Dans un temps, où l’art de la vidéo courte est de plus en plus vulgarisé par des vidéos pullulantes sur le web, il est nécessaire de rappeler l’existence de courts-métrages intemporels, de par leur contenu, de leur mise en scène ou encore des techniques utilisées.
Il y a de ces courts-métrages qui en disent plus longs que d’autres, mais qui sont toutefois peu connus du grand public. En voici donc une sélection.
Top 5 des courts-métrages
5 – Logorama, 2009
On commence donc ce classement avec un petit court métrage d’animation qui a demandé bien du travail à ses réalisateurs vu qu’il détourne à peu près 3500 logos. 6 ans de sélection parmi 40 000 Logos pour que les réalisateurs François Alaux, Hervé de Crécy et Ludovic Houplain arrivent à peindre cette critique de la société de consommation.
De l’effort non pas vain au vu des prix et des distinctions remportés.
https://www.youtube.com/watch?v=FYC01QN5KTE&t=22s
4 – Paperman, 2012
Récompensé aux oscars, nous avons été séduits par les dessins qui viennent conter cette histoire d’amour naissante entre un employé et une inconnue de l’immeuble d’en face. En noir et blanc, et sans dialogues, c’est sans doute l’un des courts-métrages d’animation de Walt Disney qui nous a le plus séduit au vu de sa singularité et de sa composition.
3 – L’utopique controversé
Crise d’empathie, 2015
Les Parasites sont sans doute la révélation de ces dernières années. Plusieurs fois titrés des 48HPF, notre préféré reste crise d’empathie. Tout y est, une critique bien tournée de notre société égocentrique, des plans bien réfléchis, une ambiance sonore appropriée.
Nous recommandons vivement et apprécions le travail des Parasites !
2 – «I am just a copy of a copy of a copy »
Copy Shop, 2001
La particularité de ce court métrage ? Tout est une copie d’une copie jusqu’à ce que la copie s’empare de la réalité. Plusieurs nominations, pas moins de 35 prix, pour une sorte d’expérimentalisme qui laisse sans voix une fois que l’on saisit la technique qui se cache derrière.
Plus de 18,000 plans ont été photocopiés puis assemblés pour donner l’illusion du film.
1 – « J’aime bien repérer le petit détail que personne ne verra jamais. »
Foutaises, 1990.
On se rappelle évidement tous du succès qu’a eut Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain auprès du grand public. Ce film de Jean-Pierre Jeunet qui est devenu un emblème de la vie parisienne, un symbole brut de la baguette et du béret. Toutefois, peu savent qu’à l’origine de ce film-ci Jean Pierre Jeunet s’était inspiré de son propre court-métrage Foutaises, sorti en 1990, César de 1991 et Prix de plusieurs festivals.
Bercé par une bande originale de Marc Caro, Dominique Pinon, acteur du film culte liste les petits détails qui l’enchantent ou lui déplaisent.
Ils auraient pu y être : Manoman de Simon Cartwright, Monde de Gloire …
Un quatrième opus pour la saga est en préparation mais, pour le moment, les sœurs Lana et Lilly Wachowski, à l’origine des Matrix, ne sont pas encore impliquées dans le projet. C’est pourtant leur participation qui fera pencher la balance quant au retour de Keanu Reeves dans le rôle de Neo !
The Hollywood Reporter a annoncé mardi la relance de la franchise Matrix dans un reboot digne des autres films. La participation de Keanu Reeves aka Neo dans les trois opus, est encore une question ouverte qui dépendra du retour des soeurs Wachowski. En effet, Keanu avait annoncé en février à Yahoo Movies qu’il tournerait dans un autre Matrix si l’occasion se présentait et si les Wachowski étaient impliqués :
The Wachowskis devront être de la partie ! Elles devront écrire et réaliser [le film]. Ensuite, on verra ce que donne l’histoire mais…ouais, je ne sais pas, ce serait bizarre mais pourquoi pas ? Les gens meurent ; les histoires ne meurent pas. Et les personnages des histoires non plus !
Le cas échéant, le studio aurait des vues sur Michael B. Jordan (Creed – L’Héritage de Rocky Balboa, Les 4 Fantastiques et prochainement Black Panther) pour le rôle principal. Quant au script, Zak Penn,cocréateur de la série Alphas qui a travaillé sur des scénarios pour des films, y compris L’Incroyable Hulk, Avengers et X-Men : l’affrontement final, est actuellement en pourparlers. Enfin, le producteur initial de la trilogie, Joel Silver, a aussi été approché par la Warner.
Les Wachowskis ont abordé plusieurs projets ambitieux depuis Matrix, y compris Sense8, la série Netflix sur des êtres humains liés par une force psychique mystérieuse ainsi qu’une adaptation cinématographique du roman fantastique tentaculaire Cloud Atlas.
Rappelons enfin que le final du dernier Matrix Revolutions laissait déjà présager du retour de Neo. Après le cessez- le-feu, Sati demandait à l’Oracle “Le reverrons-nous un jour ?”, ce à quoi elle répondait : “Je le suspecte. Un jour.”
Fin janvier, Keanu Reeves, Carrie Anne Moss et Laurence Fishburne étaient réunis pour la première de John Wick Chapitre 2 et, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils avaient l’air plutôt motivé !
How To Get Away With Murder, le meilleur soap judiciaire de cette dernière décennie signe une troisième saison plus intelligente que divertissante tout en pressant sur la gâchette de nos attentes pour une saison 4 qui continuera de creuser au sein de la Keating Five…
Synopsis : Après que l’incendie ravageur qui a détruit la maison d’Annalise Keating, brûlant en partie le corps de Wes Gibbins, absolument tous les moyens sont bons pour retrouver le ou les auteurs. Frank s’est littéralement sacrifié pour regagner la confiance de l’avocate qui a passé plusieurs semaines en prison, jusqu’à provoquer sa camarade de cellule pour en sortir. Le procureur Denver continue quant à lui de s’acharner sur Annalise pour faire la lumière sur les meurtres de Sam, Rebecca et Sinclair…
Toucher le fond…
On dit qu’une fois six pieds sous terre, il est difficile de creuser plus profond. Sauf si l’énergie nous le permet… Métaphore sur le fait de sombrer et ici Annalise ne peut pas aller plus mal. Elle a perdu son emploi à l’université, sa famille, sa maison, sa réputation et maintenant le fils qu’elle n’a jamais eu, Wes ! Et pourtant, on continue de la soupçonner, tout comme Connor qui ne semble pas pâtir de la disparition de l’étudiant qu’il nommait « Wait List » (liste d’attente). La première partie de cette nouvelle saison se poursuit habilement sur la reprise des cours tandis que la professeure est accusée de meurtre et que Frank, toujours disparu, ne sait pas comment reprendre contact avec elle. L’arc narratif Laurel/Wes gagne progressivement en crédibilité tandis que celui de Connor/Oliver perd toute vraisemblance à des fins de « rallonger la sauce » comme on dit dans le jargon. Pourquoi peut-on cependant tout excuser? Car nous avons atteint un tel niveau d’empathie à ce stade de l’aventure que les blancs en neige peuvent se permettre de redescendre. Désolé pour l’image culinaire, Laurel est enceinte et Annalise alcoolique. Tous les ingrédients des Feux de l’amour sont réunis. Des troubles de paternité jusqu’aux faux aveux… A la différence que le traitement cinématographique, plus mâture, avec une bande sonore toujours autant alternative électrique aérienne et diablement sexy (encore IAMX ou Zola Jesus, Woodkid, Essaie Pas, Chromatics, Perfume Genius, Mating Ritual…) couplé à un sens de la révélation au compte goutte permet de réunir un plus large public que la ménagère de plus de quarante ans (et pourtant cœur de cible de départ). On connait le procédé, on est habitué à l’opposition chromatique passé/présent ainsi qu’aux fausses pistes et au transfert de culpabilité. Cela ne nous empêche pas de pleurer la mort de Wes, de crier de surprise au cliffhanger, ou de nous attendrir à l’arrivée de Mama jouée par Cicely Tyson dont le CV est plus étoffé que celui de Meryl Streep et Isabelle Huppert réunies, pourtant méconnue !
La première partie ne s’articule cette fois-ci non pas sur un « Whodunnit » (qui est le tueur ?), mais sur un « whosgone » (qui est mort ?) dans l’incendie de la maison principale, mais aussi comment ? Les étudiants font partie à présent d’une clinique de droit pénal où chacun est en compétition pour décrocher des affaires pro bono*, créée par Annalise qui a anticipé sa démission, car sa réputation à la fin de la saison 2 commençait à être salie par des problèmes d’alcoolisme notamment. Elle y a rencontré la doyenne Hargrove de l’université de Middleton. Toujours au 9ème épisode des premières révélations, les fans appréhendent la trêve hivernale comme la peste. Pour ceux qui n’ont pas commencé cette troisième saison, il est temps de faire demi tour. SPOILER ALERTS
Qui a tué Wes ? Accepter le suicide pour effacer du tableau les crimes précédents est un compromis relativement acceptable. Le tour de force est remarquable. Faire de ce personnage clé, un axe majeur de la seconde saison pour davantage surprendre était « presque » prévisible. D’autant plus que nous avons à ceci près épuisé tout son historique. Quoique, que s’est-il passé avant son entrée à l’université ? Tous les regards sont rivés sur Laurel, car rappelez-vous, Annalise lui assène pour qu’elle lui tire dessus :: « tu as vécu bien pire avec ton père ! » (Revoir la scène finale). La magie des scénaristes est de nous détourner l’attention sur chaque nouvel arc narratif à la manière d’un laser pointé au mur qu’un chien ou un chat pourrait suivre jusqu’à vouloir l’attraper. La liaison de Nate et Atwood, payée par Denver; la culpabilité de Frank sur l’incendie; la présence de Connor; la paternité de Christophe/Wes et les Mahoney que l’on veut responsables (Wallace a tout même commandité l’accident qui a tué l’enfant qu’Annalise portait!) ; le couple Asher/Michaela vs Oliver/Connor; la sénilité de Mama; ce qui unit Frank à Bonnie… Plus d’une corde à leurs arcs et pardonnez le jeu de mot quand l’écriture permet de tels niveaux d’exigence, on peut se le permettre. Moins d’humour certes pour davantage d’émotion. On aura jamais vu Viola Davis pleurer autant par épisode. Mais de cette évolution des personnages naît un véritable amour porté à chacun d’entre eux. Par ailleurs, il semblerait que rien ne soit laissé au hasard ou abandonné gratuitement. Ce n’est pas du recyclage, mais de l’économie intelligente, rendre toute chose, toute interrogation, chacun des personnages, chaque geste, situation, dialogues ou relations utiles à l’avancée en puissance. Et bien que le personnage de Nate soit dans cette saison, une carapace vide agissant sans grande réelle motivation, d’autres ne sont pas en reste et ainsi l’actrice jouant Laurel Castillo (Karla Souza) n’est pas toujours au meilleur de sa forme. Il est profondément intéressant de voir à quel point Frank est capable de se sacrifier pour aider celle qui l’a recueilli. Entre petit chiot maladroit, apeuré et bras droit toujours de confiance, le personnage est plus complexe qu’il n’y paraît et le trio de dispute (Bonnie, Annalise, Frank/révolver) est saisissant. Et à ce titre, on se pose des questions sur les réelles motivations du personnage joué par Liza Weil. Est-elle aussi un pantin agissant ou toujours dans l’abandon de soi pour suivre celle qui l’a sauvée des griffes de son père violeur? Seul défaut au tableau, les convictions des personnages se lançant à coeur perdu dans leur propre survie deviennent des automatismes.
Si la rupture d’Oliver et Connor n’était pas nécessaire, voire à éviter (du moins pour les raisons énoncées), d’autres évolutions sont appréciables, témoins de la réelle et intime passion des scénaristes pour ce qu’ils racontent. Asher de bête de foire, fils à papa, il est devenu un petit ami bienveillant n’hésitant pas à montrer son attachement et sa loyauté suite à la mort de Wes. Michaela de fille à marier friquée est devenue une jeune femme relativement fragile, adoptée par des parents blancs égoïstes, elle se montre vindicative et reprend les rênes du groupe, détenues par Laurel dans la précédente saison. Celle-ci est présentement bien faible, endeuillée (le jeu est un peu inconsistant ou surfait), mais prête à tout pour se venger. D’autres interrogations entravent partiellement la compréhension, mais nullement l’empathie : pourquoi Annalise appelle-t-elle Wes, Laurel, Connor pour les retrouver à la maison?
* Pour le bien public : volontairement, gratuitement ou pour des honoraires modiques, à faire reconnaître ou protéger les droits de personnes défavorisées
How To Get Away With Murder saison 3 : Extrait 1
https://www.youtube.com/watch?v=sE5eUYqyLZ8
L’atmosphère musicale se résume par ce titre remix de Cody Crump – Burn qui allie macabre, élégance et chagrin (l’originale). Telle une marche funèbre burtonesque montant crescendo et redescendant dans un murmure à la sortie de Keyser Söze à la fin de Usual Suspect. Car l’hommage est bel et bien là, dans la surprise des faux coupables tandis que la principale victime sort du commissariat à la fin de cet extrait.
Cette nouvelle saison creuse encore plus dans chacun des personnages dévoilant leurs sacrifices, leurs limites. La rédemption de Frank, le deuil d’Annalise, le mal-être de Connor, les sentiments de Laurel et de Michaela… Autant d’éléments qui donnent presque l’impression d’avoir affaire à de nouveaux personnages. Les nouveaux ici sont l’ex-petite amie de Wes, Meggy, étudiante infirmière, l’assistante du procureur Rene Atwood qui a couché avec Nate, la mère adoptive de Michaela qu’elle héberge et nous retrouvons le fils et la mère Mahoney (autre révélation: le père de Christophe ne serait pas le père, mais le fils, Charles Mahoney, alors que les deux acteurs ont seulement quatre ans d’écart..!). Autre « ancien », le père de Laurel (qui entre la saison 1 et 2 a changé de tête bref!), les parents d’Annalise, mais on regrette l’absence de la soeur vengeresse Hannah Keating ou encore plus de Eve, l’amie lesbienne avocate!
How To Get Away With Murder saison 3 : Extrait 2
Tandis qu’Asher s’est montré plus humanisant suite aux différents événements, Connor réagit de manière diamétralement opposée. Il est devenu insensible, « brisé et malade (tout cela doit s’arrêter) ». Rappelons ce par quoi ils en sont tous passés : un premier crime passant pour de la légitime défense, puis Annalise qui leur demande de lui tirer dessus, le meurtre de Sinclair à cacher sans oublier la culpabilité sans cesse remise en question des Hapstall et toutes les affaires qu’ils doivent prendre en charge en trouvant de quoi disculper les différents clients… Le traitement psychologique peut être lourd. Surtout pour Wes qui en plus d’avoir vu mourir sa mère, tombé amoureux d’une possible meurtrière, ayant tué Sam, tiré sur Annalise, voit mourir des années plus tard son « père » dans la rue. On se demande si le garçon n’était pas « dérangé » déjà arrivé à l’université. Malgré tout, il est resté le parfait gendre, dissimulé et droit. Selon l’acteur lui-même, sa participation à la série n’est pas terminée et l’on s’en réjouit d’avance. Le personnage de Laurel également se renferme sur lui-même et est sur le point de diamétralement changer. Prête à tirer à bout portant sur Charles Mahoney en pleine rue dans le dernier épisode, décidant d’avorter comme pour rejeter tout souvenir possiblement heureux ou trace d’une féminité passive.
How To Get Away With Murder saison 3 : Promo des deux derniers épisodes
https://www.youtube.com/watch?v=QRxKiOSysaA
Les cartes sont redistribuées pour permettre à presque tous les personnages d’évoluer. Au travers d’un incendie, le décès d’un proche de la Keating Five, l’emprisonnement d’Annalise, les quinze épisodes savent nous tenir en haleine et pourtant ce n’était pas chose promise dès le pilote. Première déception, on nous promettait un personnage important pour Mary J.Blige, ce n’est autre que la coiffeuse d’Annalise. Reviendra-t-elle? Mais le talent d’HTGAWM est de toujours ouvrir en conclusion. Lorsque l’on ne savait pas qui avait tué Rebecca à la fin de la 1, le père Mahoney à la 2, là ce sont les liens unissant le procureur Denver à Dominik (ami d’enfance de Laurel) qui a tué Wes sur les ordres du père Castillo, tout comme la réponse de Connor à la demande en mariage, mais cet arc narratif a perdu notre intérêt. Une quatrième saison est prévue pour l’automne 2017, malgré des chutes d’audience significatives, plus de 3 millions par saison. La première frôlait les 10 en moyenne, la deuxième 7 et la troisième a réalisé sa pire audience lors du treizième épisode qui a rassemblé 4,53 millions d’américains un jeudi soir devant ABC. Si la quatrième continue de voir chuter les fidèles, ce sera probablement la dernière. A notre plus grand regret !
How To Get Away With Murder saison 3 : Fiche Technique
Réalisateur: Bill D’Elia (1, 9, 15), Zetna Fuentes (2), Stephen Cragg (3), Kevin Rodney Sullivan (4), Jann Turner (5), Sharat Raju (6), Mike Smith (7), Morenike Balogun (8), Jennifer Getzinger (10), Nicole Rubio (11), Cherie Nowlan (12), Hanelle Culpepper (13), Jet Wilkinson (14).
Scénaristes: Peter Nowalk (1, 15), Angela Robinson (2), Joe Fazzio (3, 14), Erika Green Swafford (4), J.C. Lee (5), Fernanda Coppel (6), Erica Harrison (7), Jet Wilkinson (8), Michael Foley (9),Sarah L. Thompson (10), Abby Ajayi (11), Daniel Robinson (12), Brendan Kelly (13).
Interprétation: Viola Davis (Annalise Keating), Billy Brown II (Nate Leahy), Alfred Enoch (Wes Gibbins), Jack Falahee (Connor Walsh), Aja Naomi King (Michaela Pratt), Matt McGorry (Asher Millstone), Karla Souza (Laurel Castillo), Charlie Weber (Franck Delfino), Liza Weil (Bonnie Winterbottom), Conrad Ricamora (Oliver Hampton), Benito Martinez (le procureur Todd Denver), L. Scott Caldwell (Jasmine), Cicely Tyson (Ophelia Harkness), Roger Robinson (Mac Harkness), Milauna Jackson (Rene Atwood), Corbin Reid (Meggy Travers), Jacqueline Hahn (Juge Barbara Jacobs), Gloria Garayua (Detective Brianna Davis), Behzad Dabu (l’étudiant Simon Drake)…
Musique : Photek, IAMX…
Producteurs délégués: Shonda Rhimes, Peter Nowalk, Betsy Beers, Bill D’Elia
Studios de productions : ABC Studios et Shondaland Productions
Format : 15 épisodes de 42 minutes
How To Get Away With Murder saison 3 : Petit Bonus
Nous avons traduit pour vous un entretien du créateur Peter Nowalk donné à The Hollywood Reporter. Enjoy! (Lire ici l’original de l’article) SPOILER ALERTS
Jusqu’à quel point Laurel a-t-elle connaissance des affaires de son père?
Elle en sait déjà beaucoup, des magouilles et mauvaises tournures qu’on pris certaines, comme n’importe quel enfant qui voit bien que ses parents font le bien ou le mal. Peut-être qu’elle a essayé de s’en échapper, de fermer les yeux, car elle ne pouvait rien y faire pour changer cela. Mais son père ne le lui a pas laissé le choix et elle y a participé… La performance de Karla Souza est superbe. On arrive à voir toute cette évolution sur son visage muet en une seconde. Vous la voyez se dire « Attends, c’est bizarre. Attends, suis-je une mauvaise personne? Oh mon dieu, mon père est-il derrière tout ça? ». Elle est tellement intelligente et a conscience de combien son père est dangereux et que c’est maintenant possible.
Est-ce qu’on doit donc s’attendre à voir l’univers de HTGAWM s’étendre au-delà de la Keating 5 dans la 4ème saison?
Je ne pourrais pas vous en dire autant, mais nous avons ouvert une porte et nous devons aux spectateurs des réponses aux questions, donc oui. Nous avions laissé des indices, mais je pense que nous devons maintenant leur dire ce qu’il se passe réellement. Comment Dominic connaît le procureur Denver ? Est-ce que cela sous-entend que le père de Laurel le connaît ? Est-ce possible qu’ils en sachent plus sur les Mahoney ? C’est bien plus compliqué que ce que vous pouvez imaginer.
Va-t-on en voir plus sur les Mahoney?
C’est envisageable. Il y a un lourd passif entre Annalise et Silvia et si Laurel se demande si son père connaissait les Mahoney – je pense tout cela possible, mais ce sera du côté de la famille Castillo qu’il faudra se tourner principalement dans la 4ème saison.
Et quant à Dominic?
Bien sûr ! C’est une grande question qui nécessite qu’on y réponde. Il semblait très amical vis-à-vis de Laurel, donc nous connaîtrons ce qu’elle pense à son sujet, leur historique et s’il y a un futur possible. Il y a beaucoup à creuser là-dedans.
La structure sera-t-elle identique à la saison 3?
Je me fais beaucoup de souci sur comment ouvrir avec quelque chose qui fonctionne à la manière des 10 Petits Nègres [d’Agatha Christie] à l’envers. Mais chaque saison a été un peu différente. La série a trouvé cette particularité et parfois je me demande si pour une fois on ne ferait pas les choses de la même manière. Ce qui m’importe est que les arcs narratifs doivent être résolus. Et je ne sais pas encore ce que l’on va raconter…
Les fantômes que se faisait Wes des meurtres de Sam et Rebecca vont-ils disparaître avec lui, le groupe en est-il éloigné ou vont-ils revenir les hanter?
Ce sera de l’histoire ancienne aussi longtemps que Denver ne sentira plus de menace pesant sur ces crimes dits « résolus ». Mais ça veut pas dire qu’un autre ne reprendra pas les investigations. Mais Annalise n’avait pas d’autre choix que de mettre cela sur la tête de Wes. C’était intelligent de sa part. Pour son propre bien et celui du groupe, j’espère que ça fonctionne, mais on en verra plus sur ce choix. Je pense que ça va leur permettre une petite coupure dans tout ce qu’ils ont vécu et leur permettre de continuer à vivre différemment.
Annalise a appelé Wes « mon fils » lorsqu’elle s’effondre au dernier épisode aux Alcooliques Anonymes . Qu’est-ce que cela va signifier?
C’est très porteur d’espoir – du moins comme je le perçois – parce qu’elle prend conscience de sa douleur. C’est probablement la première étape. Il faut beaucoup de courage pour avouer devant un groupe d’inconnus des choses que l’on ne se dirait pas à soi-même. Je ne me prononcerai pas davantage, car la performance de Viola est 100 fois plus explicite que tout ce que je pourrais dire à ce sujet, mais ça montre qu’elle veut aller de l’avant.
Comment Connor va-t-il faire face à sa culpabilité au sujet de la mort de Wes, puis de son enlèvement, et maintenant la demande en mariage?
Je ne sais pas si c’est le meilleur moment pour Oliver de demander sa main, mais ça montre comment ces personnes vivent. Ils essayent tout juste de survivre. Connor ne pouvait pas répondre sur le fait. Il a besoin de davantage de temps pour encaisser et procéder, mais je pense qu’il est en train de mûrir. Il est tellement méfiant et il en a conscience, mais je pense que les deux derniers épisodes lui ont vraiment montré qu’essayer de faire « bien » les choses n’a pas eu l’effet escompté. Je suis excité parce que je sens que tous les personnages grandissent. Même Michaela disant «Je t’aime» à Asher, c’est sa manière de grandir. Je pense qu’ils ont dû grandir très vite, et je pense que c’est ce que cette finale a vraiment été pour moi – grandir pour le meilleur et le pire.
1:54 décrit la descente en enfer d’un ado homosexuel confronté à l’homophobie et au harcèlement. Ce premier film de Yan England est filmé comme une course folle contre le temps, contre ces deux secondes qui peuvent changer toute une vie.
Course contre la montre
Il y a une erreur à ne pas commettre en visionnant 1:54, ce n’est pas un film sur la course, ni spécifiquement un film sur le harcèlement. 1:54 relève plutôt de l’emballement, de ces deux secondes les plus dures de sa vie, celles qu’il faut aller chercher à n’importe quel prix. La question n’est pas seulement sportive, elle est viscérale. Tim court après le temps, après le désir de parvenir à prendre sa vie en main. Il ne s’agit pas pour lui d’échapper à ses bourreaux, mais de les massacrer en quelque sorte sur leur propre terrain. On voit donc la peur autant que la détermination dans les yeux d’Antoine Olivier Pilon qui après Mommy se révèle de nouveau très habile à interpréter un jeune homme en souffrance. Tout commence par de petites brimades, tout s’emballe très vite aussi. La chronique de Yan England est souvent d’une grande justesse, il ose frontalement nous montrer les conséquences des actes de ceux qui ne les mesurent pas. Il montre donc un quotidien banalisé où la souffrance est rentrée dans les habitudes. Les corps chutent, mais personne ne semble s’en émouvoir. Quand il filme les scènes d’athlétisme, England est volontiers aérien, mais plus terre-à-terre quand il colle aux baskets de Tim dans son quotidien ravagé et ravageur. La figure du professeur gourou et du père désorienté viennent représenter les adultes de cette histoire, bien à côté de la plaque. La loi du silence balancée à la figure du professeur de sciences-coach lui revient comme un boomerang alors qu’il tente de tendre la main. C’est que face à la détresse d’un de ses camarades, la philosophie de Tim est simple « soit on se tait, on ne dit rien, on fait rien, soit on dit rien et on règle ses problèmes soi-même. Je suis plutôt de la 2e catégorie ».
La mort leur va si bien
L’emploi de la musique, en surabondance, sur-dramatise le propos déjà très lourd. Mais le regard sur l’école est ici désabusé, l’engrenage très bien mené, avec une grande justesse du discours sur l’utilisation des réseaux sociaux. On déplorera simplement quelques ralentis un peu trop présents. Le sport devient un duel, un désir d’aller de l’avant. Quand vient le temps des larmes, on comprend un peu trop vite les échecs de relations restées trop superficielles. Et nous restent en mémoire les derniers mots du bourreau « c’était juste une blague ». La perversité mise là-dedans choque, le film est un coup de poing. Certainement fallait-il cela pour redonner de la voix à ceux qui n’osent pas parler, qui restent terrés et qui tentent seulement de prendre leur vie en main, seuls, d’aller à la recherche de ces deux secondes qui peuvent tout changer dans une vie… jusqu’à la mort elle-même.
1:54 : Bande annonce
1:54 : Fiche technique
Réalisation : Yan England
Scénario : Yan England
Interprètes : Antoine-Olivier Pilon, Sophie Nélisse, Lou-Pascal Tremblay, David Boutin, Patrice Godin, Robert Naylor
Production : Denise Robert, Diane England
Distribution : ARP Sélection
Durée : 106 minutes
Genre : drame
Date de sortie : 15 mars 2017
Avec Fantastic Birthday, Rosemary Myers livre un film plein d’humour et de fantaisie aux allures fantastiques sur un âge pourtant canonique : l’adolescence.
L’adolescence, cette chevauchée fantastique
Devant Fantastic Birthday, on pense tout de suite à Wes Anderson. Tous les éléments sont présents : personnages un brin fous-fous, hauts en couleurs, décors remplis de petits détails et cette enfance (enfin ici adolescence) traitée sur le ton de l’humour presque noir à l’image de Moonrise Kingdom. Greta est une jeune fille introvertie. Tout juste arrivée dans sa nouvelle école, elle fait la connaissance d’Elliott, garçon solitaire et décalé dont elle quémande l’amitié, mais aussi de trois petits monstres-filles qui tentent de s’emparer d’elle, pour mieux la moquer. Greta n’a donc pas vraiment prévu de fêter ses 15 ans en grande pompe, mais c’est sans compter sur ses parents et leur folle envie de faire une grande fête. Les voilà donc qui invitent toute l’école, dont les trois jeunes « biatch » du collège. Greta angoisse à l’idée d’être transformée en petite poupée par sa mère le jour J. Et il y a de quoi. Tout semble donc tourner au cauchemar. Et c’est là le tour de force du premier film de Rosemary Myers, offrir à Greta une virée fantastique, onirique. Elle fait de ce film aux allures initiatiques, un conte peuplé de créatures que Greta devra affronter : ses parents, son unique ami et aussi ses pires ennemies. Tous les clichés de l’adolescence dans les films, particulièrement américains, sont ici détournés avec habileté. Les personnages ont donc un double plus ou moins maléfique qui poursuit la jeune Greta la faisant courir après des choix aux allures radicales. Elle y apprendra à s’accepter mais surtout à oser reconnaître et appréhender ses sentiments.
L’indomptée
De l’humour à l’esthétique, Fantastic Birthday se distingue par un ton vif et souvent drôle. Toute situation tourne au bizarre, à la fantaisie. Et les acteurs y sont pour beaucoup, notamment le visage de la jeune Bethany Whithmore qui peut dire mille émotions en une expression. Les dialogues sont souvent savoureux, mais jamais trop envahissants. Dans ce véritable théâtre (c’est de là que vient la réalisatrice avant tout) des curiosités, tout s’enchaîne en musique (B.O. impeccable) et en danse parfois aussi. On y savoure le vent du changement. Quelque chose dans la résolution du film manque pourtant et laisse le spectateur un peu sur sa fin. Même si Rosemary Myers, avec ses deux adolescents Elliott (qui se révèle dans sa gaucherie être comme un double du petit ami de Juno, du film de Jason Reitmann) et Greta nous dit bien une chose : l’identité n’est jamais figée, les lignes bougent. Il suffit seulement d’assumer ce que l’on est, qui on veut être et de se reconnaître voire s’affirmer dans le regard de ceux auprès de qui nous grandissions. Le personnage féminin se révèle plus fort qu’il n’y paraît, s’émancipant de l’enfance, de ses peurs pour aller vers l’avenir. On quitte Greta telle une indomptée, prête à conquérir son petit monde intérieur !
Fantastic Birthday : Bande annonce
Fantastic Birthday : Fiche technique
Synopsis : Greta, jeune fille introvertie, est en passe de franchir le cap de ses 15 ans. Seule ombre au tableau : elle ne veut pas quitter le monde douillet et rassurant de l’enfance, une bulle dans laquelle elle s’enferme avec son seul ami au collège, Elliott. Quand ses parents lui annoncent l’organisation d’une grande fête pour son anniversaire, elle est prise de panique. Le grand soir, elle va basculer dans un univers un peu effrayant et complètement absurde.
Réalisatrice : Rosemary Myers
Scénariste : Matthew Whittet
Interprètes : Bethany Whitmore, Harrison Feldman, Matthew Whittet, Amber Mc Mahon, Eamon Farren, Tilda Cobham-Hervey, Imogen Archer, Maiah Stewardson
Producteur : Joe Dyer
Directeur de la photographie : Andrew Commis
Directeur artistique : Jonathon Oxlade
Superviseur de la musique : Jemma Burns
Ingénieur du son : Luke Smiles
Monteuse : Karryn de Cinque
Distribution (France) : Ufo Distribution
Récompenses : Grand prix du public au Adelaide Film Festival
Durée : 80 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 22 mars 2017
Après Blackthorne et The Salvation, les coproductions européennes continuent de renouveler le genre western avec Brimstone. Le film de Martin Koolhoven est un pari audacieux mais qui souffre d’un manque de finesse et d’une surcharge de références.
Synopsis : Dans l’Ouest américain, à la fin du XIX siècle. Liz, une jeune femme d’une vingtaine d’années, mène une vie paisible auprès de sa famille. Mais sa vie va basculer le jour où un sinistre prêcheur leur rend visite. Liz devra prendre la fuite face à cet homme qui la traque sans répit depuis l’enfance…
A la réalisation depuis plus de vingt-cinq ans, Martin Koolhoven est un cinéaste néerlandais déjà confirmé avec dix films à son actif (en plus d’une série TV et de quelques téléfilms). Ses œuvres ont été sélectionnées dans des festivals prestigieux (la Berlinale, Rome, Londres, etc.) et les Pays-Bas l’honorent régulièrement lors du Netherlands Film Festival (Sept films présentés, deux prix obtenus, huit nominations). Mais aucun de ces films n’avait jusque-là trouvé le chemin des salles hexagonales et encore moins trouvé un écho à l’international. L’homme est discret, son cinéma est indiscernable, tout juste sait-on qu’il est régulièrement amené à traiter de l’Histoire de son pays natal. Pour son onzième film, il s’est lancé dans un projet titanesque qui a duré sept ans (trois ans et demi d’écriture) avec l’aide d’une coproduction européenne (Pays-Bas, Allemagne, Belgique, France, Suisse) qui a monté ce film doté d’un casting international. Si la quasi-totalité du casting est anglo-saxonne, Martin Koolhoven a néanmoins tenu à conserver une équipe technique entièrement néerlandaise, quand bien même le tournage a eu lieu à travers toute l’Europe (Autriche, Hongrie, Espagne, Allemagne). A ce sujet, il faut savoir que Brimstone est le film le plus coûteux des Pays-Bas, après Black Book de Paul Verhoeven. Des moyens plus conséquents donc qui ont permis au réalisateur et à son film de s’enorgueillir d’une nouvelle visibilité qui l’a amené jusqu’à la compétition officielle de la Mostra de Venise en septembre 2016. Si Martin Koolhoven a déjà sa réputation toute faite aux Pays-Bas, il reste méconnu dans le reste du monde. Mais le bonhomme fait déjà preuve d’une belle présomption et d’un style qu’il estime singulier, comme en témoigne l’ouverture de son film par l’encart « Koolhoven’s Brimstone ». Une indication claire sur la mégalomanie saisissante du réalisateur qui invoque déjà son nom comme une marque au style inédit. C’est pourtant bien dans la surenchère de références que Martin Koolhoven se vautre, ne faisant de Brimstone qu’une œuvre hybride audacieuse et intéressante mais pesante et vide de toute personnalité, entre La Nuit du Chasseur et le cinéma fiévreux de Tarantino.
La Nuit du Prêcheur
Pourtant en amorçant son récit par une narration non chronologique en quatre chapitres déstructurés, Martin Koolhoven injecte une dose d’audace bienvenue qui donne toute son essence au récit. Car une construction linéaire aurait été un fardeau pour le film qui n’aurait pu se reposer que sur son dénouement aux allures de duel final. Ici, Martin Koolhoven a l’ingéniosité de laisser planer un voile de mystère et de révéler ses informations au compte-gouttes. Ce qui laisse l’opportunité à l’intrigue de surprendre relativement souvent son spectateur et permet aux personnages de se révéler plus complexes qu’il n’y paraît. Si les scènes d’horreur graphiques marquent les esprits, la violence de Brimstone est avant tout psychologique. Martin Koolhoven soigne le calvaire de son personnage féminin à plusieurs âges de sa vie, elle qui ne cesse d’être traquée par un énigmatique prêcheur, dévoré par sa croyance et ses pulsions. La fureur qui anime les hommes est bel et bien représentée par la relation malsaine entre Dakota Fanning et son bourreau diabolique, et n’est jamais affichée à l’écran, laissant le spectateur imaginer les pires sévices. Le western est l’apanage de la violence et du machisme et Brimstone en montre clairement l’impact viscéral sur cette femme mutique dont la cavale est vaine puisqu’elle est constamment rattrapée par son tourmenteur, obligée de devenir une esclave sexuelle ou de se confiner à sa condition de bonne femme. Son mutisme empêche au premier abord de comprendre sa fuite et ses intentions mais la construction du récit amène les réponses qu’il faut aux moments phares. Dès lors qu’un personnage féminin amène autant de complexité et de force, il n’est pas étonnant d’attribuer l’étiquette de « film féministe ». Ce ne serait pas faux mais réducteur face à la charge anti-religion et à la primitivité des hommes dans le Grand Ouest dont le cinéaste fait preuve. En ce sens, Brimstone dépoussière un genre et lui apporte une radicalité bienvenue, confirmant que les cinéastes européens ont tout aussi bien saisi l’essence du western que leurs homologues américains.
Brimstone renoue effectivement avec les grandes heures du western crépusculaire mais s’enlise dans un récit interminable et excessif.
Mais conscient de son talent et de l’hommage qu’il semble vouloir rendre aux films qui ont construit sa culture, Martin Koolhoven se perd dans des considérations outrancières, entre l’intitulé biblique pompeux des chapitres (Apocalypse, Exode, Genèse, Châtiment) et la représentation surlignée de symboles de l’Ancien Testament. L’hypothèse religieuse sera bien présente, plus appuyée que jamais et dont Martin Koolhoven se fait le Créateur, confirmant la mégalomanie du bonhomme. Il ira jusqu’à tomber dans l’abus en représentant Kit Harrington doté d’ailes d’anges dans une plan en contre-lumière. La mise en scène se révèle d’une lourdeur dans ces moments décisifs, contrebalançant paradoxalement avec la juste mesure dans les moments plus contemplatifs. A vouloir trop bien faire, Martin Koolhoven accentue à l’excès le lyrisme de son récit et appuie l’émotion alors qu’il aurait fallu laisser le charme opérer par lui-même. Les violences à outrance, les scènes étirées de plans fixes sur les visages débordants d’émotions rendent vite agaçant le film aux yeux du spectateur, lassé d’être autant tenu par la main alors que le calvaire vécu par le personnage principal est déjà suffisamment insoutenable et bouleversant. Côté casting, Dakota Fanning et Carice Van Houten magnifient heureusement le film par leur grâce et leur aisance à créer des personnages féminins forts. En revanche, Kit Harrington est trop anecdotique pour qu’on s’y attarde et Guy Pearce s’embourbe dans une caricature de prêcheur pédophile loin de toute la subtilité de Robert Mitchum dans La Nuit du Chasseur. D’une durée conséquente (2h25), Brimstone a aussi le défaut d’étirer son récit et de le rendre interminable. Il en devient presque comique de voir à quel point il est facile pour Guy Pearce de retrouver son objet de désir à travers tout l’Ouest américain. C’est d’autant plus frustrant que le film offre de grands moments qui s’opposent à des moments inconfortables dont un final boursouflé dont on ne demande qu’à en voir la fin. A l’issue de la projection, des interrogations nous étranglent et l’on se demande si un second visionnage ne rendrait pas la construction non chronologique incohérente (lorsque Dakota Fanning (re)voit pour la première fois Guy Pearce). Dès lors, il y a cet étrange sentiment qui nous anime et nous fait dire que le film a beau être réussi dans d’intenses séquences, il est raté lorsqu’il veut assumer son jusqu’au-boutisme. Brimstone n’est pas un mauvais film, il est une claque qui ne laissera pas insensible mais dont la finalité laisse un sentiment d’inachevé frustrant face à un western comme on n’en a jamais vu.
Difficile donc de ne pas avoir d’estime pour un tel projet dont l’existence repose entièrement sur les épaules d’un néerlandais inconnu au bataillon qui s’est battu pour monter son projet. Brimstone avait toutes les cartes en main pour être le fer de lance d’un genre atypique (que Koolhoven avait déjà surnommé le « Dutch Western »). Le film renoue effectivement avec les grandes heures du western spaghetti et crépusculaire mais s’enlise dans un récit interminable, un casting qui va de la grâce (puissante Dakota Fanning) au cabotinage (caricature lourdingue de Guy Pierce) et une surcharge de références boursouflées qui empêchent d’éprouver un véritable plaisir. N’est pas Leone, Laughton ou Tarantino qui veut.
Brimstone : Bande annonce VOST
Brimstone : Fiche Technique
Réalisation : Martin Koolhoven
Scénario : Martin Koolhoven
Interprétation : Dakota Fanning (Liz), Guy Pearce (Le Révérend), Kit Harington (Samuel), Carice van Houten (Anna), Paul Anderson (Frank)
Photographie : Rogie Stoffers
Montage : Job ter Burg
Musique : Junkie XL
Costume : Ellen Lens
Décors : Zoltán Frank, Heike Wolf
Producteurs : Jean-Baptiste Babin, Violaine Barbaroux, Stephan Barth, Manuel Chiche, David Claikens, Sheryl Crown, Hugo Grumbar, Tim Haslam, Nicki Hattingh, Peter Hiltunen, Antonino Lombardo, Simon Perry, Niko Post, Nik Powell, Uwe Schott, Anne Sheehan, Joel Thibout, Paul Trijbits, Els Vandevorst, Alex Verbaere
Sociétés de Production : N279 Entertainment, Backup Media, Film i Väst, FilmWave, Illusion Film & Television
Prime Time, X-Filme Creative Pool
Distributeur : The Jokers / Les Bookmakers
Budget : 12 000 000 €
Festival et Récompenses : Sélection Mostra de Venise 2016 et London Film Festival 2016
Genre : Western, Thriller, Drame
Durée : 145 minutes
Date de sortie : 22 mars 2017
Pays-Bas, France, Allemagne, Belgique, Suède, Royaume-Uni – 2016
Le succès Netflix va avoir le droit à sa suite. L’interprète du comte Olaf a confirmé une seconde saison pour la série Les Désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire.
C’est officiel, on retrouvera les Désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire pour une seconde saison. La première saison adapte les quatre premiers romans de la saga littéraire éponyme de Daniel Handler. Ainsi on peut attendre de la prochaine saison de n’adapter qu’une partie de la saga (peut-être pour s’arrêter à The Hostile Hospital, le 8ème roman). Avant la diffusion de la série, Neil Patrick Harris révélait à Première « Il reste à traiter du tome 5 au tome 13 ! J’ai cru comprendre que Netflix voulait attendre la fin du mois de janvier, pour prendre une décision. Si la série n’est pas bien reçue, ils ne voudront probablement plus continuer. Mais le but, pour nous tous, c’est clairement d’adapter tous les livres. Donc potentiellement, de faire une série en trois ou quatre saisons. Mais pas plus. » Résultat ? La série est un véritable succès critique ravissant à la fois les fans de la saga et les néophytes.
Les amateurs de la première saison peuvent donc se ravir. L’interprète du maléfique Comte Olaf, Neil Patrick Harris a tweeté avec humour » Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire a été renouvelée pour une seconde saison. Excitant ! Sauf, bien sûr, si vous êtes un Baudelaire.. » Le tweet est accompagné d’une vidéo mystérieuse, qui devra être décryptée par les fans.
Il a ensuite ajouté « Nous avons été confirmé pour une seconde saison des Désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire. Je me suis fait ça pour le fêter. » Il a accompagné le tweet d’une photographie d’un tatouage rappelant fortement le comte Olaf..
We got picked up for Season 2 of A Series of Unfortunate Events. I got this to celebrate.… https://t.co/7N8ILbxl8m
On retrouvera avec joie Neil Patrick Harris ( Comte Olaf ), Malina Weissmann (Violette Baudelaire), Louis Hynes ( Klaus Baudelaire) et le bébé Presley Smith (Prunille Baudelaire). Aucune date n’a été dévoilée, on sait seulement que la seconde saison est attendue pour l’année 2018.
Il y a un an, nous quittions Gus et Mickey sur un fougueux baiser en suspension. Passé par des hauts, des bas et des très très bas, le duo de Love semblait promis à un nouveau (premier vrai?) départ. Quid donc de la suite de leurs aventures ? Autant tuer d’emblée le suspense, la saison 2 de Love est supérieure à la première.
D’abord au profit d’un allongement du nombre d’épisodes (12 contre 10 la saison précédente) et du format qui glisse, tout au long de cette seconde fournée, de 25 minutes à près de 40. Cela peut ne paraître rien et, pourtant, ces changements embrassent totalement l’ambition et la qualité d’écriture d’un show qui oscille entre sitcom et drama, romcom et aléas.
Là où la première saison se chargeait des préliminaires et des présentations d’usage, la saison 2 de Love entre de plein pied dans la construction d’un couple et l’exploration sous de nombreuses coutures de ce rapport humain complexe. A l’image de ce que Man Seeking Woman s’est chargée de construire dans sa saison 3, Love ne cherche plus à mettre ensemble ses protagonistes mais à les voir main dans la main, les faire évoluer côte à côte. Et ça marche carrément.
D’une part parce que Judd Apatow a prouvé maintes fois son expérience en la matière, capable de dresser avec tendresse et justesse des portraits de couples « malgré eux » sans jamais en exclure les sérieuses difficultés et la trivialité. D’autre part car Paul Rust (qui interprète Gus) et Lesley Arfin, couple à la ville, semble mettre beaucoup d’eux-même dans cette peinture de la relation amoureuse.
Les trois créateurs, également scénaristes, densifient considérablement leur écriture par un schéma de plus en plus proche des créations FX. A la manière de Louie, Atlanta ou Baskets, Lovecherche moins à conduire un fil narratif qu’à passer du temps avec les personnages et éprouver plusieurs aspects de leur situation. En cela, au même titre que les hang out movies (ces films qu’on regarde pour passer du temps avec les personnages) chers à Quentin Tarantino, Love est une hang out series. Son duo profondément attachant (et la clique qui gravite autour) est la principale raison de traîner six petites heures avec eux, comme l’on prendrait des nouvelles de vieux potes.
Mais ça, c’est un constat effectif depuis la première saison. La grande nouveauté de cette seconde partie, c’est de proposer des épisodes plus construits, charpentés pour la plupart autour d’une idée principale (deux soirées parallèles, un dogsitting, une journée ensemble,…) de laquelle va surgir nombre de surprises, qu’elles soient gaguesques, tonales ou simplement thématiques. C’est souvent extrêmement drôle, toujours tendre, parfois très gênant et farci de situations qui dégénèrent avec parfois une inexorable bêtise de la part de ses protagonistes.
Autant dire que l’identification spectatorielle marche encore plein tube, comme c’est quasi-toujours le cas chez Judd Apatow. Par son absence de pudeur et sa profonde humanité, le réalisateur (et par extension nombre de ses collaborateurs) à imposé ce modèle unique d’une comédie qui ose n’être pas drôle mais s’impose d’être juste et sincère. Si, comme nous le disions, le modèle a depuis fait de nombreux petits, la saison 2 de Love prouve encore l’efficacité de ce style. Capturer beaucoup de la vie de ses instigateurs (après tout, Apatow fait tourner sa famille et ses potes) pour la faire entrer en résonance avec le public, éclats de rires et petites dépressions en sus. D’où la logique universalité d’une série dont le pitch est, à l’origine, le plus fainéant du monde.
Tous les atouts de la saison 1 sont de nouveau présents, le casting est génial notamment Gillian Jacobs et Claudia O’Doherty, duo de copines craquantes souvent bien plus drôles que leurs homologues masculins. Par Iris Apatow, c’est une croustillante satire du milieu de l’entertainment qui continue aussi de se développer, à base de parodies de séries-télés merdiques et de films d’actions décérébrés. Tout cet aspect du show, avec un Gus maladroit au milieu d’une industrie de requins, offre de francs éclats de rire et des moments outrancièrement gênants. La galerie de seconds-rôles, encore étoffée, n’en finit plus de créer le rire et d’amusants décalages typiques du cinéma du frat-pack.
Venons-en cependant, puisque il le faut, au point noir de la série. Une ombre au tableau depuis la saison 1 qui ne sera malheureusement pas corrigée ici. A savoir le personnage de Mickey où plutôt l’idéologie véhiculée par ce personnage. Pour mémoire, Apatow s’est souvent fait taper sur les doigts par les féministes pour sa représentation d’un monde où l’immaturité attachante des hommes ne pouvait être contrebalancée que par des femmes castratrices et rabats-joies. Si la chose est forcément plus nuancée que cette attaque dégoulinante de bêtise, il apparaît cependant peu anodin que Crazy Amy et Love mettent en scène des femmes immatures, comme pour donner le change des productions précédentes.
Or, c’est là que la série commet une grosse erreur et s’embourbe un peu. Car les problèmes traversés par le couple dans cette saison vont être quasi-exclusivement apportés par une Mickey sex-addict, alcoolique anonyme et ancienne droguée. Forcément, face à un Gus coincé, Mickey détonne et la série choisit de se focaliser sur ses problèmes. Mais en transformant ses problèmes personnels en embûches pour le couple. D’où ce désagréable sentiment qu’un des amants fait tout correctement quand l’autre ne cesse de provoquer des galères. Et n’était-ce pas déjà Mickey qui s’excusait platement à l’issue de la saison 1 ?
A côté de ça, les défauts de Gus, eux, ne pèsent pas bien lourds et Love échoue encore un peu à traiter également ses deux personnages principaux. Ce qui est pourtant l’un des moteurs principaux des comédies romantiques, à savoir que les contraires s’attirent. Ici, la balance est déséquilibrée et un soupçon conservateur (autre reproche fait à Judd Apatow) plane sur le personnage de Mickey comme l’être qui doit forcément changer pour que le couple fonctionne. Couple qui semble sa seule issue pour s’en sortir.
Dit comme ça, Love perd un peu de son charme et peut faire grincer des dents mais, il faut le dire, nombreuses sont les scènes qui démontent ce point de vue et nuancent cette constatation. Constatation qui pourrait, de plus, être remise en cause par une surprenante et plus que probable saison 3. En attendant, malgré ses quelques défauts, on vous conseille chaudement de découvrir Love, série générationnelle s’il en est dans laquelle il y a forcément un peu de toi, de toi ou de toi.
Love : Bande-annonce
Synopsis :À Los Angeles, deux trentenaires, Gus, professeur particulier sur le tournage d’une série télévisée et Mickey, programmatrice dans une radio par satellite, ressortent chacun d’une relation difficile. Leur rencontre va être mouvementée.
Love : Saison 2 : Fiche technique
Créateurs : Judd Apatow, Paul Rust et Lesley Arfin
Réalisateur : Dean Holland (1-2-9-10), Maggie Carey (3-4), Lynn Shelton (5-8), John Slattery (6), Ben Forrester (7), Joe Swanberg (11-12)
Distribution : Gillian Jacobs (Mickey), Paul Rust (Gus), Claudia O’Doherty (Bertie),…
Production : Apatow Productions / Legendary Television
Format : 30 minutes
Nombre d’épisodes : 12
Chaînes d’origine : Netflix
Nationalité : Américaine
Genre : Comédie, Drame, Romance
Premier épisode : 19 février 2016
L’opération exceptionnelle du Printemps du cinéma va se dérouler du dimanche 19 mars au mardi 21 mars. Le clip promotionnel diffusé depuis plusieurs semaines dans les salles obscures a été réalisé par le comédien et jeune cinéaste Félix Moati.
Les amoureux du cinéma ont coché ces trois jours précieux sur leur calendrier. L’opération exceptionnelle du Printemps du cinéma va débuter dimanche prochain. Toutes les séances (hormis les projections 3D et les avant-premières) seront au prix avantageux de quatre euros dans toutes les salles partenaires de l’opération. La manifestation culturelle va donc commencer le dimanche 19mars, se poursuivre le lundi 20mars et se terminer à la fin de la journée du mardi 21mars. Le tarif de quatre euros sera accessible dès la première séance.
Cette manifestation mise en place par la Fédération Nationale des Cinémas Français risque de connaître un franc succès cette année encore. La météo et la qualité des films accessibles sont la principale loterie des salles de cinéma pour réaliser un véritable carton sur les trois jours.
Un court-métrage a été réalisé par Félix Moati afin de promouvoir l’événement. Guillaume Gouix et Anaïs Demoustier sont plongés dans la magie du cinéma. Une mise en abyme assez habile témoigne de la fascination et du coup de foudre du personnage interprété par Guillaume Gouix pour la jeune femme, incarnée par Anaïs Demoustier, qui arrive dans une salle de cinéma quelques instants avant le début d’un film. L’an dernier, les acteurs Medi Sadoun et Barbara Cabrita couraient l’un vers l’autre sur une plage dans le clip promotionnel.
Même chose pour des films de qualité, un peu plus intimistes,qui pourraient avoir des difficultés à mobiliser les foules en temps normal (Le secret de la chambre noire, La confession, Citoyen d’honneur, Noces, Certaines femmes).
Les sorties du Mercredi 15 mars risquent aussi de rencontrer un franc succès durant ces trois jours de fête. Les long-métrages suivants sont programmés : The Lost City Of Z de James Gray, Chacun sa vie, le nouveau Claude Lelouch avec notamment Johnny Hallyday qui risque d’émouvoir les Français, L’Embarras du choix d’Eric Lavaine avec Alexandra Lamy et Arnaud Ducret, le film qui risque de retourner l’estomac de nombreux spectateurs, Grave, de Julia Ducournau, 1:54 de Yan England, après Le Havre, L’autre côté de l’espoir, le nouveau long-métrage de Aki Kaurismäki, Jours de France de Jérôme Reybaud, Mate-me por favor de Anita Rocha da Silveira, Zoologie de Ivan I. Tverdovsky, Tombé du ciel de Wissam Charaf, Bienvenue à Madagascar de Franssou Prenant ainsi qu’El Sonador d’Adrian Saba.
Le Printemps du cinéma va donc célébrer sa 18ème édition cette année. D’après des chiffres relayés par la rédaction d’Allocine, l’édition 2016 a généré plus de 2,5 millions d’entrées.
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Le Printemps du cinéma 2017 – court-métrage promotionnel réalisé par Félix Moati :
Comme la loi des séries est injuste…. Annoncée en 2013, annulée avant sa mise en production, ré-optionnée miraculeusement en 2015, Emerald City aura connu un parcours des plus chaotiques. Et ce n’est pas son lancement en catimini, assorti de critiques et d’audiences catastrophiques, qui stoppera cette marche inexorable vers l’oubli. Tâchons tout de même de redresser la barre pour ce qui est probablement le meilleur show produit par un network depuis Hannibal (déjà sur NBC). Oui, oui.
Vendue comme une version épique, sombre et violente du Magicien d’Oz de L. Frank Baum, la série de Matthew Arnold (remplacé ensuite par David Schulner) promettait la réinvention de ce récit fondateur de la littérature américaine par la transfiguration ambitieuse d’une série de network en un show sous influence Game of Thrones.
Emerald City tire d’ailleurs habilement son épingle du jeu dans les grandes libertés qu’elle prend avec le roman originel. Si une partie de l’intérêt du show réside d’ailleurs dans la découverte des variations opérées sur ce classique (que nous n’éventerons donc pas), il semble que certaines choses aillent d’elles-mêmes, sans forcing, dans l’intention initiale du programme. Vous ne serez donc pas surpris d’apprendre que le lion peureux n’est pas vraiment un lion, que les souliers de rubis sont devenus autre chose et que les singes ailés sont présents d’une manière particulière.
A ce petit jeu du pas de côté, Emerald City a pour elle un travail évident d’appropriation de l’œuvre originelle et un sérieux boulot d’adaptation au médium télévisuel et aux canons de la fiction contemporaine. Si certains parti-pris pourront toujours faire hausser un sourcil, il faut admettre que l’ensemble se réinvente plutôt bien pour la télé.
L’univers autrefois féerique et coloré d’Oz devient ainsi grim’n’gritty, avec d’appréciables touches de steampunk et une mythologie revisitée à l’aune du pouvoir corrompu et de sombres croyances issues d’un passé terrifiant. Via le fameux effet zapping cher à Game of Thrones, on suit parallèlement tous les personnages du show. Et ce sur plusieurs storylines ne jouant pas au même niveau d’intensité dramatique ou narrative et dont la principale reste celle du Magicien (étonnant Vincent D’Onofrio) face au soulèvement des sorcières dans une lutte pour la domination d’Oz. A savoir ce qui de la science ou de la magie prévaudra, si possible à l’issue d’une bataille épique.
Changement radical de l’histoire et du ton donc mais pour autant, une fidélité salutaire à l’essence du roman et notamment au caractère profond des personnages en action. Ce qui permet de développer la psychologie des personnages principaux, de bouleverser nos certitudes et de boucler magnifiquement, lors de l’épisode final, avec le message suranné mais légendaire de Baum. C’est ce qu’on appelle donc une adaptation, avec des vrais partis-pris et dans le paysage actuel, ça ne court pas les rues.
On le disait, Emerald City avait l’ambition affichée de proposer sur un network un show à la facture au moins égale au mastodonte d’HBO. C’est bien évidemment difficilement possible tant les budgets de production ne jouent pas dans les mêmes catégories. Cependant, il faut reconnaître de louables efforts à Emerald City pour sortir de la laideur ambiante des dramas fantastiques. Au point que le pari n’est pas loin d’être gagné.
Le show à déjà le bon goût de ne durer que 10 épisodes, ramassant ainsi le budget de sa saison sur un volume de production plus petit qu’à l’accoutumée permettant des épisodes rehaussés par une production-value maligne. Emerald City bénéficie notamment d’un tournage en grande partie en décors naturels (en Espagne, Croatie et Hongrie, pays co-producteurs) ce qui offre crédibilité, matière et texture au contexte et renforce le show d’un point de vue formel.
Accessoirement, cela vaccine aussi à vie des fonds verts dégueulasses de la concurrence.
Fait rare pour un network, c’est un unique réalisateur, Tarsem Singh (The Cell, The Fall, Les Immortels, Blanche-Neige, Renaissances) qui réalise l’entièreté de la série. Si son style clippeux et esthétisant fait souvent polémique, force est d’avouer que Singh apporte ici une forme élégante (ayant même parfois franchement de la gueule), cohérente de bout en bout et irriguée dans son sillage par une direction artistique bien particulière. Une intéressante hybridation entre la dark fantasy, la culture Indienne et l’art Européen (notamment Moebius).
Le résultat est plutôt intriguant, jamais cheap et parfois vecteur de petites trouvailles astucieuses où l’idée générale est de faire souvent le plus avec le moins. Permettant du coup des SFX plus convaincants qu’à l’accoutumée et une ampleur véritablement présente en des moments fatidiques. Ce couplé à une réelle gestion des attentes pour des effets, du coup, vraiment payants.
Peu édulcorée quant à la question de la violence, la série marque aussi des points dans son intention de ne pas ratisser large et d’exclure d’emblée un public enfantin. Un choix risqué mais à saluer pour une production qui coûte un peu de pognon et adaptée, quand même, d’un livre pour enfants.
Maintenant, tout n’est pas non plus rose (ou jaune, ou vert) au pays d’Emerald City. Quelques défauts irritants des séries de network ont la peau dure et s’incrustent dans le paysage. En premier lieu, un casting quasi-intégralement composé de top-models, ce qui ne gâche pas l’œil loin de là mais donne un aspect papier glacé à l’objet. Une démarche souvent reprochée à Singh dans son travail et qui se rappelle rarement mais difficilement à nous quand un jeu approximatif se met en branle.
De même, Dorothy, qui est ici une jeune femme, subira la sempiternelle rengaine contemporaine d’un destin influencé par les choix de ses géniteurs ainsi qu’une romance compliquée, débouchant sur un déterminisme gonflant et quelques gros sabots dans la construction des révélations et des relations. Mais cela, malheureusement, c’est la gangrène de la fiction populaire depuis un trop long moment que de tout lier à la parentalité.
Ceci mis à part, la série est très plaisante à suivre, construisant des enjeux forts et des situations excitantes au-delà du plaisir pris à redécouvrir les arcanes bien connues du roman. Par ailleurs, sa montée en crescendo dans l’intrigue donne l’impression d’un objet pensé de longue date comme un tout extrêmement cohérent, qui ne tire jamais à la corde et suit une ligne narrative claire où les enjeux prennent de l’ampleur et évoluent pour atteindre une réelle finalité. Quand bien même la série laisse volontairement des portes ouvertes pour une suite…
Des portes que nous aurons peu de chances (voire aucune) d’emprunter car, comme nous le disions, la loi des séries est injuste. Alors rendez justice à ce show qui mérite bien mieux qu’un anonymat.
Emerald City : Bande-annonce
Synopsis : Les aventures de Dorothy qu’une tornade entraîne au Pays d’Oz, Elle fait alors la rencontre de l’Épouvantail et tente de rentrer dans le Kansas, prenant part au conflit qui oppose le Magicien aux sorcières du Pays d’Oz.
Emerald City : Fiche technique
Créateurs : Matthew Arnold et David Schulner
Réalisateur : Tarsem Singh
Distribution : Adria Arjona (Dorothy Gale), Vincent d’Onofrio (Le Magicien d’Oz), Oliver Jackson Cohen (Lucas / Roan), Gerran Howell (Jack), Ana Ularu (West), Jordan Loughran (Tip), Mido Hamada (Eamonn), Joely Richardson (Glinda),…
Musique : Trevor Morris
Production : Chris Thompson et Tommy Turtle
Format : 42 minutes
Nombre d’épisodes : 10
Chaînes d’origine : NBC
Nationalité : Américaine, Espagnole, Croate, Hongroise
Genre : Drame, Fantastique
Premier épisode : 6 janvier 2017
Sous la fine lumière de la lune, les enfants noirs deviennent bleus, nous dit-on dans Moonlight. Sortie de son contexte, cette phrase peut paraître farfelue mais dans l’imaginaire qui se dégage de l’œuvre de Barry Jenkins, la symbolique de la couleur prend tout son sens. Dans un récit qui mêle habilement sexualité et quête de soi-même, Nicholas Britell, à travers sa bande originale, accentue la puissance initiatique et magnétique du film.
Tout fraîchement auréolé d’un Oscar, Moonlight est le portrait, la recherche d’identité d’un afro américain à travers le temps. Dès les premiers instants, on voit ce jeune garçon apprendre à nager avec son mentor, un dealer de drogue. Devant nos yeux, c’est un monde en suspension qui se dessine, arpentant les méandres de l’apprentissage et du déni. De ce point de vue là, la bande originale qui accompagne Moonlight se met au diapason de l’introspection de son personnage comme le démontre « Little’s Theme » et son calme apaisant, mettant en lumière l’éclosion d’un jeune garçon.
Pendant que l’œuvre se situe dans des contrées modernes et politiques avec ce questionnement sur l’homosexualité dans les ghettos des périphéries américaines, Nicholas Britell essaye de s’acclimater à l’esthétique bariolée de Barry Jenkins. Ce travail en commun entre le réalisateur et le musicien n’est pas sans rappeler la communion cinématographique entre Nicolas Winding Refn et Cliff Martinez tant la mise en scène allégorique de Jenkins s’accoude d’une musique représentant la psychologie même du personnage de Chiron.
Si le film utilise également une bande son hip hop (« Classic Man ») ou jazzy en rapport au contexte dans lequel il se trouve (« Every Nigger Is a Star »), c’est surtout la partition de Nicholas Britell, parfois proche de celle de Philip Glass dans l’élégance de l’orchestration, qui émerveille par son sens de la dramaturgie. De cette simple étude de caractère, aux antipodes de ce que l’on voit habituellement, le compositeur immisce une ambiguïté déchirante et une tristesse intérieure qui magnifient les images colorées et saillantes de Moonlight.
https://www.youtube.com/watch?v=nj8yGThNYzk
Les violons se font mélancoliques, les instruments à vent proches de l’agonie dans une rythmique parfois discontinue, comme sur le fabuleux « The middle of the world » témoignant à lui seul de la force centrifuge d’une œuvre aux multiples facettes, voyageant de-ci de-là entre l’amour et l’obscurité, la violence des coups d’un monde en mutation et les fissures émotionnelles d’un homme en proie au doute existentiel. Dans cette description de la solitude et les non-dits des sentiments, Nicholas Britell intervient comme pouvait le faire Shigeru Umebayashi avec son thème pour In the mood for Love de Wong Kar Wai : avec une légèreté caressante mais non dénuée d’amertume.
Car d’un métrage assez pop tant dans son thème que dans sa candeur, Nicholas Britell assombrit l’envergure du film en lui donnant un cachet baroque : où l’aspect contemporain de Moonlight devient presque intemporel grâce à sa bande originale flamboyante (« sweet dreams »). Tout en étant d’une grande homogénéité, cette dernière est variée, à l’image des sentiments à fleur de peau de Chiron : entre les morceaux où les quelques notes de pianos envoûtent par leur finesse et leur minimalisme (« Chiron’s theme ») définissant la solitude de ce garçon torturé, ou bien par ces instruments à cordes qui matérialisent le silence évocateur du métrage (« Black’s theme). Cependant, Moonlight n’est jamais aussi émouvant que lorsqu’il use de ressorts les plus simples, c’est-à-dire par la fulgurance de son image et de son travail sonore.
Moonlight est une œuvre parfaitement ancrée dans son temps, qui fonctionne de par l’ambivalence existant entre la modernité artistique de son temps et le classicisme de son approche dans une diversité culturelle qui fait cohabiter à la fois Mozart et Jidenna. Nicholas Britell sort des sentiers battus de la simple orchestration classique en puisant aussi dans les ressources de l’ambiant cathartique comme peut parfois le faire Max Richter (« The Spot »). La bande originale de Moonlight est là l’image de Chiron, le personnage principal : une carrure monstre qui dissimule l’angoisse d’un esprit qui ne connait sa position par rapport au monde. Et si Moonlight se révèle être une oeuvre riche, c’est aussi dû au talent majestueux de Nicholas Britell.
Musique Moonlight Tracklist :
https://www.youtube.com/watch?v=8Y5iSNlD21c
1. Every N****r Is a Star – Boris Gardiner
2. Little’s Theme
3. Ride Home
4. Vesperae Solennes de Confessore – Laudate Dominum, K. 339 (Excerpt) – Wolfgang Amadeus Mozart
5. The Middle of The World
6. The Spot
7. Interlude
8. Chiron’s Theme
9. Metrorail Closing
10. Chiron’s Theme Chopped & Screwed (Knock Down Stay Down)
11. You Don’t Even Know
12. Don’t Look at Me
13. Cell Therapy – Goodie Mob
14. Atlanta Ain’t But So Big
15. Sweet Dreams
16. Chef’s Special
17. Hello Stranger – Barbara Lewis
18. Black’s Theme
19. Who Is You?
20. End Credits Suite
21. Bonus Track: The Culmination
Attendu au tournant avec Le Secret de la Chambre noire, sa première œuvre à l’étranger, un nouveau chapitre de son travail sur l’éternel recommencement des âmes, le cinéaste japonais Kiyoshi Kurosawa renoue avec le film de genre et parvient à convaincre avec ce drame à l’ambiance inquiétante.
Synopsis : Stéphane, ancien photographe de mode, vit seul avec sa fille qu’il retient auprès de lui dans leur propriété de banlieue. Chaque jour, elle devient son modèle pour de longues séances de pose devant l’objectif, toujours plus éprouvantes. Quand Jean, un nouvel assistant novice, pénètre dans cet univers obscur et dangereux, il réalise peu à peu qu’il va devoir sauver Marie de cette emprise toxique.
Le passé
Lassé par la course au financement quasi-impossible de ses films d’auteur dans son propre pays, où le public est surtout friand d’adaptations de mangas et autres franchises, Kiyoshi Kurosawa a même dû se replier vers la télé et réaliser sur commande une mini-série tirée d’un roman à succès. Pour notre plus grand bien, car la série, ce fut Shokuzai, une fantastique histoire oscillant entre thriller et épouvante.
Ce n’est donc certainement pas un hasard si aujourd’hui, on le retrouve avec cette production franco-belgo-japonaise. L’inconscient rencontre le réel, et petit à petit se forme l’idée de faire un film avec une équipe intégralement européenne, avec en tête de pont des acteurs français choisis par le cinéaste lui-même, à commencer par Tahar Rahim qu’il a déjà croisé (et apprécié) sur les routes des festivals, avec notamment Le Passé d’Asghar Farhadi.
Anciennement intitulé La femme de la plaque argentique, un titre sibyllin, onirique et prometteur, Le Secret de la chambre noire est un film qui synthétise les deux tendances du cinéma du réalisateur japonais. D’une part, les films violents et/ou qui font peur, qu’on ne peut pas qualifier platement de film d’épouvante et encore moins d’horreur, tant ils sont complexes dans leur apparente linéarité. Ces films des années 90 qui l’on fait connaître en France notamment, tels que Cure, Kaïro, ou encore Döppelganger. Puis d’autre part, les films les plus récents, beaucoup plus apaisés, comme le merveilleux Tokyo Sonata, ou encore De l’autre Côté de la rive. Cependant, malgré cette évolution, la mort, la peur forment toujours l’arrière-plan de ses préoccupations, et restent très présentes parmi les thématiques du cinéaste, comme dans Real, un film de commande qui commence dans la banalité de la vie d’un couple ordinaire et finira de la plus fantastique des façons…
Ici, il s’agit de Jean Malassis (Tahar Rahim), un jeune homme désœuvré qui se présente chez un artiste photographe à la recherche d’un nouvel assistant. Choisi précisément pour son inexpérience dans le domaine, Jean comprendra vite pourquoi en découvrant tout ce qu’il y a d’atypique dans le grand domaine délabré et spectral de Stéphane (Olivier Gourmet), où la chambre photographique fait la taille d’un deux-pièces cuisine et où les plaques argentiques de toute beauté sont grandeur nature. Les habitants ne sont pas en reste, Stéphane d’abord, un homme mystérieux terrassé par la mort de son épouse, son modèle qu’il a remplacé par leur propre fille Marie (Constance Rousseau). Puis Marie, donc, une belle jeune femme diaphane qui apparaît à Jean tel un fantôme dès le premier jour, qui fuit l’ambiance mortifère de la maison en s’entourant de plantes plus vivantes que tout le reste.
Le film est très anxiogène dès les premières minutes, Kiyoshi Kurosawa filme la nuque de Tahar Rahim pendant toute sa progression depuis le quai du RER d’où il vient jusqu’à cette demeure inquiétante. Le reste de la mise en scène sera à l’avenant, tout en suggestions et menaces très larvées, avec d’imperceptibles mouvements jusque dans les plis des voilages, de balancements inopinés des objets, des petits riens qui semblent indiquer une présence fantomatique et terrorisante, celle de l’épouse dont la mort fait partie des fameux secrets de la chambre noire. Une vraie réussite, tellement plus efficace que bon nombre de films contemporains qui se réclament bruyamment du genre.
Fondu de daguerréotype (titre du film à l’international), Stéphane veut créer le prototype parfait en grandeur nature, et cette taille gigantesque nécessitant des temps de pose extrêmement longs de plusieurs minutes à quelques heures, c’est d’un véritable instrument de torture du type exosquelette de l’enfer que Marie est affublée pour la rendre entièrement immobile, presque morte à la réalité. L’ensemble est d’une tristesse ineffable, l’acceptation de la fille, l’obstination du père, l’impuissance de l’amoureux transi. Le tout sur fond de la très belle musique lancinante de Grégoire Hetzel (Trois souvenirs de ma jeunesse, Les Innocentes).
Le Secret de la chambre noire traite du passé, de l’attachement au passé, comme ultime rempart contre la mort. Au travers du daguerréotype qui, comme la croyance de l’époque le disait, et comme Stéphane le rappelle dans le film, « s’imprègne d’une petite part de l’âme du modèle », Kurosawa parle aussi de l’art et de son rapport à l’art. L’histoire d’amour entre Jean et Marie sert également de fil d’Ariane, sans parler d’intrigues annexes dont l’objectif assez peu convaincant semble être d’ajouter de la noirceur aux personnages…
Compte tenu du contexte de sa réalisation , un scénario japonais traduit, mais surtout adapté en français par Catherine Paillé ( qui a trouvé la malice d’adapter on ne sait quelle scène de la vie ordinaire japonaise par une soirée foot au café avec des supporters du Racing Club de Lens !), un cinéaste qui ne connaît pas la langue et qui communique avec les acteurs et l’équipe via une interprète et, de fait, des comédiens qui manqueraient d’un peu de direction d’acteurs, le métrage de Kurosawa n’est pas si mal réussi . Bien qu’Olivier Gourmet semble le plus souvent un peu en dehors du focus, mais c’est aussi le rôle qui veut cette hébétude, même si Constance Rousseau développe un jeu bizarre, très premier degré, une sorte de pastiche qui mêlerait maladroitement performance de la Nouvelle Vague et jeu low-key des actrices japonaises (récemment encore celui de Mariko Tsutsui dans Harmonium de Kôji Fukada). L’ensemble fonctionne en tant que quasi film de genre, mais pas que, porté par un Tahar Rahim qui, sans égaler l’immense Kôji Yakusho, grand habitué du cinéaste, se révèle très bon dans la peau d’un personnage qu’il réussit à faire évoluer subtilement, mais fermement, au gré du développement de l’histoire. Une bonne surprise donc pour les afficionados du grand cinéaste japonais, mais aussi pour les autres qui le découvrent à travers ce film français.
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Le secret de la Chambre noire : Bande annonce
Le secret de la chambre noire : Fiche technique
Titre original : –
Réalisateur : Kiyoshi Kurosawa
Scénario : Kiyoshi Kurosawa, adaptation : Catherine Paillé, Eléonore Mahmoudian
Interprétation : Tahar Rahim (Jean), Constance Rousseau (Marie), Olivier Gourmet (Stéphane), Mathieu Amalric (Vincent), Malik Zidi (Thomas), Valérie Sibilia (Denise)
Musique : Grégoire Hetzel
Photographie : Alexis Kavyrchine
Montage : Véronique Lange
Producteurs : Jérôme Dopffer, Michiko Yoshitake, Coproducteurs : Remi Burah, Olivier Père, Jean-Yves Roubin, Yuji Sadai, Tanguy Dekeyser
Maisons de production : Film-In-Evolution, Balthazar Productions, Frakas Productions, Bitters End, Arte France Cinéma, Ciné+ (participation), Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles (support)
Distribution (France) : Condor Entertainment, Version Originale
Durée : 131 min.
Genre : Drame, Horreur
Date de sortie : 8 Mars 2017