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11 Minutes, un film de Jerzy Skolimowski : Critique

Ce mercredi 19 avril est sorti dans les salles le nouveau thriller polonais intitulé 11 Minutes. En remodelant le schéma narratif de son film, Jerzy Skolimowski prend le risque de laisser le spectateur… dubitatif !

Synopsis : Un mari jaloux hors de contrôle, une actrice sexy, un réalisateur carnassier, un vendeur de drogue incontrôlable, une jeune femme désorientée, un ex-taulard devenu vendeur de hot-dog, un laveur de vitres en pause 5 à 7, un peintre âgé, un étudiant qui a une mission secrète, une équipe d’auxiliaires médicaux sous pression et un groupe de nonnes affamées. 11 moments de vie de citadins contemporains qui vont s’entrecroiser et s’entrelacer.

Un exercice vain

11-minutes-paulina-chapkoPrésenté à la sélection officielle du Mostra de Venise en 2015, 11 Minutes s’annonçait comme un drame d’un genre nouveau. Pourtant, nous nous retrouvons plongés pendant 1h20, au centre d’un scénario complètement éclaté. En jouant à déconstruire et reconstruire les classiques de la réalisation, Jerzy Skolimowski immerge son œuvre cinématographique dans un amas de confusions. À l’honneur, pas moins d’une dizaine de personnages se succédant, s’entremêlant et se déchainant dans un thriller quelque peu soporifique. Nous attendons impatiemment le dénouement, annoncé comme un twist final efficace, profond et surprenant. Pourtant, à l’arrivée de cette dernière séquence, le jugement reste le même : 11 Minutes est un puzzle qui s’emboite difficilement. Et si l’erreur de ce film se trouvait dans son originalité même ? Éternels retours en arrière, d’innombrables temporalités (accélérations, ralentis) ou encore de nombreux mouvements et angles de vues… Bref, en s’affranchissant des codes cinématographiques, Jerzy Skolimowski a étouffé son film par une accumulation d’exercices de style. Entre une mise en scène stéréotypée et des effets visuels et sonores artificieux, 11 Minutes se révèle n’être qu’un drame prétentieux et clinquant.

L’effet papillon

« On ne comprend que la vie est précieuse que lorsqu’on la perd. Alors faisons-en le meilleur usage possible tant que nous sommes vivants. » Jerzy Skolimowski

11-minutes-david-ogrodnik11 Minutes se présentait pourtant comme un drame alarmant. En construisant son scénario autour de la thématique de l’irréversibilité du temps, Jerzy Skolimowski semblait ancrer son œuvre dans le présent. En effet, nous vivons actuellement dans une société en éternel mouvement. Métro-boulot-dodo, cela est schématique mais pourtant notre quotidien se résume à ce cycle, parfaitement défini de manière innocente et futile. À travers son scénario démantelé, Jerzy Skolimowski souhaite nous faire prendre conscience de l’irrévocable sort de la vie… 11 minutes, 11 moments, 11 vies que tout oppose, ou presque. Même si 11 Minutes est loin d’être le thriller de l’année 2017, il a pourtant le mérite de réveiller en nous une question existentielle : Et si un seul élément déclencheur pouvait provoquer votre disparition ? Cette théorie de l’effet papillon, mis à l’honneur dans ce film, était-elle peut-être un sujet cinématographique déjà épuisé ?

Ce scénario schématisé autour d’un puzzle narratif n’aura pas eu l’effet escompté. 11 Minutes restera un thriller ambitieux, au goût de déjà vu.

11 Minutes : Bande Annonce

11 Minutes : Fiche Technique

Réalisation : Jerzy Skolimowski
Scénario : Jerzy Skolimowski
Interprétation:Richard Dormer, Paulina Chapko, Wojciech Mecwaldowski, Andrzej Chyra…                              Producteurs executifs : Jeremy Thomas, Ed Guiney, Andrew Lowe, Marek Zydowicz
Producteurs: Jerzy Skolimowski, Ewa Piaskoska
Directeurs de la Photo: Bernard Walsh, Mikolaj Lebkowski
Son : Alan Scully
Musique : Pawel Mykietyn
Montage: Agnieszka Glinska       
Scénario : Jerzy Skolimowski
Durée : 1hh21
Genre : Thriller
Date de sortie : 19 avril 2017

Pays : Pologne-2015
                                                           

Séries Mania : I Love Dick, la nouvelle série signée Jill Soloway

Découverte au festival Séries Mania 2017 d’I Love Dick, la nouvelle série de Jill Soloway (Transparent) suit avec humour et bienveillance une quarantenaire paumée trouver un nouveau point de repère et une nouvelle passion en la personne d’un certain Richard, surnommé Dick.

Synopsis : Chris (Kathryn Hahn) est une réalisatrice, mais est-elle une bonne réalisatrice et surtout une cinéaste accomplie et reconnue ? Chris est mariée, mais son couple fonctionne-t-il réellement ou est-il en délitement ? Autant de questions qui travaillent la quadragénaire paumée alors qu’on la découvre suivre son mari Sylvère dans la petite ville texane ultra culturelle de Marfa. Celui-ci y démarre une résidence pour “penser l’holocauste”. Cela sous la responsable d’un certain Richard (Kevin Bacon), surnommé Dick, un artiste et surtout un homme pour lequel Chris va se passionner.

« Dear Dick »

Le show signé par Jill Soloway suit la passion peu de commune de Chris pour Dick, qui va se matérialiser sous la forme d’une correspondance épistolaire, et d’une perception fantasmée par Chris de la réalité.

Cette dernière écrit, beaucoup. Des idées, des désirs, des aveux, le tout étant destiné à Dick. Les lettres sont d’abord des écrits cathartiques, certes pour Dick, mais elles permettent à Chris de vider son sac, d’exprimer ses fantasmes, ses envies à un homme qui ne semble en aucun cas la désirer et même la considérer. Toutefois cette passion secrète pour Dick ne le sera plus quand elle en parlera à Sylvère. Étrangement, leur couple va retrouver leur sexualité mise de côté et leur flamme grâce au fantasme qu’incarne Dick.

Kevin Bacon est Dick.

Et pourtant, l’homme est loin d’être un samaritain. Alors que Dick, Sylvère et Chris sont réunis lors d’un dîner à un restaurant, l’événement organisé par cette dernière va prendre une toute autre tournure. L’artiste se moquera du nouveau film de Chris qui a à peine présenté son sujet : « un couple, ou plutôt une femme dans un couple qui représente toutes les femmes écrasées par les attentes sociétales ». Il demande alors à Sylvère, en chuchotant, et sur un ton moqueur, si elle est douée. Chris ne sait déjà plus comment réagir, paralysée face au comportement bête et méchant des deux hommes. Mais ça c’est fini, le personnage incarné par Kevin Bacon déclare alors sûrement : « Les femmes font de mauvais films parce qu’elles sont dans une position de victimisation. » Comme le note Iris Brey (dans son retour du pilote sur le site des Inrocks) : « Le beau gosse devient alors clairement un “real dick”. Un vrai connard. » Chris a tenté de répondre au machisme de Richard, en sortant, désespérée, des noms de grandes cinéastes : Jane Campion, Chantal Akerman. Mais rien n’y fait, et Chris part aux toilettes, où sa folle passion n’a en rien été éreintée par la conversation, au contraire.

Plus tard, alors que Chris lit sa première lettre à son compagnon Sylvère, elle dévoile sa vision fantasmée de ce moment au restaurant, mise en scène par ses désirs : le pied droit de Dick caressant le sien sous la table occultant le regard naïf de Sylvère, entre autres choses – ; mais frustrée par ses attentes non comblées : elle aurait aimé qu’il la rejoigne aux toilettes, par exemple.

Le cinéma/la télévision pour inventer ; révéler ; et lire

La mise en scène de fantasmes représente de véritables moments visuels dans la série. Ces derniers travaillent le portrait sublime – imaginé par Chris rappelons-le – de Dick, alors véritable déité ; et présenté comme une figure de sex-symbol ; aussi Dick se voit être filmé tel le cowboy, mâle hégémonique ; ou encore, certains de ses gestes deviennent de véritables mouvements de beauté pure pour Chris, comme lorsqu’il allume une cigarette. Les fantasmes contribuent à nuancer la passion de Chris pour Dick, qui n’est pas juste sexuelle, ou juste celle d’une femme désespérée dans son foyer, ou encore juste celle d’une cinéaste face à sa muse. Justement, la série va tenter de révéler par différents moyens – tels que le fantasme comme invention/réinvention d’une réalité alors alternative – ces bouleversements passionnels que connaît Chris.

À l’écran, des mots, des morceaux de phrases des lettres, apparaissent souvent en caractères blancs sur un fond rouge. Car il s’agit de lire Chris Kraus, personnage de la série, mais aussi le matériau d’origine, ouvrage éponyme qui la prend la forme d’une autobiographie fictionnalisée dans un échange de lettres. Cette forme est aussi un hommage, et plus que ça, la reconnaissance d’un héritage au cinéma de femmes. Notamment de Chantal Ackerman, remémorée et remerciée par d’autres femmes.

« Dans I Love Dick, le livre, Chris Kraus cite l’artiste Sophie Calle pour contextualiser sa démarche. Le XXème siècle a été le moment où les plumes féminines ont été considérées, le XXIème sera celui où les réalisatrices le seront. C’est le message que Soloway met en scène (…) »

– Iris Brey, Ibid.

En effet, I Love Dick est une série certes signée par Jill Soloway, mais surtout construite par un groupe de femmes réunies par celle-ci. Un groupe au féminin dans lequel on trouve Sarah Gubbins, dramaturge qui a adapté le roman avec Soloway ; Mandy Hoffman à la musique ; Catherine Haight, Julie Cohen et Christal Khatib au montage ; et notamment Kimberly Peirce (Boys Don’t Cry ; Carrie, la vengeance) et Andréa Arnold (Fish Tank ; American Honey) à la réalisation d’épisodes.

Les trois épisodes projetés ont révélé une nouvelle série à suivre absolument. Servie par un casting formidable (Kathryn Hahn, l’une des stars de Crossing Jordan, est éblouissante), I Love Dick annonce un nouveau souffle pour les femmes dans le milieu du cinéma/de la télévision qu’elle marquera certainement.

Bande-Annonce : I Love Dick

https://www.youtube.com/watch?v=N7m8Xu2iwOk

Fiche Technique : I Love Dick – 3 premiers épisodes

Création : Jill Soloway, Sarah Gubbins
Réalisation : Jill Soloway, Andrea Arnold, Kimberley Peirce
Interprétation : Kathryn Hahn, Kevin Bacon, Bruce Gilbert, Meshell Ndegeocello
Production : Amazon Studios, Topple Productions
Producteurs exécutifs : Jill Soloway, Sarah Gubbins, Andrea Sperling, Victor Hsu
Distribution : Amazon Studios
Diffusion : Amazon Prime Vidéo (États-Unis & France)

États-Unis – 2017

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Séries Mania 2017: When We Rise

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Le scénariste d’Harvey Milk, Dustin Lance Blake, collabore à nouveau avec Gus Van Sant pour son propre projet de série co-produit et diffusé en première partie de soirée sur ABC. When We Rise (éponyme à l’autobiographie du célèbre militant LGBT Cleve Jones) sur un pilote découpé en deux dresse le portrait de 3 destins hors-du-commun.

Après The Foster et HTGAWM, ABC prend le risque méritant d’éclairer, certes une énième fois, le combat historique de millions d’homosexuel(le)s et trans pour la reconnaissance, non pas en tant que communauté (le politique est complémentaire et inévitable), mais en tant qu’êtres humains « sains » comme la majorité. Avec ce projet de série audacieuse, Dustin Lance Blake, en réunissant d’innombrables réels récits de vies, construit sur plus de 40 ans et 6 épisodes de 52 minutes la formidable et admirable histoire de 4 personnages en proie directement à ces problématiques sociologiques historiques. Malheureusement, la chaîne câblée Canal + pour des raisons marketing liées à la VOD, découpe le pilote de 83 minutes en deux parties égales. La poire n’avait nullement besoin d’être coupée en deux et le plaisir n’en est que plus maltraité.

Dès la première minute, nous sommes plongés au cœur d’une épopée que nous savons retentissante. Sur un navire de la NAVY, le marin Ken Jones participe à des tirs sur des montagnes. Il ouvre une bouteille de rosé et propose un verre à un des jumeaux Scavo (Charles Carver dans Desperate Housewives) qui s’éloigne aussitôt. On comprend quelques scènes plus tard qu’ils sont amants dans une scène érotique que l’intervenant Romain Burrel, journaliste aux Inrock et Têtu, juge trop discrète. Le personnage joué par Jonathan Majors (on ne voit que les jeunes dans ce demi-pilote) est tiraillé entre le désir de bien faire et la curiosité de cette nouvelle ville dans laquelle il est affectée. Le jeune Cleve Jones, fils de psychanalyste est très vite confronté aux violences faites par les policiers machos et conservateurs, même si ces premières 42 minutes s’attache à montrer son départ du foyer familial et son arrivée bien entourée. Roma quitte le Togo et sa compagne Diane pour Boston et rejoint le mouvement de libération des femmes. Elle finira à San Francisco auprès d’un groupe de femmes. L’écriture est somme toute banale pour une musique par moments grandiloquente, mais la mise en scène sensible et les acteurs investis comme jamais (Guy Pierce en Cleve Jones vieillissant, Whoopi Goldberg etc.) comblent toutes les imperfections. Il y en a peu cependant…

Un quatrième personnage/destin s’ajoutera aux trois déjà complets, alors que des spectateurs américains LGBT se seraient plaint du manque de représentativité. Cette réaction a fait réagir le créateur Dustin Lance Blake qui avait déjà éprouvé ce sentiment sur Harvey Milk. Les audiences en février lors de la diffusion sur ABC auraient atteints un petit score, soit plus de 3,5 millions pour le pilote et une perte d’un million aux suivants. Il n’empêche que l’audace est à applaudir et souligner. ABC, première chaîne familiale diffusant à 20h cette série tous les jours sur une semaine, fait le pari déjà perdu de toucher le plus grand nombre. Avec Danny Elfman à la musique et Gus Van Sant à la réalisation du pilote, sans compter la présence de talents déjà remarqués tels que Rachel Griffiths (Six Feet Under), Mary-Louise Parker (Weeds) et Michael K. Williams (Broadwalk Empire, The Night of), When We Rise a touché l’ensemble des spectateurs qui ont voté en majorité « pour » lors du vote du public… Réponse samedi 22 avril à 20h et toujours en VOD sur Canal Play.

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Fiche Technique : When We Rise

Création : Dustin Lance Blake
Réalisation : Gus Van Sant +  Dee Rees, Thomas Schlamme et Dustin Lance Blake
Distribution : Guy Pearce : Cleve Jones, Austin P. McKenzie : Cleve Jones jeune, Emily Skeggs : Roma Guy jeune, Fiona Dourif : Diane jeune, Jonathan Majors : Ken Jones jeune, David Hyde Pierce : Dr Jones, père de Cleve, Whoopi Goldberg : Pat Norman, Charlie Carver : Michael Smith…
+ Mary-Louise Parker : Roma Guy, Rachel Griffiths : Diane, femme de Roma, Carrie Preston : Sally Gearhart, Michael K. Williams : Ken Jones…
Musique : Chris Bacon et Danny Elfman
Société de production : Hungry Jackal Productions, Laurence Mark Productions, ABC Studios
Durée des épisodes : 8×42 minutes
Mini-série (non-renouvelée)

Séries Mania : Salaam, Moscou !, une série de Pavel Bardine

Découverte ce mardi 18 avril 2017 au festival Séries Mania de Salaam, Moscou !, qui suit la lutte d’agents russes presque secrets face à la criminalité des migrants : deux premiers épisodes en dent de scie entre travail documentaire, comédie absurde, et bouffonnerie.

Synopsis : Les agents Sania et Roustam travaillent dans un département spécial de la police de Moscou dédié à la criminalité des migrants, que les moscovites appellent « les arrivants ».

Salaam, Moscou ! s’est dévoilée au festival Séries Mania avec la projection de ses deux premiers épisodes. Deux volets en dent-de-scie pour la série russe créée et réalisée par Pavel Bardine. En effet, le premier épisode s’est révélé être intéressant dans son jeu des tons – de l’aspect documentaire à la comédie absurde et loufoque. Mais il est tiré vers le bas par le manque de clarté dans le déroulement du récit et la mise en place des personnages et de leurs actions dans celui-ci. Toutefois, le résultat était plutôt positif. Drôle, étrange, et réaliste, Salaam, Moscou ! n’est pas sans rappeler les séries Fargo et Au Service de la France. Aussi le rapport de Moscou à l’immigration était justement traité, et cela de manière à la fois grave et légère.

Le deuxième épisode vire toutefois à la bouffonnerie complète, perdant le charme de la rencontre de la violence saisissante et de l’« image documentaire » mêlées à une loufoquerie absurde. Il semble que la bouffonnerie a permis au créateur de se décharger de la construction de son récit, dans lequel les rencontres entre les différents personnages – différents milieux et groupes – ne sont plus amenées par leurs intrigues respectives. Ainsi retrouve-t-on des personnages dans un même plan sans justification de cette rencontre. Pire, un événement important à la fin du premier épisode lie puis devrait délier le duo d’agents – digne d’un buddy, où l’un et l’autre doivent dépasser leurs différences –, mais il n’y aura aucun écho de cela dans le deuxième épisode. Ça n’est pas fini : alors que le bad guy de la série est présenté comme un tueur sans pitié dans l’épisode un – dans lequel il est traqué par le déterminé et détraqué agent Sania –, l’agent Roustam accepte ici une partie de lutte avec le criminel. Pourquoi ? Parce qu’il est armé, et que son ennemi ne l’est, proposant d’ailleurs ce duel « plus équitable ».

Le criminel propose à l’agent Roustam une partie de lutte pour décider ou non de son arrestation.

La victoire ou la défaite de Roustam déterminera l’arrestation du criminel ou non. Bien sûr, il perd, et il laisse le bad guy s’en aller tranquillement comme si rien n’était. Sania le rejoindra rapidement, et ne se lancera pas à la poursuite de l’individu en fuite, qui devrait être à une vingtaine de mètres de sa position. La situation est bouffonne, mais le gag, lui, est de trop, et expose à quel point la cohérence de la série a été mise de côté pour favoriser le rire à tout va. D’ailleurs, la musique accompagne ce mouvement vers la bouffonnerie en étant légère et drolatique pendant une grande partie de ce deuxième épisode.

Ainsi, on regrettera le clair manque de tenue entre les deux premiers épisodes, où la cohérence (que ce soit au niveau du récit ou de l’univers) et les partis pris sont très vite mis à mal. On espère toutefois que les quatorze autres épisodes sauront retrouver et véritablement établir un cap pour le show, loin d’être une mauvaise surprise.

Fiche Technique : Salaam, Moscou !

Créateur et réalisateur : Pavel Bardine
Scénaristes : Pavel Bardine, Maria Sarpikina, Alexandre Moltchanov
Interprètes : Alexander Golubklov, Ali Aliyev, Maria Belyaeva, Alexander Polyaev
Composition : Vassia Oblomov
Production : Red Square Group, Konstantin Ernst, Denis Yevstigneyev
Distribution : IZYM, LLC (international)
Diffusion : Channel One (Russie)

Russie – 2016

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Séries Mania 2017 : l’intégrale de la saison 2 de Dix pour cent

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Nous découvrons en binge watching l’intégrale de la saison 2 de la série Dix pour cent qui sera diffusée mercredi 19 avril sur France 2…

Cette 8ème édition promet tellement de belles surprises que l’impossibilité d’assister à l’intégralité des séances assure un picorage nécessairement frustrant. On rate le spectacle interactif de Benoît Lagane (critique et journaliste culturel à France Inter) L’Homme aux yeux carrés pour prendre le métro jusqu’aux Champs. Même l’intégrale de Dix pour cent ne peut être couverte jusqu’au bout au risque de ne plus avoir de quoi rentrer chez soi. Et l’idée d’enchaîner, dans une salle pleine de 865 festivaliers gonflés à bloc, cinq heures d’une comédie somme toute bien écrite, mais au jeux inégaux, provoque migraine et bouffés de chaleur!

« Ils reviennent et ils sont à 100% »

Ne nous attardons guère sur l’intervention éclaire de l’équipe artistique qui ne propose que leur présence sur la scène d’une vingtaine de mètres de long de l’UGC Normandie habillé aux couleurs cathodiques du festival. Tandis que la première saison n’avait que relativement convaincue par une certaine artificialité (il n’y a qu’à regarder les classeurs vides) et des situations qui se voulaient cocasses, mais sans grandes réelles ampleurs dramatiques, la seconde creuse en profondeur grâce à des dialogues percutants et beaucoup de tendresse. Si l’on persévère sur l’incongruité de certaines situations à des fins sitcom/ ou soap-operaesque, ce n’est au fond que pour servir une écriture dramatique bien ficelée.

On ne croit à aucun moment au couple Elfira/Ramzy, créé de toutes pièces certes, mais dont leurs péripéties nous laissent de glace. Heureusement que Andréa (Camille Cottin) rentre dans sa famille pour retrouver un vieil ami d’enfance au look de footballeur milliardaire. Puis la rivalité avec l’agence Star Média et les déficits budgétaires de l’agence ASK impose quelques conflits scénaristiques divertissants. Lucchini devient la cible à récupérer chez la concurrence. Norman Thavaud et Julien Doré amusent plus qu’ils ne convainquent. D’autant plus que l’écriture de ce troisième épisode exaspère par de grossières situations. Ensuite Isabelle Adjani cherche à rencontrer le dernier jeune talent consacré à Cannes, alors que Matthias et sa fille Camille feront tout pour les empêcher de se rencontrer. Enfin Guy Marchand, qui commence à manquer de lucidité sur un tournage, retrouve son amour d’enfance Arlette et son chien Jean Gabin. En parallèle, Sofia, la standardiste et nouvelle compagne de Gabriel, cherche à percer, Andréa se démène contre son nouveau « patron » tout en cherchant à reconquérir un des amours de sa vie. Matthias enchaîne les emmerdes conjugaux alors qu’il entame un nouvel idylle avec Noémie son assistante, délurée et émotive. L’amitié entre Camille et Hervé sera remis en question lorsqu’un poste d’agent junior est à pourvoir…

Très bon enfant, avec un ton comique à la Ally McBeal, cette deuxième saison fait moins de surplace que la première qui peinant à s’extraire d’inutiles déambulations, au profit de répliques plus « trash ». Le dernier épisode promet une conclusion en apothéose au festival de Cannes selon le producteur (scènes tournées comme des reportages au sein du réel festival). Reste à voir comment Juliette Binoche prend autant de plaisir à jouer son propre rôle en tant que maîtresse de cérémonie… La saison 3 étant en écriture, nous devrions la voir l’année prochaine.

https://www.youtube.com/watch?v=DSO4Lb63_gE

Fiche Technique : Dix pour cent

Création : Fanny Herrero
Sur une idée originale de : Dominique Besnehard
Réalisation : Antoine Garceau, Jeanne Herry, Laurent Tirard
Distribution : Camille Cottin, Thibault de Montalembert, Grégory Montel, Liliane Rover, Fanny Sidney, Stéfi Celma, Nicolas Maury, Assaâd Bouab…
Directeur artistique : Cédric Klaspisch
Société de production : Mon voisin Productions, Mother Production
Durée des épisodes : 52 minutes
Saison : 2 (renouvelée)

Gold, un film de Stephen Gaghan : Critique

Gold est typiquement ce genre d’histoire dont raffolent les américains, celle d’un quidam dont l’obstination va permettre de voir ses rêves devenir réalité. Avec un peu de recul, il s’agit en fait des magouilles d’un fils-à-papa disgracieux et quelque peu ahuri. Un ersatz de Donald Trump, en somme. Le pouvoir d’adhésion n’est donc lié qu’à son interprète. Peut-être en faudra-t-il un peu plus.

Synopsis : 1988. Kenny Wells, un beau-parleur plein de rêves, a mené à la faillite la société minière qu’il a héritée de son père. Dos au mur, il décide de faire équipe avec Michael Acosta, un géologue qui, lui aussi, est la risée de ses pairs. Leur projet de chercher de l’or au fin fond la jungle indonésienne se révèle vite fructueux. La côte de la société explose aussitôt, mais plutôt que profiter pleinement de la belle vie, Wells tient à garder le contrôle de ses affaires.

Un Rise and fall en plaqué or

Gold-matthew-mcconaughey-chauveDepuis Dallas Buyers Club et la première saison de True Detective, Matthew McConaughey s’est imposé, aux yeux des spectateurs, comme un excellent transformiste. Que son image de jeune premier qu’il cultivait dans ses premiers films, et même son physique avantageux tel qu’il en jouait dans Magic Mike, paraissent loin aujourd’hui ! Dès les premières images de son tournage, Gold a fait sa réputation sur son nouveau look anti-glamour, identifiable à sa calvitie avancée et à sa silhouette bedonnante. Croire qu’il s’agit là d’un atout suffisant pour faire le succès du film serait oublier que, avant lui, Christian Bale (American Bluff), Johnny Depp (Strictly Criminal) mais aussi Tom Cruise (Tempêtes sous les tropiques) ont adopté un physique comparable sans que cela attire massivement le public. Qu’a alors à proposer ce long-métrage ? Son autre argument est d’être inspiré d’une histoire vraie. En l’occurrence, celle de l’affaire dite de la mine d’or de Bre-X Busang. En dire plus sur celle-ci reviendrait à spolier sévèrement le scénario, pourtant il est légitime de dire que celui-ci n’en garde que peu d’éléments pour aboutir un récit tristement convenu.

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Son auteur est pourtant bien connu pour son talent à recycler des histoires vraies et s’en servir pour bâtir une dramaturgie solide, puisque Stephen Gaghan a rédigé les scénarios de Traffic et de Syriana. Or, comme pour ce dernier, sa mauvaise idée a été de le réaliser lui-même alors qu’il est loin de posséder le talent d’autres cinéastes qui s’étaient dits intéressés par le projet, à savoir Paul Haggis, Michael Mann ou bien encore Spike Lee. Autant dire que les sujets abordés dans cette histoire avaient de quoi faire un grand film, mais se retrouvent en fin de Gold-matthew-mcconaughey-edgar-ramirezcompte étouffés par la mise en scène bien trop démonstrative de Gaghan. Tel qu’il les filme, il ne parvient ni à faire vivre l’émotion qui anime cette variation, pourtant dramatique, du rêve américain ni à insuffler un souffle épique à la partie consacrée aux voyages en Indonésie ni moins encore à rendre cinglant son discours sur le cynisme des marchés financiers.

Gold est finalement à l’image de son personnage principal : Bavard, vulgaire et futilement tape-à-l’œil. Il aurait pu s’agir d’un parti-pris payant si le réalisateur avait le savoir-faire des frères Coen ou de David O. Russell. Entre les mains de Stephen Gaghan, le résultat ne relève que de la maladresse, pour ne pas dire de la ringardise.

A aucun moment l’arc narratif de Kenneth Wells ne s’éloigne du schéma classique qui consiste à voir à suivre le parcours d’un homme vers des sommets et sa déchéance. Une fois le dispositif en place, le storytelling n’a aucune surprise à offrir. C’est donc indubitablement la prestation de Matthew McConaughey, et elle seule, qui rend ce personnage intéressant à suivre. Le moindre de ses sourires en coin s’avère ainsi un moment bien plus étonnant que ses relations si prévisibles avec ses partenaires. Parmi eux, on n’en dénombre d’ailleurs que deux qui soient un minimum développés. La première est sa femme, incarnée par Bryce Dallas Howard qui, elle aussi, fait preuve d’une belle transformation puisque, même si elle n’est présente que dans la première moitié du film, elle semble y grossir à vue d’œil. Le second est l’expert incarné par Edgar Ramirez, dont on regrettera que le jeu assez placide ne rende pas compte de toute l’ambiguïté du personnage.

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Gold-matthew-mcconaughey-Bryce-Dallas-HowardDès la première scène, le dialogue et la voix-off, tous deux lourdement explicatifs, posent les bases de ce qui sera l’un des plus gros défauts de l’écriture : une tendance à se montrer bien trop expansif. Les effets de montage iront d’ailleurs dans le même sens, appuyant bien davantage sur cette volonté d’étaler le déroulement des évènements que sur l’installation d’un tant soit peu de tension. Même le rebondissement, à une demi-heure de la fin, n’arrive pas à générer l’intensité que l’on peut attendre d’un tel retournement de situation. Le parcours de ce prospecteur exubérant et antipathique se retrouve à se dérouler sous nos yeux, sans que jamais ni le thriller financier ni la fresque historique qu’il voudrait être ne parviennent à exister. N’en reste que le portrait d’un homme haut en couleur, un résultat certes honorable mais bien plus anecdotique. Définitivement, son seul atout reste la transformation de son acteur principal, de quoi en venir à espérer que McConaughey pourra retrouver le succès sans avoir systématiquement recours à de tels artifices.

Gold : Bande-annonce

Gold : Fiche technique

Réalisation : Stephen Gaghan
Scénario : Patrick Massett et John Zinman
Interprétation : Matthew McConaughey (Kenny Wells), Edgar Ramírez (Michael Acosta), Bryce Dallas Howard (Kay), Corey Stoll (Brian Woolf), Toby Kebbell (Paul Jennings), Bruce Greenwood (Mark Hancock), Stacy Keach (Clive Coleman)…
Image : Robert Elswit
Montage : Douglas Crise
Direction artistique : Peter Rogness
Décors : Maria Djurkovic
Costumes : Danny Glicker
Productions : Patrick Massett, John Zinman, Teddy Schwarzman, Michael Nozik, Matthew McConaughey
Sociétés de production : Black Bear Pictures, Living Films
Distribution : StudioCanal
Budget : 30 millions de dollars
Durée : 120 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 19 avril 2017

Etats-Unis – 2017

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Séries Mania : séance spéciale American Dad! et Les Griffin

L’hommage aux séries d’animation de la Fox a été lancé au festival Séries Mania 2017 avec la séance spéciale American Dad! et Les Griffin : une double dose de comédie déjantée et transgressive signée Seth MacFarlane.

American Dad! et Les Griffin, lancées respectivement en 2005 et 1999 – et toujours en production –, sont des séries chorales. Elles suivent deux groupes d’individus. Des individus groupés par un concept traditionnel alors moqué par ces séries, la famille.

D’un côté, les Smith, de l’autre, les Griffin. Les deux shows animés pour adultes suivent ainsi le quotidien de ces familles, véritables satires de la société nord-américaine, et même occidentale. Concernant les patriarches, Peter Griffin est un imbécile fini fainéant et opportuniste, avec une bêtise et un bon embonpoint alimentés respectivement par la télévision et la junkfood ; Stan Smith est un agent de la CIA appliqué, désirant à tout prix protéger son pays du terrorisme, et des démocrates.

« Chaque jour, chaque soir, on voit de la violence à la télé, du sexe au ciné.

Mais ou sont donc passées ces bonne vieilles valeurs qui faisaient tant notre bonheur ?

On ressemble à une vraie famille, une famille qui va vous, rendre complètement fous !

Ils sont vraiment tous bêtes à pleurer. Ce sont les Griffin ! »

– générique des Griffin

Les deux séries sont de véritables miroirs déformant des États-Unis d’Amérique. De la satire sociale à la parodie de films, la drôlerie est au rendez-vous. Tantôt subtil, gras, lourd, fou, culotté, grossière, ou encore absurde, l’humour peut aussi provenir de situations complètement fantasques – où la critique réside toutefois : du ravissement marqué par le retour du Christ et l’Armageddon sur Terre avec un Stan lâche puis digne de Mad Max à Brian et Stewie voyageant dans des dimensions parallèles où tout serait dessiné par Disney (soupconné d’antisémitisme) ou encore celle où les chiens sont les êtres intelligents, dominant les humains. À noter que ces deux intrigues ont fait partie des épisodes projetés ce soir.

Car American Dad! et Les Griffin, si elles suivent le quotidien deux familles, adorent s’aventurer dans le fantasque. Deux personnages principaux dans chacun des shows exposent de facto par leur existence le caractère essentiel du fantastique (science-fiction) dans la série. D’un côté nous avons Roger l’extraterrestre, et Klaus le poisson rouge. Le premier est un alien déjanté et alcoolique qui aime se travestir, devenir une autre personne pour se lancer dans des péripéties folles. Véritable obsédé de l’aventure, il est aussi hyper-émotif, manipulateur, et vaniteux. Le deuxième, Klaus est un ancien nazi dont l’esprit a été placé dans le corps d’un poisson rouge. Du côté des Griffin, nous avons Stewie, le bébé de la famille, d’une intelligence rare et au langage adulte, est aussi un véritable cerveau diabolique pouvant parfois retrouver des traces d’enfance dans son comportement ; enfin Brian est un chien anthropomorphe, capable de parler tel un humain, aussi il se trouve être l’être le plus intelligent de la famille avec Stewie, toutefois il est considéré comme leur chien domestique, excepté pour Stewie, avec qui il partagera de nombreuses et folles aventures.

Ci-dessous, Roger débute une aventure, dans « la peau d’un raté qui se drogue ».

On regrettera le faible nombre d’épisodes projetés lors de la séance spéciale : deux épisodes pour chaque show ; ainsi que l’absence de sous-titres français pourtant bien stipulés sur le livret du festival. Non que cette absence ait été un problème pour le rédacteur de cet article, elle l’a été pour de nombreux spectateurs qui ont quitté la salle tout au long de la première demi-heure. Toutefois, la séance a su faire travailler les zygomatiques et déchaîner les rires.

L’hommage aux séries de la Fox se poursuivra le jeudi 20 avril avec une séance spéciale Les Simpson en présence de deux des doubleurs français : Philippe Peythieu (Homer) et Véronique Augereau (Marge) ; et une dernière avec au programme Futurama et Bob’s Burgers respectivement créés par Matt Groening (à qui l’on doit bien sûr Les Simpson) et Loren Bouchard.

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Séries Mania : American Gods, la nouvelle expérience de Bryan Fuller

Ce lundi 17 avril a été présentée en exclusivité française la nouvelle série développée par Bryan Fuller et Michael Green, American Gods, d’après le roman éponyme de Neil Geiman qui vous dévoile les coulisses mystiques de ce monde où règnent des rivalités entre anciens et nouveaux dieux.

Synopsis : Quand Shadow Moon sort de prison, il fait la rencontre du mystérieux Mr. Wednesday. Laissé à la dérive depuis la mort de sa femme, Shadow est engagé comme garde du corps par Mr. Wednesday. Il se retrouve alors dans un monde mystérieux où la magie devient réelle, où les anciens Dieux craignent l’obsolescence, le pouvoir grandissant des divinités modernes, et où Mr. Wednesday rassemble une armée pour reconquérir sa gloire passée.

Comme pour I’m dying up here, le festival Series Mania a demandé à ne pas dévoiler l’intrigue de l’épisode. La possibilité d’écrire sur le show avait tout de même été trouvée. Mais ici, la description des éléments visuels – entre autres choses réfléchies dans l’écrit d’I’m dying up here – de la série dévoilera forcément des détails du récit. L’article tachera toutefois d’obéir à la demande du festival et de Starz/Amazon.

Thomas Destouches l’a rappelé lors de sa présentation du show, il aura fallu six ans afin qu’American Gods puisse se jouer devant nos regards et dans nos oreilles, soit un très long développement pour que les spectateurs puissent vivre la nouvelle expérience audiovisuelle de Bryan Fuller, co-créée avec Michael Green ici. On retrouve David Slade du côté de la réalisation du pilote après celle de plusieurs épisodes de la précédente œuvre télévisuelle de Fuller, Hannibal, sur laquelle Slade avait déjà signé le pilote.

Justement, ceux qui avaient su s’immerger dans Hannibal, ou se laisser dépasser par le show tortueux de Fuller pour mieux en être imbibés, se retrouveront pleinement dans American Gods. Fuller, avec Slade, a poursuivi son travail visuel : des images explicitant la chair ; des gros plans sur des objets ou détails, tels des natures mortes révélant toujours plus qu’on ne le croit le monde présenté ici : on peut penser à la pièce d’or, cet objet artificiel dont la provenance intéresse l’humain Shadow Moon qui ne saisira pas que la pièce est liée au divin ; on pense au sang, ce liquide filmé dans un ralenti lui donnant une certaine corporéité, rappelant sans cesse la nature fragile et instable de l’humain, tout de chair et d’os… Du travail d’étalonnage aux scènes de « trip » où le héros subit des cauchemars et fait face à une nouvelle créature symbole – le cerf noir laisse place à une vache aux yeux incandescents (voir l’image de couverture) –, Fuller a décidemment muri son univers – thématique, visuel, sonore, narratif – avec Hannibal. On notera à ce propos une formidable scène d’anthropophagie divine, qui apporte une nouvelle dimension au cannibalisme déjà énormément travaillé par le créateur/showrunner. Il faut aussi dire qu’on retrouve à la musique Brian Reitzell – aussi compositeur sur Hannibal (et le film 30 jours de nuit de Slade) – et ses bandes-son imbibées de mystères, de ténèbres et parfois de terreur, travaux sonores qui participent pleinement à l’expérience mise en place par Fuller, avec Green et Slade rappelons-le.

Ci-dessous le générique d’American Gods.

https://www.youtube.com/watch?v=1Ow1qPRIs8A

Arrive un autre point très cher à l’univers de Fuller mais peut-être plus rare et noir dans sa série sur Hannibal le cannibale, l’humour. Car American Gods est drôle. L’humour y est certes noir, acide, peut-être dérangeant, mais est bien là.

Il est d’ailleurs formidablement servi dans des scènes fantasques et plutôt dérangeantes par la distance créée avec le spectateur par rapport à l’étrangeté d’une séquence, et vis-à-vis d’excès de violence. Enfin l’humour sera là lors de moments habités par une certaine gravité non pas tournée en ridicule mais avec laquelle une distance sera en effet créée. La drôlerie de l’épisode était aussi servie par son casting, notamment Ian McShane (Deadwood ; Scoop), toujours impeccable.

L’épisode présenté marquait l’entrée de Shadow Moon et des spectateurs – qui en savent autant que lui pour peu qu’ils ne connaissent pas le roman – dans un monde étrange, dérangeant et captivant, drôle et terrible… American Gods s’impose comme l’un des nouveaux shows à suivre absolument. Rendez-vous fin avril pour sa diffusion sur Amazon Prime Video.

Bande-Annonce : American Gods

https://www.youtube.com/watch?v=3awG5wEE7LU

Fiche Technique : American Gods – pilote

Créateurs/showrunners : Bryan Fuller, Michael Green
Réalisateur : David Slade
Interprétation : Ricky Whittle, Ian McShane, Emily Browning, Pablo Schreiber
Compositeur : Brian Reitzell
Production : Fremantle Media North America
Distribution : Fremantle Media International
Diffusion : Starz (Etats-Unis) ; Amazon Prime Video (France)

Etats-Unis – 2017

Séries Mania 2017 : Supermax en présence du réalisateur Daniel Burman

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Durant la 8e édition du Festival Séries Mania, une série sur fond carcéral venue d’Argentine,  Supermax. Le réalisateur Daniel Burman était présent lors de la présentation pour nous en parler.

Présentée au festival Séries Mania, Supermax est l’histoire de huit participants à une émission de télé-réalité qui sont enfermés dans une prison abandonnée dans laquelle une émeute sanglante a eu lieu deux décennies auparavant. Supermax est la série la plus ambitieuse d’Argentine, une superproduction réunissant plusieurs pays d’Amérique latine (Uruguay, Mexique, Cuba, Brésil, Argentine…). Le réalisateur Daniel Burman qui a travaillé sur la série et qui était présent lors de la présentation au festival Séries Mania, rapporte que cette grande équipe lui a permis d’avoir plus de liberté. Au départ, s’il a été intéressé par le projet ce n’est pas pour l’aspect carcéral, en vogue dans le paysage télévisuel (Orange Is The New Black, Oz…) qui n’est pas son genre préféré. Il y voyait surtout une excuse pour réunir tous ces protagonistes aux personnalités hétéroclites qui ne se seraient jamais rencontrés autrement. Il ajoute que la vraie prison se situe dans leur tête. Cette sensation d’enfermement est palpable dans Supermax, et pour Daniel Burman, qui est convaincu que “nous sommes ce que nous cachons”, plus les personnages restent enfermés, plus ils se découvrent eux-même, “ils se libèrent parce qu’ils pactisent avec le diable”.

Ce thriller qui paraît de prime à bord assez sérieux nous surprend en mélangeant les genres, par moment à la limite de l’horrifique, parfois tragique et souvent comique. Il était important pour le réalisateur de mixer les genres et les émotions, “car c’est comme dans la réalité, on passe du rire aux larmes”. Ce mélange doit probablement aussi aux acteurs qui forment un casting quatre étoiles (on retrouve Cecilia Roth qu’on a vu notamment dans Tout sur ma mère de Pedro Almodóvar), c’était aussi le désir de Daniel Burman d’avoir des acteurs à l’univers déjà bien établi pour qu’ils puissent ainsi apporter un peu de leur monde dans la série, d’où cette mixité de ton.

Si Supermax manque parfois d’un peu de subtilité dans le traitement de ses personnages, il serait intéressant de connaitre leur évolution à la suite de ces deux épisodes. La série est néanmoins un bon thriller dynamique aux multiples mystères qui se laisse agréablement regarder et qui devrait promettre quelques surprenantes tournures scénaristiques.

Supermax : Fiche technique

Scénaristes : Mario Segade, Virginia Martinez, Daniel Burman
Casting : Cecilia Roth, Antonio Birabent, Cesar Troncoso, Rubén Cortada, Juan Pablo Geretto, Guillermo Pfening
Réalisateurs : Daniel Burman, Hernan Goldfrid, Bruno Hernandez
Producteurs : Globo, Oficina Burman
Diffuseur : Canal 7 (Argentine)

Argentine – 2017

Séries Mania : 4 Blocks, une série de Marvin Kren

Nouvelle découverte au festival Séries Mania avec la série allemande 4 Blocks, en présence de son créateur/réalisateur Marvin Kren. Au programme : les péripéties obscures d’un clan de gangsters arabes en plein Berlin-Est ; un Parrain en quête d’un plan-retraite ; ou quand Les Soprano rencontre les caméras de Paul Greengrass et Nicolas Winding Refn sous cocaïne.

Synopsis : Toni prépare en cachette sa réorientation professionnelle pour sortir du trafic de drogues, de la prostitution et du blanchiment d’argent. Mais quand son beau-frère est arrêté lors d’un raid, impossible de quitter la tête du clan de Berlin-Neukölin.

À l’École de la Cité de Luc Besson, les élèves travaillent leur capacité d’analyse d’un film avec certains exercices, dont un, simple et efficace : le High Concept. Un exemple : Ghost in the Shell, c’est RoboCop meets Blade Runner. Pour le cas de la série découverte ce dimanche 16 avril, cela donne ceci : 4 Blocks = The Soprano meets Paul Greengrass & Pusher.

Justement, si le créateur Marvin Kren a déclaré avoir été de loin inspiré par la série de David Chase (et d’autres telles que The Wire) ou encore les nombreux films de gangsters, il a affirmé avoir voulu se fermer face à ses inspirations lors de la création. Et pourtant, 4 Blocks est un Soprano retravaillé dans le contexte de Berlin-Est. Ainsi, les Italo-Américains deviennent Arabo-Allemands ; Tony Soprano devient Toni, un parrain qui veut en finir avec le milieu du crime organisé, et qui peut avoir tendance à se fâcher même s’il reste bien plus droit que le héros de Chase ; le cousin Christopher Moltisanti, drogué et jeune ayant tendance à s’énerver facilement, avec une fiancée un peu superficielle et plutôt sexy, devient le frère de Toni ; du Bada Bing coloré de Tony Soprano à la boite de strip-tease et gogo-danseuses de Toni elle aussi plongée dans une lumière colorée, il n’y a qu’un pas ; et ainsi de suite… Les similitudes sont tellement énormes que « l’inspiration lointaine » n’est pas crédible. De l’enjeu de la taupe – ici un flic infiltré – à celle des rivalités familiales en passant par les problèmes de racisme que supportent les gangsters arabes – de la part de la police et d’autres – et qu’ils cultivent aussi – face au clan turc par exemple –, tout a déjà hélas été raconté ailleurs par Chase ou Simon. Nuançons maintenant en notant l’intérêt de la quête d’une vie tranquille de businessman de la part de Toni, qui, avec sa femme, veut obtenir des passeports allemands. Ou encore l’amour fou de Toni – digne de Montana ici – pour sa fille, qu’il est prêt à protéger jusqu’au bout, au point de menacer son frère. Si on note ainsi quelques nouveautés, « originalités » dira-t-on vite, le show reste hélas avare en nouveautés, que ce soit scénaristiquement ou formellement.

« Tout va très vite à la télévision. »

– Jennifer Getzinger, à propos de la tendance du rythme télévisuel

dans la série documentaire The Art of Television

Visuellement, le show tendrait à se rapprocher du pluri-style naturaliste-existentiel de la trilogie Pusher de Nicolas Winding Refn, et du visuel documentaire de Paul Greengrass (Bloody Sunday, Jason Bourne). Nous avons ainsi affaire à différentes formes visuelles plus ou moins maîtrisées, et surtout collées les unes aux autres sans véritable cohérence ou recherche de glissement. La construction spatiale de l’action – du mouvement dans l’espace – est en berne. Pour la partie « mystique », très faible, Kren a bien travaillé. Concernant la partie plus documentaire, il est utile et drôle de vous dire que le rédacteur de cet article a eu pour la première fois la nausée face la construction épileptique et non cohérente des scènes d’action et même beaucoup du quotidien. L’évanouissement a été évité de peu. Mais le mal de crâne a su tout de même s’installer.

Le travail sonore s’en est chargé. Tout le show est habité par de la musique. Aucun moment de silence, ou de moment où l’on aurait juste le son diégétique d’une scène calme ou même de rue. 4 Blocks va vous faire écouter du rap, de la musique typiquement orientale – on le suppose –, techno, bande-son d’action stéréotypée, et composition évoquant la noirceur existentielle de ce microcosmos  inspirée – un peu, beaucoup, à la folie – par la musique du film Sicario composée par Johann Johannsson. Il ne s’agit pas ici de faire un reproche à la présence de tel ou tel son, mais de constater une surprésence musicale, ainsi qu’un mixage qui manque – à l’image des différents styles visuels – de glissements.

« Il était important que la série ait un accent authentique. »

– Marvin Kren, lors de la rencontre post-projection –

Malgré tout, 4 Blocks possède un bel atout : son casting. De l’interprète de Toni, formidable de justesse à Frederick Lau (révélation de Victoria – ci à droite), génial de charisme dans le rôle de l’infiltré, les acteurs assurent le travail. Des acteurs qui ne sont apparemment pas tous professionnels, comme l’a expliqué Marvin Kren lors de la rencontre post-projection. Leur participation, comme l’a affirmé le réalisateur, participe au réalisme de la série. Cependant, s’ils sont bons et mêmes très bons au point qu’on ne perçoive pas le fait qu’ils soient des amateurs, ces derniers participent davantage à la mise en place du genre gangsters de la série qu’au réalisme.

Enfin, on notera que l’épisode 2 avait un montage plus abouti que le premier, une réalisation mieux maîtrisée, même si le show garde un rythme rapide dans son récit – qui prend quelques petites tournures intéressantes –, et reste sur-habité par la musique.

 4 Blocks : Fiche Technique

Réalisateur & auteur : Marvin Kren
Scénaristes : Marvin Kren, Hanno Hackfort, Bob Konrad, Richard Kroph
Interprétation : Kida Kodhr Ramadan, Veysel Gelin, Frederick Lau, Almila Bagriacik, Karolina Lodyga, Maryam Zaree
Compositeurs : Stefan Will, Marco Dreckkötter
Producteurs exécutifs : Anke Greifeneder, Quirin Berg
Production : Wiedemann & Berg Television
Distributeur : Turner
Diffuseur : TNT Serie (Allemagne)

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Séries Mania : I’m dying up here, une série de David Flebotte

Ce dimanche 16 avril au festival Séries Mania 2017 a été dévoilé en avant-première mondiale le premier épisode d’I’m dying up here, qui suit un groupe d’aventuriers de l’humour en quête de rires, de reconnaissance et de gloire sur la scène du stand-up des années 70.

Avant de commencer à parler sur la série, il faut d’abord avertir que le festival Séries Mania a explicitement demandé à tous les spectateurs de ne rien dévoiler du show (programmé chez Showtime / CBS) qui ne sera diffusé aux États-Unis qu’en Juin. Afin de respecter cette volonté, l’intrigue de l’épisode ne sera pas révélée. Toutefois des éléments seront présentés, sans pour autant gâcher la découverte du show à quiconque lira cet article.

Look vintage et ambiance rock

I’m dying up here prend place dans les années 70s alors que la guerre du Vietnam prend fin. Ainsi le spectateur va se retrouver dans les Los Angeles des seventies, ou presque. Tout est mis en place ici pour nous présenter cette décennie, au point que la reconstitution est exagérée : affiches de Bruce Springsteen, David Bowie ; marques de bière citées, véhicules filmés en marche ; extérieurs avec la fameuse colline « Hollywood » exposée en arrière plan mais presque pointée du doigt… Les vêtements sentent le vécu mais pas les visages souvent artificialisés par un maquillage plus ou moins subtils. Les seventies n’auront jamais été aussi seventies… Regardez les sept premières saisons de Columbo, ou lancez-vous dans Kojak (qui a lieu à New-York) – ces séries ont été filmées pendant cette décennie –, maintenant regardez I’m dying up here. La série est davantage un musée vintage, pop’ et vivant qu’une reconstitution fine et soignée telle qu’on en trouve dans Mad Men.

La réalisation participe à cette proposition « vintage ». En effet, le visuel appelle à se remémorer les photographies en argentique couleur ainsi que le film super 8 : jeu sur la surexposition avec le rendu baveux de la lumière ; couleur générale virant au marron/bois… La série possède ainsi un véritable cachet vintage. Certains apprécieront, d’autres non. Le problème réside dans l’exagération qui y résonne, car celle-ci se retrouve chez d’autres éléments.

En faire trop

En faire trop, voilà ce qui peut justement expliquer cet épisode. Des musiques d’époque à la composition originale, la bande-son est sur-évocatrice. D’un côté il faut évoquer les seventies, de l’autre, évoquer l’étrange, et le drame. Mais y aurait-il un manque de confiance en la capacité d’intérêt du spectateur pour la série ? Pourquoi surdramatiser ? Pourquoi surjouer la carte du rétro/vintage aujourd’hui à son apogée (de la bande-son des Gardiens de la Galaxie à The Nice Guys) ?

Et une autre question qui restera probablement sans réponse : pourquoi Mélissa Léo – interprète de Goldie – en fait toujours trop à un moment alors qu’elle réussit à être juste la plupart du temps ? Que ce soit ici ou au cinéma dans La Chute de la Maison Blanche, ou même Frozen River ?

Man of the Moon en série

On notera que la série est produite par Jim Carrey, qui a véritablement incarné Andy Kaufman, génie comique retranscrit à merveille par Milos Forman dans Man of the Moon (1999). Une impression se fera ressentir lors de la vision du premier épisode d’I’m dying up here, celle d’assister à la théorisation du génie humoristique, à la réflexion de ce travail, et alors à sa construction. La série suit plusieurs comédiens même trop, pourrait-on penser parfois, car l’on aimerait se concentrer véritablement sur le travail de l’un ou l’une d’entre eux. Et pourtant, le fait d’avoir affaire à un ensemble d’individus, s’il a tendance à disperser le récit – à noter qu’un certain flashback et retour au présent peu clair n’aide pas –, permet d’abord de capter tous les acteurs et enjeu de ce cosmos : de Goldie, véritable entité omnipotente quant à l’avenir de ces humoristes –, à l’agent interprété par Alfred Molina décidemment toujours impeccable. Mieux que ça, le dispositif permet d’exposer à quel point la comédie/le rire, soit la cause et l’effet, sont de véritables expériences humaines autant pour le comédien que pour le spectateur, ainsi qu’un labeur de tous instants avec son lot formidable de difficultés et nuances – selon le comédien / la comédienne. Pire que ça, devenir un humoriste fédérateur est une lutte de pouvoirs, un championnat du rire avec ses propres règles, sa propre hiérarchie et ses arbitres – tels que Goldie.

Si un seul épisode a déjà pu accomplir ce formidable travail, on peut espérer que la suite du programme comblera l’aspect dispersé du récit. Quand au cachet vintage, il s’efface lors des scènes d’intérieur sur les scènes de stand-up chez Goldie, où le contexte s’efface pour laisser place aux personnages et à leurs quêtes de rires à gogo, ou du rire ultime. Aussi peut-on espérer que ce cachet sera moins important dans les prochains épisodes, le contexte étant clairement posé dans ce pilote.

Ainsi la série créée par David Flebotte se révèle être une belle surprise, et une nouvelle « affaire à suivre ».

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Bande-annonce : I’m dying up here

https://www.youtube.com/watch?v=pR0PUkGbuto

Fiche Technique : I’m dying up here – pilote

Créateur et scénariste : David Flebotte
Réalisateur : Jonathan Levin
Interprétation : Melissa Leo, Ari Graynor, Michael Angarano, Clark Duke, Andrew Santino, Erik Griffin, RJ Cyler, Al Madrigal, Jake Lacy
Compositeur : Alex Ebert
Production : Showtime
Producteurs exécutifs : Dave Flebotte, Jim Carrey, Michael Aguilar, Christina Wayne
Distributeur : CBS Studios International
Diffuseurs : Showtime (Etats-Unis) / Canal + (France)

États-Unis – 2017

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The Get Down Saison 1 Partie 2 : Critique Série

8 mois ! Il nous aura fallu attendre 8 mois pour enfin découvrir la suite des aventures des héros de The Get Down. Soit une éternité vu la bombe lancée par Netflix l’été dernier. Et soyez heureux d’apprendre que le BPM, déjà bien haut, passe à la vitesse supérieure pour la partie 2.

Bien entendu, l’avertissement est d’usage : Si vous n’avez pas vu la partie 1 de The Get Down, autant stopper votre chemin ici. Allez zou !

Pour les autres, on reprend le métro direction le Bronx prendre des nouvelles de Zeke, Mylene, Boo-Boo, Ra, Shaolin Fantastic, Dizee ou encore Papa Fuerte. Moins seconde partie (comme marketée) que vraie deuxième saison, cette nouvelle fournée d’épisodes opère une petite ellipse d’un an, marquant temporellement une scission réelle pour mieux retrouver toute la clique à des tournants décisifs.

Zeke poursuit son stage à Manhattan dans l’intention d’aller à Yale, Mylene gère sa carrière dans le disgospel et les Get Down Brothers rameutent les foules dans des clubs à la mode. Tout irait d’ailleurs bien dans le meilleur des mondes sans la pression des adultes, de la société, de la religion et la criminalité environnante de leur quartier.

Encore plus axée sur la prise en main de leur destin par ses protagonistes, la série bien que nantie d’événements sombres positive énormément sur la question du passage à l’âge adulte. Le hip-hop étant vu comme une saine mais difficile porte de sortie. L’histoire offerte de sa naissance dans les quartiers du Bronx remet ainsi en contexte universel une musique qui est d’abord venue des tripes de la rue avant de se vendre par palettes.

Un genre né des frustrations de ses instigateurs, des murs dressés face à eux et du rêve à saisir. Ce de façon salutaire quand on voit le genre dominant qu’est devenu le hip-hop et sa culture aujourd’hui, majoritairement vidée de sa substance pour répondre à une fonction publicitaire. Probablement ironique aussi quand on sait que la série n’aurait pas vu le jour sans cet essor phénoménal.

Bien sûr, le hip-hop n’est pas le seul sujet que la série traite puisque The Get Down tire sur plusieurs fils de son contexte historique. Le glissement de l’art vers sa marchandisation, la discrimination positive, l’identité afro-américaine, la drogue, l’idéologie de la street culture sont autant de clés de lecture d’une série chorale qui passe avec fluidité d’un sujet à l’autre. Nourrissant ainsi la richesse et la densité des personnages et des thèmes abordés depuis l’épisode pilote.

Les réelles imprécisions historiques et les anachronismes ne pèsent donc pas bien lourd dans une série qui n’a jamais (malgré son utilisation d’archives) la prétention de documenter l’époque avec exactitude mais bien d’en offrir un instantané subjectif et luxueux.

Cette deuxième partie opère d’ailleurs, pour son propre bien, quelques ajustements d’intrigue, délaissant notamment l’aspect politique pour se concentrer sur les storylines de chacun. On pourrait s’en émouvoir mais la densité de la narration est toujours au rendez-vous. The Get Down embrasse totalement son lyrisme, son romantisme et sa vision fantasmée de cette ère musicale pour construire un vrai crescendo émotionnel et narratif. Ce avec des enjeux solides et un nombre hallucinant de scènes qui restent en tête (mettant souvent en scène Mylene). Vous ne verrez pas passer ces cinq nouveaux épisodes à la force de divertissement brut.

Conçue en précipité pop des années 1970, The Get Down continue d’agencer ses références, piochant quantité d’idées dans la comédie musicale (ce qu’est fondamentalement le show), les comics, le cartoon, les films de kung-fu,…. En cela, elle recréé un espace de jeu en adéquation avec le travail cinématographique de Baz Luhrmann. Une rêverie sous multiples influences que la riche et colorée direction artistique soutient. Rappelons d’ailleurs que The Get Down est la série la plus chère de Netflix avec 120 millions de dollars au compteur. On ne peut que prier d’autres shows de faire la même chose tant le résultat est payant, palpable et passionnant pour qui sonde la pop-culture.

Nombre de spectateurs avaient pu être désarçonnés par la réalisation du pilote de la série, qui portait complètement la marque de son auteur. Un style volontairement excessif qui mêlait dans un montage rapide et très chargé images d’archives (vraies ou fausses) et fiction s’entrechoquant et se complétant. Fidèle à cette charte, la série continuait sur cette lancée tout en calmant un peu le jeu pour atteindre un vrai rythme de croisière. Rien à dire sur cette partie 2 qui bénéficie d’une réalisation parfaite, mêlant et alternant avec maestria les intrigues dans un éclectique défilé de tons, de styles et de rythmes.

Une idée cependant pourra diviser, non pas sur son concept qui est génial mais sur sa réalisation…

Absent de la première saison, cet ajout consiste en l’insertion de multiples passages animés, diégétiquement créés par Dizee. Ces inserts complétant ou surlignant l’histoire, la ré-haussant notamment d’un délire super-héroïque. Ne nous le cachons pas, ils aident aussi à raconter certains événements plus remuants et, probablement, non filmés par manque de temps, de moyens ou de budget. Or, s’il trace un parallèle amusant avec les cartoons The Jackson Five et The Harlem Globe Trotters, l’animation en mode webflash peine à convaincre. Sous-animé, trop lisse, trop propre, sans aspérités, la concrétisation de l’idée n’est pas à la hauteur.

Comment ne pas finir de parler de The Get Down sans parler de sa musique phénoménale et omniprésente qui compile standards de l’époque et créations inédites. Si les reprises sont toujours à propos et offrent de grands moments, c’est bien évidemment le neuf qui emporte ici le morceau. Fidèle à son credo dans le domaine, Baz Luhrmann applique la même démarche qu’à Gatsby Le Magnifique et Moulin Rouge ! : faire résonner le passé en écho par l’utilisation de la musique contemporaine.

Anachronique certes (qui s’en fout ?) mais brillant également dans son interpénétration des époques notamment le Rihannesque Toy Box. Car au-delà des moments jouissifs offerts, cette démarche est toujours vectrice d’un sens nouveau et d’un propos évident. Quand elle n’impose tout simplement pas un nouveau rythme passionnant au montage et à l’alternance des intrigues.

Pas d’infos réelles pour une éventuelle saison 2 (saison 3, bref vous saisissez…) si ce n’est que Luhrmann, éreinté par dix ans de travail dessus, tente de passer la main. Si on se réjouirait de voir une suite à la série la plus feel good des dernières années, la fin de cette seconde partie marque déjà un terme en soit. Bouleversante, ample, porteuse d’espoir comme de doutes, l’ultime scène du dernier épisode finit de nous arracher des larmes au son du magnifique The Other Side. C’est suffisamment rare pour être noté.

Bref, The Get Down est bien un chef d’oeuvre et on vous invite chaudement à céder aux sirènes du Bronx.

The Get Down, Saison 1, Partie 2 : Fiche Technique

Création : Baz Luhrmann, Stephen Adly Guirgis
Scénario : Seth Zvi Rosenfeld, Sam Bromell, Stephen Adly Guirguis, Nelson George, Aaron Rahsaan Thomas, Jacqui Rivera.
Réalisation : Ed Bianchi (8-10-11), Lawrence Trilling (7), Clark Johnson (9)
Interprétation : Justice Smith, Shameik Moore, Herizen F. Guardiola, Skylan Brooks, Tremaine Brown Jr., Yahya Abdul-Mateen II,Jimmy Smits…
Genre : Dramatique, Musical
Société de production : Bazmark Films
Format : 5 épisodes de 50 minutes (80 minutes dans le cas unique de l’épisode final)
Chaîne d’origine : Netflix
Diffusion à partir du : 7 avril 2017

États-Unis – 2017

Auteur : Adrien Beltoise