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Paris, Texas, un film de Wim Wenders : critique

Avec Paris, Texas, Wim Wenders signe une de ses œuvres les plus connues et un hommage aux USA et à son cinéma.

Synopsis : Un homme est retrouvé, muet et errant dans le désert, en plein Texas. Son frère, habitant Los Angeles, est contacté pour venir le rechercher. Il ne l’avait pas revu depuis quatre ans.

Des plans splendides sur le désert, des espaces infinis, quelques notes d’une musique signée Ry Cooder… De nos jours, Paris, Texas est plus qu’un film : c’est une des œuvres iconiques d’un certain cinéma, un de ces hommages passionnés de cinéaste européen envers le 7ème art américain, et une des rares palmes d’Or incontestées de l’histoire du festival de Cannes.

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A l’origine du film, il y a un cinéaste allemand, Wim Wenders, qui s’était déjà fait remarquer par son admiration pour le cinéma américain (voir son film L’Ami Américain, avec Dennis Hopper, par exemple) et pour un de ses genres phares, le road movie. Avec Au fil du temps ou Alice dans les villes, le cinéaste avait déjà transposé avec succès en Allemagne (en RFA, à l’époque) ce genre typiquement américain. Wenders, présent aux USA depuis 1977 à la demande de Francis Ford Coppola pour préparer un film sur le romancier Dashiell Hammett, y fait la rencontre qui sera l’acte de naissance de Paris, Texas : l’acteur, écrivain et scénariste Sam Shepard. Celui-ci, co-scénariste de Zabriskie Point d’Antonioni, vient de finir un recueil de nouvelles, Motel Chronicles, qu’il fait lire au cinéaste allemand.

« Il y a une image qui existait dans une seule phrase des petites histoires de Motel Chronicles. L’image de quelqu’un qui quitte le freeway et se met en marche droit dans le désert (…). C’est une seule phrase et c’est vraiment là que le film a commencé. » Wim Wenders

Paris, Texas se déroule en trois actes, dans trois lieux différents, et avec trois ambiances particulières.

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Le premier acte se situe en plein désert du Texas. Travis (Harry Dean Stanton) marche, seul, loin de tout, en dehors même des chemins. Muet, il avance un peu comme un zombie, comme s’il devait uniquement aller droit devant lui. Il ne semble plus vraiment appartenir à l’humanité. « Tu as une tête de déterré », lui dira son frère Walter (Dean Stockwell), accentuant encore cette image d’un personnage presque mort.

Un personnage qui est ici parfaitement à sa place. Dans ce décor désertique, l’humanité est inexistante et tout semble mort. Les maisons sont abandonnées, les carcasses de voitures finissent de rouiller. Wenders installe une totale cohérence entre le décor et le personnage. Le mutisme de Travis correspond au silence de ces espaces infinis. La maigreur famélique du personnage est mise en parallèle avec la sobriété de la mise en scène et de la musique.

Dans cette première partie, Wenders réalise le road movie ultime : le voyage sans but, qui ne sert ni à fuir ni à poursuivre quelqu’un ou quelque chose. Le personnage qui va droit devant lui, perdu au bout du monde, loin de toute humanité, l’endroit tellement désertique qu’il en devient même irréel et magnétique. L’errance comme mode de vie, ou de non-vie pour un personnage plus mort que vivant.

Le second acte est très différent. Arrivé à Los Angeles, Travis vit chez son frère Walter, la femme de celui-ci, Anne (Aurore Clément), et leur enfant Hunter (qui est, en fait, le propre fils de Travis, qu’il a abandonné pour partir dans son errance désertique).

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Cette partie est basée sur l’opposition entre les deux frères. Là où Travis menait une vie libre dans le mutisme et loin de tout, Walter représente l’Américain moyen, vivant au cœur de la civilisation. L’un est dans le monde obsessionnel de ses pensées, l’autre est dans la réalité triviale : une vie de famille, un travail, une maison, etc.

Cette partie est peut-être la moins intéressante du film. Le spectateur voit vite où Wenders veut en venir : ce sont les difficiles retrouvailles entre un père et son fils. C’est le portrait d’un enfant qui découvre que ses parents ne sont pas vraiment ses parents. C’est aussi la certitude, pour nous spectateurs, que Travis n’est pas fait pour une vie sédentaire. Enfermé dans cette maison, il semble aussi à l’étroit que lorsqu’il enfile un des costumes de son frère. A peine arrivé, il passe la nuit à scruter l’horizon avec des jumelles. Et Wenders nous montre un décor chargé par l’omniprésence de routes, autoroutes, aéroports, bref tout une série de chemins qui sont autant d’appels du large.

Du coup, personne n’est vraiment surpris lorsque Travis reprend la route. Il a retrouvé un fils, il lui faut maintenant retrouver sa femme, Jane (Nastassja Kinski). Retour vers le Texas, non plus celui du désert, mais la grande ville, Houston, présentée comme un lieu de perdition qui s’oppose à la pureté du début du film. Et le spectateur aborde alors un final splendide, très chargé d’émotions, l’histoire d’un amour fusionnel et libre, loin de toutes conventions sociales.

Parce que finalement, c’est bien là un des thèmes majeurs du film, la liberté. Thème central de tout road movie, dont Wenders a su saisir l’essence. La liberté absolue d’un homme, et celle d’un amour fou, douloureux, tellement hors-norme qu’il en devient impossible.

Malgré ce que l’on pourrait qualifier de ventre mou, Paris, Texas reste une œuvre forte et émouvante, justement récompensée par une des rares Palmes d’or incontestées.

Paris, Texas : bande annonce

Paris, Texas : fiche technique

Réalisateur : Wim Wenders
Scénario : Wim Wenders, Sam Shepard, Kit Carson, d’après une nouvelle du recueil Motel Chronicles, de Sam Shepard
Interprètes : Harry Dean Stanton (Travis), Dean Stockwell (Walter), Nastassja Kinski (Jane), Aurore Clément (Anne), Hunter Carson (Hunter)
Montage : Peter Przygodda
Photographie : Robby Müller
Musique : Ry Cooder
Producteur : Don Guest, Anatole Dauman
Sociétés de production : Road Movie Filmproduktion, Argos Film, Westdeutscher Rundfunk, Channel 4 films, Pro-ject Filmproduktion, Wim Wenders Stiftung
Société de distribution : Argos Films
Genre : drame
Durée : 147 minutes
Date de sortie en France : 19 mai 1984

France-RFA- 1984

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Homeland saison 6 : critique série

Revenue sur nos écrans un peu plus tard que d’habitude, Homeland a pris son temps et ça a payé. La série revient avec une saison 6 différente, plus intime et surtout plus pessimiste, en total accord avec l’actualité. 

La menace intérieure

Cette année, Homeland, la série à suspense, reine du cliffhanger et de l’action, commence étonnement sobrement. Si les premiers épisodes paraissent laborieux et un peu lents, ils servent à poser les bases de cette sixième saison. Une nouvelle saison en slow burner qui instaure progressivement ce climat de paranoïa et de malaise qui va persister jusqu’à la fin. Se détachant, au début du moins, du thriller, la saison 6 d’Homeland ressemble plus à un drame, se focalisant sur ses personnages.

Si Claire Danes n’avait plus rien à prouver quant à sa qualité d’actrice, elle arrive encore à nous surprendre avec sa prestation, cette fois tout en retenue, montrant Carrie sous un nouveau jour. Habitué à la voir à travers sa bipolarité et ses troubles psychologiques, on lui découvre une nouvelle facette. Grandie, Carrie prend son rôle de mère très à cœur, et la saison se concentre surtout sur sa relation avec sa jeune fille, Frannie, qu’elle avait eu avec Brody. Carrie n’est pas la seule à avoir changé, Quinn aussi, revenu d’entre les morts, n’a plus rien à voir avec l’agent de la CIA mutique et imprévisible qu’il était auparavant. Souffrant du syndrome post traumatique et étant physiquement handicapé suite aux évènements de la saison 5, Quinn est méconnaissable. Si son personnage souffre de quelques lourdeurs en début de saison, il gagne par la suite en subtilité et en profondeur. Un personnage tout en souffrance qui crève l’écran grâce à la sublime performance  de son interprète, Rupert Friend. Cette nouvelle saison est plus dans le drame psychologique donc, mais Homeland nous prouve encore une fois qu’elle peut se la jouer 24 heures chrono quand elle le souhaite et réussit alors à équilibrer avec justesse drame et suspense.

Le rythme allant crescendo, l’intrigue commence par prendre son temps avant de s’accélérer jusqu’au choc du dernier épisode, un twist final qui donne au spectateur l’envie de voir la suite, un regain d’enthousiasme qui a parfois manqué à Homeland par le passé. Cette saison 6 signe clairement un basculement dans la série, on sent le dernier chapitre se dessiner (Homeland est supposée s’arrêter à la fin de sa huitième saison). Une fin qui revient pourtant aux sources, à l’époque où la menace venait de l’intérieur. Ici elle se situe bien aux États-Unis et elle assaille Carrie de tous les côtés. La saison 6 est d’ailleurs probablement la saison la plus dans l’actualité. L’intrigue prenant place après les élections, juste avant que la présidente élue prenne officiellement le pouvoir, on aurait pu croire qu’Homeland avait raté le coche, en s’imaginant trop vite la victoire d’Hillary Clinton. Pourtant l’évolution de la Présidente élue, sa décente vers la paranoïa et son goût pour le pouvoir dont elle finira vite par abuser, fait rapidement écho à la situation américaine actuelle. Si on regrette que l’histoire de Sekou Bah avec l’affaire de la propagande terroriste et de son procès n’ait pas été traitée plus en profondeur, Homeland a su débattre intelligemment tout au long de la saison du sujet des fake news et de la manipulation d’opinion ainsi que des relations politiques au sein même du pays (on pense surtout au conflit entre la Présidente élue et la CIA).

Homeland saison 6 : Bande-annonce 

Synopsis : Carrie est retournée aux États-Unis, où elle travaille désormais dans un cabinet d’avocats spécialisé dans les cas abusifs contre les citoyens américains musulmans. Elle s’occupe également de Quinn, encore en rééducation. Elizabeth Keane se prépare à prendre le poste de Présidente, affichant des idées pacifistes et anti-militaristes qui inquiètent Saul et Dar Adal.

Homeland saison 6 : Fiche Technique

Créateurs : Alex Gansa, Gideon Raff, Howard Gordon
Scénariste : Alex Gansa, Chip Johannessen, Ron Nyswaner, Ted Mann
Réalisateur : Keith Gordon, Lesli Linka Glatter
Compositeur : Sean Callery
Interprétation : Claire Danes (Carrie), Mandy Patinkin (Saul), Rupert Friend (Peter Quinn), Elizabeth Marvel (Elizabeth Keane), F. Murray Abraham (Dar Adal), J. Mallory McCree (Sekou Bah) ….
Directeur artistique : Toni Barton, Matthew Munn
Producteurs : Barbara Hall, Howard Gordon, Alex Gansa, Gideon Raff, Damian Lewis, Avi Nir, Ron Telem
Société de production : Showtime Networks Inc., Keshet Broadcasting Ltd., Fox 21
Distribution : Showtime
Format : 10 x 42 min
Genre : thriller, drame

ÉTATS-UNIS – 2017

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Girls, une série de Lena Dunham : critique saison 6

Fin avril s’est terminée l’ultime saison de Girls, la série de HBO, créée, produite et jouée par Lena Dunham. Une série intime qui a su révolutionner l’image de la femme dans le paysage télévisuel et donner une voix à une génération paumée. 

Synopsis : L’entrée dans la vie active de quatre jeunes filles d’une vingtaine d’années, de leurs humiliations à leurs rares triomphes. Hannah, l’éternelle stagiaire, rêve de devenir écrivain ; Marnie, sexy et un peu garce sur les bords, ne manque pas d’ambition; et Jessa, hippie dans l’âme, aimerait gagner sa vie de son art…

“A voice of a generation”

Il y a déjà 6 ans commençait Girls, une comédie à l’humour cynique allenien. La créatrice, Lena Dunham, se voulait la voix d’une génération, celle de quatre femmes (filles) dans cette période bâtarde entre adolescence et âge adulte. La série, mettant en scène une bande de filles, plus enfants qu’adultes, égocentriques et immatures, a été beaucoup critiquée, on lui reprochait notamment son nombrilisme. C’est pourtant dans ces personnages bourrés de défauts que se trouve l’essence même de la série. Girls n’a jamais eu pour ambition de nous offrir ce que nous voulions voir, elle a toujours montré les choses telles qu’elles étaient, sans glamour. Dépeignant une partie de cette génération Y, paumée et lâchée dans un monde qu’elle pensait différent et pour lequel elle n’était pas préparée. Une génération en constante désillusion.

Les personnages ne sont pas forcément appréciables, ils sont même parfois détestables. Encore une fois, Lena Dunham choisit de montrer ces filles telles qu’elles sont, sans les idéaliser. Et ça passe aussi par leur corps. A l’instar de  Sex and the City qui, plusieurs années auparavant, libérait les femmes sur le plan sexuel, Girls libère leurs corps. Hannah (Lena Dunham), très à l’aise dans son corps, l’exhibe à l’écran, trainant sans cesse dans son appartement seulement vêtue d’un string. Loin du canon de beauté de l’entertainment hollywoodien, Hannah ne cache pourtant pas sa petite poitrine, ses bourlets et encore moins sa cellulite ou son sexe non épilé. Son corps fait partie intégrante de la série, et nous finissons par le connaître par cœur. Nous l’avons vu sous tous les angles, il se contorsionne dans des positions invraisemblables lorsqu’elle cherche de l’inspiration pour écrire ou bien lors de ses ébats avec ses amants. Si Hannah n’a jamais vraiment eu de problème avec son corps, il est difficile pour le spectateur, peu habitué à voir ce type de corps à l’écran, d’accepter la morphologie d’Hannah. Montrant un corps de femme sans gommer ses défauts ou des scènes de sexe parfois gênantes, jamais glamour, la série de Lena Dunham provoque, interpelle mais surtout réinvente l’image de la femme. Nous invitant à nous habituer à des corps aussi divers que celui de Marnie, presque maigre et athlétique ou celui de Jessa, aux courbes sensuelles; Girls a ouvert la voie à des séries comme Insecure, Fleabag, Chewing-gum ou Crazy Ex-Girlfriend qui soufflent, elles aussi, un vent libérateur sur la représentation de la femme dans le paysage sériel.

L’âge adulte

Dans le premier épisode de cette saison 6, Hannah rencontre Paul-Louis (joué par Riz Ahmed), et c’est alors le début de la fin, le passage à une nouvelle ère. C’est durant ce weekend à la plage qu’elle tombe enceinte et c’est donc logiquement que la série se clôture sur un épisode centré sur la relation d’Hannah avec son nouveau-né, un épisode qui signe définitivement son basculement dans la vie d’adulte. Toute cette saison est d’ailleurs l’illustration de ce basculement progressif, une saison de réflexivité qui fait le point sur cette aventure qu’a été Girls. A l’instar de chaque personnage qui va progressivement aller de l’avant tout en se servant du passé (c’est par exemple le film d’Adam basé sur sa relation avec Hannah, qui va leur permettre de mettre leur histoire derrière eux), des relations vont alors prendre fin et des rancunes s’effacer. L’avant-dernier épisode semble alors être le final de cette saison, un au revoir à tous ces personnages. Le dixième épisode est quant à lui une sorte d’épilogue qui vient rappeler la morale de cette série, la vie n’est jamais comme on l’attend et sera toujours pleine de désillusions. Même si Hannah est enfin une femme, elle continuera d’apprendre et de grandir, encore et encore.

Au final, que l’on ait été réceptif à cette comédie douce-amère ou que ses personnages autocentrés nous aient exaspérés au possible, on ne peut nier l’audace de Lena Dunham qui a su libérer l’image de la femme dans le paysage télévisuel et donner une voix sincère à une partie d’une génération.

Girls saison 6 : Bande-annonce 

Girls, saison 6 : Fiche Technique

Créatrice : Lena Dunham
Scénariste : Lena Dunham, Jennifer Konner, Judd Apatow, Murray Miller, Sarah Heyward, Tami Sagher
Réalisateur : Lena Dunham, Jennifer Konner, Jesse Peretz, Richard Shepard, Jamie Babbit, Nisha Ganatra
Interprétation : Lena Dunham (Hannah), Jemima Kirke (Jessa), Zosia Mamet (Shoshanna), Allison Williams (Marnie), Adam Driver (Adam), Andrew Rannells (Elijah), Alex Karpovsky (Ray) ….
Directeur artistique : Toni Barton, Matthew Munn
Producteurs : Lena Dunham, Allison Williams, Jemima Kirke, Zosia Mamet, Judd Apatow, Jennifer Konner
Société de production : Apatow Productions, I Am Jenni Konner Productions
Distribution : HBO
Format : 10 x 26 min
Genre : comédie, drame

ÉTATS-UNIS – 2017

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Snatch : une série d’Alex De Rakoff, critique saison 1

17 ans après le film du même nom, la série Snatch voit le jour sur Crakle, le service de streaming de Sony. Qu’en est-il de cette adaptation ? 

Albert Hill (Luke Pasqualino), fils d’un criminel, entourés de ses amis, Billy (Lucien Laviscount) le boxer et Charlie (Rupert Grint) le petit riche londonien qui se rêve gangster, va vite entrer dans le monde du crime organisé et de nombreuses galères vont alors s’ensuivre.

Avec un casting juvénile venait la promesse d’une adaptation pêchue et originale du film de 2000, mais le show peine dès son premier épisode à se distancier du matériaux de départ et on ne peut alors s’empêcher de comparer les deux. Le Snatch de Guy Ritchie était une sorte de puzzle, un Pulp Fiction à l’anglaise avec Brad Pitt en gitan à peine compréhensible et un rythme fluide et dynamique. Tentant de reproduire la même identité visuelle, la série Snatch peine à se faire sa propre signature et éreinte par son montage poussif et surfait qui caricature le style de Ritchie. La patte, le style, du cinéaste anglais est ici exacerbé mais surtout mal exécuté et la réalisation ne cesse alors de nous sortir hors de l’intrigue.

Le bon point qu’on retient de ce pilote est le casting féminin, totalement absent dans le film original. Entre Lotti qui cherche à échapper à son petit ami Sonny Castillo (joué par Ed Westwick) et la mystérieuse Chloé, les personnages féminins attirent notre attention. Mais cela ne suffit pas à rattraper le reste du casting qui, bien que prometteur, n’est pas à la hauteur de nos attentes.  Les acteurs, loin d’être mauvais (on se souvient de la très bonne prestation de Luke Pasqualino dans Skins) restent cependant en surface, et leurs personnages manquent alors terriblement de profondeur. Probablement dû à une écriture caricaturale qui nous donne à voir des personnages peu convaincants et surtout peu originaux. Si leurs caractères se développeront peut-être par la suite ils n’arrivent cependant pas, le temps du pilote, à nous convaincre d’aller plus loin.

Pas assez violente ni bordélique, la série semble alors être une pâle copie du film, une version édulcorée qui manque de mordant et d’originalité. Les personnages ont beau avoir une dégaine qui en jette, avec leurs costumes au style londonien, cela ne suffit cependant pas à nous en mettre plein la vue. La série de Crakle n’est définitivement pas la série pêchue que nous attendions.

Snatch saison 1 : Bande-annonce

Synopsis : Une plongée dans le milieu haut en couleurs des gangsters britanniques, inspirée du film Snatch.

Snatch saison 1 : Fiche Technique 

Créateur : Alex de Rakoff
Scénariste : Alex de Rakoff
Réalisateur : Nicholas Renton
Interprétation : Luke Pasqualino (Albert Hill), Rupert Grint (Charlie Cavendish), Lucien Laviscount (Billy), Stephanie Leonidas (Chloe Koen), Phoebe Dynevor (Lotti Mott), Dougray Scott (Vic Hill), Ed Westwick (Sonny Castillo)….
Producteurs : Helen Flint, Alex De Rakoff, Rupert Grint, David Harris Kline
Société de production : Little Island Productions
Distribution : Sony Pictures Television
Format : 10 x 60 min
Genre : comédie, policier, thriller

ÉTATS-UNIS / ROYAUME-UNI – 2017

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Cannes 2017 : Où voir les films de la sélection à Paris ?

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Comme chaque année, quelques grandes salles de cinéma parisiennes diffusent les films de la sélection officielle et des sélections parallèles du Festival de Cannes 2017. Une occasion unique de voir certains films, parfois des mois avant leurs sorties nationales.

Les films de la Sélection Officielle 

Dans le IXème arrondissement, c’est le Gaumont Opéra qui aura comme chaque année les honneurs de projeter certains films de la compétition le weekend du 26 au 28 mai. Le programme complet sera disponible le 22 mai sur le site officiel et les spectateurs pourront réserver leurs places à l’avance. Peut-être que certains spectateurs auront le privilège de découvrir en avant-première la future Palme d’Or.

Plus d’informations : Cinemapathegaumont

Les films Un Certain Regard

A peine le temps de se remettre de la fin du festival que le Reflet Médicis sera le lieu de projections de tous les films de la sélection Un Certain Regard. Situé dans le Vème arrondissement, ce cinéma indépendant projettera du 31 mai au 06 juin prochain notamment le film d’ouverture Barbara de Mathieu Amalric, L’Atelier de Laurent Cantet ou Wind River de Taylor Sheridan. La billetterie et les horaires sont disponibles depuis le 12 mai.

Plus d’informations : Reflet Medicis.

 Les films de la Quinzaine des Réalisateurs

Du côté du Ier arrondissement, le Forum des Images est le partenaire officiel de La Quinzaine des Réalisateurs. Du 01 au 11 juin prochain, l’intégralité de la sélection y sera diffusée, longs et courts confondus. L’occasion de voir avant tout le monde Jeanette, l’enfance de Jeanne d’Arc de Bruno Dumont, The Florida Project de Sean Baker, Un beau soleil intérieur de Claire Denis ou Alive in France d’Abel Ferrara

Plus d’informations : Forum des images

Les films de La Semaine de la Critique

Enfin la Cinémathèque Française sera le dernier vecteur du cinéma cannois avec la projection des films de La Semaine de la Critique. L’ensemble de la sélection aura les honneurs d’y être projeté du 7 au 14 juin, l’occasion de découvrir la sélection des courts et des longs métrages comme Ava de Léa Mysius, Sicilian Ghost Story de Fabio Grassadonia et Antonio Piazza ou Brigsby Bear de Dave McCary.

Plus d’informations sur : Cinémathèque Française

Sans oublier qu’à partir de mercredi, vous pourrez déjà retrouver en salles Les Fantômes d’Ismaël d’Arnaud Desplechin, le film d’ouverture du Festival. Du côté de la compétition officielle, Rodin de Jacques Doillon sera diffusé simultanément le 24 mai à Cannes et dans toute la France. Le 26 mai, ça sera au tour de L’amant double de François Ozon de bénéficier du même procédé de distribution. Netflix faisant cette année une entrée remarquée (et polémique) à Cannes, on pourra voir Okja de Bong Joon-Ho sur la plateforme à partir du 28 juin.

D’ici le début de l’été, d’autres films des sélections parallèles cannoises auront également droit à une sortie nationale. Le 31 mai, c’est le nouveau film de Philippe Garrel L’amant d’un jour qui sera diffusé dans toute la France. Ava de Léa Mysius sera au cinéma à partir du 21 juin. Enfin, le documentaire d’Agnès Varda et de Jr intitulé Villages, villages sera sur les écrans dès le 28 juin.  

Pour la 70ème édition, la Cinémathèque française s’est également mise aux couleurs du festival et propose une rétrospective en collaboration avec Thierry Frémaux, le délégué général du Festival, sur les films qui ont fait scandale à Cannes. L’occasion de revoir jusqu’au 28 mai prochain vingt-six films qui ont su magner avec brio la controverse, comprenant La Dolce Vita de Federico Fellini, Sous le soleil de Satan de Maurice Pialat, The Brown Bunny de Vincent Gallo, Antichrist de Lars Von Trier, Funny Games de Michael Haneke ou bien encore Irréversible de Gaspar Noé, entre autres.

Plus d’informations sur : Cinémathèque Française

Avec ça, vous ne pourrez pas dire qu’on ne vous a pas prévenus. A Cannes ou à Paris, vivez le festival !

The Catch saisons 1 & 2, une série de Shonda Rhimes : critique

La soirée Thanks God It’s Thursday, composée de trois séries de Shonda Rhimes chaque jeudi, tire lentement sa révérence avec le Season Finale de The Catch saison 2. La première saison servant d’introduction, sa suite se pose comme une progression dans l’intrigue, abordée sous forme de reboot.

Synopsis : Alice Vaughan est une détective privée qui fut arnaquée par son fiancé Benjamin Jones. Avec le soutien du FBI, elle va chercher à le retrouver par tous les moyens. Un jeu du chat de la souris commence à se mettre en place, et malgré les obstacles, l’amour qu’ils se portent l’un à l’autre ne cessera de croitre…

Exagéré, mais divertissant !

the-catch-saison-1-2-mireille-enos-peter-krauseAprès un premier épisode qui posait les bases d’une intrigue légère entre Alice Vaughan et Ben Jones, la saison 1 a eu du mal à s’installer même si l’implication de Shonda Rhimes se ressent dans l’écriture de cette série.
La construction de chaque épisode était sous forme procédurale, un cas du jour à traiter avec la poursuite de Ben Jones qui finissait en général par l’échec de l’équipe d’Alice dans la capture de son fiancé.
Ce qui peut faire défaut à The Catch est son manque de crédibilité. En effet, il y a une certaine redondance tout au long de la première saison dans ce jeu entre les deux protagonistes principaux. De plus, comme pour Grey’s Anatomy ou Scandal, Rhimes mise tout sur le couple vedette de sa série. Certes, l’alchimie est indéniable, Mireille Enos et Peter Krause sont sincères dans l’interprétation de leurs personnages. Néanmoins, ce jeu de piste aura tendance à agacer par le simple fait qu’il dure tout le long de la saison à cause d’obstacles qui auront tendance à exaspérer le spectateur.

the-catch-saison-1-2-peter-krause-john-simmEn conséquence, les scénaristes auront la bonne idée de créer une forme de reboot pour la seconde saison, qui remplace la case horaire de How To Get Away With Murder sur ABC.
The Catch montre une meilleure intrigue, plus divertissante, plus légère et assume son manque de crédibilité, et finalement, les showrunners arrivent à en jouer et à s’en servir comme d’une force. Il ne faut pas prendre cette série au sérieux, et savourer les épisodes qui se laissent regarder avec plus de plaisir que ceux de la première saison.
Ils se suivent avec un fil rouge en continu et une affaire de la semaine comme l’an passé, à la différence qu’il y a désormais 3 affaires par semaine. Autant jouer l’accumulation et l’excès jusqu’au bout et sa fonctionne. La traque est terminée, Alice Vaughan et son équipe résolvent quelques enquêtes de fraude pour améliorer la réputation de leur cabinet, Ben travaille pour le FBI afin de raccourcir sa peine de prison, alors que son ex Margot continue ses magouilles pour faire fonctionner son business familiale.

the-catch-saison-1-2-sonya-walgerPlus d’humour, meilleures storylines, personnages mieux développés, de telle manière que finalement c’est Margot (interprétée par Sonya Walger) qui vole complètement la vedette à l’actrice phare de The Catch.
Comme nous pouvions l’imaginer après avoir vu le pilote l’année dernière, Shonda Rhimes a apporté plus de nuances et plus d’importance à la Némésis d’Alice (comme c’était le cas pour les précédentes séries de la productrice). Toute la seconde saison tourne autour de son entreprise qu’elle essaye de récupérer des griffes de sa mère. Elle retrouve la fille qu’elle avait abandonnée et qu’elle essaye d’élever avec Ben, et va de l’avant en sortant en secret avec Danny, un membre du cabinet d’Alice. La promotion en tant que personnage régulier de John Simm, qui interprète le frère de Margot, Rhys Griffiths et la présence de T.R. Knight dans le rôle du frère de notre héroïne, renforcent aussi l’aspect familial dans la série. De ce fait, le scénario est plus solide, plus intéressant que fut celui de la première saison.

the-catch-saison-1-2-castMalheureusement, ce reboot, justifié et nécessaire, n’aura pas suffit à maintenir l’intérêt des spectateurs.
Le pilote est le seul épisode a avoir eu un taux d’audience assez moyen. Depuis, la série s’est effondrée. En conséquence, ABC a choisi de ne pas renouveler The Catch pour une troisième saison.
C’était assez prévisible, mais regrettable quand on constate le potentiel de cette série qui a mis trop de temps avant de trouver son rythme pour éveiller l’intérêt du spectateur.
Ainsi, la saison 2 s’achève sur une « simili » fin, l’intrigue est clause mais on imagine tout de suite ce qui aurait pu être la potentielle histoire de la saison 3. Ben part se cacher avec Margot et leur fille en promettant de revenir un jour pour Alice. Voilà comment s’achève la série, en laissant une fin amère pour les spectateurs qui auront suivi les aventures d’Alice Vaughan et Benjamin Jones pendant ces deux saisons…

L’empire de Shonda Rhimes n’a enchainé que des succès, Grey’s Anatomy, Private Practice, Scandal, How To Get Away With Murder. The Catch est donc le premier véritable échec de la créatrice qui n’a pas su pleinement trouver son public ni sa place dans le paysage télévisuel, et ce malgré un scénario intéressant et des intrigues plus légères que ses précédentes séries.

La seconde saison de The Catch a réuni, en moyenne, 3,3 millions de téléspectateurs avec un taux de 0,68 chez les 18/49 ans.

The Catch saisons 1 & 2 : Bande-annonce

The Catch saisons 1 & 2 : Fiche Technique

Créateurs : Jennifer Schuur, Kate Atkinson, Helen Gregory
Réalisatrice : Julie Anne Robinson
Scénariste : Jennifer Schuur
Acteurs principaux : Mireille Enos (Alice Vaughan), Peter Kraus (Benjamin Jones), Rose Rollins (Valerie Anderson), Jay Hayden (Danny Yoon), Elvi Yost (Sophie Novak), Alimi Ballard (Reggie Lenox), Jacky Ido (Jules Dao), Sonya Walger (Margot Bishop), John Simm (Rhys Griffiths)
Musique : Chad Fischer
Producteurs : Julie Anne Robinson, Betsy Beers, Shonda Rhimes
Société de production : ABC Studios, Shondaland
Format: 20 épisodes de 42 minutes
Genre : Drame, Thriller

États-Unis – 2016

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Critique : Une famille heureuse, un film de Simon Groß & Nana Ekvtimishvili

Co-réalisé par l’allemand Simon Groß et la géorgienne Nana Ekvtimishvili, Une famille Heureuse réunit un film intimiste et un pas dans la culture géorgienne, réunit la délicatesse d’une femme et la force d’une famille. Un beau film qui montre plutôt qu’il ne démontre

Synopsis : Professeure dans un lycée de Tbilissi, Manana est mariée depuis 25 ans à Soso. Ensemble, ils partagent leur appartement avec les parents de Manana, leurs deux enfants et leur gendre. Une famille en apparence heureuse et soudée jusqu’à ce qu’à la surprise de tous, Manana annonce au soir de son 52e anniversaire sa décision de quitter le domicile conjugal pour s’installer seule…

Depuis que Manana est partie

Une famille heureuse. Voilà un titre a priori très ironique. Car dès son début, le film de Nana Ekvtimishvili et de Simon Groß montre que l’effervescence qu’on y voit ne s’accompagne pas forcément de la joie de vivre qu’elle pourrait supposer. 3 générations vivent sous le même toit, apparemment celui de Lamara et Otar, les grands-parents : ces derniers vivent en effet avec Manana leur fille, la cinquantaine, Soso le gendre, Lasha le petit-fils, Nino la fille et Vakho le petit-gendre.

Ce serait plutôt l’agacement qui serait le maître-mot de l’ambiance familiale, entre une matriarche vaguement totalitaire dans une société pourtant très patriarcale, un père de famille affublé d’un groupe d’amis envahissants, des enfants indolents. Et, au centre, la mère, Manana, la référence matricielle sollicitée par tous, invectivée, questionnée, harcelée même un soir d’anniversaire où elle n’avait qu’une envie, celle d’être seule ; certainement aimée de tous mais considérée par personne.

Filmé en plans moyens qui englobent plusieurs personnages, Une famille heureuse rend d’emblée compte de la promiscuité, pour ne pas parler de l’étouffement qui est le quotidien de cette famille. La mise en scène apporte ainsi en filigrane une vision sociale de la Géorgie, cet ancien pays soviétique qui vivote, qui prospère très doucement, où cette cohabitation multi-générationnelle est autant d’ordre culturel qu’économique. Même si à Tbilissi, et malgré cette promiscuité, la famille de Soso semble vivre plutôt mieux que les statistiques nationales ne le montrent. Une famille plutôt heureuse donc, pour le coup, vue sous cet angle.

Le vrai propos du film n’est donc pas ce portrait social. Il est centré sur Manana, qui est de tous les plans. Sans qu’on ne sache pourquoi, et sans que vraisemblablement elle-même ne sache, Manana décide un jour de quitter sa famille, et de la quitter pour de bon. Elle n’est ni heureuse, ni malheureuse : son mari est attentionné, « ne boit pas trop » comme dit Lamara sa mère, une expression qui en dit long sur l’unité de mesure du bonheur. Le sujet est donc Manana, et la mise en scène par empilement de petites scènes de sa vie quotidienne permet de la découvrir, telle une véritable sculpture cinématographique qui prend forme sous les yeux du spectateur subjugué par le mal-être qui émane d’elle. La tension intérieure de la protagoniste est palpable, et son départ est un soulagement pour ce dernier.

La caméra de Tudor Vladimir Panduru suit la projection de Manana. Calme et assez peu mouvante en la filmant à son nouvel appartement, saccadée quand elle filme l’ancien et ses habitants. Elle vit véritablement au rythme de Manana, qui elle-même fait penser à une athlète à bout de souffle qui aurait couru un 100 mètres et qui, petit à petit, reprendrait son souffle. La fenêtre de son minuscule appartement est ouverte en permanence sur l’extérieur, avec une légère brise qui semble la revivifier, lui rendre littéralement la vie. Et plus elle se retrouve, plus elle arrive à puiser de la force en elle même, moins elle comprend cette société géorgienne rétrograde qui en est encore aux qu’en-dira-t-on, vaguement égoïste, un peu sexiste, une société où les jeunes femmes se considèrent et sont considérées inutiles si elles n’ont pas enfanté à à peine 20 ans…

Il est doux de suivre l’éclosion de cette femme d’un âge déjà mûr et pourtant semblant à la découverte ou plutôt à la redécouverte de la vie, surtout celle de petits plaisirs et bonheurs perdus de vue depuis tellement longtemps : dîner d’une part de gâteau ou au contraire se faire à manger pour soi toute seule, lire un livre ou écouter sa musique préférée, rire et s’enivrer de retrouvailles amicales. L ‘écriture de Nana Ekvtimishvili est précise, et parle d’un vécu que des femmes géorgiennes et d’ailleurs, de la génération de sa propre mère, ont expérimenté. Il est émouvant de voir Manana  un peu gauche dans le rôle d’une timide séductrice lors d’un dîner en tête à tête chez elle…chez elle enfin… Une Famille heureuse montre; si besoin est, combien le fracas est inutile au cinéma, et que les émotions les plus sincères arrivent par surprise, presque par effraction, au détour d’une mèche qui s’échappe d’une coiffure, d’une botte de fines herbes achetée au marché, d’une robe fleurie, de tous ces détails significatifs qu’une caractérisation riche et précise des personnages peut amener.

L’Europe de l’Est nous a récemment fourni des films qui comptent parmi les meilleurs de ces dernières années (Leviathan, The Tribe, Soleil de Plomb, Summer, Le fils de Saul, Leçons d’Harmonie, Crosswind et tant d’autres merveilles). Mais rarement la dimension intime et personnelle des personnages est mise au premier plan dans ces films où le contexte sociétal ou social y est souvent très prégnant. Une Famille Heureuse fait presque exception dans cette liste en s’intéressant d’abord et avant tout au ressenti de sa protagoniste et de tous ses autres  personnages, et ça, ça fait des spectateurs heureux…

Une famille heureuse : Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=5_Pz50eXCgU

Une famille heureuse : Fiche technique

Titre original : Chemi Bednieri Ojakhi
Réalisateur : Nana Ekvtimishvili & Simon Groß
Scénario : Nana Ekvtimishvili
Interprétation : Ia Shugliashvili (Manana), Merab Ninidze (Soso), Berta Khapava (Lamara), Tsisia Qumsishvili (Nino), Giorgi Khurtsilava (Vakho), Giorgi Gio Tabidze (Lasha), Goven Cheishvili (Otar), Dimitri Oragvelidze (Rezo), Mariam Bokeria (Kitsi), Lika Babluani (Tatia Chigogidze)
Photographie : Tudor Vladimir Panduru
Montage : Stefan Stabenow
Producteurs : Simon Groß, Jonas Katzenstein, Maximilian Leo, Coproducteurs : Guillaume de Seille, Nana Ekvtimishvili
Maisons de production : Arizona Films, Augenschein Filmproduktion, Polare Film
Distribution (France) : Memento Films
Récompenses : nombreux prix du meilleur film ou du meilleur réalisateur, dont à Wiesbaden ou à Lecce
Durée : 119 min.
Genre : Horreur, Thriller
Date de sortie : 10 Mai 2017

Allemagne, Géorgie, France – 2017

Le Décalogue (série de films) de Krzysztof Kieslowski : critique

En dix épisodes d’une heure, Krzysztof Kieslowski réalise, avec Le Décalogue, une des œuvres essentielles de la télévision de la fin des années 80.

Synopsis (épisode 1) : Un garçon d’une dizaine d’années se pose de nombreuses questions sur la mort, l’âme, etc. D’un côté, son père, informaticien, lui apporte des réponses scientifiques et rationnelles ; de l’autre sa tante, fervente catholique, le dirige plutôt vers la religion.

En 1988, le nom de Krysztof Kieslowski n’était pas encore connu en France. Certes, on connaissait quelques cinéastes polonais, on avait recueilli Roman Polanski et Andrzej Zulawski et attribué la Palme d’Or à L’Homme de fer de Wajda, mais le nom de Kieslowski n’avait pas encore traversé le Rideau de Fer bien chancelant. Pourtant, la carrière du cinéaste était déjà fructueuse, et ses opinions favorables à Solidarnosc (le syndicat qui dirigeait des manifestations contre le pouvoir dictatorial polonais au début des années 80) lui avaient valu l’interdiction d’un de ses films.

C’est en 1988 que la télévision polonaise va commander Le Décalogue. Dix films d’une heure chacun, issus des dix commandements. Dix œuvres autonomes (bien qu’il y ait une série de clins d’oeil qui renvoient d’un film à l’autre), intelligentes et émouvantes, qui dressent un portrait kaléidoscopique de la Pologne de cette fin d’année 80, juste à la veille de la chute du bloc soviétique.

L’éthique de Kieslowski

Même si le titre de la série et de chacun des épisodes est inspiré de la Bible, Le Décalogue n’est pas à proprement parler une œuvre religieuse. La série se propose plutôt d’étudier et de réfléchir sur des problèmes de morale, mais sans tomber dans le piège d’une abstraction philosophique froide. Ainsi, l’épisode 2, Tu ne seras point parjure, nous présente le cas d’un médecin, chef de service dans un hôpital. Il soigne Andrzej, le mari de sa voisine Dorota. Or, Dorota est enceinte de son amant et ne sait pas quelle attitude prendre : si son mari survit, alors elle doit se faire avorter rapidement ; mais si Andrzej n’a aucune chance de survie, alors elle garde cet enfant dont elle rêve depuis si longtemps. Problème moral qu’elle fait retomber sur les épaules du médecin. Et c’est toute la question de la pratique de la médecine qui est ici mise en jeu : faut-il adapter son attitude scientifique pour faire plaisir à telle ou telle personne, en fonction des situations privées et des enjeux des uns et des autres ?

C’est ainsi qu’avance Kieslowski, à partir de cas concrets, de personnages du commun, d’exemples issus de la vie quotidienne. Liens ambigus entre un père et sa fille, questions métaphysiques d’un garçon concernant la mort et l’âme, voyeurisme d’un jeune employé envers une femme qu’il espionne, le cinéaste montre que les grandes questions éthiques ont une application dans le vrai monde.

A la recherche des motivations psychologiques

Pour cela, il va déployer toute une galerie de caractères forts et émouvants, de vrais personnages, très fouillés psychologiquement, à la fois charnels et sensitifs, remplis d’émotions, de douleurs, de désirs… Ces personnages permettent au cinéaste d’ancrer ses récits dans la réalité, mais aussi de leur donner vie. Et de faire partager des émotions. Comment résister au regard de cette mère à qui on a volé sa fille ? Ou de ce jeune homme paumé qui sait qu’il va mourir sans avoir eu la chance de vivre ?

Ces dix films permettent à Kieslowski de traiter de sujets graves sans jamais tomber dans la facilité. Pas de voyeurisme, pas de complaisance avec des comportements malsains, mais des analyses profondes de la psychologie de ses personnages, pour comprendre leurs motivations. A ce titre, l’épisode 5, le plus célèbre du Décalogue, est très représentatif (il s’agit de Tu ne tueras point, connu parce qu’il existe dans une version longue, sortie sur grand écran et présentée au festival de Cannes en 1988, où il décrochera le Prix du jury). Kieslowski ne cherche pas à condamner ses personnages, même lorsque l’un d’eux commet un meurtre, mais il plonge dans son âme à la recherche des raisons qui l’ont poussé à le faire (et, au passage, en profite pour délivrer un fort message contre la peine de mort).

Portrait de la Pologne

Ainsi, avec une grande économie de moyens, Kieslowski se livre à une série de réflexions philosophiques poussées, présente une galerie de personnages très justes et dessine un portrait kaléidoscopique de la Pologne soviétique de cette fin d’années 80, pays gris et froid, sinistre et mélancolique, hanté par l’Occupation nazie, injuste mais qui s’accroche à des îlots d’humanité. La photographie grisâtre renforce le côté triste de décors souvent constitués d’immeubles de bétons. La société socialiste dans tout ce qu’elle a d’inhumain. Comment vivre, donner un sens à sa vie, dans un monde qui paraît emprisonné dans un froid perpétuel ? Le bonheur est-il possible dans un décor aussi inhumain, où l’on vit sans véritable rapports sociaux ? Quel rapport entretenir entre la société socialiste athée et la religion catholique si présente dans le pays de Jean-Paul 2 ?

En bref, avec ce Décalogue, œuvre phare de cette fin d’années 80, Kieslowski nous offre dix réflexions formidables et intelligentes, des personnages justes et vrais et le portrait sans concession d’un pays, loin des facilités scénaristiques. C’est passionnant et très émouvant.

Le Décalogue : Bande annonce

Le Décalogue : Fiche Technique

Titre original : Dekalog
Réalisation : Krzysztof Kieslowski
Scénario : Krzysztof Kieslowski, Krzysytof Piesiewicz
Interprètation : Anna Polony (Ewa, épisode 7), Maja Barelkowska (Majka, épisode 7), Krzysztof Globisz (Piotr, épisode 5), Jerzy Stuhr (Jerzy, épisode 10)…
Photographie : Piotr Sobocinski, Wieslaw Zdort, Witold Adamek…
Montage : Ewa Smal
Musique : Zbigniew Preisner
Production : Ryszard Chutkowski
Sociétés de production : Sender Freies Berlin, Telewizja Polska, Zespol Filmowy
Sociétés de distribution : Warner Bros
Genre : Drame
Nombre d’épisodes : 10
Durée d’un épisode : 55 minutes
Date de diffusion : 16 mai 1989 (présentation de Tu ne tueras point au Festival de Cannes)

Pologne-1988

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Alien : Covenant, un film de Ridley Scott : critique

Dans l’espace personne ne vous entendra crier. Plus de 38 ans après le premier opus, Ridley Scott reprend la main sur l’univers Alien, après son peu convaincant Prometheus. Alien : Covenant ne répond aucunement au grand retour que les fans espéraient et s’avère être une oeuvre décevante, affaiblie par l’ego de son réalisateur.

Réconcilier les fans de la saga avec l’univers d’Alien. Tel était l’objectif de Alien : Covenant. Après le décevant Prometheus, Ridley Scott devait se réapproprier sa création tout en faisant le pont entre le prequel et le premier film. Dans ce ton, Alien : Covenant reprend les thématiques métaphysiques au cœur de Prometheus tout en se structurant sur la recette bien ficelée de la tétralogie. Ridley Scott déclarait vouloir livrer cette recette pour les cinéastes futurs à travers Alien : Covenant, mais pourtant les ficelles de la saga n’avaient pas besoin de plus de pellicules pour être connues de tous, surtout pas après cinq films et deux spin-offs. Le long-métrage de Ridley Scott apparaît donc comme une œuvre semi-ratée symptomatique d’un auteur qui n’arrive pas à abandonner sa création.

liencovenant-film-michaelfassbender-walter-androideTout commence pourtant très bien. La scène d’ouverture confrontant l’androïde David et son créature est un pur plaisir esthétique soulignant le talent pictural de Ridley Scott. La première partie du film sera à cette image, enchaînant de très beaux tableaux à la fois à l’intérieur du vaisseau ou à l’arrivée de l’équipage sur la mystérieuse planète. Ridley Scott applique encore et toujours un grand soin à la composition de ces plans, replaçant le réalisateur comme peintre d’une grande fresque de science-fiction. Le génie de sa mise en scène s’arrêtera là. A travers sa caméra, Ridley Scott n’arrive plus à instaurer une peur face au spectateur et peine à créer une sensation d’urgence lors des séquences d’action. La patte scotienne s’efface derrière un traitement de studio extrêmement classique. En somme, le film ne fait pas peur. Un comble pour une saga qui s’est fondée sur la terreur des spectateurs que personne ne peut entendre crier.

Frankenstein ou le Prométhée moderne

aliencovenant-film-michaelfassbender-david-androide-critique-cinemaLe principal défaut du film est la mythologie que Ridley Scott s’efforce de développer. Aux premiers abords, on ne peut reprocher à une saga de se réinventer. De plus, la tétralogie Alien a été une succession de nouvelles visions sur un même produit brut. Malheureusement Alien : Covenant reprend le modèle des autres films pour rien n’y ajouter de transcendant. Le xénomorphe, figure emblématique du cinéma d’horreur, n’est aussi qu’une bête secondaire présente que pour diminuer l’effectif de l’équipe. Iconiques à aucun moment, les apparitions de la créature n’ont aucune saveur et apparaissent comme une suite d’exécutions mécaniques. Dans la lignée de Prometheus, Ridley Scott tente de répondre à des questions que personne ne se posait à part lui. Les révélations de la création du xénomorphe n’auront que pour but de démystifier une créature, adorée pour son aspect mystérieux et littéralement extra-terrestre. Dévoiler les origines bancales du monstre revient à déconstruire son mythe. Ridley Scott souffre du symptôme Georges Lucas : celui de l’auteur maudit dépassé par son oeuvre. De ce fait, Alien : Covenant fait le portrait d’un réalisateur à l’ego si grand qu’il n’accepte pas l’idée que l’enfant qu’il a crée ne lui appartient plus totalement.

Alien est finalement l’androïde de Ridley Scott. Un androïde qui ne demande qu’à s’émanciper de son dieu. Tout le propos autour de la colonie et l’avenir de l’humanité développé par le personnage de David reflète toute la dualité que doit affronter le réalisateur. Ridley Scott se retrouve face à deux options : choisir d’abandonner son enfant à d’autres sans le saccager d’avantage ou persister à développer une vision qui n’a plus le droit à une seconde chance. D’ailleurs, Alien : Covenant est parsemé de réflexions autour du concept de création et divinité, malheureusement toutes ces pensées peinent à s’inscrire solidement dans la trame narrative du film. La dernière partie ne se retrouve être qu’une séquence d’action vue et revue, au lieu de l’aboutissement des intentions métaphysiques du film. Le long-métrage n’est pas aidé par une ribambelle de personnages oubliables et peu charismatiques. L’équipage ne fait que poursuivre des décisions toutes plus incohérentes les unes entre les autres. Seuls les androïdes sont développés et offrent les rares dialogues intéressants.

Le vrai méchant du film c’est David. Peut-être que tout comme lui, Ridley Scott doit accepter de laisser voguer sa colonie dans l’espace, avec le risque qu’elle soit dévorée par des xénomorphes plus malveillants que lui.

Alien : Convenant – Bande-annonce

Alien : Covenant : Fiche technique

Réalisation : Ridley Scott
Scénario : Michael Green, John Logan et Jack Paglen
Interprétation : Michael Fassbender (David, Walter), Katherine Waterston (Daniels), Billy Crudup (Oram), Danny McBride (Tennessee), Demian Bichir (Lope), Jussie Smollett (Ricks), Amy Seimet (Faris), Callie Hernandez (Upworth)
Photographie : Darius Wolski
Chef monteur : Pietro Scalia
Compositeur : Jed Kurzel
Chef décorateur  : Victor J.Zolfo
Chef costumier : Janty Yates
Producteurs : David Giler, Walter Hill, Mark Huffam, Michael Schaefer et Ridley Scott
Production : Brandywine Productions, Scott Free Productions et TSG Entertainment
Société de distribution : 20th Century Fox
Genre : Horreur, Science-fiction
Durée : 122 minutes
Date de sortie : 10 mai 2017

France – 2017

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14 ans, premier amour d’Andrei Zaitsev : critique

14 ans, premier amour, est apparu à l’écran avec une pudeur inégalable. C’est avec nostalgie qu’Andrei Zaitsev explore dans cette romance juvénile, la fragilité de l’amour. Une véritable bouffée d’air pur.

Synopsis : Il ne connait rien d’elle et pourtant, elle contrôle chacune de ses pensée. Est-ce donc cela l’amour ? C’est ainsi qu’Alex et Vika, deux jeunes adolescents que tout oppose, réinventent ensemble l’euphorie du premier amour. 

Une romance shakespearienne

« Nous aspirions à faire un flm universel, qui pourrait toucher les adolescents du monde entier. » Andrei Zaitsev

14-ans-premier-amour-gleb-kalyuzhny-ulyana-vaskovich Surnommé par la presse le « Roméo et Juliette des temps modernes », 14 ans, premier amour est une comédie romantique, tout en naturel. Loin des stéréotypes de l’amour et autre clichés liés à l’adolescence, ce film explore avec éloquence, les premiers émois amoureux.

Andrei Zaitsev, documentariste russe et réalisateur de fictions, dresse dans ce long-métrage, le portrait d’une jeunesse en fleur, dans la réalité du 21ème siècle. Réseaux sociaux, délinquance et violence, reste-il encore de la place pour la tendresse ? La réponse est oui. C’est avec une certaine naïveté que le réalisateur a décidé de traiter ce sujet. Cet aspect, normalement reproché dans les films, est ici particulièrement important. Il permet, grâce à l’innocence de ces personnages, d’ancrer l’histoire dans une certaine réalité. Un amour rendu impossible par la diversité sociale de ces deux êtres : Alex, adolescent impopulaire et Vika, jeune femme à l’apparence désinvolte mais cachant en réalité, une grande fragilité. Pour être ensemble, ces deux jeunes amants ont une seule solution : la désobéissance.

14 ans, premier amour porte un regard inquisiteur à l’égard du monde dans laquelle nous vivons. Sans cesse surveillés, nous sommes aujourd’hui partagés entre nos volontés respectives et ce que la société attend de nous. Alex et Vika doivent-ils laisser parler leurs sentiments et subir les jugements ? Cette question, qui peut sembler au premier abord anodine, est pourtant particulièrement présente aujourd’hui. En explorant de manière insouciante la thématique de la liberté, Andrei Zaitsev délivre un message remarquable : celui de vivre ses rêves, s’en songer aux répercussions.

« Chaque adolescent a une première histoire d’amour excitante à raconter. » Andrei Zaitsev

Un pas vers l’âge adulte

114-ans-premier-amour-gleb-kalyuzhny-olga-ozollapinya4 ans, premier amour, c’est aussi une histoire intergénérationnelle. La relation parent/enfant y est particulièrement présente. La crédulité de la mère d’Alex face à l’évolution de ce dernier est un passage nécessaire. En effet, elle permet de rendre compte du fossé entre ces deux générations : l’une dans l’ignorance et l’autre dans la découverte de l’inconnu. Mais ce passage est-il inéluctable ? Andrei Zaitsev semble avoir voulu insister dans ce film, sur le manque de communication qui existe durant cette période qu’est l’adolescence. Une thématique particulièrement touchante et traitée avec une grande simplicité.

Cette romance juvénile est avant tout un portrait de la société d’aujourd’hui. Ce n’est pas simplement l’histoire d’Alex et Vika qui est racontée, mais également celle d’un grand nombre d’adolescents. Malgré les nombreux obstacles que traversent ces deux jeunes amants, ils sont la preuve que la liberté existe toujours.

Une romance contre les clichés

 Nos Étoiles Contraires, Le Monde de Charlie ou encore Juno, ces films ont tous un point en commun, ce sont des films adolescents. À première vue, nous pourrions croire que 14 ans, premier amour s’inscrit dans la continuité de ces Teen Romance Movies, et pourtant, il se distingue amplement de ces derniers. Loin des clichés, 14 ans, premier amour représente avec un certain réalisme le quotidien de ces adolescents. Afin de rendre l’histoire authentique, les acteurs ont tous été repérés sur les réseaux sociaux, devenus l’élément clés de cette jeunesse en fleur. La sincérité des dialogues, la diversité de la bande-originale ou encore la fidélité de la relation maternelle, ces différents éléments réinvente ainsi, les codes de la Teenage Romance.

14 ans, premier amour est tout bonnement, une belle révélation. Ce conte moderne à l’état pur, surprend par son brin de fraicheur, de musicalité et enfin de tendresse.

14 ans, premier amour : Bande Annonce

Fiche technique : 14 ans, premier amour

Réalisation : Andrey Zaytsev
Acteurs : Gleb Kalyuzhny (Alex), Ulyana Vaskovich (Vika), Olga Ozollapinya (la mère d’Alex), Alexey Filimonov (Wolf), Dmitry Barinov (Andy), Daniil Pikula (Vic), Elizaveta Makedonskaya (Kate), Xenia Pakhomova (Mermaid)
Scénario : Andrey Zaytsev
Direction de la photographie : Kirill Bobrov, Shandor Berkeshi
Montage : Andrey Zaytsev, Yulya Batalova
Direction artistique:  Olga Khlebnikova
Costumes : Alana Snetkova
Maquillage : Darya Palamarchuk
Son Vladimir : Golovnitsky
Ingénieurs du son : Sergey Ovcharenko, Maria Ushenina
Assistante réalisation : Sonya Uritskaya
Production : Olga Granina, Andrey Zaytsev
Date de sortie 10 mai 2017 (1h 46min)

Russie-2016

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Problemos, un film d’Eric Judor : Critique

Grâce au gout pour le bon mot d’Eric Judor, Problemos réussit à tirer un portrait satirique des communautés contestataires. Parce qu’il ne peut pas s’empêcher d’y apporter une part d’humour absurde, son film prend une direction surprenante et non moins intéressante.

Synopsis : Victor, Jeanne et leur fille Margaux rendent visite à une connaissance vivant dans une ZAD. Ils y rencontrent un groupe d’individus ayant décidé, pour diverses raisons, de s’isoler en marge de la société et auprès de qui ils acceptent de passer quelques jours. C’est alors qu’ils apprennent que le monde a été décimé par une pandémie, faisant d’eux les derniers humains survivants. Ne leur reste alors qu’à bâtir leur propre société.

Un récit en trois actes c’est Babylone!

problemos-eric-judor A peine remis de l’échec cuisant de La Tour 2 Contrôle Infernale, Eric Judor repasse derrière la caméra et imagine une autre comédie aux antipodes de la crétinerie déraisonnée qui le fit connaitre il y a déjà plus de vingt ans. Son choix de s’attaquer à un phénomène de société semble même entériner cet effort de maturité qu’il avait entrepris dans l’écriture autofictionnelle de sa série Platane. Le sujet en question est celui des zadistes, ces militants écolo et anticapitalistes qui squattent des zones de construction controversés. Pour cela, il s’imagine dans le rôle d’un bobo parisien dont on partage le point de vue pour découvrir la radicalité de ces rebelles. Grâce à une écriture où chaque personnage mène sa caricature à son paroxysme et où chaque dialogue est pensé comme une bonne vanne, cette introduction aux convictions et aux pratiques des personnages est tout simplement hilarante. Comme à son habitude, Blanche Gardin (également co-scénariste du film) est parfaite dans son interprétation mêlant ingénuité et exubérance. Parmi les pistes prises par ce début de scénario, on pourra regretter ce qu’implique la sous-intrigue à la Lolita consécutive au fait d’avoir donné 16 ans à l’aguichante bécasse de service. Hormis ce léger détail vainement politiquement incorrect, la première partie du film se déroule de façon assez classique mais offre des répliques croustillantes.

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Parce qu’Eric reste Eric, un évènement surréaliste vient, à la fin du premier acte, perturber ce classicisme jusque là bien tenu, ainsi que la routine de ses personnages. Alors qu’ils apprennent être les derniers humains sur Terre, et que par conséquent ils n’ont plus de modèle sociétal auquel s’opposer en bloc, ils n’ont problemos-blanche-gardind’autre choix que de créer leurs propres règles. Ce nouveau point de départ permet au réalisateur humoriste de débuter toute une série de situations, parfois ubuesques mais qui font à chaque fois sens, autour de la difficulté de s’organiser de façon collective et en particulier entre personnes qui n’ont comme point commun que le rejet des normes. L’hypocrisie et les contradictions de leurs beaux discours se révèlent flagrantes quand les injustices autrefois farouchement dénoncées deviennent à présent admises et que les conflits internes prennent le pas sur les efforts de vivre-ensemble. Ces excellentes intentions à la portée hautement philosophiques se heurteront toutefois à certaines divagations et incohérences propres à l’esprit exubérant d’Eric Judor et surtout au fait qu’il ne sache pas comment conclure son film.

Davantage qu’une moquerie médisante des marginaux antisystèmes, Eric Judor signe une fable qui interroge sur le sort de tout modèle de civilisation de s’autodétruire de l’intérieur, faute à la nature profondément égoïste de l’Homme. Ce constat fataliste fait de Problemos l’une des comédies françaises les plus éclairées de ces dernières années. Une bonne surprise de la part de son réalisateur qui mérite toutefois de s’améliorer encore s’il veut se libérer de son étiquette de joyeux trublion.

Problemos : Bande-annonce

Problemos : Fiche technique

 Réalisation : Eric Judor
Scénario : Noé Debré, Blanche Gardin
Interprétation : Eric Judor (Victor), Célia Rosich (Jeanne), Blanche Gardin (Gaya), Youssef Hajdi (Simon), Claire Chust (Maéva)…
Montage : Jean-Denis Buré
Photographie : Vincent Muller
Décors : Arnaud Roth
Costumes : Aline Dupays
Musique : Ludovic Bource
Producteur : Matthieu Tarot
Production : Albertine Productions
Distribution : Studiocanal
Genre : Comédie
Durée : 95 minutes
Date de sortie : 10 mai 2017
France – 2017

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Le Procès du siècle, un film de Mick Jackson : Critique

Film de « combat judiciaire » sur fond de fait divers qui a marqué l’actualité des années 90/2000, Le Procès du siècle, par son traitement convenu et ses portraits binaires dignes du meilleur téléfilm sur TF1, n’engendre que morosité et s’oublie trop rapidement. Quelle en est la faute?

Synopsis : Deborah Lipstadt, historienne et auteure reconnue, défend farouchement la mémoire de l’Holocauste. Elle se voit confrontée à un universitaire extrémiste, avocat de thèses controversées sur le régime nazi, David Irving, qui la met au défi de prouver l’existence de la Shoah. Sûr de son fait, Irving assigne en justice Lipstadt, qui se retrouve dans la situation aberrante de devoir prouver l’existence des chambres à gaz. Comment, en restant dans les limites du droit, faire face à un négationniste prêt à toutes les bassesses pour obtenir gain de cause, et l’empêcher de profiter de cette tribune pour propager ses théories nauséabondes ?

J’accuse…

le-proces-du-siecle-timothy-spallDeux oppositions se malmènent jusqu’à ce que l’une intente un procès pour diffamation à l’autre. La rationnelle Rachel Weisz pour qui l’empathie est directe, professeure impliquée en études juives (« Modern Jewish and Holocaust Studies »), courant tous les matins avec son chien qu’elle amène à l’université, s’érige contre l’antipathique Timothy Spall (n’oublions pas ses rôles de vilain dans Harry Potter, Il était une fois) infâme négationniste et antisémite qui crache ses contre-vérités dans des romans biographiques sur Adolf Hitler grâce auxquels il s’autoproclame historien. Il est donc dès les premières minutes, d’une évidence outrancière, facile de « choisir son camp ». Le comportement est naturel chez le spectateur qui veut voir roué de coups celui qui supporte le néo-nazisme. L’interprétation de Timothy Spall, sans accroc, ne facilite aucunement l’adhésion. Le parti pris est donc certain. L’intérêt se perd donc dans ce combat dont l’issue est connue d’avance pour ceux qui « googlisent » le nom des protagonistes. Combat judiciaire embaumé par de bons sentiments et une volonté de correspondre aux films du genre, film à oscars, aux prestations lyriques surdimensionnées, ici heureusement équilibrées, mais à deux doigts de verser de l’autre côté.

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le-proces-du-siecle-rachel-weizsMalgré une photographie satinée, jouant sur les intérieurs chaleureux, d’autres efforts sont trop visibles. La Cour d’assises est baignée d’une lumière claire quasi-divine magnifiant le tableau et des stéréotypes d’écriture viennent polluer la mise en scène qui n’a rien de réellement originale. Citons le rôle des journalistes tantôt hyènes tantôt fascinateurs qui sont relayés sur le banc des interrogations (scène de la conférence de presse finale), ou encore la prise de parole introductive de Rachel Weisz (il faut admettre qu’il est difficile de lui accoler un autre nom tant l’actrice transpire l’Actor Studio, mais ce n’est pas un reproche) en amphi devant des étudiants avant d’être alpaguée par Timothy Spall, le meeting en salle de réunion des avocats très « Spotlight » ou les joggings nocturnes pour souligner l’aspect héroïque… Trop de déjà-vus grossissent le trait et ankylosent. Soutenu par un rythme de téléfilm d’après-midi, le 7ème long métrage du sexagénaire britannique nous rappelle que le cinéaste n’est pas au niveau, surtout connu pour avoir réalisé Bodyguard avec Kevin Costner et une vingtaine d’unitaires, téléfilms, feuilletons ou séries TV. Les codes varient-ils donc entre le petit et le grand écran? Et pourquoi ce mépris pour la télévision quand en vient la comparaison avec ce format ? Car il faut bien admettre que Le Procès du siècle n’a rien du film de l’année, mais tout d’un bon film du dimanche soir sur une grande chaîne. Ces questions méritent d’être soulevées, à défaut que d’autres ne se heurtent à la compréhension/empathie/intérêt du spectateur. Et pourtant le scénario de David Hare (The Reader, The Hours) est très proche de la réalité avec la collaboration étroite de Déborah Lipstadt, mais les deux producteurs n’avaient pas à déverser ces 10 millions sur huit ans pour rendre hommage à l’université Emory d’Atlanta d’avoir obtenu un fonds d’un million pour traduire en plusieurs langues les pv du procès, fidèlement reconstitué.

Rachel Weisz aux côtés de Deborah Lipstadt

Le film assez creux ne remporte que relativement l’adhésion, sans trop divertir ni trop ennuyer. C’est le problème de beaucoup de fictions, d’adaptations sans réel positionnement ni angle d’attaque. Mais les performances des acteurs rehaussent la curiosité et l’on finit par se prendre au jeu du « Who wins » (qui l’emporte?) pour l’oublier les heures suivantes à la sortie du cinéma…

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Le Procès du siècle : Bande annonce

Le Procès du siècle : Fiche Technique

Titre original : Denial
Réalisation : Mike Jackson
Scénario : David Hare, d’après l’ouvrage History on Trial: My Day in Court with a Holocaust Denier de Deborah Lipstadt
Interprétation: Rachel Weisz (Deborah Lipstadt), Tom Wilkinson (Richard Rampton), Timothy Spall (David Irving),
Andrew Scott (Anthony Julius), Jack Lowden (James Libson), Caren Pistorius (Laura Tyler), Alex Jennings (Sir Charles Gray), Mark Gatiss (Robert Jan van Pelt), Andrea Deck (Leonie), Sally Messham (Meg), John Sessions (Professeur Richard Evans)…
Montage : Justine Wright
Musique : Howard Shore
Photographie : Haris Zmbarloukos
Production : Gary Foster et Russ Krasnoff
Sociétés de production : BBC Films, Participant Media, Shoebox Films, Krasnoff/Foster Entertainment
Sociétés de distribution : SND (France), Bleecker Street Media (États-Unis), Entertainment One (Royaume-Uni)
Budget : 10 millions de dollars
Durée : 110 minutes
Genre : drame historique
Date de sortie : 26 Avril 2017

Grande Bretagne – 2016