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Cannes 2017 : The Meyerowitz Stories, comédie légère et sans surprise sur une fratrie en crise

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Portrait d’une famille dysfonctionnelle aux accents allenien, The Meyerowitz Stories séduira les fans de la première heure de Noah Baumbach, sans toutefois prétendre à une distinction cannoise.

Synopsis : Le récit intergénérationnel d’une fratrie en conflit rassemblée autour de leur père vieillissant.

The-Meyerowitz-Stories-festival-Cannes-2017-Ben-Stiller-Adam-Sandler-Noah-BaumbachA l’instar de Netflix en compétition officielle, c’est la première fois que Noah Baumbach est sélectionné à Cannes. Davantage habitué à présenter ses films dans les festivals indépendants, le cinéaste new-yorkais honore enfin la plus célèbre des manifestations cinématographiques internationales. Mais avant même la projection de son dernier film, le cinéaste doit déjà tempérer la polémique Netflix qui fait hurler les exploitants et les amoureux des salles obscures, Netflix n’ayant vraisemblablement pas l’intention de sortir le film au cinéma. Quoiqu’il en soit, en l’absence du Woody Allen annuel, le Festival de Cannes semble s’être rabattu sur un autre cinéaste adepte des comédies bavardes et légères sur les tourments de new-yorkais aisés. The Meyerowitz Stories étale donc les discordes d’une fratrie réunie par l’hospitalisation du « pater », incarné par Dustin Hoffman. Rappelons que l’on doit tout de même à Noah Baumbach certains des récits comico-mélancoliques les plus réjouissants de ces dernières années, Greenberg et Frances Ha en tête. Sa présence à Cannes n’est donc que la consécration du travail d’un auteur qui a toujours su préserver son indépendance tout en faisant exister son oeuvre parmi les cinéastes américains les plus appréciés de sa génération.

The Meyerowitz Stories a pour lui l’énergie récréative d’un casting d’exception, tous incarnant à la perfection leurs personnages respectifs. Cela faisait bien longtemps qu’on n’avait pas vu Ben Stiller, Dustin Hoffman et Adam Sandler (!!) aussi réjouissants. Quant à Elizabeth Marvel, elle confirme tout le bien que l’on pense d’elle depuis son rôle dans la série House of Cards. Cette remarquable distribution apporte une vraie dimension chorale et comique à ce récit tantôt snob, tantôt existentialiste, tantôt émouvant. Le réalisateur natif de Brooklyn saisit avec une précision insondable l’énergie qui se dégage du milieu artistique dans lequel évolue chacun (ou pas) des membres de cette famille explosée. En ce sens, on remarque que The Meyerowitz Stories s’inscrit avec politesse dans cet univers d’intellos bourgeois, soit l’exact antithèse de The Square vu quelques jours plus tôt et également présenté en compétition. Noah Baumbach prouve par ailleurs qu’il a un véritable don pour l’écriture des dialogues qui sonnent tous justes et participent à cette impression que le film capte de véritables tranches de vies où les acteurs ne font qu’un avec leurs personnages et leurs interactions. Mais derrière cette jolie et innocente comédie se cache incontestablement un film en cruel manque d’inspiration. S’il s’avère suffisamment distrayant, le film s’inscrit dans la continuité vaine des derniers films de Noah Baumbach et n’a pas l’étoffe de rivaliser en compétition. Il lui manque la force, l’impact et l’inspiration. Une fois le générique de fin lancé, toutes les sympathiques intentions narratives s’envolent pour ne laisser l’impression que d’un film léger et sans grandeur. Pedro Almodóvar avait dit dans un premier temps qu’il ne récompenserait pas de films Netflix avant de se rétracter et de corriger ses propos. Pourtant, ce n’est pas cette anecdotique comédie dramatique qui pourra définitivement lui faire prendre conscience de la possibilité de remettre un Prix à l’un des deux films du distributeur. Une sélection Hors Compétition pour Noah Baumbach aurait été plus justifiée. The Meyerowitz Stories n’a pas l’ampleur nécessaire pour s’extirper de son statut de film prêt à consommer sur Netflix, preuve regrettable que le cinéaste a du mal à renouer avec la réussite de Frances Ha même s’il continue de gentiment nous amuser. 

[COMPETITION INTERNATIONALE] The Meyerowitz Stories (New and Selected)

Un film de Noah Baumbach
Avec Adam Sandler, Ben Stiller, Dustin Hoffman, Elizabeth Marvel
Distributeur : Netflix
Durée : 1h50
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : Prochainement

États-Unis – 2016

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Cannes 2017 : Le Redoutable, un objet pour cinéphiles anecdotique mais plaisant

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Le biopic sur Jean-Luc Godard avait tout pour être un projet casse-gueule mais la patte Hazanivicius permet au Redoutable d’être un objet cinématographique réjouissant à défaut d’être indispensable.

Synopsis : Paris 1967. Jean-Luc Godard, le cinéaste le plus en vue de sa génération, tourne La Chinoise avec la femme qu’il aime, Anne Wiazemsky, de 20 ans sa cadette. Ils sont heureux, amoureux, séduisants, ils se marient. Mais la réception du film à sa sortie enclenche chez Jean-Luc une remise en question profonde. Mai 68 va amplifier le processus, et la crise que traverse Jean-Luc va le transformer profondément passant de cinéaste star en artiste maoiste hors système aussi incompris qu’incompréhensible.

le-redoutable-Louis-Garrel-Stacy-Martin-film-competition-officielle-cannes2017Si Jean-Luc Godard n’est plus venu à Cannes depuis longtemps, même lorsqu’il a reçu un Prix du Jury pour Adieu au Langage en 2014, son ombre ne cesse de planer sur la Croisette, comme lorsque l’affiche de la 69ème édition du Festival de Cannes reprenait un plan du film Le Mépris. Cette année, il est encore présent à travers le regard de Michel Hazanavicius qui s’est lancé dans l’entreprise de réaliser un biopic sur le cinéaste de la Nouvelle Vague. Un projet délicat et ambitieux, d’autant plus les principaux concernés, à savoir Jean-Luc Godard et Anne Wiazemsky, sont encore en vie. Le Redoutable prend donc place au début de leur relation, quelques temps avant les événements de mai 1968. Cette période est un tournant pour JLG qui prendra la décision radicale de « se suicider artistiquement » pour renaître aussitôt avec la volonté féroce de casser tous les codes d’un cinéma qu’il juge soumis au diktat de la société gaulliste. Ce changement de personnalité influera considérablement sur la relation qu’entretiendra le réalisateur de Pierrot Le Fou avec sa compagne. Il est d’autant plus amusant de voir un écho entre Hazanivicius et Godard puisque ce dernier a souhaité renaître après le fiasco de son film La Chinoise tandis qu’Hazanivicus sort également de l’échec critique et public de The Search.

Adapté du roman autobiographique Un an après d’Anne Wiazemsky, Michel Hazanavicius traite le sujet sous la forme d’une comédie méta dont les clins d’œils amuseront assurément les cinéphiles. Les multiples trouvailles pour casser les codes renvoient évidemment au cinéaste franco-suisse qui a passé sa vie à trouver des alternatives aux codes traditionnels du cinéma. Il apporte une audace visuelle qu’on ne saurait voir dans un cinéma plus classique et qui apporte une inspiration pétillante et drôlissime à qui comprendra. Autre point fort : Louis Garrel est indéniablement Jean-Luc Godard. Des traits du visage à ses tics de langage en passant par son attitude corporelle, l’imitation est parfaite. De là à dire qu’il peut glaner un Prix d’Interprétation, il n’y a qu’un pas. Stacy Martin éblouit par son charme et sa discrétion en ingénue profondément amoureuse du cinéaste Godard, moins du révolutionnaire politique qu’il est. Il faut cependant reconnaître que l’entreprise du réalisateur de The Artist tourne un peu à vide et qu’elle ne saura plaire qu’aux cinéphiles avertis, le grand public étant loin de ces considérations. Le Redoutable apparaît donc une œuvre profondément cannoise, tant elle ne peut que s’attirer les acclamations d’une audience qui estime encore l’impact du génie de la Nouvelle Vague.

Le Redoutable n’est donc ni plus ni moins qu’un objet filmique cocasse dont les plus fervents cinéphiles se gausseront de l’humour hazanaviciusien et de la forme peu commune du portrait d’un cinéaste révolutionnaire engagé au bord d’une inévitable rupture. Anecdotique mais suffisamment réjouissant pour valoir le coup d’oeil.

[COMPÉTITION INTERNATIONALE] Le Redoutable

Un film de Michel Hazanavicius
Avec Louis Garrel, Stacy Martin, Bérénice Bejo
Distributeur : Wild Bunch
Durée : 1h47
Genre : Biopic, romance, comédie, drame
Date de sortie : 13 septembre 2017

France – 2017

Le Redoutable : Extrait

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Le Roi Arthur : La Légende d’Excalibur, un film de Guy Ritchie : Critique

Repoussé moults fois par la Warner qui espérait pouvoir en tirer une franchise rentable, Le Roi Arthur : La Légende d’Excalibur s’avère être un four au box-office, en plus d’une cible facile pour la critique. Acharnement injustifié ou véritable ratage ?

Synopsis: Arthur, un enfant des rues de Londonium élevé par des prostituées apprend qu’il est l’héritier du roi Uther Pendragon lorsqu’il réussit à sortir l’épée Excalibur de son rocher. Il va alors devoir combattre ses peurs et unir le peuple breton pour vaincre Vortigern et retrouver le trône qui lui revient.

Il est des mythes qui sont ancrés si profondément dans l’imaginaire collectif qu’une adaptation cinématographique semble tomber sous le sens. on pourra citer ici les mythologies grecque et égyptienne ou, en ce qui nous concerne, des légendes arthuriennes. La nouvelle adaptation se retrouve donc entre les mains de Guy Ritchie, le réalisateur ayant accouché de Snatch en 2000 et des Sherlock Holmes de 2009 et 2011. On est donc face à un metteur en scène avec une identité visuelle mais surtout rythmique extrêmement reconnaissable qui dirige Charlie Hunnam (Pacific Rim, Sons of Anarchyet Jude Law (Bienvenue a Gatacca, Existenz). 

Et en effet dès les premières minutes, pas de doute, c’est bien Guy Ritchie derrière la caméra avec une scène d’introduction qui fait le boulot, tout en nous laissant apercevoir ce qui va s’avérer être l’enjeu majeur du film : l’alchimie entre la réalisation de Ritchie et le modèle du blockbuster. L’introduction en question fonctionne plutôt bien, puisqu’on on se retrouve au milieu d’une bataille dantesque opposant les mages menés par Mordred et les humains menés par Uther Pendragon dans un déluge d’effets numériques cutés au couteau avec plans complexes et flash-forward en veux-tu en voilà.

Après une séquence assez fouillis de la mort du père absolument prévisible, on se retrouve projeté dans les rue de Londonium, le Londres médiéval, avec un Arthur élevé dans un bordel. Il enchaîne les petits larcins accompagnés de ses amis dont vous aurez oublié le nom 3 secondes après qu’il ait été prononcé lors d’une séquence nerveuse et presque épileptique comme Guy Ritchie sait les faire. « Parfait alors ! Guy Ritchie a gardé sa patte, et le mélange médiéval/petit gangster  donne un décalage vraiment sympathique » se dit alors le spectateur pensant passer un bon moment. C’est malheureusement sans compter sur l’écrasant poids du blockbuster moderne et un retour rapide à la réalité : le scénario et les personnages.

En effet, si plus personne n’est surpris de voir un blockbuster avec un scénario aussi prévisible que celui d’une sitcom, il reste quand même fortement frustrant de voir à quel point la construction des personnages est faible dans ce film. Alors qu’ils sont sacrément nombreux, la plupart sont définis par leur nom uniquement, quand ils ont la chance d’en avoir un a peu près mémorable, avec des acronymes tels que « fesse d’huître », « bâton mouillé » et « Kung-fu George ». Le plus gênant étant la place laissée aux femmes : tout les personnages féminins présents dans le film ne servent qu’à être sacrifiés pour faire avancer le scénario, à l’exception d’un membre de la cour et de « la Mage », personnage féminin principal joué par Astrid Berges Frisbey (I Origins) auquel on ne prendra même pas le temps de donner un nom.

Pour faire simple, le seul personnage autour duquel il y a un enjeu est le seul dont on sait qu’il va réussir son objectif, c’est-à-dire devenir roi, sachant que c’est le titre du film. Mention spéciale néanmoins à Charlie Hunnam, impeccable dans son interprétation qui sera surement le seul à tirer son épingle du jeu. On remarquera également David Beckham, apparaissant une trentaine de seconde vaguement maquillé dans le rôle du caméo le plus boiteux  et inutile de 2017.  On se retrouve alors dans un film où le spectateur n’est à aucun moment impliqué et où on lui demande d’éprouver de l’empathie pour des personnages sans âme qu’il a à peine aperçu dans le fond derrière Arthur durant quelques scènes. Au point où la énième mort de personnage dont on ignore le nom en devient presque comique (ce qui donnerait néanmoins un excellent jeu a boire).

Mais tout n’est pas à jeter, au contraire. Le film dégage une ambiance « badass » au possible avec sa direction artistique impeccable et ses combats nerveux, et, même si le boss final sort tout droit du dernier Dark Souls, certaines scènes sont parcourues d’un véritable vent épique malgré le manque d’enjeu. Enfin la patte de Ritchie est bien là, dans les plans complexes, les dialogues et dans le montage de certaines scènes. Il serait exagéré de dire que le film est mauvais, mais il est très inégal et ne parvient pas à marquer l’esprit du spectateur malgré les quelques fulgurances qu’il propose.

A ce jour on peut affirmer sans trop se mouiller que les seules adaptations dignes d’intérêt des aventures des chevaliers de la table ronde sont ce que l’humour anglais et français ont su apporter de mieux : respectivement Les Monty Python et leur Sacré Graal et Alexandre Astier avec Kaamelot. De l’humour donc, car regardons la réalité en face, les adaptations sérieuses de la légende, quelle que soit leur qualité (souvent moyenne tout de même), ne se sont que très peu démarqué. Et cette dernière ne déroge pas a la règle à cause de son manque d’ambition et d’enjeu qui le rend très oubliable malgré ses qualités non discutables, enterrant très probablement les chances d’une suite potentielle.

Bande-annonce Le Roi Arthur : La Légende d’Excalibur

Le Roi Arthur : La Légende d’Excalibur – Fiche technique

Réalisateur: Cyril Gelblat
Scénario : Joby Harold, Guy Ritchie, David Dobkin et Lionel Wigram,
Interprétation : Charlie Hunnam, Astrid Berges Frisbey, Jude Law

Musique : Daniel Pemberton

Photographie : John Mathieson

Décors : Gemma Jackson

Direction artistique : Thomas Brown

Costumes : Annie Symons
Producteurs : Akiva Goldsman, David Dobkin, Joby Harold, Guy Ritchie, Tory Tunnell et Lionel Wigram
Société de production : Safehouse Pictures, Village Roadshow Pictures, Warner Bros., Weed Road Pictures et RatPac-Dune Entertainment
Distributeur : Warner Bros
Durée : 126 minutes
Genre: Action, aventure
Date de sortie : 17 mai 2017

Américain, australien, britannique – 2017

Auteur : Yvan Ribollet

 

Quinzaine des réalisateurs : Alive in France profite de la folle énergie d’Abel Ferrara

Abel Ferrara est un personnage si excentrique et incontrôlable que le seul capable de le filmer, ne pouvait être que lui-même. Derrière ce constat, se cache Alive in France, fragment de vie qui ne lorgne heureusement jamais du coté du pur exercice narcissique mais bien de celui d’un homme qui cherche ici à s’assumer en tant que prisonnier de l’image qu’il a lui-même créé…

Synopsis : Abel Ferrara intervient dans une rétrospective de ses films et donne une série de concerts, en France, dédiés aux chansons et à la musique de ses films. Les préparatifs de ces événements avec sa famille et ses amis forment le matériau de cet autoportrait, montrent une autre facette du réalisateur de Bad Lieutenant et The King of New York. Sur scène, au Metronum à Toulouse et au Salò Club à Paris en octobre 2016, Ferrara est rejoint par des complices, parmi lesquels : le compositeur Joe Delia, l’acteur-chanteur Paul Hipp et sa propre épouse, l’actrice Cristina Chiriac…

film-documentaire-musical-Abel-Ferrara-cannes2017-quinzaine-des-realisateursUne orientation pour le moins singulière et à l’image du métrage puisque ce que nous donne à voir Abel Ferrara n’est rien de moins qu’un mélange entre le making-off d’une tournée musicale et un film de vacances dont la cohérence narrative n’a guère sa place. De ce mélange hétéroclite, lui-même vecteur d’une approche plus personnelle du documentaire, Ferrara en tire ironiquement un portrait qui se focalise non pas sur les remarques déplacées qu’il peut lâcher de temps à autre, mais bien sur le rapport qu’il entretient avec son public dès lors que ce dernier reconnait le cinéaste dans la rue. Puisque non, Ferrara n’est pas devenu un de ces auteurs prétentieux ni une star hautaine qui refuseraient de se mêler aux petites gens. Bien au contraire, il aime le contact et encore plus celui qui donne lieu à des échanges, ou des histoires à raconter. En ça, le film passionne,  en ce qu’il diverge du road-trip prétentieux d’Agnès Varda montré hier qui se contentait de ressasser les succès de cette grande dame du cinéma ; quand le réalisateur de Bad Lieutenant fait justement preuve d’une extrême humilité à propos de lui-même. Un fait d’autant plus amusant qu’il contraste avec l’extrême exigence dont fait preuve l’artiste dès lors que le film commence à le suivre pendant ses répétitions musicales.

Reste que l’orientation prise par Ferrara clivera forcément, puisque il reviendra à chacun de juger si la volonté de reconversion en rock star du cinéaste à la soixantaine bien tassée est un acte de courage ou d’arrogance. Le fait est que derrière cette interrogation, se cache un fait qui a son importance : le  voir  incapable de faire cette transition autrement que par le prisme d’un documentaire est bien la preuve qu’il reste malgré tout un homme de cinéma. Pourtant, pour qui a déjà rencontré Abel Ferrara, il apparait que c’est un homme débordant de cet esprit rock’n roll, faisant de lui un alter-ego de Keith Richards. Son film ne nous permet pleinement pas d’évaluer la réelle qualité de ses prestations musicales mais éveille cependant notre curiosité au point d’espérer qu’une seconde tournée dans cette France qui l’aime tant soit déjà prévue. Le rock vintage qu’il nous laisse entendre ne fera pas de lui une icône pop mais si ces fans voient son film, il peut s’assurer de remplir des salles. Et c’est bien ce qu’on lui souhaite.

[Quinzaine des réalisateurs] Alive in France

Un film de Abel Ferrara
Avec Abel Ferrara, Anna Ferrara, Dounia Sichov
Distributeur : /
Durée : 1h19
Genre : Musical, Documentaire

France – 2017

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Cannes 2017 : Téhéran Tabou (Tehran Taboo) choquera moins les festivaliers que les Ayatollahs

Depuis vingt ans qu’il a quitté son Iran natale, avec Téhéran Tabou (Tehran Taboo), Ali Soozandeh semble en avoir encore beaucoup à dire sur ce pays écrasé sous le poids des traditions théologiques. A moins que le fait qu’il n’y vive plus lui en donne une image biaisée.

Synopsis : Téhéran est une ville schizophrène dans laquelle le sexe, la corruption, la prostitution et la drogue coexistent avec les interdits religieux. Dans cette métropole grouillante, trois femmes de caractère et un jeune musicien tentent de s’émanciper en brisant les tabous…

Teheran-Tabou-film-animation-Tehran-Taboo-semaine-de-la-critiqueOn pourrait croire que, ce qui saute aux yeux en premier, c’est le caractère rotoscopique des personnages à l’écran, mais non. Avant même de prendre conscience qu’il ne s’agit pas d’acteurs en chair et en os, c’est la dimension malsaine des rues de Téhéran, peuplées de prostituées dont une à son fils handicapé auprès d’elle, qui se dégage des premières images de Tehran Taboo. Le choix de l’animation, que certains auraient pu qualifier de superficielle, est donc presque imperceptible au regard de la portée du propos politiquement incorrect. Il semble que le coup d’éclat de Valse avec Bachir ait ouvert le bal d’un cinéma d’animation moyen-oriental engagé, mais ce qui est sûr c’est qu’en termes de style visuel, celui adopté par Soozandeh est très proche de celui du film d’Ari Folman.

Que raconte-t-il en fin de compte ? C’est peut-être du côté de l’écriture que son dispositif pêche le plus. Très faible en termes d’intrigue, son scénario repose essentiellement sur des études de caractère à travers plusieurs personnages qui, eux en revanche sont bien écrits. Mais l’intention dénonciatrice du réalisateur s’immisce dans chaque scène, chaque ligne de dialogue, à un point que l’image dépréciative qu’il veut donner de l’Iran finit par en devenir outrancière et vulgaire. Si encore le film avait su développer un humour caustique plutôt que de flirter par moments avec un misérabilisme de mauvais goût, il aurait pu s’agir d’une œuvre méchamment corrosive. Il semble cependant que la haine profonde qu’alimente le réalisateur pour la théocratie hypocrite dans laquelle il a grandi pèse sur le propos socio-politique de son premier long-métrage. Espérons pour lui qu’il saura faire preuve de plus de légèreté lors de ses prochaines réalisations s’il ne veut qu’elles soient, comme Tehran Taboo, condamnées à être échangées sous le manteau par les premiers concernés par ce qu’il raconte.

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[Semaine de la critique] Tehran Taboo

Un film de Ali Soozandeh
Avec Elmira Rafizadeh, Zahra Amir Ebrahimi, Arash Marandi en rotoscopie
Distributeur : ARP Sélection
Durée : 1h36
Genre : Animation, Drame

Allemand, Autrichien – 2017

Tehran Taboo : Bande-annonce

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Cannes 2017 : Promised Land, road-trip musical brillant dans une Amérique en déclin

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Promised Land d’Eugene Jarecki mêle avec génie la vie d’Elvis Presley et le portrait d’une Amérique en pleine crise identitaire.

Synopsis : Au volant de la Rolls Royce de 1963 d’Elvis Presley, PROMISED LAND nous entraîne dans une balade musicale sur les routes américaines, durant la campagne électorale de 2016, pour essayer de comprendre comment un garçon issu d’une petite ville s’est perdu en chemin puis est devenu le King tandis que son pays, qui fut une démocratie, est devenu Empire.

promised-land-documentaire-cannes2017- Eugene-Jarecki-volant-Rolls-Royce-1963-Elvis- PresleyQuelle folle ambition ! A travers une traversée des États-Unis à bord de la Rolls-Royce ayant appartenu au King en 1963, Eugene Jarecki dresse autant le portrait nuancé de la légende du rock’n’roll que celle de son pays en pleine incertitude à l’approche des dernières élections présidentielles américaines. Il faut dire que le documentariste a eu une inspiration bien sentie lorsqu’il a pris conscience que l’histoire d’Elvis était considérablement liée à celle de son pays. Plus encore, il y a vu la parfaite métaphore de l’ascension et de la chute du chanteur et anticipe les doutes et craintes de ses concitoyens sur son pays. Il ne s’agit de rien d’autre que de la mort du rêve américain. Promised Land exploite avec brio les témoignages de célébrités ou d’inconnus, justes et sincères, partisans et opposés, réfléchis et impulsifs. Tous ces échanges débordent de réflexion, d’humour, de conviction, de passion et de détresse. Promised Land semble ainsi universel en tout point tant il partage les points de vue de tous horizons et les met en parallèle avec le portrait de la plus grande idole des États-Unis et de l’empire dans lequel il évolue. Mais derrière le personnage au sourire ravageur et dansant « comme un noir« , il y avait le mal-être de l’homme en pleine crise existentielle. A une époque où le pays est en pleine explosion économique et capitaliste, Elvis Presley perce dans le milieu de l’industrie musicale et deviendra une figure inséparable de l’image des États-Unis à travers le monde. Il reniera ainsi toute opinion et personnalité au détriment du devoir son pays et de l’argent que celui-ci lui donne.

C’est dans la première partie du film que le parcours du chanteur est le plus fidèlement détaillé et discuté à travers différents témoignages, notamment ceux pour qui il n’a jamais rien signifié. Promised Land prend un virage radical à mi-parcours dès lors qu’il croise véritablement les premiers éléments de la réussite d’Elvis en parallèle du libéralisme prégnant des États-Unis. Car la vitalité personnelle et artistique du chanteur sera détournée par le cocktail destructeur du pouvoir et de l’argent, à l’instar des États-Unis qui ont vu leur propre santé sapée par un capitalisme impitoyable et le détournement du bien commun au profit d’intérêts privés. Le documentaire n’oublie pas de rappeler que cette « terre promise » a été bâtie sur les fondements du colonialisme, de l’esclavagisme, de l’apartheid et de l’argent, celui-là même qui participera à la mort soudaine d’Elvis. Derrière des milliers d’heures de rushs captées, Eugene Jarecki en a gardé le meilleur pour construire un récit qui évoque le passé, le présent, la politique et la culture de la figure d’Elvis Presley au sein de la première puissance mondiale que le documentariste juge comme étant devenu un empire. Un travail titanesque qui fait de Promised Land un très grand documentaire et déjà un incontournable de cette année. Nul doute qu’il continue sa route jusqu’aux prochains Oscars.

[SÉANCES SPÉCIALES] Promised Land

Un film de Eugene Jarecki
Avec Eugene Jarecki, Ethan Hawke, Ashton Kutcher
Distributeur : The Jokers / Les Bookmakers
Durée : 1h57
Genre : Documentaire
Date de sortie : Prochainement

États-Unis – 2017

Promised Land : Bande-annonce

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Cannes 2017 : A Prayer Before Dawn, croisement brutal entre le film carcéral et le film de boxe

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Présenté en séance de minuit, A Prayer Before Dawn (Une prière avant l’aube) a mis KO le public de la Croisette.

Synopsis : L’histoire vraie de Billy Moore, jeune boxeur anglais incarcéré dans une prison en Thaïlande pour détention de drogue. Dans cet enfer, il est rapidement confronté à la violence des gangs et n’a plus que deux choix : mourir ou survivre. Lorsque l’administration pénitentiaire l’autorise à participer à des tournois de Muay-Thai, Billy donne tout ce qui lui reste.

une-priere-avant-l-aube-cannes2017-film-a-prayer-before-dawn-joe-coleJean-Stéphane Sauvaire n’est pas un novice des univers violents et radicaux. Fort d’une expérience d’assistant réalisateur au milieu des années 1990 jusqu’en 2010, on doit au cinéaste français le film Johny Mad Dog, récit brutal d’enfants soldats africains qu’il avait lui-même écrit et co-produit, avec Matthieu Kassovitz, et qui avait obtenu le Prix de l’Espoir en 2008 à Un Certain Regard. Avec A Prayer Before Dawn, il revient à la réalisation neuf ans après son dernier long métrage. Sans doute attiré par les univers bestiaux où la violence est une nécessité pour survivre, il pose cette fois-ci sa caméra dans une prison thaïlandaise et y raconte la véritable histoire de Billy Moore, un boxeur condamné pour consommation de drogues qui sera prêt à tout pour survivre dans cet environnement hostile et primitif.

A Prayer Before Dawn est le croisement équilibré du film de genre carcéral et du film de boxe, à ceci près qu’il s’agit de boxe thaïlandaise, aussi appelée Muay-Thaï. On retrouve donc les codes de ces deux genres, soit le machisme, les guerres d’ego bestiaux des prisonniers et les habituelles scènes de viol et de suicide pour le genre carcéral, et l’entraînement intensif, la solidarité des combattants, l’entraîneur qui refuse puis accepte le nouvel arrivant et l’ascension d’un boxeur tout nouveau pour le film sportif. A défaut d’être original donc, Jean-Stéphane Sauvaire fait preuve de maîtrise dans l’immersion des prisons thaïlandaises, adoptant par moment une véritable démarche documentaire sur les conditions des détenus. Le film est entièrement porté par la force brute, la gueule cassée et la carrure de Joe Cole (dont le rôle était initialement proposé à Charlie Hunnam) qui explose l’écran et que les amateurs de Peaky Blinders reconnaîtront sans mal. Il est amusant de retrouver Vithaya Pansringarm au casting, comme si le film essayait d’être une relecture plus immersive et réaliste de Only God Forgives.

Si la confusion déroute dans les premières séquences de combat, celles-ci s’avèrent plus immersives dès lors que le récit avance. Elles se font plus brutales, et l’on sent la douleur, le sang et la sueur émanant de ces plans-séquences musclés. Pour autant le film reste très brouillon dans sa narration et semble s’étaler sur plusieurs sous-intrigues. Billy Moore est tiraillé de toutes parts, entre une relation avec un ladyboy, des dettes à devoir à d’autres détenus et le risque de perdre la vie à cause d’une hernie. Il y avait donc là des arcs narratifs intéressants mais que le cinéaste français ne fait que malheureusement effleurer. A Prayer Before Dawn souffre donc de son intention première, à savoir suivre linéairement le parcours de Billy Moore en prison sans lui apporter une véritable humanité. Il se bat, s’effondre, se relève et s’entraîne jusqu’à son combat final. S’il faut déjà un certain talent pour maîtriser ses scènes, il est dommage que le réalisateur n’ait pas chercher à les développer un peu plus, à l’instar de Dog Pound ou Les Poings contre les MursReste malgré tout un film viscéral et intense qui ne laissera pas indifférent, et dont la projection en séance de minuit aura bien malmené les festivaliers cannois. 

[HORS COMPÉTITION] A Prayer Before Dawn

Un film de Jean-Stéphane Sauvaire
Avec Joe Cole, Vithaya Pansringarm, Panya Yimmumphai
Distributeur : Wild Bunch
Durée : 1h56
Genre : Action, thriller
Date de sortie : Prochainement

France – 2017

A Prayer Before Dawn : Bande-annonce

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Cannes 2017 : Portrait cynique et désopilant des castes aisées avec The Square

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Après avoir offert un regard grinçant sur le couple moderne avec Snow Therapy, Ruben Östlund débarque en compétition officielle avec The Square et compte bien dérider les festivaliers.

Synopsis : Christian est un père divorcé qui aime consacrer du temps à ses deux enfants. Conservateur apprécié d’un musée d’art contemporain, il fait aussi partie de ces gens qui roulent en voiture électrique et soutiennent les grandes causes humanitaires. Il prépare sa prochaine exposition, intitulée « The Square », autour d’une installation incitant les visiteurs à l’altruisme et leur rappelant leur devoir à l’égard de leurs prochains. Mais il est parfois difficile de vivre en accord avec ses valeurs : quand Christian se fait voler son téléphone portable, sa réaction ne l’honore guère… Au même moment, l’agence de communication du musée lance une campagne surprenante pour The Square : l’accueil est totalement inattendu et plonge Christian dans une crise existentielle.

The-Square-Cannes-2017-Ruben-Ostlund-Elisabeth-MossDéjà passé par les sélections Un Certain Regard et la Quinzaine des Réalisateurs, Ruben Östlund est sélectionné pour la première fois en compétition officielle. Passé maître dans l’art de la comédie grinçante après le réjouissant Snow Therapy qui avait véritablement révélé le cinéaste suédois, ce dernier signe et persiste en présentant The Square, une allégorie insolente du monde de l’art contemporain. Ruben Östlund possède un regard réfléchi sur le monde qui l’entoure, observant l’absurdité de nos sociétés avec un œil sociologique juste et dérangeant. Il offre un rôle d’anti-héros parfait à Claes Bang, remis en question existentiellement après le vol de son téléphone et de son porte-feuille. C’est l’escalade pour lui d’une crise profonde qui le conduira à agir maladroitement dans sa vie amoureuse, sa vie professionnelle et sa vie de père modèle. Car The Square évoque avant tout la lâcheté qui consume la part d’humanité de tous ces gens des castes aisées. On pourrait dire que le ton se veut extrêmement moralisateur car le cinéaste ne lésine pas sur les confrontations d’images entre les mendiants et les bobos des expositions de musées, loin de toutes préoccupations contemporaines. Mais la portée de son film est bien plus cinglante que le seul regard sur la réalité qui l’entoure. Il scalpe avec précision les tares d’un milieu nombriliste et égoïste. On ne peut s’empêcher de croire que Ruben Östlund possède une énorme capacité d’auto-dérision puisqu’il décrit précisément le milieu arty dans lequel il évolue. En Suède, il lui est par ailleurs reproché d’être un artiste ambitieux et compétitif mais qui possède suffisamment d’ironie sur soi-même pour évoquer ce monde sans s’y oublier.

L’influence de Roy Andersson est évidente à l’écran tant le réalisateur offre une succession de plans-tableaux majestueux qui s’inscrivent dans le juste milieu qu’il dissèque. En prise avec la société, Ruben Östlund excelle dans ce cinéma formel qui pourrait bien glaner un Prix de la Mise en Scène tant chaque plan s’avère sophistiqué et accentue la dimension comique du film. Si la séquence d’avalanche était ce qu’il y avait de plus spectaculaire dans Snow Therapy en tant que climax de tous les enjeux à venir du film, c’est définitivement la scène du repas de gala, incongrue et source de malaise croissant, véritable clou du spectacle de The Square. Pour l’anecdote, l’interprète du performer qui joue le singe lors du dîner de gala est Terry Notary, un cascadeur et chorégraphe du mouvement hollywoodien dont les mouvements ont déjà été capturés pour des blockbuster comme Avatar, La Planète des Singes ou Kong : Skull Island. Comédie noire et psychologique, The Square pourrait néanmoins rebuter par sa durée tant le cinéaste semble parfois se perdre à étirer grossièrement ses scènes pour bousculer le spectateur et l’amener à une auto-réflexion. La portée présomptueuse de son film fait d’ailleurs office de point de clivage pour beaucoup de festivaliers qui n’y voit rien de plus qu’une démonstration de force hypocrite sur l’univers artistique. Pas étonnant que cette réaction émane du Festival de Cannes, où les costards et les robes de soirée s’accumulent sur la Croisette et lors des innombrables cocktails.

En apportant son lot de cynisme et de séquences jubilatoires et absurdes, The Square est une satire réjouissante sur le monde de l’art et s’inscrit dans la continuité de Toni Erdmann qui avait régalé la Croisette, l’an passé. Peut-être que le jury n’oubliera pas de citer à son palmarès une farce aussi drôle et cynique, contrairement au précédent jury. Ce serait mérité tant Ruben Östlund s’impose aujourd’hui comme l’auteur suédois le plus intéressant et accompli.

[COMPÉTITION INTERNATIONALE] The Square

Un film de Ruben Östlund
Avec Claes Bang, Terry Notary, Dominic West, Elisabeth Moss
Distributeur : BAC Films
Durée : 1h56
Genre : Drame
Date de sortie : Prochainement

Suède, Danemark, États-Unis, France – 2017

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Cannes 2017 : Visages Villages, un documentaire au triste goût d’inachevé

Deux ans après lui avoir remis une Palme d’Or pour l’ensemble de sa carrière, le Festival de Cannes ne cesse de rendre hommage à Agnès Varda. En résulte un documentaire « Visages Villages » présenté en Séance Spéciale dont la vue nous fait un peu regretter que le dernier coup d’éclat de cette grande dame du cinéma soit un film aussi convenu et pesant.

Synopsis : Agnès Varda et JR partent ensemble sur les routes françaises pour rencontrer des gens et poursuivre leur travail commun.

Cannes-2017-Visages-Villages-Agnes-Varda-JR-affichePour qui a suivi le travail de documentariste d’Agnès Varda ces dernières années (on pense notamment aux Plages d’Agnès), son gout pour se mettre en scène afin de parler de ses tourments mélancoliques est devenu une récurrence presque stylistique. La voir se complaire dans cette forme d’art n’a donc rien de surprenant si ce n’est qu’elle est ici accompagnée par JR, un artiste manifestement peu rompu à cet exercice qu’est celui de passer devant la caméra.  Puisque étant tous deux experts de l’image, et nourrissant un gout commun pour la photographie et les rencontres avec les « gens vrais », il n’aura pour ainsi dire pas été difficile de convaincre leurs amateurs respectifs qui ont massivement participé à la campagne de crowd-funding à l’origine du film. Des origines qui trouve d’ailleurs place au sein d’un road-trip dans l’esprit des films de Raymond Depardon ; nos deux compères traversant la France pour se mettre au contact de badauds à qui ils parlent de tout plein de sujets. Autant dire un projet passionnant dans sa proposition de cinéma-vérité, jusqu’à ce qu’il devienne flagrant que le principal sujet de tous les dialogues ne sera autre qu’eux-mêmes.

Nos deux artistes bien connus pour leur humilité respective se retrouvent ainsi au cœur d’un dispositif qui pourrait paraitre parfaitement nombriliste, et sombrant même souvent dans la complaisance auto-promotionnelle. Il est pourtant évident que les conversations les plus poseuses n’ont été rajoutés que pour venir compléter un montage déjà relativement insuffisant. Mais le résultat est là : voir Agnès filmer JR au travail devient de plus en plus rare tandis que les conversations vont se focaliser sur leur propre rapport à l’art et à la vie. Des échanges tour à tour légers et superficiels mais qui ne nous apportent que trop peu sur le questionnement propre à la création artistique que l’on attendait voir se créer comme fil conducteur. On s’émeut évidemment de les voir tous les deux habités par une profonde mélancolie mais moins de voir que cette nostalgie s’exprime à l’image par des flashbacks renvoyant à leurs précédentes réalisations. Et que le tout se fasse dans un échange de phrases post-synchronisées et rendu par un mixage son amateuriste fait perdre à ces moments d’émotions leur charme et leur spontanéité. Puisqu’il est pensé comme un film-testament, on regrettera qu’Agnès Varda puisse nous quitter sur ce petit film loin de l’audace à laquelle elle nous avait habitué.

Visages Villages [Hors compétition]

Un film d’Agnès Varda et JR
Avec Agnès Varda et JR
Distributeur : Le Pacte
Sortie le 28 juin 2017

France – 2017

Visages Villages : Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=YlQ104-3XYs

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Cannes 2017 : Rencontre avec Farah Al Qaissieh, la réalisatrice du court-métrage Un autre accent

Parce que le Festival de Cannes est aussi un vaste marché de films, longs comme courts, nous avons rencontré la fondatrice de l’association émirienne Stutter UAE venue présenter son court-métrage, dans lequel elle se met en scène dans son combat de tous les jours pour aider ceux qui, comme elle, parlent avec un bégaiement à accepter ce qui n’est pas, pour elle, un handicap mais « un autre accent ».

CineSeriesMag : Avant d’en faire un film, d’où vous vient votre combat pour être acceptée en tant que bègue? Avez-vous été mise à l’écart ?

Farah Al Qaissieh : Mon bégaiement n’est apparu vers mes 3 ans mais je n’ai le souvenir d’en avoir souffert qu’à partir l’âge de 14 ans, à une époque où c’étaient mes professeurs qui m’humiliaient sur ma façon de parler. Je suis donc devenue plus introvertie, je n’osais même plus parler, pour me protéger du regard des autres. Quand je suis arrivée à l’université, je n’étais pas la personne que je voulais être. J’ai donc choisi de m’assumer et de me revendiquer en tant que bègue, pour montrer que cela ne posait aucun problème, et le simple fait d’en parler m’a permis de reprendre confiance en moi. C’est à cette prise de conscience que je veux amener les jeunes au travers de l’association Stutter UAE (stutter signifie bégayer,  tandis que UAE est l’acronyme de United Arab Emirates, NDLR).

A quel moment avez-vous choisi de faire un film sur votre lutte? 

Farah Al Qaissieh : J’ai toujours voulu parler de mon quotidien de plusieurs manières possibles, et le faire sous forme d’un film est une opportunité qui est venue à moi, bien que je ne sache pas comment m’y prendre. En l’occurrence deux productrices qui avaient entendu parler de mon travail m’ont contacté, et, également parce que nous voulions montrer que nous pouvions travailler entre femmes, elles m’ont accompagné dans le tournage.

Est-ce que ça n’a pas été trop dur de se filmer alors que vous vous disiez très introvertie? 

Farah Al Qaissieh : Le tournage s’est bien passé, puisque je n’ai rien changé de mes habitudes, mais j’ai encore du mal à me voir à l’écran. Ça a été difficile de regarder le film une fois fini. J’ai pleuré la première fois que je l’ai vu.

Maintenant que le film est vendu au Festival de Cannes, est-ce que vous y voyez l’opportunité de répandre votre message à l’internationale?

Farah Al Qaissieh : C’est ce que j’espère des retombés du Festival puisque le bégaiement n’est ni une question de langue ni de pays mais touche des gens dans le monde entier.

Et après ça, pensez-vous continuer à utiliser le média cinéma dans votre lutte?

Farah Al Qaissieh : Absolument, puisque c’est le meilleur de toucher à l’universel.

Donc, prochaine étape, un long-métrage?

Farah Al Qaissieh : Qui sait?

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Cannes 2017 : Barbara, un film musical aussi abstrait que laborieux

Avec Tournée, Mathieu Amalric avait prouvé qu’il aimait filmer les scènes musicales. Il remet le couvert avec ce qui devait être un hommage à Barbara mais s’apparente finalement à un exercice narcissique.

Synopsis : Une actrice va jouer Barbara, le tournage commencer bientôt. Elle travaille son personnage, la voix, les chansons, les partitions, les gestes, le tricot, les scènes à apprendre, ça va, ça avance, ça grandit, ça l’envahit même. Le réalisateur aussi travaille, par ses rencontres, par les archives, la musique, il se laisse submerger, envahir comme elle, par elle.

Loin de réaliser un simple biopic de la chanteuse en noir auquel on pouvait s’attendre avec un tel titre, Mathieu Amalric s’amuse à jouer avec les codes du genre pour les mettre en abyme dans un maelstrom narratif pour le moins laborieux. Ici, Jeanne Balibar n’interprète pas Barbara mais Brigitte, une actrice qui joue Barbara. De la même manière, Mathieu se donne le rôle du réalisateur de ce film musical. Les apparitions de Barbara, la vraie, l’originale, se font dans l’étude, par Brigitte donc, des archives de la chanteuse. L’idée d’explorer ces documents pour saisir la personnalité de la chanteuse aurait pu être bonne si il n’apparaissait rapidement que la véritable intention d’Amalric n’était autre que de filmer Balibar chanter du Barbara. Pourquoi alors ce système de film dans le film quand il aurait pu se contenter d’une comédie musicale ? Sans doute tenait-il à explorer les coulisses d’un tournage, mais alors en faire une fiction dont les deux personnages sont des caricatures de leur interprète n’est, puisqu’il est impossible de parler ici d’autodérision, qu’un pur caprice histrionique incapable de s’assumer comme tel.

Les fans de Barbara seront évidemment ravis d’écouter la bande-originale mais n’apprendront que peu de choses sur elle (si c’est le cas, alors grand bien leur fasse de se procurer le documentaire datant de 1972 dont est tirée la plupart des images d’archive) et, pire encore, ils seront désarçonnés de la voir disparaitre derrière le jeu neurasthénique de Jeanne Balibar. Ce sont en revanche les amateurs de l’actrice qui se plairont à la voir dans ses exercices d’appropriation d’un rôle, et de préparation vocales, mais, encore une fois, le recul qu’impose le fait qu’il s’agisse d’une fiction empêche de pleinement profiter de ses passages intimes. Ne resteront alors que les scènes de chant, qui se seraient suffises à elles-mêmes si Mathieu Amalric ne s’était pas fourvoyé dans une fausse interrogation sur leur pouvoir de fascination. Le seul sens à donner à son personnage est en effet de se demander si son regard ébahi devant ces prestations est destiné à la chanteuse, lui rendant ainsi un véritable hommage, ou inversement à l’actrice, faisant alors de son interprétation un acte de pur fétichisme nostalgique, voir morbide. S’il avait réussi à explorer cette piste sur la durée, c’est toute la légitimité des biopics classiques qui en aurait un coup, mais puisque son dispositif se retourne rapidement contre lui, c’est son propre travail qui apparait comme dérangeant.


 [Un certain regard] Barbara

Un film de Mathieu Amalric
Avec Jeanne Balibar, Mathieu Amalric
Distribution : Gaumont
Durée : 98 minutes
Genre : Biopic
Date de sortie : 30 août 2017

France – 2017

Barbara : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=gprgEZ1NBrY

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Cannes 2017 : Un homme intègre, puissant brûlot politique iranien présenté à Un Certain Regard

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Mohammad Rasoulof présente le bouleversant Un Homme intègre dans la sélection Un Certain Regard, pamphlet anti-corruption dont l’administration iranienne avait tenté d’interdire le tournage.

Synopsis : Reza, installé en pleine nature avec sa femme et son fils, mène une vie retirée et se consacre à l’élevage de poissons d’eau douce. Une compagnie privée qui a des visées sur son terrain est prête à tout pour le contraindre à vendre. Mais peut-on lutter contre la corruption sans se salir les mains ?

Reza-Akhlaghirad-film-un-homme-integre-cannes2017L’Iran n’est pas réputé pour être un pays bienveillant avec la liberté d’expression, comme en témoigne le sort réservé aux derniers films de Jafar Panahi. Mais lorsque Thierry Frémaux présente le film dans la catégorie Un Certain Regard, il se montre diplomate et estime que le pays a depuis connu de profonds bouleversements politiques. Pourtant, Un homme intègre montre bien à quel point toute l’administration du pays est façonnée pour corrompre les hommes droits et justes, et que tôt ou tard, on ne peut y échapper. Collaborateur de Jafar Panahi, Mohammad Rasoulof a déjà été condamné  à six ans de prison (peine réduite après avoir fait appel) et à vingt ans d’interdiction de tournage pour « actes et propagande hostiles à la République Islamique d’Iran ». Mais, à l’instar de son partenaire iranien et malgré les pressions politiques, il n’a jamais cessé de tourner, comme en témoigne son sixième long métrage qui a pu voir le jour grâce à différents stratagèmes pour éviter les suspicions des autorités. Son nouveau film suit donc le parcours de Reza, un homme qui a toujours choisi une troisième voie au choix qui s’offre à la vie de tout iranien : être oppresseur ou oppressé. Reza a choisi de fuir cet avenir peu reluisant en quittant Téhéran pour vivre modestement avec sa femme et son fils sur une parcelle de terre destinée à l’élevage de poissons au nord du pays. Il n’est pas riche mais son éthique est sauve et lui permet de dormir sur ses deux oreilles. Mais lorsqu’il se retrouve confronté à une société privée qui souhaite lui racheter son terrain, il va devoir prendre des décisions qui s’imposent. C’est alors que le film prend une tournure dramatique attendue mais efficace, soit le dilemme moral d’un homme confronté à plusieurs choix et dont chacun aura des conséquences dans sa vie et auprès de sa famille.

C’est là que Reza Akhlaghirad apporte une plus-value indéniable au film puisqu’il interprète avec force de caractère et rigueur ce personnage qui ne sait pas comment affronter ces choix. Chaque action entreprise entraîne son lot de conséquences désastreuses sur le plan social puis progressivement familial : plus Reza avance dans le récit, plus sa carrure semble figée comme si elle tentait de contenir la colère d’un homme qui ne souhaite que vivre et subvenir à sa famille sans déranger personne. Son regard déterminé et perdu au loin est bouleversant. Il tente en vain d’arranger la situation et de maintenir son statut d’homme de la famille mais son caractère têtu ne fait qu’envenimer les choses jusqu’à l’impossible vérité. Si le film offre quelques moments beaux esthétiques, la mise en scène souligne avec conviction le poids des institutions du pays sur cet homme dont le cadre cinématographique vient de plus en plus serrer le personnage principal, agissant logiquement comme l’oppression qu’il ressent. Pas de quoi transcender la Croisette mais suffisant pour marquer les esprits et nous faire rallier au destin de Reza qui tente bien malgré lui de trouver une issue heureuse.

Un homme intègre agit comme une représentation dure et réaliste mais surtout comme un formidable pamphlet contre la corruption qui gangrène l’Iran et dont les esprits les plus talentueux se battent avec force et détermination pour dire la vérité sur un pays encore loin d’être fidèle aux Droits de l’Homme. Un homme intègre est une oeuvre politique bouleversante qui pourrait bien figurer au palmarès cannois.

[UN CERTAIN REGARD] Un homme intègre

Un film de Mohammad Rasoulof
Avec Reza Akhlaghirad, Soudabeh Beizaee, Nasim Adabi
Distributeur : ARP Sélection
Durée : 1h57
Genre : Drame
Date de sortie : Prochainement

Iran – 2017

Un homme intègre : Extrait

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