Revenue sur nos écrans un peu plus tard que d’habitude, Homeland a pris son temps et ça a payé. La série revient avec une saison 6 différente, plus intime et surtout plus pessimiste, en total accord avec l’actualité.
La menace intérieure
Cette année, Homeland, la série à suspense, reine du cliffhanger et de l’action, commence étonnement sobrement. Si les premiers épisodes paraissent laborieux et un peu lents, ils servent à poser les bases de cette sixième saison. Une nouvelle saison en slow burner qui instaure progressivement ce climat de paranoïa et de malaise qui va persister jusqu’à la fin. Se détachant, au début du moins, du thriller, la saison 6 d’Homeland ressemble plus à un drame, se focalisant sur ses personnages.
Si Claire Danes n’avait plus rien à prouver quant à sa qualité d’actrice, elle arrive encore à nous surprendre avec sa prestation, cette fois tout en retenue, montrant Carrie sous un nouveau jour. Habitué à la voir à travers sa bipolarité et ses troubles psychologiques, on lui découvre une nouvelle facette. Grandie, Carrie prend son rôle de mère très à cœur, et la saison se concentre surtout sur sa relation avec sa jeune fille, Frannie, qu’elle avait eu avec Brody. Carrie n’est pas la seule à avoir changé, Quinn aussi, revenu d’entre les morts, n’a plus rien à voir avec l’agent de la CIA mutique et imprévisible qu’il était auparavant. Souffrant du syndrome post traumatique et étant physiquement handicapé suite aux évènements de la saison 5, Quinn est méconnaissable. Si son personnage souffre de quelques lourdeurs en début de saison, il gagne par la suite en subtilité et en profondeur. Un personnage tout en souffrance qui crève l’écran grâce à la sublime performance de son interprète, Rupert Friend. Cette nouvelle saison est plus dans le drame psychologique donc, mais Homeland nous prouve encore une fois qu’elle peut se la jouer 24 heures chrono quand elle le souhaite et réussit alors à équilibrer avec justesse drame et suspense.
Le rythme allant crescendo, l’intrigue commence par prendre son temps avant de s’accélérer jusqu’au choc du dernier épisode, un twist final qui donne au spectateur l’envie de voir la suite, un regain d’enthousiasme qui a parfois manqué à Homeland par le passé. Cette saison 6 signe clairement un basculement dans la série, on sent le dernier chapitre se dessiner (Homeland est supposée s’arrêter à la fin de sa huitième saison). Une fin qui revient pourtant aux sources, à l’époque où la menace venait de l’intérieur. Ici elle se situe bien aux États-Unis et elle assaille Carrie de tous les côtés. La saison 6 est d’ailleurs probablement la saison la plus dans l’actualité. L’intrigue prenant place après les élections, juste avant que la présidente élue prenne officiellement le pouvoir, on aurait pu croire qu’Homeland avait raté le coche, en s’imaginant trop vite la victoire d’Hillary Clinton. Pourtant l’évolution de la Présidente élue, sa décente vers la paranoïa et son goût pour le pouvoir dont elle finira vite par abuser, fait rapidement écho à la situation américaine actuelle. Si on regrette que l’histoire de Sekou Bah avec l’affaire de la propagande terroriste et de son procès n’ait pas été traitée plus en profondeur, Homeland a su débattre intelligemment tout au long de la saison du sujet des fake news et de la manipulation d’opinion ainsi que des relations politiques au sein même du pays (on pense surtout au conflit entre la Présidente élue et la CIA).
Homeland saison 6 : Bande-annonce
Synopsis : Carrie est retournée aux États-Unis, où elle travaille désormais dans un cabinet d’avocats spécialisé dans les cas abusifs contre les citoyens américains musulmans. Elle s’occupe également de Quinn, encore en rééducation. Elizabeth Keane se prépare à prendre le poste de Présidente, affichant des idées pacifistes et anti-militaristes qui inquiètent Saul et Dar Adal.
Homeland saison 6 : Fiche Technique
Créateurs : Alex Gansa, Gideon Raff, Howard Gordon
Scénariste : Alex Gansa, Chip Johannessen, Ron Nyswaner, Ted Mann
Réalisateur : Keith Gordon, Lesli Linka Glatter
Compositeur : Sean Callery
Interprétation : Claire Danes (Carrie), Mandy Patinkin (Saul), Rupert Friend (Peter Quinn), Elizabeth Marvel (Elizabeth Keane), F. Murray Abraham (Dar Adal), J. Mallory McCree (Sekou Bah) ….
Directeur artistique : Toni Barton, Matthew Munn
Producteurs : Barbara Hall, Howard Gordon, Alex Gansa, Gideon Raff, Damian Lewis, Avi Nir, Ron Telem
Société de production : Showtime Networks Inc., Keshet Broadcasting Ltd., Fox 21
Distribution : Showtime
Format : 10 x 42 min
Genre : thriller, drame
ÉTATS-UNIS – 2017
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Il y a déjà 6 ans commençait Girls, une comédie à l’humour cynique allenien. La créatrice, Lena Dunham, se voulait la voix d’une génération, celle de quatre femmes (filles) dans cette période bâtarde entre adolescence et âge adulte. La série, mettant en scène une bande de filles, plus enfants qu’adultes, égocentriques et immatures, a été beaucoup critiquée, on lui reprochait notamment son nombrilisme. C’est pourtant dans ces personnages bourrés de défauts que se trouve l’essence même de la série. Girls n’a jamais eu pour ambition de nous offrir ce que nous voulions voir, elle a toujours montré les choses telles qu’elles étaient, sans glamour. Dépeignant une partie de cette génération Y, paumée et lâchée dans un monde qu’elle pensait différent et pour lequel elle n’était pas préparée. Une génération en constante désillusion.
Les personnages ne sont pas forcément appréciables, ils sont même parfois détestables. Encore une fois, Lena Dunham choisit de montrer ces filles telles qu’elles sont, sans les idéaliser. Et ça passe aussi par leur corps. A l’instar de Sex and the City qui, plusieurs années auparavant, libérait les femmes sur le plan sexuel, Girls libère leurs corps. Hannah (Lena Dunham), très à l’aise dans son corps, l’exhibe à l’écran, trainant sans cesse dans son appartement seulement vêtue d’un string. Loin du canon de beauté de l’entertainment hollywoodien, Hannah ne cache pourtant pas sa petite poitrine, ses bourlets et encore moins sa cellulite ou son sexe non épilé. Son corps fait partie intégrante de la série, et nous finissons par le connaître par cœur. Nous l’avons vu sous tous les angles, il se contorsionne dans des positions invraisemblables lorsqu’elle cherche de l’inspiration pour écrire ou bien lors de ses ébats avec ses amants. Si Hannah n’a jamais vraiment eu de problème avec son corps, il est difficile pour le spectateur, peu habitué à voir ce type de corps à l’écran, d’accepter la morphologie d’Hannah. Montrant un corps de femme sans gommer ses défauts ou des scènes de sexe parfois gênantes, jamais glamour, la série de Lena Dunham provoque, interpelle mais surtout réinvente l’image de la femme. Nous invitant à nous habituer à des corps aussi divers que celui de Marnie, presque maigre et athlétique ou celui de Jessa, aux courbes sensuelles; Girls a ouvert la voie à des séries comme
Dans le premier épisode de cette saison 6, Hannah rencontre Paul-Louis (joué par
Avec un casting juvénile venait la promesse d’une adaptation pêchue et originale du film de 2000, mais le show peine dès son premier épisode à se distancier du matériaux de départ et on ne peut alors s’empêcher de comparer les deux. Le Snatch de Guy Ritchie était une sorte de puzzle, un Pulp Fiction à l’anglaise avec Brad Pitt en gitan à peine compréhensible et un rythme fluide et dynamique. Tentant de reproduire la même identité visuelle, la série Snatch peine à se faire sa propre signature et éreinte par son montage poussif et surfait qui caricature le style de Ritchie. La patte, le style, du cinéaste anglais est ici exacerbé mais surtout mal exécuté et la réalisation ne cesse alors de nous sortir hors de l’intrigue.
Le bon point qu’on retient de ce pilote est le casting féminin, totalement absent dans le film original. Entre Lotti qui cherche à échapper à son petit ami Sonny Castillo (joué par Ed Westwick) et la mystérieuse Chloé, les personnages féminins attirent notre attention. Mais cela ne suffit pas à rattraper le reste du casting qui, bien que prometteur, n’est pas à la hauteur de nos attentes. Les acteurs, loin d’être mauvais (on se souvient de la très bonne prestation de Luke Pasqualino dans Skins) restent cependant en surface, et leurs personnages manquent alors terriblement de profondeur. Probablement dû à une écriture caricaturale qui nous donne à voir des personnages peu convaincants et surtout peu originaux. Si leurs caractères se développeront peut-être par la suite ils n’arrivent cependant pas, le temps du pilote, à nous convaincre d’aller plus loin.

En conséquence, les scénaristes auront la bonne idée de créer une forme de reboot pour la seconde saison, qui remplace la case horaire de
Plus d’humour, meilleures storylines, personnages mieux développés, de telle manière que finalement c’est Margot (interprétée par Sonya Walger) qui vole complètement la vedette à l’actrice phare de The Catch.
Malheureusement, ce reboot, justifié et nécessaire, n’aura pas suffit à maintenir l’intérêt des spectateurs.
Ce serait plutôt l’agacement qui serait le maître-mot de l’ambiance familiale, entre une matriarche vaguement totalitaire dans une société pourtant très patriarcale, un père de famille affublé d’un groupe d’amis envahissants, des enfants indolents. Et, au centre, la mère, Manana, la référence matricielle sollicitée par tous, invectivée, questionnée, harcelée même un soir d’anniversaire où elle n’avait qu’une envie, celle d’être seule ; certainement aimée de tous mais considérée par personne.
Le vrai propos du film n’est donc pas ce portrait social. Il est centré sur Manana, qui est de tous les plans. Sans qu’on ne sache pourquoi, et sans que vraisemblablement elle-même ne sache, Manana décide un jour de quitter sa famille, et de la quitter pour de bon. Elle n’est ni heureuse, ni malheureuse : son mari est attentionné, « ne boit pas trop » comme dit Lamara sa mère, une expression qui en dit long sur l’unité de mesure du bonheur. Le sujet est donc Manana, et la mise en scène par empilement de petites scènes de sa vie quotidienne permet de la découvrir, telle une véritable sculpture cinématographique qui prend forme sous les yeux du spectateur subjugué par le mal-être qui émane d’elle. La tension intérieure de la protagoniste est palpable, et son départ est un soulagement pour ce dernier.
Il est doux de suivre l’éclosion de cette femme d’un âge déjà mûr et pourtant semblant à la découverte ou plutôt à la redécouverte de la vie, surtout celle de petits plaisirs et bonheurs perdus de vue depuis tellement longtemps : dîner d’une part de gâteau ou au contraire se faire à manger pour soi toute seule, lire un livre ou écouter sa musique préférée, rire et s’enivrer de retrouvailles amicales. L ‘écriture de Nana Ekvtimishvili est précise, et parle d’un vécu que des femmes géorgiennes et d’ailleurs, de la génération de sa propre mère, ont expérimenté. Il est émouvant de voir Manana un peu gauche dans le rôle d’une timide séductrice lors d’un dîner en tête à tête chez elle…chez elle enfin… Une Famille heureuse montre; si besoin est, combien le fracas est inutile au cinéma, et que les émotions les plus sincères arrivent par surprise, presque par effraction, au détour d’une mèche qui s’échappe d’une coiffure, d’une botte de fines herbes achetée au marché, d’une robe fleurie, de tous ces détails significatifs qu’une caractérisation riche et précise des personnages peut amener.
Tout commence pourtant très bien. La scène d’ouverture confrontant l’androïde David et son créature est un pur plaisir esthétique soulignant le talent pictural de Ridley Scott. La première partie du film sera à cette image, enchaînant de très beaux tableaux à la fois à l’intérieur du vaisseau ou à l’arrivée de l’équipage sur la mystérieuse planète. Ridley Scott applique encore et toujours un grand soin à la composition de ces plans, replaçant le réalisateur comme peintre d’une grande fresque de science-fiction. Le génie de sa mise en scène s’arrêtera là. A travers sa caméra, Ridley Scott n’arrive plus à instaurer une peur face au spectateur et peine à créer une sensation d’urgence lors des séquences d’action. La patte scotienne s’efface derrière un traitement de studio extrêmement classique. En somme, le film ne fait pas peur. Un comble pour une saga qui s’est fondée sur la terreur des spectateurs que personne ne peut entendre crier.
4 ans, premier amour, c’est aussi une histoire intergénérationnelle. La relation parent/enfant y est particulièrement présente. La crédulité de la mère d’Alex face à l’évolution de ce dernier est un passage nécessaire. En effet, elle permet de rendre compte du fossé entre ces deux générations : l’une dans l’ignorance et l’autre dans la découverte de l’inconnu. Mais ce passage est-il inéluctable ? Andrei Zaitsev semble avoir voulu insister dans ce film, sur le manque de communication qui existe durant cette période qu’est l’adolescence. Une thématique particulièrement touchante et traitée avec une grande simplicité.
A peine remis de l’échec cuisant de La Tour 2 Contrôle Infernale, Eric Judor repasse derrière la caméra et imagine une autre comédie aux antipodes de la crétinerie déraisonnée qui le fit connaitre il y a déjà plus de vingt ans. Son choix de s’attaquer à un phénomène de société semble même entériner cet effort de maturité qu’il avait entrepris dans l’écriture autofictionnelle de sa série Platane. Le sujet en question est celui des zadistes, ces militants écolo et anticapitalistes qui squattent des zones de construction controversés. Pour cela, il s’imagine dans le rôle d’un bobo parisien dont on partage le point de vue pour découvrir la radicalité de ces rebelles. Grâce à une écriture où chaque personnage mène sa caricature à son paroxysme et où chaque dialogue est pensé comme une bonne vanne, cette introduction aux convictions et aux pratiques des personnages est tout simplement hilarante. Comme à son habitude, Blanche Gardin (également co-scénariste du film) est parfaite dans son interprétation mêlant ingénuité et exubérance. Parmi les pistes prises par ce début de scénario, on pourra regretter ce qu’implique la sous-intrigue à la Lolita consécutive au fait d’avoir donné 16 ans à l’aguichante bécasse de service. Hormis ce léger détail vainement politiquement incorrect, la première partie du film se déroule de façon assez classique mais offre des répliques croustillantes.
d’autre choix que de créer leurs propres règles. Ce nouveau point de départ permet au réalisateur humoriste de débuter toute une série de situations, parfois ubuesques mais qui font à chaque fois sens, autour de la difficulté de s’organiser de façon collective et en particulier entre personnes qui n’ont comme point commun que le rejet des normes. L’hypocrisie et les contradictions de leurs beaux discours se révèlent flagrantes quand les injustices autrefois farouchement dénoncées deviennent à présent admises et que les conflits internes prennent le pas sur les efforts de vivre-ensemble. Ces excellentes intentions à la portée hautement philosophiques se heurteront toutefois à certaines divagations et incohérences propres à l’esprit exubérant d’Eric Judor et surtout au fait qu’il ne sache pas comment conclure son film.
Deux oppositions se malmènent jusqu’à ce que l’une intente un procès pour diffamation à l’autre. La rationnelle Rachel Weisz pour qui l’empathie est directe, professeure impliquée en études juives (
Malgré une photographie satinée, jouant sur les intérieurs chaleureux, d’autres efforts sont trop visibles. La Cour d’assises est baignée d’une lumière claire quasi-divine magnifiant le tableau et des stéréotypes d’écriture viennent polluer la mise en scène qui n’a rien de réellement originale. Citons le rôle des journalistes tantôt hyènes tantôt fascinateurs qui sont relayés sur le banc des interrogations (scène de la conférence de presse finale), ou encore la prise de parole introductive de Rachel Weisz (il faut admettre qu’il est difficile de lui accoler un autre nom tant l’actrice transpire l’Actor Studio, mais ce n’est pas un reproche) en amphi devant des étudiants avant d’être alpaguée par Timothy Spall, le meeting en salle de réunion des avocats très « 
