéristiques techniques du DVD : DVD-9 – Zone 2 – PAL – Format film 1.85 (16/9 compatible 4/3) – Couleur – Langue : français – Sous-titres : français – Stéréo et 5.1 – Durée : 1h39 minutes

En terme de bonus : Vous pourrez retrouver un making-of du film de 8 minutes, des entretiens d’une durée de 37 minutes avec l’équipe du film ainsi que plusieurs scènes coupées commentées d’une durée de 6 minutes.

Le film est également disponible en VOD.

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Moonwalkers : Bande-annonce

FEFFS 2016: La Nuit excentrique clôture en beauté le festival

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Comme l’an dernier, le FEFFS termine en beauté avec un film de clôture asiatique déjanté et 3 nanars de compétition pour tenir en haleine les festivaliers toute la nuit.

[Film de clôture] The Mermaid

Réalisé par Stephen Chow ( Hong-Kong,Chine 2016) Date de sortie inconnue.

Synopsis : Liu Xian, multimilliardaire vient d’acquérir le Golfe vert. Il prévoit d’y installer des sonars infligeant de nombreux dégâts à la faune aquatique. Les sirènes vivant dans le Golfe vert vont alors établir un plan pour éliminer Liu Xian.

Stephen Chow est un cinéaste reconnu pour ses comédies complètement loufoques, et notamment le célèbre Shaolin Soccer. Le voilà de retour avec un film revisitant le mythe des sirènes mais en gardant toute sa dimension déjantée. Puisant dans l’essence du cinéma hongkongais avec ses personnages virevoltants, et ses effets spéciaux assez kitsch, The Mermaid est également un hommage au cartoon. Il n’est pas difficile de se rappeler les fameux Bip-bip et Vil Coyote ou encore Tom et Jerry lors de certaines séquences (la tentative de meurtre en est la plus frappante).

Si cet aspect cartoon est omniprésent tout au long du film et le rend extrêmement drôle ( la séquence avec la police est un petit bijou), Stephen Chow ne s’arrête pas à une simple comédie complètement fêlée. Le cinéaste va de plus faire de son film une sorte de romance écolo. L’histoire d’amour entre Liu Xian et Shan est réussie et touchante. Le message écolo est lui aussi très présent, et sensibilise de façon originale aux dommages portés à un écosystème aussi fragile que l’océan. C’est peut-être un peu niais, mais ça se couple parfaitement avec cette dimension à la frontière du cartoon et du conte qu’est The Mermaid.

Mais le bouquet final du FEFFS n’est pas la cérémonie de clôture, c’est la très attendue Nuit excentrique. Cette dernière qui a été inaugurée pour la première fois à la Cinémathèque Française, fait son retour au FEFFS pour la deuxième fois après celle de l’an dernier. Concoctée par Jean-François Roger, directeur de la programmation de la Cinémathèque française, la Nuit excentrique nous propose 3 nanars top niveaux pour nous accompagner de minuit à 7h du matin. Pour cette deuxième fois à Strasbourg, le menu nous propose Virus Cannibale, Yor le chasseur du futur et Les Hommes d’une autre planète.

Virus Cannibale

Réalisé par Bruno Mattei (Italie, 1980) Date de sortie 17 novembre 1980.

Synopsis : Une troupe de militaires est envoyé en Nouvelle-Guinée afin de gérer des manifestations tribales. Après avoir sauvé un groupe de journalistes, ils remarquent que les autochtones souffrent d’un terrible virus.

Bruno Mattei fait partie de ces réalisateurs du cinéma bis italien réputés pour leurs films d’une qualité effroyable. Avant les Rats de Manhattan, autre grand classique du nanar, ce cher Bruno nous a offert Virus Cannibale. Alors que le film de zombies a le vent en poupe, grâce notamment à Georges Romero, il fallait que le cinéma italien apporte sa pierre à l’édifice. Dommage que cette pierre soit complètement émoussée. Virus Cannibale est un véritable récital de mauvais goût et de fautes cinématographiques. A tel point que le film en devient un chef d’œuvre du nanar.

Entre les zombies ne sachant pas ce qu’ils doivent faire, l’utilisation de stock-shot provenant de documentaires animaliers en complète inadéquation avec le récit, ou un scénario d’une bêtise infinie, tout est réuni pour passer un bon moment. Comme dans tout bon nanar, on peut bien évidemment compter sur une VF à la qualité plus que douteuse où les personnages débiteront des imbécillités à répétition, toujours accompagnées des mythiques « Salauds ! » propre aux nanars. Virus Cannibale est une série Z de zombies hilarante, de quoi bien commencer la nuit.

Yor le chasseur du futur

Réalisé par Antonio Margheriti (Italie, Turquie, 1982). Date de sortie inconnue.

Synopsis : Un Guerrier préhistorique part à la rechercher de ses origines et se retrouve dans le futur où il doit lutter contre le terrible Overlord.

Yor le chasseur du futur fait partie des films possédant une certaine réputation dans le monde du nanar. Alors que la Guerre des étoiles est au sommet de sa gloire, l’idée d’en faire un ersatz n’est pas très original. Ce qui l’est plus cependant, c’est de mélanger ça avec une sorte de Rahan. Et c’est donc comme ça qu’on se retrouve avec Yor le chasseur du futur. Séparé en deux parties, l’une se passant à la préhistoire où Yor va choper toutes les femmes qu’il rencontre car il ne peut résister au cri d’une femme en détresse, et l’autre se passant dans l’espace dans le futur.

Si la partie préhistorique extrêmement virile et misogyne propose des choses sympathiques du style affrontement improbable entre hommes et dinosaures , c’est celle dans l’espace qui reste la plus mythique. On y retrouve des androïdes dont le casque est directement inspiré de Dark Vador, un gros méchant aux pouvoirs bien badass, des figures sur des trapèzes et les origines de Yor, sauveur de l’humanité. Yor le chasseur du futur n’a pas usurpé son titre de nanar et possède même sa propre chanson. Yor’s World, He’s the man, he’s the man !

Les Hommes d’une autre planète

Réalisé par Cheng Hun Ming (Taiwan,1976) Date de sortie inconnue

Synopsis: Un jeune garçon tombe sur une statue thaïlandaise dans une grotte. A l’intérieur de cette grotte, se trouve également une pierre aux pouvoirs magiques que convoitent les martiens afin de créer un rayon de la mort pour détruire la Terre.

Après deux films italiens, il est temps de faire place au cinéma taïwanais pour terminer cette nuit excentrique. Les Hommes d’une autre planète nous met face à une invasion extraterrestre. On suit les aventures d’un couple de scientifiques-astronautes découvrant une statue thaïlandaise radioactive qu’ils promènent dans leurs combinaisons sans en avoir quelque chose à faire des autres personnes. Ils découvrent alors que des Martiens menacent la Terre et le seul moyen de les vaincre se trouve être cette statue du temple.

Si la première partie est assez classique, et possède de nombreux moments drôles, c’est la deuxième partie qui est la marque de fabrique de ce film. En effet, on va se retrouver pendant près de 35 minutes à voir l’affrontement entre la Statue du temple et le robot astronaute américain face aux Martiens. 35 minutes de combat de monstres en caoutchouc qui vont dans un premier temps s’affronter entre alliés, puis enfin découvrir qu’ils sont ensemble et vont devoir se battre contre deux kaijus pour enfin finir avec une bataille face aux deux chefs martiens ressemblant à des méchants de Sentai rasta. Le combat est absolument interminable et va mettre les nerfs de n’importe quelle personne à rude épreuve. De quoi finir en beauté cette deuxième nuit excentrique.

 

Kubo et l’Armure magique, un film de Travis Knight : Critique

Avec Kubo et l’Armure magique, le studio Laika signe sa quatrième et clairement sa plus ambitieuse production à ce jour. Réalisé par Travis Knight qui vient faire ses premières armes dans le domaine, le film a la folle intention de mélanger le moderne du cinéma d’animation avec l’utilisation de maquettes et marionnettes pour y injecter une dose de old school.

Synopsis : Dans un village littoral du Japon médiéval, Kubo est un jeune garçon vif et généreux qui s’occupe de sa mère. Il gagne sa vie modestement, en racontant des histoires aux autres villageois. Mais cette existence relativement calme se trouve bouleversée lorsqu’il reste dehors un soir, contrevenant aux injonctions de sa mère. Ses tantes sont alors capables de le retrouver. Sa mère se sacrifie alors pour pouvoir le laisser s’échapper, le mettant sur la quête d’une armure magique jadis portée par feu son père, un samouraï légendaire. Armé de son seul shamisen magique, il s’allie avec Madame Singe et Scarabée.

Une grande aventure 

 La majorité de l’oeuvre est donc construite à la main et tournée en stop motion avec quelques rajouts d’effets spéciaux ici et là pour offrir un rendu encore plus authentique et enchanteur. Alors qu’on est dans une époque où il est possible de quasiment tout faire avec un ordinateur, il est admirable de voir ses concepteurs éviter la facilité au profit d’un travail plus gargantuesque et compliqué mais qui se révèle indéniable payant. Kubo est visuellement une merveille. Une prouesse qui se fait parfois trop rare et qui vient mettre au pas une grande partie de la concurrence en terme d’animation. On plonge dans un univers bariolé et majestueux qui sert parfaitement une aventure toute en finesse et sincérité et qui s’impose comme une des œuvres de l’année.

Pourtant, sur son aspect narratif, le film ne dispose que de peu de surprises et se montre même assez attendu. On est dans un récit initiatique des plus classiques où le héros devra apprendre à s’accepter mais aussi à se surpasser. Les révélations sont un peu trop téléphonées et parfois le tout à un rythme un peu trop toussotant, Kubo ayant tendance à ralentir quand il devrait aller de l’avant ou à l’inverse, accélérer quand il devrait prendre son temps. Néanmoins, même si ces quelques défauts empêchent le long métrage de prétendre au chef d’œuvre, ils n’égratignent que très peu son excellence, car en dessous de sa narration se cache un cœur passionnant qui parle avec une justesse effarante du deuil, de la transmission et de l’identité. Plaçant toute l’articulation du récit autour de la mémoire, le film parle de l’importance de se souvenir de ses origines pour mieux les transcender, de se souvenir de ses erreurs pour ne pas les recommencer encore et encore. A ce niveau là, l’œuvre refuse toute concession et n’hésite pas à faire preuve de noirceur et de radicalité, le tout étant difficilement accessible pour les plus petits par moments. Même s’il s’enrobe d’humour bon enfant et feint parfois la naïveté, il ne perd jamais de vue la mélancolie et la sincérité de son propos osant même un final  loin de la morale hollywoodienne et qui brille par son aspect très humble. Il ne cherche jamais à être compliqué dans son récit, mais il arrive à être complexe dans les sentiments qu’il aborde et dans le message qu’il essaie de faire passer. Plus que d’éduquer son personnage principal, le film tente aussi d’éduquer son spectateur avec intelligence et lucidité, élevant ce Kubo au dessus des récents films destinés à la jeunesse.

Les personnages sont assez universels et ne sont ni très originaux ni vraiment mémorables mais ils sont servis par un casting impliqué et talentueux. On retiendra surtout la performance vocale à contre-emploi de Matthew McConaughey, qui est assez hilarante. Rooney Mara est vraiment glaçante dans le rôle des sœurs maléfiques tandis que Art Parkinson incarne avec conviction le jeune héros, Kubo. Mais ici, c’est vraiment dans la manière de mettre en scène ses personnages que le film brille. Il ne se laisse jamais limiter par le fait que ce sont des marionnettes, à tel point que parfois on se pose sincèrement la question de savoir comment ils ont fait tel ou tel passage. La mise en scène de Travis Knight se montre fluide et élégante dans les scènes d’actions, arrivant vraiment à distiller un sens de l’épique assez admirable. Rares sont les films d’animations vraiment capables d’offrir de tels frissons à son audience. Lors des moments plus calmes, on remarque l’aspect saccadé des personnages mais cela donne un charme non négligeable à l’œuvre qui apparaît peut être plus imparfaite mais ô combien plus authentique, surtout que la caméra sait toujours où se placer pour leurs donner un côté majestueux. La direction artistique directement inspirée de la mythologie japonaise est fabuleuse, faisant voyager à merveille son spectateur, et le film peut aussi compter sur une musique envoûtante et une superbe reprise de « While My Guitar Gently Weeps » de George Harrison par la sublime voix de Regina Spektor.

Kubo et l’Armure magique est un excellent film d’animation qui pousse à la rêverie et à la créativité. C’est une œuvre magnifique sur la tolérance, le pardon et le deuil qui s’impose par sa noirceur et son jusqu’au-boutisme, évitant les pièges du cinéma hollywoodien pour offrir une aventure sincère, majestueuse et mélancolique. Il est difficile de ne pas être touché par ce message tout en finesse et d’être impressionné par le travail phénoménal des personnes qui ont œuvré sur ce film.  Même si le tout est légèrement handicapé par un récit classique et déjà vu, c’est dans son cœur que l’ensemble nous émeut surtout qu’il est servi à la perfection par un casting vocal impeccable et une réalisation de toute beauté. Travis Knight est un metteur en scène qui a du talent à revendre et qu’il faudra probablement suivre de près.

Kubo et l’Armure magique : Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=fHAHDV0EUuc

Kubo et l’Armure magique : Fiche technique

Titre original : Kubo and the Two Strings
Réalisation : Travis Knight
Scénario : Marc Haimes, Shannon Tindle et Chris Butler
Interprétation: Art Parkinson (Kubo), Charlize Theron (Singe), Matthew McConaughey (Scarabée), Rooney Mara (Les Soeurs), Ralph Fiennes (Raiden, le Roi Lune) …
Montage: Christopher Murrie
Musique: Dario Marianelli
Producteur : Travis Knight et Arianne Sutner
Société de production : Laika
Distributeur : Universal Pictures
Durée : 102 minutes
Genre: Animation, Aventure
Date de sortie : 21 septembre 2016

Etats-Unis – 2016

Série Zoo Saison 1 disponible en coffret 4 DVD le 4 Octobre 2016

Le coffret 4 DVD de la saison 1 de la série Zoo sort le mardi 4 octobre 2016

Une fable écologique aux scènes spectaculaires, tournée avec de vrais animaux et très peu d’effets spéciaux

Inspiré du Bestseller éponyme de James Paterson, Zoo s’impose comme l’une des séries les plus excitantes de ces dernières années !

Depuis des millénaires, les animaux ont été chassés, dressés, asservis et massacrés par les humains… l’heure est désormais venue pour eux de reprendre le pouvoir.

Aux quatre coins du monde, les animaux se mettent soudainement et sans raison à devenir extrêmement agressifs envers l’être humain. Alors qu’un biologiste américain anti-conformiste (James Wolk, Mad Men), un agent des services secrets français (Nora Arnezeder, Ce que le jour doit à la nuit) et une bloggeuse activiste de Los Angeles (Kristen Connoly, House of Cards) se mettent à enquêter sur le phénomène, ils découvrent que les causes de ces attaques sont bien plus malsaines et meurtrières que le simple instinct animal.

Extraits vidéo :

Plus d’extraits

 Caractéristiques techniques du coffret 4 DVD 

13 épisodes de 45 min

Image : 1.78 –  Ecran : 16/9

Audio : Anglais 5.1, Français, Allemand, Espagnol et Italien 2.0

Sous-titres : Anglais, Français, Allemand, Espagnol, Italien et Néerlandais

Bonus: Le zoo déchaîné : Le making of de la Saison 1 / Des costumes qui déchirent / Le règne animal / Un zoo virtuel : Effets visuels / James et James / Zoo au Comic Con / Les animaux de Zoo / Les animaux du Zoo : réels et imaginés / Bêtisier

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Mondwest, un film de Michael Crichton : Critique

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Si l’on ne devait ne rattacher qu’un seul et unique film au nom de Michael Crichton, ce serait immanquablement une histoire de parc de loisir dont les attractions vont se retourner contre ses visiteurs.

Synopsis : John et Peter vont passer leurs vacances dans le nouveau parc d’attractions à la mode : Delos, où les visiteurs ont le choix de séjourner dans 3 époques (Rome antique, moyen-âge et far-west) au milieu d’androïdes chargés de rendre la fiction réalité. Leur séjour dans l’Ouest sauvage ne va toutefois pas se passer comme prévu.  

Robotic Park

Mais 20 ans avant que Spielberg n’adapte son roman Jurassic Park, Crichton a lui-même réalisé… une histoire de parc de loisir dont les attractions vont se retourner contre ses visiteurs ! Serait-ce là une thématique qui obsède l’auteur-réalisateur ? Il semble que ce soit surtout pour lui un moyen de parler d’un sujet qui lui tient à cœur, à savoir le rapport du public au cinéma. Si la dimension méta-filmique était sous-jacente dans Jurassic Park, elle était bien plus flagrante dans Mondwest  puisque c’est dans des décors de cinéma que l’action se déroule. Le parc tel que l’a créé Crichton se sépare en trois zones, chacune étant dédiée à un univers fortement cinégénique : le film de costume dans un moyen-âge romanesque, le péplum (où les visiteurs recherchent essentiellement la luxure) et enfin et surtout, car c’est là que se concentrera l’action du film, un ouest sauvage typiquement sorti d’un western. Ce rapprochement cinématographique est rendu palpable par le personnage de pistolero incarné par Yul Bryner, qui endosse pour l’occasion le même costume que 12 ans plus tôt dans Les 7 Mercenaires.

En plus de faire le lien avec le passé (historique comme filmique), ce personnage est aussi extrêmement en avance sur son temps, car comment ne pas voir en ce robot froid et impitoyable mu par son unique obsession de tuer sa cible une inspiration pour ce qui sera, 10 ans plus tard, le Terminator de James Cameron ? C’est en cela que Mondwest est un film précurseur et une référence incontournable du cinéma de science-fiction. Les personnages de John (James Brolin) et Peter (Richard Benjamin) représentent quant à eux ce grand public en quête de réalisme et de sensations fortes, et ayant justement pour cela de reproduire la violence vue dans les films. Ils forment un duo qui fonctionne en ce sens que les explications données par le premier aident son ami, et donc le spectateur, à saisir les règles qui régissent cet univers en carton-pâte.

Peinture avant-gardiste d’une société occidentale sacrifiant tout à l’entertainment et à son artificialité, Mondwest souffre toutefois d’un scénario trop mesuré et d’une réalisation cheap.

Les poncifs cinématographiques assurent même implicitement de faire de John, qui apparait le plus imposant physiquement et le plus expérimenté des deux amis, le héros de l’histoire. Mais justement, il n’en sera rien puisque celui-ci sera abattu à mi-chemin, laissant Peter face à son destin. Ce retournement de situation est une brillante idée de la part de Crichton, qui piétine ainsi les innombrables inspirations sur lesquelles repose son long-métrage. Ce surprenant reniement des codes se ressent également dans l’évolution de la bande-originale, qui, dans la partie finale, se teinte de plus en plus des sonorités électroniques, perdant elle aussi en chemin son humanité. De bonnes idées pour illustrer le glissement entre le contrôle et le chaos de cette humanité ayant trop misé sur sa technologie futuriste.

Malheureusement, si ce glissement est parfaitement retranscrit, on pourra regretter qu’il se fasse quelque peu attendre et plus encore que ce qui va en découler n’ait pas le souffle que l’on en espérait. Sans doute est-ce là une limite due à son budget, mais à trop se concentrer sur la partie western de son parc, le scénario néglige l’impact qu’aurait eu l’exploration des autres décors sur cette brillante notion d’anéantissement du passé par le futur. Tout aussi préjudiciable, le parti-pris de s’aligner sur la construction des classiques du genre va lourdement peser sur le rythme, en particulier lors de la course-poursuite finale qui semble durer une éternité, là où Crichton aurait alors gagné à briser alors la dynamique pour chercher son inspiration du côté du film catastrophe. Entièrement centrée sur la fuite de Peter poursuivi par le robot, la dernière demi-heure ne verra jamais son intensité atteindre son paroxysme et s’achèvera dans un duel décevant. Une heure plus tôt, lorsqu’il filmait une bagarre dans le saloon, Crichton nous avait déjà prouvé qu’il n’était pas adroit pour tirer le meilleur profit de ses scènes d’action, mais cela devient plus gênant encore quand celles-ci reposent sur des effets spéciaux, qu’il avait jusque-là évité de trop mettre en avant, et qui –il faut l’avouer– ont depuis fort mal vieillis.

Après une suite intitulée Futureworld en 1976 (qui restera l’ultime apparition de Yul Bryner), Mondwest va connaitre en octobre 2016 une variation en format sérielle. Souhaitons-lui alors de savoir explorer toute la potentialité thématique et visuelle de cette révolte des robots du Parc Delos, et surtout un meilleur destin que la série  Beyond Westworld avortée après 5 épisodes en 1980.

Mondwest : Bande-annonce (VO)

Mondwest : Fiche technique

Titre original : Westworld
Réalisateur : Michael Crichton
Scénario : Michael Crichton
Interprétation : Yul Brynner (le cow-boy-robot), Richard Benjamin (Peter Martin), James Brolin (John Blane)…
Photographie : Gene Polito
Montage : David Bretherton
Musique : Fred Karlin
Direction artistique : Herman A. Blumenthal
Maquillage :
Production : Paul Lazarus
Société de production : Metro-Goldwyn-Mayer
Budget : 1,25 million de $
Récompense : Prix du meilleur film de science-fiction aux Saturn Awards 1975
Genres : Science-fiction, western, action
Durée : 89 minutes
Date de sortie : 27 février 1974

États-Unis – 1973