Passage au long métrage réussi pour Gustavo Rondón Córdova qui dresse un tableau âpre du Venezuela à travers la fugue d’un père et de son fils, menacé de mort, dans les rues de Caracas.
Synopsis : Pedro, 12 ans, erre avec ses amis dans les rues violentes d’une banlieue ouvrière de Caracas. Quand il blesse gravement un garçon du quartier lors d’un jeu de confrontation, son père, Andrés, le force à prendre la fuite avec lui pour se cacher. Andrés découvre son incapacité à contrôler son fils adolescent mais cette nouvelle situation rapprochera père et fils comme jamais auparavant.
Le vénézuélien Gustavo Rondón Córdova jouit déjà d’une certaine notoriété internationale puisqu’il avait été repéré à la Berlinale en 2012 avec son cinquième court métrage, Nostalgia. Avec La familia, il réalise son premier long métrage et évoque la difficulté des relations familiales dans un pays qui fascine autant qu’il répulse par sa dangerosité. A l’instar de cette chasse à l’homme, il apparaît évident que la vie quotidienne semble être une épreuve de survie tant la violence s’est accaparée des rues et des favelas du pays. Caracas est une capitale qui comporte logiquement une hiérarchie des classes sociales où les plus riches vivent sur le dos des plus pauvres, qui n’ont donc que la violence pour tenter d’exister. En l’absence des parents constamment retenus au travail pour tenter de subvenir à leurs vies, les enfants délaissés s’abandonnent à une fureur banale, ce qui apporte une dimension attraction/répulsion du pays assez intéressante dans son approche. Gustavo Rondón Córdova porte un regard troublant au sein de la sphère intime d’une relation entre un père et son fils, l’un tentant tout pour le protéger alors que l’autre est propulsé crûment dans l’âge adulte. Au delà d’un échappatoire pour leur survie, cette situation va les amener à se retrouver et à s’entendre. Le père sera un professeur pour son fils qui lui apprendra à être débrouillard et bricoleur pour s’en sortir dans la vie, en tentant de l’éloigner des groupes corrompus par la criminalité. Ce travail sur soi pour les deux hommes sera alors le point de départ pour une nouvelle vie et un nouveau foyer, loin de toute cette cruauté gratuite. Autant dans sa mise en scène que dans sa narration, La familia n’entend pas révolutionner le cinéma et se repose sur des facilités scénaristiques préétablies. Mais ce premier long métrage a pour mérite de montrer le reflet d’un pays qui tente de se sortir de son climat brutal. Avec son approche juste et humaine d’une relation père/fils, La familia est un film qui saisit l’essence du climat fiévreux qui règne au Venezuela. Un coup d’essai réussi.
[SEMAINE DE LA CRITIQUE] La familia
Un film de Gustavo Rondón Córdova
Avec Giovanny García, Reggie Reyes
Distributeur : /
Durée : 1h32
Genre : Drame
Date de sortie : /
Premier film slovaque présenté dans la sélection Un Certain Regard, Out de György Kristóf est un premier essai attachant mais loin de marquer les esprits.
Synopsis : Après avoir perdu son travail dans une centrale électrique d’un petit village slovaque, Agoston, un homme de 50 ans, cherche à se rendre en Lettonie pour devenir soudeur dans un chantier naval. Au fil des rencontres, ce voyage lui permettra de changer de philosophie de vie et de tout faire pour réaliser son rêve : pêcher un gros poisson de mer…
Out est le film des premières fois. D’un côté, il s’agit du premier long métrage de György Kristóf et de l’autre de la première sélection à Un Certain Regard d’un film co-produit par la Slovaquie. Avec ce film de fin d’études à l’Académie du Film de Prague, le cinéaste hongrois d’origine slovaque a tenu raconter une partie de sa vie à travers le personnage d’un quinquagénaire, obligé de quitter son pays pour aller en Lettonie trouver du travail. Mûrissant le rêve de pêcher un gros poisson, il va être pris dans un engrenage qui lui fera découvrir le folklore letton et l’amener à redécouvrir une part de soi-même. Pour ses débuts, le réalisateur György Kristóf a tenu à évoquer son propre parcours, des difficultés et des rencontres, du moment où il a dû quitter son foyer jusqu’à l’atteinte de son rêve. Dans son périple, il sera amené à faire des rencontres éphémères mais toujours marquantes. Ce qui est touchant dans cette succession d’interactions est le jeu juste et émouvant de l’acteur Sandor Terhes qui parvient à être attachant en quelques sourires malicieux. On notera la beauté de nombreux plans notamment lorsque la caméra est embarquée à bord d’un bateau de pêche. Tout ceci est charmant, mais ne va pas plus loin que son postulat de départ, qui pêche par un déséquilibre des tons (tantôt dramatique, tantôt absurde, tantôt romantique sans jamais vraiment savoir où se situer) et le dénouement est d’une simplicité académique. Si Out ne transcendera pas les foules, on peut tout de même garder un œil sur ce cinéaste qui va évidemment profiter de cette exposition médiatique pour se lancer dans un nouveau projet, en espérant qu’il soit plus abouti.
[UN CERTAIN REGARD] Out
Un film de György Kristóf
Avec Sandor Terhes, Judit Bárdos, Ieva Aleksandrova
Distributeur : Arizona Distribution
Durée : 1h28
Genre : Drame
Date de sortie : Prochainement
Présenté en séance de minuit, The Villainess s’impose comme un grand huit cinématographique, jubilatoire et surexcité qui crie son amour de Kill Bill à Old Boy en passant par Hardcore Henry.
Synopsis : Depuis l’enfance, Sook-hee a été entraînée pour devenir une tueuse sans pitié. Lorsque Madame Kwon, chef du Service des renseignements sud-coréen, l’engage comme agent dormant, elle lui offre une seconde chance. “Donne-nous dix ans de ta vie, tu auras la liberté.” Sa nouvelle identité est Chae Yeon-soo, 27 ans, actrice de théâtre. Avec la promesse d’une liberté complète en échange de servir son pays pendant 10 ans, Sook-hee commence une nouvelle vie. Pour cette femme qui a vécu comme tueuse, mener une existence normale n’est pas une tâche facile. Mais quand deux hommes entrent dans sa vie, les secrets de son passé sont dévoilés.
La caméra s’avance, une porte s’ouvre et des dizaines d’ennemis sont face à elle. Le regard est en caméra subjective, un figurant se fait exploser la cage thoracique au pistolet et c’est le début d’une séquence impressionnante de cinq minutes où le cadre prend le regard de ce tueur hors-norme, en l’occurrence d’une tueuse. Les amoureux du cinéma coréen verront dans cette introduction le penchant à la première personne de la fameuse scène du couloir de Old Boy de Park Chan-Wook. Le réalisateur casse alors toutes les règles du cinéma d’action et s’adapte à toutes les formes de médium actuel, du cinéma de faux plan-séquence au jeu vidéo en passant par la réalité virtuelle. The Villainess est prétentieux dans sa manière de dire qu’il est sans égal (vous avez vraiment oublié Hardcore Henry ?) mais il faut reconnaître que son approche des genres et des techniques bouleverse les conventions et permet de dynamiser un cinéma d’action coréen qui n’a pas son pareil pour nous réjouir. Le nouveau long métrage de Byung-gil Jung (Confession of Murder) mélange les genres pour tenter de combler au maximum les attentes de tous les publics. Du film d’action décomplexé, The Villainess se mue progressivement en film d’espionnage sur fond de comédie romantique avant de revenir à des séquences survitaminées dans un final dingue et sanglant, avec pour fil conducteur Kill Bill en ligne de mire. Car il faut indéniablement reconnaître que le réalisateur Byung-gil Jung est un amoureux du cinéma d’action, dont l’inspiration scénaristique est à trouver du côté du diptyque Kill Bill de Quentin Tarantino et de Old Boy. Les séquences à la première personne parleront aux cinéphiles amateurs de jeux vidéos qui auront vu Hardcore Henry de Ilya Naishuller, l’an passé. Les plus pointilleux sauront de quoi parlent le cinéaste coréen lorsqu’il évoque des influences hongkongaises comme Swordsman et Le Sens du devoir. On en regretterait que The Villainess n’ait pas droit un jour à une adaptation vidéoludique.
Si le film a du cœur et de l’énergie à revendre, il faut indéniablement reconnaître qu’il se traîne une intrigue au diapason portée par des personnages caricaturaux, manquant cruellement d’empathie, et dont l’affiliation avec le film de Quentin Tarantino porté par Uma Thurman ne semble même pas voilée. Les scènes à l’eau de rose détruisent les bonnes intentions de départ pour s’enfoncer inutilement dans une sous-intrigue amoureuse qui ne fait qu’allonger considérablement le récit. Pour un film qui souhaite revendiquer l’indépendance et la force des personnages féminins, on ne peut que soupirer face au comportement cruche de l’héroïne qui agit comme une adolescente de quatorze ans face à un nouvel aspirant. Pas étonnant alors d’apprendre de la bouche même du cinéaste que le scénario du film a été écrit en deux semaine, pour un an de tournage. Mais même dans cette avalanche de niaiserie, le film semble assumer ce second degré (ou du moins s’en contente) avant de revenir aux scènes d’action, l’atout principal de The Villainess. Standing ovation lors de sa projection, The Villainess est un objet cinématographique pour les amoureux du cinéma décomplexé.Fort d’une maîtrise cinématographique audacieuse, le film a indéniablement la générosité d’un amoureux du cinéma d’action et possède la maîtrise d’une technique cinématographique incroyable. De là à dire qu’il renouvelle le genre du film d’action coréen, il y a là une affirmation exagérée et surestimée mais peu importe qu’il traite maladroitement son scénario, Byung-gil Jung a pour lui l’honneur d’avoir su réjouir les festivaliers de la Croisette et de faire de The Villainess un plaisir coupable ultime. Et en soi, c’est déjà beaucoup.
[HORS COMPÉTITION] The Villainess
Un film de Byung-gil Jung
Avec Kim Ok-vin, Shin Ha-Kyun, BANG Sung-Jun
Distributeur :
Durée : 129 mn
Genre : Action
Date de sortie :
Entre Ken Loach et Denis la Malice, Florida Project est un film malin dans le regard qu’il porte sur cette jeunesse délaissée dans une Amérique en pleine décadence. Sean Baker est décidément un cinéaste majeur de ce début de millénaire.
Synopsis : Moonee a 6 ans et un sacré caractère. Lâchée en toute liberté dans un motel de la banlieue de Disney World, elle y fait les 400 coups avec sa petite bande de gamins insolents. Ses incartades ne semblent pas trop inquiéter Halley, sa très jeune mère. En situation précaire comme tous les habitants du motel, celle-ci est en effet trop concentrée sur des plans plus ou moins honnêtes pour assurer leur quotidien…
Deux ans après avoir remporté le Grand Prix du Jury à Sundance avec son Tangerine entièrement filmé à l’Iphone, Sean Baker revient à la charge avec Florida Project, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs. Cette fois-ci, plus de prostituées transsexuelles, le degré d’identification est bien plus universel puisque le réalisateur choisit de filmer une bande de gamins de 6 ans. Vivant pour la plupart avec leurs mères dans la chambre d’un motel payé à la semaine, la vie de ces joyeux bambins est rythmée par les magouilles parentales pour leur trouver de quoi manger. Cette précarité financière influe inévitablement sur leur éducation, faisant d’eux des petits monstres prêts à toutes les crapuleries pour atteindre leur but, mais en même temps à ce point inconscients de la galère à laquelle ils sont confrontés qu’il est difficile de leur reprocher quoi que ce soit. Impossible de ne pas non plus voir dans le fait qu’ils vivent à quelques jets de pierre de Disney World, sans jamais pouvoir y aller, un symbole de ce rêve américain auquel ils n’ont pas accès, et alors -sans doute plus encore depuis notre position d’Européen- de vouloir les inciter à mettre le bazar pour faire savoir qu’ils existent.
La bonne idée de Sean Baker de braquer sa caméra sur Moonee, Scooty et Jancey, plutôt que sur les adultes et leurs difficultés respectives, lui permet de tirer profit de leur énergie juvénile pour bâtir un film à 300 à l’heure, toujours léger et faussement déconnecté de la gravité des réalités sociales en toile de fond. Que ce soit quand ils embêtent Bob, le rigoureux mais bienveillant responsable de l’hôtel joué par Willem Dafoe, ou quand ils font la manche devant le marchand de glaces, ou qu’ils jouent avec le feu, il est impossible d’en vouloir à ces gosses. Ne sont-ils pas après tout le fruit d’une civilisation sur le déclin ? Loin d’être nihiliste, Baker a su mettre un élément au demeurant grossier et caricatural mais finalement important dans son récit : la mère de Moonee, Halley. Celle-ci, parce qu’elle semble aussi immature que sa propre fille, se pose à nous selon le même principe que tout lui sera pardonné, mais quand bien même cela serait le cas de la part des spectateurs, ça ne le sera pas dans le monde cruel où elle vit, le nôtre. Ainsi, devenir adulte, c’est savoir assumer ses responsabilités, et tant pis si les premières victimes dans ces cas-là sont, justement, les enfants. Heureusement pour eux, il leur restera toujours le monde des rêves pour s’évader!
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[QUINZAINE DES RÉALISATEURS] Florida Project
Un film de Sean Baker
Avec : Willem Dafoe, Caleb Landry Jones, Macon Blair, Valeria Cotto, Bria Vinaite, Christopher Rivera
Distributeur : Le Pacte
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h55
Date de sortie : Prochainement
Très remarqué il y a deux ans grâce à son The Lobster, Yorgos Lanthimos revient à Cannes avec sa Mise à mort du cerf sacré ; une œuvre perturbante qui va jeter un coup de froid sur la Croisette.
Synopsis : Steven, un brillant chirurgien, prend sous son aile un adolescent. Ce dernier s’immisce progressivement au sein de sa famille et devient de plus en plus menaçant, jusqu’à conduire Steven à un impensable sacrifice.
Une photographie froide, des mouvements de caméra amples, une musique classique assez agressive, des acteurs peu expensifs… pas de doute, nous sommes dans l’univers éthéré du Grec Yorgos Lanthimos. Ce dispositif bien particulier apportait déjà une ambiance anxiogène à The Lobster, qui lui a valu une reconnaissance internationale. Et quand celui-ci est de plus mêlé à des effets propres au cinéma d’épouvante, tels que quelques jump-scares assez malins ou des effusions de sang brutales, alors il devient évident que le réalisateur nous a plongés dans un véritable cauchemar dont on ne ressortira pas complétement indemne. Ce cauchemar, c’est celui du personnage de Colin Farrell, un chirurgien dont on ne connaitra jamais le nom mais dont on découvre toute la famille, soit une femme et deux enfants, en proie aux caprices d’un gamin démoniaque. Une vie parfaite qui sombre dans l’horreur, c’est exactement ce que nous propose cette Mise à mort du cerf sacré. Un programme glaçant, dont l’émotion semble exclue… jusqu’à laisser de nombreux spectateurs sur le carreau.
Il faut dire que la direction d’acteurs est telle que les personnages semblent rigides et donc difficiles de prendre en empathie, et qu’il faut attendre que l’irréparable se réalise pour saisir l’amour qui les unit. Perturbant. Ce qui a sans doute gêné davantage encore le public c’est le caractère irrationnel des évènements. L’horreur qui s’immisce dans cette maison a beau avoir un visage, son mode opératoire reste et restera un mystère, le rendant plus énigmatique et dangereux encore. Ce visage c’est celui du jeune Barry Keoghan, que l’on a déjà vu dans À ceux qui nous ont offensés et bientôt Dunkerque, une trogne que l’on n’est pas prêt d’oublier pour peu que l’on veuille bien se laisser prendre au jeu tendu par Lanthimos. En effet, le face-à-face entre ce gamin et ce père de famille ne laissera personne indifférent, mais encore faut-il être prêt à sortir de son petit confort de spectateur et de ses certitudes convenues pour l’apprécier à sa juste valeur.
Peut-être le jury cannois sera t-il tombé dans ce redoutable piège. Si c’est le cas, il y a fort à parier que sa mise en scène soit récompensée. Si en revanche, les jurés sont restés extérieurs à cet étrange thriller psychologique, alors Mise à mort du cerf sacré repartira bredouille. C’est le pari risqué de Lanthimos : jouer sur les sens et les phobies intimes, au risque de ne pas atteindre tout le monde. Et vous, serez-vous prêts à tenter l’expérience ?
[Compétition officielle] Mise à mort du cerf sacré (The Killing of a Sacred Deer)
Réalisation : Yorgos Lanthimos
Avec : Nicole Kidman, Colin Farrell, Alicia Silverstone, Raffey Cassidy, Bill Camp, Barry Keoghan…
Durée : 121 minutes
Distributeur : Haut et Court
Date de sortie : 1er novembre 2017
Ultra-attendu, Happy End partait comme le favori à la Palme d’Or de cette 70ème édition du Festival de Cannes. Or, en restant focalisé sur un monde bourgeois à l’agonie, Michael Haneke en oublie malheureusement de conserver la part d’émotions qui émanaient de ses précédents films.
Synopsis : « Tout autour le Monde et nous au milieu, aveugles. » Instantané d’une famille bourgeoise européenne.
Habitué de la Croisette où il a obtenu deux Palme d’Or par le passé (Le Ruban Blanc en 2009 puis Amour en 2012), Michael Haneke partait déjà en favori de la compétition alors même qu’on ne savait pas grand chose de l’intrigue, tout juste qu’elle prenait place dans une famille bourgeoise au Nord de la France, frappé par la crise des migrants. Le cinéaste autrichien pouvait compter sur les habitués de ses précédents films, à savoir la muse Isabelle Huppert et le patriarche Jean-Louis Trintignant. Il fallait rajouter à cela l’arrivée de Matthieu Kassovitz, en pleine explosion médiatique avec Le Bureau des Légendes (dont la saison 3 commence aujourd’hui sur Canal +), et d’une plus-value internationale en la personne du charismatique Toby Jones. L’ouverture de Happy End se fait par le prisme d’un format contemporain. Il s’agit d’une vidéo enregistrée sur le téléphone de la jeune héroïne. Froide et figée, la séquence dure jusqu’au drame et nous explique grossièrement le point de départ de la crise qui va frapper une famille bourgeoise actuelle. A cet instant, une première interrogation s’impose : Pourquoi démarrer le récit ainsi ? Serait-ce là une façon de dire que le cinéma a changé ? Que les technologies ont changé notre rapport à l’image, à l’heure où l’on s’écharpe sur la présence de Netflix à Cannes et où les Facebook Live pullulent nos fils d’actualité, quitte à être morbides ? Difficile de trop savoir où Michael Haneke souhaite en venir tout comme à la fin du générique, on se demande encore ce que le cinéaste autrichien a bien voulu raconter.
Bien moins anxiogène que le reste de sa filmographie, Happy End n’en reste pas moins un film froid et calculateur qui apparaît comme la somme des thématiques propres au cinéaste, soit l’éclatement d’une famille aisée et la fin de vie. Le synopsis évoque « le Monde » – référence aux migrants débarqués – mais ils seront à peine visibles à l’écran. Le rapport entre migrants et bourgeois semble moins intéresser Michael Haneke que la réaction d’une élite en proie aux bouleversements du monde. Et ce n’est pas tant l’humour noir manié maladroitement qui va satisfaire les amateurs du cinéaste autrichien qui peine à renouveler les intentions de son cinéma. Habitué au perfectionnisme, des cadres aux décors en passant évidemment par la direction d’acteurs, Happy End dégage une certaine lassitude de la part du cinéaste qui semble avoir expédier son film pour le présenter à temps lors du soixante-dixième anniversaire du Festival de Cannes. Pourtant, il serait faux de croire qu’Happy End ne vaut pas le coup d’œil. Si le réalisateur manque d’inspiration, il arrive néanmoins à nous tenir en haleine devant le destin tragique qui attend cette famille. L’ensemble du casting est toujours dirigé de main de maître et leurs interactions à l’écran permettent d’étayer avec finesse les rapports entre personnages. Signalons tout de même que Michael Haneke a tenté une connexion avec son précédent film, et dont on vous laisse l’entière surprise.
Moins dérangeant et provocateur qu’à l’accoutumée, Happy End est une fable épurée de toute émotion qui dresse le portrait récurrent mais toujours habile de la classe bourgeoise à l’agonie. Un Haneke mineur donc qui ne devrait vraisemblablement pas figurer au palmarès. On notera tout de même la performance froide et incarnée de Jean-Louis Trintignant, qui avait mis un terme à sa retraite annoncée après Amour pour revenir une ultime fois sur un plateau de cinéma. Ainsi, et plus que le film lui-même, c’est Jean-Louis Trintignant qui vaut assurément le coup d’œil. Alors quoi de plus beau que d’offrir à cet immense acteur un adieu au cinéma événementiel avec cette « joyeuse fin ».
[COMPÉTITION OFFICIELLE] Happy end
Un film de Michael Haneke
Avec Jean-Louis Trintignant, Isabelle Huppert, Toby Jones, Mathieu Kassovitz
Distributeur : Les Films du Losange
Durée : 1h50
Genre : Drame
Date de sortie : 18 Octobre 2017
Réalisateur connu de tous aujourd’hui pour ses succès tant critiques que publics depuis plus de trente ans, Steven Spielberg a indubitablement influencé le monde du cinéma contemporain. Mais avant de débuter une carrière de réalisateur au cinéma, le cinéaste a fait ses premiers pas à la télévision.
En 1969, Steven Spielberg n’est âgé que de 23 ans mais c’est un jeune homme plein d’ambitions. Ayant déjà réalisé un court métrage du nom de Amblin en 1968 qui lui permettra d’obtenir un contrat avec Universal Studios. Il ne souhaite alors qu’une chose ; réaliser des longs métrages pour le cinéma. Malheureusement, il se rend assez vite compte que son ambition est rattrapée par son jeune âge et que pour pouvoir atteindre son objectif il va devoir faire ses preuves. Pour cela il va d’abord passer par la télévision en réalisant un segment de Night Gallery ou encore un épisode de The Name of The Game.
Ainsi, en 1971, on propose à Steven Spielberg de réaliser le premier épisode d’une future série culte : Columbo. Intitulé « Le Livre Témoin » (Murder by the Book), l’épisode d’une durée de 1h16min est écrit par Steven Bochco.
« Je voulais que l’épisode ressemble à un film d’un million de dollars. »
Steven Spielberg
L’histoire est celle de deux amis et écrivains, James Ferris et Ken Franklin, auteurs d’une série de romans policiers à grand succès. Mais, après des années de collaboration fructueuse, James Ferris décide de se séparer de Ken Franklin et d’écrire désormais seul. Ce que ce dernier n’accepte pas. Pour se venger, il décide de mettre en scène le meurtre de son ami.
Toutes les bases de la série sont ici déjà présentes, qu’il s’agisse de la structure narrative, du meurtrier faisant partie de la haute société ou encore de la caractérisation et de la tenue de l’inspecteur Columbo. Mais si cela est vrai pour la série, cela est aussi vrai pour Steven Spielberg. En effet, on retrouve durant cet épisode de nombreuses spécificités qui font son cinéma.
Pour montrer cela, intéressons nous à l’introduction de l’épisode et à la manière qu’à Steven Spielberg de la mettre en scène.
Dès le premier plan de l’épisode, on retrouve l’une des marques de fabrique du réalisateur : un plan long composé en plusieurs parties. Ici, ce plan est partagé en deux parties. Une première nous présente une voiture se dirigeant vers le bas du cadre. Puis au travers d’un dézoom et d’un travelling arrière une seconde partie nous montre un personnage en train de taper à une machine à écrire.
Arrive ensuite le second plan, à nouveau divisé en deux parties, la première sur la couverture d’un magazine nous fait comprendre que la personne tapant à la machine à écrire est un écrivain à succès qui fait équipe avec un autre écrivain. Ce qui est par ailleurs accentué par la seconde partie du plan, un dézoom de la couverture du magazine vers le visage du personnage en gros plan pour amplifier le sens et souligner définitivement au spectateur qu’il s’agit de la même personne.
Ensuite, avec un gros plan sur ce qui est tapé à la machine à écrire, quelques plans sur la voiture se garant en bas de l’immeuble, un plan sur une arme à feu qui est sortie d’une boite à gants et un plan sur un homme sortant de la voiture qui n’est autre que le collègue de l’écrivain, le jeune cinéaste met en route tous les rouages de l’action. Un écrivain qui travaille habituellement en duo écrit actuellement seul ce qui provoque la jalousie de son partenaire qui va tenter de le tuer.
Ainsi, en quelques plans, sans aucune parole, Steven Spielberg met ici en place les relations entre les personnages et tous les enjeux dramatiques de la scène d’introduction et même de l’épisode. Il va encore plus loin, en proposant une esthétique peu courante à l’époque à la télévision.
Premièrement, dans la continuité des deux pilotes de la série qui ont été diffusés en 1968 et en 1971, il ne tourne pas en studio mais en décors réels et même en extérieurs.
Secondement, il tourne des plans assez complexes qui demandent du temps de préparation et va même jusqu’à faire des plans larges, ce qui à l’époque est proscrit. Effectivement, comme les téléviseurs étaient assez petits, les réalisateurs de télévision privilégiaient les gros plans pour faciliter la visibilité et la compréhension de l’action. Mais ici, Steven Spielberg reprend les codes du cinéma et n’utilise les gros plans que pour souligner un élément dramatique important. C’est par exemple le cas quelques plans plus tard, lorsque l’on frappe à la porte de l’écrivain et que le réalisateur fait un gros plan sur le visage de celui-ci.
Ce qui permet également d’amener un autre élément, celui de la musique et du travail sur le son. Car depuis le début de l’épisode, il n’y a aucun son environnant ni aucune musique. Tout ce qui peut être entendu par le spectateur est le bruit accentué que fait l’écrivain en tapant sur la machine à écrire. Spielberg metle spectateur à la place de l’écrivain, concentré, détaché de son environnement et focalisé sur son travail. Mais ce bruit s’arrête lorsque l’on frappe à la porte et qu’on a le gros plan sur le visage de l’auteur. Par conséquent, ce cumul des effets de mise en scène de la part de Steven Spielberg, du gros plan et du son permet d’accroître pour le personnage et pour le spectateur l’impact émotionnel lorsque l’on frappe à la porte.
Par la suite, Steven Spielberg, comme Steven Bochco, le scénariste de l’épisode, s’amusent avec les codes du genre en les détournant. Il y a par exemple deux aperçus de cela durant la scène d’introduction.
Le premier lorsque l’écrivain ouvre la porte et découvre son ami qui le vise avec une arme à feu. En jouant intelligemment avec un changement de mise au point durant le plan pour qu’après avoir découvert le visage de Ken Franklin seule l’arme à feu soit visible en gros plan, le cinéaste fait en sorte que le spectateur, avec les références et les antécédents qu’il possède, s’attende à ce qu’un coup de feu soit tiré. Mais cela est désamorcé par le contre champ sur le personnage de l’auteur souriant et annonçant à son ami que son arme n’est pas chargée.
Le second aperçu de ce détournement a lieu lorsqu’après avoir convaincu l’auteur de venir avec lui en week-end dans sa maison de campagne et l’avoir amené jusqu’à sa voiture sur le parking, Ken Franklin, fait mine d’avoir oublié son briquet dans le bureau de son ami. Briquet qu’il avait dans la scène précédente volontairement et soigneusement déposé dans le bureau. Il remonte donc dans le bureau, renverse quelques objets et dépose une feuille dans un tiroir pour créer une fausse scène de crime puis se dirige vers la porte pour repartir. A cet instant, Steven Spielberg fait un gros plan sur le briquet grâce à un zoom pour faire comprendre au spectateur que l’erreur de Ken Franklin serait donc d’avoir oublié son briquet et que celui-ci serait la preuve qui permettrait au lieutenant Columbo de l’emprisonner. Mais une fois de plus ceci est finalement désamorcé puisqu’une main entre dans le cadre pour le prendre. Il s’agit bien sûr de Ken Franklin qui cette fois repart pour de bon.
Notons également que durant cette courte scène, le jeune réalisateur utilise à plusieurs reprises une caméra à l’épaule pour symboliser la frénésie du moment au spectateur.
La patte de Steven Spielberg se retrouve aussi durant le dialogue qui précède cette situation. En effet, après avoir ouvert la porte et invité son ami à entrer dans son bureau, James Ferris et Ken Franklin entament une conversation sur les difficultés que traverse leur relation. Ici, une fois de plus, le jeune cinéaste se différencie et propose de l’originalité principalement grâce à trois éléments.
Le premier est la manière dont il compose son champ-contrechamp. Pour chacun des deux protagonistes, il place la caméra en contre plongée et met en valeur le personnage mais aussi le décor, ici, dans le champ la collection de livres qu’ils ont écrits et dans le contre-champ, les couvertures de ceux-ci accrochées au mur. Il met ainsi en avant l’importance et la fierté de leur travail dans leur vie mais aussi le fait que celui ci est à l’origine et au cœur de leur discorde.
Le second élément est la façon dont il monte son champ-contrechamp, de manière très réfléchie en proposant par exemple des raccords d’objets (un premier personnage donnant une bouteille ou un verre à un second personnage) et des raccords sonores (un protagoniste parle d’un élément que l’on découvre dans le contre-champ).
Le troisième élément est la disposition des deux protagonistes à la fin du dialogue. Steven Spielberg les filme toujours en contre plongée mais ils apparaissent tous les deux et de profil dans le cadre. Une disposition permettant le mouvement de l’acteur dans la profondeur de champ que le réalisateur reprendra par la suite dans sa carrière comme ci-dessous dans Les dents de la mer.
Après ce dialogue et le passage de Ken Franklin dans le bureau pour mettre en scène le crime, les « deux amis » quittent la ville en direction de la maison de campagne de ce dernier. Quelques plans de paysage accompagnent ce cheminement ainsi qu’une conversation à bord de l’automobile. Steven Spielberg n’utilise pas ici la traditionnelle technique de la projection arrière. Il porte la caméra à l’épaule et l’emmène directement à bord du véhicule.
En chemin, ils s’arrêtent à une boutique en bord de route. Ce qui n’est qu’un prétexte de Ken Franklin pour qu’il puisse téléphoner à la femme de James Ferris pour lui annoncer qu’il s’est réconcilié avec son mari et ainsi être disculpé par celle-ci du meurtre à venir au moment des interrogatoires de la police. Le réalisateur offre à nouveau un champ-contrechamp intéressant qui, au travers des cadres photos présents dans l’arrière plan, appuie une fois de plus la relation de longue durée qui lie les deux personnages.
Enfin, pour la scène du meurtre dont rien ne sera dévoilée ici pour ne pas gâcher la vision de l’épisode aux personnes ne l’ayant pas vu, Steven Spielberg ne la filme par frontalement mais avec une autre technique qui deviendra par la suite une des marques de fabrique de son cinéma, un reaction shot sur le visage de la femme de James Ferris qui entend le coup de feu au téléphone.
Steven Spielberg et Peter Falk sur le tournage de Columbo.
En réalisant le premier épisode de Columbo, Steven Spielberg inscrit une partie des bases visuelles que reprendront les autres épisodes de la série par la suite. Avec une ambition sans borne, il a réussi à amener les codes du cinéma à la télévision et à développer une identité visuelle qui lui est propre. Il expérimente et développe également des techniques de mise en scène qui feront ensuite sa particularité et son succès. Fort de son expérience sur Columbo, il continuera encore quelques temps à travailler à la télévision en réalisant notamment la même année le téléfilm Duel, avant qu’on ne lui confie son premier long-métrage.
Pour aller plus loin : Une interview de Steven Spielberg
Columbo : Le Livre Témoin – Fiche Technique
Réalisateur : Steven Spielberg
Scénario : Steven Bochco
Interprètes : Peter Falk (Columbo), Jack Cassidy (Ken Franklin), Rosemary Forsyth (Joanna Ferris), Martin Milner (James Ferris)
Montage : John Kaufman
Directeur de la photographie : Russell Metty
Musique : Billy Goldenberg
Producteurs : Richard Levinson, William Link, Robert F. O’Neill
Genre : Drame
Durée : 76 minutes
Date de sortie en France : 12 janvier 1973
Après la folie Ma Loute, Bruno Dumont va encore plus loin dans sa démarche de déconstruction des codes cinématographiques puisque son Jeannette est une relecture musicale des textes de Charles Peguy. Pas sûr que les français voient d’un très bon œil cette version décalée du mythe de la Pucelle d’Orléans…
Synopsis : Domrémy, 1425. Jeannette n’est pas encore Jeanne d’Arc, mais à 8 ans elle veut déjà bouter les anglais hors du royaume de France.
Sur une plage (censée se situer en Lorraine), une gamine déambule pieds nus et chante ses doutes sur la religion catholique et la guerre qui oppose français et anglais à quelques kilomètres de là. Voilà. Circulez, il n’y a plus rien à voir car derrière ce résumé qui a tout l’air d’une farce se cache l’entièreté du propos (certains diront film) de Bruno Dumont. Une facétie qui dépasse cependant plus que la simple erreur géographique, puisque non content de dynamiter un genre dont il est le seul esthète, Dumont pousse le curseur tellement loin qu’il est bien compliqué de voir où il va s’arrêter. Pensez donc, son audace est telle qu’il n’hésite pas à balancer comme un malpropre autant de hits musicaux purement anachroniques sur des images qui sentent bon le Moyen-Age et la fange… Hard-rock, spam, électro-pop, tout y passe à tel point qu’on pense avoir affaire à un disc jockey totalement ivre qui se serait cru le besoin de mettre ses excentricités musicales sur les mots forcément d’outre-temps de Peguy. Cependant, au milieu de ce bazar ambiant, on se doit bien d’admettre que les textes de Peguy ressortent. Magnifiés, sublimés, l’utilisation qu’en fait Dumont permet de faire jaillir la qualité de ces textes, pour la plupart oubliés. Ce qui renforce encore un peu plus son talent de véritable excavateur du cinéma français.
Dans Ma Loute, il donnait à des cadors du métier (Juliette Binoche ou Fabrice Lucchini) la chance de se confronter à des jeunes premiers, des vraies gueules du Nord (comme on les appelle) qu’ils soient amis, badauds ou cousins. Dans Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc même rengaine, sauf qu’il n’est pas question ici de souligner la bizarrerie propre à la Cote d’Opale, mais de trouver des jeunes talents, capable de chanter des textes vieux comme Mathusalem. Et parmi ces jeunes virtuoses, on retrouve Aline Charles. Une petite frimousse brune, un air conquérant (normal quand on s’appelle Jeanne d’Arc) et surtout une voix. Aiguë. On osera même dire assassine pour nos tympans tellement elle pourrait casser des verres. Mais au fond, cela s’inscrit sans doute dans une logique interne au film (quoique on se demande encore laquelle) puisque la petite Aline pousse parfois tellement sur les cordes vocales que son flot de parole flirte beaucoup avec l’incompréhension. Est-ce là un subtil rappel aux voix qui ont influencé la vraie Jeanne d’Arc ? Ou la manière qu’a Dumont d’entériner définitivement son mépris envers ses fans ? Bien aisé sera celui capable d’y répondre puisque au détour de cet assassinat de tympan généralisé, on ne retiendra guère que des démonstrations de vocalises et chorégraphies assez douteuses. A tel point qu’on se demande bien à qui pourra plaire le film. Car, pour qui n’aime pas les comédies musicales minimalistes, Jeannette a toutes les chances d’être perçu comme deux heures redoutablement éprouvantes. Même chose pour les personnes réfractaires aux grandes réflexions théologiques, tant le film semble n’être qu’une accumulation assez hasardeuse des thèmes liés à cette conquérante rentrée dans l’Histoire. Tout ceci étant additionné, on a affaire à un film (certains oseront le qualificatif de proposition de cinéma) déroutant, totalement fou et iconoclaste qui renverrait presque à se demander si lâcher un pet sur une toile cirée aurait le même effet sur Thierry Frémaux et son Palais des Festival surchauffé par l’ego des journalistes et la chaleur de la Cote d’Azur… Toujours est-il que l’on peut s’accorder sur un point : celui de savoir que le film va sombrer au box-office encore plus vite que le Titanic dans l’Atlantique. Et ce ne sont pas des voix qui nous l’ont dit…
[Quinzaine des réalisateurs] Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc
Un film de Bruno Dumont
Avec Aline Charles, Élise Charles, Jeanne Voisin, Lise Leplat Prudhomme
Distributeur :Memento Films
Durée : 120 minutes
Genre : Musical
Date de sortie : prochainement
France – 2017
Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc : Bande-annonce
Dans 120 Battements par minute, Robin Campillo s’inscrit dans le sillon déjà tracé par Laurent Cantet avec Entre Les Murs. Mais cette fois-çi, point de lycéens à l’horizon mais bien des homosexuels luttant bon gré malgré contre le SIDA pendant la décennie meurtrière que fut les 90’s. Autant dire un postulat de film-dossier plombant et démonstratif que le réalisateur essaie d’aborder à hauteur d’homme.
Synopsis : Début des années 90. Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d’Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l’indifférence générale. Nouveau venu dans le groupe, Nathan va être bouleversé par la radicalité de Sean.
Et c’est bien l’humain qui est au cœur des débats ; puisque l’histoire émane directement des souvenirs du réalisateur Une démarche courageuse mais surtout salutaire en ce qu’elle rend transforme le film en un véritable témoignage (très bien documenté) des tourments d’une communauté à l’agonie baignant dans l’indifférence générale. Dès lors, il est loin d’être étonnant de voir le film se muer rapidement en un quelque chose d’organique, les images n’étant qu’une observation des séances d’assemblées générales d’un groupe militant (le groupe Act’up), puis de leurs débats internes et enfin de l’organisation de leurs actions. Un parti-pris de reconstitution montrant cela dit assez vite ses limites quand les dites actions se déroulent sans que leurs conséquences ne se ressentent. Mais peut-être est-ce là l’intention du cinéaste que de mettre en scène, ces moments qui n’aboutissent à rien, ces longues scènes ou seuls les mots fusent. Toujours est-il que cette intention s’avère assez vite frustrante pour le spectateur, qui verra sans doute d’un bon oeil la radicale (et intime) mutation entreprise par le film, qui va préférer au groupe préalablement dépeint, le sort d’un jeune séropositif, Sean. Il a beau se savoir condamné mais il n’a pas rendu les armes, si bien que le besoin de battre ou de se réconforter auprès d’un groupe d’entraide reste vif. Un choix qui a le mérite de saper la portée politique (de toute façon assez vaine) déjà bien amoindrie par les scènes de discours tout en consacrant ce qui sans doute est à la base du projet : 120 battements par minute étant surtout un message d’espoir, que celui de savoir survivre et se faire entendre au sein d’un collectif.
L’acteur qui joue Sean, c’est Nahuel Perez Biscayart (déjà vu dans Grand Central) qui incarne la véritable révélation de cette sélection tant son énergie inonde littéralement l’écran et ce, jusqu’à cette fin tragique mais inévitable qui nous laisse sous le coup d’une mort brutale et injuste. Un sentiment auquel la mise en scène n’est d’ailleurs pas étrangère puisque c’est bien elle, qui appuie parfois lourdement sur certains effets tout en faisant durer des scènes émouvantes (on pense à la nuit d’amour entre Sean et Nathan). L’ambiance paradoxalement légère et festive, rythmée ça et là par des hits électro et l’excellente prestation d’Adèle Haenel, n’étant qu’une manière utilisée par Campillo pour nous faire lâcher prise et nous dévouer totalement à ce combat mené par des jeunes victimes de leur amour et du désengagement du pouvoir français à leur égard. Ce qui ne manque pas de frustrer quelque peu, tant derrière l’aspect nécessaire de cette page de l’histoire contemporaine qui nous est racontée (beaucoup de jeunes croient encore à une guérison du Sida), le traitement qui en est fait manque d’approfondissement et nage dans la pure superficialité.
[EN COMPÉTITION] 120 battements par minute
Un film de Robin Campillo
Avec Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Antoine Reinartz, Adèle Haenel…
Durée : 140 min
Distributeur : Memento Films
Genre : Drame
Date de sortie : 23 août 2017
La soirée Thanks God It’s Thursday de ABC est partie en vacances après la diffusion du double épisode final de Scandal saison 6. Grâce à de nombreux rebondissements, la série de Shonda Rhimes propose l’une de ses meilleures saisons à ce jour.
Synopsis : Olivia et son équipe font face aux résultats des votes aux élections présidentielles. Alors que tout le monde espérait Mellie gagnante, c’est finalement son adversaire Frankie Vargas qui devient le nouveau président. Cependant, le président-élu est abattu sur scène en plein discours de victoire. La question pour Olivia Pope est désormais de savoir qui est le responsable de cet assassinat…
La Maison-Blanche en plein chaos
Attention critique avec spoilers !
Succédant àThe Catch etGrey’s Anatomy, la troisième série de Shonda Rhimes s’est terminée ce jeudi 18 mai avec succès par l’inauguration du nouveau président.
Saison raccourcie à 16 épisodes à cause de la grossesse de son actrice vedette, et au travers d’un scénario bien ficelé, il n’y a eu aucun épisode dit « bouche-trou » et c’est une bonne chose. De plus, diffuser les nouveaux épisodes à la mi-janvier fut absolument bénéfique à la série, laissant les spectateurs respirer suite aux événements de l’an dernier.
Après une saison 5 mitigée, centrée sur la politique et plus particulièrement sur Mellie Grant en campagne présidentielle, Scandal confirme son intrigue qui va suivre un fil rouge du début à la fin sur le nouveau président, qui sera bien la première présidente des États-Unis.
Les épisodes se suivent et se succèdent sans qu’on se lasse. Le Season Premiere a clairement annoncé la couleur de la sixième saison. Le meurtre du président-élu Frankie Vargas en plein discours fait s’enchainer rebondissement sur rebondissement. À travers son intrigue bien ficelée, les spectateurs se demanderont pendant longtemps qui est responsable de cet assassinat et dans quel but.
Les protagonistes ont aussi pour la plupart une storyline réussie qui rejoint l’histoire principale. Chaque épisode en début de saison se focalise sur un personnage en particulier, ainsi nous avons une évolution régulière notamment pour Cyrus, Abby, Quinn, Huck et particulièrement Eli, le père d’Olivia, qui se trouve pour la première fois victime des événements. En effet, le grand méchant de la série se retrouvera coincé par le groupe qui a orchestré l’assassinat. Impuissant, il n’aura d’autre choix que de faire ce qu’on lui dit pour protéger sa fille.
En contrepartie, on pourrait regretter le manque d’investissement d’autres personnages comme Markus et Jake. Même la mort surprise d’Elizabeth surprend certes, mais ne nous affecte pas vu le peu de présence qu’elle avait à l’écran cette année.
Il est regrettable aussi que pour son centième épisode Shonda Rhimes n’ait pas été plus originale. Il est vrai que l’épisode qui se passe dans un monde alternatif était intéressant, mais rien de transcendant quand on sait que la créatrice s’est déjà par deux fois prêté au jeu du « et si » dans sa série phare Grey’s Anatomy.
En ce qui concerne Olivia Pope, ses actions depuis plusieurs saisons confirment son évolution d’anti-héroïne. Les spectateurs étaient déjà conscients de son envie de pouvoir en retournant à la Maison-Blanche grâce à Mellie en saison 5. Désormais, Olivia laisse son cabinet entre les mains de Quinn, tout à fait destinée à reprendre le flambeau en constatant tout le travail qu’elle a pu faire jusqu’à présent. Olivia de son côté semble rejoindre peu à peu le côté obscur.
Alors que le mandat de Fitz se termine, ils étaient prêts à se retrouver et vivre leur histoire, mais Kerry Washington interprète une femme forte qui veut s’imposer au bureau ovale. Pour ce faire, la prochaine (et dernière) saison ramènera sur le devant de la scène le B-613 avec Olivia à la tête des opérations. Elle devient donc le nouveau Commandant, digne héritière de son père. Les spectateurs font face depuis plusieurs années à un personnage complexe et torturé à cause de son père mais aussi de sa mère qui fait un come-back réussi pour le double season finale. Travaillant pour le groupe qui a tué Frankie Vargas, elle avait pour mission de tuer à son tour Mellie Grant lors de l’inauguration. A l’image de la saison, le spectateur sera toujours en interrogation lors du final quant aux agissements de Mama Pope si elle est vraiment là pour aider sa fille ou pour assassiner la nouvelle présidente.
Justement, c’est dans l’écriture que la saison est vraiment réussie. Il est vrai que Scandal souffre toujours de son trop plein de cliffhangers parfois invraisemblables (comme la fausse mort de Huck en milieu de saison), mais l’intérêt et la curiosité des spectateurs ne diminuent jamais et ils resteront accrochés jusqu’au bout pour savoir qui a tout orchestré.
Là aussi nous sommes surpris lorsqu’on découvre qu’il s’agit en réalité de Luna, la femme de Frankie Vargas, qui le considère plus mémorable en tant que président mort que vivant. Elle espérait ainsi reprendre son flambeau et diriger comme une Jackie Kennedy aurait pu faire en son temps.
Mais là où Rhimes réussi son coup c’est vraiment dans les toutes dernières minutes où les spectateurs comprennent avec Olivia que le véritable organisateur de tout ce qu’il s’est passé n’est autre que Cyrus. Celui qui fut le premier à être accusé, puis finalement libéré s’avère être véritablement le cerveau de toute cette opération dans le but final de devenir le vice-président. Suite à tous ces événements, lui et Olivia sont les véritables maîtres de l’échiquier pour la saison à venir.
Les pions sont en place pour la septième et dernière saison qui sera diffusée sur ABC en septembre prochain. Shonda Rhimes déploie ses dernières cartes en espérant que Scandal maintienne une qualité scénaristique aussi soutenue que ce fut le cas pour la saison 6.
La sixième saison de Scandal a réuni, en moyenne, 5,6 millions de téléspectateurs avec un taux de 1,42 chez les 18/49 ans.
Scandal saison 6 : Bande-annonce
Scandal saison 6 : Fiche Technique
Créateur : Shonda Rhimes
Réalisation : Roxann Dawson, Tom Verica, Shonda Rhimes
Scénario : Shonda Rhimes
Acteurs principaux : Kerry Washington (Olivia Pope), Darby Stanchfield (Abby Whelan), Guillermo Diaz (Huck Finn), Katie Lowes (Quinn Perkins), Tony Goldwyn (Fitz Grant), Jeff Perry (Cyrus Beene), Bellamy Young (Mellie Grant), Joshua Malina (David Rosen), Scott Foley (Jake Ballard), Portia De Rossi (Elizabeth North), Cornelius Smith Jr (Marcus Walker), Joe Morton (Eli Pope)
Direction artistique : George Edman
Décors : Lisa K. Sessions
Costumes : Lyn Paolo
Photographie : Justin M. Lubin
Montage : Gregory T. Evans, Matthew Ramsey
Musique : Chad Fischer
Casting : Andrew Mackin, Jamie Castro
Producteurs : Shonda Rhimes, Betsy Beers
Société(s) de production : ABC Studios, ShondaLand
Format : 22 épisodes de 42 minutes
Diffusion : ABC
Genres : dramatique, judiciaire
Présenté à l’ACID, Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête questionne notre rapport à la société et ce qu’elle attend de nous. Avec une économie des moyens évidente, le réalisateur Ilan Klipper porte avec énergie ce huis clos débridé sympathique.
Synopsis : Bruno a publié un fougueux premier roman en 1996. La presse titrait : « Il y a un avant et un après Le ciel étoilé au-dessus de ma tête ». Vingt ans plus tard, Bruno a 50 ans. Il est célibataire, il n’a pas d’enfants, et vit en colocation avec une jeune Femen. Il se lève à 14h et passe la plupart de ses journées en caleçon à la recherche de l’inspiration. Pour lui tout va bien, mais ses proches s’inquiètent…
Ilan Klipper n’est pas un jeunot ou un novice dans la profession. Avec son compère Virgil Vernier, ils ont réalisé plusieurs documentaires sur le milieu policier et psychiatrique. C’est ce dernier qui semble avoir profondément marqué le réalisateur puisqu’il en a fait le cœur de réflexion autour de son personnage principal, abattu et torturé psychologiquement par les attentes d’une société qui ne lui correspond plus. Vingt ans après avoir connu la gloire pour un roman unanimement salué, Bruno vient d’avoir cinquante ans et se retrouve à vivre dans une colocation avec une militante FEMEN. Il passe son temps à s’isoler et procrastiner dans sa chambre, prétextant en vain une recherche créative pour son prochain ouvrage. Son entourage va alors tenter de lui redonner goût à la vie et aux autres. Dit comme ça, le propos semble mettre l’accent sur le drame et la difficulté croissante de trouver sa place dans la société mais c’est davantage à une comédie dramatique que l’on a affaire. Les absurdités de Bruno qui semble avoir douze ans, les quiproquos débridés, et les pétages de plombs participent à la légèreté de ce long métrage dont l’amateurisme se fait malgré tout cruellement ressentir. Avec une économie des moyens évidente, Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête se déroule entièrement en huis-clos dans le logement de deux éléments en plein doute. Quoi de plus normal de voir ainsi un tel film en sélection ACID, terre d’émergence du cinéma indépendant français. Ce serait néanmoins faire profil bas de la notoriété de sa distribution qui comporte quelques visages connus, allant du grand malade Laurent Poitrenaux à la somptueuse Marilyne Canto en passant par la douce Camille Chamoux. Ils participent à faire de ce film, un objet plus important qu’il n’y paraît et dont les questionnements sur notre condition sociale surprennent à mi-parcours. L’isolement de tous ces personnages dans cette maison accentue volontairement l’oppression autour du personnage de Bruno, soudainement dépassé par toutes ces questions auxquelles il a tenté d’échapper. Certaines situations maladroites prêtent à sourire par leur naïveté et les dialogues sont d’une simplicité évidente mais étrangement quelque chose se passe, et le film fonctionne à notre esprit qui accepte ces petits défauts et se laisse emporter par cette comédie névrosée dans la lignée de Victoria. Grâce à l’ACID, Ilan Klipper accède ainsi à une première visibilité importante et on ne doute pas que le cinéaste saura poursuivre sur la voie qu’il a déjà entreprise pour travailler avec plus de maîtrise un matériau qui semble avoir tout son intérêt.
[ACID] Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête
Un film de Ilan Klipper
Avec Laurent Poitrenaux, Camille Chamoux, Marilyne Canto, Alma Jodorowsky
Distributeur : Happiness Distribution
Durée : 1h17
Genre : Drame, comédie
Le documentaire Le goût du tapis rouge sorti le 17 mai donne enfin à voir l’envers du décors cannois. Qu’en est-il de la qualité de ce documentaire ? Réponse à suivre.
Synopsis : En mai à Cannes, a lieu le plus grand festival de cinéma au monde. Se déroule, sous nos yeux, un dialogue imaginaire avec ce lieu fantasmé… Qu’ils soient professionnels du cinéma, travailleurs, mannequins, cinéphiles, groupies, artistes de rue, badauds, vendeurs à la sauvette ou sans-abri… chacun, tente de se frayer un chemin dans le dédale cannois, saturé d’écrans, de rêves et de symboles.
Le réalisateur Olivier Servais souhaite, dans son documentaire, observer l’autre côté des barrières qui encadrent le mondialement célèbre et vénéré tapis rouge du festival de Cannes. Tout est annoncé dans le titre de cette œuvre : pas de place pour les stars, mais une caméra tournée uniquement sur les fans de l’évènement.
Passée une introduction silencieuse et interminable où l’on assiste, dans l’ennui le plus affligeant, au découpage et à l’assemblage dudit tapis, arrive un montage d’images filmées caméra à l’épaule suivant les badauds qui se massent autour des barrières. Si l’intention de filmer l’envers du décors était louable et aurait pu donner lieu à une réflexion intéressante sur le bling bling inhérent à tout grand événement, ici que nenni ! Le réal accumule les plans et les assemble dans un montage mou et vide en ne brisant le silence toutes les dix minutes que pour poser une question navrante à des spectateurs lambdas n’ayant absolument rien à dire. Le pire est que cette bouillie informe et ridicule s’étale sur plus d’une heure dix ! Une durée incroyablement longue pour un film sans aucun intérêt qui réussit l’exploit d’être ce qu’il tentait de montrer, à savoir vide et superficiel !
Un documentaire, contrairement à un reportage, est une œuvre audiovisuelle sensée représenter la réalité en utilisant les règles de la dramaturgie. Comme toute œuvre de fiction, un documentaire est donc obligatoirement écrit et soumis à des lectures auprès de producteurs. Comment diable, une chose aussi mauvaise a-t-elle pu voir le jour et trouver acheteur : la réponse nécessiterait une enquête et pourquoi pas un documentaire sur la façon dont les films sont aujourd’hui sélectionnés et sponsorisés et donnerait certainement lieu à un film bien plus passionnant que cette chose informe dont on ressort à moitié groggy mais pleinement furieux !
Le goût du tapis rouge, Un film documentaire d’Olivier Servais (France)