PIFFF 2016, acte 5 : Les démons intérieurs peuvent prendre bien des formes

En plus de nous présenter deux sélections de courts-métrages (internationaux et français), les organisateurs nous ont proposé les deux derniers films de la compétition avant le palmarès final.

En Compétition Sam Was Here de Christophe Deroo : Perdu au fin fond du désert californien, un démarcheur va découvrir l’hostilité de la population locale. A l’issue du film, on se dit que ce premier long métrage de Christophe Deroo aurait pu être un chef d’œuvre, mais le constat est que Sam Was Here est un bon film sensoriel, moins un film narratif, s’achevant sur un sentiment désagréable d’inabouti et de déception. Avec sa trame déjà-vu, le réalisateur français aborde la narration sans l’intention de la renouveler ou d’y apporter une tension inédite, mais il éprouve néanmoins le désir féroce de proposer une expérience visuelle oppressante. On se dit que John Carpenter et David Lynch doivent assurément faire partis des influences du réalisateur, tout comme cette ambiance brumeuse typique des épisodes de La Quatrième Dimension.Difficile de nier que Sam Was Here a d’immenses qualités techniques (la lumière, le cadre, les environnements et le travail sur le son sont à tomber par terre) mais c’est dommage que l’intrigue en soit au final la perdante. Ce mystère sans fin qui parcourt le récit tombe progressivement à l’eau et on se retrouve davantage frustré que charmé par le fait que le réalisateur pose des questions sans qu’aucune réponse n’advienne. Sam Was Here est surtout le genre de cinéma dans lequel les instances de culture française n’osent pas s’aventurer. C’est dommage parce que, même s’il ne trouve pas l’équilibre entre le fond et la forme, Sam Was Here est une proposition de cinéma audacieuse et qu’on souhaite néanmoins voir plus souvent dans l’hexagone. Kevin L.

En Compétition Prevenge d’Alice Lowe : Le film d’Alice Lowe est une oeuvre bien difficile à aborder, pas qu’elle soit incompréhensible, loin de là mais elle nous tiraille au point qu’on ne sait pas trop quoi en penser. Comme souvent chez la cinéaste, elle gère la partie humour d’une main de maître. On rit souvent face à la satire immorale et maligne que brosse la scénariste, au point que l’on n’est prêt à pardonner un manque de subtilité flagrant. Mais c’est dans sa partie thriller psychologique que la sauce ne prend pas. Le concept assez génial du bébé pas encore né qui pousse sa mère à tuer n’est pas mené jusqu’au bout et le film préfère se laisser aller au classicisme. Une amère déception qui vient s’ajouter au rythme amorphe faute à une structure narrative répétitive et usante par ses longueurs. Les acteurs sont tous très bons, la mise en scène maîtrisée même si plastiquement assez fade mais le tout se laisse bien regarder, sauf que cela aurait pu être plus intéressant si Prevenge avait au final quelque chose à raconter. Son propos est trop lourdement appuyé et son histoire est éventée en quelques minutes, nous menant dans un récit tristement prévisible. Un long métrage clairement dispensable.   Fred

Hors Compétition The Priests de Jang Jae-hyun : Le principal défaut de ce The Priests, c’est de mettre du temps à démarrer. Même si poser l’intrigue, les personnages et les codes du film est essentiel, il faut bien admettre que ce que le film a vraiment pour lui c’est sa stupéfiante scène d’exorcisme. Le reste n’est pas mauvais, bien au contraire mais on navigue dans quelque chose de plus classique et attendu. Notamment autour du trauma qui entoure le personnage principal et qui paraît par moments un peu poussif. On regrettera que le lien entre le père Kim et la jeune possédée ne soit pas plus approfondi que ça, enlevant de la tension dramatique, ainsi que les scènes entre les deux personnages principaux soient finalement peu nombreuses. Le duo avait du potentiel, appuyé par de très bons acteurs, et il est rarement exploité en dehors de la scène d’exorcisme. Gros morceau du film, ce passage est par contre saisissant et d’une maîtrise folle. Un climax dantesque de plus d’une demi-heure qui se montre tantôt éprouvant et tantôt exaltant sachant jongler habilement entre le huit clos étouffant et une course poursuite impressionnante. Accompagné d’une mise en scène ample et sophistiquée, The Priests est un vrai régal pour les yeux et montre toute la maîtrise du cinéma coréen en terme d’horreur et de set piece. Même si on est assez loin du brio de The Strangers, autre film coréen sortie cette année, on reste face à du bon cinéma comme on voudrait en voir plus souvent.   Fred

 

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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