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Premières photos de tournage pour Robin Hood : Origins

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Après Kevin Costner et Russell Crowe, c’est au tour de Taron Egerton (Kingsman)  d’endosser le costume du célèbre prince des voleurs dans Robin Hood : Origins, un reboot qui s’attardera sur les jeunes années de Robin des Bois. Le tournage a commencé en Croatie, et les premières photos circulent déjà sur la toile. De quoi ravir les curieux.

Un version engagée 2.0

Robin des Bois est un mythe qui fait les choux gras du cinéma épique depuis bien des décennies, et ce n’est pas prêt de s’arrêter ! En 2018 sortira sur nos écrans une énième adaptation, basée cette fois sur les jeunes années du héros. Interprété par Taron Egerton, acteur britannique révélé par la comédie d’espionnage Kingsman, Robin des Bois sera apparemment montré sous un nouveau jour, comme l’explique le producteur Basil Iwaynk :

« Nous allons raconter l’histoire d’un gamin qui part à la guerre en pensant qu’il va se battre pour une noble cause et participer à de grandes Croisades, avant de réaliser qu’en réalité, tout ça, c’est n’importe quoi. Il retourne à Sherwood avec des sortes de troubles, victime d’un stress post-traumatique. Il comprend qu’on lui a menti et il réintègre une société fracturée dont il ne fait plus réellement partie et dans laquelle il ne se reconnaît plus. Il constate que les pauvres se sont appauvris, et que les riches se sont enrichis. »

Ces propos engagés, qui laissent penser que le projet sera très ancré dans un contexte social, sont relayés et étayés par ceux du réalisateur Otto Bathurst qui s’est exprimé lors d’une conférence de presse peu avant le début du tournage :

« Lorsque j’ai commencé à vraiment me renseigner sur le personnage et sa légende, j’ai compris que l’histoire avait une réelle résonance avec le contexte actuel, plus que jamais en fait. Selon moi, faire un film, c’est présenter un reflet de ce qui se passe dans la société, faire ressortir une dimension humaine. Donc, au delà du caractère très divertissant de mon film, il y aura un propos, je le fais dans un but précis. Il y aura un sous-texte sur le gouvernement, la corruption et le pouvoir, mais aussi sur la nécessité d’apporter du changement à la société, dirigée par 1% de la population. Le message, c’est d’avoir le courage de se battre, de s’ériger contre cet état de fait. A mon sens cela a toujours été le sujet de Robin des Bois, mais ça le sera encore davantage dans ma version« .

Action et divertissement

Le film, qui n’en demeure pas moins un blockbuster avant tout, ne sera pas dépourvu d’action pour autant, comme en attestent les dires du scénariste Joby Harold, dont la volonté première a été de toucher un maximum de spectateurs en donnant à son script une dimension allégorique et contemporaine qui s’inscrit parfaitement dans l’ère du temps et qui reflète le dynamisme d’une jeunesse révoltée, entre rage, colère et énergie. Le projet, décrit comme âpre et réaliste, adopte un point de vue nouveau et différent sur le héros, et ce n’est pas Taron Egerton qui dira le contraire, puisqu’il se réjouit du côté très sombre et rude de Robin Hood : Origins dans une interview accordée à Collider, précisant :

« Contrairement à l’image assez sage et propre que l’on se fait de Robin des Bois, ici, ce sera une version plus drôle, plus virile, moins niaise. Enfin, on ne chantera pas dans les bois autour d’un feu ! Ce sera très « anti-establishment ». Et ce que j’apprécie aussi, c’est que Robin n’est pas parfait, il fait des erreurs : on revisite le mythe de manière réaliste. »

Le tournage, qui a débuté fin janvier en Hongrie et qui se poursuit actuellement en Croatie, est supposé durer quatre mois et demi, pour une sortie prévue en Mars 2018 au cinéma. Sur les premières photos, on peut y voir Taron Egerton et  Eve Hewson (dans le rôle de Belle Marianne) en train de filmer une scène de liesse, entourés de plusieurs soldats victorieux.

On retrouvera au casting de cette épopée médiévale à la sauce moderne Taron Egerton dans le rôle titre, Jamie Foxx en Petit Jean, Jamie Dornan sous les traits de Will Ecarlate, Eve Hewson dans la peau de la Belle Marianne, pendant que Ben Mendelsohn jouera le méchant Shériff de Nottingham et que Paul Anderson incarnera un personnage dont l’identité n’a pas encore été dévoilée. Sous la houlette du réalisateur de Peaky Blinders et coproduit par Leonardo DiCaprio, nul doute que ce Robin Hood : Origins suscite déjà la curiosité grâce à son positionnement résolument innovant.

Chez nous, un film de Lucas Belvaux : Critique

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Pouvoir des extrêmes et « endoctrinement » dans Chez Nous, nouveau film contesté de Lucas Belvaux.

Synopsis : Pauline, infirmière à domicile, entre Lens et Lille, s’occupe seule de ses deux enfants et de son père ancien métallurgiste. Dévouée et généreuse, tous ses patients l’aiment et comptent sur elle. Profitant de sa popularité, les dirigeants d’un parti extrémiste vont lui proposer d’être leur candidate aux prochaines municipales.

Avant même sa sortie en salles et avant même qu’il ne soit vu par qui que ce soit, Chez Nous est déjà source de polémique et d’une levée de boucliers de la part des militants et élus d’extrême droite. Seule la bande-annonce est sortie et pourtant, le film est sujet à de nombreuses critiques. Alors, que vaut le nouveau long-métrage de Lucas Belvaux, deux ans après Pas son genre ?

Au programme du nouveau film de Belvaux, casting 4 étoiles, endoctrinement et milieu populaire. Comme à son habitude, et comme il aime le faire, Lucas Belvaux vient poser sa caméra dans le nord de la France, dont il se sent plus proche, en raison de ses origines belges. En cette année 2017, année d’élection présidentielle française, le réalisateur prend de gros risques en abordant ce thème qu’est le populisme et l’attrait des extrêmes de la part de personnes qui se cherchent politiquement parlant. Comme une suite directe du personnage de Pas son genre, Emilie Dequenne flamboie une nouvelle fois, même si sa force de jeu est amoindrie par celle de ses collègues de jeu, Catherine Jacob, André Dussolier et Patrick Descamps en tête. Ce dernier, acteur récurrent des films de Belvaux, ne cesse de nous impressionner, bien que son rôle ne soit que secondaire. Avec André Dussolier, ils dégagent un charisme fou, dans lequel vient se fondre une personnalité complexe, parfois ambiguë. Difficile de cerner les intentions de chacun, entre désir de réussite et beaux discours.
La belle surprise vient également du côté de Guillaume Gouix, acteur montant du cinéma français récemment aperçu dans Braqueurs, Les Anarchistes ou encore Enragés. Ancien néo-nazi prêt à re-sombrer à tout moment dans la haine et la violence, Stéphane (son personnage) incarne tout ce que l’on déteste, nous faisant hésiter entre once de compassion et dégoût absolu. Son cynisme, mêlé à des sentiments radicaux enfouis au plus profond de lui nous font osciller à son égard.
S’offre donc à nous une pléiade d’acteurs incarnant des personnages tous bien distincts et ancrés dans des réalités qui leur sont propres, avec des passés plus ou moins douteux pour certains. Le principe de ne pas connaitre le passé de chacun, afin de laisser régner des parts d’ombre, est à la fois intéressant mais également glaçant. Mais même s’il s’avère excellent, ce n’est pas pour son casting que l’on s’intéresse à Chez Nous, mais bien pour ses propos et pour les sujets soulevés.

Contrairement à ce que tout le monde laisse sous entendre, Chez Nous n’est pas un film à proprement parler sur le Front National. Certes, des personnages, comme celui de Catherine Jacob, font directement penser à Marine Le Pen, ou bien les noms de partis ainsi que les logos sont des miroirs déformants de la réalité, mais le long-métrage est à appréhender comme un film sur les extrêmes, et sur les endoctrinements. La notion d’extrême droite pourrait aisément être remplacée par le djihadisme.
Par son point de vue, Lucas Belvaux ne peut pas être objectif, comme il se défend de l’être, mais il parvient tout de même à garder un certain recul sur les sujets filmés, sans pousser les traits ou faire de ses personnages des caricatures, à l’exception de celui d’Anne Marivin, trop poussé à l’extrême (dans tous les sens du terme). Le propos n’est en rien manichéen et ne vise pas à diaboliser qui que ce soit. Les mauvaises langues diront que Chez Nous advient comme une critique des propos/idées du Front National, mais ce n’est en rien cela. Le long-métrage de Belvaux s’intéresse au déclin, et non pas au sort final. On cherche à comprendre les raisons, ce qui vaut à certaines personnes, apolitiques de base, de virer dans les extrêmes. Ainsi, des stratégies de communication sont dépeintes, tout comme le choix des représentants, mûrement réfléchi afin de correspondre un maximum aux attentes des citoyens. De cela se dégage toute la puissance de Chez Nous.
Et lire dans certaines critiques que Chez Nous fait le jeu du Front National est une aberration absolue. Il faut être honnête, en avouant que le film ne lui fait pas bonne presse, mais les spectateurs sauront prendre du recul sur ce qu’ils sont en train de voir. Au mieux, le film confortera les électeurs frontistes dans leurs positions. Comme l’a dit Belvaux à plusieurs reprises, « Les élus Frontistes de notre société sont plus caricaturaux que mes personnages. » Chacun tirera les leçons qu’il souhaite du film.

Enfin, Chez Nous s’inscrit parfaitement dans la filmographie de Lucas Belvaux. Par des nuits américaines, des séquences grisâtres, parfois bleutées, et de longs plans donnant libre voie à ses acteurs, le réalisateur ne cesse de structurer ses codes cinématographiques. Les similarités avec 38 témoins et Pas son genre sont très facilement reconnaissables, et ce pour notre plus grand plaisir.

Que l’on soit contestataire ou bienveillant par rapport à ce film, Chez Nous est à voir pour s’en faire un avis bien tranché, au détriment de ce qu’ont pu dire les politiciens sur les plateaux de télévision. Lucas Belvaux a réussi son coup grâce à des acteurs toujours magistralement dirigés et un propos qui tient la route.

Chez Nous : Bande-annonce

Chez Nous : Fiche technique

Réalisateur : Lucas Belvaux
Scénario : Lucas Belvaux, Jérome Leroy
Interprétation : Emilie Dequenne, André Dussolier, Guillaume Gouix, Catherine Jacob, Anne Marivin, Patrick Descamps, Stéphane Caillard…
Photographie : Pierric Gantelmi d’Ille
Montage : Ludo Troch
Musique : Frédéric Vercheval
Direction artistique : Frédérique Belvaux
Producteurs : David Frenkel, Patrick Quinet
Sociétés de production : Synecdoche, Artemis Productions
Distribution (France) : Le Pacte
Budget : 5 340 000 €
Durée : 118 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 22 février 2017

France, Belgique – 2017

Berlinale 2017 : Le palmarès complet

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La Berlinale 2017 vient de s’achever et de dévoiler son palmarès remis par le jury présidé par Paul Verhoeven. Un beau palmarès plein de surprises qui nous rappelle que Berlin est plus enclin à récompenser les femmes que Cannes.

L’Ours d’Or a été remis à la hongroise Ildikó Enyedi pour son film On Body and Soul (ou Testről és lélekről en hongrois). Une étrange histoire d’amour, puisqu’elle prend place dans l’un des décors les moins glamours imaginables : Un abattoir. On comprend que ce décalage ait plu à Verhoeven.  Sa date de sortie en France n’est pas encore déterminée.

Le Grand prix du jury revient à Félicité, film du portugais Alain Gomis. Ce portrait de femme tourné à Kinshasa sortira chez nous le 29 mars.

Le Prix Alfred Bauer a été remis à la polonaise Agnieszka Holland pour son film Pokot. Un thriller annoncé comme subversif dont la date de sortie en France n’est pas encore déterminée.

L’Ours d’argent du meilleur réalisateur revient à l’inénarrable Aki Kaurismäki, pour son film L’autre côté de l’espoir qui sortira en France le 15 mars.

L’Ours d’argent du meilleur acteur est remis à l’autrichien Georg Friedrich (autrefois découvert par Michael Haneke) pour sa prestation dans Helle Nächte où il incarne un homme qui se rapproche de son
père via un road-trip bucolique. Sa date de sortie en France n’est pas encore déterminée.

L’Ours d’argent de la meilleure actrice a été attribué à la coréenne Kim Min-hee (vue récemment dans Mademoiselle) pour sa performance dans On the Beach at Night Alone, le prochain film de Hong Sangsoo dont la date de sortie en France n’est pas encore déterminée.

L’Ours d’argent du meilleur scénario a été remis aux chiliens Sebastián Lelio et Gonzalo Maza pour Una mujer fantástica, le drame d’une transgenre rejeté par la famille de son défunt mari. Sa date de sortie en France n’est pas encore déterminée.

L’Ours d’argent pour la contribution artistique est revenu à la monteuse roumaine Dana Bunescu pour son travail sur le film Ana, mon amour qui sortira en France le 3 mai.

L’Ours d’or du meilleur court-métrage a été remis à Cidade Pequena du portugais Diogo Costa Amarantes.

A Cure for Life, ou comment Gore Verbinski se venge des studios et adapte son BioShock

Malgré un accueil en demi-teinte, A Cure for Life est une œuvre à la richesse admirable qui permet à un cinéaste mésestimé de prendre sa revanche sur les gros studios de production. Retour sur un film plus habile qu’il n’en a l’air. ATTENTION SPOILERS.

Synopsis : Lockhart est un jeune cadre ambitieux travaillant pour une grosse firme financière américaine. Les patrons lui donnent pour mission d’aller rechercher son supérieur en convalescence dans un centre médical dans les Alpes Suisses. Là, il tombe sur une étrange institution dans laquelle il se retrouve malgré lui prisonnier mais dont il ne désespère pas de percer le mystère.

BioShock

Après une décennie à avoir baigné dans les blockbusters de studio, Gore Verbinski tente de se ressourcer avec son dernier film, faisant même de cela la base de son A Cure for Life. On ne peut s’empêcher de voir des similitudes entre son jeune héros et le cinéaste, tout deux brisés par l’influence du conglomérat, chaque parties d’un système vicié voulant l’asservir (d’un côté les gros studios/entreprises et de l’autre les puristes) tandis que lui se voile dans l’illusion de ne vouloir être qu’un bon cadre d’entreprise. Sauf que comme le souligne A Cure for Life, le rêve est terminé pour le cinéaste et il est temps de se réveiller, faisant un film avant tout pour lui en ne s’imposant aucune limites dans la radicalité de sa vision. Il n’a ni peur du ridicule, ni de déborder de son sujet et il embrasse toute ses imperfections pour mieux souligner le propos de l’oeuvre et offre un long métrage jusqu’au-boutiste aussi admirable qu’exaltant, bien qu’imparfait.

Avant de s’attaquer à ce projet, Gore Verbinski était très attaché à une adaptation cinématographique du célèbre jeu vidéo BioShock qui n’a malheureusement pas pu voir le jour en raison d’un studio trop frileux. Chose qui a très clairement contrarié le cinéaste, qui a apporté beaucoup de ses idées dans ce nouveau film, faisant de A Cure for Life, une adaptation indirecte de BioShock. Tout y est, l’environnement clinique et surannée où l’eau est omniprésente, la création d’un monde utopique par un mégalomane fou, la quête d’un personnage pour nous amener à la découverte d’un autre. Dans le jeu le joueur tente d’atteindre Ryan, le créateur de la ville sous-marine, le voyant comme l’achèvement de sa quête mais découvre la trahison d’Atlas, son guide, qui n’est autre que Fontaine en réalité, le méchant de l’histoire. Dans le film le héros part à la recherche de Pembroke, son supérieur hiérarchique, pour au final découvrir la folie de Volmer, qui se cache aussi sous une fausse identité. On y retrouve aussi la quête du père, la réflexion sur l’immortalité, un personnage qui évoque un Big Daddy, imposant garde du corps dans le jeu, ou un autre qui évoque la petite sœur, personnage corrompu par la folie du méchant que le héros doit libérer (ou tuer, le choix étant laissé au joueur). Mais ce que reprend surtout le film, c’est le concept de l’ADAM.

Dans le jeu, l’ADAM est une sorte d’élixir qui confère au joueur et à ceux qui l’utilisent des capacités spéciales. Un élixir qui est récolté et transformé par une sorte de limace de mer, mais pour pouvoir posséder de bonnes quantités de cet élixir, il faut l’intégrer à la paroi de l’estomac d’un hôte humain, qui devient presque un zombie, puis puiser l’ADAM grâce à des régurgitations. Dans le film, Verbinski remplace les limaces de mer par des anguilles tandis que l’élixir ne confère plus des pouvoirs mais un forme d’immortalité. Il se sert de tout cela pour retranscrire une vaste quête de pureté qui vire à l’obsession et se transforme en une monstruosité impure. On y retrouve les mêmes thématiques dans dans le jeu vidéo, le rêve qui se transforme en cauchemar, la lutte des classes, l’oppression du consumérisme et l’envie d’une existence d’opulence érigée au détriment des autres. On ne peut être fort si l’on n’a pas des faibles, quitte à les fabriquer. Le scénario devient habilement une critique acerbe du monde dans lequel on vit, et ce montre par moments bien plus intelligent qu’on pourrait le penser. Notamment dans cette séquence surréaliste qui voit le personnage principal accompagné d’Hannah s’échapper du centre pour aller dans un village voisin. Une scène qui marque l’éveil tourmenté d’une jeunesse troublée en quête de repaire. Chaque personne dans le bar où les deux protagonistes s’arrêtent sont dissociés de leur temps mais aussi des uns des autres, par leur look mais aussi leur attitude. Le scénario arrive avec finesse à souligner l’incommunicabilité d’une génération, qui ne sait s’exprimer que par la violence et la dégradation.

La richesse thématique du scénario est absolument vertigineuse et force le respect, entre la vengeance que prend le cinéaste sur les gros studios, la critique du monde d’aujourd’hui mais aussi une adaptation fidèle des obsessions du jeu vidéo qui a clairement inspiré son projet. Mais malheureusement, ce qui marche d’un point de vue symbolique, ne fonctionne parfois pas sur le plan narratif. En ça, le film sera parfois bien trop attendue dans ses ficelles narratives tout comme il manque cruellement de subtilité dans sa façon d’alimenter ses rebondissements. Il appuie beaucoup trop certains éléments, notamment par la mise en scène, pour que l’on ne devine pas la direction que va prendre le récit. Il bascule aussi dans un dernier acte over the top, où ses inspirations gothiques sont moins crédibles que l’atmosphère clinique qu’il avait si bien alimentée jusque là. Son final frise par moments le ridicule mais n’y tombe jamais vraiment car il retranscrit bien l’effervescence de la folie qui est censée exploser. L’absence de contrôle qui émane de la fin devient donc justifiée même si très clairement perturbante. Pour autant, on parvient à y croire grâce aux acteurs, tous très bons. Dane DeHaan est ici très en forme et apparaît presque à contre-emploi. Loin des performances d’ados perturbés qu’on lui prêtait, il s’impose en jeune homme confiant et impétueux avec une aisance et une justesse qui qualifie les grands, car grand acteur il l’est assurément. Mia Goth s’impose par son étrangeté touchante qui n’est pas sans rappeler celle de Christina Ricci, les deux actrices dégagent quelque chose de similaire. Et par cela, Goth trouve facilement sa place au sein du film où elle se montre très convaincante. Jason Isaacs pourra peut-être décevoir par sa prestation un brin caricatural sur la fin, mais il arrive par petites touches à trouver les nuances de son personnage.

A Cure for Life s’impose facilement comme une oeuvre solide malgré ses imperfections. Gore Verbinski y déploie une culture cinématographique impressionnante et soulignée par une mise en scène, certes trop appuyée par moments, mais plastiquement superbe. Les plans sont d’une inventivité rare, soutenue par la photographie hyper-stylisée du Bojan Bazelli, et créent une ambiance malsaine et fascinante qui marque la rétine. La mise en scène s’impose par son élégance et sa sophistication et fait plaisir à voir. Même la musique y est inspirée, flattant tout les sens du spectateur. Donc avec son scénario imparfait mais riche qui ne se refuse aucun excès, Verbinski signe une œuvre admirable par bien des aspects. A Cure for Life aura sans aucun doute ses détracteurs mais reste un film qui se doit d’avoir sa chance, car sous ses airs de série B de luxe, se cache un pamphlet fascinant sur notre façon de vivre. En plus d’être bien filmé et joué, il s’impose aussi comme une adaptation audacieuse du jeu BioShock, pas nécessairement celle demandée par les fans mais qui pourrait néanmoins les réjouir. Du très bon.

Rock’N Roll, un film de Guillaume Canet : critique

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En plein exercice d’autodérision, cachant en filigrane un regard incisif sur l’image des acteurs et leur rapport au public, Guillaume Canet, s’il n’évite pas quelques longueurs, remporte son pari et signe avec Rock’N Roll une comédie réussie.

Synopsis : Guillaume Canet, 43 ans, est épanoui dans sa vie, il a tout pour être heureux. Sur un tournage, une jolie comédienne de 20 ans va le stopper net dans son élan, en lui apprenant qu’il n’est pas très « Rock », qu’il ne l’a d’ailleurs jamais vraiment été, et pour l’achever, qu’il a beaucoup chuté dans la «liste» des acteurs qu’on aimerait bien se taper… Sa vie de famille avec Marion, son fils, sa maison de campagne, ses chevaux, lui donnent une image ringarde et plus vraiment sexy… Guillaume a compris qu’il y a urgence à tout changer. Et il va aller loin, très loin, sous le regard médusé et impuissant de son entourage.

« Je » Dangereux

Nul ne semblait pouvoir arrêter Guillaume Canet sur la route du succès ! Surtout après les triomphes  retentissants de Ne le Dis à Personne, qui lui valut entre autres le césar du meilleur réalisateur, et Les Petits Mouchoirs, deuxième plus grand succès commercial de 2010 en France, avec près de 6 millions d’entrées. Ces deux films lui ont ouvert les portes de l’Amérique, lui permettant de travailler avec Clive Owen et Billy Crudup avec Blood Ties, polar brut et remake des Liens du Sang de Jacques Maillot. Et ce fût la chute : le film, pourtant de très bonne facture, est incompris, divise la critique et ne trouve pas son public. Canet est par la suite victime selon ses dires d’un burn-out, vraisemblablement dû à cet échec. Cela le contraint de se retirer de la réalisation pendant un temps. C’est peut être durant ce laps que germa l’idée de Rock’N Roll : puisque plus de trois ans après, il est de retour avec une farce où il plonge directement le spectateur dans son intimité… et dans sa crise de la quarantaine !

Car tel est le postulat du film : regarder Guillaume Canet interpréter Guillaume Canet, acteur ayant plus qu’assez de véhiculer une image de « gendre idéal », cantonné aux rôles dramatiques et intériorisés si représentatifs de notre cinéma hexagonal. Talentueux et sobre pour les uns, dépassé et ringard selon les autres. C’est ce deuxième regard qui le fera littéralement exploser de ses gonds, le poussant à retrouver une nouvelle jeunesse tant physique que morale. La première partie laisse pourtant craindre du pire, avec facilités potaches, humour douteux et beaucoup de longueurs. Sa douleur au testicule gauche par exemple, bien que symbolique puisque prémices de l’introspection à venir, est trop appuyée pour être véritablement drôle. De même, le film aurait  gagné à être plus efficace s’il avait pu être amputé de quelques minutes. Mais cet exercice dans l’autodérision prend toutefois son envol de manière plus soutenue au fur et à mesure de l’avancée du long métrage et devient de plus en plus drôle quant aux crises du principal intéressé et du regard abasourdi de ses proches. Il est en effet assez jouissif de voir Guillaume Canet jouer un rock endiablé devant des bambins à un goûter d’anniversaire, prendre des rails de cocaïne et finir vidéo numéro un sur Youtube, ou tout simplement se transformer physiquement. L’autodérision va alors plus loin et prend progressivement la forme d’une autodestruction : Canet arrive dans sa seconde partie à exploiter au maximum son concept de base avec un élément principal dont nous tairons la substance et les aboutissants, laissant ainsi la surprise totale au spectateur.

Du rire intelligent

Déjà présente dans certaines comédies françaises (Ma Femme est une Actrice d’Yvan Attal, d’ailleurs pleinement référencée dans le film, mais aussi Le Bal des Actrices de Maïwenn ou encore Grosse Fatigue de Michel Blanc), cette introspection ironique montre également une critique plutôt acerbe de la société actuelle, et plus particulièrement celle de consommation de l’information à travers les médias. Nous arrivons en effet à un stade où les acteurs, artistes et autre artisans du spectacle sont catalogués, rangés dans des cases, non pas à cause de l’image qu’ils véhiculent, mais à cause de l’image qui leur est prise Par qui ? Les paparazzis, la presse à scandale, les médias en général, et donnant par conséquent carte blanche au public de jouer les arbitres et de fonder son propre jugement et ressenti vis-à-vis de ces artistes. A tel point que, comme le montre Rock’N Roll, si l’image renvoyée est volontairement balayée et tordue par l’artiste lui-même, la réaction, immédiate, est violente et choquée. Un simple bouleversement, dû à la banalisation de nos impressions, entraîne un manque de repères et donc une incompréhension qui amène à la critique facile. Point de vue plutôt intéressant et inédit au cinéma, surtout dans le domaine de la comédie française.

Le film marque également des points dans son refus du caractère autocentré. Car bien que Canet soit de tous les plans, le film n’existerait pas sans sa galerie de seconds rôles savoureux. Impossible ainsi de ne pas mentionner Marion Cotillard, dont la moindre apparition provoque irrémédiablement le sourire, voire le rire, le plus conquis. Si son mari symbolise les has been, elle constitue tout simplement son exact opposée : actrice désormais internationale, sur-investie dans la préparation de ses rôles, sujet à bon nombre de récompenses, césars et oscars en tête. La voir en pleine dispute avec son conjoint en utilisant l’accent québécois (puisque son tournage avec Xavier Dolan est très proche…), être émue aux larmes à la confection de son potager d’appartement ou encore grimée en Céline Dion dans un numéro musical en pleine nuitée confirment son aise dans le registre de la comédie. Nous pouvons également ajouter Yvan Attal, en pleine colère noire avec son frère dû au comportement de Guillaume, ou encore Johnny Hallyday, qui malgré le poids des années, n’a décidément rien perdu de son côté « rock’n roll », donnant lieu à des séquences assez savoureuses.

Ainsi, sous ses airs de comédie potache et d’égocentrisme appuyé, surtout souligné par la bande annonce et le début plutôt longuet du film, Rock’N Roll dépasse le simple exercice de style. Sous prétexte, avec une bonne dose de second degré,  de se moquer ouvertement de lui-même, Guillaume Canet revient en forme derrière la caméra et nous rend une satire intelligente du monde du show business.  

Rock’N Roll: Bande-annonce

Rock’N Roll: Fiche technique

Réalisation : Guillaume Canet
Scénario : Guillaume Canet, Philippe Lefebvre et Rodolphe Lauga
Interprétation : Guillaume Canet (Guillaume Canet), Marion Cotillard (Marion Cotillard), Philippe Lefebvre (Philippe Lefebvre), Yvan Attal (Yvan Attal), Camille Rowe (Camille Rowe), Gilles Lellouche (Gilles Lellouche), Kev Adams (Kev Adams), Maxim Nucci (Maxime Nucci)…
Photographie : Christophe Offenstein
Montage : Hervé de Luze
Son : Remi Daru,, Jean Gourdier et Jean-Paul Hurier
Producteurs : Alain Attal et Xavier Amblard
Sociétés de production : Les Productions du Trésor, Canal +, M6 Films
Distribution (France) : Pathé Distribution
Durée : 123 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 15 février 2017

France – 2016

Oscar du Meilleur Film : Nos 5 préférés

Depuis 1929 et le sacre de Wings, ce sont pas moins de 88 longs-métrages qui ont été récompensés par la prestigieuse statuette. Remis par l’Académie, qui doit faire son choix parmi des centaines de films, l’Oscar du meilleur film est annuellement convoité par tous les producteurs hollywoodiens, et parfois d’ailleurs. Même si, tous les ans, le bien-fondé de cet honneur est immanquablement discuté par des spectateurs déçus, il s’agit dans la plupart des cas de films marquants qui méritent de rentrer dans l’Histoire du Cinéma.

De ces films auréolés par la statuette dorée, lesquels ont trouvé une place particulière dans la cinéphilie des membres de la rédaction ? Evidemment, un choix subjectif parmi des films eux-mêmes sélectionnés non sans une certaine subjectivité ne peut en rien refléter la liste des plus grandes œuvres offertes par le cinéma américain mais révèle que nos rédacteurs et les membres de l’Académie ont finalement des goûts souvent similaires !

Le top 5 des Oscars du meilleur film selon la rédaction : 

1/ No Country for Old Men (Joel et Ethan Coen, 2007) : Grand retour des Coen au cinéma de genre après deux comédies (Intolérable Cruauté et Ladykillers) dans lesquels on a tous eu peur de voir leur mordant définitivement perdu, ce douzième long-métrage est surtout l’occasion pour eux de confirmer que leur maitrise des codes cinématographiques dépasse le film noir grâce auquel ils se sont fait connaitre. En transcendant les conventions d’un genre que beaucoup disaient alors désuet, c’est ni plus ni moins que le meilleur néo-western qu’ont mis au point les deux frangins de Minneapolis. Directement adapté d’un roman de Cormack McCarthy, leur scénario assure sa part de brutalité et de dénonciation directe à l’égard de la déliquescence de la société américaine. C’est dans une esthétique crépusculaire à la beauté bluffante, que se bâtit cette histoire tout autant teintée d’amertume que d’humour noir, et de laquelle va surgir l’un des serials killers les plus redoutables de l’histoire du cinéma américain.  Il n’en fallait pas plus pour rentrer dans la légende.   Julien

2/ Vol au-dessus d’un nid de coucou (Milos Forman, 1975): Avec un titre aussi beau que l’histoire qu’il raconte, ce film aura laissé son empreinte sur la cérémonie des oscars en remportant les 4 principaux (meilleur film, réalisateur, acteur et actrice) en 1976. Aujourd’hui encore il demeure une oeuvre à part, qui possède sa propre aura. Traitant d’un sujet peu abordé par le cinéma hollywoodien à l’époque, elle aura marqué les esprits de nombreuses générations. Randle McMurphy se fait passer pour un déséquilibré pour être interné et éviter la prison. Il découvre alors un milieu terrible et, choqué du traitement réservé aux malades, tente, à sa manière, de leur redonner un sentiment de liberté, d’émancipation, afin qu’ils reprennent goût à la vie. Avec un cadrage qui, sans cesse, enferme les personnages, et en utilisant des couleurs blanchâtres en abondance pour aseptiser le décor, Milos Forman signe une œuvre majeure, et offre à l’immense acteur qu’est Jack Nicholson l’un de ses plus beaux rôles, celui d’un homme intensément humain qui dénonce un milieu intensément déshumanisant.  Clément

3/ Forrest Gump (Robert Zemeckis, 1994) : Largement adapté du roman de Winston Groom, Forrest Gump de Robert Zemeckis est devenu une référence cinématographique dans la culture populaire. Nommé dans treize catégories lors des Oscars après sa sortie dans les salles en 1994, le film remporte six statuettes dont celles du Meilleur Film, du Meilleur Réalisateur et du Meilleur Acteur pour Tom Hanks. Acclamé par certains, touchés par le périple sentimental et historique vécu par son héros, et fustigé par d’autres qui y voient une œuvre simpliste et tire-larmes, Forrest Gump reste néanmoins aussi ordinaire qu’extraordinaire. Entre drame et comédie, le film émeut par l’innocence, la bonté et le charme de son personnage principal. Forrest Gump réconforte les âmes et nous laisse plus de vingt ans plus tard avec une pléthore de citations, dont les légendaires « Cours Forrest, Cours ! » et « La vie c’est comme une boîte de chocolats ».  Audrey

4/ American Beauty (Sam Mendes, 1999) : Brillamment réalisé par Sam Mendes, American Beauty tire le portrait pessimiste d’une Amérique rongée par l’ennui et les apparences.  Grâce à son ton cynique et un scénario astucieux, l’œuvre de Mendes est parsemée d’ironie dramatique. Dans American Beauty, sublimé par la musique de Thomas Newman, personne n’est réellement ce qu’il prétend être. Le militaire homophobe est secrètement amoureux de son voisin, la femme exemplaire trompe son mari, la copine aguicheuse n’a jamais eu d’expériences sexuelles. Le film trouve sa poésie à travers ses passages fantasmés et dans la seule relation sincère portée par Jane (Thora Birch ) et Ricky ( Wes Bentley). American Beauty dresse la satire du rêve américain, au cœur d’une famille dysfonctionnelle que rien n’unit. Kevin Spacey incarne parfaitement ce père de famille pathétique face à sa femme jouée par Annette Being, savoureusement détestable. L’Oscar est une surprise pour American Beauty tant le film dénonce la superficialité de la société américaine.    Roberto

5/ Le Parrain, 2ème partie (Francis Ford Coppola, 1974) : Après l’immense succès du Parrain, une suite fut mise sur le tapis. Non désirée par Coppola, il accepta de la faire à condition d’avoir carte blanche. Oeuvre complexe à la narration audacieuse, elle est pour beaucoup meilleure que la précédente, qui mêle passé et présent pour raconter une histoire de transmission d’un père à son fils à la portée universelle. Une Odyssée tragique où le fils se parjure dans la violence pour affirmer son autorité, répondant au parcours de son père. Déchirant et virtuose, il est d’une logique parfaite avec sa première partie, car plus qu’une suite il est la continuation de celle-ci, le troisième film sera quant à lui plus détaché de ses aînés. Le Parrain, 2ème partie porte donc bien son nom, se fondant au cœur d’une oeuvre unique sur la famille Corleone à la richesse visuelle et thématique ébouriffante. Il sera la première suite de l’histoire à avoir remporté l’Oscar du meilleur film, seul le dernier opus du Seigneur des Anneaux aura réussi cet exploit depuis.   Fred

Ils ont failli y être :  Twelve years a slave (Steve Mc Queen, 2014), Voyage au bout de l’enfer (Michael Cimino, 1978), Le Parrain (Francis Ford Coppola, 1972), Casablanca (Michael Curtiz, 1942), Rebecca (Alfred Hitchcock, 1941), Les Infiltrés (Martin Scorsese, 2006), Ève (Joseph L. Mankiewicz, 1950)…

 

Musique Jackie: l’orchestration raffinée et tragique de Mica Levi

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Après son score remarquable pour Under The Skin, Mica Levi refait surface et utilise sa science musicale pour le film de Pablo Larrain, Jackie. Entre ambiance triste et portrait viscéral, la bande originale de l’anglaise est une nouvelle fois une réussite incontestable tant elle capte avec finesse toutes les subtilités visuelles et thématiques d’un film miroir aux nombreuses variations.  

Dès les premières notes (« Intro »), la personnalité musicale de Mica Levi se fait ressentir. Pendant que la caméra scrute avec minutie les moindres émotions du visage de Nathalie Portman, la composition orchestrale se fait mélancolique et sombre, enveloppant alors Jackie dans une bulle aussi mystérieuse qu’évidemment triste. On le sait, la musicienne britannique, du nom de Mica Levi, sait parfaitement acclimater ses sonorités intimistes et ses structures alambiquées à l’exercice cinématographique : pour preuve sa précédente partition pour le non moins magnifique Under The Skin de Jonathan Glazer. Et en y repensant, la ressemblance entre les deux films germe de manière claire et le choix de s’entourer de Mica Levi apparaît comme flagrant.

Premièrement, le métrage de Jonathan Glazer et celui de Pablo Larrain ont pour point commun d’être l’étude de caractère presque documentariste de deux femmes en pleine mutation, deux identités dont les traits se dessinent avec une certaine pluralité des facettes engendrées. Alors que la bande sonore d’Under The Skin se voulait essentiellement électronique voire « indus » , accentuant de ce fait l’imagerie nocturne et déshumanisante de son cadre, celle de Jackie se fait plus orchestrale et s’inscrit dans une construction plus classique et coutumière avec l’utilisation prépondérante d’instruments à cordes ou à vent. Bien évidemment le décorum est tout autre : on passe d’une Écosse obscure et désœuvrée à la luxuriance déchue de la Maison Blanche et ses vestiges historiques.

Mais cela ne veut pas dire que Mica Levi se renie ou dépersonnalise ses créations. Malgré un contour sonore différent, l’ambition reste la même : celle d’une musique qui arrive à déchiffrer les silences et les symboliques de la mise en scène pour laquelle elle existe. De ce point de vue-là, Mica Levi arrive une nouvelle fois à immerger le spectateur dans les tréfonds d’une symphonie aussi tragique qu’élégante (« Walk to the Capitol ») qui jalonne le métrage de Pablo Larrain d’une aura horrifique presque latente, d’une culpabilité sans horizon. La musique de Levi a une qualité inusable derrière son modernisme transgenre : l’utilisation du silence et la fragmentation de sa matière réorientent les attentes émotionnelles d’une Jackie Kennedy qui lutte contre le choc de l’assassinat de son mari.

Par ailleurs, dans « Empty White House », les motifs classiques et majestueux disparaissent avec une brutalité confondante pour capter le sens vif de l’imperfection humaine de Jackie. En corrélation avec l’aspect sensoriel de l’esthétisme de Pablo Larrain, Mica Levi, à travers des violons aussi imposants qu’intimistes, décrit parfaitement l’état émotionnel de son personnage et se détache de son univers pour stratifier son atmosphère entre lumière et obscurité. Moins stridente et plus souple dans ses envolées lyriques, malgré quelques secousses sonores distordues (« Burial »), la partition semble constituer ses mélodies à travers deux émotions bien distinctes : la tristesse quant au deuil vécu qui se confronte habilement à cette note d’espoir qui se déploie grâce à la pugnacité et à la dignité de son personnage (« Tears »). Tout comme Jackie Kennedy, Mica Levi façonne une musique à double visage qui gravite entre tragédie et grandeur.

Le point d’orgue s’avère être « Vanity » : un morceau d’une splendeur presque inégalable avec ses arpèges faisant ressortir la solitude de Jackie mais dont la rythmique se fait ample comme si elle juxtaposait ses saccades au pouls de Jackie, délivrant de ce fait un apaisement presque serein. De même pour « Graveyard », avec ses notes de piano lancinantes et ses tambours militaires, qui décrit la perte familiale tout en laissant entrevoir les responsabilités d’une Première Dame. A l’image du film, Mica Levi étudie les contours des sentiments de son personnage et ajoute au film, une deuxième lecture au portrait de Jackie en matérialisant les pensées bouillonnantes de sa protagoniste. Une nouvelle fois, Mica Levi transcende son sujet pour construire non pas une bande originale s’accommodant au contexte évoqué, mais devient une véritable réflexion psychanalytique du métrage.

Et même si parfois son utilisation en devient omniprésente et asphyxiante, le montage sonore et visuel de Jackie s’imbrique avec délicatesse. Jackie est une œuvre qui épie cette culture politique fixée sur la gestion d’image, où la représentation devient un faux semblant et c’est pourquoi une grande partie de la musique alimente ce jeu de surfaces et la construction d’un être au multiples reflets. Car au-delà du fait d’être une introspection de l’esprit de Jackie, Mica Levi échelonne la puissance de ses mélodies aux traits du visage de Nathalie Portman : comme si la lecture corporelle du personnage de Jackie se lisait à travers la musique.

Musique Jackie tracklist

  1. Intro
  2. Children
  3. Car
  4. Tears
  5. Autopsy
  6. Empty White House
  7. Graveyeard
  8. Lee Harvey Oswald
  9. Walk to the Capitol
  10. Vanity
  11. Decision Made
  12. Burial
  13. The End
  14. Credits

 

 

La Warner veut Mel Gibson pour réaliser Suicide Squad 2

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L’éternel interprète du Mad Max est en passe de se frotter à d’autres têtes brûlées : celles de la Suicide Squad !

Mel Gibson chez DC Comics ? Non, vous ne rêvez pas. Selon nos confères du Hollywood Reporter, il semblerait que l’acteur-réalisateur, connu pour ses frasques et autres emportements avec la drogue et l’alcool, serait le premier choix des studios Warner pour tourner la suite de la gaudriole coupée au méchant de David Ayer, Suicide Squad. Un choix étonnant, si ce n’est insensé, qui ne manque cela dit pas confirmer ce que de nombreux professionnels pensent depuis la sortie de son dernier film : Mel Gibson est de retour ! Actuellement affairé sur la suite (ambitieuse) de « sa » Passion du Christ et bientôt aux Oscars où il est nommé plusieurs fois pour son impressionnant Hacksaw Ridge (Tu Ne Tueras Point), rien ne dit si « Mad Mel » acceptera cela dit de se plier aux exigences d’un studio, qui plus est Warner, soumis depuis le début à de vives tensions dans sa frange super-héroïque. Mais ça serait mentir que de ne pas être curieux face à cette probabilité particulièrement alléchante ; car si l’on s’arrête un instant sur le style du metteur en scène de Braveheart, pas de doutes : Gibson est l’homme de la situation. Filmant sans effort des scènes de violences ultra-brutales, capable de distiller dans ses projets un profond relent de rédemption et capable de diriger des acteurs compliqués, il serait une brillante alternative à David Ayer, dont la première mouture de cet univers de super-méchants avait particulièrement déçu, la faute à un scénario (écrit par ses soins en 6 semaines) confus, incohérent et surtout bâclé laissant peu la place au Joker, pourtant teasé à outrance dans la promotion. Il est à noter que Warner, bizarrement très prévoyante/entreprenante, a aussi communiqué dans la foulée de cette annonce, forcément imprévisible, une liste de réalisateurs potentiels en cas d’une défection de Gibson ; laquelle contiendrait Daniel Espinosa (Enfant 44, Sécurité Rapprochée) ; Ruben Fleischer (Bienvenue à Zombieland, Gangster Squad) et Jonathan Levine (Warm Bodies ; 50/50) ; autrement dit 3 faiseurs, ce qui ne fait qu’ajouter à l’excitation de voir Gibson emballer une aventure remplie de méchants.

En rappel, la bande-annonce de Suicide Squad, l’opus le plus décrié du DC Comics Universe

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Too Old to Die Young : Nicolas Winding Refn va envoûter les sériesphiles sur Amazon

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Le cinéaste talentueux Nicolas Winding Refn travaillerait sur un projet de collaboration avec Amazon pour les besoins d’une série intitulée Too Old to Die Young. La rédaction de Variety a levé le voile sur ce programme de fiction ambitieux dont le tournage pourrait débuter dès cet automne.

Nicolas Winding Refn a marqué des générations entières de cinéphiles avec des œuvres singulières. La trilogie Pusher, Bleeder, Bronson, Drive, Only God Forgives ainsi que The Neon Demon ont permis au réalisateur danois de se faire un nom à Hollywood. Amazon vient en effet de s’engager avec Nicolas Windinfg Refn pour un projet de série télévisée. Les mordus de cinéma passionnés de son travail et de ses œuvres doivent être en transe suite à l’annonce de cette fiction ambitieuse dévoilée il y a quelques jours. Le tournage de Too Old to Die Young devrait débuter à l’automne prochain. Cette série, accessible sur la plateforme d’Amazon, sera composée de 10 épisodes.

La rédaction de Variety, qui a dévoilé en exclusivité des informations sur ce programme, a tenu à rappeler qu’Amazon Studios avaient déjà par le passé travaillé avec le réalisateur de Drive. Son long-métrage The Neon Demon avait en effet été co-distribué par le géant américain.

Les fans absolus de l’œuvre de Nicolas Winding Refn – qui pourraient craindre le pire avec ce partenariat avec Amazon estimant que le cinéaste vendrait son âme au diable et qu’il risquerait de perdre son libre arbitre et de tomber dans l’enfer des studios – risquent d’être rassurés en découvrant les premières pistes dévoilées par Variety sur l’intrigue et le contenu de la série. Too Old to Die Young entraînera les téléspectateurs dans les bas-fonds de Los Angeles. Cette série policière devrait être le cadre d’une vision décadente de la cité des Anges où la drogue, la criminalité rampante et la drogue cohabitent. L’ambiance pourrait donc s’apparenter à l’univers extrêmement sombre et malsain développé par le cinéaste dans sa trilogie Pusher. Bret Easton Ellis n’a qu’à bien se tenir ! Nicolas Winding Refn risque de donner une vision de L.A. assez exceptionnelle et inoubliable. Les amateurs du film de Dan Gilroy, Night Call, risquent donc de ne pas trop être dépaysés non plus.

Nicolas Winding Refn devrait réaliser l’ensemble des 10 épisodes de la série, à la manière de David Lynch pour le grand retour tant attendu de Twin Peaks. Le réalisateur danois occupera également le rôle de producteur pour la série Too Old to Die Young. Il devrait également participer au travail d’écriture du scénario aux côtés de l’auteur Ed Brubaker, qui travaille notamment dans l’univers des comics américains et qui a participé à l’écriture de Westworld.

Aucun nom n’a encore été dévoilé pour le casting des 10 épisodes de la série. Variety a indiqué que des négociations importantes se déroulaient à Hollywood pour rejoindre le tournage en automne prochain. Trois acteurs majeurs se seraient ainsi vus proposer un rôle dans la série. Aucun nom n’a été officiellement dévoilé. Et aucun contrat n’aurait été signé pour le moment.

Amazon disposera donc d’un atout colossal dans le marché très concurrentiel et sans pitié de la VOD et du streaming face à son concurrent Netflix. Too Old to Die Young va ainsi renforcer le catalogue d’Amazon Studios après Transparent ou bien encore Mozart in the Jungle.

Pour patienter avant l’automne et la diffusion à la fin de l’année 2017 ou au début de l’année 2018, la rédaction de CineSeriesMag vous encourage vivement à découvrir ou redécouvrir les œuvres de Nicolas Winding Refn, cinéaste danois de génie.

 

Vikings, une série de Michael Hirst : Critique de la saison 4

Alors que la saison 3 s’était achevée sur l’épisode décisif du siège de Paris, la puissance des « hommes du Nord »  s’en était trouvée gravement ébranlée malgré leur victoire. Entre une armée décimée, un Roi grièvement blessé et un traître dans les rangs, les Vikings vont-ils trouver la force de se relever d’une telle débâcle ? 

Synopsis : Depuis que Rollo a prêté allégeance aux Francs, Ragnar n’a de cesse de vouloir retourner à Paris pour se venger. Mais entre sa santé fragile, son addiction aux psychotropes, sa perte de crédibilité auprès de son peuple et les multiples complots qui secouent son royaume, les temps sont mouvementés. Alors que les alliances se font et se défont, sa chute paraît inéluctable : ses fils se préparent donc à prendre la relève, Bjorn et Ivar en tête. 

La diffusion de la saison 4 de Vikings, composée de vingt épisodes, s’est étalée sur près d’un an avec une césure de six mois marquant un tournant radical dans la série. Alors que Ragnar régnait en maître et en stratège durant les saisons précédentes, ici, il est bien question de sa chute et de sa succession. Quel sera le nouveau Roi ? C’est la question à laquelle l’intrigue tente de répondre en amorçant une transition décisive dans l’histoire avec l’apparition d’une seconde vague de héros qui remplacent les anciens et le lancement en grande pompe de nombreuses pistes qui signent l’entrée des Vikings dans une ère nouvelle, moderne et sanglante.

La fin d’une époque

Les dix premiers épisodes de la saison 4 se focalisent essentiellement sur la descente aux enfers de Ragnar, qui ne cesse de toucher le fond. Trahi par son frère Rollo, son statut de leader est définitivement contesté lorsqu’il mène ses troupes à la mort à deux reprises pendant les assauts catastrophiques qu’il lance sur Paris. Ses rapports avec Floki se détériorent, tout comme son mariage avec Aslaug ; et ses stratégies de combat ne portent plus leurs fruits. De plus, entre ses blessures dont il a du mal à guérir et son addiction aux psychotropes, Ragnar devient instable, violent et irréfléchi. Affaibli et vieillissant, il perd le respect de son peuple, et même ses fils lui tournent le dos lorsqu’ils apprennent que leur père leur avait caché un lourd secret des années durant. De fait, on ne peut s’empêcher de remarquer que l’intrigue, qui piétine péniblement, n’en finit pas de nous montrer la déchéance d’un mythe, ce qui s’avère pénible. D’une part, il est difficile de voir une série s’acharner sur un de ses héros ; d’autre part il n’est pas évident de saisir l’intérêt scénaristique de Vikings dont l’action se fige et s’éternise soudain. On déplore également le morcellement de la narration un peu malhabile, qui se partage de manière éclatée entre la France, l’Angleterre et la Scandinavie pour nous montrer simultanément les troubles et les tumultes qui agitent les différents protagonistes. Mais le manque de liant rend le procédé redondant, et toute la partie sur le Wessex, la Mercie et la Northumbrie s’apparente à du remplissage. Transition maladroite entre l’ancienne et la nouvelle génération, cette première partie peine à trouver son équilibre et s’attarde sur des sous-intrigues rébarbatives dont l’attrait s’affadit. Hormis deux ou trois batailles épiques (mais terriblement cruelles pour les Vikings), quelques séquences captivantes (le voyage initiatique de Bjorn dans le grand Nord) et deux ou trois complots dignes d’intérêt, on ne retrouve ni le mysticisme brumeux ni l’ambiance si particulière qui avaient fait de Vikings une série de référence. Une rupture brutale qui permet cependant à une page de mieux se tourner.

Le Roi est mort, vive le Roi !

Avec la seconde partie, dont l’intrigue se déroule dix ans après les événements décrits dans la première, on retrouve un Ragnar grisonnant et illuminé qui n’est plus que l’ombre de lui-même. Obsédé par un énième désir de vengeance, il retourne à Kattegat après des années d’exil et, malgré les huées de son peuple et l’hostilité de ses fils désormais adultes, il tente une ultime fois de les rallier à sa cause pour partir faire un raid dans le Wessex et tuer son vieil ennemi, le Roi Ecbert, responsable du massacre de plusieurs colonies vikings. Si le rythme laborieux de départ est loin du dynamisme survolté qui a donné à la série ses lettres de noblesse, un tournant intéressant s’opère puisque Ragnar passe le flambeau et la relève s’organise : il écrit l’histoire une dernière fois, comme s’il signait un testament, et remet le destin de son royaume entre les mains de ses héritiers, allant jusqu’à se sacrifier. A partir de cet instant, on bascule dans une autre ère et les héros de jadis disparaissent au profit d’une jeune génération avide de faire ses preuves. Parmi les nouveaux personnages, on remarque l’émergence d’Ivar Le Désossé, le fils handicapé de Ragnar dont la rage et la folie meurtrières redonnent un second souffle à l’histoire et relancent incontestablement l’action. La ferveur et l’enthousiasme reviennent progressivement, surtout avec les cinq derniers épisodes qui clôturent la saison en beauté. Les Vikings reprennent du poil de la bête et regagnent leur superbe, notamment grâce aux stratégies militaires innovantes d’Ivar, qui assiège le Wessex avec une ingéniosité épatante. Le sang gicle, les cris retentissent, les cornes grondent, Kattegat se fortifie considérablement et devient une grande puissance, les têtes tombent : le grand spectacle revient et la série, après avoir fait peau neuve, renoue avec son primitivisme d’antan pour notre plus grand plaisir. 

En somme, en dépit d’une transition laborieuse et d’importants passages à vide qui font fluctuer notre intérêt, Vikings perd en intensité pour mieux repartir et rectifie très efficacement le tir en ouvrant un nouveau chapitre de son histoire, amorçant en prime des pistes prometteuses pour la suite avec du sang neuf en quête de gloire. Bon moyen pour la série de se renouveler grâce à ce second souffle qui empêche l’intrigue de se figer, ce passage de flambeau a parfois raison de notre patience, mais l’attente n’est pas vaine. 

Vikings Saison 4 : Bande-annonce (VOSTFR)

Vikings : Fiche Technique

Création : Michael Hirst
Réalisation : Ciaran Donnelly, Ken Girotti, Helen Shaver, Jeff Woolnough, Daniel Grou, Sarah Harding et Ben Bolt
Scénariste : Michael Hirst
Interprétation : Travis Fimmel (Ragnar Lothbrok), Clive Standen (Rollo Lothbrok) Katheryn Winnick (Lagertha Lothbrok), Gustaf Skarsgård (Floki), Alexander Ludwig (Bjorn) ; Alyssa Sutherland (Aslaug), Linus Roache (le roi Ecbert), Maude Hirst (Helga), Peter Franzén (Harald), Jasper Pääkkönen (Halfdan), Alex Høgh Andersen (Ivar)
Direction artistique : Jon Beer
Décors : Jil Turner
Costumes : Joan Bergin
Photographie : John B. Bartley
Montage : Aaron Marshall et Michelle Conroy
Musique : Trevor MorrisSociété de production : Irish Film Board, Take 5 Productions et World 2000 Entertainment
Genre : Historique, action
Diffuseur : History Chanel
Format de la saison : 20 épisodes de 42 minutes
Dates de diffusion : 18 février 2016 – 1er février 2017

 

 

Canada-Irlande – 2016

Alibi.com, un film de Philippe Lacheau : Critique

Après le succès de Babysitting 1 et 2, Philippe Lacheau amène un vent de fraîcheur dans le genre de la comédie française, qui se repose trop sur ses acquis. Alors, Alibi.com est-il une réussite prête à renouveler le genre ou une énième comédie bien trop sage ?

La nouvelle comédie de Philippe Lacheau était attendue au tournant. Révélés au grand public par la surprise Babysitting, Lacheau et sa bande ont connu un accueil inattendu (2 millions d’entrées). Réitérant leur recette magique dans la foulée, Babysitting 2 n’était qu’une redite du premier volet fonctionnant exactement sur le même schéma, mais les 3 millions d’entrées ont encouragé l’équipe à retourner dans les salles obscures très rapidement. Lacheau, cette fois seul à la réalisation, retrouve ses amis Tarek Boudali et Julien Arruti pour la comédie Alibi.com. Ayant jusque là apporté des innovations au genre de la comédie  française bien trop paresseuse, on pouvait se demander si Alibi.com allait confirmer les vétérans de la « bande à Fifi » comme pionniers d’un certain renouveau. Alibi.com est finalement une comédie à l’humour gras mais bien rythmée, qui malgré une formule bien trop classique, connaît quelques séquences inspirées.

Une comédie convenue mais encourageante

Alibi.com surprend avant tout par son casting. L’équipe qui a tenté de financer en vain pendant des années une parodie du Titanic, peut désormais s’offrir Nathalie Baye ainsi que de nombreux caméos, de Norman Thavaud à Kad Merad. Et c’est avant tout dans son prologue et son défilé de stars qu’Alibi.com réussit. A ce moment-là le concept semble fort, drôle et original. Cependant l’histoire balaye rapidement le quotidien de l’agence experte en mensonges pour se concentrer sur la romance de Philippe Lacheau et Elodie Fontan. On ne retrouvera une séquence similaire au prologue qu’à la fin du film. Dès que les enjeux de l’histoire sont posés, le film devient bipolaire. Alibi.com alterne entre des passages éculés et archétypaux et des séquences absurdes et délirantes. Le personnage de Didier Bourdon se retrouve dans le même hôtel que sa femme et sa fille, alors qu’il était censé passer un week-end en douce avec sa maîtresse jouée par l’hilarante Nawell Madani. Le pitch original du film s’efface donc rapidement pour donner des scènes convenues et téléphonées. La maîtresse et son amant ne partagent finalement que très peu de scènes ensemble, et les enjeux du film sont très vites désamorcés tant les personnages de Nathalie Baye et Didier Bourdon se rabibochent rapidement. Mais là où le film fait rire, c’est lorsqu’il s’éloigne de son intrigue vue et revue pour offrir des séquences comiques pleines de références. Retour vers le futur, Star Wars, Fast and Furious ou encore Assassin’s Creed, les hommages à la culture geek et populaire sont nombreux. C’est lors de ces passages qu’on retrouve l’humour décalé, propre à la « bande à Fifi ». Philippe Lacheau pourrait exceller dans une parodie semblable à la saga Scary Movie, s’éloignant ainsi des comédies populaires trop codifiées.

Un film sauvé par sa rare audace

Cette comédie ne serait finalement qu’un alibi pour les producteurs, afin que la bande de Philippe Lacheau s’amuse lors de ces passages déconnectés de l’histoire mais burlesques et délirants. Malheureusement, la comédie reste globalement trop gentillette mais surprend parfois en jouant sur des codes propres aux comédies françaises. Certaines facilités scénaristiques du début sont excusées grâce à l’écho comique qu’elles trouvent lors de l’épilogue. D’un côté, le film a conscience de ces codes et en joue, mais de l’autre côté, il en use grossièrement, rendant trop visibles ces ficelles scénaristiques. Bien qu’éculées, certaines scènes sont quand même agréables grâce à un sympathique ensemble d’acteurs. Nathalie Baye se laisse aller à un twerk avec Didier Bourdon. Philippe Lacheau ne surprendra pas par son jeu, incarnant de la même manière Greg que son héros du diptyque Babysitting. Mais une réelle alchimie se dégage entre le cinéaste et sa partenaire Elodie Fontan. Les personnages secondaires sont assez oubliables et finalement peu essentiels au film, si ce n’est pour quelques répliques bien placées. On reprochera au film son côté brouillon, alternant entre deux identités bien distinctes. Alibi.com est plein de bonne volonté et l’on ressent un humour insolent qui gagnerait à être développé.

Malheureusement le métrage reste significatif du paysage comique et cinématographique français qui peine à être dépoussiéré. Là où Alibi.com pourrait assumer son délire jusqu’au bout, il décide de se complaire dans la facilité, retardant une fois encore un potentiel renouveau de la comédie française au cinéma.

Alibi.com : Bande-annonce

Synopsis : Greg a fondé une entreprise nommée Alibi.com qui crée tout type d’alibi. Avec Augustin son associé, et Medhi son nouvel employé, ils élaborent des stratagèmes et mises en scène imparables pour couvrir leurs clients. Mais la rencontre de Flo, une jolie blonde qui déteste les hommes qui mentent, va compliquer la vie de Greg, qui commence par lui cacher la vraie nature de son activité. Lors de la présentation aux parents, Greg comprend que Gérard, le père de Flo, est aussi un de leurs clients…

Alibi.com : Fiche technique

Réalisation : Philippe Lacheau
Scénario :  Philippe Lacheau, Julien Arruti et Pierre Dudan
Interprètes : Philippe Lacheau (Grégory), Elodie Fontan (Flo Martin), Julien Arruti (Mehdi), Tarek Boudali (Augustin), Nathalie Baye (Mme Martin), Didier Bourdon (Gérard Martin)…
Photographie : Dominique Colin
Musique :  Loïc Van Zon
Directeur du casting : Meriem Amari
Chef monteur : Olivier Michaut-Alchourroun
Chef décorateur : Samuel Teisseire
Directeur de production : Carole Bonamy
Chef costumier : Eve-Marie Arnault
Chef costumier : Olivier Michaut-Alchourroun
Productrice :  Alexandra Fechner
Producteur exécutif : Franck Milcent
Sociétés de production : CN5 Productions, Fechner Films et TF1 Droits audiovisuels
Participation : Canal +, TF1
Distribution : Studiocanal
Genre : comédie
Durée : 90 minutes
Date de sortie : 15 février 2017

France – 2017

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Dans la forêt, un film de Gilles Marchand : Critique

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Comme il est coutume de le dire, Dans la Forêt est à éviter si vous avez peur de vous retrouver perdu dans des bois hantés par le diable. En vérité, Dans la Forêt est surtout à éviter si vous vous moquez de ceux qui ont peur des bois hantés. Oserez-vous vous y aventurer ?

Synopsis : Tom et Benjamin, deux frères de 8 et 12 ans, vont retrouver en Suède leur père qu’ils n’ont plus revu depuis un an. Ce dernier leur a réservé une belle surprise : Une randonnée en forêt et quelques jours dans une cabane isolée. Avant même le départ, Tom a le pressentiment que les choses vont mal se passer.

Voyage en terres inconnues

Malgré les deux longs-métrages qu’il a depuis réalisés, le nom de Gilles Marchand reste associé au scénario de Harry, un ami qui vous veut du bien, qui conserve depuis plus de 15 ans le statut de thriller le plus malsain du cinéma français. Marchand n’a pourtant pas cessé depuis de travailler avec Dominik Moll, et c’est ensemble qu’ils ont mis au point une quête initiatique, sur les limites de la folie et de l’autorité paternel, qu’ils ont fait le choix radical de situer dans la forêt suédoise et de teinter de fantastique poétique. Comment est née cette idée un peu folle ? Cette question va hanter le visionnage du film et implicitement participer au sentiment malaise. Le véritable trouble va en fait naitre de la relation ambiguë entre Benjamin, Tom et leur père. Si celui-ci ne tenait pas des propos étranges, souvent mystiques, le long-métrage n’aurait été qu’une redite de La Vie Sauvage. Le curieux comportement de ce père va faire naître, avant même qu’ils ne s’aventurent en forêt, une gêne chez les deux jeunes garçons et chez les spectateurs. Un malaise qui ne fera que croître.

S’il est légitime de se demander pourquoi ce choix d’aller filmer son conte onirique dans une région reculée de la Scandinavie, on ne peut nier à Marchand d’avoir réussi à en tirer une atmosphère anxiogène, source d’une perte de repères qui se révèle facétieusement inconfortable. Le travail de la chef op’, du mixeur son mais aussi du compositeur aboutit, dans certaines scènes, à un pouvoir immersif et sensoriel qui sera en fin de compte toute la force de ce long-métrage. En jouant ainsi avec un minimalisme retors avec toutes les terreurs liées à l’enfance, le scénario parvient à toucher un socle commun aux peurs primales des spectateurs, sans jamais avoir recours au moindre effet lourdaud qui plombe le cinéma horrifique de ces dernières années.

Est-ce que Dans la Forêt fait peur ? La réponse est non. Pourtant, sa façon de nous balader dans les angoisses et les divagations d’un jeune garçon livré à lui-même en fait un film fantastique inspiré… jusqu’à ce que son réalisateur s’y perde, et nous avec.

L’une des astuces du scénario est de moderniser les peurs enfantines en faisant du téléphone portable l’unique source de sécurité pour les gamins. Une fois celui-ci disparu, l’absence de lien avec la civilisation va réellement devenir angoissante. Le rapport qu’entretient le père avec cette technologie se révèle d’ailleurs une projection de celle que ses enfants s’imaginent qu’il a à leur égard, puisqu’il travaille dans le domaine des technologies de télécoms mais s’interdit de s’y attacher. Un père aux émotions hermétiques que Jérémie Elkaïm (découvert chez Valérie Donzelli, par ailleurs productrice de ce film) parvient à rendre équivoque, tour à tour réconfortant et menaçant, sans avoir à se montrer violent.

Malgré le talent des acteurs, les scènes d’échange entre ce père et ses fils manquent cruellement d’émotion, marquant le manque-à-gagner dans la caractérisation abstraite de ces personnages, la première maladresse de ce scénario. Plus celui-ci va avancer et plus la limite entre la randonnée bucolique et la plongée en enfer deviendra floue. Il en viendra même un moment où la réalité de ce qui se déroule sous nos yeux perd son caractère réaliste et ne se justifie alors plus que par un pur cauchemar. Le doute est alors de savoir quand est-ce que l’on a basculé dans la part sombre de la perception de cette forêt. Toutefois, se poser la question, c’est déjà admettre que l’on a affaire à une fable surréaliste dont l’on recherche vainement les clefs d’interprétation dans une mise en scène qui reste paradoxalement minimaliste. Dès lors, la confusion prend le pas sur le mystère et le manque de subtilité de l’allégorie devient de plus en plus criant. Le retour brutal à la réalité dans les dernières minutes risque alors de faire l’effet d’une douche froide, révélatrice du manque de finalité du drame psychologique qui vient de s’achever.

Dans la forêt prend le parti pris ambitieux de nous faire partager les peurs d’un enfant envers l’inconnu personnifié par un père insondable et par une ambiance suffocante magnifiquement portée à l’écran. Malgré cette petite réussite formelle, et plutôt que de suivre ce gamin dans la projection de ses frayeurs, le spectateur devra se démener pour retrouver son chemin dans les méandres de la narration fantasmagorique établie par le cinéaste. Suivre les pistes psychologiques et fantastiques qu’il a jalonnées finira par nous mener vers une conclusion brouillonne et décevante. Dommage.

Dans la forêt : Bande-annonce

Dans la forêt : Fiche technique

Réalisation : Gilles Marchand
Scénario : Dominik Moll
Interprétation : Jérémie Elkaïm (Le père), Timothé Vom Dorp (Tom), Théo Van de Voorde (Ben), Mika Zimmerman (L’homme défiguré)…
Photographie : Jeanne Lapoirie
Montage : Yann Dedet
Mixage : Emmanuel Croset
Musique : Philippe Schoeller
Producteurs : Mina Driouche, Jérémie Elkaïm, Valérie Donzelli, Simon Perry…
Productions : Les Films de Françoise
Distribution : Pyramide
Durée : 103 minutes
Genre : Thriller, fantastique
Date de sortie : 15 février 2017

France – 2016

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