PIFFF 2016, acte de fin : Trois derniers films et le palmarès

Avant que le Max Linder ne programme quelques séances de rattrapages pour les retardataires, la dernière journée du PIFFF 2016 aura été pleine de surprises.

Hors compétition Keeper of Darkness de Nick Cheung : Le film de Nick Cheung est un nanar tantôt assumé, tantôt complaisant et emprunt de lourdeur. Keeper of Darkness se révèle être complètement malade arrivant à faire cohabiter idées visuelles bien senties et fautes de goût parfois au sein d’une même scène comme il peut se montrer d’une dérision jubilatoire mais aussi d’un sérieux inébranlable et ridicule notamment dans son final téléphoné et bourré de pathos. Mais il est pourtant difficile de trouver le tout entièrement risible car aussi désagréable puisse être la démarche, le film se montre quand même très divertissant. Il y a une bonne gestion du rythme, certains scènes sont inventives et les personnages plutôt bien écrit même si il reste très caricaturaux, on les suit cependant avec un certain amusement. On regrettera une histoire d’amour plus malaisante que mignonne mais d’une certaine manière elle est très symptomatique du film, soulignant son charme dissonant. Il en devient donc très difficile de savoir si l’on a aimé ou pas Keeper of Darkness, qui est un film cinématographiquement raté flirtant avec le ridicule mais dont en résulte une oeuvre malade efficace et par moments très drôle.   Fred

Séance culte Opera de Dario Argento (1987) : Dario Argento, qui a honoré le PIFFF de son illustre présence, est un cinéaste de l’exubérance. Son Opera en est probablement un de ses exemples le plus frappant, conjuguant à la fois toute la virtuosité du metteur en scène mais qui montre aussi ses limites. Car oui, le scénario est parfois attendu, a des retournements de situations grand-guignolesques et les personnages ont des réactions surréalistes. Mais c’est aussi ce qui fait le charme de cette oeuvre over the top qui vient vendre un cinéma libre de toute contrainte et qui cherche avant tout l’inventivité des situations plutôt que leurs cohérences. En ça, le film devient un exercice de mise en scène fascinant, enchaînant les séquences d’anthologies devenues cultes à coup de plans iconiques, d’un montage habile et d’une maîtrise absolue, Argento n’ayant jamais aussi bien utilisé les outils qu’il avait à sa disposition. Il vient ici interroger avec intelligence le rapport sadomasochiste entre le spectateur et le cinéma d’épouvante à travers cette superbe idée des épingles fixés sous les yeux de l’héroïne, emprisonnant son regard. Une des images les plus connues du cinéma d’Argento. Opera est un film intelligent, visuellement ébouriffant et qui fait plaisir à voir ou revoir car malgré ses limites, un jeu d’acteur souvent approximatif et un scénario bancal, il est une proposition de cinéma totalement folle qui prône une liberté de création absolue.  Fred

Séance de clôture  Safe Neighborhood de Chris Peckover : Quelle plus belle façon de clore un festival en décembre que par un joyeux feel-good-movie chargé aux bons sentiments de noël ? Mais puisque le PIFFF ne fait pas comme les autres, c’est Safe Neighborhoob, une comédie féroce australienne signée par l’américain Chris Peckover (Undocumented) que l’équipe a choisi en guise de séance de clôture. Avec Levi Miller (le jeune héros de Pan),  Olivia DeJonge et Ed Oxenbould (respectivement Rebecca et Tyler dans The Visit), un huis-clos malin et irrévérencieux se met en place entre ces braves gamins. Maitrisant parfaitement les codes qu’il emprunte aussi bien du côté du home-invasion que de la comédie familiale, le réalisateur installe une ambiance joyeusement décalée qu’il s’amuse ensuite à retourner avec une brutalité et une perversité qui ne viennent pas de là où les attendait forcément. Pensée comme le anti-Maman, j’ai raté l’avion, cette satire acerbe de la petite bourgeoisie australienne puise sa force des situations cruellement hilarantes, car joyeusement amorales, qui naissent de l’escalade de violence avec laquelle elle joue jusqu’à la dernière minute. Un film d’horreur si loin des clichés qu’il en devient particulièrement efficace.  Julien

Palmarès  
Coté long-métrages, le plébiscite a été unanime puisque le Prix Ciné + Frisson (lui assurant de facto une diffusion sur la chaine) et l’Oeil d’Or remis par le public sont tous deux revenus à Grave de Julia Ducournau. Il faut dire que la bonne idée qu’a eu la réalisatrice de figurer le passage à l’âge adulte et l’éveil à la sexualité par un défi aussi parlant que celui d’assumer ses pulsions cannibales avait de quoi parler à de nombreux spectateurs, et que les scènes sanglantes et l’ambiance malsaine donnée à son campus-movie répondent parfaitement aux attentes des amateurs de cinéma tel qu’on vient en voir au PIFFF. C’est de plus la seconde fois consécutive (après Alone l’an dernier) qu’un film français y remporte l’adhésion du public. Une bonne nouvelle pour le cinéma de genre hexagonal !

Du côté court métrages, c’est Dénominateur Commun de Quentin Lecocq qui s’est vu gratifié du Prix Ciné + Frisson  du meilleur court métrage français tandis que Margaux de Joséphine Hopkins, Rémy Barbe et Joseph Bouquin a eu, lui, le Prix du Jury du meilleur court métrage français. Margaux a été diffusé avant la séance de clôture et on découvre un court métrage bien fait sur le malaise adolescent et la découverte de son corps mais aussi de ce que cela implique vis à vis des autres. Le thème est déjà-vu mais employé avec savoir-faire même si le tout est encore un peu scolaire et que les jeunes réalisateurs citent un peu trop leurs références. Ensuite Curve de Tim Egan a été aussi diffusé, lui qui a gagné l’Oeil d’Or des courts métrages internationaux. Muni d’un concept tout bonnement génial mais qui ne tient pas sur la longueur. Une fois la terrifiante et douloureuse exposition faîte, Curve aurait pu s’arrêter là car jamais il ne parvient à la dépasser. Et pour finir, c’est Popsy de Julien Homsy qui se voit muni de l’Oeil d’Or des courts métrages français, lui qui est une adaptation d’une nouvelle de Stephen King.

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Signes de vie, de Werner Herzog : à perdre la raison

Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.