Braqueurs, un film de Julien Leclerc : critique

Synopsis : Yanis, Eric, Nasser et Frank forment l’équipe de braqueurs la plus efficace de toute la région parisienne. Entre chaque coup, chacun gère comme il peut sa vie familiale, entre paranoïa, isolement et inquiétude des proches. Par appât du gain, Amine, le petit frère de Yanis, va commettre une erreur… Une erreur qui va les obliger à travailler pour des caïds de cité. Cette fois, il ne s’agit plus de braquer un fourgon blindé, mais un go-fast transportant plusieurs kilos d’héroïne. Mais la situation s’envenime, opposant rapidement braqueurs et dealers…

Un actionner à la française

Au rayon des préjugés et autres jugements hâtifs des spectateurs, un des plus récurrents au sein du paysage cinématographique français est que ce dernier, trop avare en nouveautés, ne cesse de se répéter en proposant au fil des années les mêmes comédies populaires et autres drames familiaux, ne se renouvelant pour ainsi dire que trop rarement. En conséquence de cela, il lui est souvent reprocher de ne pas se frotter suffisamment au cinéma de genre, trop frileux de se frotter à un pur exercice de style où la comparaison avec le cinéma américain ne lui serait pas favorable. Néanmoins, c’était sans compter sur la persévérance de certains auteurs de talent. Ne serait-ce que pour le cinéma d’action, certains noms se démarquent, que ce soit Florent Emilio Siri (Nid de Guêpes), Jean-François Richet (le dytique consacré à Mesrine) ou encore Fred Cavayé, s’étant fait une spécialité de ce genre de cinéma avec ses trois films (Pour Elle, A Bout Portant, Mea Culpa). Il faudrait désormais rajouter à la liste Julien Leclercq.

S’étant tout d’abord frotté à la science-fiction avec Chrysalis, son premier film avec Albert Dupontel, il s’est ensuite reconverti dans le genre policier, à tendance retranscription quasi-documentaire de fait divers (L’Assaut) ou d’enquête sur les cartels mexicains (Gibraltar). Il touche cette fois-ci avec Braqueurs à un genre plus orienté vers l’action pure et dure, mêlant à la fois braqueurs, dealers et policiers. Pitch à priori simple et successions de lieux communs ? Négatif ! Il serait bien trop réducteur de résumer Braqueurs à une simple accumulation de clichés et de poncifs, alternée sans génie par des scènes d’actions.

Tout d’abord, il ne faut surtout pas se fier à l’affiche, qui mine de rien vend assez mal le film. Avec ses étincelles et ses éclats de balles, ses deux corps lourdement armés et une accroche simpliste se voulant très badass (« Braqueurs contre Dealers »), le film semble évoquer une ambiance testostéronée que n’aurait pas renié Luc Besson et les nombreuses productions EuropaCorp affiliées (les Taxi, Banlieue 13 & Cie). Fort heureusement la comparaison s’arrête là ! Car s’il y a bien une chose que possède Braqueurs, c’est bien un scénario plus développé qu’à l’accoutumée pour ce genre de productions. Certes simple mais jamais simpliste, il a le mérite de ne pas faire de son récit une énième course poursuite entre flics et voleurs (thème récurrent du genre) mais préfère davantage se concentrer sur le duel peu commun entre deux bandes placées du mauvais côté de la loi. Nous avons d’une part le gang des braqueurs, mené par Yanis (Sami Bouajila), essentiellement motivés par l’attrait de l’argent et l’adrénaline provoquée par leurs opérations, et d’autre part, les trafiquants de drogue, représenté par Salif (Kaaris), et dont l’empire grandit au fur et à mesure de leurs méfaits.

L’autre force du long métrage est sans conteste ses personnages. Bien que regroupant l’ensemble des caractéristiques classiques dans un film de genre, l’identification du spectateur vis à vis de ces derniers est forte, surtout grâce à un élément central développé tout le long du film : le contexte familial. En effet, et sur ce point, la réussite vient plus particulièrement au personnage interprété par Sami Bouajila. Chef de bande, mais jouant avant tout les grands frères protecteurs, soucieux en permanence du bien être de sa famille qu’il aide financièrement, se montrant menaçant et fort quand les événements l’y obligent, le personnage est riche et suffisamment développé pour qu’une empathie s’engage rapidement, malgré son côté hors la loi. La prestation de Sami Bouajila, après sa composition très sympathique dans un tout autre registre dans Good Luck Algeria, est juste, nuancée, sans en faire trop. Il en est de même pour Guillaume Gouix, qui essaye se reconstruire ses lien familiaux avec sa femme et son fils après un passage en prison de près de sept ans. Le seul bémol vient du côté de Kaaris, rappeur interprétant l’antagonisme principal des braqueurs, et de surcroît son premier rôle au cinéma. Son monolithisme ne convainc guère, et ne le rend jamais très menaçant, souligné par le ton très monocorde qu’il emploie. Joey Starr, autre exemple d’artiste musical ayant fait ses armes au cinéma, possède un jeu nettement plus percutant, tout en force et sensibilité, comme l’ont montré deux films de Maïwenn, Le Bal Des Actrices et surtout Polisse.

 

Au niveau de la réalisation, Julien Leclercq, fidèle à lui-même, propose un style classique, sobre, comportant somme toute quelques idées ingénieuses de mise en scène, à l’image de ce plan où la caméra filme de l’intérieur l’accident d’un camion blindé. Ce classicisme volontaire, rondement bien mené, rend le film particulièrement efficace, notamment dans ses scènes d’actions : le bruit des armes, l’impact des balles, les cascades, tout est pensé et tourné vers le réalisme afin de plonger directement le spectateur au cœur du film. De plus, avec sa durée relativement courte (1h21) et un montage serré, le long-métrage instaure une ambiance particulièrement haletante, s’apparentant à une véritable course contre la montre dans sa deuxième partie.

Ainsi, par son rythme tendu, son interprétation convaincante et son sujet inspiré, Braqueurs constitue une très bonne surprise et est à ranger du côté des bons films d’action du cinéma français de ces dernières années. D’une indéniable efficacité, sans pour autant oublier d’être touchant de par son thème central, le récit se suit avec plaisir et sans ennui. On en ressort satisfait, et on ne demande à Julien Leclercq que de poursuivre dans cette voie : nous confirmer que le cinéma de genre est bel et bien présent, et en bonne santé, en France.

Braqueurs : Bande-annonce

Braqueurs : Fiche technique

Réalisation : Julien Leclercq
Scénario : Julien Leclercq, Simon Moutaïrou, Simon Pierrat
Interprétation : Sami Bouajila (Yanis Zeri), Guillaume Gouix (Eric), Youssef Hajdi (Nasser), Kaaris (Salif), Redouane Behache (Amine Zeri), Kahina Carina (Nora Zeri), David Saracino (Franck), Alice de Lencquesaing (Audrey)
Photographie : Philip Lozano
Montage : Mickael Dumontier
Son : Vincent Goujon
Producteurs : Julien Leclercq, Julien Madon, Etienne Mallet, Julien Deris, Marc Dujardin, David Gauquié
Sociétés de production : Labyrinthe Films, SND, Movie Pictures, Maje Production, UMédia, CineFrance
Distribution (France) : SND
Durée : 81 minutes
Genre : Policier
Date de sortie : 4 mai 2016

Interdit aux moins de 12 ans
France – 2016

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Kevin Beluche
Kevin Beluchehttps://www.lemagducine.fr/
Grand passionné de cinéma depuis mes 3 ans, âge auquel j’ai pour la première fois mis les pieds dans une salle de cinéma (Aladdin !), je n’ai depuis cessé d’alimenter mon amour vis-à-vis du septième art. A travers des critiques ponctuelles, des discussions endiablées entre passionnés et amis, de nombreux achats d’objets collector et de sorties, cet art est devenu un réel besoin ne demandant qu’à être assouvi encore davantage. Ayant un double diplôme dans la finance et la comptabilité à Nancy, je travaille actuellement dans une boite de BTP en tant que responsable administratif. Mais fort heureusement, le cinéma ne m’a jamais réellement lâché, l’écriture me permettant de transmettre les rouages et mécanismes de ma passion.

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