PIFFF 2016, acte 4 : De nombreux meurtres dont beaucoup que l’on prend plaisir à voir rester impunis

Troisième jour de compétion au PIFFF, et la présentation de films qui nous renvoient à notre nature profonde, celle d’un gros tas de viande et d’un futur cadavre encombrant.

En Compétition K-Shop de Dan Pringle : Fruit d’une longue tradition de cinéma social britannique, K-Shop est une peinture acerbe du mode de vie de nos chers amis d’outre-Manche avant d’être un véritable slasher gastronomique. Plus concrètement, davantage que signer la version « salade-tomate-ognon » du très beau film chinois Nouvelle Cuisine, le jeune Dan Pringle a tenu à renvoyer à ses compatriotes une image violente de la part belle à la lourde consommation d’alcool dans leurs traditions. Chaque scène dans laquelle Salah observe les exactions de jeunes avinés se retrouve en fin de compte plus choquante que les tueries qu’il sera ensuite poussé à commettre. Si le film coupe plus l’envie de se prendre une biture que de manger un kebab bien garni, c’est aussi parce que l’imagerie cradingue que l’on pouvait attendre de ce pitch n’est pas au rendez-vous. Après une première partie qui nous fait pleinement partager la bascule de Salah suite à la mort de son père, la seconde moitié du scénario s’étire en multipliant les fausses pistes via des personnages secondaires inexploités et en prenant la forme d’un thriller convenu ultra-manichéen. Tous les ingrédients d’un délicieux amuse-gueule trash et radical étaient pourtant réunis, mais après deux longues heures de cette recette mal dosée, on restera sur notre faim.  Julien

Séance Culte Hardware de Richard Stanley (1990) : Dès le milieu des années 80, le cinéma de science-fiction avait déjà assez avancé pour faire passer le mélange de sous-Mad Max et de sous-Terminator de Richard Stanley pour une série B parfaitement ringarde. Autant dire que, à sa sortie en 1990, son film post-apocalyptique était depuis longtemps condamné à rejoindre la case « nanar ». Même sa seule qualité qu’est la bande originale à laquelle participent Iggy pop et Mötorhead, est trop mal exploitée pour en retenir un véritable esprit rock. Que dire de son scénario ? Que ses premières minutes posent les bases d’un univers futuriste alarmant au fort potentiel (pollution mortifère, régime politique autoritaire…), qui disparaitra rapidement au profit d’un huis-clos confiné dans un appartement au design iconoclaste. Se voulant malsaines, chaque image suinte le mauvais gout, ce qui pourra ravir les amateurs de ce parti pris, mais qui rendra grotesque l’affrontement entre les humains et le robot qui est pourtant le centre de l’intrigue. Beaucoup trop de choix de cadrage et autres effets de mise en scène sont si risibles qu’ils rendent caducs les quelques efforts (analogie biblique abstraite et réflexion vaseuse sur l’Intelligence Artificielle) de trouver dans ce scénario quelque chose à sauver. Pire qu’un mauvais film : un calvaire qui semble interminable!

En Compétition Grave de Julia Ducournau : Grave est un film qui chamboule et fait parler de lui à travers des avis souvent dithyrambiques. Pourquoi ? Parce que la qualité du film est indéniable mais surtout parce que c’est un film qui fait figure d’OVNI au sein du cinéma français. On tente de souligner l’audace et l’ambition louable du projet parfois en le survendant un peu pour pousser les gens à le voir et les producteurs à offrir plus de films de cette trempe. Car le long métrage n’a rien du chef d’oeuvre souvent annoncé, il est un hybride parfois maladroit entre un film de genre et une oeuvre auteuriste. Maladroit car la partie horrifique est ce qu’il maîtrise le moins, le tout manque de tension et fait parfois un prétexte peut subtil pour symboliser la jeune fille qui devient femme surtout que cela mène à un final qui fait un peu tâche. Par contre lorsque que Julia Ducournau aborde le malaise adolescent et la mutation que cela entraîne de devenir adulte dans un monde chaotique qui te force à grandir, elle atteint une rare justesse. Film d’horreur moyen mais campus movie absolument génial où les scènes de fêtes et de bizutages sont superbement filmées avec un sens de la mise en scène très sophistiqué, arrivant à trouver un ton satirique et détournant habilement les codes du teen movie. C’est ce film là qu’on prend plaisir à voir, plus incisif, drôle et dérangeant que les explorations cannibales du long métrage. Soutenu par un casting impressionnant, avec la rélévation de Garance Marillier, fantastique actrice à suivre de très près et qui tient le premier rôle à la perfection, l’oeuvre interpelle et donne envie de suivre le cinéma de Ducournau ainsi que l’espoir de voir plus de films de ce genre dans les productions françaises. Grave n’est pas parfait mais est in fine très réussi, et mérite assurément le coup d’oeil.  Fred

Séance Interdite 31 de Rob Zombie : Rob Zombie continue à prouver qu’il devient la caricature de lui-même avec ce 31. Ce n’est pas entièrement de sa faute cela dit, le succès n’a pas toujours été au rendez-vous pour lui lorsqu’il à tenté des choses plus expérimental, l’obligeant à refenir à ses fondamentaux et donc faire dans la redite. Le principal problème du film est son manque de budget, obligeant la mise en scène d’être aléatoire et d’offrir des effets cache-misère assez déplorable. Le tout manque de rythme, la construction narrative devenant terriblement répétitive et on peine parfois à s’attacher aux personnages principaux qui sont très caricaturaux. La force de Zombie, c’est dans sa manière de créer des antagonistes iconiques et ici encore il ne déçoit pas notamment avec l’antagoniste principal. Un sociopathe over the top et parfaitement incarné par Richard Brake mais qui est introduit trop tard dans le récit pour parvenir à le sauver. On s’ennuie un peu même si l’ensemble n’est pas foncièrement raté mais le film à beaucoup trop souvent recours à des facilités pour sauver ses personnages principaux. Par contre il devient de plus en plus évident que Sheri Moon Zombie n’est pas une actrice taillée pour tenir un premier rôle, elle est souvent à côté de la plaque dans une prestation figée et relativement fade. 31 est un déception pour tout fan du cinéma de Rob Zombie qui régresse violemment de quelques années.   Fred

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.