La série humoristique H qui avait révélé au grand public dans les années 1990 le talent des comédiens Eric Judor, Ramzy Bédia, et Jamel Debbouze pourrait bientôt revenir sur le petit écran. La chaîne Canal + serait susceptible d’accueillir le programme à nouveau.
Diffusée à la fin des années 1990, la sérieHpourrait revenir sur la chaîne cryptée. C’est du moins le souhait de Jamel Debbouze. Il travaillerait actuellement sur un projet de fiction qu’il souhaiterait proposer à Canal +. H a été diffusée de 1998 à 2002 pour un total de 71 épisodes sur 4 saisons. Le programme avait été créé par Kader Aoun, Eric Judor et Xavier Matthieu. Cette sitcom se déroulait dans les couloirs d’un hôpital. La série H réunissait Jamel Debbouze, Eric Judor, Ramzy Bedia, Sophie Mounicot, Catherine Benguigui, Jean-Luc Bideau, Edgar Givry et Linda Hardy.
De nombreuses guest stars ont fait leur apparition dans les épisodes des différentes saisons de H. On compte notamment parmi les plus mémorables Thierry Henry, JoeyStarr, Philippe Vandel, Bruno Solo, Pierre Palmade, Christine Ockrent, PPDA, Luis Rego, Bruno Gacio, Pascal Elbé, Mouss Diouf, Lorànt Deutsch, Jérôme Bonaldi, Richard Bohringer, Vincent Desagnat, Richard Gotainer ou bien encore Gérard Darmon.
La nostalgie de Jamel Debbouze pour H, la série mythique des années 1990
Lors d’un entretien réalisé avec la rédaction de Média +, l’humoriste Jamel Debbouze s’est confié sur cette série culte. Il rêverait de voir le programme revenir dans une suite sur les antennes de Canal+.
J’ai très envie de faire i, la meilleure série après H. J’aimerais en effet revenir dans une sitcom, accompagné par tous les talents que j’ai pu rencontrer ces dernières années et qui sont très drôles. Je n’ai pas encore présenté le projet à CANAL+, mais ça ne saurait tarder.
H était calqué sur les tournages des séries humoristiques américaines comme Friends ou Seinfeld. Lors des épisodes mythiques des années 1990, Jamel ainsi qu’Eric et Ramzy jouaient face à un public avec des rires authentiques. Jamel s’est replongé dans ses souvenirs lors de ses confessions à Média+ sur cette expérience unique de tournage de la série H à l’époque :
Nous tournions en public, nos prestations étaient transcendées. Les rires n’étaient pas du tout rajoutés, ils sont réels. C’est une expérience qui me réveille encore la nuit. H ne m’a jamais quitté et la suite est déjà dans mon esprit.
Jamel Debbouze a tenu à saluer l’ancien directeur de Canal +, Alain De Greef, pour cette idée de génie et le courage à l’époque d’avoir pu permettre au programme de se développer sur Canal + :
La grande idée d’Alain De Greef à l’époque, a été de mettre Eric et Ramzy, Jamel Debbouze, Catherine Benguigui, Sophie Mounicot, Jean-Luc Bideau dans le même bocal.
Le générique emblématique de la série H a été composée par DJ Abdel. Ce titre qui est resté dans toutes les mémoires pour ces onomatopées contient un sample du morceau Person to person du groupe Average White Band. Le groupe de rap EPMD a fait une chanson Richter scale sur cette instru hip-hop.
Aucune date n’a encore été communiquée pour un retour éventuel de la suite de H, intitulée i donc. Jamel Debbouze devrait bientôt présenter cette série à la direction du groupe Canal +. Espérons pour les fans de H que Vincent Bolloré apporte sa confiance à Jamel avec ce projet ambitieux. La grille de Canal + pour 2017 et 2018 pourrait ainsi retrouver un rythme de croisière avec des programmes humoristiques : la nouvelle version des Guignols de l’Info, Groland toujours bien vivant, de nouvelles saisons de la série WokinGirls et dorénavant cette suite possible de la série H, i.
H reste célèbre pour l’éclosion des talents de Jamel et du duo Eric et Ramzy, pour un grand nombre de répliques cultes ainsi que des situations dantesques et ubuesques dans lesquelles les personnages principaux se retrouvaient plongés.
Cette nouvelle série pourrait se passer éventuellement dans un autre lieu qu’un hôpital et le casting risque d’être fortement remanié.
Les déclarations choc de Jean-Luc Bideau sur l’envers du décor de la série H
La présence de Jean-Luc Bideau pour ce grand retour de H pourrait être d’ailleurs compromise. L’acteur qui jouait à la perfection le professeur Strauss complètement loufoque s’était en effet lâché dans une interview accordée il y a quelques années à Street Press. Il n’avait pas hésité à balancer quelques secrets de tournage qui ne mettaient pas vraiment en valeur Jamel Debbouze et Ramzy Bédia :
Vous savez ils étaient très durs les trois infirmiers (Jamel, Eric et Ramzy, ndlr). Ils venaient de la banlieue et tout… Pas Eric ! Eric c’est un mec assez littéraire qui a une licence d’anglais et d’allemand. Mais sinon… Ce qui m’a le plus tué c’est : « T’es une caillera, j’vais te fonceder ». T’es une racaille, je vais te défoncer ! Pendant une semaine, ils me disaient ça. Je ne comprenais pas et ils étaient morts de rire ! Mon autre souvenir, c’est que je me demandais comment faisaient les réalisateurs pour les supporter. Les mecs étaient impossibles. Ils arrivaient le lundi et jetaient leurs feuilles en l’air : « Merdique, merdique, merdique, merdique. » On voyait les mecs qui avaient passé la nuit à écrire les scénarios qui blêmissaient… Terrifiant. On a eu énormément de réalisateurs. Ils se cassaient car ils n’en pouvaient plus. Et les invités aussi ! Ils ne comprenaient rien ! Les pauvres ! Les acteurs de boulevard d’habitude très habiles, face aux trois, ils devenaient incapables ! J’étais sidéré de les voir marmonner… « Heuuuu … » Ils n’y arrivaient pas ! Et on perdait du temps, merde ! On était tendus !
Toujours dans cet entretien accordé à Street Press, Jean-Luc Bideau a confié son malaise sur le tournage. Le professeur Strauss était au bout du rouleau sur le tournage et a exposé certains éléments sur les coulisses qui rappelle combien H relevait du miracle pour une production française à l’époque :
Moi j’ai demandé à réduire mon nombre d’épisodes. Je n’en pouvais plus, c’était insupportable. Ça commençait vraiment à être chiant. Ils déconnaient les trois ensembles avec un univers qui est à eux et qui n’est pas le mien. A un moment donné, ça va ! Et puis le rythme…. Tout allait tellement vite, il y avait 5 caméras. Pour gagner du pognon et faire chaque épisode au plus vite ! Le problème c’était d’être au même niveau d’énergie que les trois. Terrible ! Ils sont terribles ces gars ! Mais tout le temps, tout le temps ! Ça instaure un climat… Et puis Jamel avait pris sa sœur pour être habilleuse, mais elle était incapable de coudre… Il avait un autre frère, Momo, qu’il avait nommé producteur qui ne faisait que des conneries…
La femme de l’acteur était visiblement encore plus véhémente que son comédien de mari, Jean-Luc Bideau :
Le plus dur, c’était pour ma femme. Mes enfants m’ont dit: « Bonnard papa ! Vas-y ! » Ma femme n’aimait pas. Elle est très littéraire, elle voudrait que je ne fasse que des films… Vous ne connaissez pas le cinéma suisse de mon époque ? La Salamandre, L’invitation ? Des films qui ont fait des tabacs ! Après j’ai fait des trucs qui n’en valaient pas la peine, et ça, ma femme ne le supporte pas. H, elle n’aime pas du tout. Ça l’irrite que ce soit un sujet d’interview ou que dans la rue les gens m’arrêtent en m’appelant Strauss.
Espérons donc que Jamel et Eric et Ramzy arrivent à convaincre Jean-Luc Bideau d’enterrer la hache de guerre le temps d’un caméo pour le possible retour de H sur Canal + dans les années à venir.
Les prochains projets de Jamel Debbouze
Jamel Debbouze devrait remonter sur scène dans les mois qui viennent. L’humoriste a récemment produit La petite histoire de France pour W9. Jamel Debbouze sera de retour pour les fêtes sur Canal + avec l’émission Le Jamel Comedy Kids. Ce programme sera diffusé du 19 au 23 décembre prochain à 19h35 sur les antennes de la chaîne cryptée. Cette émission sera d’ailleurs diffusée en clair chaque jour.
Alicia Vikander, jeune et jolie suédoise, est courtisée par le tout-Hollywood depuis près de quatre ans. Travailleuse acharnée, la comédienne qui ne lève jamais le pied a figuré au générique de plusieurs films phares entre 2015 et 2016, d’Ex-Machina à Mémoires de jeunesse en passant par The Danish Girl. Et cette fulgurante ascension n’est pas prête de s’arrêter puisque l’actrice endossera bientôt le costume de la très sexy Lara Croft dans le reboot de Tomb Raider.
Alicia Vikander, 28 ans, ne s’arrête plus de tourner – et de faire tourner les têtes. Celle qui reste pourtant très discrète sur sa vie privée se retrouve depuis quelques années sous le feu des projecteurs et endosse une triple casquette parfois difficile à porter : actrice montante du paysage hollywoodien, égérie de mode et icône glamour, statut renforcé par sa relation amoureuse très en vue avec la star germano-irlandaise Michael Fassbender, que la suédoise a rencontré sur le tournage d’Une vie entre deux océans, drame sentimental dont la sortie a été hautement médiatisée.Alors que tout le monde se l’arrache, Vikander tente de garder les pieds sur terre en dépit de sa cote de popularité qui ne cesse de monter en flèche. Portrait d’une étoile qui brille par sa grâce et sa présence scénique depuis son plus jeune âge.
Une enfant du sérail
Née à Göteborg, Alicia Vikander est la fille d’une comédienne très respectée en Suède. Enfant du divorce, elle est majoritairement élevée par sa mère, et se rappelle avoir mené une jeunesse bohème et joyeusement désorganisée, passant le plus clair de son temps dans les coulisses des théâtres où sa mère se produisait. Elle se souvient au détour d’une interview pour The Independant : « Le théâtre a toujours fait partie de ma vie. Lorsqu’on ne trouvait pas de baby-sitter, je dormais dans les ailes des couloirs. Je pleurais quand ma mère ne voulait pas m’emmener avec elle ». Très attirée par le métier, elle montre rapidement une grande détermination et fait des pieds et des mains pour passer des castings. C’est ainsi qu’à sept ans, elle commence sa carrière en apparaissant dans des grosses productions à l’Opéra de Göteborg (The Sound of Music, Les Misérables, une comédie musicale d’ABBA, etc). Inarrêtable, elle participe ensuite à un télé-crochet pour enfants où elle se distingue par son talent et sa présence sur scène. Puis, elle s’oriente vers le ballet à l’âge de neuf ans, d’abord dans sa ville natale, avant de déménager à Stockholm à quinze ans pour étudier à la Royal Swedish Ballet School, formation exigeante qui lui a valu de faire le tour du monde et d’effectuer un stage d’été à la School of American Ballet de New-York. Cette période compliquée n’a pas toujours été épanouissante pour Alicia Vikander, qui a beaucoup souffert de la rupture avec sa mère, elle qui a passé une enfance si joyeuse et insouciante.
« Le théâtre était un super endroit pour s’épanouir lorsque j’étais enfant, car les « grands » avaient fait du jeu leur métier. En ce sens, ils étaient bien plus ouverts et proches de nous que la plupart des autres adultes ». (Alicia Vikander pour Vogue)
A la fin de son adolescence, Alicia Vikander, très éprouvée par ses années d’entraînement au ballet, travaille en cachette sur un projet de série de Noël avec le réalisateur Tomas Alfredson, pour lequel elle auditionne sans le dire à ses professeurs. Immédiatement, elle développe un goût prononcé pour la comédie, comme elle le confie au Daily Telegraph: « Lorsque j’ai tourné cette série télévisée avec Tomas Alfredson, j’ai réalisé que j’éprouvais pour ce métier une passion encore plus profonde que celle que je vouais à la danse ». Peu après, Vikander abandonne sa carrière de petit rat à cause de blessures à répétition mais aussi en raison de sa nouvelle obsession : elle envisage de devenir actrice professionnelle. Pourtant, elle est refusée deux fois au conservatoire d’art dramatique malgré sa volonté et sa persévérance. En désespoir de cause, elle s’inscrit en faculté de droit mais n’y mettra jamais les pieds, préférant renoncer au dernier moment pour suivre sa vocation coûte que coûte.
De 2006 à 2009, la jeune actrice commence par figurer dans des courts-métrages et des téléfilms suédois, et acquiert une petite notoriété en Scandinavie avec son rôle remarqué dans la série dramatique populaire Andra Avenyn (Second Avenue), un soap opéra dans lequel elle joue pendant une quarantaine d’épisodes. Mais il lui faudra attendre 2010 avant d’obtenir son premier rôle principal dans un long métrage, Pure de Lisa Langseth, où elle campe une jeune femme troublée qui tente d’échapper à son environnement familial, prestation acclamée par la critique qui lui vaut de décrocher plusieurs prix prestigieux : celui du meilleur espoir au Festival du Film de Stockholm, celui de la star montante au Festival du film de Berlin, et celui de la meilleure actrice aux Guldbagge Awards (équivalent des Oscars suédois). Pour Vikander, c’est le début d’un sacre qui va rapidement prendre des proportions qu’elle n’aurait jamais pu anticiper.
« Je pensais devenir une actrice locale, comme ma mère. Je savais à quel point l’industrie du spectacle en Suède était dure et je n’aurais jamais imaginé, même dans mes rêves les plus fous, pouvoir gravir les échelons et travailler à l’étranger ». (Alicia Vikander pour le Daily Telegraph)
A Royal Actress
Alicia Vikander a les dents longues. Elle qui déclarait dès l’enfance vouloir devenir actrice se souvient qu’elle regardait les Oscars avec sa mère et ses amies lorsqu’elle était petite, rituel qui témoignait déjà de son envie de réussite. Déterminée et ambitieuse, elle décide de partir à la conquête de l’Angleterre et des Etats-Unis avec l’aide de son agent suédois, en enregistrant des cassettes et en envoyant des démos à plusieurs directeurs de casting étrangers, dans l’espoir de percer. Mais face à l’absence de réponse, Vikander ne se démonte pas et entreprend d’aller s’installer à Londres pour y passer des auditions et enfoncer les portes, en peaufinant son anglais avec soin. C’est le début d’une période assez rude pour la jeune femme, qui loue un petit logement vétuste avec deux amies, et qui travaille dur pour atteindre ses objectifs. Elle investit même ses économies dans un billet d’avion pour Los Angeles afin d’y passer des essais pour Blanche-Neige et le Chasseur, mais elle est coiffée au poteau par Kristen Stewart.
« Je repousse souvent mes limites. Je n’aime pas la douleur, à proprement parler, mais en tant que ballerine, j’ai toujours connu la souffrance, j’ai vécu avec (…). A l’école de ballet, il fallait être parfait, sinon, le monde s’écroulait. J’ai traversé des moments de stress intense à cause de cette pression ». (Alicia Vikander pour Vogue)
Qu’à cela ne tienne, Vikander encaisse les échecs sans se décourager, habituée à tout donner. Ses efforts finissent par payer en 2012, lorsqu’elle décroche un rôle dans le magnifique drame historique danois A Royal Affair, où elle campe la Reine du Danemark Caroline-Mathilde de Hanovre qui, à la fin du XVIIIème siècle, a entretenu une liaison adultérine avec le médecin éclairé du Roi Johann Struensee (Mads Mikkelsen). Seul petit problème : Alicia ne parle pas danois ! Comme elle le déclare dans W Magazine : « J’ai passé ma première audition en Suède. J’ai dû appeler des amis danois pour m’aider à répéter mes répliques. Et puis quand j’ai rencontré le réalisateur Nikolaj Arcel, je ne comprenais pas tout ce qu’il disait, alors que hochais la tête en souriant ! Heureusement pour moi, il m’a donné une chance et je lui ai promis d’apprendre la langue avant le début du tournage. Je me suis installée plusieurs mois à Copenhague, pour parler couramment ». C’est le début d’un tournant décisif dans la carrière de la jeune comédienne, qui, grâce à sa performance tragique et bouleversante, émeut les spectateurs mais aussi les metteurs en scène, qui remarquent en elle une rare présence, un visage très expressif tout en nuances, un regard chargé et grave, et une voix rauque qui charme autant qu’elle surprend. Avec sa silhouette gracile et sa délicatesse intemporelle, Alicia Vikander devient rapidement habituée des productions raffinées en costumes et est qualifiée de « nouvelle Reine des period-dramas » par le magazine Entertainment.
« J’étais tétanisée à l’idée de me lever tous les matins et de devoir tourner en danois. Je veux dire, si je bois un ou deux verres de vin, à la limite, je peux me détendre, mais sur un plateau ! Du coup, le coach m’a conseillé de sortir le soir et de faire la fête, pour que les répliques me viennent plus naturellement le lendemain ». (Alicia Vikander pour le Daily Telegraph)
Elle poursuit sur sa lancée avec son premier film anglophone, Anna Karénine de Joe Wright, où elle se glisse dans la peau de la jeune Kitty avec un accent anglais remarquable. Là encore très déterminée, il est mentionné dans The Independant que Vikander, qui voulait à tout prix décrocher le rôle, serait allée rencontrer le cinéaste en personne pour lui témoigner son envie et lui prouver qu’elle était capable de jouer dans la langue de Shakespeare. Pourtant, elle déclare dans Vogue que cet exercice linguistique n’est pas aisé pour elle : « Je pense que lorsque je m’exprime dans une langue qui n’est pas la mienne, je suis très appliquée, consciencieuse, mais je ne reconnais pas toujours la personne qui parle ! En suédois c’est différent, le filtre entre ma pensée et mes paroles est bien plus infime, donc c’est un flot naturel ». Mais Alicia donne le change et sa démarche paye : l’actrice fait même de l’ombre à sa co-star Keira Knightley et tape dans l’oeil des critiques et du public grâce à sa performance subtile et intelligente. A cette époque, elle commence à se faire sérieusement remarquer par les médias et la presse des quatre coins du globe qui la sacrent un peu partout : elle figure parmi la liste des 10 acteurs à surveiller de près établie par le jury du Festival International du Film des Hamptons, attire l’attention du magazine Elle qui lui consacre un article, et remporte au passage une nomination dans la catégorie meilleur espoir au BAFTA 2013. Elle est même honorée par Martin Scorsese en personne qui lui remettra le prix de la Meilleure actrice au festival du Film de Marrakech.
Toujours curieuse et ouverte à toutes les propositions, elle touche à tout et ne fait pas forcément des choix optimaux (Le Septième Fils, Son of a Gun, Le Cinquième Pouvoir, A vif). Heureusement, Vikander semble savoir où elle va et montre tout de même une cohérence dans ses orientations professionnelles, en affichant une inclinaison toute particulière pour les films d’époque, comme elle le prouve à nouveau en 2015 dans un autre drame historique, Mémoires de jeunesse, un film britannique poignant adapté du roman autobiographique de Vera Brittain, qui raconte la tragédie de la Première Guerre Mondiale et le désespoir de toute une génération fauchée par l’horreur. Pour se préparer, Vikander, qui cherche avant tout à humaniser ses personnages en les comprenant, a tenu à rencontrer la fille de Vera Brittain, la Baronne Shirley Williams, à la Cour des Lords. Ensemble, elles ont parlé du parcours de la romancière, ce qui a permis à la comédienne de mieux appréhender cette héroïne dont elle déclare s’être sentie proche lors d’une interview accordée au New-York Times : « Je l’ai perçue comme une femme avec qui j’aurais pu prendre le café. J’ai le sentiment que nous partageons les mêmes idées, que nous avons le même mode de pensée ».
« Alicia dégage une luminosité frappante. Elle a une énergie très cinématographique, avec des expressions faciales minimales mais un sens du détail considérable dans les flexions de son visage et dans son regard, si parlant. Personne ne peut jouer la tragédie comme elle. C’est véritablement grâce à ses yeux, très grands, qui renferment un puits d’émotions et de tristesse. On sent qu’elle a tout un mécanisme de pensée qui se met en marche derrière ». (James Kent, réalisateur de Mémoires de Jeunesse, pour le Daily Telegraph)
Vikander, qui aime surpendre et s’illustrer là où on ne l’attend pas, change ensuite radicalement de cap avec Ex Machina, un thriller de science-fiction aux allures d’huis-clos, où elle a donné vie à une androïde mystérieuse et glaçante. Là encore, l’actrice, qui obtient toujours ce qu’elle veut, est allée réclamer le rôle au réalisateur Alex Garland : « J’ai réalisé une démo avant même de lui avoir parlé, je l’ai fait alors que j’étais sur le tournage d’un autre film. Je voulais vraiment ce rôle, alors j’ai enregistré une cassette en plein milieu de la nuit. Je me souviens, j’avais mis de la crème solaire sur le visage et j’avais essayé de me fabriquer un teint un peu cireux et brillant, comme un mannequin. Je sais comment les humains jouent, alors j’ai tenté d’adopter une diction un peu décalée, un peu déconnectée, un peu trop parfaite ». Hypnotisante en dépit de son allure frêle et menue, Alicia Vikander sidère une fois de plus par la puissance de son jeu et la force de son regard, maîtrise qui lui vient de sa formation stricte au ballet. Grâce à ses années d’entraînement, l’actrice a acquis une grande présence scénique et a appris à gérer son corps et son physique en ayant une conscience aiguë de ses mouvements et de leur impact. Stoïque et concentrée, elle mène sa barque d’une main de fer, ce qui ne l’empêche pas d’apparaître au générique de super productions plus légères comme la comédie d’espionnage de Guy Ritchie Agents Très Spéciaux – Code U.N.C.L.E, où son look très 60’s fait une fois de plus chavirer les coeurs.
« Je travaille très dur, j’ai toujours été éduquée ainsi. Je passe six jours par semaine, sept heures par jour à m’entraîner. Ce sera toujours le ciment de mon jeu. J’aime me tester et voir jusqu’où je peux aller, que ce soit au niveau de mes capacités mais aussi sur le plan émotionnel : je repousse mes limites ». (Vikander pour The Independant)
Vikandermania
Forte de son succès galopant, Alicia Vikander devient une icône de mode et est choisie pour être le nouveau visage de Louis Vuitton, maison prestigieuse pour laquelle elle participe à plusieurs campagnes entre 2015 et 2016. A son sujet, Nicolas Ghesquière, le directeur artistique de la marque de luxe s’extasie : « Alicia est imprévisible, elle semble venir à la fois du passé et du futur« . Pas étonnant donc de constater que la comédienne s’adapte aisément à tous les styles et s’illustre avec la même facilité dans des drames historiques que dans des fictions d’anticipation. Petite fiancée d’Hollywood, sa perfection et son charisme enchanteurs continuent de séduire et de faire des ravages, puisqu’elle est une fois de plus encensée pour sa prestation dans The Danish Girl, un autre drame d’époque qui revient sur le parcours romanesque et héroïque du tout premier transsexuel de l’histoire. Vikander, très impliquée, a beaucoup lu sur le sujet avant de se lancer. Celle qui choisit de ne pas juger ses personnages mais de leur donner une substance crédible se prépare différemment selon chaque contexte, comme elle l’explique à un journaliste pour DP/30 : « Je n’ai pas de formation classique, pas vraiment de méthode. Tout dépend du film, de l’ambiance. Souvent, mon approche est influencée par la relation que je construis avec les acteurs et le réalisateur. Je pense qu’être interprète, c’est avoir de l’intuition et savoir lâcher prise, mais j’aime travailler en amont et me préparer pour avoir toutes les clés en main au moment du tournage ».
Cette technique semble porter ses fruits : comme un poisson dans l’eau, Vikander troque ensuite ses robes, ses pinceaux et ses panoplies d’artiste pour endosser un tailleur strict dans Jason Bourne, avant deremonter le temps et de s’immerger dans une Australie sauvage post-Première Guerre Mondiale dans Une vie entre deux océans. Ce mélodrame déchirant, signé Derek Cianfrance, offre une nouvelle fois la possibilité à la suédoise de s’illustrer dans un rôle poignant, expérience dont le cinéaste n’est pas sorti indemne : « Alicia a un monde intérieur sidérant, et quand la caméra se braque sur elle, c’est une tornade d’émotions qui en sort, c’est envoûtant ». A ce titre, il n’y a pas que Cianfrance qui a succombé au magnétisme de la star : l’acteur Michael Fassbender, à qui elle donnait la réplique, a manifestement été séduit par Vikander, dont il partage la vie à l’écran comme à la ville. Cette romance hautement médiatisée vaut à la comédienne de faire les choux gras de la presse people, phénomène qu’elle apprécie moyennement : « J’aime donner des interviews sur mon travail, ce que je fais, les films que je tourne. Je ne suis pas intéressée par le reste. J’ai toujours été assez réservée et un peu effrayée par toute cette attention soudaine ».
Alicia Vikander ne freine pas ses ardeurs envers le cinéma pour autant. Sans cesse occupée, celle qui voyage par monts et par vaux prend rarement le temps de se poser, toujours accaparée par son travail et ses nouveaux projets qui se bousculent. Prochainement, elle sera à l’affiche de Tulip Fever, un film d’époque dont l’action se déroule dans la Hollande du XVIIème siècle ; Submergence, l’histoire tragique d’un amour contrarié avec James McAvoy ; mais surtout d’Euphoria, un drame qui signe ses troisièmes retrouvailles avec la réalisatrice suédoise Lisa Langseth. Car si l’actrice est très prisée de l’autre côté de l’Atlantique, elle n’oublie pas ses racines ni son attachement à son pays d’origine, comme elle le confie à Xposé : « Je me sentirai toujours suédoise et scandinave, ça ne changera jamais. J’ai souvent le mal du pays ; les petites maisons rouges que l’on peut trouver sur les îles de Suède me manquent. Mais je suis bien à Londres, et je ne compte pas m’installer aux Etats-Unis. Je me sens beaucoup plus proche de la culture et de la sensibilité européennes ».
Pas sûr cela dit que Vikander ait l’occasion de passer beaucoup de temps en dehors des plateaux en 2017 : elle devra assurer en reprenant la panoplie de Lara Croft dans le reboot de la franchise Tomb Raider, tandis que des rumeurs la disent pressentie pour incarner la célèbre écrivaine Agatha Christie dans un futur biopic, même si rien n’est confirmé à l’heure actuelle. Il n’en demeure par moins que l’ancienne danseuse n’en finit plus de côtoyer les étoiles, mode de vie frénétique qui la chamboule un peu, même si elle s’efforce de conserver distance et lucidité pour gérer son ascension fulgurante comme elle le livre au magazine Vogue : « Pour être honnête, c’est un peu éprouvant nerveusement de voir qu’on est à l’affiche de plusieurs films en même temps, que tout s’enchaîne très vite. C’est un sentiment ambigu, car à la fois je fais ce dont j’ai toujours rêvé, mais en même temps je me demande si je suis à la hauteur. Je me retrouve dans la même pièce que mes idoles, et je me demande si j’ai l’étoffe d’une actrice, si je suis légitime. Mais j’ai la sensation, pour l’instant, que je suis encore capable de voir l’industrie du cinéma des deux côtés. Parfois je me demande si cela va changer, si soudainement je vais passer de l’autre côté. Je conserve toujours ce fantasme mêlé de crainte au sujet de la célébrité ».
Avec Demain tout commence, Hugo Gelin oscille entre comédie et drame et s’accompagne d’un casting en demi-teinte.
Synopsis : Samuel vit sa vie sans attaches ni responsabilités, au bord de la mer sous le soleil du sud de la France, près des gens qu’il aime et avec qui il travaille sans trop se fatiguer. Jusqu’à ce qu’une de ses anciennes conquêtes lui laisse sur les bras un bébé de quelques mois, Gloria : sa fille ! Incapable de s’occuper d’un nourrisson et bien décidé à rendre l’enfant à sa mère, Samuel se précipite à Londres pour tenter de la retrouver, sans succès. 8 ans plus tard, alors que Samuel et Gloria ont fait leur vie à Londres et sont devenus inséparables, la mère de Gloria revient dans leur vie pour récupérer sa fille…
Hugo Gélin, petit fils de Daniel Gélin, est de retour sur grand écran pour un deuxième long-métrage, après Comme des frères sorti en 2012. Toujours dans le même esprit que sa précédente oeuvre, le jeune réalisateur fait de Demain tout commence une comédie gentillette, aux tonalités parfois dramatiques.
Comme des Frères fut un grand succès public, et on prédit aisément un avenir similaire à Demain tout commence. Pourquoi ? Car Hugo Gélin a toujours su s’entourer d’acteurs connus du grand public, familiers des succès au cinéma. Avec Omar Sy, il pourvoit son film d’un nombre d’entrées futures conséquent. Et heureusement que l’ancien complice de Fred est là, car il est le seul à assurer une interprétation correcte avec Antoine Bertrand. Même s’il a déjà incarné des personnages semblables à Samuel, les mimiques, la tendresse et le rire hors norme de ce joyeux lurons ne peuvent qu’emporter l’adhésion du public. Mais la vraie pépite du casting est Antoine Bertrand. L’acteur québécois, également présent dans Le Petit Locataire, s’est déjà illustré dans des comédies remarquées comme Starbucks. Avec Demain tout commence, il nous offre un Bernie touchant, tout en délicatesse. Ses états d’âme, ses crises de colère ou ses fous rire font de lui un protagoniste singulier et captivant, dont émane une certaine poésie.
Le interprétations du reste du casting sont, quant à elles, beaucoup plus mitigées. Pour son premier rôle au cinéma, Gloria Colton oscille entre justesse et caricature. Alors que son duo avec Omar Sy fonctionne plutôt bien, ses scènes « en solitaire » résonnent par leur fausseté. La petite chante ses phrases et surjoue, voulant faire dans l’émotion, ce qui n’est pas justifié, parfois même inapproprié aux séquences. Enfin, Clémence Poésy se cantonne dans un personnage inexpressif, dépressif et désagréable à l’écran. Ses diverses prises de parole raisonnent dans un galimatias dont on se serait aisément passé. L’actrice d’Harry Potter et la Coupe de Feu peine à trouver une interprétation qui la fera sortir des sentiers battus pour prouver qu’elle a du potentiel, si elle en a…
Pour prolonger les similarités entre Comme des frères et Demain tout commence, il est intéressant de s’attarder sur le schéma scénaristique et sur les divers rebondissements du film. À la manière de son premier long-métrage, Hugo Gélin chancelle entre différents genres cinématographiques. Si la première demie-heure est aisément qualifiable de comédie, le reste du film est quant à lui beaucoup plus dramatique. Par une caractérisation forte de ses personnages, le réalisateur se permet de glisser une certaine gravité dans ses propos, en interrogeant beaucoup de sujets différents. Ainsi, viennent se greffer au scénario une réflexion sur l’éducation, ici mono-parentale, sur la scolarité, etc… Même si elles ne semblent pas toutes abouties, elles sont bien amenées. Malheureusement, la teinte trop lamentable de certaines séquences ternit quelque peu l’engouement que l’on peut porter au film.
Comme dit précédemment, Hugo Gélin chancelle entre les genres, et cela nuit à la crédibilité de son film. L’agglomérat d’éléments scénaristiques tragiques, qu’il ne faut pas énumérer pour ne pas spoiler, fait chavirer Demain tout commence dans la lourdeur et dans un pathos. La fin se hisse comme le coup fatal. Par une musique extra-diégétique et une voix off, elle nous donne à voir tout ce pataquès d’émotions donc on chercher à échapper. Est-il vraiment obligatoire de faire dans le surplus tragique ? Même si la « morale » est touchante, elle est bien trop artificielle pour être réellement considérée.
Toutefois, les choix de Hugo Gélin ne sont pas tous à déplorer. Outre le conte entre un père et sa fille, Demain tout commence est également un métafilm très drôle sur les coulisses du métier de cascadeur, donnant naissance à des séquences très agréables, marquant des retours dans le genre de la comédie. On s’émerveillera également devant l’appartement de Gloria et Samuel à Londres, tant il représente le rêve de chaque enfant qui sommeille en nous.
Demain tout commence assigne Hugo Gélin dans un genre cinématographique qu’il s’était approprié avec Comme des frères. Si le casting est tantôt convaincant, tantôt décevant, le long-métrage est une fable gentille, même si elle fait dans l’overdose de bons sentiments. On regrettera une gentillesse trop marquée au détriment d’une réalité plus brute qui aurait été davantage convaincante.
Le Magduciné était à l’édition 2016 de l’Arras Film Festival, où Benjamin avait déjà eu l’opportunité de voir Demain tout commence et d’en écrire une review.
Demain tout commence : Bande-annonce
Demain tout commence : Fiche technique
Réalisateur : Hugo Gélin
Scénario : Hugo Gélin, Mathieu Oullion, Jean-André Yerles
Interprétation : Omar Sy, Clémence Poésy, Gloria Colston, Antoine Bertrand, Ashley Walters, Clémentine Célarié…
Photographie : Nicolas Massart
Montage : Valentin Feron, Grégoire Sivan
Musique : Rob Simonsen
Producteurs : Stéphane Celerier, Philippe Rousselet, Christopher Granier-Deferre
Sociétés de production : Vendôme Pictures, Mars Films
Distribution (France) : Mars Films
Durée : 118 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 7 décembre 2016
La fin d’année approchant, l’heure est traditionnellement aux bilans. Mais aussi, en plus de regarder derrière nous, il est de bon ton de se projeter dans l’avenir. En demandant aux membres de la rédaction, nous nous sommes aperçus que de nombreuses sorties cinéma de 2017 génèrent un certain espoir, et surtout que quelques-unes d’entre elles sont particulièrement attendues.
Que dire de plus, sinon vous souhaiter une bonne et heureuse année de cinéma?
Le top 5 des attentes ciné 2017 :
1/ Blade Runner 2049 (4 octobre) : C’est un indigeste mélange d’envie et d’angoisse qui précède la sortie de Blade Runner 2049 en 2017. De l’envie parce qu’il succède à un chef-d’oeuvre incontesté, qui constitue un instant de grâce du Septième Art. Ridley Scott, alors à son troisième film, touchait à l’inaccessible, allant au-delà de l’objet cinématographique, donnant à voir plus qu’un film en plongeant le spectateur dans un état de contemplation que seul le sublime peut procurer. Le genre d’instant qu’on ne vit qu’une fois…ou pas beaucoup plus. Et c’est là que vient l’angoisse, car que va faire Denis Villeneuve ? S’inscrire dans la continuité de Scott et souffrir la comparaison malgré la présence d’Harrison Ford ? Le risque est immense car s’il est talentueux, il n’est pas encore capable d’atteindre un tel niveau (qui le serait ?). Va-t-il alors se démarquer et ainsi signer son interprétation du mythe ? Les fans lui tomberont alors dessus criant, à raison, au sacrilège. La seule issue pour Villeneuve serait une amnésie généralisée des spectateurs, car il s’attaque à beaucoup plus qu’un film et là réside toute l’impossibilité du pari. Thierry
2/ Dunkirk (19 juillet) : Depuis The Dark Knight, chaque film de Christopher Nolan est attendu comme le messie. En touchant à tous les genres cinématographiques depuis ses débuts, le cinéaste est en train de se créer une filmographie kubrickienne de renom. Avec Dunkirk, il réalise pour la première fois un film historique. En donnant sa version de L’Opération Dynamo (ou Miracle de Dunkerque), Christopher Nolan compte bien rendre honneur au sacrifice de l’Armée française en mai 1940 pour sauver les troupes alliées prises en étau par l’armée allemande. Le premier teaser dévoilé en août dernier ne révèle pas grand-chose mais il est suffisamment chargé en émotion et en reconstitution pour nous intriguer au maximum. En faisant son Il Faut Sauver le soldat Ryan, Christopher Nolan ne pourrait-il pas obtenir pour la première fois un Oscar ? Porté par un casting britannique composé de Tom Hardy, Cillian Murphy et Michael Caine, Dunkirk s’annonce sans mal comme l’un des grands événements de l’année. Kevin L.
3/ Star Wars : Épisode VIII (15 décembre) : L’idée de voir Georges Lucas vendre son bébé au studio Disney était impossible à concevoir, ce fut donc avec appréhension que nous avions vu le Le réveil de la force. Critiques unanimes, fans mitigés, rien n’a empêché J.J. Abrams de récolter plus de 2 milliards de dollars au box-office mondial. Suite ou remake, comme s’amusent à le qualifier les haters, ce 7ème chapitre a installé avec brio les fondations d’une nouvelle trilogie, en présentant de nouveaux personnages, dont une héroïne charismatique aux origines mystérieuses. Les spectateurs l’attendent au tournant, le réalisateur Rian Johnson aura la lourde tâche de satisfaire un public partagé suite aux événements du dernier film. Ainsi, nous espérons un scénario original, une trame plus approfondie, et obtenir des réponses aux questions laissées en suspens. Alors qu’on attend le verdict final du spin-off Rogue One, notre regard se tourne déjà vers l’avenir de l’épisode VIII qui sortira en décembre 2017 et qui ne cesse d’attiser notre curiosité. Maxime K.
4/ T2: Trainspotting (1er mars) : Le nouveau Danny Boyle va plonger les amateurs de contre-culture anglo-saxonne dans un voyage dans le temps. Cette suite tant attendue est librement adaptée du roman d’Irvine Welsh « Porno ». Beaucoup de cinéphiles trépignent d’impatience à l’idée de découvrir à l’écran la mue effectuée par les protagonistes inoubliables du premier long-métrage près de vingt ans après : Renton (Ewan McGregor), Spud (Ewen Bremner), Begbie (Robert Carlyle) et Sick Boy (Johnny Lee Miller). Les antihéros d’Edimbourg vont être confrontés à l’évolution de la société à l’ère d’Internet, des réseaux sociaux et de la pornographie. Les joyeux lurons devront vite se trouver une nouvelle addiction s’ils ne veulent pas retomber dans leurs travers du passé. Reste à savoir si Danny Boyle a su conserver son génie créatif et visuel. La sortie de Trainspotting 2 est prévue pour le 27 janvier en Grande-Bretagne et est planifiée pour le 1er mars en France. Gabriel
5/ Silence (8 février) : Un nouveau Scorsese est toujours un plaisir filmique auquel on ne veut pas échapper. Avec Silence, la tension monte et l’espoir d’un grand film naît. Depuis sa médiatisation, le projet est attrayant. À en voir la bande-annonce, l’esthétique semble léchée, les décors olympiens, l’intrigue complexe et réfléchie, et le casting admirable. On ne peut que trépigner d’impatience, impossible de dissimuler notre excitation. Avec Le Loup de Wall Street, Martin Scorsese avait prouvé qu’il en avait encore sous le capot. Une fois de plus, son œuvre ne nous laissait pas indifférents. Il y a de grandes chances que Silence s’inscrive dans cette même lignée, et une chose est sûre, nous serons dans les salles obscures dès la sortie pour espérer qualifier le film de chef d’œuvre. Vivement le 8 février ! Zoran
Ils auraient pu y être : Alien : Covenant (17 mai), The Death and Life of John F. Donovan (date de sortie indéterminée), La La Land (25 janvier), La Cité perdue de Z (21 avril), Ghost in the Shell (29 mars), Valérian et la Cité des Mille Planètes (26 juillet), Justice League (15 novembre)…
Avant que le Max Linder ne programme quelques séances de rattrapages pour les retardataires, la dernière journée du PIFFF 2016 aura été pleine de surprises.
Hors compétitionKeeper of Darkness de Nick Cheung : Le film de Nick Cheung est un nanar tantôt assumé, tantôt complaisant et emprunt de lourdeur. Keeper of Darkness se révèle être complètement malade arrivant à faire cohabiter idées visuelles bien senties et fautes de goût parfois au sein d’une même scène comme il peut se montrer d’une dérision jubilatoire mais aussi d’un sérieux inébranlable et ridicule notamment dans son final téléphoné et bourré de pathos. Mais il est pourtant difficile de trouver le tout entièrement risible car aussi désagréable puisse être la démarche, le film se montre quand même très divertissant. Il y a une bonne gestion du rythme, certains scènes sont inventives et les personnages plutôt bien écrit même si il reste très caricaturaux, on les suit cependant avec un certain amusement. On regrettera une histoire d’amour plus malaisante que mignonne mais d’une certaine manière elle est très symptomatique du film, soulignant son charme dissonant. Il en devient donc très difficile de savoir si l’on a aimé ou pas Keeper of Darkness, qui est un film cinématographiquement raté flirtant avec le ridicule mais dont en résulte une oeuvre malade efficace et par moments très drôle. Fred
Séance culteOpera de Dario Argento (1987) : Dario Argento, qui a honoré le PIFFF de son illustre présence, est un cinéaste de l’exubérance. Son Opera en est probablement un de ses exemples le plus frappant, conjuguant à la fois toute la virtuosité du metteur en scène mais qui montre aussi ses limites. Car oui, le scénario est parfois attendu, a des retournements de situations grand-guignolesques et les personnages ont des réactions surréalistes. Mais c’est aussi ce qui fait le charme de cette oeuvre over the top qui vient vendre un cinéma libre de toute contrainte et qui cherche avant tout l’inventivité des situations plutôt que leurs cohérences. En ça, le film devient un exercice de mise en scène fascinant, enchaînant les séquences d’anthologies devenues cultes à coup de plans iconiques, d’un montage habile et d’une maîtrise absolue, Argento n’ayant jamais aussi bien utilisé les outils qu’il avait à sa disposition. Il vient ici interroger avec intelligence le rapport sadomasochiste entre le spectateur et le cinéma d’épouvante à travers cette superbe idée des épingles fixés sous les yeux de l’héroïne, emprisonnant son regard. Une des images les plus connues du cinéma d’Argento. Opera est un film intelligent, visuellement ébouriffant et qui fait plaisir à voir ou revoir car malgré ses limites, un jeu d’acteur souvent approximatif et un scénario bancal, il est une proposition de cinéma totalement folle qui prône une liberté de création absolue. Fred
Séance de clôtureSafe Neighborhood de Chris Peckover : Quelle plus belle façon de clore un festival en décembre que par un joyeux feel-good-movie chargé aux bons sentiments de noël ? Mais puisque le PIFFF ne fait pas comme les autres, c’est Safe Neighborhoob, une comédie féroce australienne signée par l’américain Chris Peckover (Undocumented) que l’équipe a choisi en guise de séance de clôture. Avec Levi Miller (le jeune héros de Pan), Olivia DeJonge et Ed Oxenbould (respectivement Rebecca et Tyler dans The Visit), un huis-clos malin et irrévérencieux se met en place entre ces braves gamins. Maitrisant parfaitement les codes qu’il emprunte aussi bien du côté du home-invasion que de la comédie familiale, le réalisateur installe une ambiance joyeusement décalée qu’il s’amuse ensuite à retourner avec une brutalité et une perversité qui ne viennent pas de là où les attendait forcément. Pensée comme le anti-Maman, j’ai raté l’avion, cette satire acerbe de la petite bourgeoisie australienne puise sa force des situations cruellement hilarantes, car joyeusement amorales, qui naissent de l’escalade de violence avec laquelle elle joue jusqu’à la dernière minute. Un film d’horreur si loin des clichés qu’il en devient particulièrement efficace. Julien
Palmarès Coté long-métrages, le plébiscite a été unanime puisque le Prix Ciné + Frisson (lui assurant de facto une diffusion sur la chaine) et l’Oeil d’Or remis par le public sont tous deux revenus à Grave de Julia Ducournau. Il faut dire que la bonne idée qu’a eu la réalisatrice de figurer le passage à l’âge adulte et l’éveil à la sexualité par un défi aussi parlant que celui d’assumer ses pulsions cannibales avait de quoi parler à de nombreux spectateurs, et que les scènes sanglantes et l’ambiance malsaine donnée à son campus-movie répondent parfaitement aux attentes des amateurs de cinéma tel qu’on vient en voir au PIFFF. C’est de plus la seconde fois consécutive (après Alone l’an dernier) qu’un film français y remporte l’adhésion du public. Une bonne nouvelle pour le cinéma de genre hexagonal !
Du côté court métrages, c’est Dénominateur Commun de Quentin Lecocq qui s’est vu gratifié du Prix Ciné + Frisson du meilleur court métrage français tandis que Margaux de Joséphine Hopkins, Rémy Barbe et Joseph Bouquin a eu, lui, le Prix du Jury du meilleur court métrage français. Margaux a été diffusé avant la séance de clôture et on découvre un court métrage bien fait sur le malaise adolescent et la découverte de son corps mais aussi de ce que cela implique vis à vis des autres. Le thème est déjà-vu mais employé avec savoir-faire même si le tout est encore un peu scolaire et que les jeunes réalisateurs citent un peu trop leurs références. Ensuite Curve de Tim Egan a été aussi diffusé, lui qui a gagné l’Oeil d’Or des courts métrages internationaux. Muni d’un concept tout bonnement génial mais qui ne tient pas sur la longueur. Une fois la terrifiante et douloureuse exposition faîte, Curve aurait pu s’arrêter là car jamais il ne parvient à la dépasser. Et pour finir, c’est Popsy de Julien Homsy qui se voit muni de l’Oeil d’Or des courts métrages français, lui qui est une adaptation d’une nouvelle de Stephen King.
Adapté d’un conte des frères Grimm, La Jeune fille sans mains, réalisé par Sébastien Laudenbach, est une prouesse d’animation à la française, bouleversant les codes du genre à tous les niveaux.
Son nom ne vous dit sûrement rien, mais Sébastien Laudenbach mérite qu’on parle de lui. Il est connu dans le milieu pour ses courts-métrages d’animation qui tournent dans les festivals depuis une vingtaine d’années. En 1998 sortait Journal, commentaire de sa vie où on peut voir se multiplier les techniques d’animations. Elles sont aussi superbes que le discours est sincère et direct.
La Jeune fille sans mains est donc le premier long-métrage de ce monsieur, étonnant en tout points. D’abord, le sujet. Il s’agit de l’adaptation d’un conte des frères Grimm. L’univers des deux germaniques est, comme chez Perrault, souvent dur et cruel (bien que les contes soient aujourd’hui remaniés et édulcorés). Sébastien Laudenbach a décidé de montrer les choses de la manière la plus simple : il y a du sang, il y a des morts. A la différence d’un Sausage Party, Sébastien Laudenbach ne fait pas dans la surenchère pour faire rire ou choquer, il donne à voir la vie telle qu’elle est, sans fard mais aussi sans jugement. Les enfants ne sont pas idiots, ils comprennent beaucoup plus que nous ne voulons le croire, et ceux qui étaient avec moi dans la salle n’ont nullement été choqués pendant la projection par ce sein ou ce cadavre. Il faut dire que le dessin y est pour beaucoup dans la manière dont le film est représenté. Comme il s’agit de l’adaptation d’un conte, il ne faut pas non plus mettre de côté toute la dimension fantastique de l’histoire : le Diable apparaît personnifié, sous de multiples formes, les rivières sont habitées par des esprits. Là encore, l’animation permet une liberté bien plus grande dans la manière dont ce monde est retranscrit, souvent simple et ingénieux.
La technique employée dans La Jeune fille sans mains rappelle certainement Le Conte de la princesse Kaguya sorti l’année passée. C’est le trait lui-même qui se retrouve animé par son apparition et sa disparition perpétuelle : il vit sous nos yeux, aussi léger qu’une respiration. Il n’est pas attaché à la couleur, qui elle semble être posée là, brute. Elle ne caractérise pas les personnages, et bien souvent elle n’est qu’une touche rajoutée à un moment donnée, elle correspond à l’ambiance, illustre un état d’esprit. Le tout se déroule dans un décor simplifié à l’extrême, esquissé par de magnifiques brossés. Si le dessin est léger, il en est de même pour le son. La musique est simple et belle et les voix des personnages sont aussi douces que des berceuses. Ce sont celles de Anaïs Demoustier, Jérémie Elkaïm et Phillipe Laudenbach, le père du réalisateur. Le plus étonnant dans tout cela, c’est que la délicatesse du travail n’empêche pas à l’histoire d’être captivante, ne cédant pas à la seule poésie des yeux qui pourrait mettre sur la touche certains spectateurs. La Jeune fille sans mains est également le récit d’une petite fille, forcée de grandir malgré elle. Pourchassée par le Diable, la jeune fille doit se débrouiller toute seule, bien loin des princesses sucrées que l’on peut voir habituellement dans les films destinés aux enfants.
On espère forcément que le film de Sébastien Laudenbach rencontre le même succès qu’une autre surprise de cette année,Ma Vie de Courgette de Claude Barras. La Jeune fille sans mains en est pourtant diamétralement opposé dans sa conception. Courgette, fait en stop-motion, a nécessité d’importantes équipes de tournages, surtout des animateurs, tournant en simultané plusieurs scènes dans les studios lyonnais de Rhône-Alpes Studios. La Jeune fille sans mais a quant à lui été conçu entièrement par Sébastien Laudenbach, qui a donc animé entièrement 1h15 de film à 12 images par seconde. Ce faisant, il questionne également la manière que l’on a de produire et de créer des films (d’animation, mais pas que, longs, mais pas que). Ici, on ne peut contester que le réalisateur est l’auteur de La Jeune fille sans mains. Le point commun des films de Barras et Laudenbach (outre leur prix au Festival d’Annecy) est certainement la liberté de paroles sur des sujets durs, qui ne prend pas les gens pour des imbéciles. J’écris « les gens », car La Jeune fille sans mains est bel et bien à mettre entre toutes (les mains), et surtout devant tous les yeux.
La Jeune fille sans mains : Bande-annonce
La Jeune fille sans mains : Fiche Technique
Réalisateur : Sébastien Laudenbach
Scénario : Sébastien Laudenbach, d’après les Frères Grimm
Doublage : Anaïs Demoustier (la jeune fille), Jérémie Elkaïm (le prince), Philippe Laudenbach (le diable)…
Image : Sébastien Laudenbach
Musique : Olivier Mellano
Montage : Sébastien Laudenbach et Santi Minasi
Producteurs : Jérôme Blesson
Production : Les Films Sauvages et Les Films Pelléas
La nuit blanche organisée à l’occasion de cette 6ème édition du PIFFF est consacrée à ce temps, qui semble si lointain, où les cadavres mangeurs de chair était porteurs d’un double pouvoir, horrifique et allégorique, et non pas prétexte à tout et n’importe quoi.
Zombie, de George Romero (1978) : Il aura fallu pas moins de dix ans à Romeo, après le chef d’œuvre matriciel du genre La Nuit des Morts-Vivants, pour enfoncer le clou. Grand bien lui en a fait de ne pas se précipiter car il a accouché d’un film qui influencera tout autant le cinéma horrifique, créant ainsi « l’Alpha et l’Omega du film de zombies » (complété en 85 par un Jour des Morts-Vivants bien moins novateur). Le montage de Zombie par Dario Argento, également coproducteur et compositeur, impose un rythme et une violence qui révolutionnèrent l’approche entamée par La Nuit… et les nombreux films qui s’en inspirèrent, sans pour autant en perdre la dimension politique. C’est en l’occurrence le cadre de la plupart des scènes d’action, à savoir un centre commercial, qui assura la métaphore entre les cohortes de morts-vivants et une société américaine asservie (chaque vidéo du black friday apparait comme son remake involontaire !). Alors que les maquillages de ces créatures, consistant à peindre en bleu le visages des figurants, pourraient sembler désuets, il n’en est rien : ce qui a finalement le moins bien vieilli vient du mixage son et de quelques musiques composées par Goblins. Tant que les pires névroses consuméristes feront peur, Zombie restera le maitre-étalon de leur représentation. Un film intemporel donc.
Messiah of Evil, de Willard Huyck (1973) : Quand celui qui réalisera en 1986 l’inoubliable Howard the Duck s’attaquait dans son premier film au genre de l’épouvante fantastique, cela ne pouvait aboutir qu’à un résultat artistique singulier. Grâce à un scénario aux inspirations lovecraftiennes assumées et à une direction artistique joyeusement baroque, Messiah of Evil s’assure un capital sympathie qui fit de lui un midnight movie culte aux yeux de certains amateurs. Peut-on d’ailleurs légitimement le rattacher à la thématique des zombies ? Les mangeurs de chair n’y sont clairement pas des cadavres revenus à la vie mais se définiraient davantage comme une secte de cannibales aux intentions assez floues et dont l’appétit les poussera à dévaliser le rayon boucherie du supermarché et manger des rats. Une menace qu’il serait en fin de compte vain d’essayer de comprendre, tant les incohérences du scénario s’évertueront à mêler les fausses pistes. La meilleure chose à faire est donc de mettre son esprit rationnel en stand-by et de partager le cauchemar (ou la folie, c’est une question d’interprétation) de cette jeune héroïne que la mise en scène viendra rendre tangible dans certaines scènes tapageuses. Et pourtant, la tension horrifique ne sera rien face à la tension érotique présente dans la première moitié de cette série B certes foutraque et nébuleuse mais dont certaines idées visuelles deviendront des sources d’inspiration pour certains grands noms du genre.
La Nuit des Morts-Vivants, de Tom Savini (1990) : A la fin des années 80, quand George Romero cherchait quelqu’un à qui confier le remake de son premier film pour satisfaire ses producteurs, il pensa à son truculent maquilleur Tom Savini, à qui il avait d’ailleurs déjà offert un rôle dans Zombie. Sans doute pensait-il que Savini ferait preuve de la même outrance derrière la caméra que dans ses prestations d’acteurs. Bien au contraire, son travail de mise en scène s’est voulu tout en retenue et sans la moindre prise de risque. En plus de cette inexpérience frileuse, les conditions de tournage très difficiles de ce film aboutirent à un résultat bâclé et impersonnel. Paradoxalement, avoir copier/coller le scénario de l’original n’a pas été lui rendre justice tant les dialogues et les situations souffrent d’un certain décalage qui réduisent à peau de chagrin l’allégorie politique que l’on pouvait leur trouver en 1968. Reste les morts-vivants, dont le design est étrangement plus soigné lorsqu’ils sont des créatures seules que lorsqu’ils forment une foule, mais au moins dans ce cas-là ils parviennent à générer une peur de la fatalité inratable que l’on ne retrouve plus aujourd’hui. Un remake qui n’apporte strictement rien au genre et qui, de fait, mérite d’être oublié.
En plus de nous présenter deux sélections de courts-métrages (internationaux et français), les organisateurs nous ont proposé les deux derniers films de la compétition avant le palmarès final.
En CompétitionSam Was Here de Christophe Deroo : Perdu au fin fond du désert californien, un démarcheur va découvrir l’hostilité de la population locale. A l’issue du film, on se dit que ce premier long métrage de Christophe Deroo aurait pu être un chef d’œuvre, mais le constat est que Sam Was Here est un bon film sensoriel, moins un film narratif, s’achevant sur un sentiment désagréable d’inabouti et de déception. Avec sa trame déjà-vu, le réalisateur français aborde la narration sans l’intention de la renouveler ou d’y apporter une tension inédite, mais il éprouve néanmoins le désir féroce de proposer une expérience visuelle oppressante. On se dit que John Carpenter et David Lynch doivent assurément faire partis des influences du réalisateur, tout comme cette ambiance brumeuse typique des épisodes de La Quatrième Dimension.Difficile de nier que Sam Was Here a d’immenses qualités techniques (la lumière, le cadre, les environnements et le travail sur le son sont à tomber par terre) mais c’est dommage que l’intrigue en soit au final la perdante. Ce mystère sans fin qui parcourt le récit tombe progressivement à l’eau et on se retrouve davantage frustré que charmé par le fait que le réalisateur pose des questions sans qu’aucune réponse n’advienne. Sam Was Here est surtout le genre de cinéma dans lequel les instances de culture française n’osent pas s’aventurer. C’est dommage parce que, même s’il ne trouve pas l’équilibre entre le fond et la forme, Sam Was Here est une proposition de cinéma audacieuse et qu’on souhaite néanmoins voir plus souvent dans l’hexagone. Kevin L.
En CompétitionPrevenge d’Alice Lowe : Le film d’Alice Lowe est une oeuvre bien difficile à aborder, pas qu’elle soit incompréhensible, loin de là mais elle nous tiraille au point qu’on ne sait pas trop quoi en penser. Comme souvent chez la cinéaste, elle gère la partie humour d’une main de maître. On rit souvent face à la satire immorale et maligne que brosse la scénariste, au point que l’on n’est prêt à pardonner un manque de subtilité flagrant. Mais c’est dans sa partie thriller psychologique que la sauce ne prend pas. Le concept assez génial du bébé pas encore né qui pousse sa mère à tuer n’est pas mené jusqu’au bout et le film préfère se laisser aller au classicisme. Une amère déception qui vient s’ajouter au rythme amorphe faute à une structure narrative répétitive et usante par ses longueurs. Les acteurs sont tous très bons, la mise en scène maîtrisée même si plastiquement assez fade mais le tout se laisse bien regarder, sauf que cela aurait pu être plus intéressant si Prevenge avait au final quelque chose à raconter. Son propos est trop lourdement appuyé et son histoire est éventée en quelques minutes, nous menant dans un récit tristement prévisible. Un long métrage clairement dispensable. Fred
Hors CompétitionThe Priests de Jang Jae-hyun : Le principal défaut de ce The Priests, c’est de mettre du temps à démarrer. Même si poser l’intrigue, les personnages et les codes du film est essentiel, il faut bien admettre que ce que le film a vraiment pour lui c’est sa stupéfiante scène d’exorcisme. Le reste n’est pas mauvais, bien au contraire mais on navigue dans quelque chose de plus classique et attendu. Notamment autour du trauma qui entoure le personnage principal et qui paraît par moments un peu poussif. On regrettera que le lien entre le père Kim et la jeune possédée ne soit pas plus approfondi que ça, enlevant de la tension dramatique, ainsi que les scènes entre les deux personnages principaux soient finalement peu nombreuses. Le duo avait du potentiel, appuyé par de très bons acteurs, et il est rarement exploité en dehors de la scène d’exorcisme. Gros morceau du film, ce passage est par contre saisissant et d’une maîtrise folle. Un climax dantesque de plus d’une demi-heure qui se montre tantôt éprouvant et tantôt exaltant sachant jongler habilement entre le huit clos étouffant et une course poursuite impressionnante. Accompagné d’une mise en scène ample et sophistiquée, The Priests est un vrai régal pour les yeux et montre toute la maîtrise du cinéma coréen en terme d’horreur et de set piece. Même si on est assez loin du brio de The Strangers, autre film coréen sortie cette année, on reste face à du bon cinéma comme on voudrait en voir plus souvent. Fred
Six nouveaux épisodes décrivant une réalité dystopique, entre conte glaçant et drame d’anticipation, toujours plus ou moins sur fond de cybercriminalité, sont disponibles non plus sur Channel 4, la chaîne d’origine, mais Netflix, qui a repris la production de Black Mirror avec trois épisodes supplémentaires depuis le 21 octobre 2016. Une quatrième est en préparation…
Episode 1 : Chute libre (Nosedive) ★★★★★
Dans une société où chaque personne note les autres et où les étoiles (autrement dit la popularité) sont devenues la nouvelle monnaie, Lacie fait tout pour avoir la vie de ses rêves. Invitée au mariage de son amie d’enfance au score irréprochable, elle y voit là l’occasion d’améliorer sa note et de faire partie de cette élite tant convoitée, mais les choses ne se passent pas comme elle l’avait escompté.
Tout est beau dans cet univers épuré aux couleurs pastel, mais la douce mélancolie de la bande son composée par Max Richter annonce que tout cela n’est qu’une illusion. Les personnages, aux sourires figés, exhibent leurs vies apparemment parfaites, postant des photos de biscuits qu’ils ne mangeront jamais. Cependant, personne n’est réellement épanoui, à l’instar de Lacie, asservie par la tyrannie des likes, qui tente tant bien que mal de devenir populaire, ne vivant des choses que dans le but de les partager et amasser des étoiles, pensant que c’est cela qui la rendra heureuse. Reflet de notre société sur-connectée, Nosedive est une satire dérangeante, mettant en scène des personnages aux comportements horriblement semblables aux nôtres dans un monde pas si futuriste que ça. Pointant du doigt une sinistre réalité déjà en place, Black Mirror nous pose à nouveau de nombreuses questions sur notre monde contemporain et on en vient à s’interroger sur la question de l’omniprésence des images dans nos vies et de notre utilisation grandissante des réseaux sociaux. Toutefois,Nosedive est indéniablement plus optimiste que les épisodes bien plus sombres des saisons précédentes, et se termine avec un final jubilatoire qui donne des envies de liberté.
Les deux actrices se confient sur la saison 3
Ecrit par Rashida Jones et Mike Schur et réalisé par Joe Wright
Avec Bryce Dallas Howard (Lacie), Alice Eve (Naomi), James Norton (Alan), Allan Ritchson (Ryan)
Un jeune homme, symbolisant la génération Y (pas assez débonnaire, curieux de tout, mais en proie à des conflits familiaux irrésolus) revient d’un tour du monde et doit se réinsérer dans la vie active. Un plan cul lui parle d’une entreprise qui cherche des personnes pour tester un nouveau prototype de jeu vidéo. De l’ordre de la science, l’expérience de réalité alternative se déroule dans une vieille maison victorienne, propice aux apparitions fantomatiques. Mais jusqu’où sera-t-il prêt à aller et va-t-il en sortir?
Toujours glaçant, cet épisode fonctionne sur une identification première à Cooper. A quel niveau se situe le malaise? De la technologie ou des valeurs que sont la filiation, le consumérisme sexuel ou les choix existentiels ? La toile est toujours de qualité pour la peinture acerbe et subtile des contritions qui nous sont propres, nous êtres humains sur le déclin. Nous en sommes nous-même la cause. Mis en scène comme un retour de road movie, le drame s’achève dans l’épouvante made in Hammer façon Peter Cushing au tournant des années 60,70 pour reprendre ses droits à notre époque. Faire du contemporain avec des traits du passé pour mieux asseoir les règles d’un jeu vidéo plus vrai que nature. Le doute subsiste plusieurs heures après visionnage…
Featurette
Ecrit par Charlie Brooker et réalisé par Dan Trachtenberg
Avec Wyatt Russell (Cooper), Hannah John-Kamen (Sonja), Wunmi Mosaku (Katie)
Episode 3 : Tais-toi et danse (Shut Up and Dance) ★★★★☆
Une femme, angoissée, arrive dans un parking et place les clés de sa voiture sur la roue arrière. Sans transition, Kenny est un adolescent timide et relativement mal dans sa peau qui bosse dans un fast-food. Comme tous les jeunes hommes de son âge qui ont une soeur, il peste lorsqu’elle lui prend son ordinateur portable sans sa permission. Après s’être masturbé, il commence à recevoir un mail de menace, puis des textos l’obligeant à faire une succession de choses sans rapport, sans quoi « ils « révéleront tout…
Hacker un ordinateur, pirater un compte ou s’immiscer dans la e-reputation de quelqu’un sera demain plus facile que de lire sa propre messagerie. Le spectateur n’est pas dupe et se méfie, car les proportions prennent rapidement une ampleur catastrophique pour une simple branlette. Mais le jeu macabre est plaisant, plaisir coupable ou empathie véritable? L’anonymat est une valeur que le commun des mortels craint de ne pouvoir maîtriser. En effet, tout ce que l’on partage sur les réseaux sociaux se retrouve sur internet et le public (employeurs, famille…) peut y avoir accès. La prudence est une vertu et s’articule habillement ici entre les différents obstacles que traverse le personnage principal, remettant en question la notion même du happy ending. Malgré un doute insidieux qui nous empêche de nous plonger pleinement dans la fable, le déroulement sensible et savant de cet épisode, le moins « technologique », achève de nous convaincre, le frisson en plus !
Les deux acteurs parlant de cybercriminalité
Ecrit par Charlie Brooker et William Bridges et réalisé par James Watkins
Avec Alex Lawther (Kenny), Jerome Flynn (Hector), Susannah Doyle (la femme qu’on a fait chanter), Hannah Steele (Melissa)…
San Junipero se démarque dès les premières secondes des autres épisodes de Black Mirror. On se retrouve embarqué directement dans un club des années 80. On y suit une jeune femme du nom de Yorkie, qui a l’air complètement perdue dans un monde inconnu. Elle fait alors la rencontre de Kelly, une femme extravagante qui a l’air d’être une habituée de San Junipero. Yorkie va alors ressentir une très forte attraction pour Kelly, retournant tous les weekends dans le même club pour essayer de la retrouver.
Charlie Brooker quitte le pessimisme habituel de la série pour nous offrir une romance à travers le temps. En effet, le principe de San Junipero est d’offrir un monde éternel après la mort, où les personnes peuvent se retrouver à différentes époques. Brooker va alors utiliser cette idée pour nous offrir pendant une heure une véritable pépite remplie d’émotions. De la situation très difficile dans laquelle a vécu Yorkie, en passant par le passé et la culpabilité de Kelly, rien n’est laissé au hasard, et les deux personnages sont très bien développés et surtout joués avec une très belle justesse par les deux actrices Mackenzie Davis et Gugu Mbatha Raw. La critique de la technologie est moins féroce car l’idée parait ici séduisante, mais serait-on prêt à vivre une nouvelle vie pour l’éternité ?
Ecrit par Charlie Brooker et réalisé par Owen Harris
Avec Mackenzie Davis ( Yorkie), Gugu Mbatha-Raw ( Kelly), Denise Burse ( Kelly âgée), Raymond McAnnaly (Greg)…
Episode 5 : Tuer sans état d’âme (Men Against Fire) ★★★★☆
C’est dans la diversité des genres cinématographiques de cette saison 3 que Black Mirror arrive à se renouveler. Après l’épisode 2 aux allures d’épouvante ou la romance sensible de l’épisode 4, ce cinquième épisode s’attaque sans concession au genre militaire. Dans un futur (extrêmement) proche, un conflit oppose les forces de l’armée à un virus qui transforme les êtres humains en créatures hostiles. La détermination des soldats est sans faille, il ne s’agit désormais plus pour eux que de tuer sans réfléchir. Cette dimension mécanique des soldats sonnent comme le principe idéal pour toute nation conquérante.
C’est évidemment cet aspect que Charlie Brooker interroge et démontre : jusqu’où peuvent aller les grandes instances militaires pour maintenir la motivation des soldats. La critique est d’autant plus féroce qu’elle semble d’actualité, tant on peut y voir une lecture politique de la crise des migrants. En prime des bonnes interprétations de Malachi Kirby et de Michael Kelly (House of Cards), on pourra également noter la présence de la française Ariane Labed (The Lobster, Voir du Pays).
Ecrit par Charlie Brooker et réalisé par Jakob Verbruggen
Avec Malachi Kirby (Stripe), Michael Kelly (Arquette), Madeline Brewer (Raiman ADR), Ariane Labed (Catarina)
Episode 6 : Haine virtuelle (Hated in the Nation) ★★★★★
A la suite de meurtres sans précédent, des enquêteurs (Kelly Macdonald et Faye Marsay, impeccables) vont être amenés sur la piste d’une arme inédite et de son instigateur aux motivations terribles. Plus que l’attaque d’un ennemi de la nation, c’est surtout l’incapacité du gouvernement et du système qui est mise en cause et provoquera l’attaque terroriste la plus massive de toute l’Histoire des sociétés modernes. Tout dans cet épisode est maîtrisé, de l’interprétation des acteurs, à l’ingéniosité du scénario en passant par diverses réflexions sur l’écologie et le manque de recul sur les réseaux sociaux, avec toujours cette idée glaciale en filigrane : dès lors qu’une technologie échappe au contrôle, les conséquences peuvent être inimaginables.
Malgré un épilogue dispensable, Charlie Brooker livre un ultime épisode renversant et nous rappelle que l’auteur d’anticipation n’a nullement perdu de son génie, et qu’il a même pris le recul pour apporter une luminosité et un renouvellement insoupçonnable en livrant une saison 3 implacable, fruit d’une réflexion intelligente, loin du manichéisme qu’on lui reproche et parfaitement ancrée dans notre époque. Black Mirror fait déjà incontestablement partie du panthéon des séries télévisées. Pas étonnant que Netflix ait déjà commandé six épisodes pour l’an prochain.
Ecrit par Charlie Brooker et réalisé par James Hawes
Avec Kelly Macdonald (Karin Parke), Faye Marsay (Blue Corson), Benedict Wong (Shaun Li), Jonas Karlsson (Rasmus Sjoberg)
L’Ornithologue, le western métaphysique et christique d’un grand cinéaste formel
Synopsis : Équipé de ses jumelles, Fernando descend une rivière en kayak dans l’espoir d’apercevoir des specimens rares d’oiseaux sauvages. Absorbé par la majesté du paysage et de ses découvertes, le jeune ornithologue se laisse surprendre par les rapides et échoue plus bas, inconscient, flottant dans son propre sang.
Délivrance
À force de regarder les oiseaux Fernando s’est probablement vu parmi eux, au bout des cieux, observant à son tour vivre les humains sur la Terre. Nous sommes dans le nord-ouest du Portugal ou quelque part dans une campagne du Nord de l’Italie. Avec ses jumelles le jeune ornithologue observe les rares races d’oiseaux qui peuplent cet endroit comme coupé du monde. Fasciné par ces bêtes et naviguant sur son kayak il finit par faire naufrage. Commence dès lors le périple de Fernando afin de retrouver son chemin. Une sorte de Délivrance (John Boorman, 1972) à la sauce christique.
Dans le dossier de presse, João Pedro Rodrigues précise que le scénario de son film se base sur une relecture du mythe de Saint-Antoine de Padoue, ce prêtre qui aurait porté l’enfant Jésus dans ses bras et aurait le don de guérir avec un simple souffle. Mais inutile de connaître la légende de Saint-Antoine, bien connue au Portugal, pour apprécier L’Ornithologue. Une telle précision formelle suffit à envoûter le spectateur tel le fidèle devant ses croyances catholiques.L’Ornithologue pourrait être un bon exemple où le scénario n’est qu’un prétexte pour une mise en scène purement cinématographique.
Davantage qu’une simple relecture de Saint-Antoine, L’Ornithologue est avant tout une formelle relecture d’un genre, le western, que João Pedro Rodrigues exporte (pour la première fois ?) au Portugal. Fernando, perdu dans une nature aussi merveilleuse qu’hostile, survit au milieu de ses sauvages (ces hommes déguisés tout droit sortis d’une drôle de secte qui jouent le rôle des indiens). L’Ornithologue est un film de grands espaces. Le monde des oiseaux, filmés en scope, et l’histoire d’un homme déambulant dans un monde hors-la-loi à la recherche d’un trésor, celui de la vie sainte pour Fernando, sont caractéristiques du genre.
Dans son dernier film João Pedro Rodrigues racontait le désir d’un homme de changer de sexe. Avec L’Ornithologue le cinéaste portugais met en image une nouvelle métamorphose en mettant en scène la trajectoire de Fernando, homme devenu saint. Qu’est-ce qu’un saint sinon un homme élevé au niveau de Dieu ? En prenant la voix puis petit à petit l’apparence de son créateur João Pedro Rodrigues, le personnage Fernando a littéralement atteint une grâce divine. Le miracle de Saint-Antoine n’est pas simplement raconté mais réactualisé cinématographiquement. Si l’histoire de Saint-Antoine servait de base au scénario, la mise en scène de Rodrigues se construit sur tout autre chose. Sur un genre, le western, puis sur la métamorphose du héros, portrait de son créateur-réalisateur.
L’Ornithologue : Bande-annonce
L’Ornithologue : Fiche Technique
Réalisation : João Pedro Rodrigues
Scénario : João Pedro Rodrigues, João Rui Guerra da Mata
Interprétation : Paul Hamy, João Pedro Rodrigues, Xelo Cagiao
Photographie : Rui Poças
Montage : Raphaël Lefèvre
Musique : Séverine Ballon
Production : Joao Figueiras, Diogo Varela Silvas, Vincent Wang, Antoine Barraud, Gustavo Angel Olaya, Maria Fernanda de Sena Scardino
Distributeur : Epicentre Films
Durée : 117 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 30 Novembre 2016
Troisième jour de compétion au PIFFF, et la présentation de films qui nous renvoient à notre nature profonde, celle d’un gros tas de viande et d’un futur cadavre encombrant.
En CompétitionK-Shop de Dan Pringle : Fruit d’une longue tradition de cinéma social britannique, K-Shop est une peinture acerbe du mode de vie de nos chers amis d’outre-Manche avant d’être un véritable slasher gastronomique. Plus concrètement, davantage que signer la version « salade-tomate-ognon » du très beau film chinois Nouvelle Cuisine, le jeune Dan Pringle a tenu à renvoyer à ses compatriotes une image violente de la part belle à la lourde consommation d’alcool dans leurs traditions. Chaque scène dans laquelle Salah observe les exactions de jeunes avinés se retrouve en fin de compte plus choquante que les tueries qu’il sera ensuite poussé à commettre. Si le film coupe plus l’envie de se prendre une biture que de manger un kebab bien garni, c’est aussi parce que l’imagerie cradingue que l’on pouvait attendre de ce pitch n’est pas au rendez-vous. Après une première partie qui nous fait pleinement partager la bascule de Salah suite à la mort de son père, la seconde moitié du scénario s’étire en multipliant les fausses pistes via des personnages secondaires inexploités et en prenant la forme d’un thriller convenu ultra-manichéen. Tous les ingrédients d’un délicieux amuse-gueule trash et radical étaient pourtant réunis, mais après deux longues heures de cette recette mal dosée, on restera sur notre faim. Julien
Séance CulteHardware de Richard Stanley (1990) : Dès le milieu des années 80, le cinéma de science-fiction avait déjà assez avancé pour faire passer le mélange de sous-Mad Max et de sous-Terminator de Richard Stanley pour une série B parfaitement ringarde. Autant dire que, à sa sortie en 1990, son film post-apocalyptique était depuis longtemps condamné à rejoindre la case « nanar ». Même sa seule qualité qu’est la bande originale à laquelle participent Iggy pop et Mötorhead, est trop mal exploitée pour en retenir un véritable esprit rock. Que dire de son scénario ? Que ses premières minutes posent les bases d’un univers futuriste alarmant au fort potentiel (pollution mortifère, régime politique autoritaire…), qui disparaitra rapidement au profit d’un huis-clos confiné dans un appartement au design iconoclaste. Se voulant malsaines, chaque image suinte le mauvais gout, ce qui pourra ravir les amateurs de ce parti pris, mais qui rendra grotesque l’affrontement entre les humains et le robot qui est pourtant le centre de l’intrigue. Beaucoup trop de choix de cadrage et autres effets de mise en scène sont si risibles qu’ils rendent caducs les quelques efforts (analogie biblique abstraite et réflexion vaseuse sur l’Intelligence Artificielle) de trouver dans ce scénario quelque chose à sauver. Pire qu’un mauvais film : un calvaire qui semble interminable!
En CompétitionGrave de Julia Ducournau : Grave est un film qui chamboule et fait parler de lui à travers des avis souvent dithyrambiques. Pourquoi ? Parce que la qualité du film est indéniable mais surtout parce que c’est un film qui fait figure d’OVNI au sein du cinéma français. On tente de souligner l’audace et l’ambition louable du projet parfois en le survendant un peu pour pousser les gens à le voir et les producteurs à offrir plus de films de cette trempe. Car le long métrage n’a rien du chef d’oeuvre souvent annoncé, il est un hybride parfois maladroit entre un film de genre et une oeuvre auteuriste. Maladroit car la partie horrifique est ce qu’il maîtrise le moins, le tout manque de tension et fait parfois un prétexte peut subtil pour symboliser la jeune fille qui devient femme surtout que cela mène à un final qui fait un peu tâche. Par contre lorsque que Julia Ducournau aborde le malaise adolescent et la mutation que cela entraîne de devenir adulte dans un monde chaotique qui te force à grandir, elle atteint une rare justesse. Film d’horreur moyen mais campus movie absolument génial où les scènes de fêtes et de bizutages sont superbement filmées avec un sens de la mise en scène très sophistiqué, arrivant à trouver un ton satirique et détournant habilement les codes du teen movie. C’est ce film là qu’on prend plaisir à voir, plus incisif, drôle et dérangeant que les explorations cannibales du long métrage. Soutenu par un casting impressionnant, avec la rélévation de Garance Marillier, fantastique actrice à suivre de très près et qui tient le premier rôle à la perfection, l’oeuvre interpelle et donne envie de suivre le cinéma de Ducournau ainsi que l’espoir de voir plus de films de ce genre dans les productions françaises. Grave n’est pas parfait mais est in fine très réussi, et mérite assurément le coup d’oeil. Fred
Séance Interdite31 de Rob Zombie : Rob Zombie continue à prouver qu’il devient la caricature de lui-même avec ce 31. Ce n’est pas entièrement de sa faute cela dit, le succès n’a pas toujours été au rendez-vous pour lui lorsqu’il à tenté des choses plus expérimental, l’obligeant à refenir à ses fondamentaux et donc faire dans la redite. Le principal problème du film est son manque de budget, obligeant la mise en scène d’être aléatoire et d’offrir des effets cache-misère assez déplorable. Le tout manque de rythme, la construction narrative devenant terriblement répétitive et on peine parfois à s’attacher aux personnages principaux qui sont très caricaturaux. La force de Zombie, c’est dans sa manière de créer des antagonistes iconiques et ici encore il ne déçoit pas notamment avec l’antagoniste principal. Un sociopathe over the top et parfaitement incarné par Richard Brake mais qui est introduit trop tard dans le récit pour parvenir à le sauver. On s’ennuie un peu même si l’ensemble n’est pas foncièrement raté mais le film à beaucoup trop souvent recours à des facilités pour sauver ses personnages principaux. Par contre il devient de plus en plus évident que Sheri Moon Zombie n’est pas une actrice taillée pour tenir un premier rôle, elle est souvent à côté de la plaque dans une prestation figée et relativement fade. 31 est un déception pour tout fan du cinéma de Rob Zombie qui régresse violemment de quelques années. Fred
Pour son second jour de compétition, l’équipe du PIFFF n’a pas hésité à nous offrir des films singuliers. Pour le meilleur comme pour le pire.
Séance jeunesseLa fiancée de Frankenstein de James Whale (1935) : Quelle meilleure idée, pour initier les plus jeunes au cinéma fantastique, que de leur faire découvrir ce classique qui, en plus d’être le pendant romantique du plus humaniste des Universal Monster, reste parmi les meilleures suites que nous ait offert Hollywood ?
En Compétition The Greasy Strangler de Jim Hosking : Si vous êtes sensibles aux digressions electro-nonsensiques de Quentin Dupieux et, plus encore, que vous aimez l’humour gras de Sausage Party, alors rassurez-vous : The Greasy Strangler met la barre très haute. Si haute d’ailleurs que le film n’est en fait comparable à aucune autre production. Ses inspirations sont clairement à chercher du côté de certaines bandes-dessinés américaines trash et underground qui n’ont jamais eu leur place au cinéma. Quoi que l’on puisse penser de ce délire insolite où chaque effet comique nait d’un profond malaise, la radicalité jusqu’au-boutiste du dispositif est louable. Proposant les scènes de sexe parmi les moins érotiques de l’histoire du cinéma et surtout un serial-killer dont le modus operandi est bien plus écœurant que celui visible dans la grand majorité des films ouvertement gores, la proposition du britannique Jim Hosking (dont c’est le premier long-métrage après sa participation à au film à sketchs The ABCs of Death 2) relève presque d’une certaine poésie. Et pourtant, cette histoire de triangle amoureux et de relations houleuses entre un père et son fils peine tout de même à tenir la distance, au point que l’on en vient à regretter que ce concept n’ait pas été traité sous le format d’un court-métrage qui serait assurément vite devenu culte. Julien
Séance cultePrince des ténèbres de John Carpenter (1987) : Comme chaque année, un Carpenter vient trouver sa place dans la programmation du PIFFF. Après The Thing l’année dernière, on continue dans la trilogie de l’Apocalypse avec le second opus, Prince des ténèbres. Et qu’il est bon de découvrir ce classique sur grand écran en version restaurée. Le film n’a rien perdu de sa superbe et reste une des oeuvres les plus désespérées et fascinantes de son auteur qui mérite à être découverte ou redécouverte car elle reste relativement peu connue par rapport à d’autres oeuvres de Big John. Mise en scène inventive qui renouvelle sans cesse le huit clos et propose une imagerie iconique et viscérale, modèle du genre en terme de set up de l’intrigue et bourré de réflexions plus pertinente les unes que les autres et qui mène à un final dantesque. Un classique indétrônable. Fred
En CompétitionThe Unseen de Goeff Redknap : L’intention première du film est louable. Goeff Redknap, connu pour avoir fait les effets spéciaux de Deadpool et Watchmen entre autres, voulait renouveller la figure de l’homme invisible pour l’extraire de la série B dont il a toujours fait partie avec plus ou moins de succès pour lui donner une nouvelle dimension. L’idée de voir cet homme disparaître petit à petit et vouloir mettre les choses en ordre dans sa vie avant d’être totalement invisible est bien vue. Plus que ça même, il y a un propos sous-jacent sur la société actuelle et le rapport humain qui est brillant avec un tel principe surtout que le film s’ancre dans le drame social. Sauf qu’à mi-chemin, The Unseen semble être à court d’idées, change complètement son fusil d’épaule et plonge dans un thriller mou du genou et mal géré. Perdant toute sa force évocatrice pour montrer l’invisibilité comme un trait de famille qui est ériditaire, il va plus se concentrer sur la relation entre le père et sa fille pour venir parler maladroitement de transmission et devenir ennuyeux. Le film traîne en longueur, ne sait pas comment s’achever, les dialogues ne sont pas convaincant et le jeu d’acteur est parfois approximatif. On retiendra juste une ambiance sonore hypnotique assez saissisante, des effets spéciaux très réussis et minimalistes mais le tout est au service d’une mise en scène limitée qui se contente de suivre les codes du cinéma indé américain avec sa steady cam qui colle à ses personnages. Fred
Hors CompétitionThe Mermaid de Stephen Chow : C’est une belle réputation qui précède cette fable écolo : celle du plus gros succès au box-office chinois, loin devant tous les plus gros blockbusters hollywoodiens. Il est rassurant de savoir que les chinois sont sensibles à la protection de la nature, mais à y regarder de plus près, ce plébiscite massif est sans doute moins liée à sa morale pro-environnementale qu’au style propre à son réalisateur. 15 ans après le désormais culte Shaolin Soccer, Stephen Chow n’a rien perdu de son talent pour intégrer un humour purement cartoonesque là où on l’attend le moins. Même si les effets spéciaux, si on les voit individuellement, sont affreusement kitsch, l’usage qui en est fait dans cette étonnante comédie fantastique participe pleinement à son esprit décalé. Plus romanesque encore que La Petite Sirène de Disney, cette relecture du mythe issu du folklore scandinave, parvient à offrir des gags irrésistibles, même si l’on pourra regretter que ceux-ci se fassent plus rares au profit d’enjeux plus « sérieux » dans le dernier tiers du scénario. Au gré de prouesses vocales ahurissantes, de personnages à la fois insolites et caricaturaux et de situations toujours plus absurdes, le scénario comme la mise en scène de The Mermaid sont la preuve que Chow maitrise avec toujours plus de minutie ses coups de folie. Julien