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Cannes 2017 : L’Amant d’un jour, ou l’insaisissable romance par Philippe Garrel

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Initiée en 2013 avec La Jalousie et poursuivie L’Ombre des femmes, la trilogie des tourments amoureux de Philippe Garrel se clôt en noir et blanc avec L’Amant d’un jour, nouvelle représentation juste et sensible des affres de l’amour présentée à la Quinzaine des Réalisateurs.

Synopsis : C’est l’histoire d’un père et de sa fille de 23 ans qui rentre un jour à la maison parce qu’elle vient d’être quittée, et de la nouvelle femme de ce père qui a elle aussi 23 ans et vit avec lui.

l-amant-d-un-jour-Eric-Caravaca-Louise-Chevillotte-film-en-noir-et-blanc-cannes2017Les films de Philippe Garrel se suivent et se ressemblent. Des hommes et des femmes, ils s’aiment, se trompent et s’aiment à nouveau avant de ne plus s’aimer. Ou bien est-ce l’inverse. Toujours est-il que si le propos reste le même, Philippe Garrel est de ces cinéastes qui peuvent se vanter de saisir des thématiques maintes fois évoquées mais qui arrivent à toujours à nous toucher au plus profond de nous-mêmes. La mise en scène épurée permet de traiter avec la justesse nécessaire ces maux qui tourmentent le cœur des personnages. Comment ne pas s’identifier à Esther Garrel qui vient de subir la première rupture amoureuse de sa vie ? Comment ne pas sourire de malice face au regard passionné de Louise Chevillotte ? Comment ne pas ressentir la même colère qu’Eric Caravaca ? Tout ceci participe à nous ancrer dans un récit dont la forme minimaliste permet de se concentrer avant tout sur la représentation des situations et l’écriture des dialogues. Mais si dispositif réduit il y a, il ne faut en aucun cas enlever au directeur de la photographie Renato Berta la maîtrise de son travail esthétique, notamment sur les courants de lumières et les cadres. Par ailleurs, il n’y a bien que chez Garrel où l’on filme aussi bien les balades à deux dans les rues de Paris, ponctuées des dialogues les plus importants comme si l’extérieur était un meilleur endroit pour oser se dire les choses. La vérité est à l’extérieur alors que les lieux clos sont synonymes de tromperie et de mensonge. La voix-off apporte un regard extérieur qui participe incontestablement à la réussite du film, comme s’il s’agissait d’un conte universel que l’on pourrait raconter aux amoureux d’aujourd’hui. L’amour blesse, mais la vie continue et des blessures, il y en aura d’autres.

Certains diront que Garrel raconte toujours la même chose mais ce serait manquer d’attention face aux changements qui s’opèrent de films en films. En premier lieu, l’homme qui passe désormais au second plan et les femmes qui décident de prendre en mains les rênes de leur indépendance et de leur sexualité. Le cinéaste offre une grâce sensuelle à ses comédiennes, belles de jour et de nuit. Avec ses airs d’Anaïs Demoustier, Louise Chevillotte sublime l’écran par sa simplicité et son charme naturel à chacune de ses apparitions, tandis qu’Esther Garrel émeut et amuse par sa naïveté face aux découvertes des tourments sentimentaux. Et même le plus philosophique des hommes  (Eric Caravaca, romantique crédule et touchant) peut se révéler maladroit et surtout imbécile de croire que l’infidélité peut être supportée. A travers ce personnage masculin, le cinéaste nous dit que l’infidélité blesse dès lors qu’elle est découverte mais il a toujours la justesse d’équilibre pour évoquer l’amour contemporain d’une jeunesse aussi frivole que passionnée, en témoigne cet ultime baisé envolé. Philippe Garrel l’a confirmé, L’Amant d’un jour vient donc clore la trilogie qu’il avait démarrée avec La Jalousie et poursuivi avec L’Ombre des Femmes. Il en a aussi fini avec le noir et blanc. On espère juste qu’il n’en a pas terminé avec les sentiments amoureux car il n’y a bien que Garrel en France qui sait les filmer avec la délicatesse d’un homme qui a compris qu’il ne fallait rien comprendre à l’amour. 

[QUINZAINE DES REALISATEURS] L’Amant d’un jour

Un film de Philippe Garrel
Avec Eric Caravaca, Esther Garrel, Louise Chevillotte
Distributeur : SBS Distribution
Durée : 1h16
Genre : Fantastique, Thriller, Romance
Date de sortie : 31 mai 2017

France – 2017

L’Amant d’un Jour : Bande-annonce

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Cannes 2017 : Okja joue sur la corde sensible et fait taire les haters… mais pas les hackers

S’il est devenu le film le plus attendu de la compétition ce n’est que pour son mode de distribution, mais Okja n’est pas qu’un produit vendu en ligne, c’est aussi l’œuvre d’un réalisateur aguerri dans l’art délicat du mélange  des genres.

Synopsis : Une petite fille devient amie avec un cochon fabriqué génétiquement appelé Okja. Mais lorsque la taille du cochon prend des proportions gigantesques, la multinationale responsable de sa création décide de le reprendre, forçant la petite fille maintenant adolescente à partir en mission afin de le retrouver.

okja-film-Seo-Hyun-Ahn-Tilda--Swinton-cannes-2017-film-netflixQuelques images et une bande-annonce n’auront pas suffi pour laisser entrevoir le travail de Bong Joon-ho. Pire encore, le teaser mis en ligne la veille de sa présentation officielle nous annonçait une fable enfantine et naïve. C’est aussi le sentiment que peuvent donner les premières minutes du film : entre une Tilda Swinton qui fait sa Tilda Swinton (à savoir extravagante et méconnaissable) et un Giancarlo Esposito qui singe son rôle de Gus Fringe dans Breaking Bad, suivis d’un long quart d’heure sur la ballade de la jeune Mija et de son porcelet géant en images de synthèse, on se dit que l’on est en terrain connu. Fort heureusement, la qualité des effets numériques, et surtout le pouvoir d’attendrissement de ce duo transracial sont tels que notre âme d’enfant est vite touchée et on se laisse prendre au jeu. Le mécanisme narratif qui va se construire ensuite est lui aussi caractéristique des histoires que l’on aimait tant étant plus jeunes, époque Sauvez Willy, et pourtant le soin apporté aux différents personnages, qu’il s’agisse des extrémistes de la cause animale ou de la directrice de cette multinationale aux faux airs de Monsanto, nous évite le manichéisme qu’il y avait à craindre.

Difficile de ne pas tomber sous le charme de cette grosse bestiole malgré son physique repoussant, et donc de ne pas prendre parti pour ses protecteurs. Contrairement à Swinton et Esposito qui restent dans leur registre respectif, Paul Dano renvoie une image à la fois dangereuse et ingénue qui lui sied à merveille, et Jake Gyllenhaal est en totale roue libre dans la peau d’un véto-showman excentrique, une performance comique que l’on n’attendait pas de lui. Mais, assurément, la révélation d’Okja est la jeune Ahn Seo-Hyun qui, du haut de ses treize ans, peut légitimement prétendre au Prix d’interprétation féminine. Et le film n’est pas non plus qu’un véhicule à acteurs : le message qu’il délivre au fur et à mesure que se développe l’intrigue est parfaitement dans l’air du temps et ne devrait laisser aucun de ses spectateurs indifférents. Derrière sa photographie bariolée signée par  Darius Khondji (saluons également sa performance à contre-emploi !), Bong Joon-ho installe un film furieusement désenchanté. Cet attendrissant mélange des genres lui évite surtout de livrer un pensum végataliste démonstratif mais tente plutôt de jouer avec notre imagination commune pour nous mettre face à une réalité qui semble justement sortie d’un cauchemar d’enfant. Ce talent à faire naitre un récit aussi mature à partir d’un pitch au demeurant parfaitement puéril devrait ravir tous les spectateurs… et peut-être même les jurés.

Et pour finir, un conseil d’ami : Restez jusqu’à la fin du générique.

[COMPETITION OFFICIELLE]  Okja

Un film de Bong Joon-Ho
Avec Tilda Swinton, Paul Dano, Seo-Hyun Ahn, Hee-Bong Byun
Distributeur : Netflix
Durée : 1h58
Genre : Action, Aventure, Drame
Date de disponibilité sur Netflix : 28 juin 2017

Corée du Sud, Etats-Unis – 2017

Okja : Bande-annonce

 

Cannes 2017 : Sicilian Ghost Story inaugure avec émotion la 56ème édition de La Semaine de la Critique

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Sous couvert d’offrir une relecture onirique et émouvante de Roméo et Juliette en ouverture de La Semaine de la Critique, Sicilian Ghost Story n’évite pas l’écueil de lasser à force de tirer son récit en longueur.

Synopsis : Dans un village sicilien aux confins d’une forêt, Giuseppe, 13 ans, disparaît. Luna, une camarade de classe, refuse la disparition du garçon dont elle est amoureuse et tente de rompre la loi du silence. Pour le retrouver, au risque de sa propre vie, elle tente de rejoindre le monde obscur où son ami est emprisonné et auquel le lac offre une mystérieuse voie d’accès.

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Après avoir remporté le Grand Prix Nespresso en 2013 avec le polar Salvo, le duo de réalisateurs italiens Fabio Grassadonia et Antonio Piazza ont eu l’honneur d’ouvrir la sélection de la Semaine de la Critique avec Sicilian Ghost Story, leur deuxième long métrage. Ils s’inspirent cette fois-ci d’un fait divers transalpin macabre (l’enlèvement d’un enfant par la mafia) pour moderniser le mythe romantique qu’est Roméo et Juliette en le teintant d’une dose d’onirisme bien sentie. En croisant le fait bien réel à la fiction romantique la plus connue à ce jour, les deux cinéastes évoquent l’oubli dans la pensée collective et les conséquences des actions malheureuses de la mafia sur la population. L’amour pur et innocent de deux enfants se voit vite freiné par l’arrivée impromptue de la mafia qui kidnappe cet ersatz de Roméo pour faire chanter son père, devenu repenti et indic pour la police italienne. Aucun recours ne semble être envisagé ou envisageable et c’est le cœur lourd que cette Juliette des temps modernes poursuit sa vie, tout en gardant l’espoir de retrouver son amour perdu. La réalité et le fantastique s’entremêlent dans ce récit où finalement il devient difficile de démêler le vrai du faux, jusqu’à son final à libre interprétation.

La mise en scène des deux italiens offrent quelques beaux moments esthétiques, à la croisée de l’onirisme brumeux d’un Guillermo del Toro et de l’académisme figé du drame familial européen. A cela, il faut ajouter que Sicilian Ghost Story use et abuse d’effets percutants et de mise en scène pour appuyer le contraste polar/fantastique et les métaphores qui ponctuent l’intrigue. Sans compter que dans sa dernière partie, la justesse des débuts laisse place à un récit inutilement étiré qui abaisse considérablement la poésie à mesure que le temps passe et que la lassitude se fait sentir. Ce second film du duo italien démontre une certaine maîtrise de la mise en scène et du propos anti-mafia mais rebute par le manque de subtilité. Sicilian Ghost Story a permis d’ouvrir cette 56ème édition de la Semaine de la Critique en évoquant un mythe intemporel tout en le contextualisant dans une réalité bien réel, c’est sans doute la principale force du récit mais difficile d’y voir davantage, et en soi c’est bien dommage.

[SEMAINE DE LA CRITIQUE] Sicilian Ghost Story

Un film de Fabio Grassadonia et Antonio Piazza
Avec Julia Jedlikowska, Vincenzo Amato, Corinne Musallari, Sabine Timoteo, Federico Finocchiaro…
Distributeur : Jour2fête
Durée : 2h02
Genre : Fantastique, Thriller, Romance
Date de sortie : Prochainement

Italie, France, Suisse – 2017

Sicilian Ghost Story : Bande-annonce

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Cannes 2017 : La Lune de Jupiter (Jupiter’s Moon), une impardonnable faute de goût

Comme une réponse à ceux qui n’avait pas saisi l’allégorie à la crise migratoire dans son thriller canin White God, Kornél Mundruczó semble avoir pensé son Jupiter’s Moon comme un autre traitement du même sujet, sans mystère ni poésie. Le résultat n’en est que plus lourdaud et pompeux.

Synopsis : Un jeune migrant se fait tirer dessus alors qu’il traverse illégalement la frontière. Sous le coup de sa blessure, Aryan découvre maintenant qu’il a le pouvoir de léviter. Jeté dans un camp de réfugiés, il s’en échappe avec l’aide du Dr Stern qui nourrit le projet d’exploiter son extraordinaire secret. Les deux hommes prennent la fuite en quête d’argent et de sécurité, poursuivis par le directeur du camp. Fasciné par l’incroyable don d’Aryan, Stern décide de tout miser sur un monde où les miracles s’achètent.

Qu’a t-il pris à Kornél Mundruczó de partir d’un contexte sociétal aussi grave que le sort des immigrés en Hongrie pour bâtir un conte fantastique aussi dénué de sens que ce Jupiter’s Moon ? Sans doute a t-il cru malin de placer une allégorie christique dans un cadre tel que son personnage principal pourrait apparaitre comme un guide spirituel… sauf que non. La chose qui ressort de ce personnage, dénué de tout charisme messianique, qui se met, sans véritable raison, à défier les lois de la gravité est finalement d’être une victime de plus dans un système oppressant. Alors quoi? Donner comme message qu’il vaut mieux être un demi-dieu pour avoir sa place en Europe? Si c’est le cas, son discours est tout simplement détestable. A moins qu’il n’ait fait que se trouver un prétexte bateau pour épater la galerie avec quelques effets spéciaux désuets. Alors c’est sa proposition de cinéma qui est détestable. Dans les deux cas, il est difficile de soutenir son long-métrage et tout ce qu’il implique.

En termes de réalisation, certaines scènes de course-poursuite sont bien filmées, ce qui était le moindre que l’on puisse attendre d’un cinéaste dont le précédent film était justement une longue course-poursuite. Coté personnages, le misérabilisme larmoyant qui entoure le jeune Aryan et le cynisme propre à Laszlo, qui veut faire de lui une bête de foire, font d’eux un duo dont les relations et leur réchauffement amical sont sans surprise, mais sont finalement la sous-intrigue la plus évocatrice sur le plan politique. Le principal antagoniste est quant à lui un individu mal défini au sens où il est tour à tour tueur pour la Police des frontières, directeur d’un centre d’accueil et inspecteur de la police criminelle. Le symbole un peu abstrait du pouvoir en place en est si flagrant qu’il en devient absurde. Que reste t-il alors? Uniquement ces fameuses scènes de lévitation, un effet visuel vertigineux (jusqu’à la nausée?) utilisé plusieurs fois dans le film, qui n’ont rien de révolutionnaire en 2017, et dont la redondance accentue la grossièreté.

Dans la catégorie film opportuniste, Jupiter’s Moon s’impose comme un véritable champion, le film n’étant finalement là que pour essayer de capitaliser sur le succès de White God dans la catégorie « cinéma de genre à fort message politique » sans jamais y amener la moindre idée. De quoi donner les premières huées de la Croisette… et, espérons, les dernières. 


[COMPETITION INTERNATIONALE] Jupiter’s Moon

Un film de Kornél Mundruczó
Avec Majd Asmi, Mónika Balsai, Zsombor Barna
Distribution : Pyramide
Durée : 123 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 01 novembre 2017

Hongrie, Allemagne – 2017

Jupiter’s Moon : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=qSNNubBp5WY

 

 

Cannes 2017 : Avant la fin de l’été de Maryam Goormaghtigh fait l’ouverture de l’ACID

La 25ème édition de l’ACID s’ouvre sur Avant la fin de l’été, un émouvant docu-fiction filmé en toute humilité sur les routes de France et interrogeant sur l’amitié et le déracinement.

Synopsis : Après 5 ans d’études à Paris, Arash ne s’est pas fait à la vie française et a décidé de rentrer en Iran. Espérant le faire changer d’avis, ses deux amis l’entraînent dans un dernier voyage à travers la France

cannes2017-film-avant-la-de-l-ete-acidDepuis quatre années qu’elle les côtoie et a su en déceler le potentiel cinégénique au point de s’amuser régulièrement de les filmer, Maryam Goormaghtigh s’est rapproché du trio formé par Arash, Hossein et Askan au point d’avoir eu envie de les suivre dans leur road-trip en Province. Le dispositif n’est pas sans rappeler les derniers documentaires de Raymond Depardon, et ses longues balades en voitures dans la France rurale. La différence c’est qu’ici les voyageurs sont trois potes, tous originaires d’Iran où l’un d’eux –le plus ventripotent des trois– a choisi de retourner.

Mélancolique dans leurs rapports à leurs pays d’origine et d’adoption, le film se construit autour de dialogues et de situations dont la pure véracité est parfois difficile à avaler… mais n’est-ce pas là le sort de tout documentaire ? Ce dont on ne peut pas douter en revanche c’est de la sincère amitié de ces trois hommes, et de leurs doutes respectifs vis-à-vis de leur avenir en France, mais aussi des femmes.

Trois excellents acteurs et tout autant de personnages de cinéma que l’on aimerait voir compter parmi ses proches. Espérons que leur film saura séduire le public à sa sortie en salle, sans tomber dans le piège du communautarisme. Ce serait fort dommage au vu de l’universalité du propos.

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[ACID] Avant la fin de l’été

Un film de Maryam Goormaghtigh
Avec Arash, Hossein, Ashkan, Charlotte et Michèle dans leur propre rôle
Distributeur : Shellac
Durée : 1h 20min
Genre : Documentaire
Date de sortie : Avant la fin de l’été 2017
Français, Suisse – 2017

Avant la fin de l’été : Bande-annonce

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Cannes 2017 : À l’Est d’Un Certain Regard, rien de nouveau avec Western

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Présenté à Un Certain Regard, Western est le film d’auteur dramatique formaté par excellence qui, malgré quelques qualités, ne fera pas date dans cette édition 2017.

Synopsis : Un groupe d’ouvriers allemands prend ses quartiers sur un chantier pénible aux confins de la campagne bulgare. Ce séjour en terre étrangère réveille le goût de l’aventure chez ces hommes, alors que la proximité d’un village les confrontent à la méfiance engendrée par les barrières linguistiques et les différences culturelles. Rapidement, le village devient le théâtre de rivalités entre deux d’entre eux, alors qu’une épreuve de force s’engage pour gagner la faveur et la reconnaissance des habitants.

Western-Meinhard-Neumann-film-selection-un-certain-regard-cannes2017Valeska Grisebach n’en est pas à son premier coup d’essai. La cinéaste fait partie de cette nouvelle génération que l’on qualifie de « Nouvelle Vague allemande » désormais porté par la réalisatrice Maren Ade qui avait rendu la Croisette hilare l’an passé avec Toni Erdmann, et dont Valeska Grisebach avait été consultante script. Ce coup-ci, c’est Maren Ade qui collabore avec Valeria Grisebach puisqu’elle co-produit son film, dans l’espoir sans doute de revivre le coup d’éclat de l’an passé. Après avoir présenté ses précédents longs métrages à Berlin ou Toronto, la presque cinquantenaire allemande a mis dix ans pour réaliser son troisième long métrage. En posant sa caméra au sein d’une exploitation hydraulique bulgare en construction, il ne fait pas de doute que la réalisatrice souhaite montrer des territoires de l’Est reculés, au sein des coexistences européennes et où l’Union Européenne ne semble pas encore avoir noyé le poisson des tensions passées. C’est ainsi que la caméra ne quitte presque jamais le personnage de Meinhard, héros taiseux et libre comme l’air, tel un Clint Eastwood à moustache ou un indien apache, notamment lors des séquences où Meinhard évoque son rejet de la violence. On retrouve donc les codes les plus connus du genre western, à savoir un milieu viril dont la raison de vivre n’est autre que d’asseoir sa propriété et de conquérir les territoires vierges. Les femmes sont secondaires et ne font que conforter la réputation de ces hommes. On négocie à table autour d’un alcool local et on se serre la main en promettant sa fille à son nouveau partenaire. Chaque geste peut être interprété comme un signe de provocation, entre les étrangers et les locaux dont la langue reste une barrière sociale évidente. La tension est palpable et un simple regard de travers suffit pour qu’une situation s’envenime et en fasse pâtir tout le territoire. C’est pour ces raisons que Western est un titre parfaitement adapté à la situation du film, témoin d’une époque révolue mais qui semble persister dans certains pays reculés. 

On pense évidemment à Dogs et Voir du Pays à l’issue de la projection, deux films l’an passé qui évoquaient certaines thématiques communes (la difficulté d’adaptation, le rejet de l’étranger, la violence machiste, etc.) et qui étaient présentés tous deux à Un Certain Regard. Peut-être faut-il y voir le point commun d’une compétition qui année après année reprend des films au propos sensiblement identique pour maintenir une sélection qui ne se renouvelle pas ou peu. On regrette alors un film qui ne renouvelle aucunement cette thématique et se voit plombé par une prévisibilité évidente. L’immersion au sein de ce groupe d’ouvriers brille par la justesse des dialogues, bruts et sans compromis tout comme les séquences de chantier participent au réalisme du film. Néanmoins, c’est dans son propos même que le film a du mal à exister, sans compter que la longueur du chantier aura vite fait de blaser les plus intéressés, tant la seconde partie semble être étirée en longueur pour aboutir à un dénouement tout ce qu’il y a de plus simpliste et sans audace. A l’instant où le générique de fin a démarré, des voix se sont élevées et ont clamé : « Tout ça pour ça ? », oui preuve que Western n’a rien à apporter en plus sur des interrogations maintes fois évoquées et avec plus de brio. Il serait extrêmement surprenant de le voir repartir avec un prix.


[UN CERTAIN REGARD] Western

Un film de Valeska Grisebach
Avec Meinhard Neumann, Reinhardt Wetrek, Syuleyman Alilov Letifov
Distributeur : /
Durée : 120 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : Indéterminée

Allemagne, Bulgarie, Autriche – 2017

Western : Bande-annonce

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Once Upon A Time Saison 6, une série de Edward Kitsis et Adam Horowitz

Après toutes ces années, ce dimanche 15 mai, Once Upon A Time Saison 6 s’est achevé sur un double épisode servant à clore toute la mythologie autour de la Sauveuse depuis son commencement. Entre nouvelle malédiction, bataille finale et reboot en perspective, revenons sur les points forts de cette nouvelle saison.

Synopsis : Rien ne va plus depuis leur retour de New York, Regina s’est séparée de sa moitié maléfique The Evil Queen qui entend bien se venger des Charming, Mr Hyde s’est proclamé comme nouveau chef de Storybrook alors que les personnages des histoires non racontés commencent à s’installer. En parallèle, Emma souffre d’un mal-être et d’étranges visions qui annonceraient sa mort prochaine…

 La fin d’une ère et le début d’une autre…

once-upon-a-time-saison-6-posterAlors que la 5ème saison était assez chaotique à travers des épisodes plutôt inégaux, Once Upon A Time réussi à relancer son intrigue grâce à plusieurs storylines assez réussies.
Les scénaristes ont eu la bonne idée de ne plus séparer l’histoire en deux parties distinctes (comme c’était le cas des saisons 3 à 5), afin de revenir à ses fondamentaux et se rapprocher de l’écriture des deux premières saisons.
De ce fait, la première partie de saison développe une intrigue autour de Regina et son double maléfique et les péripéties des Histoires non racontées.
En effet, le spectateur découvre de nouveaux contes modernes qui permettent d’apporter plus de nuances et de nouveautés aux flash-backs qui étaient centrés sur les contes de fées traditionnels jusqu’à présent. Ainsi, nous avons la présence de Mr Hyde, du capitaine Nemo, mais aussi de Morphée lui-même dans ce début de saison.
Quant à la seconde moitié de Once Upon A Time, les origines de Rumple sont dévoilées avec la présence de sa mère, la Fée Noire, antagoniste de la saison, et même de toute la série.
L’enjeu principal concerne Emma qui s’apprête à accomplir son destin, ce que les showrunners ont planifié au fil de ces six années. En conséquence, alors que l’année dernière les spectateurs découvraient le mythe du Ténébreux, cette fois-ci la saison 6 abordera le rôle central des Sauveurs, protecteurs de la lumière et des fins heureuses.

once-upon-a-time-saison-6-deniz-akdneniz-karen-davidAinsi, comme à chaque fois, nous avons quelques nouveaux personnages secondaires tirés des contes de fées qui s’installent à Storybrooke. Les créateurs ont eu la brillante idée de nous présenter Aladdin et Jasmine, avec leur propre storyline : sauver Agrabah de Jafar. L’intérêt d’avoir mis en place ces personnages nourrit l’histoire des Sauveurs pour apporter plus de compréhension à la mission d’Emma, notre héroïne.
De plus, nos personnages principaux ont aussi droit à un développement soutenu toute la saison, que ce soit Regina qui permet à son double d’avoir une fin heureuse avec Robin, Rumple et Belle qui tentent de récupérer leur fils captif de la Fée Noire, ou Emma et Crochet qui s’apprêtent à se marier en fin de saison.
Tous les éléments sont mis en place pour nous offrir une saison pas parfaite, mais de loin meilleure que les précédentes.

once-upon-a-time-saison-6-jennifer-morrison-colin-o-donoghueLe double Season Finale aurait presque des airs de Series Finale si Once Upon A Time n’avait pas été renouvelée pour une saison 7.
La Fée Noire lance sa malédiction pour séparer Emma de sa famille, dans le but qu’elle perde la foi, ce qui entrainerait la destruction des royaumes enchantés. Il semblait logique pour les scénaristes de faire écho à la première saison avec l’aide d’Henry, qui est l’enfant qui a lancé toute l’histoire. Il est le seul à se rappeler, et à pouvoir aider Emma à lutter pour la bataille finale, qui est un combat psychologique plutôt que physique. Elle doit trouver le moyen de croire à nouveau à la magie pour sauver sa famille.
Finalement, c’est le network ABC qui crée la surprise. Au lieu d’annuler la série sur une bonne note, avec les intrigues closes pour tous nos héros sur une bonne note, les indices laissés en début et fin d’épisode montrent un Henry adulte qui doit croire à son tour en la magie avec l’arrivée de sa fille à Seattle.

Reboot nécessaire ? Absolument pas, la conclusion était parfaitement écrite sans donner envie aux spectateurs d’avoir nécessairement besoin d’une saison supplémentaire.
Cependant, on peut faire confiance aux créateurs pour un dernier tour de magie. Avec l’absence de Jennifer Morrison et l’ensemble des membres du casting qui n’ont pas renouvelé leurs contrats, la série se recentrera autour des personnages de Regina, Hook, Rumple, et le Henry adulte interprété par Andrew J. West.

Once Upon A Time saison 6 offre un scénario maîtrisé pour chacun des personnages comme pour son intrigue principale autour d’Emma qui voit son histoire bouclée. La relève semble assurée avec Henry qui doit, à son tour, sauver sa famille des années plus tard. La saison 7 sera-t-elle la dernière ? A vous d’en juger en septembre…

La sixième saison de Once Upon A Time a réuni, en moyenne, 3,15 millions de téléspectateurs avec un taux de 0,94 chez les 18/49 ans.

Once Upon A Time saison 6 : Bande-annonce

Once Upon A Time saison 6 : Fiche Technique

Créateurs : Edward Kitsis, Adam Horowitz
Réalisation : Dean White
Scénario : Geofrey Hildrew
Interprétation : Jennifer Morrison (Emma), Lana Parrilla (Regina), Ginnifer Goodwin (Blanche Neige), Josh Dallas (David), Jared S. Gilmore (Henry), Robert Carlyle (Rumplestilkins), Emilie De Ravin (Belle), Colin O’Donoghue (Crochet), Rebecca Mader (Zelena)
Direction artistique : Michael Norman Wong
Décors : Mark Lane
Costumes : Eduardo Castro
Photographie : Stephen Jackson
Montage : Mark Flemming, Tom Dahl
Musique : Mark Isham, Michael Bader
Casting : Veronica Collins Rooney, Corinne Clark, Jennifer Page
Producteurs : Samantha Thomas, Kathy Gilroy, Edward Kitsis, Adam Horowitz, Steve Pearlman
Société de production : ABC Studios
Format : 22 épisodes de 42 minutes
Diffusion : ABC
Genre : dramatique, fantastique
États-Unis – 2011

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Les fantômes d’Ismaël, un film d’Arnaud Desplechin : critique

Do you speak Desplechin ? Si oui, alors son nouveau film, Les Fantômes d’Ismaël, est totalement pour vous, un film brillant des mille feux de ses références littéraires et cinématographiques, mais un film trop foisonnant, partant dans trop de directions, et où le cinéaste en donne plus qu’il n’en faut.

Synopsis : À la veille du tournage de son nouveau film, la vie d’un cinéaste est chamboulée par la réapparition d’un amour disparu…

L’homme qui en savait trop

Les Fantômes d’Ismaël d’Arnaud Desplechin est le film d’ouverture, hors compétition, de la Sélection Officielle du Festival de Cannes 2017. On retiendra les mots Hors Compétition, car ils caractérisent de manière tellement juste le nouvel opus du roubaisien.

Existant dans deux formats différents, VO/VF comme le cinéaste les a définies lui-même, le film sera vu en France dans une version compatible avec la diffusion toutes les deux heures en multiplexes, et à l’étranger puis plus tard en DVD, dans sa version originale, non expurgée si on peut dire. L’auteur dit dans un interview récent accordé aux Inrocks d’une version « pour ceux qui parlent déjà le Desplechin » ! Pourtant les quelques 200 minutes de la VF sont déjà suffisamment foisonnantes, Desplechin parlant lui-même de 5 films en un.

La scène d’ouverture prend par surprise : une discussion dans le clair obscur d’une taverne entre quelques diplomates d’un autre temps qui devisent sur un de leurs mystérieux camarades, un certain Ivan/Dedalus, interprété ici par un Louis Garrel dont le crâne rasé pour les besoins de son rôle de Godard dans le Redoutable de Hazanavicius, prête l’air lunatique qu’il faut à cet étrange diplomate/espion. Le même espion qui a déjà disparu mystérieusement en Russie dans Trois souvenirs de ma Jeunesse, le précédent film du cinéaste. Car comme d’habitude, le film fait partie de la sorte de continuum que constitue son œuvre. Les prénoms valsent d’un film à l’autre, les personnages aussi, et les acteurs ne sont pas en reste, Mathieu Amalric en tête…

Assez vite cependant, on se recentre sur Ismaël (Mathieu Amalric), un homme de cinéma qui fait un film à propos de son frère Ivan, cité ci-dessus. Ismaël est une personne exaltée dont la femme Carlotta (Marion Cotillard) a disparu depuis plus de 21 ans, et qui essaie de se reconstruire auprès de Sylvia, sa nouvelle amoureuse (Charlotte Gainsbourg). A l’unisson avec le père de Carlotta, ils ne se consolent pas de cette perte. Le retour de Carlotta, surgissant de nulle part sur la plage de Noirmoutier, achève de le retourner complètement. Mettant en abyme ses histoires, le film dans le film, les actions parallèles, les nombreuses digressions, Arnaud Desplechin a l’ambition de nous amuser, de nous dérouter, mais au risque de nous perdre. Autant ces va-et-vient incessants entre le passé et le présent (« le présent c’est de la merde » dira Ismaël à un moment du film) étaient très lisibles, voire très délimitées dans le très beau Trois Souvenirs de ma Jeunesse, autant le film passe ici de Douchanbé à Roubaix, d’un espace temps à un autre, des scènes de tournage à la vraie vie dans un maelström étourdissant et assez foutraque.

Il faut donc bel et bien parler le Desplechin pour réussir à voir au-delà de toute cette fougue et comprendre l’intégralité de son dispositif. Charlotte Gainsbourg est remarquable dans le rôle de la copine astrophysicienne qui a la tête dans les étoiles et qui couve sous des dehors austères une passion dévorante. Mathieu Amalric est égal à lui-même, un génial acteur qui n’a pas de limites pour interpréter un génial personnage qui n’a pas de limites. Mais les références littéraires et cinématographiques sont si nombreuses, les fantômes de Desplechin si multiples, qu’il faut sacrément s’accrocher pour le suivre, au point de perdre toute possibilité de se laisser emporter par l’histoire. Carlotta, le fantôme en chef, l’absente revenue, un personnage complexe,  peu aimable et pure en même temps, achève de rendre le film fatigant. L’interprétation de Cotillard, très « fille » à dessein selon les desiderata du cinéaste, tombe à côté au regard du jeu de Gainsbourg et d’Amalric, tout en chuchotements bergmaniens.

Et pourtant, Les Fantômes d’Ismaël aurait pu être un film passionnant. Ainsi, Desplechin théorisant à travers Mathieu Amalric sur le Lavender Mist de Jackson Pollock peut paraître comme une posture, ou un vrai régal que nous offre ce cinéaste cultivé. Ses folles digressions sur les perspectives, sur le cinéma, sur l’amour, le judaïsme et tutti quanti sont passionnantes prises une à une, mais l’ensemble est, comment dire, too much. Peut être cette amputation d’une bonne demi-heure de la VF explique le déséquilibre qu’on ressent à propos du film.

Les fantômes d’Ismaël : Bande annonce

Les fantômes d’Ismaël : Fiche technique

Réalisateur : Arnaud Desplechin
Scénario : Arnaud Desplechin, Léa Mysius, Julie Peyr
Interprétation : Mathieu Amalric (Ismaël Vuillard), Marion Cotillard (Carlotta), Charlotte Gainsbourg (Sylvia), Louis Garrel   (Ivan), Alba Rohrwacher (Arielle / Faunia), László Szabó (Bloom), Hippolyte Girardot (Zwy)
Musique : Grégoire Hetzel
Photographie : Irina Lubtchansky
Montage : Laurence Briaud
Producteurs : Pascal Caucheteux, Vincent Maraval
Maisons de production : Why Not, Wild Bunch
Distribution (France) : Le Pacte
Récompenses : Sélection officielle, film d’ouverture Hors compétition, Cannes 2017
Durée : 105 min. (Version courte)
Genre : Drame
Date de sortie : 17 Mai 2017
France – 2017

 

Cannes 2017 : Avec Wonderstruck, Todd Haynes fait vibrer le cœur des festivaliers

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Présenté en Compétition Internationale, Le Musée des Merveilles (Wonderstruck) sonne comme le retour de Todd Haynes sur la Croisette, deux ans après Carol. Il signe une ode à l’enfance spielbergienne maîtrisée, quoiqu’en manque d’étoffe mais dont la sensibilité pourrait faire mouche parmi les festivaliers.

Synopsis : Ben et Rose souhaitent secrètement que leur vie soit différente ; Ben rêve du père qu’il n’a jamais connu, tandis que Rose, isolée par sa surdité, se passionne pour la carrière d’une mystérieuse actrice. Lorsque Ben découvre dans les affaires de sa mère (Michelle Williams) l’indice qui pourrait le conduire à son père et que Rose apprend que son idole sera bientôt sur scène, les deux enfants se lancent dans une quête à la symétrie fascinante qui va les mener à New York.

Wonderstruck-film-Jaden-Michael-Oakes-Fegley-cannes2017

Après avoir marqué les esprits avec Carol en 2015, obtenant un Prix d’Interprétation à Cannes pour Rooney Mara et nommé à six reprises aux Oscars, Todd Haynes retrouve les marches du Palais des Festivals avec Wonderstruck, l’adaptation du roman de Brian Selznick, à qui l’on doit déjà L’Invention de Hugo Cabret. Au visionnage du film, on ne pourra donc pas être étonné de retrouver les mêmes thématiques qui jalonnaient le film de Martin Scorsese. A cinquante ans d’écart, on découvre le parcours de deux enfants, liés par une surdité commune. Todd Haynes partage son amour du cinéma d’autrefois et concilie le noir et blanc du muet au film parlant pop pour créer une œuvre hybride d’une sensibilité à toute épreuve. Plus encore, Todd Haynes semble avoir été aussi émerveillé par le cinéma de Spielberg, celui qui célèbre l’enfance à travers l’ensemble des films qu’il a réalisés ou produits, d’E.T aux Goonies en passant par Hook. Wonderstruck offre ainsi une double aventure infantile dont la symétrie troublante de deux temporalités différentes apporte son lot de fraîcheur à un genre qui n’avait plus retrouvé la grâce spielbergienne depuis longtemps.

Mais c’est véritablement dans le traitement que le style Haynes se fait ressentir, et plus maîtrisé que jamais. La mise en scène révéle le talent du cinéaste pour les plans académiques mais sophistiqués. Véritable amoureux des époques révolues du cinéma, Todd Haynes s’attache à transmettre la magie de l’âge d’or du cinéma hollywoodien en l’insérant dans notre époque, comme ont su le faire Hugo Cabret et The Artist en leurs temps. D’un premier univers sublimé par le jeu un poil poussif des acteurs, au second prenant place dans le New-York des années 70, en pleine émergence pop et funky, Todd Haynes traite ces deux époques avec le style et la justesse qu’il convient. Par ailleurs, le son semble avoir bénéficié d’un traitement tout particulier puisque les transitions entre les époques muettes et parlantes ainsi que la composition musicale apportent une plus-value indéniable à la poésie du film.

On pourra sans difficulté reprocher à Wonderstruck un manque de panache, des dialogues enfantins qui ne volent pas bien hauts, quelques effets désuets (le générique d’ouverture), un suspense artificiel et une naïveté qui fera parfois lever les yeux au ciel mais Todd Haynes assume cette naïveté et il faut bien dire qu’elle s’avère réconfortante dans une sélection cannoise qui privilégie année après année les films sociaux âpres et rudes (cf. Loveless, vu la veille). Difficile de nier que le film saura toucher l’âme d’enfant qui sommeille dans chaque festivalier. Si Wonderstruck fonctionne donc à plusieurs niveaux, difficile néanmoins de croire qu’il puisse être de taille face aux autres morceaux attendus de la compétition, mais rien n’est encore joué.


[COMPETITION INTERNATIONALE] Le Musée des Merveilles (Wonderstruck)

Un film de Todd Haynes
Avec Julianne Moore, Oakes Fegley, Millicent Simmonds
Distribution : Metropolitan FilmExport
Durée : 117 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 15 novembre 2017

Etats-Unis – 2017

Wonderstruck : Bande-annonce

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Cannes 2017 : Un beau soleil intérieur, la valse des sentiments selon Claire Denis

On ne pourra plus dire de Claire Denis que son cinéma est sec et dépressif. Avec Un beau soleil intérieur, elle signe une comédie romantique écrite avec un sens des dialogues exceptionnel et portée par un casting quatre étoiles. On peut le dire : La Quinzaine des Réalisateurs commence très bien.

Synopsis : Isabelle, divorcée, un enfant, cherche un amour. Enfin un vrai amour.

L’ouverture sur une scène de sexe tournée de façon frontale et sans émotion est symptomatique du cinéma de Claire Denis : brut et sans tabou. Elle est aussi programmatique de l’étonnant marivaudage qui va suivre, à savoir un film où l’amour n’est pas à chercher là où on l’attend. Mais où alors ? C’est cette question presque rhétorique qui hante le personnage d’Isabelle tout au long du film.  Jouée par une Juliette Binoche que l’on aura rarement vue aussi solaire, cette quarantenaire en mal d’amour enchaîne les rencontres, les espoirs et les désillusions. Parce qu’elle est entourée du plus beau casting de ce Festival de Cannes et que les dialogues échangés sont d’une incroyable justesse, chacune des scènes est un petit plaisir. C’est ainsi que Xavier Beauvois se retrouve dans la peau d’un banquier au franc-parler méprisant et que Nicolas Duvauchelle campe un comédien complaisant qui préfère s’écouter parler plutôt que donner du réconfort (entendez, du sexe) dont la pauvre Isabelle a tant besoin. Certaines rencontres sont plus mémorables que d’autres, notamment celle de Philippe Katerine, dont la présence est un effet comique à elle seule, mais aussi et surtout, Gérard Depardieu qui clôt le film dans une tirade inoubliable, mélange de sincérité attendrissante et de vile manipulation émotionnelle.

Formellement, un tel film fait ainsi de saynètes verbeuses aurait pu tomber dans le piège de la mise en scène plan-plan, mais Claire Denis a eu la bonne idée de filmer chacun de ses personnages d’une manière différente. Le ton est léger, d’une remarquable subtilité, mais le rythme ne semble pas forcément approprié à celui de la comédie, dû à un manque d’expérience de la réalisatrice dans ce genre. On a ainsi l’impression d’avoir par moment affaire à des scènes qui s’étirent dans l’attente du bon mot (qui ne vient pas forcément), sans pour autant que la qualité d’écriture n’en pâtisse pour qui saura chercher la subtilité entre les lignes. Si le manque affectif n’est pas aisément sujet à la gaudriole, les situations absurdes dans lesquelles il entraîne les personnages sont un inépuisable levier comique autant que mélodramatique. C’est ce paradoxe qu’a su éclairer Claire Denis et sa scénariste, la romancière Christine Angot.

Un beau soleil intérieur : Bande-annonce

[QUINZAINE DES RÉALISATEURS] Un beau soleil intérieur

Un film de Claire Denis
Avec : Juliette Binoche, Josiane Balasko, Nicolas Duvauchelle, Philippe Katerine, Xavier Beauvois, Alex Descas, Gérard Depardieu…
Distributeur : Ad Vitam
Durée : 94 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 27 septembre 2017

France – 2017

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Cannes 2017 : Faute d’amour (Loveless) ouvre la compétition sans coup d’éclat

Après un Leviathan remarqué pour son audace formelle, Andrey Zvyaginstev revient à l’observation millimétrée des sentiments au Festival de Cannes 2017 avec le drame Faute d’amour (Loveless). Un sujet récurrent chez lui (on pense au très bel Elena) qu’il parvient à maitriser dans ce qui n’est pourtant, en apparence, qu’un film d’auteur austère.

Synopsis : Boris et Genia sont en train de divorcer. Ils se disputent sans cesse et enchaînent les visites de leur appartement en vue de le vendre. Ils préparent déjà leur avenir respectif : Boris est en couple avec une jeune femme enceinte et Genia fréquente un homme aisé qui semble prêt à l’épouser… Aucun des deux ne semble avoir d’intérêt pour Aliocha, leur fils de 12 ans. Jusqu’à ce qu’il disparaisse…

Une ambivalence d’ailleurs perceptible dès le début, puisque dès ses premières images, Zvyaginstev donne la mesure de ce qui va suivre : une image froide et des mouvements de caméra rares mais signifiants. En somme, le voilà qui use d’une technique racée à laquelle il a bien du mal à rattacher ses dialogues. Il suffit ainsi de voir le regard distant du jeune Alyosha (Matvey Novikov, qui n’est pas sans rappeler l’excellent Aleksei Kravchenko de Requiem pour un massacre) sur les engueulades de ses parents, pour comprendre que c’est dans les non-dits et les effets de mise en scène que passera l’essentiel de son message. A ce titre, il est agréable de voir émerger quelques mouvements souples, donnant de la vie et de l’espoir, au milieu de ces nombreux plans fixes qui appuient l’impossibilité de ces parents à vivre ensemble. Cette opposition symbolique se poursuit ensuite jusqu’à la fin, puisque chaque scène de vie ou d’amour retrouve un peu de cette légerté. C’est notamment des scènes de sexe adultérin, shootés avec plusieurs travellings timides mais néanmoins très pudiques. Une démarche qui ne manquera pas de raviver un certain classicisme sur l’ensemble mais qui va heureusement se retrouver contrebalancée par une photographie grisonnante splendide et des acteurs savant exprimer leurs troubles dans une intrigue qui sait faire montre d’un certain talent dès lors qu’il est question d’émouvoir. Mais, on vous voit venir, un couple qui part en va-l’eau, un enfant disparu : tout indiquait qu’avec Loveless que l’on se rapprochait du thriller Prisoners. Il n’en est rien, puisque au mystère du premier, Zvyaginstev y préfère le minimalisme dans un mélodrame qui cherche à explorer les failles des rapports familiaux et sociétaux. Il fait d’ailleurs plus que ça : si certains se plairont à y voir une allégorie politique, il semble surtout pertinent de noter que le film n’échoue cependant pas à dénoncer la pression perçue par ce couple dissonant pour respecter leur mariage religieux mais aussi un pouvoir régalien –en l’occurrence la police de St Petersbourg– bien conscient de sa propre incompétence.

Sans rien apporter de neuf à la vaste thématique des familles dysfonctionnelles, Loveless parvient néanmoins par son habileté à constamment nous laisser dans l’attente et le doute. Pas de quoi tenir le premier choc de la compétition ni une œuvre qui fera date, mais au moins un film astucieux et qu’on se le dise, plutôt bien mené.


[COMPETITION INTERNATIONALE] Loveless (Nelyubov)

Un film de Andreï Zviaguintsev
Avec Maryana Spivak, Alexei Rozin
Distribution : Pyramide Distribution
Durée : 127 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 02 Septembre 2017

France, Russie – 2017

Loveless : Bande-annonce

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Ouverture du festival de Cannes 2017 : glamour, engagement et polémique

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Jour d’ouverture de la 70ème édition du Festival de Cannes, et la polémique Netflix est sur tous les fronts : Pedro Almodóvar et Will Smith ont clairement affiché leur désaccord lors de la conférence de presse. Mais en fin de journée, on pouvait compter sur Monica Bellucci pour ouvrir les festivités avec grâce et sensualité.

Pour rappel, avec la sélection de deux films Netflix en compétition (Okja et The Meyerowitz Stories), le Festival de Cannes a osé l’impensable : Et si la Palme d’Or n’était pas diffusé dans les salles obscures françaises ? Car Netflix n’a aucun intérêt à sortir simultanément ses deux films sur grand et petit écran, surtout en connaissance des conditions de la sacro-sainte chronologie des médias hexagonale.

Lors de la conférence de presse du jury cannois, un journaliste a interrogé les jurés à ce propos. Pedro Almodóvar lui a déclaré :

« Ce serait un énorme paradoxe que la Palme d’Or ou un autre prix revienne à un film qui ne puisse pas être vu en salles […] Cela ne veut pas dire que je ne suis pas ouvert ou que je ne vais pas célébrer les nouvelles technologies, mais, tant que je serai en vie, je me battrai pour la capacité hypnotique du cinéma sur le spectateur »

Des propos qui expliquent à demi-mot la position du Président du Jury quant au fait de récompenser un film qui n’aurait même pas les honneurs d’être distribué dans les salles obscures. A l’inverse, Will Smith a tenu à tempérer la situation et s’est porté en défenseur de la plate-forme et de sa légitimité au sein de la compétition internationale :

« Netflix n’a aucune influence sur la façon dont mes proches appréhendent le cinéma. Ce sont deux formes différentes de divertissement. Avec Netflix ils regardent des choses qu’ils n’auraient jamais vu autrement, cela amène beaucoup de connectivité avec le monde qui les entoure. On y trouve des films qui ne sont pas visibles sur un écran de cinéma à des milliers de kilomètres à la ronde. Ils découvrent ces artistes et recherchent leur travaux en ligne, tous ces artistes méconnus ou underground. Netflix n’a rien fait d’autre que développer et élargir la compréhension du monde cinématographique de mes enfants. »

Des arguments de poids des deux côtés pour un débat houleux qui n’a pas fini de faire couler de l’encre et qui semblent déjà indiquer le désaccord qui va animer le comité de jurés de cette soixante-dixième édition.

Mais en fin de journée, tous les regards étaient tournés vers la cérémonie d’ouverture présentée par Monica Belluci pour la deuxième fois de sa carrière. Des voix se sont élevés pour juger la tenue hautement sensuelle de la récente James Bond Girl italienne mais il fallait y voir davantage un hommage à Cannes et à ce que le festival représente, tant la diva y apparaissait comme une créature fellinienne accomplie.

Elle déclarera en premier lieu que Cannes est l’endroit « où toutes les voix peuvent être écoutées, parce que le langage du cinéma n’appartient à aucun territoire, et en même temps à tous les territoires« . Parmi les 19 films de la compétition, 12 sont réalisés par des femmes, une grande première dans l’histoire du Festival. Monica Bellucci a tenu à rendre hommage à ces femmes en expliquant que « Cannes est comme une femme, dont l’âge qui avance ne peut que faire grandir sa force créatrice ».

Après un montage des meilleures scènes de la filmographie d’Almodóvar, le Président du Jury 2017 est apparu ému sur la scène du Grand Théâtre Lumière en déclarant qu’il s’agissait de la première fois où il était nommé président d’un jury et qu’il serait un meneur « subjectif, passionné et souple ». Une soirée conclue en beauté avec la projection du film d’ouverture d’Arnaud Desplechin, Les Fantômes d’Ismaël.