Le Roi Arthur : La Légende d’Excalibur, un film de Guy Ritchie : Critique

Repoussé moults fois par la Warner qui espérait pouvoir en tirer une franchise rentable, Le Roi Arthur : La Légende d’Excalibur s’avère être un four au box-office, en plus d’une cible facile pour la critique. Acharnement injustifié ou véritable ratage ?

Synopsis: Arthur, un enfant des rues de Londonium élevé par des prostituées apprend qu’il est l’héritier du roi Uther Pendragon lorsqu’il réussit à sortir l’épée Excalibur de son rocher. Il va alors devoir combattre ses peurs et unir le peuple breton pour vaincre Vortigern et retrouver le trône qui lui revient.

Il est des mythes qui sont ancrés si profondément dans l’imaginaire collectif qu’une adaptation cinématographique semble tomber sous le sens. on pourra citer ici les mythologies grecque et égyptienne ou, en ce qui nous concerne, des légendes arthuriennes. La nouvelle adaptation se retrouve donc entre les mains de Guy Ritchie, le réalisateur ayant accouché de Snatch en 2000 et des Sherlock Holmes de 2009 et 2011. On est donc face à un metteur en scène avec une identité visuelle mais surtout rythmique extrêmement reconnaissable qui dirige Charlie Hunnam (Pacific Rim, Sons of Anarchyet Jude Law (Bienvenue a Gatacca, Existenz). 

Et en effet dès les premières minutes, pas de doute, c’est bien Guy Ritchie derrière la caméra avec une scène d’introduction qui fait le boulot, tout en nous laissant apercevoir ce qui va s’avérer être l’enjeu majeur du film : l’alchimie entre la réalisation de Ritchie et le modèle du blockbuster. L’introduction en question fonctionne plutôt bien, puisqu’on on se retrouve au milieu d’une bataille dantesque opposant les mages menés par Mordred et les humains menés par Uther Pendragon dans un déluge d’effets numériques cutés au couteau avec plans complexes et flash-forward en veux-tu en voilà.

Après une séquence assez fouillis de la mort du père absolument prévisible, on se retrouve projeté dans les rue de Londonium, le Londres médiéval, avec un Arthur élevé dans un bordel. Il enchaîne les petits larcins accompagnés de ses amis dont vous aurez oublié le nom 3 secondes après qu’il ait été prononcé lors d’une séquence nerveuse et presque épileptique comme Guy Ritchie sait les faire. « Parfait alors ! Guy Ritchie a gardé sa patte, et le mélange médiéval/petit gangster  donne un décalage vraiment sympathique » se dit alors le spectateur pensant passer un bon moment. C’est malheureusement sans compter sur l’écrasant poids du blockbuster moderne et un retour rapide à la réalité : le scénario et les personnages.

En effet, si plus personne n’est surpris de voir un blockbuster avec un scénario aussi prévisible que celui d’une sitcom, il reste quand même fortement frustrant de voir à quel point la construction des personnages est faible dans ce film. Alors qu’ils sont sacrément nombreux, la plupart sont définis par leur nom uniquement, quand ils ont la chance d’en avoir un a peu près mémorable, avec des acronymes tels que « fesse d’huître », « bâton mouillé » et « Kung-fu George ». Le plus gênant étant la place laissée aux femmes : tout les personnages féminins présents dans le film ne servent qu’à être sacrifiés pour faire avancer le scénario, à l’exception d’un membre de la cour et de « la Mage », personnage féminin principal joué par Astrid Berges Frisbey (I Origins) auquel on ne prendra même pas le temps de donner un nom.

Pour faire simple, le seul personnage autour duquel il y a un enjeu est le seul dont on sait qu’il va réussir son objectif, c’est-à-dire devenir roi, sachant que c’est le titre du film. Mention spéciale néanmoins à Charlie Hunnam, impeccable dans son interprétation qui sera surement le seul à tirer son épingle du jeu. On remarquera également David Beckham, apparaissant une trentaine de seconde vaguement maquillé dans le rôle du caméo le plus boiteux  et inutile de 2017.  On se retrouve alors dans un film où le spectateur n’est à aucun moment impliqué et où on lui demande d’éprouver de l’empathie pour des personnages sans âme qu’il a à peine aperçu dans le fond derrière Arthur durant quelques scènes. Au point où la énième mort de personnage dont on ignore le nom en devient presque comique (ce qui donnerait néanmoins un excellent jeu a boire).

Mais tout n’est pas à jeter, au contraire. Le film dégage une ambiance « badass » au possible avec sa direction artistique impeccable et ses combats nerveux, et, même si le boss final sort tout droit du dernier Dark Souls, certaines scènes sont parcourues d’un véritable vent épique malgré le manque d’enjeu. Enfin la patte de Ritchie est bien là, dans les plans complexes, les dialogues et dans le montage de certaines scènes. Il serait exagéré de dire que le film est mauvais, mais il est très inégal et ne parvient pas à marquer l’esprit du spectateur malgré les quelques fulgurances qu’il propose.

A ce jour on peut affirmer sans trop se mouiller que les seules adaptations dignes d’intérêt des aventures des chevaliers de la table ronde sont ce que l’humour anglais et français ont su apporter de mieux : respectivement Les Monty Python et leur Sacré Graal et Alexandre Astier avec Kaamelot. De l’humour donc, car regardons la réalité en face, les adaptations sérieuses de la légende, quelle que soit leur qualité (souvent moyenne tout de même), ne se sont que très peu démarqué. Et cette dernière ne déroge pas a la règle à cause de son manque d’ambition et d’enjeu qui le rend très oubliable malgré ses qualités non discutables, enterrant très probablement les chances d’une suite potentielle.

Bande-annonce Le Roi Arthur : La Légende d’Excalibur

Le Roi Arthur : La Légende d’Excalibur – Fiche technique

Réalisateur: Cyril Gelblat
Scénario : Joby Harold, Guy Ritchie, David Dobkin et Lionel Wigram,
Interprétation : Charlie Hunnam, Astrid Berges Frisbey, Jude Law

Musique : Daniel Pemberton

Photographie : John Mathieson

Décors : Gemma Jackson

Direction artistique : Thomas Brown

Costumes : Annie Symons
Producteurs : Akiva Goldsman, David Dobkin, Joby Harold, Guy Ritchie, Tory Tunnell et Lionel Wigram
Société de production : Safehouse Pictures, Village Roadshow Pictures, Warner Bros., Weed Road Pictures et RatPac-Dune Entertainment
Distributeur : Warner Bros
Durée : 126 minutes
Genre: Action, aventure
Date de sortie : 17 mai 2017

Américain, australien, britannique – 2017

Auteur : Yvan Ribollet

 

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