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Du 8 au 16 Octobre 2016 : Le Festival Lumière illuminera la ville de Lyon !

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La cité rhodanienne s’apprête à accueillir, comme depuis 2009, le Festival Lumière, un événement dédié à la cinéphilie voyant Thierry Frémaux, directeur du Festival de Cannes, saluer, au détour d’une programmation très éclectique (Buster Keaton, Park Chan Wook, Walter Hill) l’immense carrière d’une grande dame du cinéma : Catherine Deneuve.

Après Clint Eastwood, Milos Forman, Ken Looach, Gérard Depardieu, Quentin Tarantino, Pedro Almodovar et Martin Scorsese, place donc à une autre légende du cinéma, mais féminine cette fois : Catherine Deneuve. Celle qui s’est illustrée devant la caméra des plus grands, de Jacques Demy (Les Parapluies de Cherbourg) à Régis Wargnier (Indochine) en passant par Tony Scott (Les Prédateurs), est en effet à l’honneur de cette 8ème édition du Festival Lumière, événement cinéphile niché en plas pays lyonnais qui a, à cœur de lever le voile autant sur des œuvres méconnues que sur de grands classiques. Vu la bonhommie king size de son artisan, Thierry Frémaux (lyonnais pur souche), autant dire qu’on attendait une programmation alléchante. Et c’est peu de le dire puisque le Big Boss de la Croisette a encore régalé ses invités en proposant un listing ratissant large, passant de Buster Keaton à Gaspard Noé, et de Dorothy Azner à Bertrand Tavernier. Des séances en pagaille (Bleeder de Nicolas Winding Refn, Mademoiselle de Park Chan Wook, Le Mécano de la General de Buster Keaton, Driver de Walter Hill, ou Lawrence d’Arabie de David Lean), des master-class audacieuses (Quentin Tarantino, Gaspard Noé, Walter Hill, Park Chan Wook) et plusieurs soirées à regarder de près (La Nuit Bande de Potes, celle sur Park Chan Wook), bref autant dire que la cuvée 2016, forte de 390 séances et 180 films saura être à même de plaire quiconque s’estime un tant soit peu cinéphile.

Festival Lumière : Bande-annonce de l’évènement 

Le Festival Lumière se déroulera du 8 au 16 Octobre 2016 !

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Musique Mr. Robot : l’électro anxiogène et contemporaine de Mac Quayle

La distorsion schizophrénique entre « l’ambient » de Mac Quayle et l’esthétisme froid de Sam Esmail.

Musique Mr. Robot – la BO / Trame sonore / Soundtrack

Mr. Robot est une œuvre singulière dans la sphère télévisuelle. Avec ses atouts cinématographiques évidents, sa tendance à utiliser des thématiques qui retracent tous les recoins de ses épisodes, la série s’avère néanmoins remplie d’influences notables. Alors qu’il aurait pu s’époumoner dans les catacombes de son référentiel, Sam Esmail a su ancrer sa création dans une réalité qui lui est propre. Oui, Mr. Robot parle au cinéma de David Fincher : l’ambivalence entre la schizophrénie et le terrorisme existentiel (Fight Club), le monde asocial de l’informatique et la modernité technologique (Millenium), le changement de statut des relations humaines actuelles (The Social Network et Gone Girl). Mais ce n’est pas tout.

Car ce qui fait la magie des derniers films de David Fincher, provient aussi de sa collaboration avec Trent Reznor et Atticus Ross : où la science visuelle devenue minimaliste du réalisateur américain s’incorpore parfaitement avec les ondes sonores et brumeuses de Trent Reznor. Et pour en revenir à Mr. Robot, il est important de notifier que la composition musicale qui parcourt la série se rapproche nettement du travail du duo Reznor/Ross, mais sans jamais tomber dans le plagiat. Et c’est là toute la beauté, voire toute la qualité de la symphonie prégnante de Mr. Robot. La série s’inscrit idéalement dans la conscience collective et est la représentation adéquate de la modernité artistique : savoir ingurgiter une culture artistique sans pour autant faire du copier/coller.

Au contraire, Sam Esmail et toute son équipe ont su, au fil de deux saisons bien distinctes dans leur traitement, intégrer leurs idées sans phagocyter leur personnalité. Ce travail de démystification commence par la partition de Mac Quayle et son aptitude à pouvoir accompagner les troubles psychologiques d’Elliot, au bord du gouffre psychotique notamment dans la deuxième saison. A l’image de sa bande originale, la série tentera de faire cohabiter ses deux principales intentions : continuer la fabrication d’un récit qui prend la structure d’un thriller policier autour du monde informatique où le FBI poursuivra les membres de FSociety et la démystification d’une narration plus étalée, ambiguë, qui joue sur la psychologie labyrinthique de ses protagonistes.

Pouvant à la fois faire preuve de pragmatisme et tomber dans la paranoïa la plus stridente, les pistes qui peignent les épisodes de Mr. Robot modifient leurs effets en se fondant dans le décor : une électro « ambient » qui répond à la froideur de la mise en scène, les secousses de basses lourdes qui percutent les affres identitaires et aliénants d’Elliot et des mélodies à la rythmique élégiaque montant crescendo qui décomptent le suspense et qui entourent le sort de nos protagonistes.

Tout un arsenal, une variété de style aussi minimale que grandiloquente. Outre la dramaturgie existentielle qui est le sillon préférentiel de la série et qui voit les différentes partitions s’accommoder de cette intimité forcenée, Mr. Robot est aussi un miroir de la société : que cela soit par le biais de son environnement grisâtre ou le sentiment de solitude qui se prolifère comme un malware informatique. Dans ses fondations sonores, Mac Quayle pousse le vice encore plus loin : se fait parfois bruitiste, envoûtant ou même « noisy » dans ses courbures plus cinglantes. Le choix d’une musique électronique pour cartographier cet univers moderne et hypocrite était d’une évidence même, surtout dans ses dispositions à afficher cette prédominance informatique, à cet enfermement analogique et la mélancolie par écran interposée : où une série télévisée devient un consensus entre le cinéma de Fincher, le film Her de Spike Jonze et Hacker de Michael Mann.

La musique de Mac Quayle n’a pas qu’un simple intérêt : certes, l’introspection et la traduction d’émotion est sa force première. D’ailleurs, dans cette faculté à traduire le langage de l’image par l’utilisation de mélodies n’est pas étonnant lorsqu’on apprend que Mac Quayle est le compositeur de la série déjantée American Horror Story et est surtout un collaborateur de l’omniprésent Cliff Martinez et ses compositions luxuriantes. Le hasard fait bien les choses me direz-vous. Sauf que Mr. Robot n’est pas qu’un simple récit initiatique, le récit s’aventure dans le hacking et le piratage informatique, d’où en découlent des enjeux policiers : Mac Quayle adapte ses beats, ses grésillements et diversifie ses instruments (piano, batterie, synthétiseurs) avec des ruptures analogiques. Distorsions sonores, bourdonnement mystérieux, thèmes répétitifs, étirés de manière à étouffer le plus possible : Mac Quayle agence avec minutie son anxiété contemporaine.

Tout comme l’esthétisme de la série, Mac Quayle déchiffre l’immobilisme de l’image mais aussi la mouvance de l’action : suivant la structure dramatique de Mr. Robot, tout en permettant d’aérer les séquences et de modifier la cadence des ruptures de tonalités. Tout comme la série, l’orchestration électronique de Mac Quayle est anxiogène, teintée d’une souffrance dissoute et qui à certaines reprises, atteint des pics d’émotions inattendus. Dans ses nappes électroniques dont certaines accoutumances ressemblent à s’y méprendre à l’ambient de Gas ou The Sight Below, l’architecture sonore de Mac Quayle n’est pas d’une efficacité pop immédiate mais accouche d’une musique d’ambiance qui aurait autant sa place dans un film d’auteur que dans un blockbuster. Outre son thème plus enlevé et épique, l’ensemble est parfois opaque dans ses transitions et demande alors à l’auditeur de s’immerger plus profondément dans des méandres sensoriels qui captent autant l’essence de l’horreur que la torpeur du thriller. Mais le voyage en vaut vraiment le détour. A noter que Mac Quayle a remporté un prix aux Emmys, celui de l’ « Outstanding Music Composition For A Series  » pour l’épisode « hellofriend eps1.0_. mov ».[irp posts= »74765″ name= »Musique The Neon Demon: l’électro robotique et enivrante de Cliff Martinez »]

Musique Mr. Robot Tracklist

Saison 1:

01. 0_1-Hellofriend. Wav (01:16)
02. 1. 0_2-Oneincontrol. Aiff (04:40)
03. 1. 0_3-Fucksociety. Mp3 (02:13)
04. 1. 0_4-M0Rphine. Aac (01:56)
05. 1. 0_5-Pierrerloti. Au (02:59)
06. 1. 0_6-Leavem3Here. Flac (01:20)
07. 1. 0_7-Waitfortheq. Ogg (02:23)
08. 1.0_8-Whatsyourask.M4P (01:38)
09. 1. 0_9-Flipper. Bwf (03:39)
10. 1. 1_1-One6Away. Caf (01:41)
11. 1. 1_2-Wearefsociety. Sd2 (01:32)
12. 1. 1_3-Oneor0. Wma (03:08)
13. 1. 1_4-Hateurself. Ra (03:24)
14. 1. 1_5-Illusionofchoice. Mp3 (04:03)
15. 1. 1_6-Believe-In-Erasing. Au (01:34)
16. 1.2_1-Iwillbecto.M4P (03:12)
17. 1. 2_2-Humanpunchingbag. Aiff (02:49)
18. 1. 2_3-Therealshayla. Wav (02:32)
19. 1. 3_1-Ichosethis. Ogg (01:43)
20. 1. 3_2-Everyrev0Lution. Ra (02:26)
21. 1. 3_3-Betterthanm0Rphine. Aac (03:21)
22. 1. 3_4-Allsafevirus. Bwf (01:55)
23. 1. 3_5-Da3M0Nsneverstop. Caf (02:11)
24. 1. 4_1-Squ4Rewiththeuniverse. Wma (02:57)
25. 1. 4_2-Impenetrable. Sd2 (02:23)
26. 1. 4_3-Billharper. Mp3 (03:53)
27. 1. 4_4-Exploitingtyrell. Wav (02:06)
28. 1. 4_5-Revenge1Syourweakn3Ss. Ra (01:40)
29. 1. 4_6-N0Execution. Au (02:24)

Saison 2:

01. 5_1-Askingthe1Mpossible.M4P (03:18)
02. 1. 5_2-Hackthepolice. Mp3 (03:35)
03. 1. 5_3-Trustyourself. Bwf (03:34)
04. 1. 5_4-Issacsbestmove. Bwf (04:15)
05. 1. 5_5-Mybestmove. Ra (05:04)
06. 1. 5_6-Veraliber4Ted. Aiff (04:10)
07. 1. 6_1-V1Ew-S0Urce. Ogg (02:43)
08. 1. 6_2-A-Way-Out. Wav (03:13)
09. 1. 7_1-Consumatesurvivor. Caf (02:08)
10. 1. 7_2-Darlenesgun. Aac (02:29)
11. 1. 7_3-In0Urgrasps. Ogg (01:49)
12. 1. 7_4-Wh1Ter0Se. Flac (05:10)
13. 1. 7_5-Mrrobot & Tyrell. Wma (02:08)
14. 1. 8_1-Imcrazy. Aiff (05:15)
15. 1.8_2-Mostdangerouscar.M4P (02:46)
16. 1. 8_3-Ch4Ngefromwith1N. Au (04:13)
17. 1. 8_4-Oneconstant. Caf (03:31)
18. 1. 2_3-Therealshayla. Wav1. 9_1-Waltznumber2. Bwf (03:33)
19. 1. 9_2-Wearefinallyaw4Ke. Ra (01:41)
20. 1. 9_3-Johannaphishes. Wav (02:44)
21. 1. 9_4-Forcerobotshand. Sd2 (01:51)
22. 1. 9_5-Urmygod. Ogg (01:48)
23. 1. 9_6-Nothingisreal. Ra (02:48)

Le Ciel Attendra, un film de Marie-Castille Mention-Schaar : Critique

À l’heure où les croyances se heurtent, où les idéologies se fissurent et les sensibilités sont exacerbées, comment parler d’un sujet aussi brûlant que la radicalisation ?

Le Ciel Attendra n’est pas un documentaire. Il ne s’agit pas d’observer tel ou tel individu et de décortiquer ses moindres faits et gestes comme un animal en cage. Il ne s’agit pas non plus de porter un jugement, de choquer ou d’imposer une façon de penser. Le Ciel Attendra est une fiction, et comme n’importe quelle fiction, son but est de raconter une histoire. Des histoires. Celles de jeunes filles, de leurs parents, de leur entourage qui souffre face à l’incompréhension, à la peur et au désespoir.

Synopsis : Sonia, 17 ans, a failli commettre l’irréparable pour « garantir » à sa famille une place au paradis. Mélanie, 16 ans, vit avec sa mère, aime l’école et ses copines, joue du violoncelle et veut changer le monde. Elle tombe amoureuse d’un « prince » sur internet. Elles pourraient s’appeler Anaïs, Manon, Leila ou Clara, et comme elles, croiser un jour la route de l’embrigadement… Pourraient-elles en revenir ?

Marie-Castille Mention-Schaar est une habituée des sujets sensibles et des destins croisés. En 2012, elle réalisait Bowling, son premier long métrage mettant en scène quatre femmes unies pour défendre une maternité sur le point de fermer. En 2014, elle racontait l’histoire vraie d’une enseignante au Lycée Léon Blum de Créteil, décidée à faire participer sa classe de Seconde la plus faible à un concours national d’Histoire, dans Les Héritiers. Deux ans plus tard, la réalisatrice s’attaque au processus d’embrigadement dans Le Ciel Attendra, un film poignant au sujet brûlant.

À cœurs ouverts 

Le rythme du film repose sur trois destins, soumis à une mise en scène énergique à base de cut, contrastant avec la lenteur du processus qui s’opère en chacun des personnages. Le spectateur suit trois personnalités dans leur combat personnel, des êtres froissés, chacun en quête de sens, dont on va progressivement découvrir l’histoire, les accompagnant dans leur intimité.

Sonia est une adolescente qui ne rêve que d’une chose, s’enfuir de chez elle pour retrouver ses « sœurs » et partir en Syrie après une première tentative avortée. Mélanie, jeune fille au cœur tendre et idéaliste tombe dans une relation qui va peu à peu changer sa façon de voir le monde. Sylvie est une femme anéantie par un événement qui semble avoir bouleversé sa vie.

Les personnages de Marie-Castille Mention-Schaar sont des rêveuses, des mains de velours dans des gants de fer, chacune se battant pour une cause qu’elle croit juste, un idéal qu’elle n’arrive pas à atteindre.

Pour écrire et réaliser son film, Marie-Castille Mention-Schaar a fourni un important travail de recueillement de témoignages et de réflexion, tout comme les deux interprètes principales du film, Noémie Merlant et Naomi Amarger, respectivement Sonia et Mélanie dans le film. Une intense préparation perceptible, puisque que l’on sent le sujet maitrisé, du jeu troublant des acteurs à la façon de les mettre en scène et de les filmer.

Un casting aux petits oignons

Pour son troisième long-métrage, la réalisatrice offre à Naomi Amarger son deuxième rôle au cinéma et la jeune actrice épate par son savoir-faire. À ses côtés, Noémie Merlant dont le talent n’est plus à prouver tant les émotions qui l’habitent touchent et dérangent. Une équipe de choc si l’on en croit Marie-Castille Mention Schaar qui ne se sépare plus de ses deux jolies trouvailles. La réalisatrice révèle même avoir écrit le film pour elles. Une belle histoire d’amour qui avait débutée deux ans auparavant lors du tournage du film Les Héritiers, qui avait révélé les deux actrices. Sandrine Bonnaire et Clotilde Courau figurent également au casting et livrent deux performances convaincantes, la première en mère blessée et la seconde en femme perdue en quête de réponses. Zinedine Soualem campe quand à lui l’un des seuls rôles masculins, celui d’un père dépassé par les événements. L’acteur émeut par le trop plein d’amour qu’il peine à exprimer et ses gestes maladroits. 

Un hymne à l’amour

Avant toute chose, il faut partir du principe que Le Ciel Attendra est porteur d’un message personnel et qu’il ne répondra pas forcément à toutes les questions que vous pouvez vous poser sur la radicalisation. Encore une fois, ce n’est pas un documentaire. En revanche, il interpelle et questionne certains termes ou aprioris forgeurs d’un raisonnement parfois un peu trop hâtif, il s’amuse avec les clichés et dévoile l’envers du décors d’un phénomène qui nous est familier sans que toutefois nous en saisissions réellement les mécanismes. Plus important encore, c’est un film porteur d’espoir et surtout d’amour. Et ce n’est peut-être pas plus mal compte tenu des événements récents. On pourrait dire qu’il tombe bien même, puisqu’il qu’il propose des éléments de réflexion sur les heures sombres qui planent aujourd’hui au-dessus de nos têtes. Il nous invite à regarder d’un peu plus près plutôt que de détourner le regard. 

Marie-Castille Mention-Schaar n’a pas froid aux yeux. La réalisatrice a même envoyé une lettre accompagnée de son film au premier ministre, en réponse à une phrase qui l’avait choquée dans l’un de ses discours, à la suite des attentats du 13 novembre. Manuel Valls avait en effet sous-entendu qu’il ne servait à rien d’essayer de comprendre ce qu’il pouvait se passer dans la tête des extrémistes. Une réponse tout en finesse de la réalisatrice, qui n’a pas laissé de marbre le principal intéressé. Qui a dit que la musique était la seule à pouvoir adoucir les mœurs?

Sans jamais tomber dans le larmoyant ou la provocation, Le Ciel Attendra réussit un tour de force en allant jusqu’au bout de son propos, malgré la délicatesse notoire de la tâche et la crainte de langues trop pendues qui pourraient jaser.

Le Ciel Attendra : Bande annonce 

Le Ciel attendra : Fiche technique

Réalisation : Marie-Castille Mention-Schaar
Scénario : Marie-Castille Mention-Schaar et Emilie Frèche
Interprétation : Sandrine Bonnaire (Catherine), Noémie Merlant (Sonia Bouzaria), Clotilde Courau (Sylvie), Zinedine Soualem (Samir), Naomi Amarger (Mélanie Thenot), Sofia Lesaffre (Jamila)
Montage : Benoît Quin
Costumes: Virginie Alba
Décors : Valérie Faynot
Photographie : Myriam Vinocour
Son : Dominique Levert
Montage son : Nikolas Javelle
Production : Marie-Castille Mention-Schaar
Genre : Drame
Durée : 164 minutes
Date de sortie : 5 octobre 2016

France – 2016

Auteur : Yael Calvo

L’Odyssée, un film de Jérôme Salle : Critique

Chaque société a le héros qu’elle mérite, c’est parfaitement ce que parvient à nous démontrer L’Odyssée à travers son portrait du Commandant Cousteau… au risque de ne pas plaire à tout le monde.

Synopsis : 1948, grâce à son invention du scaphandrier, Jacques-Yves Cousteau vit confortablement avec sa famille dans une grande villa au bord de la méditerranée. De plus en plus passionné par la plongée sous-marine, il part en expédition sur son bateau, le Calypso, laissant derrière lui son fils Philippe alors âgé de 9 ans. Une douzaine d’années, lorsque celui-ci retrouve son père, il découvre une figure médiatique loin de l’image d’aventurier qu’il s’en était fait.

Au sombre héros de la mer

Parmi les figures ancrées dans l’imaginaire collectif, et qui méritent un éclairage biographique, Jacques-Yves Cousteau est indubitablement l’une des plus cinégéniques, son parcours ne pouvant pas se faire sans mettre au point un grand film d’aventures. Le projet n’était cependant pas chose aisée, tant un long-métrage consacré au commandant du Calypso aurait pu aisément tomber dans le piège d’une approche hagiographique entièrement axée sur la glorieuse ascension de son héros et le rayonnement de ses travaux, ou à l’inverse de ne se servir de lui que pour offrir de belles images d’exploration sous-marine. Que le biopic ait été réalisé par Jérôme Salle, qui jusque-là n’a signé que des thrillers (même si la qualité de ses adaptations de Largo Winch est loin d’être probante), assure un certain sens du récit, et donc limitait la crainte d’avoir affaire à un film qui se veuille entièrement contemplatif. Pour ce qui est de la vision donnée au personnage de JYC, Salle reconnait lui-même avoir manqué de se fourvoyer dans la « biographie Wikipedia ». Fort heureusement, après qu’ait été fait le choix de donner à Pierre Niney le rôle de Philippe Cousteau, l’importance donnée à ce personnage par le scénario a été repensé. Ainsi est né le parti-pris de L’Odyssée, qui en fait une œuvre surprenante.

Il apparait évident grâce à la scène d’ouverture, conçue comme une douloureuse visualisation par JYC de la mort de son fils cadet, que leur lien sera le cœur du scénario. Mieux encore, dans les minutes suivantes, renvoyant à la fin des années 40, alors que, en bon père de famille, Cousteau initie sa famille à sa nouvelle passion, la plongée, la mise en scène fait apparaitre le jeune Philippe comme le centre de la narration. En veut pour preuve ce plan qui s’ouvre sur une conversation entre le père et un ami mais qui se poursuit par un travelling suivant la course entre ses deux fils. Dès cette première partie, on observe d’ailleurs la performance de Lambert Wilson, qui apparait comme un choix de casting évident tant son physique parvient à se fondre dans son modèle (même si Adrien Brody a longtemps été envisagé). Pourtant, le charisme de l’acteur est tel que l’on aura tout du long du mal à le voir s’effacer derrière son rôle. Dans le rôle de la mère, Audrey Tautou, reste à ce moment-là encore trop en retrait pour que sa performance soit jugée, car c’est dans la transformation, tant physique que psychologique qu’elle subira par la suite, qu’elle brillera réellement.

Le premier tiers du scénario se veut donc pensé comme la préparation par JYC de sa mission d’expédition, pour s’achever par une longue ellipse de plus de douze ans. Jusqu’alors, le film n’a pour unique sujet que la façon dont son personnage principal allait réaliser ses prochains documentaires qui le feront connaitre, mais aussi de très belles images filmées en bateau ou, mieux encore sous la mer. Si le film s’était jusqu’au bout limité à cette approche, le résultat se serait contenté d’être un « film-making-off », doublé d’une dimension inutilement voyeuriste sur la vie privée du Commandant, ce qui n’aurait eu pour effet que de nous faire regretter de ne pas plutôt revoir les images d’archives.

Mais une fois que l’on retrouve Philippe, et que c’est à travers ses yeux que l’on va observer son père, le film va radicalement changer de tonalité vis-à-vis de cette figure sacrée sur laquelle on avait du mal à croire qu’un regard critique puisse être posé de façon pertinente. Dès lors, l’image de l’explorateur est durement égratignée : Egocentrique, manipulateur, mari infidèle… la question au cœur de cette narration est certainement celle de savoir s’il est possible à un homme aussi monomaniaque de cumuler sa passion à son rôle de père de famille. Et c’est à cette question que la métamorphose de sa femme, Simone, passant de la jeune femme enthousiaste, prête à tout sacrifier, en vieille fille aigrie sombrant dans l’alcool, est la réponse la plus frappante.

Il va de soi que cette vision mi-figue mi-raisin d’un personnage aussi emblématique va déranger, voir même froisser certains de ses fans. Mais le film ne s’arrête pas là. Davantage qu’un drame familial centré sur des relations père/fils conflictuelles, L’Odyssée est un grand plaidoyer écologiste. Encore une fois, et même si elles provoquent souvent de violentes ruptures de rythme qui accroissent la durée ressentie du long-métrage, les splendides images subaquatiques, nous laissant voir un écosystème menacé avec une grâce mémorable, ou bien encore celles captées en Antarctique, nous rappellent la beauté précaire de cet univers que JYC a tenu à nous faire découvrir via ses propres films. Si la place de Philippe est importante dans le parcours de son père c’est justement parce qu’il lui a fait partager son engament pour la défense de l’environnement. C’est donc la voie de la rédemption morale vers cette épiphanie idéologique de JYC, que prendra la dernière partie du scénario, assurant ainsi le message militant que viendra parachever le carton final destiné à ceux qui ne l’auraient pas encore compris.

Grâce à une brillante représentation du sentiment de fascination/répulsion que le fils à l’âme aventureuse à pour Jacques-Yves Cousteau, les contradictions de ce dernier sont intelligemment analysées. Ce parti-pris audacieux, ne faisant qu’évoquer ce que le Commandant fit de plus glorieux, n’est certainement pas la meilleure façon de faire découvrir aux plus jeunes ce héros du 20ème siècle, mais est incontestablement un portrait d’homme éminemment approfondi.

L’Odyssée : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=JXR0J5Tn5zk

L’Odyssée : Fiche technique

Réalisation : Jérôme Salle
Scénario : Jérôme Salle et Laurent Turner, d’après le livre « Capitaine De La Calypso » d’Albert Falco Interprétation : Lambert Wilson (Jacques-Yves Cousteau), Pierre Niney (Philippe Cousteau), Audrey Tautou (Simone Melchior Cousteau), Ulysse Stein (Philippe Cousteau à 9 ans)…
Photographie : Matias Boucard
Montage : Stan Collet
Décor : Laurent Ott
Musique : Alexandre Desplat
Production : Olivier Delbosc, Nathalie Gastaldo Godeau, Philippe Godeau, Marc Missonnier
Société de production : Pan Européenne Production, Fidélité Films
Budget : 35 millions euros
Distribution : Wild Bunch
Récompense : César 2017 du meilleur son
Durée : 122 minutes
Genre : Biopic, aventures, drame
Date de sortie : 12 octobre 2016
France – 2016

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L’histoire Officielle, un film de Luis Puenzo : Critique

Malgré une forme un tant soi peu classique, L’histoire Officielle extraie sa force des différents thèmes abordés, tous plus épineux et inhumains les uns que les autres.

Synopsis : 1983 – Alicia, professeur d’histoire dans un lycée de Buenos Aires, mène une vie tranquille et bourgeoise avec son mari et la petite Gaby qu’ils ont adoptée. Dans sa vie professionnelle comme dans sa vie privée, elle a toujours accepté « la version officielle » jusqu’au jour où le régime s’effondre. L’énorme mensonge se fissure, et Alicia se met à suspecter que Gaby pourrait être la fille d’un « disparu ». Débute alors un inexorable voyage à la recherche de la vérité, une quête dans laquelle Alicia pourrait bien tout perdre.

La couleur de la vérité

Dans son récit, Luis Puenzo aborde la torture, les disparus, et principalement les bébés volés aux mères emprisonnés, qui furent ensuite recueillis par des familles proches du gouvernement, et du pouvoir en place. La dimension historique de l’oeuvre fait de L’histoire Officielle un travail de mémoire après la dictature de la Junte. Les argentins tentent d’exorciser leurs démons, désireux de faire de cette sombre période une force pour le futur et l’avenir de leur pays.
Le scénario de Luis Puenzo est un magnifique portrait de femmes, magnifiquement porté par des actrices, et acteurs, au sommet de leur art, avec une mention spéciale pour Norma Aleandro qui s’offre aux spectateurs sous toutes ses coutures, ce qui ne peut que l’embellir et faire de cette battante une héroïne a part entière.

Malencontreusement, malgré les différents prix remportés lors de son exploitation mondiale, L’histoire Officielle peine à s’imposer comme un grand film. Outre l’oubli de cette œuvre par le public, on reprochera au long-métrage de trop jouer et insister sur la corde sentimentale. Luis Penzo vient au spectateur pour lui tirer les larmes, faisant de son film une oeuvre trop sépulcrale, virant parfois même au misérabilisme. La mise en scène est académique et ne peut que rappeler bon nombre de films américains contemporains se contentant de filmer et d’émouvoir sans intégrer une « patte » cinématographique à l’œuvre et à la réalisation. Les nombreux gros plans, qui exhibent les actrices dans toute leur détresse, sont parfois larmoyants, voire pathétiques, ce qui nous éloigne de toute dimension attendrissante qui aurait été désirée. Mais par ces choix techniques et scénaristiques, Luis Puenzo fait de ce travail de mémoire une œuvre accessible, qui tend à se rapprocher du documentaire, car beaucoup apprendront sur ce passé tragique de l’Argentine.

Pourquoi ce titre, L’histoire Officielle ? Luis Puenzo, par son travail de mémoire, fait le choix de mettre au premier plan trois histoires officielles qui furent longtemps remises en cause. Les trois histoires peuvent clairement être distinguées, mais parviennent à former une unité de laquelle le film tire toute sa puissance. A l’histoire retravaillée par de nombreux médias ainsi que par le régime dictatorial se mêle l’histoire enseignée par Alicia, qui devra affronter bon nombre de détracteurs, que sont ses élèves, qui dénigreront et feront tort à de nombreux préceptes. Enfin, Luis Puenzo conte l’histoire personnelle d’Alicia, balisée par de nombreuses incertitudes, des faits biaisés, des prises de conscience et des doutes qui feront de sa vie ordinaire une véritable débâcle, sous une des dictatures les plus terribles que les pays sud-américains aient connu.

L’histoire Officielle : Bande-annonce

L’histoire Officielle : Fiche Technique

Réalisateur : Luis Puenzo
Scénario : Luis Puenzo, Aida Bortnik
Interprétation : Norma Aleandro, Hector Alterio, Hugo Arana, Guillermo Battaglia, Chela Ruiz…
Photographie : Felix Monti
Montage : Juan Carlos Macias
Musique : Atilio Stampone
Direction artistique :
Producteur : Marcelo Pineyro
Sociétés de production : Progress Communications
Distribution (France) : Pyramide Distribution
Récompenses : Oscar du meilleur film en langue étrangère (1986), Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes 1985 pour Norma Aleandro
Durée : 112 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 22 janvier 1986
Ressortie DVD : 5 octobre 2016

L’histoire Officielle a remporté l’Oscar du meilleur film en langue étrangère en 1986 ainsi que le prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes 1985 pour Norma Aleandro.

Argentine – 1985

 

L’histoire Officielle de Luis Puenzo en DVD le 5 octobre

L’histoire Officielle, réalisé par Luis Puenzo, sort en DVD le 5 octobre.

Synopsis : 1983 – Alicia, professeur d’histoire dans un lycée de Buenos Aires, mène une vie tranquille et bourgeoise avec son mari et la petite Gaby qu’ils ont adoptée. Dans sa vie professionnelle comme dans sa vie privée, elle a toujours accepté « la version officielle » jusqu’au jour où le régime s’effondre. L’énorme mensonge se fissure, et Alicia se met à suspecter que Gaby pourrait être la fille d’un « disparu ». Débute alors un inexorable voyage à la recherche de la vérité, une quête dans laquelle Alicia pourrait bien tout perdre.

Réalisateur : Luis Puenzo
Scénario : Luis Puenzo, Aida Bortnik
Interprétation : Norma Aleandro, Hector Alterio, Hugo Arana, Guillermo Battaglia, Chela Ruiz…
Distribution (France) : Pyramide Distribution
Date de sortie : 5 octobre 2016 (en DVD)

L’histoire Officielle extraie sa force des différents thèmes abordés, tous plus épineux et inhumains les uns que les autres. […] La dimension historique de l’œuvre fait du film un travail de mémoire après la dictature de la Junte […] Malheureusement Luis Penzo fait de son film une œuvre trop sépulcrale, virant parfois même au misérable.[…] Les nombreux gros plans, qui exhibent les actrices dans toute leur détresse, sont parfois larmoyants, voire pathétiques, ce qui nous éloigne de toute dimension attendrissante qui aurait été désirée.
Critique à retrouver dans son intégralité ici.

L’histoire Officielle a remporté l’Oscar du meilleur film en langue étrangère en 1986 ainsi que le prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes 1985 pour Norma Aleandro.

Caractéristiques techniques du DVD : DVD-9 – Zone 2 – PAL – Format film 1.85 (16/9 compatible 4/3) – Couleur – Langue : français – Sous-titres : français – Stéréo et 5.1 – Durée : 1h52 minutes

En terme de bonus : Différents documents très intéressants sur la création du film ainsi que sa restauration nous sont proposés : Un scénario sous haute tension • Filmer l’histoire • Les comédiens • Négation et révélation • La restauration du film.

Pour sa sortie en DVD le 5 octobre, L’histoire Officielle se dévoile au public avec des bonus qui nous permettent d’en savoir plus sur le contexte du film, que ce soit du côté de la réalisation ou d’un point de vue historique.

L’histoire Officielle : Bande-annonce

Le Cancre, un film de Paul Vecchiali : Critique

Synopsis : Laurent cherche sa voie, ayant vécu son enfance et son adolescence dans la paresse. Il traverse des moments conflictuels avec Rodolphe, son père : l’un et l’autre sont trop émotifs pour s’exprimer leur tendresse. Rodolphe, autour duquel gravitent les femmes de sa vie, n’a qu’une obsession : retrouver Marguerite, son premier amour…

« Même si, bien naturellement, je ne détiens pas la vérité, je dis ce que je pense. Oui, je trouve le jeu de Daniel Auteuil vide et sans aspérités. Oui, je trouve que le cinéma d’André Téchiné s’assimile à du « copier-coller », qui emprunte beaucoup trop à d’autres cinéastes. Oui, c’est vrai, Patrice Chéreau est pour moi un artiste Canada Dry auquel il manque l’essentiel : l’émotion, la passion…  » Paul Vecchiali (2012 – Corse Matin)

Un pirate à l’oxymore facile

D’origine corse, le cinéaste titré d’indépendant, a commencé, après avoir été diplômé en polytechnique en 1955, auprès des Cahiers du Cinéma et de La Revue du Cinéma dans lesquels il ne cache pas sa passion pour Robert Bresson, Jean Grémillion et Max Ophüls (le cinéma français des années 30). En 1976, avec sa nouvelle maison de production Diagonale, il collabore avec Jean Eustache. Auteur d’une cinquantaine de films, abordant les thèmes du sida, de la sexualité (homo, bi ou asexué), de la peine de mort et de la religion et ami de Jacques Demy, il acquiert déjà la sympathie de François Truffaut grâce à son 2ème long métrage en 1965 Les Ruses du diable.  L’icône de la nouvelle vague déclarera alors que Vecchiali est le « seul héritier de Jean Renoir. » (pourtant, il revendique Renoir, Delannoy, Clouzot ou Guitry comme des fausses valeurs*). Son cinéma est qualifié « d’expérimental », auquel il a toujours préféré le terme de recherche, et a toujours été revendiqué à connotation autobiographique. Vidéaste, réalisateur de documentaires et téléfilms, écrivain, essayiste, auteur et metteur en scène, les casquettes du quinquagénaire sont nombreuses, sans oublier son caractère provocateur. Il se fait appelé Rodolphe, père bougon et célibataire d’un certain Laurent de bientôt quarante ans. Il se met à la recherche des femmes qui ont marqué sa vie jusqu’à retrouver Marguerite, son premier amour.

Ouvrant sur un plan fixe d’une mer aux remous calmes, Le Cancre, sélectionné hors-compétition au dernier festival de Cannes, est décrit par le cinéaste comme « une sorte de train, qui d’année en année, comme de gare en gare, emmène un homme vieillissant mais toujours amoureux ». Privilégiant les plans longs qui exprimeraient mieux, selon lui, les variations de tempérament et la conflictualité. L’homme de nature bourrue et renfrognée (pour avoir échangé avec lui) dégage cependant beaucoup de tendresse. Malgré son incapacité à l’exprimer, il affirme ne rien apposer d’autobiographique dans les thèmes qu’il aborde : « les difficultés larvées des petites entreprises, les rapports d’un père et d’un fils, la vieillesse et ses inconvénients, la fin de vie ». Pourtant, cette Marguerite, qu’il a retrouvé 70 ans après l’avoir aimée, a réellement existé et le film lui est dédié. Malheureusement, Le Cancre, d’une durée excessive, s’enlise dans une « implacable et sournoise » apathie. Comment le chef opérateur a-t-il pu prendre le moindre plaisir à cumuler autant de plans fixes sans d’autres mouvements que des pano suivis ou des travelling lents qui font penser à un exercice universitaire plus qu’à une réelle dynamique dramaturgique ? L’incompréhension est totale, seuls les aficionados de l’artiste trouveront l’enthousiasme à défendre le long-métrage ancré dans un statisme et un jeu d’acteurs propre aux années 30. Les dialogues, subtiles et acerbes, témoignent d’une véritable affection aux textes irrévérencieux d’un René Clair ou d’un Jacques Prévert, Jacques Feyder ou Marcel L’Herbier, mais les coquilles vides que sont chacun des personnages, exceptées Annie Cordy et Edith Scob cumulant 5 minutes d’apparition à elles-deux sur la durée entière, alourdissent le propos et dénaturent l’élan. Quel élan par ailleurs ? Traînant les pieds jusqu’à son propre reflet dans le fleuve, Narcisse a eu le mérite d’être agréablement surpris en se voyant. Faussement nombriliste et d’une poésie ankylosée, l’ennui fait rapidement place à la colère lorsque les deux personnages principaux ne se témoignent que les mêmes attentions, exagérément courtoises.

Le cinéma de Vecchiali ne cherche pas la superficialité d’un quelconque artifice cinématographique et vise, sans pudeur, directement l’essence du geste, de l’intention. Par une rigidité scénique, corporelle et d’intonation, qui causait autrefois l’attachement des premiers films d’Alain Guiraudie ou d’Eric Rohmer, Le Cancre se targue de minimiser les causes à effets. Et le dessein est honnête, trop sincère presque, mais le rendu est austère et disgracieux. L’empathie est annihilée par l’intransigeance de la mise en scène aux accents trop amateurs pour un film de fin de carrière, et par l’incohérence brutale du relationnel. Les relents fantastiques, comiques, « musicalesques » engoncent le motif. Nous ne demandons pas à Vecchiali de nous proposer du Jaoui/Bacri, mais de faire l’effort au moins d’être soi-même atteint par la beauté simple d’un paysage, couché de soleil ou autre détail naturel. Non le détail est inutilement centré sur la bande sonore acousmatique, en inéquation avec l’action, mais retranscrivant l’intériorité du personnage. C’est ainsi que le bruit des vagues revient relativement souvent sur une douleur de tête surjouée ou le tic-tac d’une horloge à pendule pour meubler un besoin sur-signifiant.

Inclinons-nous devant le parcours atypique de cet artiste qui n’hésite pas à inclure des thèmes dits « dérangeants » dans sa gestion de l’espace comme des sentiments. Mais le défi de rester extatique serait une injure. L’homme qui n’aimait rien, sublimant le paradoxe et allant à contre-courant, hors star-system et grosse production, est, cependant il faut l’admettre, un des plus inventifs cinéastes français. Il est déplorable de pâlir devant tant de raideur, un rejet de l’émotion et une théâtralité figée. N’est pas fossoyeur qui veut et déterrer d’anciennes formules sans les actualiser ou du moins les contextualiser est d’une lâcheté extrême. Faire du conventionnel avec de l’inconventionnel, c’est un comble. Encore impossible de statuer sur le génie ou le suranné. Le cancre réussit son pari, avare, rapace et haïssable. Le vieillard sans moyen, ni sans fortune ne touchera que peu de spectateurs. Reste à connaître la raison de ce pied de nez cinématographique…

* Paul Vecchiali, L’Encinéclopédie. Cinéastes « français » des années 1930 et leur œuvre : la passion du cinéma », Le Monde Livres,‎

Le Cancre : Bande annonce

Le Cancre : Fiche Technique

Réalisation : Paul Vecchiali
Scénario : Paul Vecchiali et Noël Simsolo
Interprétation : Catherine Deneuve (Marguerite), Paul Vecchiali (Rodolphe), Mathieu Amalric (Boris), Édith Scob (Sarah), Françoise Arnoul (Mimi), Annie Cordy (Christiane), Françoise Lebrun (Valentine), Pascal Cervo (Laurent), Noël Simsolo (Ferdinand)
Image : Philippe Bottiglione
Montage : Vincent Commmaret
Musique : Roland Vincent
Producteur : Paul Vecchiali, Thomas Ordonneau
Société de production : Shellac Sud, Dialectik
Durée : 116 minutes
Genre : drame
Date de sortie : 05 octobre 2016

France – 2016

 

Tamara, un film de Alexandre Castagnetti : Critique

Même s’il est conçu avec une vraie envie de moderniser le sous-genre, Tamara ne réussit pas à éviter la naïveté inhérente à son propos et au public visé.

Synopsis : Jour de rentrée en seconde pour Tamara, 15 ans. Elle espère que ses complexes liés à son surpoids vont s’estomper mais se retrouve à nouveau sujet de moqueries. Heureusement, elle retrouve sa copine Jelilah, avec qui elle décide de se lancer dans la chasse aux garçons. Elle tombe sous le charme de Diego, le beau gosse de la classe. Le plan drague se transforme en pari compliqué.

T + D = <3

« Grosse », « grosse », « grosse ». Le mot est répété au moins cinq fois dans les premières minutes du film, pour bien s’assurer que le physique un peu potelé de la jeune actrice devienne la caractéristique première de son personnage. Il faut bien admettre que les rondeurs d’Héloïse Martin sont loin du physique ventripotent de l’héroïne des bandes-dessinées de Zidrou et Darasse. Evidemment, son image photoshopée sur l’affiche a fait bondir tous les fans de cette BD culte, alors que, telle qu’elle apparait dans le film, Héloïse Martin ne correspond pas au diktat des canons de la beauté. Et pourtant ses kilos en trop sont trop peu handicapants pour que la voir ainsi qualifiée ne risque de décupler les complexes de nombreuses jeunes filles souffrant réellement de surpoids. Car c’est là le nœud du film : Parler à ces adolescentes mal dans leur peau sans risquer de les froisser. L’adolescence est un passage difficile, cela tout le monde le sait, et en faire un énième long-métrage n’aurait pas eu le moindre intérêt s’il n’avait pas été l’adaptation des aventures de cette célèbre lycéenne dodue. Le pari était donc d’autant plus délicat.

On pouvait légitimement craindre ce passage au format filmique, tant la précédente réalisation d’Alexandre Castagnetti, Le Grimoire d’Arkandias, fut un échec artistique assez inquiétant. Et pourtant, à la condition de fermer les yeux sur ce choix de casting discutable, ce teen-movie n’est peut-être pas aussi rose bonbon que ce que son affiche laisse craindre. Le chanteur de la Chanson du Dimanche a cette fois visé un public un poil plus âgé, et on sent aisément qu’il s’est fait plaisir pour l’occasion. Son goût pour les mises en scène clipesques trouve d’ailleurs sa pleine expression dans la scène d’ouverture, très inspirée des tubes de hip-hop girly. A plusieurs reprises, le réalisateur s’est même autorisé des audaces stylistiques, dont une scène parodiant Gravity ou encore un passage musical dans lequel il se permet d’apparaître dans la peau du chanteur.  Cette envie de liberté par rapport aux comédies romantiques édulcorées pour gamines partageant l’âge de Tamara, on le retrouve aussi le ton des dialogues qui peut parfois être assez cru. Sexe, drogue et omniprésences des réseaux sociaux, Castagnetti a compris comment fonctionne cette génération qu’il dépeint et qu’il vise. Pourtant, malgré ces éléments traités avec un rare réalisme, le scénario ne peut s’empêcher de sombrer dans un grand nombre de clichés.

Autour de Tamara, toutes les figures routinières du film de lycée féminin sont réunies, des petites pestes à la tête à claques en passant par les profs à la fois autoritaires et bienveillants. Il va de soi que le matériau d’origine (dont presque tous les personnages sont assez fidèlement exploités) n’y est pas pour rien, mais sa variation cinématographique ne va faire qu’amplifier leurs traits de caractère les plus stéréotypés. Le cœur même de l’intrigue, qui est la relation amoureuse Tamara et Diego (Rayane Bensetti), reste de bout en bout dans les rails de la comédie romantique la plus classique. Evidemment, cette romance, et les difficultés qu’elle va rencontrer, qu’il s’agisse des jalousies ou du blâme parental qu’elle suscite, a pour finalité de démontrer que ce qu’il y a de plus dur reste de surmonter ses complexes pour assumer sa vie amoureuse et sexuelle, et grâce à l’humour avec lequel il est amené, ce message  parvient à ne pas se faire trop pesant. Dans ce microcosme étudiant, le personnage le plus attachant est très certainement celui de la confidente à la gouaille bien huilé, un rôle ô combien caricatural dans lequel on se plait à retrouver la pétillante Oulaya Amara, la révélation de Divines.

Si le quotidien de ces jeunes souffre quelque peu de la caractérisation poussive de ces personnages secondaires, le film parvient à tisser une seconde histoire d’amour, qui se révèle mieux écrite que celle que vit le rôle-titre. Il s’agit de celle qu’entretiennent la mère de Tamara (Sylvie Testud) et Chico, son nouveau petit-ami (Cyril Gueï). Les thématiques abordées dans cette sous-intrigue assurent le cachet « mature » du film, celui-là même qui devrait lui permettre d’être partagé en famille. Tel est d’ailleurs aussi le but assumé de la présence de quelques comédiens populaires, à commencer par un Bruno Salomone irrésistible dans ses quelques scènes dans la peau du père ultra-narcissique. Finalement, la véritable qualité de cette adaptation est justement d’avoir su s’affranchir du format de la bande dessinée, qui est celui d’une série de gags, pour parvenir à construire une dramaturgie, certes classique mais qui tient la route sur la longueur. A l’inverse, son plus gros défaut est inévitablement celui de beaucoup de films de ce genre, à savoir son extrême bien-pensance. Aucun des sujets abordés ne l’est avec une once de subversion mais ils sont au contraire toujours pensés pour apparaître comme un modèle à son jeune public. Il est ainsi fort probable que les parents se plairont à voir leurs enfants devant un tel spectacle, mais il est difficile d’envisager que Tamara parvienne à séduire des spectateurs plus âgés que ces adolescentes qui se reconnaîtront dans son personnage principal. Un film de niche très limité donc.

Tamara : Bande-annonce

Tamara : Fiche technique

Réalisation : Alexandre Castagnetti
Scénario : Alexandre Castagnetti d’après la bande-dessinée de Zidrou et Darasse
Interprétation : Héloïse Martin (Tamara), Rayane Bensetti (Diego), Sylvie Testud (Amandine), Oulaya Amamra (Jelilah), Bruno Salomone…
Photographie : Yannick Ressigeac
Montage : Thibaut Damade
Décor : Patrick Dechesne, Alain Pascal Housniaux
Musique : Alexandre Castagnetti, Clément Marchand
Production : Gaelle Cholet, Guillaume Renouil
Société de production : Gazette et compagnie
Distribution : UGC
Durée : 100 minutes
Genre : Comédie romantique
Date de sortie : 26 octobre 2016

France – 2016

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Le Ciel Attendra : Rencontre avec la réalisatrice Marie-Castille Mention-Schaar

Rencontre avec l’équipe du film Le Ciel Attendra  (au cinéma le 5 octobre)

Il y a deux ans, Marie-Castille Mention-Schaar présentait son deuxième long-métrage, Les Héritiers, une histoire inspirée de faits réels puisqu’elle racontait la participation de la pire classe de Seconde du Lycée Léon Blum de Créteil, à un concours d’histoire. Deux ans après, la réalisatrice frappe à nouveau du poing et signe Le Ciel Attendra, un récit sur le processus d’embrigadement. Qui peut bien se cacher derrière une telle sensibilité, une telle volonté de dire tout haut ce que l’on ose à peine penser tout bas ? Entourée de ses deux actrices fétiches, Noémie Merlant et Naomie Amarger, Marie-Castille Mention-Schaar livre ses intentions et ses petits secrets de tournage.

« On se tient la main partout où on va »

Les trois femmes entrent dans la salle main dans la main, ce qui interpelle le présentateur de la soirée : « C’est rare de voir arriver l’équipe d’un film qui se tient par la main ».

Marie-Castille Mention-Schaar : « On se tient la main partout où on va, on ne se lâche plus. Ça nous donne de la force ». 

On retrouve dans Le Ciel Attendra, la même équipe et le même casting que dans Les Héritiers (le premier film de la réalisatrice). Ce choix était évident pour vous ?

Marie-Castille Mention-Schaar : « J’avais très envie de retravailler avec Noémie et Naomi. Ce sont deux actrices qui m’inspirent beaucoup. Au départ, je n’avais pas prévu de faire ce film, mais je me suis rendu compte que j’avais envie d’écrire pour elles ». 

Comment s’est déroulé le tournage ? Quelle a été la part d’improvisation ?

Marie-Castille Mention-Schaar : « Je laisse toujours une place à l’imagination. Je me suis inspirée de la façon dont Naomi regarde les gens, comment elle se comporte, comment elle observe. Elle a quelque chose de très personnel et je voulais qu’elle en imprègne le personnage de Mélanie. Chez Noémie, ça se passe plus à l’intérieur. C’est quelqu’un de très généreux quand elle joue. Ça vient des tripes, comme chez Sandrine Bonnaire. Pour les parents, je voulais que ce soit le plus naturel possible, qu’ils s’approprient leur histoire. Je leur ai laissé choisir le prénom de leur enfant, j’en ai marié certains qui allaient bien ensemble. Ensuite, j’ai noté toutes les histoires sur des fiches que j’ai données à Dounia (qui joue son propre rôle dans le film). Elle avait l’impression d’avoir des parents comme elle en reçoit tous les jours dans son métier et eux étaient en mesure de lui répondre ». 

« J’avais envie de parler de filles »

Avez-vous rencontré des jeunes filles qui ont vécu les épreuves que l’ont peut voir dans le film ? Comment vous-êtes vous imprégnées de leurs récits ?

Marie-Castille Mention-Schaar : « Je voulais les entendre dans une parole très libre. Donc je ne me suis pas présentée comme une cinéaste mais comme étant rattachée à l’équipe de Dounia. J’ai écouté leurs histoires et je les ai accompagnées durant plusieurs séances. Je voulais être une éponge. Prendre les regards, les mots mais aussi les silences ». 

Noémie Merlant (Sonia) : « J’ai beaucoup échangé avec l’une des jeunes filles, on a eu un lien très fort. Je l’ai écoutée parler de la vie, de la mort, de la quête de sens. On s’est trouvé beaucoup de points communs. Elle s’est complètement livrée à moi et j’ai trouvé ça très courageux, très beau. Elle m’a expliqué que beaucoup d’entre elles gardent la foi après le processus de dé-radicalisation et je trouve ça très beau. C’est difficile, il leur faut retrouver un idéal qu’elles ont perdu. Elle m’a aussi appris qu’il ne fallait pas faire d’amalgame entre l’Islam et l’extrémisme. Et pour le jeu, une fois que l’on a entendu toutes ces choses, on se sert de ce qu’on nous a donné, de ce qu’on nous a dit, de ce que Marie-Castille nous dit et on y va, c’est parti ». 

Naomi Amarger (Mélanie) : « J’ai aussi rencontré cette jeune fille mais un peu plus tard que Noémie. Je savais très peu de choses sur l’embrigadement, j’avais beaucoup d’a prioris. Là était tout l’enjeu. Je ne comprenais pas comment c’était possible de rentrer là-dedans, je pensais qu’ils s’attaquaient uniquement à des ados fragiles. Je n’arrivais pas à me dire que ça pouvait m’arriver. Alors j’ai lu des livres, regardé des documentaires pour comprendre. Quand j’ai rencontré cette jeune fille, je savais que c’était elle qui allait m’apprendre le processus de prière mais je ne savais pas qu’elle avait été embrigadée, qu’elle avait traversé ce que mon personnage traverse dans le film. Je me suis rendue compte qu’en fait, elle était comme moi ». 

Les jeunes filles que vous avez rencontrées ont-elles vu le film ?

Marie-Castille Mention-Schaar : « Il y a eu une première projection le 5 juin pour une centaine de familles qui avaient été touchées par cette situation ou le sont encore, et une trentaine de jeunes filles que j’avais rencontrées. C’était une séance très spéciale, avec beaucoup d’émotions, beaucoup de larmes. Et malgré toutes les personnalités différentes présentes, elle se sont toutes reconnues dans le film. Elles disaient « C’est moi, c’est mon histoire ». Là j’ai pensé que je n’étais peut-être pas complètement à côté de la plaque ».

La notion de vérité est tellement fragile et vous le faites ressortir à merveille dans le film. Cette chute dans l’extrême qu’est la radicalité. Par contre, vous abordez dans votre film le point de vue de jeunes filles, pourquoi pas celui de jeunes hommes ?  Peut-être dans Le Ciel Attendra 2 [rire] ?

Marie-Castille Mention-Schaar : « C’est drôle, on m’a déjà posé la question et non, il n’y aura pas de 2 sur des garçons [rire]. J’ai envie de faire quelque chose de plus léger. Plus sérieusement, il n’y avait pas de choix à faire. J’avais envie de parler de filles. Je suis maman, j’ai moi-même une fille de quatorze ans et les témoignages que j’ai pu lire sur ces jeunes filles de son âge qui sont parties de chez elles, m’ont plongée en plein désarroi. Je voulais comprendre, pour moi ce ne sont que des bébés. Même avant que j’aie l’idée d’en faire un film, je voulais le comprendre pour moi. Alors j’ai pris contact avec une famille dont la fille était partie en Syrie. Personne n’a rien vu venir. J’avais envie de lui parler, de lui poser des questions, mais elle n’était malheureusement pas là pour y répondre. Ça a renforcé le mystère ». 

Noémie Merlant : « Il y a 40% dans les embrigadés qui sont des filles et 50% sont converties. Finalement elles représentent une minorité. Je trouve ça important d’en parler ».

Marie-Castille Mention-Schaar : « Et puis pour les garçons c’est assez différent. Le processus d’embrigadement  joue davantage sur l’aspect du héros capable de sauver le monde comme dans les jeux vidéos ou les films hollywoodiens. Et puis c’est souvent l’âge où l’on se cherche, on commence à fumer, à boire … DAESH se présente alors comme un rempart contre ses propres vices ». 

« La promesse du Paradis est quelque chose de tellement fort dans tous les récits de ces jeunes filles »

C’est un magnifique film coup de poing. Quel a été l’impact des attentats du 13 novembre sur le projet ?

Marie-Castille Mention-Schaar : « Le tournage a commencé le 16 novembre. Une date pas facile. Le week-end a été difficile pour moi. Je me suis demandé si je n’allais pas tout arrêter. Les filles sont venues et on en a beaucoup parlé. J’avais surtout peur pour elles, de leur faire porter quelque chose de très lourd, pendant mais aussi après le tournage. Et puis je me suis dit qu’il fallait peut être encore plus le faire, pour essayer, quelque part, de changer un peu les choses. Le 16 novembre au matin, comme avant chaque début de tournage, j’ai organisé un « Cercle d’amour ». On s’est tous pris les mains pour partager notre force. Tout le monde savait pourquoi il était là et tout le monde avait l’impression d’être à sa place ». 

Le film est loin du documentaire, il est très beau car il est fait de suggestions. Comme  la relation entre Zinedine Soualem et sa fille.

Marie-Castille Mention-Schaar : « Le personnage de Zinedine Soualem est très représentatif de l’attitude des papas. C’est un papa complètement désemparé, qui a perdu sa petite fille. Il a beaucoup de mauvaises réactions, mais son geste est peut-être le plus beau. Il est là et il sera là demain (en référence à l’une des scènes du film). Face à ces situations, les papas ressentent souvent un sentiment de honte, ce sont de petits animaux blessés. Lors des séances de discussions auxquelles j’ai pu assister, j’ai vu des papas super costauds fondre en larmes. Ce sont souvent les plus émouvants ». 

Comment l’idée du titre vous est-elle venue ?

Marie-Castille Mention-Schaar : « La promesse du Paradis est quelque chose de tellement fort dans tous les récits de ces jeunes filles. C’est quelque chose qui serait mieux que la vie. Pour moi, la vie est plus fort que la mort. Donc le ciel attendra ». 

Le Ciel Attendra de Marie-Castille Mention-Schaar : Bande annonce

Le Ciel Attendra : Fiche technique

Interprétation : Sandrine Bonnaire (Catherine), Noémie Merlant (Sonia Bouzaria), Clotilde Courau (Sylvie), Zinedine Soualem (Samir), Naomi Amarger (Mélanie Thenot), Sofia Lesaffre (Jamila)
Scénario : Marie-Castille Mention-Schaar et Emilie Frèche
Chef monteur : Benoît Quin
Chef costumier: Virginie Alba
Chef décoratrice : Valérie Faynot
Directeur de la photographie : Myriam Vinocour
Ingénieur du son : Dominique Levert
Monteur son : Nikolas Javelle
Productrice : Marie-Castille Mention-Schaar
Durée : 164 minutes
Date de sortie : 5 octobre 2016
France – 2016

Auteur : Yael Calvo

 

Le top 5 des héros de films d’action par la rédaction du MagduCiné

Alors qu’est sur le point de sortir Jack Reacher Never Go Back, suite d’un premier opus sorti 4 ans plus tôt, nous sommes en passe de penser que Tom Cruise désire créer une mythologie autour de son nouvel action hero. L’occasion de demander aux membres de la rédaction quels sont les personnages de héros de films d’action qui les ont le plus marqués.

Les résultats étant très serrés, le Top 5 initialement prévu s’est mué en Top 6, mais les résultats sont révélateurs du système hollywoodien dont la plupart d’entre eux est issue : Outre la parité homme/femme qui est loin d’être respectée, on remarque que les personnages les plus plébiscités ont tous eu droit à plusieurs films. On peut alors se demander si c’est leur popularité qui a poussé les producteurs à leur offrir plusieurs aventures, ou si au contraire leur popularité est le fruit d’une certaine « méthode Coué ». La question reste ouverte, mais ne doit gâcher notre plaisir de profiter de ces films musclés.

Le top 6 des héros de films d’action selon la rédaction :

1/ James Bond (incarné par Sean Connery, George Lazenby, Roger Moore, Timothy Dalton, Pierce Brosnan et Daniel Craig dans la saga éponyme) : Crée en 1953 sous la plume de l’auteur britannique Ian Fleming, James Bond, connu sous son matricule 007, lui indiquant qu’il a l’autorisation de tuer, est un agent secret britannique prêt à tout pour son pays et sa reine. James Bond est un homme sûr de lui, à l’humour très british, plein de charmes et de ressources. Capable aussi bien de neutraliser un python royal avec un stylo que d’empêcher une guerre mondiale en se transformant en ninja, James Bond s’adapte à tous les terrains, de la jungle aux casinos, et même l’espace. A l’aise aussi bien avec ses poings quand il s’agit d’affronter des colosses aux dents d’acier qu’avec sa bouche lorsqu’il est question de jolie jeune femme. James Bond est au final un archétype du mâle alpha. Maintes fois copié et parodié mais jamais égalé, 60 ans après il continue de faire rêver petits et grands.

2/ Néo (incarné par Keanu Reeves dans la trilogie Matrix) : Neo est comme nous. Ok, c’est un hacker de génie, mais il reste un citoyen lambda, soumis à l’hégémonie d’une dictature : la Matrice, entité virtuelle qui contrôle tout. Ni musclé, ni très charismatique, ce geek ordinaire sommeille en chacun de nous. Un jour, sa vie bascule lorsqu’il est désigné comme l’Elu par Morpheus, le chef de la révolution clandestine. S’en suit pour Neo un long processus de réadaptation : renaissance, remise en cause de sa perception du réel et parcours initiatique semé d’embûches sont au programme de son entraînement, âpre et difficile. Car oui, Néo est humain : il ne devient pas un badass du jour au lendemain. C’est en cela qu’il s’impose comme le meilleur héros d’action : il ne se bat pas avec son physique, mais avec son mental. Allégorie christique, il est spirituel, connecté à des dimensions ésotériques qui nous dépassent. Néo est un Maître, un guide, un sage : tout sauf un bourrin.

3/ John McClane (incarné par Bruce Willis dans la saga Die Hard) : Dans la course survoltée des séries B et autres films d’action des années 80-90, il est évident que John McClane occupe une place d’honneur, voire la tête du podium. Figure iconique de la saga Die Hard, il a participé à ces films ayant aussi bien redéfini les codes du cinéma d’action qu’entretenant au fil des années une image d’œuvre culte, le premier et troisième film en tête, le deuxième et quatrième étant des opus simples mais efficaces (nous zappons volontairement le dernier volet). Flic tenace et vulnérable, maniant aussi bien l’ironie que les armes, il possède toutes les caractéristiques de l’anti-héros sans pour autant complètement revêtir cette image. Souvent blessé (pieds en sang et hectolitres d’hémoglobine sur son marcel blanc…), alcoolique et dépressif avant de sombrer dans les difficultés de la vieillesse, sa riche personnalité en fait un des meilleurs héros de sa génération. Yippee ki yay motherfucker !

4/ Ethan Hunt (incarné par Tom Cruise dans la saga Mission Impossible) : A l’origine, Mission Impossible est une série télévisée américaine diffusée sur le réseau CBS entre 1966 et 1973. Mais il n’y a jamais été question d’un personnage nommé Ethan Hunt. Le personnage incarné par Tom Cruise fait sa première apparition dans l’adaptation cinématographique de la série par Brian de Palma en 1996. Vingt ans et cinq films plus tard – réalisés par des cinéastes aussi talentueux que John Woo, J.J. Abrams, Brad Bird ou Christopher McQuarrie- Ethan Hunt s’est rapidement imposé dans l’imaginaire collectif comme le pendant américain de James Bond. Il incarne autant le courage, le charisme, la justice et la virilité que 007. De plus, Ethan Hunt fascine de par les performances relatées de Tom Cruise, qui veille toujours à effectuer lui-même ses cascades (l’escalade à mains nues dans le deuxième opus, la scène du Burj Khalifa dans Protocole Fantome). La sixième aventure de l’agent du FMI est prévue dans les salles pour l’été 2017.

5 / Batman (incarné par Adam West, Michael Keaton, Christian Bale, Ben Affleck et d’autres dans divers films) : Sous sa cape et son masque noirs, dans sa batmobile ou en compagnie de Robin et d’Alfred dans sa batcave, Batman est incontestablement le meilleur héros de cinéma. Malgré une incapacité de voler, contrairement à son comparse Superman, Batman s’impose par son charisme, sa force et sa voix grave, reconnaissable entre mille. Impossible de rester insensible face à cette puissance et cette malice qui composent ce personnage haut en couleur. Car oui, Batman n’est pas qu’un simple héros, c’est aussi un être rongé, blessé, mais toujours vaillant, prêt à tout pour venir à bout de ses problèmes, notamment du Joker, personnage cruel et singulier du microcosme de Batman. Enfin, si l’on prend tant de plaisir à découvrir de nouveaux opus avec ce héros, c’est parce qu’il est toujours remarquablement interprété, et il parvient sans cesse à se renouveler.

6/ Ellen Ripley (incarnée par Sigourney Weaver dans la saga Alien) : Ripley, c’est la super-woman malgré elle, une icône féministe qui incarne depuis 30 ans la plus badass des héroïnes d’action movies. Ce statut de héros, elle l’a acquis progressivement au fil des épisodes, passant du mode Survivor dans Alien : le Huitième Passager au rôle de meneuse façon Rick dans The Walking Dead. Et c’est parfaitement normal : le lieutenant Ripley est une guerrière ! Courageuse, intelligente, pragmatique, elle réagit à l’instinct. Et elle connaît la bébête mieux que personne car elle a tissé un lien particulier avec l’Alien, charnel, maternel presque. Dans Alien : la Résurrection, Ripley se mue finalement en super-héroïne aux pouvoirs méchamment corrosifs. Mi-Alienne, mi-humaine, la warrior évolue un peu comme Alice dans Resident Evil. Mais qu’en sera-t-il dans le prochain épisode sachant que Blomkamp a choisi d’ignorer les deux derniers films pour redonner à Sigourney le rôle d’une Ripley plus authentique ?

Ils auraient pu y être : Jack Slater (Arnold Schwarzenegger dans Last Action Hero), Nicolas Angel & Danny Butterman (Simon Pegg & Nick Frost dans Hot Fuzz), Beatrix Kiddo (Uma Thurman dans Kill Bill), Snake Plissken (Kurt Russell dans New York 1997 et Los Angeles 2013), Jason Bourne (Matt Damon dans la saga éponyme), Kevin Chan Ga-Kui (Jackie Chan dans Police Story)…

 

Des premières images pour Saw 8 Legacy ?

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Saw 8 Legacy : Des mystérieuses photos d’un cimetière sèment le doute chez les fans !

L’annonce avait réjoui les nombreux fans de la saga et les amateurs de cinéma de genre : l’officialisation d’un huitième épisode à la saga Saw, initiée en 2004 par James Wan. Si on pouvait douter d’une telle annonce, notamment avec des échéances sans cesse repoussées, l’annonce des dates de tournage par le studio IATSE 873, l’un des studios de tournage les plus prisés à Toronto, a fini de convaincre les cinéphages. De même, une paire de réalisateurs est confirmée pour le projet, en l’occurrence Michael Spierig et Peter Spierig, deux frères ayant brillé derrière la caméra avec Undead (2003), Daybreakers (2010) et Predestination (2014). Alors que le projet est en phase de tournage, Bloody Disgusting, un site internet spécialisé dans le cinéma d’horreur, s’est vu identifier sur deux étranges photos, qui serait en lien avec le long métrage, attendu pour le 27 octobre 2017 aux États Unis. Attention Spoilers !

Souvenez vous, en 2006, Lionsgate nous dévoilait Saw, troisième du nom, créant un buzz monstre en France suite à une interdiction aux moins de 18 ans. Suite au jeu de massacre de Jigsaw, le fameux croquemitaine surnommé le Tueur au Puzzle, mourrait des mains de Jeff, la victime principale, clôturant (d’une certaine manière) ainsi le jeu en place. Bien entendu, si on connaît la suite, on ne saurait infirmer cette dernière info mais ce qui nous importe ici, c’est la mort de John Kramer, aka Jigsaw. En effet, les photos distribuées sur Twitter représentent un cimetière tout ce qu’il y a de plus banal. Cependant, on aperçoit une tractopelle, en pleine exhumation d’un cercueil et si on observe de plus près, on distingue le nom de John Kramer, le fameux Tueur au Puzzle.

Hoax ou non, en tant que fan de la saga, ces photos ne peuvent que nous réjouir et relancent l’idée d’un tournage imminent, voire même que ces images proviennent des studios de tournage. Une date de sortie a également été officialisé par Lionsgate, pour le 27 octobre 2017 aux États Unis et probablement le 1er novembre 2017 en France. Dans un cinéma d’horreur aujourd’hui très puritain voire aseptisé à l’excès par logique économique, le retour aux sources d’un horreur viscéral et gore paraît libérateur. Peut être s’agira t-il d’un renouveau d’un cinéma de genre plutôt terne ces derniers temps, réponse dans un an.

A l’étrange festival, rencontre avec Marcus Dunstan

Interview : Marcus Dunstan, réalisateur de The Neighbor

Il est des occasions qu’on ne rate pas, et l’Étrange Festival est une excellente opportunité pour rencontrer certains cinéastes qui font le cinéma de genre. Depuis qu’il a signé le scénario de la plupart des épisodes de la saga Saw, Marcus Dunstan est devenu une figure importante de la scène horrifique américaine. Un talent qui ne s’arrête à l’écriture puisqu’il a prouvé avec son dyptique The Collection / The Collector sa maitrise pour installer des ambiances malsaines et angoissantes. Alors qu’il vient, pour la première fois, à Paris nous présenter son troisième film, The Neighbor, l’équipe de CineSerie-Mag a rencontré ce nouveau maitre du huis-clos d’épouvante.

« Je voulais avoir l’opportunité de reprendre tout ce qui a marché auparavant ! »

Alors Marcus, tu es heureux d’être ici, à l’Étrange Festival pour présenter votre nouveau film ? 

interview-marcus-dunstanMarcus Dunstan : Oui évidemment. Pendant la projection, j’étais au fond de la salle et lorsque le générique de fin s’est lancé et que j’ai entendu les applaudissements, je me suis empressé d’envoyer un message à Alex, l’actrice principale, à Josh Stewart, aux producteurs, à la bande qui a fait la musique pour leur dire « Oh mon dieu ! Paris vient juste de faire une ovation ». C’était incroyable! C’est vraiment une expérience unique et je suis vraiment chanceux et reconnaissant.

Dans The Neighbor, il y a tout une intrigue sous-jacente à propos d’individus qui en kidnappent d’autres pour de l’argent et qui est un point de départ intéressant pour une nouvelle saga. Est-ce que tu as l’intention d’explorer plus en profondeur cette piste ?

Marcus Dunstan : Ce que j’ai aimé c’est que l’on s’est vraiment restreint à penser ça comme un thriller et pas comme un film d’horreur. Cela met en place  le mécanisme de cette famille qui fait ces vidéos, qui demandent ces rançons et qui commettent ces crimes. On leur a donné du temps à l’écran. Pas beaucoup, mais c’était très bien. Je me suis dit que ça pouvait être aussi effrayant qu’intense tout en paraissant réaliste et proche du documentaire. C’était cool, et maintenant qu’on a ouvert cette histoire, qu’est-ce qu’on pourrait faire par la suite ?

Tu pourrais faire un spin-off sur ces individus !

Marcus Dunstan : C’est possible. Mais la question aujourd’hui c’est de savoir une suite ne ressemblerait pas trop The Strangers de Bryan Bertino. Mais retrouver John et Rosie, les personnages principaux, cernés quelque part, peu importe où ils sont, je trouve ça assez génial (rires). Donc pourquoi pas ?

Il y a beaucoup de points communs entre ton nouveau film et les précédents, The Collection et The Collector. Est-ce une autre façon d’explorer ton univers ou est-ce, qu’au contraire, tu veux en explorer un nouveau, à présent en pleine Amérique profonde ?

Marcus Dunstan : Pour ce film, je voulais avoir l’opportunité de reprendre tout ce qui a marché auparavant, comme Josh Stewart et Charlie Clouser, le compositeur, et ensuite voir si on pouvait ajouter quelques nouvelles choses ici et là. On voulait la même tension mais avec une approche plus réaliste et humaine. Le côté Tex Avery avec les pièges, les mécanismes et l’ultra violence, est cette fois plus en arrière-plan. Le tout apparaît plus terrifiant car ça parait réel. C’est un couteau suisse contre une machette ou un bâton contre une arme à feu (rires).

Donc tu penses que ce réalisme est plus terrifiant qu’une violence plus graphique ? 

Marcus Dunstan : Oui absolument. C’est terrifiant parce que cela touche tout le monde. Par exemple, si tu montres à un public un homme qui se fait couper le bras, c’est quelque chose qui ne touchera pas tout le monde. Par contre, si tu leur montres quelqu’un qui se coupe avec une feuille de papier, il y aura une réaction car c’est quelque chose que tout le monde a vécu. La première option est juste gore alors que la seconde est terrifiante car les gens pourront partager le ressenti.

Dans tes trois films, tu as développé une approche intéressante du home-invasion, loin des clichés. Tu donnes la possibilité à tes protagonistes de riposter face à leurs agresseurs, au point de brouiller la ligne entre les victimes et les tortionnaires. Pourquoi est-ce si important pour toi de mettre tous tes personnages sur un pied d’égalité ?

Marcus Dunstan : Parce que je trouve ça assez rafraîchissant. D’habitude dans les films d’horreur il y a toujours cet adulte au code moral brisé qui s’impose en une sorte de « punisher » pour donner une leçon aux gens, leur apprendre à être reconnaissant. C’était le cas de Jigsaw dans la saga Saw. Dans le cas de The Neighbor, j’étais plus intéressé par les nuances de gris chez les gens. Et je pense que de toute façon, quand quelqu’un va au cinéma, il ne veut pas voir une personne normale vivre une journée ordinaire, mais des impulsions assez noires, des choses qui dépassent leurs espérances et le sentiment d’être renforcé à chaque fois qu’ils décident de faire le bien au lieu du mal. Ici, c’est une histoire à propos d’individus qui font de mauvaises choses donc ils se disent qu’ils devraient y jeter un œil ! (rires). Et en plus j’aime ça parce que cela donne aux acteurs plus de matière à explorer.

C’est pour ça que tu as mis cette scène prégénérique qui rend plus difficile l’empathie pour les protagonistes ?

 Marcus Dunstan : Exactement. Il y a tout un processus où on voit ses personnages se faire du souci pour cette femme au début, car elle a un enfant donc ils ne peuvent pas juste la laisser partir blessée, ils se doivent de la soigner. Mais on voit la colère de Josh, il est très doué pour jouer ça. Dans la vraie vie, il est aussi père donc il comprenait la nuance entre la colère de son personnage et la compréhension. C’était vraiment inspirant. Dès cette scène on comprend leur code moral, ils ne sont pas des gens biens mais ils veulent juste en avoir fini avec leurs ennuis et mettre tout ça derrière eux.

« Quand quelqu’un va au cinéma, il ne veut pas voir une personne normale vivre une journée ordinaire, mais des impulsions assez noires »

Tu donnes une vision assez étrange du Midwest, où tout le monde est capable du pire pour protéger sa famille. Est-ce qu’ils te font peur ou est-ce au contraire la marque d’un profond respect pour ces gens ?

Marcus Dunstan : Bien sûr que j’ai du respect pour eux, le Midwest c’est de là que je viens ! Pour rendre ses personnages plus efficaces il fallait qu’ils aient un petit peu de moi, dans le bien comme dans le mal. Du coup, ils ont des réactions disproportionnés à une situation cauchemardesque, ils se battent pour défendre leurs vies et si quelqu’un fait du mal à leurs mères, ils sont près à renvoyer l’ascenseur. C’était essentiel pour les rendre authentiques. Dans un film comme Massacre à la tronçonneuse, tu peux difficilement d’identifier avec les membres de la famille alors que là, le spectateur peut comprendre les personnages car on peut tous se reconnaître dans « Pourquoi tu as tué mon petit frère ? Il ne t’avait rien fait ». Ces choses peuvent te rendre fou.

Le leitmotiv entre tes trois films c’est ces gens qui en enferment d’autres chez eux. D’où te vient ce goût pour des personnages aussi horribles ?

Marcus Dunstan : Je pense souvent à ces araignées qui coincent leurs proies dans leurs filets et les laissent attachés avant de les manger. Quand j’ai fait The Collection, j’imaginais ce qu’une des victimes pouvait ressentir en voulant sortir de ce piège et rejoindre son propre chez soi. C’est une image effrayante qui m’est resté puisque dans The Neigbor c’est un peu le chemin inverse qui est fait, celui de personnages qui, fascinés par le mal, se plongent dans le piège des criminels.

Et quand tu as choisi le titre The Neighbor, tu pensais plutôt à John ou à Troy ? Après tout, ils sont tous les deux le voisin de l’autre… 

Marcus Dunstan : C’est intentionnellement vague. Au final de quoi parle le film ? Du voisinage et de ses secrets, de ne pas juger l’honnêteté de ton voisin à travers la tienne. Le mal vit à côté de nous, tout comme on vit tous les uns à côtés des autres. Pourquoi on s’isole ? Pour que ce que l’on fait chez soi ne soit pas vu de tous. Dans ce cas précis, ce sont des personnes qui se cachent dans le noir, mais en observant leur voisin, ils commencent à se demander si le mal de l’autre n’est pas pire que le leur.

Ce sentiment de paranoïa, de penser que le mal puisse être si près de soi, n’est-ce pas ce qui est finalement le plus effrayant dans ton film?

Marcus Dunstan : C’est ce que j’ai voulu faire ressentir à travers les personnages. Ils se savent mauvais car ils participent à un trafic de voitures volés, mais ils en oublient que le mal peut toujours être pire. Les gens se cachent souvent derrière leur propre vice, comme une barrière pour s’interdire de mesurer celui des autres… mais pas moi ! (rires)

Que penses-tu faire pour tes prochains films?

Marcus Dunstan : En ce moment j’écris, beaucoup même. J’ai un projet assez cool qui s’appelle Metronome pour Colin Trevororw, le réalisateur de Jurassic World et du prochain Star Wars épisode 9. C’est un projet qu’il a conçu avec Joel Silver et je travaille dessus pour lui. Je vais me concentrer dessus pendant quelque temps et on verra où ça nous mènera, c’est un mélange de science-fiction, d’action et de thriller. Je viens juste de signer aussi pour adapter une grosse franchise de fantasy mais je vais attendre que tout soit en ordre avec les contrats avant de l’annoncer et je pense que ça pourrait vraiment être différent de tout ce que j’ai fait jusqu’à présent. Et en tant que réalisateur, il y a un projet très personnel que j’aimerais faire. J’y tiens énormément car il est basé sur ma famille. Il provient d’un souvenir de famille et c’est presque ce qu’il y a de plus terrifiant pour moi (rires). Ce serait vraiment bien si j’avais la possibilité d’en faire quelque chose.