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Noces, un film de Stephan Streker : critique

Avec Noces, Stephan Streker s’inscrit dans la lignée des films qui dénoncent les conditions des femmes à travers le monde.

L’étrangère

Dans la lignée des films sur la condition féminine en Europe et ailleurs, Noces raconte le destin tragique de Zahira qui tente de s’opposer au mariage forcé que prévoient pour elle ses parents d’origine pakistanaise et désormais installés en Belgique. On ne peut s’empêcher en regardant Noces et la manière dont il donne la parole à chaque personnage, dont il évite de juger les agissements et auxquels il offre un espace argumentaire, de penser à Tempête de sable. Les deux films abordent des sujets similaires et sortent à quelques jours d’intervalle. Dans ces deux films, comme dans Hedi sorti il y a quelques mois, les personnages sont confrontés au désir de faire évoluer leur vie autrement que ce qui est prévu par les autres. Trois mariages (Hedi étant un homme) sont donc sur le point d’être annulés. Mais voilà, ces films-là n’ont plus vraiment l’espoir que pouvait avoir Wadja, La source des femmes ou Et maintenant on va où ? Si bien que les héros de nos films sont seuls à se battre. Certes, Zahira est épaulée par sa meilleure amie et le père de celle-ci, mais ils ne voient pas tous les enjeux et tous les obstacles que Zahira doit franchir. Après tout, et elle le dit très bien elle même, elle se bat contre la mort. La honte ne pouvant être effacée que par elle. La mort elle y renonce d’ailleurs au début du film lorsqu’elle demande au médecin qui l’ausculte à partir de quand le fœtus qu’elle porte en elle aura une âme. On voit bien qu’elle ne rejette pas la religion, que ce n’est pas nécessairement elle le problème. Il est plus profond. Pourtant, Zahira a fait des études, comme sa grande sœur aujourd’hui mariée avec « la personne la plus important dans (s)a vie ». Et pourtant, elle non plus ne l’avait pas choisi. Mais on est toujours étonné de voir les mères et les sœurs refuser l’indignation des plus jeunes quand elles-mêmes sont passées par là. Le film montre assez bien que c’est la résignation qui domine. Ainsi, Zahira n’a pas la fougue d’une Lale (Mustang), elle se contente d’essayer de convaincre et d’aimer profondément sa famille.

« Il faut savoir vivre avec son temps »

C’est sur skype que Zahira aura le droit de choisir son futur mari. Et oui, Zahira peut choisir et en plus elle utilise la technologie, ce qui permet à sa mère de lui lancer : « il faut vivre avec son temps ». Voilà donc que la famille profite des avantages d’un occident que pourtant ils ont du mal à comprendre, on le verra dans le discours du père qui fustige celui de la meilleure amie de Zahira. Ses coutumes l’importent et il dit d’ailleurs ne pas remettre en cause celles du pays dans lequel il vit (il prend l’exemple du célibat). La question intervient alors brutalement : nos enfants nous appartiennent-ils ? Le choix de Zahira de ne pas se marier l’éloigne en effet de ce cocon familial dans lequel elle a eu le droit d’étudier et de vivre comme une européenne. La voilà maintenant forcée de quitter tout ce qu’on lui a offert. On se demande alors pourquoi lui faire miroiter une vie qu’elle n’aura pas finalement. Le réalisateur joue avec le poids et la beauté des traditions, filmant, et donc tournant presque en ridicule, un mariage par skype. Vue l’importance que prennent la meilleure amie et son père, ainsi que le petit ami de Zahira, on comprend que le regard est avant tout le nôtre. Voilà pourquoi une question demeure : à qui s’adresse ce film ? Prêche-t-il des convaincus ? Que dit-il de ces coutumes ? Certes, il offre une place de choix au discours de chacun, nous place face à des questions. Mais, comme beaucoup d’autres films déjà cités, sa vision est très occidentale. Nous regardons Zahira avec nos yeux, nous écoutons les points de vue de chacun mais ils nous heurtent. Surtout quand la sœur de Zahira lui explique qu’il ne faut changer que ce qui vaut la peine d’être changé. Aucune des deux femmes que ce soit la mère ou la sœur n’a en effet l’air malheureuse. A ce titre, Noces n’est ni un bon, ni un mauvais film. On pourrait dire que c’est un film nécessaire, mais tout dépend de quel point de vue il doit être regardé et de sa portée réelle au-delà de nos tristes frontières. Ce petit bout de révolution avortée est en tout cas presque un thriller tant la tension monte de minute en minute, c’est aussi une petite aventure. Rien n’est enjolivé ici, les adjuvants sont aussi les opposants. Le conte de fée est bien loin, même celui où ils ne se marièrent pas et n’eurent pas d’enfants. Et dire qu’en France, nous avons réinventé le concept du mariage au premier regard (merci M6 la rétrograde). Le désir de faire bouger les lignes, d’essayer de s’exprimer est vital pour Zahira, mais il ne la rend pas « plus forte que la mort »(pas plus que Fleur de Tonnerre ne l’était dans le film de Stephanie Pillonca). 

Noces : Bande annonce

Noces : Fiche Technique

Synopsis : Zahira, belgo-pakistanaise de dix-huit ans, est très proche de chacun des membres de sa famille jusqu’au jour où on lui impose un mariage traditionnel. Ecartelée entre les exigences de ses parents, son mode de vie occidental et ses aspirations de liberté, la jeune fille compte sur l’aide de son grand frère et confident, Amir.

Réalisation :  Stéphan Streker
Scénario : Stéphan Streker
Interprétation : Lina El Arabi, Sebastien Houbani, Babak Karimi,  Olivier Gourmet, Alice de Lencquesaing, Aurore Marion
Photographie : Grimm Vandekerckhove
Montage : Jerôme Guiot, Mathilde Muyard
Producteurs : Michaël Goldberg,  Boris Van Gils
Sociétés de production : Daylight Films
Distribution (France) : Jour2fête
Durée : 98 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 22 février 2017

 Belgique/Pakistan – 2017

Deepwater de Peter Berg en DVD & Blu-Ray le 15 Février !

Après le puissant Du Sang et des Larmes, Peter Berg continue de creuser la thématique du héros moderne avec Deepwater, du nom de la plate-forme pétrolière américaine ayant explosé en 2010. L’occasion pour lui de transposer, au milieu d’un blockbuster pétaradant, autant les prémices d’un drame humain poignant que les atours d’un virulent portrait à charge de l’industrie pétrolière.

USA, Golfe du Mexique, 2010. Fleuron de BP, l’un des leaders de l’industrie du pétrole, la plate-forme Deepwater Horizon est de ces gros engins qui brasse chaque jour des millions de barils. Sur cet imposant monstre de métal travaille Mark Williams (Mark Wahlberg), un électricien qui va, en ce 21 Avril, être aux premières loges de ce que le monde retiendra comme la pire catastrophe pétrolière du 21ème siècle. Au milieu de ce bourbier monochrome d’où ne suintent que chaleur et désolation, Williams va devoir se battre pour survivre.

Du sang, de la sueur et des larmes

Ayant à coeur de mettre en avant l’héroïsme des petites gens depuis quelques films, Peter Berg récidive ici, qui plus est, en mettant l’accent sur la force ouvrière des Etats-Unis. Fini donc les militaires du Sang et des Larmes, et place aux derrickmans, couleur mazout. Blockbuster 100% prolo dans l’âme, Deepwater n’en oublie ainsi pas de se doter d’un fond. Alors que la plate-forme se transforme progressivement en gigantesque brasier, conséquence d’une exploitation outrancière par les gérants, difficile de ne pas penser en effet aux vies de ces ouvriers ou encore au portrait à charge du capitalisme US qu’esquisse, l’air de rien, le réalisateur Peter Berg. Ce dernier, fidèle à son style, parvient d’ailleurs à lier ces deux intentions au gré d’une mise en scène impressionnante, alternant scènes de caméra à l’épaule et plans fixes, comme pour mieux mettre en opposition l’aspect humain et simple de ses ouvriers et le ton grave du message qu’il cherche à délivrer. Une lucidité rare dans le milieu des grosses productions qui permet de sensiblement réévaluer l’engagement de ce metteur en scène, décidément jamais où on l’attend. En définitive, à la fois dramatique, dévastateur et surtout humain dans son exécution, Deepwater s’affirme comme une oeuvre ingénieuse et surtout engagée. Chapeau Mr Berg !

Des bonus super (sans plomb)

Coté bonus, même rengaine. Si l’on pourra regretter une galette Blu-Ray nettement plus garnie que son équivalent DVD, on ne reniera cela dit pas notre plaisir au vu des suppléments proposés. En plus des sempiternelles interviews du casting (qui on le rappelle comprend Mark Wahlberg, John Malkovich, Kurt Russell, Kate Hudson ou Dylan O’Brien), on retrouvera le module « La Plate-Forme Infernale » qui détaille pendant 26min, l’enfer qu’ont du vivre les survivants ; ou celui nommé « Les Secrets de Deepwater » qui cherche à sa manière pendant plus d’un quart d’heure à expliquer les origines de la catastrophe. Un must-see donc pour quiconque manifeste un peu de curiosité devant ce qui s’apparente à nulle autre que le pire accident pétrolier de ce 21ème siècle ; tout comme une manière d’accentuer un peu plus la portée humaniste et sincère de son propos.

DÉTAILS TECHNIQUES DVD
Langue : Anglais, Français
Sous-Titres : Français, sourds et malentendants
Son : D.D 5.1 et 2.0
Image : 2.40 – 16/9 comp 4/3 – couleur
Durée : 104 minutes + Bonus (1h environ)
MAKING-OFF
« La Plateforme Infernale » (26min)
« Les secrets de Deepwater » (16min)
UN DOCUMENTAIRE EXCEPTIONNEL
« Après la Tragédie »

DETAILS TECHNIQUES BLU-RAY

Langue : Anglais, Français
Sous-Titres : Français, sourds et malentendants
Son : 5.1 et Master Audio 7.1
Image : 2.40 – 16/9 comp 4/3 – couleur
Durée : 109 minutes + Bonus (2h environ)
MAKING-OFF
« La Plateforme Infernale » (26min)
« Les secrets de Deepwater » (16min)
UN DOCUMENTAIRE EXCEPTIONNEL
« Après la Tragédie »
1H D’INTERVIEWS
Peter Berg et Acteurs

Bande-Annonce : Deepwater

Les Derniers Parisiens, un film de Hamé et Ekoué : critique

Hamé et Ekoué, du collectif La Rumeur, proposent avec leur 1er film Les Derniers Parisiens, un voyage rythmé et ultra-réaliste au cœur du quartier de Pigalle à Paris.

Les invisibles

On entre au cœur des Derniers Parisiens in medias res. En plein cœur de l’action parce que pour bien connaître les gens, comme le dit si bien Reda Kateb, « il faut passer du temps avec eux ». C’est tout le programme du film dont l’ambition est de nous offrir un petit bout de France, une histoire de générations. Ce petit bout de France, c’est Pigalle, peu à peu délaissé à regret par ceux qui l’ont peuplé autrefois. Le peuple a les poches trouées. On le prie de bien vouloir quitter Paris (d’où le titre du film). Deux générations font ce film : celle du personnage interprété par Slimane Dazi, décimée, et celle représentée par Nas (Reda Kateb) qui a vu les grands frères et les pères tomber. Génération sans repère dont sont issus les réalisateurs Hamé et Ekoué (Nas a 35 ans dans le film, les réalisateurs environ 40 ans). « La Rumeur » est leur collectif, un rap qu’ils traînent dans de nombreuses villes de France depuis les années 90. Cette énergie du texte se ressent dans les dialogues des Derniers parisiens. De punchlines en joutes oratoires, on se parle ici sans sentiment (ça ne veut pas dire qu’on ne les ressent pas). La galère est le ciment de l’action. Nas est de ceux qui refusent de baisser la tête face aux compromis d’intégration de la génération précédente.

Qu’un seul tienne et les autres suivront

Plus qu’une relation fratricide, Ekoué et Hamé racontent des gestes et des visages, bref des gens. Chaque second rôle trouve sa place et enrichit ce portait d’un Paris inhabituel au cinéma. Les réalisateurs sont dans l’arène, telle que l’était la caméra de Léa Fehner dans Les Ogres. D’ailleurs Léa, Ekoué et Hamé ont un atout en commun : l’organique et félin Reda Kateb qui magnétise la caméra. Ekoué et Hamé ne sont donc pas tel Romain Duris (dans le Paris de Klapish) qui regarde ses sujets parisiens de haut (depuis son balcon), mais des cinéastes humanistes qui vivent leur sujet, lui collent aux baskets sans relâche. Ils parviennent surtout à parler de marge, de banlieue, de rupture sans violence, et surtout au cœur de Paris.  Un sacré tour de force, une écriture rythmée qui leur permet de construire un récit, une progression qui se passe d’explications psychologisantes à l’écran. Seule une scène qui réunit les deux frères sur la fin est un embryon brillant d’explication. Mais elle ne dure pas plus de 4 minutes. Les personnages ne se plaignent pas vraiment, ils avancent. Certes, ils font fi de la morale et tel un SDF, qui devient  presque un fantôme, en tout cas un fil rouge, ils se débrouillent comme ils peuvent quitte à retourner à la case départ. C’est qu’ils veulent exister et qu’enfin le cinéma a le courage d’oser les filmer sans fard, sans idée préconçue. Et ça c’est déjà tout un art, en tout cas un manifeste qu’on est plus que prêts à soutenir en allant dans les salles partager ce moment de cinéma populaire au sens noble du terme.

Les Derniers Parisiens : Bande annonce

Les Derniers Parisiens : Fiche Technique

Synopsis : Tout juste sorti de prison, Nas revient dans son quartier, Pigalle, où il retrouve ses amis et son grand frère Arezki, patron du bar Le Prestige. Nas est décidé à se refaire un nom et Le Prestige pourrait bien lui servir de tremplin…

Réalisation : Hamé et Ekoué
Scénario : Hamé et Ekoué
Interprètes : Reda Kateb, Slimane Dazi, Melanie Laurent,  Yassine Azzouz, Constantine Attia, Bakary Keita, Willy L’Barge
Photographie : Lubomir Bakechev
Musique : Demon Pepper Island
Montage : Karine Prido
Production : Benoit Danou, Hamé, Ekoué, Christophe Bruncher, Yacine Boucherit
Sociétés de production : La Rumeur Filme, Canal+, Ici et là Productions
Société de distribution : Haut et court
Genre : Drame
Durée : 105 minutes
Dates de sortie : 22 février 2017

France – 2017

 

Un nouveau trailer de la série Marvel’s Iron Fist

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Avant de rejoindre l’équipe des Defenders, le nouveau héros Marvel, Iron Fist, l’homme au poing d’acier se dévoile à travers une nouvelle bande-annonce pour son aventure solo, attendue sur Netflix le 17 Mars 2017

Iron Fist sera le dernier personnage à rejoindre l’univers Marvel sur le petit écran. La série Iron Fist succède aux aventures de Daredevil, Luke Cage et Jessica Jones. Le maître des arts martiaux fera équipe avec ses camarades super-héros dans la série Defenders. Actuellement en tournage, The Defenders est attendu pour l’automne 2017. Iron Fist se concentre sur le personnage de Daniel Rand,  de retour à New York, après une mystérieuse absence. Finn Jones, remarqué dans Game of Thrones pour le rôle Loras Tyrell, incarne le personnage principal. Jessica Henwick (Star Wars : The Force Awakens, Game of Thrones), David Wenham (300 : La naissance d’un empire), Jessica Stroup (Jack Reacher : Never go back), Tom Pelphrey (Banshee), seront également au casting. On retrouve Rosario Dawson (Lego Batman : le film), Carrie-Anne Moss (Matrix) et Simone Missick (Wayward Pines), déjà présentes dans les précédentes séries Marvel/Netflix. Scénarisé par Scott Buck (Rome, Dexter) et Tamara Becher, Iron Fist est prévue pour une sortie Netflix le 17 mars 2017.

Daniel Rand s’annonce comme un personnage complexe et torturé. Son interprète Finn Jones a déclaré que son personnage « est désespérément avide de famille, d’aide, d’orientation, de gens comme repère et d’une équipe dans [The Defenders]. Mais en raison de ce qui se passe dans Iron Fist, il est très peu confiant. C’est à sa manière sinon rien. ». » On retrouvera le héros Marvel dans un état de trouble dès le début de la série. « Quand il arrive à New York, il essaie vraiment de trouver qui il est et ce qu’il veut devenir. Dans une grande partie de Iron Fist, c’est sa quête et il essaie de découvrir qui sont ses parents tout en devenant le Iron Fist. »

Synopsis officiel :

Le milliardaire Danny Rand, disparu après des années, est de retour à New York pour reprendre l’entreprise familiale. Mais pour y parvenir, il devra affronter la corruption et le crime qui gangrène ses proches. Pour cela, il pourra compter sur sa connaissance des arts martiaux et sa capacité à utiliser le Poing de fer, une technique étudiée auprès des moines de K’un L’un. Il aura dans son combat de précieux alliés tels que Colleen Wing, un détective privé.

Bande-annonce Iron Fist : 

Découvrez Jessica Henwick dans le rôle de Colleen Wing la « Fille du Dragon » dans un extrait exclusif de la saison a venir.

Legion, une série de Noah Hawley : critique du pilote

Alors qu’on commençait à en avoir marre des films et séries Marvel, voilà que Noah Hawley nous fait penser le contraire en sortant le très surprenant pilote de Legion, la nouvelle série inspirée de l’univers X-Men, diffusé mercredi dernier sur FX.

Gainsbourg, Bollywood et démon aux yeux jaunes.

Si Marvel et DC se font la guerre au cinéma, c’est aussi le cas sur le petit écran. Entre Arrow, The Flash et bientôt The Defenders qui réunira tous les super-héros Marvel des séries Netflix, les shows dédiés aux super-héros s’additionnent ; et aussi alléchante qu’était la bande-annonce de Legion, il y avait de quoi s’inquiéter, notamment avec l’inégale nouvelle saga de films X-Men. Mais c’était sans compter sur le talent de Noah Hawley, écrivain surtout connu par les sériephiles comme le créateur de la très bonne série Fargo, inspirée du film des frères Coen.

Hors du temps, dans un décor rétro futuriste, où des gens aux habits tous droit sortis des seventies pianotent sur des tablettes, Legion frappe immédiatement par sa minutie des décors et sa photographie sublime. Alternant les couleurs pâles et délavées de l’hôpital psychiatrique dans lequel David, un jeune schizophrène, est interné, à l’orange chaleureux ou au bleu électrique, la série de Noah Hawley a une esthétique singulière qui nous plonge dans une aventure sensorielle.
Ouvrant sur une séquence qui retrace la vie de David qui entend des voix depuis sa naissance, Legion surprend par la fluidité et le dynamisme de sa réalisation. Une mise en scène audacieuse qui ne se donne aucune limite.  Noah Hawley (qui réalise ce premier épisode), retourne la caméra, use des ralentis et des surimpressions. Une abondance d’effets qui vient brouiller une structure narrative déjà bien fragmentée et qui nous plonge dans la tête de David, paranoïaque schizophrénique à l’esprit discordant et torturé. On se retrouve alors encore plus perdu que lors d’un épisode de Mr Robot, comme si l’on se retrouvait face à l’adaptation sérielle de The Dark Side Of The Moon de Pink Floyd (l’influence est d’ailleurs très claire, puisque la fille dont David s’entiche se prénomme Syd Barrett, qui n’est d’autre que le nom de l’un des musiciens du groupe). Plongé dans un trip surréaliste, nos sens se bousculent et, entre une chanson des Rolling Stones et des Who, on entend des chuchotements et autres sons parasites qui viennent altérer notre perception de la réalité. Et bien que Legion demande une certaine concentration, elle ne nous perd jamais. Au contraire, elle fascine de par sa capacité à filmer l’intérieur d’un esprit aussi complexe et désordonné avec autant de maitrise et paradoxalement, de limpidité.

Legion mélange les genres, parfois à la limite de l’horrifique comme lors de cette scène oppressante où l’hôpital baigne dans une lumière rouge avec en fond, les cris des patients que l’on entend à travers les murs désormais sans portes ou encore lors des apparitions aussi soudaines que terrifiantes de l’effroyable démon aux yeux jaunes. Mais on retrouve à bien des moments l’humour incongru de Fargo, avec ce patient, constamment “caché”, imperturbable, dans la végétation du mur de la salle commune ou avec des scènes surprenantes comme la danse bollywoodienne sur Pauvre Lola de Gainsbourg. Humour saugrenu appuyé par les expressions naïves, presque enfantines de David, joué par un très bon Dan Stevens (Matthew Crawley dans Downton Abbey) au regard perdu et halluciné.

Loin des séries de super-héros qu’on connait, sans combats hyper chorégraphiés, Legion surprend par son originalité et sa prise de risque et nous offre un des meilleurs pilotes de série aussi déconcertant que captivant. Mais une fois sorti de l’asile et lorsque David prendra de plus en plus conscience de ses pouvoirs, la série continuera-t-elle à nous déstabiliser par son audace ou s’assagira-t-elle ?

Legion, saison 1 : Bande-annonce

L’histoire de David Haller, le fils schizophrène du professeur Xavier, un homme sujet depuis l’adolescence à une maladie mentale. Au cours d’un de ses nombreux séjours en hôpital psychiatrique, une étrange rencontre avec un patient lui fait réaliser que les voix qu’il entend et les visions auxquelles il est confronté pourraient se révéler vraies.

Legion : Fiche Technique

Création : Noah Hawley
Réalisation : Noah Hawley, Michael Uppendahl, Dennie Gordon, Larysa Kondracki, Tim Mielants, Hiro Murai
Scénario : Noah Hawley
Interprétation : Dan Stevens (David Haller), Rachel Keller (Syd Barrett), Jean Smart (Melanie Bird), Audrey Plaza (Lenny Busker), Jeremie Harris (Ptonomy Wallace), Amber Midthunder (Kerry Loudermilk), Katie Aselton (Amy Haller), Bill Irwin (Cary Loudermilk)…
Direction artistique : John Alvarez, Michael Corrado
Décors : Michael Wylie
Costumes : Carol Case
Photographie : Craig Wrobleski
Montage : Curtis Thurber, Regis Kimble
Musique : Jeff Russo
Casting : Regis Kimble, Nicole Daniels
Production : Simon Kinberg, Bryan Singer, Jeph Loeb, Noah Hawley, Brian Leslie Parker, John Cameron, Jim Chory, Lauren Shuler Donner
Sociétés de production : FX Productions, Marvel Television, 26 Keys Productions
Chaine d’origine : FX
Pays d’origine : États-Unis
Genre : Drame, fantastique, action
Format : 8 x 60 minutes
Diffusion : à partir du 09 février aux États-Unis

États-Unis 2017

Violent Delights : Les attentats du 13 novembre bientôt au cœur d’un film à Hollywood

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La tragédie des attentats du 13 novembre au Stade de France, aux terrasses des cafés et des restaurants ainsi qu’au Bataclan pourrait être au cœur d’un long-métrage américain dans les années à venir.

Selon la rédaction d’Allocine, des informations ont été dévoilées depuis le marché du film de la Berlinale au sujet d’un long-métrage, actuellement en développement, qui aborderait la terrible soirée du 13 novembre 2015 à Paris. Ce long-métrage poignant intitulé Violent Delights sera réalisé par Rachel Palumbo. La cinéaste signerait ainsi son tout premier projet de fiction, après le documentaire Sapere Aude. Le fils de Val Kilmer, Jack Kilmer, devrait occuper le rôle principal. Timur Magomedgadzhiev est également annoncé au casting de ce film.

The Hollywood Reporter précise que les deux comédiens interpréteront deux artistes (un musicien et un peintre). Leur vie va basculer lors des attaques terroristes. 137 personnes ont perdu la vie cette nuit-là et 413 ont été blessées. Aucune date de sortie n’a encore été communiquée pour ce long-métrage. Violent Delights pourrait être une ode à la capitale et à l’art de vivre à la française, à la manière de l’ouvrage Paris est une fête d’Ernest Hemingway, publié de manière posthume en 1964. Ce livre a connu un succès en librairie suite aux attentats du 13 novembre 2015.

La twittosphère ne semble pas se réjouir de ce projet cinématographique comme le rapporte la rédaction de 20 Minutes.

Les conséquences dramatiques des attentats de Charlie Hebdo seront également bientôt au cœur d’un film émouvant avec l’adaptation de la bande dessinée La Légèreté de Catherine Meurisse par Julie Lopes Curval.

BAFTA 2017 : Ultime triomphe pour La La Land avant les Oscars

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Vainqueur de cinq prix aux BAFTA 2017, l’équivalent britannique des Oscars, plus rien ne semble arrêter La La Land. Avant la consécration au Dolby Theatre ?

A Londres se tenait dimanche soir la 70ème cérémonie des British Academy of Film and Television Arts, la plus célèbre académie de remise de remise de récompenses britanniques . Et un seul constat : La La Land confirme qu’il est le véritable rouleau compresseur de la cérémonie des prix cinématographiques. En remportant les trophées de Meilleur Film, Meilleur réalisateur, Meilleure actrice, Meilleure musique et Meilleur photographie, La La Land est le grand gagnant de la soirée. A côté, il ne reste que les miettes pour Manchester by the Sea (Meilleur acteur, Meilleur scénario adapté) et Lion (Meilleur acteur dans un second rôle, Meilleure adaptation). A noter que Ken Loach a remporté pour la première fois un BAFTA (hors prix d’Honneur) avec Moi, Daniel Blake, sacré Meilleur film britannique. Les perdants de la soirée sont respectivement Nocturnal Animals et Moonlight, respectivement nommés 9 et 4 fois et tout deux repartis les mains vides. Pour La La Land, il ne lui restera plus qu’à définitivement s’imposer au Dolby Theatre, le 26 février prochain lors de la 89ème cérémonie des Oscars où le film est nommé quatorze fois.

Palmarès complet de la cérémonie des BAFTA 2017 :

Meilleur film : La La Land de Damien Chazelle

Meilleur film britannique : Moi, Daniel Blake de Ken Loach

Meilleur réalisateur : Damien Chazelle pour La La Land

Meilleure actrice : Emma Stone dans La La Land

Meilleur acteur : Casey Affleck dans Manchester By the Sea

Meilleure actrice dans un second rôle : Viola Davis dans Fences

Meilleur acteur dans un second rôle : Dev Patel dans Lion

Meilleur film d’animation : Kubo et l’armure magique de Travis Knight

Meilleur documentaire : 13th d’Ava DuVernay

Meilleur film en langue étrangère : Le Fils de Saul de László Nemes

Meilleur scénario original : Manchester By The Sea

Meilleure adaptation : Lion

Meilleur réalisateur, producteur ou scénariste britannique pour leur première oeuvre : Under the Shadow de Babak Anvari

Meilleure musique : Justin Hurwitz pour La La Land

Meilleure photographie : Linus Sandgren pour La La Land

Meilleur montage : John Gilbert pour Tu ne tueras point

Meilleurs décors : Les Animaux Fantastiques

Meilleurs costumes : Jackie

Meilleur son : Premier Contact

Meilleurs maquillages et coiffures : Florence Foster Jenkins

Meilleurs effets visuels : Le Livre de la jungle

Meilleur court métrage britannique d’animation : A Love Story de Khaled Gad, Anushka Kishani Naanayakkara, Elena Ruscombe-King

Meilleur court métrage britannique de fiction : Home de Shpat Deda, Afolabi Kuti, Daniel Mulloy et Scott O’Donnell

Meilleur Espoir (EE Rising Star Award) : Tom Holland

BAFTA d’Honneur : Mel Brooks

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Le Concours, un film de Claire Simon : Critique

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Rêve de réussite et passion cinéphile dans Le Concours, nouveau documentaire de Claire Simon

Synopsis : C’est le jour du concours. Les aspirants cinéastes franchissent le lourd portail de la grande école pour la première, et peut-être, la dernière fois. Chacun rêve de cinéma, mais aussi de réussite. Tous les espoirs sont permis, toutes les angoisses aussi. Les jeunes gens rêvent et doutent. Les jurés s’interrogent et cherchent leurs héritiers. De l’arrivée des candidats aux délibérations des jurés, le film explore la confrontation entre deux générations et le difficile parcours de sélection qu’organisent nos sociétés contemporaines.

Après Le Bois dont les rêves sont faits sorti en 2016, Claire Simon est de retour sur grand écran pour Le Concours, documentaire sur le concours d’entrée à la Fémis, réputée pour son caractère sélectif, mais ô combien attrayant. ll faut savoir que seules 6 personnes sont sélectionnées pour environ 3000 postulants. Autant dire que les places valent très chères et sont plus que très convoitées.

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, Le Concours n’évoque pas la progression d’un étudiant unique à travers les différentes épreuves d’admission. Claire Simon fait le choix d’illustrer formellement et simplement chaque étape, en parvenant à parfois filmer un étudiant qui la réussira, alors qu’un autre échouera. Les choix de la réalisatrice sont intéressants et correspondent aux attentes du spectateur. Le concours d’admission n’est pas embelli, l’image renvoyée n’est en aucun cas un embellissement de la réalité. Le film se fait présentation d’un des examens autour duquel tournent le plus de mystères.

Mais la directrice du département réalisation de la Fémis ne se contente pas de donner un aperçu des épreuves afin d’appâter de futurs candidats ou de conforter certains dans l’envie de le passer. Aux portraits d’étudiants filmés à travers leurs oraux ou leurs écrits se mêlent l’envers du décor, celui des professeurs. Ces derniers donnent naissance à de nombreuses séquences drôles, de quoi décrisper le spectateur au milieu de ce stress ambiant. Les avis des examinateurs, leurs impressions, leur franc parler aboutissent à de réelles perles que l’on ne peut qu’apprécier. On retiendra cette séquence lorsqu’un étudiant doit construire un scénario autour d’un sujet donné, ici, une simple phrase. Nait alors une scénario complètement alambiqué, dans lequel l’étudiante vient elle-même se perdre, faute à une multitude de personnages ayant tous des liens entre eux. Les têtes des professeurs/examinateurs sont alors mémorables et on ne peut s’empêcher de rire tant la confusion règne. Claire Simon ne se conforme pas dans le portrait formel d’un concours, toutes les facettes sont exploitées.
Il est également intéressant d’assister aux débats entre correcteurs après évaluation des écrits : entre prises de position en faveur d’un étudiant et remise en question de la correction des autres, Le Concours devient une fiction à part entière tant chaque personne présente à l’écran est incarnée et parfois obstinée dans ses convictions.
La photographie de ce documentaire est simple et se place comme un œil discret, une caméra immersive. L’absence de tout artifice visuel, que ce soit en terme d’image ou de montage, est à souligner. Les étudiants et les professeurs sont abordés de la même façon, et la notoriété de l’école tend à se faire oublier le temps d’un film. Jamais les mérites de l’enseignement ne sont vantés ou dépeints comme géniaux. La Fémis devient simplement une grande école dans laquelle les étudiants tentent d’intégrer.

Toutefois, Le Concours tend à donner l’impression que l’examen d’entrée à la Fémis est d’une certaine facilité et, qu’ainsi, chaque épreuve est facile à surmonter.

Très peu d’élèves semblent stressés ou déconcertés par les examens, chacun semble confiant, ce qui n’est pas le cas lorsque 3000 étudiants passent un concours. Mais Claire Simon met également en lumière les petits défauts du concours et les incohérences qui peuvent subvenir chez les examinateurs, notamment lors de l’entretient final, lorsqu’il ne reste plus que 20 étudiants dans chaque domaine. Que ce soit sur la maturité, l’âge, le milieu social ou la manière de s’exprimer, les remarques des enseignants prouvent bien toute la subjectivité de ce concours d’entrée. De quoi ne pas en rassurer plus d’un.

Malgré le lien étroit entre Claire Simon et La Fémis, Le Concours ne nous est pas présenté comme un film de propagande afin de donner envie aux étudiants français de passer cet examen. Même s’il s’avère très simple, aussi bien sur sa forme que sur son fond, les différentes facettes dépeintes, que ce soit du côté des étudiants ou des professeurs, apportent toute crédibilité et véracité à l’œuvre.

Le Concours : Bande-annonce

Le Concours : Fiche Technique

Réalisation : Claire Simon
Photographie : Claire Simon
Montage : Luc Formelle
Producteurs : Belinda Leduc, Arnaud Dommerc
Sociétés de production : Andolfi
Distribution (France) : Sophie Dulac Distribution
Durée : 119 minutes
Genre : Documentaire
Date de sortie : 8 février 2017

France – 2017

Cinquante nuances plus sombres, un film de James Foley : Critique

À l’occasion de la Saint-Valentin, Christian Grey revient dans le second volet de la saga érotique Cinquante Nuances de Grey. Le premier opus avait rapidement été taxé de navet, recevant même plusieurs Razzies. On aurait donc pu s’attendre à ce que Cinquante nuances plus sombres redresse la barre : malheureusement, le film emboîte tristement le pas au précédent et cultive la même nullité.

Synopsis : Anastasia Steele, désormais assistante d’édition, renoue avec son ex Christian Grey quelques mois après leur rupture. Alors qu’elle l’avait quitté après avoir réalisé qu’il prenait du plaisir en infligeant des châtiments corporels aux femmes, elle accepte de remettre le couvert à une condition : cette fois, elle imposera ses termes. Transi, le millionnaire lui en fait la promesse et se montre changé. Mais rapidement, les fantômes du passé resurgissent…

On le sait, la saga littéraire à succès d’E. L. James est au départ dérivée d’une fan fiction librement inspirée de Twilight. De fait, malgré un érotisme provocateur et un contexte plus ancré dans la réalité, le phénomène Fifty Shades s’est rapidement imposé comme une bluette faussement transgressive, majoritairement destinée à un public féminin. Au cinéma, son adaptation n’a pas dérogé pas à la règle : encore plus sage, gommant tout aspect potentiellement choquant, le premier opus revêtait des allures de drame romantique niais estampillé young adults, totalement dépourvu de charge sexuelle et d’enjeux. Mais la suite, annoncée comme plus sombre et plus subversive, nous promettait une romance plus débridée, sans plus aucune règle ni aucun secret. Alors, le résultat est-il à la hauteur des attentes ? Pas vraiment.

Cinquante nuances plus niaises 

Alors que le titre nous laisse sous-entendre que le récit va basculer dans des sphères plus sombres, il n’en est rien. Au contraire, l’intrigue fait la part belle à l’amour, la passion, voire la romance enflammée, « parfum vanille ». Car oui, Christian Grey est un homme nouveau, transfiguré par la force et la pureté des sentiments sincères qu’il éprouve envers la belle Anastasia, sa sauveuse, son salut. Terminé le sadisme, fini la domination. A la place, le fringant millionnaire de seulement 27 ans (rappelons-le), désormais guéri de ses penchants malsains, se laisse aller aux joies du bonheur simple et se plie en quatre pour reconquérir la femme de sa vie à grands coups de bouquets garnis et de déclarations transies. Des fleurs, des fleurs et encore des fleurs viennent inonder le quotidien de sa jeune promise, émerveillée par un tel changement. Virée idyllique en bateau au rythme d’une ballade mollement électro-RnB signée Taylor Swift et ZAYN (ancien One-Direction), feux d’artifice éblouissants, bals masqués luxueux et liesse à tous les étages : la relation lumineuse qui unit Christian à Anastasia est parfaite. Pour preuve, lui qui est habituellement si ténébreux et inaccessible ouvre son coeur, dévoile son passé douloureux, se laisse toucher et demande à sa moitié de s’installer avec lui, avant de carrément vouloir l’épouser ! On l’aura compris, en plus d’une bande son mièvre et sans goût qui affadit le moindre plan, Cinquante Nuances plus sombres est un film commercial calibré au millimètre près pour séduire les YA fans de bluettes « sauce piquante », histoire de mettre un peu de piment dans leur Saint-Valentin.

Cinquante nuances plus coquines

Niveau sexe (puisqu’il faut bien l’avouer, l’érotisme sulfureux est l’un des arguments de vente majeurs de la franchise), on est encore loin de 9 Semaines 1/2 et Basic Instinct, mais l’alchimie entre Dakota Johnson et Jamie Dornan est plus convaincante que dans le volet précédent et leurs instants d’intimité, assez nombreux, viennent efficacement apporter une pointe de croustillant au scénario, dont la platitude et le vide avoisinent le néant. Au moins, on peut se réjouir de voir que Christian et Anastasia remettent le couvert avec un enthousiasme débordant, s’adonnant à des parties de jambes en l’air survoltées en toutes circonstances (sous la douche, dans un ascenseur) et agrémentées de quelques gadgets qui renouent avec l’esprit du roman dont la notoriété était en partie liée à son audace et son inventivité en la matière. Entre accessoires divers, lingerie coquette, bijoux « intimes » et situations excitantes, Anastasia explore sa sexualité et repousse ses limites, se laissant aller à des pratiques hors-normes, à tel point qu’on peut entendre résonner le titre « Not Afraid Anymore » lorsque la jeune femme demande à son amant de la conduire dans la chambre rouge… Elle n’a plus peur. Bien évidemment, la pudeur est de mise dans ce film qui ne montre aucune nudité frontale même si la sensualité de Dakota Johnson et le sex appeal de son partenaire sont constamment mis en avant. Elle se mord la lèvre, se courbe et se penche, se laisse porter, se prélasse de façon indolente comme une femme trophée et soumise ; tandis qu’il exhibe ses abdominaux saillants tel un mâle alpha et s’adonne à une démonstration de virilité mémorable lors d’une séance de sport musclée. Sans avoir peur de tomber dans les clichés les plus communs et de porter à l’écran des archétypes éculés dans sa représentation des sexes, Cinquante Nuances plus sombres nous offre cependant quelques séquences « chaudes » qui raviront les amateurs de la saga.

Cinquante nuances plus glauques

Le problème majeur de Cinquante Nuances plus sombres, en plus de son visuel papier glacé désincarné, sa réalisation convenue, sa BO indigeste, sa mauvaise direction d’acteurs, son manque d’enjeux scénaristiques et sa niaiserie, réside dans son message très douteux. En réalité, lorsqu’on prend le temps de réfléchir, on remarque rapidement que Christian Grey, vendu comme le prince charmant idéal, est un stalker et un psychopathe : il suit ou fait suivre sa bien-aimée partout, garde des dossiers sur toutes ses « soumises » (dont certaines sont devenues folles et suicidaires), connaît tout sur ses partenaires, se comporte en dominateur tentaculaire qui décide des moindres faits et gestes d’Anastasia et exerce son influence à tous les niveaux de sorte à avoir la mainmise sur ses « proies » comme un tueur sur ses victimes. A ce titre, le parallèle n’est pas si absurde car le héros, qui explique que sa mère toxicomane est décédée sous ses yeux lorsqu’il avait quatre ans, avoue ne se choisir que des femmes ressemblant à sa génitrice pour les sadiser et les maltraiter, pratiques sexuelles qui l’ont sauvé puisqu’à en croire les dires de son « initiatrice » Mme Robinson (Kim Basinger, venue cachetonner), si elle ne l’avait pas révélé ainsi à lui-même, il serait en prison ou pire. Comprendre que Christian Grey, sous ses airs de parfait gentleman, est en réalité un fou, ce qui ne pose visiblement aucun problème à Anastasia quand on voit que la jeune femme, légèrement crédule et idiote, accepte volontiers de se plier à tous les désirs de son homme aussi déplacés soient-ils (ingérence dans sa vie professionnelle, suppression de tout libre-arbitre et nécessité absolue de la posséder entièrement). On constate donc que le film véhicule malheureusement un message très rétrograde sur la condition de la femme, propos également relayé par les personnages secondaires entre Leila la névrosée qui a perdu la tête après s’être fait larguer comme une vieille chaussette par Christian, ou Jack Hyde le patron abusif d’Anastasia qui tente d’exercer sur elle un droit de cuissage en s’immisçant dans son intimité…

Pour conclure, Cinquante Nuances plus sombres n’opère aucune rupture de ton ni de style avec le volet précédent et embraye sur la même médiocrité, n’ayant de sombre que son amorce de thriller (la vengeance de Jack Hyde, la jalousie de Mme Robinson et l’obsession névrotique de Leila envers Anastasia) qui se poursuivra sans doute dans la suite de la saga, comme l’annonce un bref teasing à la fin du générique. Une recette plate et sans relief, faussement transgressive, qui au mieux fera passer le temps aux spectateurs les moins exigeants (les images sont jolies) et qui au pire fera tiquer dans sa façon rétrograde d’aborder la représentation du genre à l’écran.

Cinquante nuances plus sombres : Bande-annonce

 

Cinquante nuances plus sombres : Fiche Technique

Titre original : Fifty Shades Darker
Réalisation : James Foley
Scénario : Niall Leonard, d’après Fifty Shades Darker de E.L. James
Interprétation : Dakota Johnson (Anastasia Steele), Jamie Dornan (Christian Grey), Bella Heathcoate (Leila Williams), Rita Ora (Mia Grey), Kim Basinger (Elena Lincoln alias Mme Robinson), Luke Grimes (Elliot Grey), Eric Johnson (Jack Hyde), Hugh Dancy (John Flynn)…
Image : John Schwartzman
Décor : Nelson Coates
Costumes : Shay Cunliffe
Son: Mark Noda
Montage: Richard Francis-Bruce
Musique: Danny Elfman
Producteurs :  Dana Brunetti, E. L. James, Marcus Viscidi et Michael De Luca
Distributeur: Universal Pictures International France
Genres : Drame, Romance, Thriller érotique
Date de sortie en France : 8 février 2017
Durée: 115 min

Etats-Unis – 2017

Sweet/Vicious : la nouvelle série de MTV

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Après le documentaire The Hunting Ground et la chanson de Lady Gaga “Til It Happens To You” créée pour l’occasion, c’est maintenant au tour des séries de traiter de la culture du viol sur les campus américains.

Avec la vengeance des filles de Riverdale contre le slut-shaming dont elles sont victimes, les figures féminines prennent décidément le dessus dans les séries qui commencent à s’intéresser à des sujets trop souvent éludés ou banalisés. Et c’est avec la fin imminente de Teen Wolf que Sweet/Vicious voit le jour. Originellement intitulée Little Darlings, il s’agit de la première série signée Jennifer Kaytin Robinson, dont la diffusion vient de prendre fin en janvier  dernier sur MTV.

Sweet/Vicious est une comédie noire qui met en scène un duo 100% féminin. Ophelia, hackeuse solitaire aux cheveux verts électriques et Jules, la “sorority girl” par excellence et ninja vengeresse la nuit, vont s’allier pour mettre de l’ordre sur le campus et s’occuper des prédateurs sexuels qui sévissent en toute impunité.

Du côté des acteurs on retrouve Eliza Bennett, Taylor Dearden (la fille de Bryan Cranston), Brandon Mychal Smith (You’re The Worst) et Nick Fink.

Sweet/Vicious : Bande-annonce

Le Corbeau, un film de Henri-Georges Clouzot : critique

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Partant d’un fait divers, Clouzot dresse, dans Le Corbeau, un tableau sombre de l’humanité

Synopsis : dans une petite sous-préfecture de province, des lettres anonymes dénoncent plusieurs habitants et, en particulier le Docteur Rémy Germain.

Après le succès de L’Assassin habite au 21, qui a pris des allures de petites comédies policières (mais qui cache bien son jeu, car c’est loin d’être aussi léger que ce qu’il paraît), Clouzot revient avec Le Corbeau. Et, au-delà d’une interprétation impeccable et d’un scénario très réussi, le réalisateur prouve qu’il maîtrise la mise en scène avec une maestria rare. Cadrages, mouvements de caméra, jeux d’ombres et de lumières, tout est absolument exceptionnel, d’autant plus que les effets ne sont jamais gratuits : ils contribuent tous à planter une ambiance et à renforcer un scénario déjà fort sombre.

Espionnage et suspicions

Ce scénario nous raconte, on le sait, l’histoire d’une petite ville, sous-préfecture quelconque, « ici ou ailleurs », dont les habitants sont victimes de lettres de dénonciations anonymes. Le premier réflexe qui s’impose, c’est que tout le monde suspecte tout le monde, et inversement. Dès la scène d’ouverture, les rumeurs circulent, quand deux petites vieilles s’amusent à dire que le père supposé de l’enfant mort n’est pas forcément son géniteur…

Et le cinéaste va se plaire à filmer ces messes basses, ces on-dit que l’on voit presque circuler. Mieux encore : sa caméra va mimer les indiscrétions des personnages. La mise en scène insiste sur les ouvertures et fermetures, les portes, les fenêtres, etc. Dès le plan d’ouverture, on découvre le village à travers une fenêtre, comme si on l’espionnait déjà. Et tout au long du film vont se multiplier ces plans pris à travers des portes, des fenêtres, le guichet de la poste, une serrure, etc. Tout le monde espionne les villageois. Y compris nous, et c’est là la grande force de la réalisation de Clouzot : nous mettre, nous spectateurs, directement au cœur du processus. A travers ce cinéma, qui est un art du voyeurisme par excellence, à travers cette caméra qui s’infiltre partout et pour laquelle rien n’est fermé, il nous met en situation d’espionnage. Nous ne vallons guère mieux que ce corbeau ; nous sommes lui, même : lors du défilé d’un enterrement, la caméra se met carrément à la place d’une lettre anonyme posée par terre sur le parcours.

De même, Clouzot sait parfaitement créer un suspense sur l’identité du corbeau en jouant sur les apparitions des personnages. Les différents personnages du film ne se contentent pas d’arriver à l’écran, ils y apparaissent presque par magie. Ils ne semblent pas là puis, d’un coup, on aperçoit leur présence. Du coup, les questions se posent inévitablement : depuis combien de temps sont-ils là ? Qu’ont-ils vu ? Entendu ? Certains se cachent même : le docteur Vorzet derrière son journal (comme l’archétype de l’espion) ou Germain derrière son rideau… Ce jeu sur les apparitions de personnages contribue fortement à l’instauration d’une ambiance pesante et d’une suspicion généralisée.

Un mystérieux docteur

Les accusations sont celles que l’on a habituellement dans ce genre de cas : maris cocus, détournements d’argent, etc. Avec une victime qui concentre la majorité des attaques du corbeau, le mystérieux docteur Germain (Pierre Fresnais, sec et rigide, l’exact opposé du rôle joyeux et agréable qu’il jouait dans le premier film de Clouzot). Personnage sombre et énigmatique, il a tout pour attirer la haine contre lui : on ne sait rien de son passé, il est séduisant mais peu sociable, talentueux et efficace donc susceptible d’attirer la jalousie, etc.

A ses côtés, Ginette Leclerc joue merveilleusement bien l’équivalent d’une femme fatale, toute en séduction et en fragilité. Le film convoque aussi de grands noms du cinéma français, dont certains étaient déjà présents dans le précédent film de Clouzot : Noël Roquevert, Pierre Larquey, etc.

Foule en furie

Le Corbeau ne se contente pas d’être un formidable suspense. La vision très noire du genre humain, qui sera une des caractéristiques du cinéma de Clouzot, s’y affirme avec force. Outre le thème de la culpabilité (tout le monde est coupable de quelque chose) et de la jalousie malsaine, le film montre comment une foule peut être amenée à un haut niveau de folie haineuse. Comment la jalousie, les frustrations, les petites haines ordinaires peuvent être transformées en un violent mouvement de masse si elles sont dirigées correctement. Comment les démagos peuvent manipuler des foules en les tenant par leurs haines.

C’est alors la quête d’une victime expiatoire et, à terme, la destruction de toute forme sociale. « Campagne d’assainissement », dira le corbeau. On reconnaît bien là le discours de tous les démagos haineux jouant sur les craintes et les frustrations. Discours appuyé sur un relativisme moral qui tendrait à nous faire croire que tout est possible, que rien n’est interdit, que la frontière entre Bien et Mal n’est qu’une vue de l’esprit. « Toutes les valeurs morales sont corrompues ». On songe, bien entendu, au discours que tiendra, quelques années plus tard, le personnage d’Orson Welles dans Le Troisième Homme. Et si, à cela, on ajoute la responsabilité d’une administration incompétente, on obtient un film hautement politique, toujours terriblement d’actualité de nos jours.

En cela, Le Corbeau n’est pas seulement un chef d’œuvre, mais l’un des films les plus importants du cinéma français.

Le Corbeau : Bande Annonce

Le Corbeau : Fiche Technique

Réalisateur : Henri-Georges Clouzot
Scénario : Louis Chavance, Henri-Georges Clouzot
Interprétation : Pierre Fresnay (Docteur Germain), Ginette Leclerc (Denise Saillens), Pierre Larquey (Docteur Vorzet), Noël Roquevert (Saillens), Pierre Bertin (le sous-préfet), Micheline Francey (Laura Vorzet), Liliane Maigné (Rolande).
Directeur de la photographie : Nicolas Hayer
Montage : Marguerite Beaugé
Musique : Tony Aubin
producteurs : René Montis, Raoul Ploquin
Société de production : Continental
Société de distribution : La Société des Films Sonores Tobis
Genre : drame, policier
Date de sortie : 28 septembre 1943
Durée : 92 minutes

France – 1943

Silence, un film de Martin Scorsese : Critique

Véritable testament ecclésiastique de son auteur, Silence est un chef d’œuvre traitant de la transcendance de la foi. Martin Scorsese évite la propagande religieuse grâce à un traitement psychique brillant et une image superbement travaillée. Un long métrage qui dépasse son statut de réflexion sur la religion et qui paraît nécessaire dans notre société.

Synopsis : XVIIème siècle, deux prêtres jésuites se rendent au Japon pour retrouver leur mentor, le père Ferreira, disparu alors qu’il tentait de répandre les enseignements du catholicisme. Au terme d’un dangereux voyage, ils découvrent un pays où le christianisme est décrété illégal et ses fidèles persécutés. Ils devront mener dans la clandestinité cette quête périlleuse qui confrontera leur foi aux pires épreuves.

Bloqué depuis le début des années 2010 dans une filmographie à l’image clinquante (Hugo Cabret, Le Loup de Wall Street), Martin Scorsese renoue avec un cinéma viscéral et se pose en digne héritier des légendes japonaises du 7e art. Adapté du roman éponyme de Shūsaku Endō, il aura fallu presque 30 ans au cinéaste pour concrétiser son projet, au point d’être attaqué en justice pour la trop grande durée de sa pré-production. Dévoilant le combat mental de deux jésuites à la recherche de leur mentor dans un japon féodal austère, Silence s’inscrit immédiatement comme un chef d’œuvre du maître Scorsese.

Le testament clérical de Martin Scorsese

Nous sommes en 1956, Martin Scorsese, jeune New-Yorkais d’origine sicilienne, abandonne ses études pour se destiner à une vie religieuse et rentre dans un séminaire afin de recevoir l’ordination. Le futur génie est tellement indiscipliné qu’il en est congédié un an plus tard, mais l’expérience l’aura marqué à vie. Issu d’une famille catholique traditionaliste, le cinéaste a toujours embrassé les thématiques de la religion au sein de sa filmographie. Point de propagande théologique, seulement l’impact de la foi dans une société ou un microcosme. En témoigne ses longs métrages aussi magnifiques que controversés tels que Kundun ou La Dernière Tentation du Christ. C’est d’ailleurs lors de la projection de ce dernier que le réalisateur fait la connaissance de l’archevêque de New York Paul Moore. Celui-ci lui offrit l’ouvrage Silence, paru en 1966 au Japon et écrit par un Japonais catholique nommé Shūsaku Endō. Le livre a été plébiscité pour sa capacité à analyser les tourments psychiques d’adeptes du christianisme. Sentant que l’œuvre est idéale pour sublimer ses thématiques ecclésiastiques, Martin Scorsese se lance dans l’adaptation ambitieuse et complexe du roman. C’est seulement 28 ans plus tard que le metteur en scène réussit son pari : accoucher d’une œuvre universelle sur la foi sans faire de prosélytisme outrancier.

Perdu dans une esthétique clinquante à l’excès depuis Hugo Cabret (avec CGI douteux en supplément), le maître sicilien retrouve la puissance visuelle qui l’a tellement caractérisé. Orienté vers une dissertation filmique, Silence transcende son sujet religieux pour en faire une profession de foi intemporelle. Pour ce faire, c’est le réalisme et le jusqu’au boutisme qui priment. La reconstitution du Japon féodal du XVII, en pleine Pax Christi, semble parfaitement aboutie. Et même si on se demande pourquoi des prêtres portugais parlent et apprennent la langue anglaise, les décors et la beauté de l’image surpassent de très loin ce détail. C’est d’ailleurs dans la photographie et la composition des cadres que Silence impressionne le plus. Lorgnant clairement vers la contemplation, sans en être un fervent adepte, Scorsese semble plus apaisé qu’à l’habitude mais aussi plus torturé. Le cinéaste se place toujours à proximité de ses personnages, on pense d’ailleurs souvent à Casino, dans le traitement du destin de ses héros. Toutefois, le metteur en scène ne révolutionne pas son cinéma. Steadycam, « God Watching Shots » et plans fixes millimétrés, on ressent un véritable soin apporté à l’image. Ainsi et ce, dès le premier plan, la photographie de Rodrigo Prieto est une merveille pour les pupilles. L’inspiration paraît évidente, notamment Kurosawa (Ran, Vivre) pour les couleurs, Kenji Misumi (La légende de Zatôichi, Baby Cart) pour les cadres et même Buntarō Futagawa (le chef d’œuvre Orochi : le Serpent) pour l’intensité et la durabilité des plans. C’est dans cette union parfaite que la réalisation de Scorsese confine à la perfection technique, nous prouvant encore qu’à 74 ans, il n’a pas fini de nous combler.

L’Universalité de la Foi

Silence est avant tout l’histoire de deux hommes, des prêtres fougueux et idéalistes, désireux de prêcher une parole qu’ils qualifient plus de « vraie » que de « divine ». Sebastião Rodrigues (Andrew Garfield, tout bonnement parfait) et Francisco Garupe (Adam Driver, loin des pleurnichages de Kylo Ren), désireux de sauver leur mentor, Cristóvão Ferreira (Liam Neeson, retrouvant sa grandeur), ayant été forcé d’apostasier et de renier sa foi. Si les mauvaises langues reprocheront à Scorsese son portrait métaphysique touchant de très près aux croyants et à la religion, il convient de montrer à quel point l’ambition du cinéaste semble pure. Le long métrage n’est pas qu’une œuvre sur la religion, il reste un labyrinthe mental prodigieux par sa justesse et marquant par sa dureté. Ces deux jeunes figures divines deviennent déifiées par des villageois japonais, perdus tels des brebis égarées. A ce moment, comment prêcher la parole absolue dans un pays symbolisé par un marécage ? Comment transmettre un idéal dans un pays historiquement bouddhiste ? Martin Scorsese donne également beaucoup d’importance aux joutes verbales, avec des dialogues de haute volée écrit avec le scénariste Jay Cocks. Ainsi, plus qu’un combat, c’est une brisure mentale qui s’opère chez chaque personnage. Ce combat est également représenté par le personnage de l’inquisiteur Inoue (l’immense Issei Ogata), véritable tyran du christianisme. Chacune de ses apparitions inspire une crainte viscérale au spectateur, étant toujours filmé comme une figure impénétrable.

Néanmoins, point de théologie forcée ou de catéchisme approximatif. L’Histoire est formellement respectée, que ce soit dans les détails des décors ou le vocabulaire déclamé. De même, c’est l’universalisme des thématiques qui trône au-delà du simple christianisme. On suit alors un calvaire de martyrs religieux, tout comme les Chrétiens d’Orient en leur temps, les monothéistes face à l’Empire Romain ou même les musulmans face à leur bannissement des États-Unis aujourd’hui. C’est d’ailleurs ce même personnage de l’inquisiteur qui confirme cette thèse pacifiste. « Je n’ai rien contre vous, ni contre votre foi » déclame-t-il ainsi, désirant uniquement confronter le père Rodrigues face aux contradictions de sa religion. Même si la situation paraît justifiée dans le contexte du pays (dans le Japon féodal du XVII, la xénophobie régnait en maître, notamment à cause des maladies transmises de l’étranger), les images restent dures et les supplices éprouvants. A l’instar de La Dernière Tentation du Christ, Martin Scorsese exprime les douleurs psychiques de ces véritables figures christiques. Peut-on abjurer ses croyances pour sauver ses fidèles d’une mort certaine ? Comment conçoit-on le fait d’être un Christ sauveur ? Devant ces questions, le spectateur se retrouve comme Rodrigues face à ses convictions : le silence assourdissant de son seigneur.

Testament lyrique et absolu sur la religion, Silence est un long métrage majeur de son auteur et nécessaire dans notre société. Digne d’une dissertation sur la transcendance des convictions, Martin Scorsese évite les lourdeurs grâce à une mise en scène racée et une image absolument somptueuse. De par ses immenses qualités, tout en conservant un rythme lancinant proche de la contemplation, Silence se pose en miracle de cinéma.

Silence : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=0Vzyu8VcBaE

Silence : Fiche Technique

Titre original : Silence
Réalisation : Martin Scorsese
Scénario : Jay Cocks et Martin Scorsese, d’après Silence de Shusaku Endo
Interprétation: Andrew Garfield (Rodrigues), Liam Neeson (Ferreira), Adam Driver (Garupe), Shinya Tsukamoto (Mokichi), Yosuke Kubozuka (Kichijiro), Issei Ogata (Inoue)
Décors : Dante Ferretti
Costumes : Dante Ferreti
Montage : Thelma Schoonmaker
Musique : Howard Shore
Production : Vittorio Cecchi Gori, Barbara De Fina, Randall Emmett, Gaston Pavlovich, Martin Scorsese, Emma Tillinger Koskoff et Irwin Winkler
Sociétés de production : Cappa Defina Productions, Cecchi Gori Pictures, Fábrica de Cine, SharpSword Films, Sikelia Productions, Verdi Productions, Emmett/Furla/Oasis Films et Waypoint Entertainment
Sociétés de distribution : Paramount Pictures (États-Unis), Metropolitan Filmexport (France)
Langue : Anglais, japonais
Durée : 161 minutes
Genre : Drame historique
Dates de sortie : 8 février 2017

États-Unis, Taïwan, Mexique – 2015