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The Wall, un film de Doug Liman : Critique

Alors que le tout avait l’allure d’une série B à l’américaine, Doug Liman revient sur le devant de la scène en faisant de The Wall un survival movie d’une rare intensité. Un duel de snipers éprouvant à souhait !

Synopsis : Deux soldats américains sont la cible d’un tireur d’élite irakien. Seul un pan de mur en ruine les protège encore d’une mort certaine. Au-delà d’une lutte pour la survie, c’est une guerre de volontés qui se joue, faite de tactique, d’intelligence et d’aptitude à atteindre l’ennemi par tous les moyens…

Une série B transformée en une sorte d’Iraqi Sniper

Il aura fallu attendre pas loin de trois ans, soit après le « petit » échec commercial d’Edge of Tomorrow, pour que le réalisateur Doug Liman revienne sur le devant de la scène. Une période durant laquelle il a tenté de percer dans le film de super-héros, premièrement chez Marvel (Gambit) puis du côté de DC Comics (Justice League Dark), pour finalement subir l’annulation desdits projets. Il aura juste officié en tant que producteur délégué sur Jason Bourne pour daigner revenir derrière la caméra. Et comme s’il nous avait entendu, le voici qui nous revient avec des projets plein la tête et deux longs-métrages pour cette année 2017. Alors que Barry Seal : American Traffic est attendu dans nos contrées pour le 13 septembre prochain, le cinéaste ouvre le feu avec The Wall. Un film qui, sur le papier, n’avait rien d’exceptionnel. Mais avec le travail de Liman et de bons artisans, le rendu final a de quoi surprendre et impressionner.

Par « rien d’exceptionnel » il faut comprendre que, avec ce projet, Doug Liman est loin de ses critères habituels. En effet, depuis sa consécration internationale avec La Mémoire dans la Peau (2002), le bonhomme a quitté le monde du cinéma indépendant pour livrer principalement des blockbusters (Mr. & Mrs. Smith, Jumper et Edge of Tomorrow). Avec, au milieu de tout cela, un projet bien plus modeste (Fair Game) affichant tout de même un budget de 20 millions de dollars. Ici, le réalisateur prend les rênes d’une production indé signée Amazon Studios peu onéreuse (un coût estimé à 3 millions de dollars). Un long-métrage qui sent bon la série B américaine avec John Cena au casting et surtout un synopsis à première vue maigrelet : deux soldats de chez l’oncle Sam faisant face à un sniper irakien. En clair, de quoi livrer un divertissement bourrin et stupide, avec une surdose de patriotisme vu que, dans ce genre de script, tout est mis en œuvre pour mettre les États-Unis sur un piédestal.

C’était vraiment sans compter sur le savoir-faire de Doug Liman, qui livre pour le coup un survival movie d’une rare intensité. Au lieu de s’enfoncer dans de l’action stupide à souhait, il préfère nous gratifier d’un duel éprouvant sur le plan physique. Un face-à-face qui ne vous laissera aucun moment de répit, le danger suintant à chaque seconde du film. Un rendu que nous devons principalement aux multiples choix du cinéaste, à commencer par l’absence de compositions musicales. Juste le vent qui souffle, le bruit lointain d’une mortelle détonation, la souffrance des personnages…pour mettre vos nerfs à rude épreuve. Par une mise en scène accentuant ce constat via une lenteur de l’action pleinement assumée (les plans de la lunette des snipers façon Jack Reacher, par exemple) et la faisant exploser quand il le faut sans en abuser. Par des comédiens, principalement Aaron Taylor-Johnson, qui s’investissent pleinement dans ce projet, secondés par un véritable sniper leur ayant appris la gestuelle à adopter ainsi que certaines notions peu évoquées dans les films (dont l’utilisation des mathématiques). Et par un choix judicieux du directeur de la photographie Roman Vasyanov de mettre de côté le numérique pour privilégier un tournage en pellicule et en lumière naturelle. Ce qui permet, par le grain spécifique de ce format, de faire ressortir les conditions extrêmes et météorologiques que doivent également affronter les personnages (tempêtes de sable, chaleur accablante…). Avec tout cela en poche, The Wall se montre tendu au possible. Prend irrémédiablement aux tripes et ce dès les premières minutes. Vous épuisera autant que ses protagonistes par son réalisme et son intensité.

The Wall surprend également par une écriture beaucoup plus intelligente qu’il n’y parait au premier abord. Il est certain que le côté simpliste du film, agrémenté de clichés du genre des répliques grandement vulgaires à la Alien, rebutera les plus exigeants. Sans oublier que, si la mise en scène induit la lenteur du récit et de l’action, celle-ci donne par moment l’impression d’étirer la durée du long-métrage. Nous obligeant à subir des discussions tournant parfois en rond ou nous incitant à crier « Pourquoi tu n’as pas fait ça plus tôt ? » auprès des protagonistes. Mais malgré ses défauts, le scénario de The Wall révèle quelques richesses d’écriture inattendues dans ce type d’histoire. À commencer par l’aspect psychologique du personnage principal, dont l’expérience passée met en valeur les horreurs de la guerre et les lourdes séquelles endurées par les soldats. Le script se permet même de se montrer critique envers l’intervention militaire des Américains en Irak et ce grâce à deux détails non négligeables. Le premier étant le fait que les deux camps sont mis sur un même pied d’égalité en termes de préjugés, de naïveté et d’incompréhension de l’adversaire sur ses convictions. Et le second par le biais de répliques bien senties, dans le but de retirer toute gloire à l’armée américaine. Elle qui est restée après la fin des hostilités en prétendant développer le pays « conquis », comme construire des écoles, en récupérant le pétrole ; alors qu’elle ne pense qu’à en tirer du profit et réparer les dégâts qu’elle a causé (le fameux muret du film étant la façade d’une école, détruite par une action américaine).

Vous l’aurez compris, The Wall est loin d’être la série B tant annoncée par le synopsis. Il s’agit d’un long-métrage maîtrisé comme il se doit. Un divertissement tendu au possible et beaucoup plus malin qu’il n’y parait. L’occasion de montrer aux spectateurs qu’ils peuvent se plonger sans mal dans le visionnage de films produits par des plates-formes étrangères au cinéma (ici Amazon mais également Netflix), bien plus travaillés et ne prenant que la majorité des produits hollywoodiens actuels. Quant à Doug Liman, nous l’attendons déjà avec impatience sur d’autres projets, The Wall lui ayant permis de prouver qu’il n’est pas un réalisateur à la botte des gros studios mais bien un artisan qui mériterait plus d’intérêt de notre part qu’à l’heure actuelle.

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The Wall : Bande-annonce

The Wall : Fiche technique

Réalisation : Doug Liman
Scénario : Dwain Worrel
Interprétation : Aaron Taylor-Johnson (le sergent Allen Isaac), John Cena (le sergent-chef Shane Matthews) et Laith Nakli (Juba)
Image : Roman Vasyanov
Décors : Jeff Mann
Costumes : Kelly Berry
Montage : Julia Bloch
Production : David Bartis
Société de productions : Amazon Studios, Picrow et Big Indie Pictures
Budget : 3 M$
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Genre : Guerre
Durée : 81 minutes
Date de sortie : 7 juin 2017

États-Unis – 2017

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Free Fire, un film de Ben Wheatley : Critique

Pur film-concept, Free Fire repose sur une idée toute simple : relever le défi d’étirer, sur plus de soixante minutes, une fusillade en huis clos. Ben Wheatley réussit ainsi l’exploit de nous donner du plaisir dans l’observation fignoleuse de personnages en train de s’entretuer brutalement. Ce succès, il le doit au fait que son film ne perde rien sur la longueur, ni de son rythme dément, ni de son humour incisif.

Synopsis : Boston, années 70. Une nuit, une dizaine de malfrats venus d’horizons différents se retrouvent dans un vieil entrepôt désaffecté pour conclure une vente d’armes. La tension commence à monter jusqu’à ce qu’éclate un premier coup de feu qui va en entrainer d’autres. Beaucoup d’autres. Les négociations ne sont alors plus possibles face à toutes les bassesses que peut pousser à faire l’instinct de survie.

Petit massacre entre amis

free-fire-brie-larsonDe plus en plus incontournable aux yeux des spectateurs curieux grâce à la maitrise et à l’audace de ses réalisations (quelques épisodes de la 8ème saison de Dr Who, ainsi que le cauchemardesque Kill List, le très abstrait English Revolution et même le trop sage High-Rise), le britannique Ben Wheatley signe là une œuvre plus mainstream qui devrait enfin faire connaitre son nom au grand public. Réunir des acteurs aussi populaires que Brie Larson, Armie Hammer et Cillian Murphy a évidemment de quoi assurer à Free Fire une couverture et une distribution bien supérieures à celle de ses précédents films. Mais, la vraie force de ce long-métrage atypique n’est pas tant dans son casting que dans la qualité de sa mise en scène soignée. Ce travail sur la représentation de la violence a même largement de quoi s’imposer comme une nouvelle référence en termes de gestion de l’espace et du temps. Un art du cadrage astucieux, un storyboarding parfaitement millimétré, un découpage virtuose, un storytelling en temps réel… Tant de termes à priori peu enjôleurs mais qui rappellent que c’est à un impressionnant travail formel que l’on doit le pur délire qui anime ce divertissement ludique.

Le postulat de départ, qui consiste à filmer ce qui est assurément la plus longue fusillade de l’histoire du cinéma, puisqu’elle dure plus d’une heure, implique mathématiquement une première partie de près d’une demi-heure qui permet d’installer la situation. Fort heureusement, plutôt que d’être rébarbatif, ce prélude parvient, grâce à une écriture habile et pleine d’humour, à nous présenter chacun des personnages et à les rendre attachants. free-fire-cillian-murphy-sam-riley-michael-smileySans cette inévitable étape, la suite aurait d’ailleurs cruellement manqué de tension. Évidemment, il apparait rapidement que certains de ces bras cassés n’ont pas vocation à survivre bien longtemps. Leur nom sera même vite oublié. A l’inverse, le charisme qu’apportent Brie Larson, Sharlto Copley ou encore Armie Hamer aux bandits auxquels ils prêtent leurs traits – tous dans des looks délicieusement vintage – nous donne envie de les suivre de près dans le tumulte général qui va naitre sous nos yeux ébahis.

Des dialogues bien ciselés. Des musiques choisies en toute intelligence. Une violence filmée avec une légèreté déconcertante. La recette est tarantinesque au possible mais le jusqu’au-boutisme aventureux, parfois même expérimental de Ben Wheatley, fait de cet exercice de style un défouloir jouissif.

free-fire-shartlo-copleyA l’inverse du désordre illisible auquel de trop nombreux films d’action nous ont habitués ou du flou oppressant dans lequel certains films de guerre nous plongent délibérément, ici, la fluidité de la réalisation nous permet de suivre clairement chaque action qui a lieu dans cet entrepôt en proie au chaos. La maladresse dont font preuve les bandits dans leurs échanges de coups de feu n’est d’ailleurs pas seulement un effet comique. Il s’agit aussi et surtout d’une volonté de rompre avec des codes cinématographiques désuets et de donner ainsi davantage de crédibilité à cette explosion de violence. Dans Free Fire, pas de one shot. Au contraire, chaque exécution se fait laborieusement, sur la durée. Une raison supplémentaire de multiplier encore davantage les coups de feu. Autre conséquence : chacun des participants de cette fusillade devra souffrir s’il veut survivre. Quels que soient ceux sur lesquels on mise – si tant est que l’on part de l’hypothèse qu’il y aura des survivants –, ils passeront tous par de terribles douleurs, victimes d’impacts de balles mal placés et autres blessures plus regrettables encore. La qualité avec laquelle Wheatley filme ces corps en souffrance est là encore remarquable. Rarement le supplice physique éprouvé par des personnages aura eu un tel pouvoir immersif en nous plaçant dans un enfer dont on aimerait fuir avec eux.

Et pourtant, la légèreté des dialogues ne cesse jamais vraiment. A tel point d’ailleurs que l’on en vient à se demander si l’on ne surestime pas quelque peu le calvaire de ceux qui se les échangent. Les vannes fusent aussi vite que les balles et la sympathie pour ces grandes free-fire-Armie-Hammergueules n’est jamais amochée par la violence dont ils font preuve. Il s’avère même qu’ils trouvent tous leur petit moment de gloire, prouvant ainsi qu’ils ne sont pas de simples figurants juste là pour servir de cibles humaines. Selon la façon dont on veut se placer à leur égard, on peut donc prendre un plaisir coupable à les regarder se faire dégommer un par un, ou les soutenir dans leur volonté de survivre à ce véritable chaos. Dans les deux cas, le suspense fait effet. Parce qu’il apparait vite évident que rester immobile est une erreur fatale, le film et son montage (par ailleurs effectué par le réalisateur et son épouse-coscénariste dans un souci évident de perfectionnisme) se maintiennent dans un mouvement perpétuel qui lui non plus ne faiblit jamais. Dès lors, la stratégie choisie par chaque belligérant pour s’en sortir devient, malgré elle, une source de tension haletante alors que toutes ont vocation à s’achever dans une pétarade sanguinolente et jubilatoire.

Les acteurs s’amusent, et on s’amuse avec eux. C’est sans doute ce qui compte le plus dans ce pur exercice de style décomplexé : on s’éclate alors que les personnages s’éclatent dans une gunfight de tous les diables ! Le cinéma d’action ne donne que trop rarement l’occasion de vivre un pareil coup de folie et, quand ça arrive, ça fait du bien, alors pourquoi s’en priver ?

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Free Fire : Bande-annonce (VOST)

Free Fire : Fiche technique

Réalisation : Ben Wheatley
Scénario : Amy Jump, Ben Wheatley
Interprétation : Cillian Murphy (Chris), Brie Larson (Justine), Sam Riley (Stevo), Michael Smiley (Frank), Armie Hammer (Ord), Shartlo Copley (Vernon)…
Image : Laurie Rose
Montage : Amy Jump, Ben Wheatley
Musique : Goeff Barrow, Ben Salisbury
Directeur artistique : Nigel Pollock
Costumes : Sian Evans
Production : Andy Starke, Lizzie Francke, David Kosse, Sam Lavender, Danny Perkins, Ben Roberts, Martin Scorsese, Emma Tillinger Koskoff…
Société de production : Protagonist Pictures, Film4, Sikelia Productions
Distribution : Metropolitan Filmexport
Genre : Action, comédie
Durée : 90 minutes
Date de sortie : 14 juin 2017

Royaume-Uni – 2017

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Interview de Salim Shaheen, l’acteur-réalisateur-producteur star en Afganistan

Si vous n’êtes pas Afghans ou que vous n’avez pas vu l’excellent Nothingwood, une question se pose : Salim Shaheen, c’est qui ? C’est Steven Seagal, c’est Uwe Böll, c’est Alain Delon, c’est  Irving Thalberg, c’est Jean-Pierre Mocky, c’est Borat, c’est Gérard Depardieu, c’est Ed Wood… c’est un peu tout ça à la fois. Autant dire qu’on avait hâte de le rencontrer !

Après la standing-ovation qu’il a reçu lors de la présentation cannoise de Nothingwood, Salim Shaheen est aussitôt devenu la star dont tout le monde parlait sur la Croisette. Deux semaines plus tard, alors que le documentaire de Sonia Kronlund est présenté à Paris, c’est dans un bar de la capitale que nous le rencontrons enfin, au côté de son acteur fétiche, et souffre-douleur, Qurban Ali, dit « la cousine » du nom du personnage qui l’a rendu célèbre dans un one-man-show. Bien qu’il n’ait rien perdu de son célèbre bagout et moins encore de l’ego surdimensionné qui le caractérisent, c’est un homme au regard un peu morose que nous avons retrouvé. Nous n’avons pas tardé à comprendre pourquoi.

Bonjour Salim. J’ai découvert le documentaire de Sonia, et donc ta carrière, à Cannes, mais pour ceux qui n’auraient pas encore eu cette chance, est-ce que tu veux bien te présenter en quelques mots?

Salim-Shaheen-rencontre
Un saltimbanque toujours prêt à faire le clown!

Salim Shaheen : Je travaille en Afghanistan, où, comme vous le savez, la situation est compliquée, et malgré cela j’ai réussi à réaliser plus de 110 films depuis 38 ans! On n’oublie pas qu’en Afghanistan il y a la guerre mais on veut montrer au monde qu’il y a aussi de beaux paysages, des gens biens et surtout que ça reste un pays de culture.

Et justement, avec toutes les guerres et les oppressions qu’a connu l’Afghanistan pendant ces années, comment est-ce que tu as pu y imposer le cinéma comme une arme politique tout en restant fidèle à toi-même et à tes idéaux et sans avoir trop de problèmes?

Salim Shaheen : Des problèmes, on en a eus sur les tournages, et ça, la presse du monde entier en a parlé (il fait référence au bombardement du tournage d’un film qui devint un symbole local de résistance puisque ledit film fut terminé par les techniciens blessés et les acteurs en béquilles. NdR) ! Le plus important, ça reste notre amour du cinéma. On prend ça comme un devoir moral de faire rayonner notre passion commune en Afghanistan et dans le monde entier !

Comment est-ce que tu réussis toujours à assurer le divertissement et la sécurité de tes équipes si vos tournages doivent être en partie faits dans la clandestinité ?

Salim Shaheen : Maintenant, je suis le plus célèbre réalisateur d’Afghanistan, plus personne ne me dit non ! Les gens sont même prêts à me payer pour que je vienne tourner dans leur village. Je ne fais plus les tournages dans la rue, à présent tout s’organise à travers ma société Shaheen Film Production.

Et toi, Cousine, est-ce que tu ne trouves pas ça trop difficile de travailler avec Salim dont les coups de gueule sont désormais connus de tous ? Tu dois aimer ça, depuis tout ce temps !

Qurban Ali : Si, ce n’est jamais facile, surtout quand j’oublie mon texte et qu’il s’énerve sur moi. A chaque fois, il estime que suis pourtant assez bon pour tourner dans ses films donc je reviens, ça me fait plaisir. Notre aventure à Cannes m’a bouleversé, je suis heureux de l’avoir vécue avec lui.

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Qurban Ali, en bas à droite… et oui, c’est lui!

Tu serais prêt à partir tenter une carrière ailleurs, peut-être à Hollywood, maintenant qu’on a tous vu ton immense talent ?

Qurban Ali : Je n’y ai jamais pensé, et je ne pense pas sérieusement qu’on m’appellera pour tourner là-bas, mais je suis un artiste qui est prêt à tourner dans tous les films et mon amour du cinéma n’a pas de frontière ! Si on me propose de tourner ici en France, j’accepterai volontiers.

J’ai hâte de voir ça ! Et toi Salim, maintenant ton nouveau défi c’est de revenir à Cannes pour présenter un de tes films ?

Salim Shaheen : Si Dieu le veut, je vous promets que tous les ans j’enverrai au moins un film à sélectionner ! Avant, mes films n’étaient pas destinés à ça, même si j’ai fait certains documentaires qui ont très bien marché à l’étranger et dont j’ai vendu des DVD jusqu’en Inde, mais il y avait des scènes très tristes alors je ne pense pas que ça aurait plu ici. Maintenant que Sonia m’a entrainé dans cet univers-là, c’est devenu mon ambition d’y montrer mon travail, et je suis prêt pour ça à m’adapter aux standards internationaux… ils font combien les films à Cannes ? Une heure ? Une heure et demie ?

Une heure et demie plutôt, et essaie de proposer une de tes tragédies, elle y aura plus de chance que tes comédies musicales ou tes bourre-pifs ! Sinon, j’ai appris que tu n’avais pas pu t’empêcher de tourner des scènes pendant ton séjour à Cannes, est-ce que tu as continué et qu’on pourra voir un film de tes aventures en Europe ?

Salim Shaheen : Là je reviens d’Allemagne, et là-bas je me suis fait voler mon sac, avec mon argent et ma caméra, donc j’ai tout perdu ! Cannes, ça a vraiment été un encouragement pour nous, on a vu qu’il restait des pays où je n’étais pas encore une star, pas au-delà des communautés afghanes en tous cas. Maintenant, j’ai une lourde pression sur mes épaules, je sais que tout le monde m’attend donc je vais redoubler d’efforts et je vous promets que mon prochain film vous le verrez dans le monde entier !

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Pari tenu ? En attendant, la bande-annonce d’un de ses films les plus populaires au pays: 

L’Empereur du Nord débarque en Blu-ray & DVD chez Wild Side

Ce mercredi 7 juin sort en Blu-ray et DVD chez les éditions Wild Side L’Empereur du Nord, film fou de Robert Aldrich. Entre aventure, drôlerie, et horreur, le film suit le périple ferroviaire de deux vagabonds clandestins concourant à un championnat de survie face au plus dangereux et tordu chef de convoi, un certain Shack.

Synopsis : Etats-Unis, années 30. La Grande Dépression plonge des millions d’Américains dans la misère. Des vagabonds arpentent le pays à la recherche d’un emploi ou d’une simple soupe. Certains tentent de voyager clandestinement à bord de trains. Le plus convoité est celui de la ligne 19. Mais la splendide locomotive est gardée par Shack, une brute sanguinaire et sadique, qui n’hésite pas à s’attaquer sauvagement à tous les « trimardeurs » qui osent monter sur sa machine. Seul un vagabond légendaire, appelé « Numéro 1 », ose défier le chef de train. L’affrontement devient inévitable…

À bout de souffle

Lee Marvin et Keith Carradine tiennent le coup tant bien que mal.

Sorti ce mercredi 7 juin en Blu-ray et DVD chez les éditions Wild Side, L’Empereur du Nord (1973) se laisse ainsi redécouvrir dans une formidable édition HD, au bonus véritablement intéressant (un entretien formidable avec le scénariste du film Christopher Knopf) et au livret (ici écrit par Doug Headline) constituant comme souvent un vrai plus dans le coffret.

Wild Side nous présente ainsi sous son meilleur jour vidéo – il semble – L’Empereur du Nord, périple de lutteurs modernes dans une Amérique contemporaine – les années 30 –, toutefois  barbare, dans le sens primitif du terme.

Oubliez Cena, Couture et les autres « monsieur muscle » du catch spectaculaire tel qu’on peut en voir aujourd’hui. Ici se joue un tout autre spectacle, d’une violence digne de celle du Rollerball ou de La Course à la mort de l’an 2000. Non, c’est pire que cela. Pour L’Empereur du Nord, le scénariste Christopher Knopf s’est inspiré de faits divers, tels qu’on en voit tous les jours, d’une violence éclaboussant nos yeux de spectateurs / lecteurs. Aldrich met en scène le survival de deux vagabonds, tous deux cherchant à vaincre le Shack sur son propre train, en survivant au trajet empli de pièges mortels. L’Empereur du Nord présente ainsi un championnat d’un malsain épouvantable, où les corps se déchirent au fur et à mesure des affrontements, et trouvent leur fin sous le passage mécanique et puissant du train. Ce dernier représente une figure étrange, ambivalente : il permet aux vagabonds de voyager pour trouver du travail, et ainsi revivre ou survivre encore un peu ; le train fait aussi figure de terminus vital pour ces êtres borderline.

Duel au sommet

Ernest Borgnine étrangle Lee Marvin.

Si les vagabonds sont considérés comme tels dans le film par des officiers de police, des gens de la populace, ou encore par Shack, ce dernier est lui aussi un type borderline. Interprété par le grandiose Ernest Borgnine, Shack est un cinglé antipathique et assoiffé de puissance. Ne nous y trompons pas, le train est aussi un outil de pouvoir pour Shack, peu apprécié par ses pairs, mais – hélas pour eux – bien placé dans la hiérarchie ferroviaire. Un homme important qui adore exposer son pouvoir en violentant les vagabonds trop hardis qui grimperaient sur son train, quitte à les envoyer se faire broyer sous le train. On l’avait trouvé charmant dans Marty, on l’avait adoré dans La Horde Sauvage, ou encore respecté dans Les Douze Salopards du même Robert Aldrich. Ici, Ernest Borgnine est terrifiant, repoussant… Bref, il incarne ici un être abominable, ou plus vulgairement, un salop.

Face à lui, un gamin arrogant en quête de gloire interprété par Keith Carradine, et surtout, le King, non, plus que ça, le « Numéro 1 ». Il a survécu à tous les trains et leurs chefs de convoi, prince parmi les vagabonds, Lee Marvin est l’Empereur du Nord. Aldrich met ainsi en scène un duel au sommet, celui de Marvin et de Borgnine (les deux lurons se retrouveront d’ailleurs dans Les Douze Salopards). Le conflit progressera pour terminer sur un combat d’anthologie.

Une (re)découverte à ne pas rater

Malsain, violent, drôle, empli d’action, aventurier, romanesque, terrifiant, épique, réaliste, brut, beau, physique, incroyable, fou, brillant… Bref, autant de qualificatifs et superlatifs qui viennent à l’esprit lorsque l’on pense à l’expérience filmique qu’est L’Empereur du Nord. Wild Side livre à nouveau une belle édition pour un film génial qui n’attend que vous pour le découvrir et/ou le revoir encore et toujours.

L’Empereur du Nord : Bande-Annonce 

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Caractéristiques Techniques DVD

Master restauré HD – Format image : 1.85, 16/9ème compatible 4/3 – Format son : Français Dolby Digital 2.0, Anglait DTS 2.0 & Dolby Digital 2.0 – Sous-titres : Français – Durée : 1h54

Caractéristiques Techniques Blu-ray

Master restauré HD – Format image : 1.85 – Résolution film : 1080 24p – Format son : Anglais & Français DTS HD Master Audio 2.0 – Sous-titres : Français – Durée : 2h

COMPLÉMENTS 

L’art de survivre (30 min.) : entretien avec Christopher Knopf, scénariste de L’Empereur du Nord

+ Un livret exclusif de 86 pages, spécialement écrit par Doug Headline, illustré de photos d’archive rares.

Prix public indicatif : 24,99 Euros le Coffret Blu-ray + DVD + Livret

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Psiconautas, un film d’Alberto Vázquez & Pedro Riveiro : Critique

On ne le répétera jamais assez, mais l’animation, ce n’est pas que pour les enfants. Et dans le cas présent, Psiconautas n’est même pas du tout pour les enfants. Sous des airs d’animation enfantine, se cache une fable sombre, entre humour grinçant et fatalisme tragique.

Synopsis: 2 adolescents sur une île écologiquement dévastée essayent de fuir la société. Dinky essaye de s’enfuir loin de sa famille et rejoindre la ville au-delà de l’île et Birdboy, renégat, s’enfonce dans la drogue en essayant de faire perdurer l’héritage de son père.

Adaptation d’un court métrage lui-même adapté d’une bande dessinée d’Alberto Vázquez par Alberto Vásquez lui-même et Pedro Rivero. Psiconautas se veut à mi-chemin entre le conte pour enfant et la fable satirique sur la société. Se présentant comme un dessin animé enfantin au premier abord avec des personnages prenant la forme de petits animaux façon Disney et une animation  assez minimaliste. Il y sera pourtant en réalité question de sujets comme la famille et la religion, jusqu’à la drogue et la mort, en passant par l’émancipation, et l’écologie, beaucoup de sujets y sont balayés, trop peut-être. Et c’est là le principal reproche qu’on pourra faire au film : son côté un peu fouillis. Le problème n’étant pas le nombre de sujets abordés (il serait idiot de vouloir apposer une limite dans ce domaine) mais bien le temps qu’il leur est accordé. Mais cette impression reste mineure car l’ambiance s’y prête au travers de ce film presque chorale. Et l’ambiance, c’est ce qui fait le sel de Psiconautas.

Car définitivement, là où l’œuvre se démarque c’est bien là-dessus. Un décalage est créé d’emblée entre le côté mignon de ces petits personnages tout ronds et tout blanc, représentant l’enfance et l’innocence et leur monde, froid, cruel et déprimant. Ici le rêve n’est pas autorisé et la société formate les esprits jusque dans le cercle familial. Le réalisateur a lui-même avoué s’être inspiré des univers crées par Disney pour en détourner les codes afin de servir son propos. L’alchimie fonctionne dès les premières minutes, créant un malaise palpable autour d’une galerie de personnages plus désespérés les uns que les autres. Ce sentiment se retrouve lui-même renforcé par la direction artistique magnifique du film, entre des tons pastels enfantins et des contrastes brutaux et sans concessions.

L’histoire se démarque également par la liberté d’interprétation que lui apportent les multiples thèmes abordés. On peut voir l’histoire sous beaucoup d’angles différents que celui qui nous est présenté de prime abord. Il est d’ailleurs fort probable qu’en découvrant les réactions des différents personnages face à leurs tragiques destins le spectateur puisse sentir une proximité avec eux. Une véritable empathie se crée et les attentes et espoirs des protagonistes principaux comme secondaires deviennent les nôtres.

Que retenir alors de Psiconautas ? Tout d’abord, une histoire moins simple qu’il n’y parait, entourée de mystère où le spectateur devra vite se faire à l’idée que toutes les cartes ne lui seront pas données. Ensuite, une ambiance grinçante où l’humour et la tragédie se côtoient pour créer un sentiment de malaise et d’enfermement. Enfin, une galerie de personnages attachants et moroses, comme autant de teintes de gris. Le tout servi par une animation qui, bien qu’assez simpliste, fonctionne au vu de l’univers dépeint. Le film laisse néanmoins une touche d’espoir par son message écologique qui, pour une fois, n’est pas niais, ce qui est à noter dans l’animation moderne.

Psiconautas : Bande-Annonce

https://www.youtube.com/watch?v=vFz70kGFu6E

Psiconautas : Fiche Technique 

Réalisation : Alberto Vázquez et Pedro Rivero
Doublage :  Andrea Alzuri, Eva Ojanguren, Josu Cubero
Scénario : Pedro Rivero et Alberto Vázquez
Musique : Aranzazu Calleja
Production : Farruco Castroman, Carlos Jares, Luis Tosar
Directeur de l’animation : Khris Cembe
Montage : Ivan Miñambres
Distributeur : Eurozoom
Durée : 75 minutes
Date de sortie : 24 mai 2017
Genre : animation

Espagne – 2017

Auteur : Yvan Ribollet

Stan against the evil saison 1, une série de Dana Gould : critique

Stan against the evil, une série qui mêle humour et horreur, parvient-elle à se démarquer de ses prédécesseurs ?

Synopsis : lorsque sa femme décède brutalement, Stanley Miller démissionne de son poste de shérif de la petite ville de Willard’s Mill. Sa remplaçante, Evie, une jeune mère de famille, découvre que la ville est sous le joug d’une malédiction séculaire.

Une série mélangeant fantastique, démonologie, humour régressif, clins d’œil aux classiques du genre, et quelques hectolitres d’hémoglobine pour chaque épisode d’une vingtaine de minutes environ… Forcément, Stan against the evil fait penser à Ash vs Evil dead, jusque dans son titre.

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La série se veut donc un mélange d’humour et d’horreur.

Pour l’humour, nous avons les personnages, à commencer par Stan Miller lui-même. Il est l’exemple du beauf américain ne faisant rien de ses journées, vissé sur son canapé à boire de la bière et à regarder la télévision. Il s’intéresse tellement peu au monde autour de lui qu’il n’a même pas remarqué que sa femme était une sorcière et qu’elle avait développé, dans sa propre maison, tout un arsenal de chasse aux démons.

Par contre, Stan a de la culture et des idées bien à lui. Ainsi, tout au fil de la saison, nous apprenons que Starsky et Hutch étaient homosexuels, que les astronautes emportaient avec eux des capsules de poisons pour ne pas tomber entre des mains ennemis et que les chouettes ne supportent pas les puzzles. Et pour lui, sucrer son café est une preuve d’homosexualité également… Il répète « asshole » quasiment comme une ponctuation de ses phrases, et il a l’art de la formule :

« Un jour, je vais m’arracher la tête, la jeter par la fenêtre et m’échapper ! »

Ou encore :

« ça demande beaucoup de travail de devenir alcoolique. »

Autour de lui, les autres personnages de Willard’s Mill ne sont pas non plus gâtés par la nature. Denise, la fille de Stan, est très loin d’obtenir un prix d’intelligence, et Leon, l’adjoint au shériff, ne comprend jamais rien à ce qui se passe et refuse d’aider, surtout lorsqu’il est occupé à espionner une jolie femme.

stan-against-the-evil-dana-gould-critique-serie

L’humour de la série fonctionne plutôt bien par son rythme rapide, des dialogues bien écrits et des personnages caricaturaux qui dessinent un portrait critique de l’American Way of Life.

Pour le côté horreur, les producteurs ont clairement fait le choix d’une épouvante bon enfant, avec des hectolitres d’hémoglobine, des costumes de latex et des démons qui explosent. Ce choix est dû, bien évidemment, au budget réduit de la série, mais finalement ça coïncide pas mal avec l’ambiance générale. Une fois de plus, on sent très nettement l’influence du début de la carrière de Sam Raimi.

Bien entendu, il ne faut pas s’attendre à avoir peur en regardant cette série. Le choix est manifestement celui d’un public large, même si les nombreuses références cinématographiques qui ponctuent cette saison (des Dents de la mer à La Nuit des Morts-vivants) s’adressent à un public de quarantenaires, environ.

L’ensemble fonctionne plutôt bien, malgré les défauts. Si, sur cette saison qui ne contient que huit épisodes de vingt minutes, les scénaristes parviennent à éviter les répétitions, le spectateur est en droit de se demander ce qu’il en sera pour la suite : nos personnages doivent éliminer plus de 170 démons, espérons que cela se fera sans que l’on ait une impression de redite.

Finalement, Stan against the evil, bien que franchement inspiré par l’univers de Sam Raimi, parvient à être une série distrayante et agréable.

Stan against the evil : bande annonce

Stan against the evil : fiche technique

Créateur : Dana Gould
Réalisateurs : Jack Bishop, Justin Nijm
Scénarios : Dana Gould, Jessica Conrad, Sam Boyd
Interprètes : John C. McGinley (Stanley Miller), Janet Varney (Evie Barrett), Deborah Baker Jr. (Denise Miller), Nate Mooney (Leon Drinkwater), Randall Newsome (Thaddeus Eccles)
Photographie : Timothy A. Burton
Montage : Glenn Garland, Sari Tracht
Musique : Eban Schletter
Producteur : John C. McGinley, Ed Tapia
Société de production : 3 Arts Entertainment
Société de distribution : Independent Film Channel
Genre : humour, horreur
Durée : 8 X 25 minutes

Etats-Unis- 2016

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Wonder Woman, un film de Patty Jenkins : Critique

Parce qu’il était très attendu, la Warner a essayé d’éviter à son Wonder Woman de suivre la malédiction des précédents films de super-héroïne qui ont tous sombré dans le domaine de l’imbuvable nanar. Pour cela, confier les manettes à une réalisatrice semble avoir été une bonne idée…héroïne féministe ou sexisme sous-jacent ?

Synopsis : Diana Prince se remémore les aventures qui l’ont autrefois conduite à devenir Wonder Woman. Celles-ci commencent à une lointaine époque sur l’île de Themyscira alors qu’elle était destinée à devenir princesse des guerrières amazones, puis en pleine Première Guerre mondiale tandis qu’elle suivait un espion anglais sur les champs de bataille.

Un petit objet un peu au-dessus de la moyenne

Le « DC Extended Universe » avance doucement, selon un schéma qui l’éloigne de la logique de son principal concurrent, Marvel, qui a pris soin d’introduire ses personnages un par un avant de les réunir à l’écran. Ici, hormis Superman dont le Man of Steel a servi de déclencheur à wonder-woman-Gal-Gadot-bras-en-basla franchise, chacun des membres de la future Justice League va venir se greffer avant d’avoir droit à son propre film. Ainsi, c’est au tour de Wonder Woman, qui est apparue – comme un cheveu sur la soupe – dans Batman v Superman, de se voir consacrer une origin story. Il est encore trop tôt pour juger cette mécanique dans son ensemble, mais déjà il est évident que la qualité des films est individuellement très discutable : BvS a reçu un accueil terriblement clivant, perçu par les uns comme un chef d’œuvre et par d’autres comme l’un des pires films du genre, alors que Suicide Squad a été unanimement (ou presque) considéré comme un lamentable navet. Avant leur Justice League en fin d’année, qui espère rivaliser avec le box-office historique d’Avengers, les décideurs de la Warner ont tout intérêt à fédérer et réconcilier leur public et, pour cela, un personnage aussi populaire que Wonder Woman semble être une bonne solution.

Avec sa façon de s’assumer pleinement en divertissement familial, se délestant au passage de la tonalité « dark » qui semblait faire l’identité des précédents films de la saga au profit d’un ton plus léger, il est évident que la stratégie de la Warner est très de se rapprocher de la part de marché fructueuse de Marvel. La comparaison ne s’arrête pas là, puisque la caractérisation de son héroïne autour de la mythologie antique et le décalage que suscite sa rencontre avec un monde plus moderne, font d’elle l’alter-ego de Thor. De plus, ses aventures militaires aux cotés de soldats-mercenaires caricaturaux ne sont pas sans rappeler celles de Captain America. Fort heureusement, l’absence de teasing et surtout le bien meilleur dosage de l’humour, détournent Wonder Woman de ces blockbusters et participent à lui donner davantage de justesse. Autre différence, et non des moindres : la naïveté inhérente à la sous-intrigue romantique se veut doublée de sous-entendus (mais aussi d’un plan en nu frontal de Chris Pine !) que ne se seraient pas permis par les productions Disney. Cependant, le cahier des charges, sur la forme (l’usage de cet insupportable thème musical) comme le fond (la caractérisation bouffonnement ultra-manichéenne des personnages secondaires et des antagonistes), semble peser si lourd sur le travail de Patty Jenkins, que l’on est encore loin de pouvoir parler de film d’auteure !

Il est triste qu’il a fallu mettre une femme derrière la caméra pour s’assurer que Gal wonder-woman-Gal-Gadot-sous-la-capucheGadot puisse être filmée comme une guerrière badass et non pas « que » comme un sex-symbol dans une jolie gaine dorée. Se dire qu’un homme l’aurait automatiquement érotisée jusqu’au mauvais goût est un constat qui en dit long sur le machisme de l’industrie hollywoodienne.

Parce que sa narration est construite de façon très classique, Wonder Woman débute par une première partie consacrée à l’enfance et la formation de Diana parmi les amazones. Cette introduction sur l’île de Themyscira permet au scénario de développer la mythologie propre à cette tribu féminine et à la réalisatrice de nous offrir de superbes images qui raviront en particulier les amateurs d’heroic-fantasy. On y retrouve aussi Robin Wright et Connie Nielsen, mais dans des rôles si sous-exploités qu’ils en deviennent accessoires. Ce qui est le plus marquant dans ce chapitre est malheureusement ce qui est la plus grosse faille formelle du film dans son ensemble, à savoir l’usage d’effets visuels, en particulier de fonds verts, de cascades numériques et plus encore de ralentis, d’une qualité qui frôle parfois l’indigence, et même l’overdose indigeste lorsque l’on atteint le climax final où il devient évident que le « style Zack Snyder » n’est pas si facile à imiter. Cette première partie s’achève par l’entrée en jeu de Steve Trevor, incarné par un Chris Pine qui reste dans le registre qui est le sien. Cet élément perturbateur va évidemment changer le destin de notre héroïne, et faire diverger le film vers un choc des cultures, et des époques, qui se révèle intelligemment géré. Peut-être est-ce d’ailleurs pour cette raison que l’adaptation a gagné à placer l’action pendant la Première et non pas la Seconde Guerre mondiale comme que c’était le cas dans le comics d’origine.

En effet, la fausse candeur de la belle amazone est un moteur comique loin d’être futile. A travers son regard vierge de toute forme de sexisme, de nombreuses pratiques de la société britannique encore très conservatrice de 1918, et en particulier sur la place qu’y occupent les femmes apparaissent comme déraisonnables. Grâce à ce dispositif spatio-temporel, Patty Jenkins n’a pas besoin d’avoir recours à de grands discours féministes pour poser ce petit plus que n’aurait sans doute pas su apporter un réalisateur. Et pourtant, le schéma des relations Wonder-Woman-Chris-Pine-Gal-Gadotentre Diana et Steve est tel que c’est lui qui est naturellement considéré comme le leader de leur virée militaire. Le féminisme du long-métrage est alors difficile à défendre, et ce même lorsque Wonder Woman s’impose comme une pure figure héroïque. C’est d’ailleurs grâce à un soin appliqué, non sans une certaine lourdeur, par la mise en scène pour l’iconiser dans ces scènes d’action spectaculaires que le film trouve l’identité qui lui est propre et retombe dans les travers du blockbuster d’action moyen.

Ces imperfections inhérentes au genre sont encore amplifiées par la durée du film (ces 2h20 sont vraiment nécessaires ?!). Il s’agit évidemment de quelques longueurs et autres répétitions qui viennent par moments peser sur le rythme, mais aussi de quelques incohérences un peu brouillonnes dans l’évolution très linéaire de son héroïne, qui elle-même pâlit du jeu plus que limité de Gal Gadot. Malgré ces légers reproches, Wonder Woman n’en est pas moins un film de super-héros grand public, plutôt fun, animé par un souffle épique et qui, même lorsque « pour battre la guerre, il faut croire en l’amour » (sic), reste globalement moins niais que la plupart de ses concurrents directs.

Wonder Woman : Bande-annonce

Wonder Woman : Fiche technique

Réalisation : Patty Jenkins
Scénario : Allan Heinberg, Jason Fuchs, Zack Snyder
Interprétation : Gal Gadot (Diana / Wonder Woman), Chris Pine (Steve Trevor), Connie Nielsen (Hippolyta), Robin Wright (Antiope), Danny Huston (Ludendorff), David Thewlis (Sir Patrick), Ewen Bremner (Charlie), Saïd Taghmaoui (Sameer), Eugene Brave Rock (Chef)…
Photographie : Matthew Jensen
Montage : Martin Walsh
Direction artistique : Steve Carter, Stuart Kearns, Dominic Masters et Remo Tozzi
Décors : Aline Bonetto
Costumes : Lindy Hemming
Musique : Rupert Gregson-Williams
Production : Charles Roven, Deborah Snyder, Zack Snyder et Richard Suckle
Sociétés de production : Warner Bros., DC Entertainment, Atlas Entertainment, Cruel and Unusual Films, RatPac Entertainment
Budget : 149 millions $
Distribution : Warner Bros. Pictures
Durée : 141 minutes
Genre : Super-héros, guerre, peplum
Date de sortie : 7 juin 2017

Etats-Unis – 2017

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Top 15 des meilleures scènes d’ouverture de films

In média res (La Guerre des Étoiles) ou non-linéaire (Memento), le début d’un film est toujours un pari en soi. Car derrière cette succession d’images, se cache une mission propre à tout cinéaste : captiver tout en donnant envie d’en voir plus. De Drive à Citizen Kane et en passant par La la land retour sur les meilleures scènes d’ouverture de films qui, dès les premières minutes, imprègnent la rétine durablement et scotchent les spectateurs à leurs sièges.

Savoir attirer notre attention dès les premières secondes d’un film est un art que certains maîtrisent mieux que d’autres. Voici quelques uns des plans séquences devenus cultes. Qu’elle ne dure que le temps d’un plan ou s’étire sur une scène plus longue, l’ouverture d’un film fait partie de ce que nous en retiendrons le plus longtemps. Certaines sont même devenues plus célèbres que le long-métrage qui les suit. Nos rédacteurs ont sélectionné les scènes d’ouverture de films qui les ont le plus marqués.

Notre top 15 des meilleures scènes d’introduction au cinéma

1 / Il faut sauver le soldat Ryan (Steven Spielberg, 1998) : Reproduire avec fidélité l’ampleur d’un événement de l’histoire, c’est ce qu’a réussi Steven Spielberg dans cette séquence d’ouverture. Longue de vingt minutes, il s’agit d’une incroyable reconstitution historique du débarquement de Normandie. C’est à travers un arsenal de mise en scène et une bande-son construite autour d’un chaos de champ de bataille que la prouesse technique de cette séquence est, aujourd’hui, considérée comme un objet d’étude à part entière.

https://www.youtube.com/watch?v=zpnY46QzDYk

2/ La la land (Damien Chazelle, 2007) : Le Logo Cinemascope, la sonate chaotique de Tchaikovski et un embouteillage sur une rocade de Los Angeles : il n’a pas fallu grand chose pour introduire la désormais mythique ouverture de La La Land. Filmée en un plan séquence magistral entre les véhicules et leurs conducteurs, la scène est un modèle de maîtrise et de fraîcheur, propulsant La La Land, dès ses premières secondes, au panthéon du cinéma contemporain.

3/ Orange Mécanique (Stanley Kubrick, 1971) : Une séquence d’ouverture ne peut pas aussi bien annoncer le film que celle d’Orange Mécanique, l’OVNI propulsé par Kubrick en 1971. Un premier plan rouge sang qui scelle le métrage dans l’ultra- violence qui ne va plus le quitter. Un breuvage blanc, le « laitplus », pur et toxique à la fois. Le mélange des synthés et de Purcell. Et cet œil, l’œil d’Alex, hypnotique, maléfique. « Bienvenue à Dystopia Land », semble nous dire le cinéaste.

https://www.youtube.com/watch?v=kTuuXL8lakE

4/ Inglourious Basterds (Quentin Tarantino, 2009) : Dans cette « leçon de suspense », nous ne redécouvrons pas seulement le talent incontestable de Quentin Tarantino pour mêler humour, tension et direction d’acteurs impeccable, nous partons aussi à la rencontre de Christoph Waltz, acteur magique. Il nous accompagnera tout au long d’un film fantasme qui marque dès ses 10 premières minutes polyglottes et pleines de trouvailles savoureuses après lesquelles vous ne boirez plus jamais de lait innocemment !

5/ Drive (Nicolas Winding Refn, 2011) : Drive, ce n’est pas une scène d’ouverture, mais toute une séquence pré-générique. Un homme de dos, une voix, un flegme, le calme. Un héros au volant d’une voiture. Une course poursuite maîtrisée et froide, une musique hypnotisante, une radio en fond sonore, un braquage et un match de base-ball, le silence, la tension. Puis le retournement final. Une ambiance qui nous happe, un sens du timing magistral. Une claque.

6/ La soif du mal (Orson Welles, 1958) : Sorti en 1958, La soif du mal est la dernière œuvre hollywoodienne d’Orson Welles. Le film est introduit par rien de moins que l’une des scènes les plus cultes du réalisateur : un plan séquence dantesque avec grue aux mouvements aussi complexes qu’ils paraissent naturels. On y suit la progression d’une voiture piégée vers un poste frontière, naviguant avec la camera à travers la ville dans une séquence remplie de vie et de tension.

7/ 2001, l’odyssée de l’espace (Stanley Kubrick, 1968) : La séquence d’ouverture du chef d’œuvre de la Science Fiction correspond au premier chapitre de celui-ci, intitulé « L’aube de l’humanité ». Les profonds silences et la musique de Richard Strauss rythment cette séquence où ces singes, qui représentent nos ancêtres, font la découverte de l’Outil, et deviennent des Hommes en le transformant en Arme. Une brillante ouverture qui place le spectateur directement dans la thématique principale de l’œuvre qu’est le rapport au temps.

Suite du top 15 des meilleures scènes d’ouverture de films 

The Expanse saison 1 et 2 : Critique série

Série de space opera qui s’avère complexe et visuellement impressionnante, The Expanse dépeint un univers réaliste, dans un cadre spatio-temporel plutôt original.

Synopsis : La destruction d’un vaisseau transporteur de glaces par des assaillants inconnus est le début d’une succession d’événements qui va exacerber les tensions entre la Terre, Mars et les habitants de la Ceinture d’astéroïdes. James Holden, officier survivant du vaisseau, Josephus Miller, détective ceinturien chargé de retrouver la fille d’un milliardaire, Chrisjen Avasarala, sous-secrétaire adjoint pour les Nations unies, qui tente de faire la lumière sur ces événements, se retrouvent ainsi mêlés à de sombres machinations, aux conséquences qu’aucun d’entre eux ne pouvait alors imaginer.

The Expanse est l’adaptation de la série de livres du même nom, de James Corvey. Le cadre se situe dans un futur proche, dans le système solaire, lorsque l’humanité s’est extirpé de la Terre d’origine, mais sans pouvoir encore atteindre les étoiles. Une époque intéressante trop peu montrée à l’écran comme dans les livres. Parfois présentée comme le Game of thrones de la science-fiction par certaines presses avides de comparaison facile, en raison de ses luttes de pouvoir entre les différents peuples, elle s’avère pourtant assez différente. Mélangeant des éléments horrifiques ou de thriller avec les intrigues politiques, elle se concentre sur un nombre réduit de personnages, qui vont essayer de faire éclater la vérité, et empêcher l’humanité de s’autodétruire à l’heure où elle devrait se serrer les coudes face à une potentielle menace destructrice sans précédent.

Mondes crédibles

C’est un univers réaliste qui est présenté, à l’opposé donc de Star Wars ou Star Trek. Les institutions humaines apparaissent crédibles, à l’image de ce que l’on peut facilement imaginer dans un siècle si l’humanité colonise d’autres mondes du système solaire.

Les habitants de Mars, qui ont toute une planète à coloniser, fournissent beaucoup d’efforts pour réaliser le vieux rêve des premiers colons de recréer un habitat hospitalier et méprisent une Terre remplie d’habitants oisifs qui ont laissé se dégrader une nature inestimable. Beaucoup en viennent à penser qu’ils ne pourront véritablement prendre leur essor qu’une fois avoir pris l’ascendant sur la planète sœur.

Des années en gravitation restreinte ont transformé les habitants de la Ceinture des astéroïdes en êtres frêles et chétifs, et de grande taille. Des différences physiques qui, on ne le sait que trop bien, suffisent à susciter le rejet de la part des autres peuples. Une vie passée à économiser des ressources d’importances vitales, à communiquer dans le vide autant avec les mains qu’avec les paroles, a entraîné l’apparition d’une toute nouvelle culture, où les matières premières ont acquis une importance sacrée avec laquelle on ne plaisante pas, et où l’on communique autant avec les gestes que les mots. Un peuple qui vit de plus en plus mal la mainmise des planètes intérieures sur leurs mondes et leurs ressources.

Tout change avec l’apparition d’une toute nouvelle technologie avancée à grand potentiel. Elle donne un avantage certain au camp qui la possède, et est susceptible donc de bouleverser les rapports de forces. Mais c’est aussi et surtout une technologie venue d’au-delà du système solaire, la preuve que d’autres formes de vie conscience existent, capables de prouesses dont nous ne soupçonnons même pas la possibilité. Une découverte nous mettant dans la position très angoissante des Aztèques persuadés d’être seuls au monde et qui ne pouvaient comprendre l’arrivée des vaisseaux espagnols, funestes présages à la disparition de leur civilisation. Mais pour l’heure, la Terre et Mars se méfient trop l’une de l’autre, et les Ceinturiens sont trop occupés à revendiquer leur liberté pour faire cause commune…

L’apparition d’éléments extraterrestres la différencie de Battlestar Galactica, qui se concentrait sur la dimension politique et humaine. En terme de profondeur, The Expanse n’arrive certes pas à la hauteur, mais a suffisamment de qualité pour s’afficher comme un successeur honorable.

Héros malgré eux

Bien que le développement des personnages ne soit pas vraiment le point fort de la série, ils sont assez étoffés pour apparaitre ambigus, avec des failles personnelles qui les rendent humains.

Le détective Joe Miller (Thomas Jane) est un policier blasé, aux méthodes violentes. Il finit par être obsédée par la femme qu’il doit retrouver, au point d’en faire une affaire personnelle.

En parallèle, Jim Holden (Steven Strait) est un homme profondément droit qui s’échine à faire ce qui est juste, au risque d’aggraver la situation. Après la destruction de son vaisseau, il se retrouve catapulté malgré lui capitaine. Aux lourdes responsabilités de la survie de l’équipage s’ajoute son rôle à jouer dans une affaire qui le dépasse, pion involontaire pris dans une guerre naissante et face à un ennemi inconnu.

A l’inverse Chrisjen Avasarala (Shohreh Aghdashloo) est une politicienne revêche qui n’a pas la langue dans sa poche. Habile oratrice, elle a une connaissance fine des affaires politiques et parvient à nager en eaux troubles sans se noyer. Un masque sévère qui dissimule ses doutes et ses craintes, qu’elle n’enlève qu’en face de son compagnon, trop souvent éloigné d’elle.

Apparue en saison 2, Bobbie Draper (Frankie Adams) est une guerrière, un marine de Mars surentraîné, fort de corps et d’esprit, qui a grandi comme la jeune génération martienne en oubliant le rêve des premiers colons, et avec une animosité grandissante envers la Terre. Bouleversée par un traumatisme sur la lointaine Ganymède, manipulée par ses supérieurs, elle va devoir mettre de côté ses préjugés et ses tendances belliqueuses.

Une adaptation complémentaire aux livres

Si la série suit assez fidèlement les livres, elle s’en écarte de manière évidente en modifiant l’ordre d’apparition des personnages ou certains événements pour en faire une version parallèle, ce qui n’est sans doute pas plus mal. A l’inverse de Game of thrones, cela évite la frustration des changements non justifiés pour une adaptation qui se voulait à l’origine très fidèle (sauf dans les dernières saisons).

La série développe également davantage le côté politique, que l’on pourrait juger un peu trop en retrait dans les livres, en y ajoutant quelques éléments intéressants (les reproches de Mars à la Terre pour avoir laissé la nature se dégrader par exemple). Dans la saison 2, elle complexifie encore les rapports de force en ajoutant, intelligemment, des rivalités au sein même des peuples qui n’existaient pas réellement dans les livres. Enfin, la série étoffe également les personnages secondaires comme l’équipage de Holden, qui présentent chacun une loyauté plus marquée envers leur peuple d’origine, comme le pilote envers Mars et l’ingénieure envers les Ceinturiens.

The expanse  signe la volonté de Sy-Fy de revenir au genre space opera qu’elle avait abandonnée quelques années plus tôt avec l’annulation de Stargate Universe et Caprica. Contrairement à Dark Matter ou Killjoys toutefois, la série bénéficie d’un vrai budget permettant des décors et des scènes spatiales qui n’ont rien à envier aux films. Loin des vaisseaux aux décors carton-pâte ou rutilants, les vaisseaux sont sombres, souvent délabrés, et donnent réellement l’impression que c’est le genre d’appareils qui pourraient servir à voyager dans l’espace dans quelques décennies.

Bande-annonce The Expanse

The Expanse : Fiche technique

Création: Mark Fergus, Hawk Ostby
Réalisateurs : Terry McDonough, Bill Johnson, Jeff Woolnough, Robert Lieberman
Acteurs : Thomas Jane (Josephus Miller) ; Steven Strait (James Holden); Cas Anvar (Alex Kamal); Dominique Tipper (Naomi Nagata); Wes Chatham (Amos Burton); Shohreh Aghdashloo (Chrisjen Avarasala) ; Frankie Adams (Roberta « Bobbie » Draper)
Scénaristes : Mark Fergus et Hawk Ostby… D’après l’œuvre de James Corvey
Producteurs: Daniel Abraham, Ty Franck, Lynn Raynor, Ben Cook, Dan Nowak
Producteurs exécutifs : Broderick Johnson, Andrew Kosove, Sharon Hall, Sean Daniel, Jason F. Brown, Mark Fergus, Hawk Ostby, Naren Shankar
Musique : Clinton Shorter
Chaîne d’origine: SyFy
Réseau de diffusion : NBC Universal
Format et nombre d’épisodes : 23 épisodes de 42 minutes
Genre: Science-fiction, drame

États-Unis- 2015

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Manon 20 ans, une série de Jean-Xavier de Lestrade : critique

Trois ans après nous avoir laissé sur son lumineux sourire plein d’espoir, Jean-Xavier de Lestrade retrouve Manon 20 ans sur le chemin de la vie. Entre douceur, honnêteté et refus de renoncer, Alba Gaia Bellugi offre à Manon la force de grandir, de dire « non » et d’aller vers son destin tout le long de trois épisodes diffusés sur Arte.

Six fois Manon

Manon était crises, cris et refus quand elle est entrée dans un centre éducatif fermé à 15 ans. C’était la première fois que nous croisions Manon et elle nous bouleversait totalement avec sa bouille fermée, son corps si frêle et sa rage. Cette rage, plus que la contenir, Manon a appris à l’apprivoiser. Par le théâtre, mais aussi la confiance et le regard que certains ont bien voulu lui offrir. On l’avait quittée sur un sourire. Et un sourire de Manon, c’est précieux. Jean-Xavier de Lestrade l’a bien compris, c’est pourquoi il traque chaque mouvement sur le visage de son interprète Alba Gaia Bellugi qui est toujours au cœur de Manon 20 ans. Manon a grandi mais reste intranquille, elle refuse de renoncer, de lâcher prise. Elle voudrait être mécano, mais dans un monde d’hommes, ce n’est pas encore gagné. La voilà donc, non sans mal, propulsée à l’accueil où on lui demande d’être tout ce qu’elle n’est pas vraiment: une jolie poupée qui répond au téléphone. Deux personnages façonnent alors son désir naissant (elle a laissé tomber un ancien amour qui la trompait ouvertement) : la communicante du garage, Jennifer portée par Deborah François, qui la fait s’approprier son corps et Bruno (Théo Cholbi) qui tente de la dompter tout en adorant sa spontanéité, ce qui ne sera pas sans créer quelques étincelles. Au milieu de tout ça, Manon continue de tout dévaster sur son passage, de déconstruire en quelque sorte les attentes. La voilà fragile et forte à la fois, tendue, perdue, mais aussi sûre de ses choix. S’imposer ne sera jamais facile, mais une chose est certaine : Manon ne se laissera pas mettre en cage par la société.

Après la tempête

Toujours à l’affût du moindre mouvement, de l’imperceptible changement, du calme avant la tempête, Jean-Xavier Lestrade accompagne de nouveau Manon avec une grande bienveillance dans ces trois épisodes sur le fil du rasoir. A l’aide d’une BO fidèle aux états d’âme, ou du moins aux mouvements de Manon (ceux de la crise au sourire), le réalisateur prend le temps d’observer son héroïne. Il fait surtout le pari de la laisser s’opposer à cette société qui voudrait l’enfermer, la calmer. Elle refuse ce que l’on construit pour elle, cherche toujours sa voix. Cette fois, le théâtre même ne la canalisera pas, elle s’émancipe d’une vision trop réductrice de cet art pour n’en garder qu’une envie : celle de vivre. Telle une Nina à la Tchekhov, de laquelle elle rejette l’instinct de mort pour choisir la rage de vivre, Manon décide de déployer ses ailes de mouette pour planer au-dessus de la mer. La très douce dernière scène de la série – avec enfin le si attendu sourire – le souligne avec tendresse. Alba Gaia Bellugi offre de nouveau tout ce qu’elle a de spontanéité de douceur et de force à ce personnage passionnant auquel on veut tendre la main, tout en sachant qu’elle se relèvera toujours seule. Les scènes de confrontation entre Manon et sa mère (Marina Foïs) n’ont rien perdu, elles non plus, de leur rage et ce n’est pas le père qui apaisera ce climat tempétueux que seule Manon sait créer, comme personne. La lumière ne tient qu’à sa capacité à persévérer dans la voie qu’elle s’est choisie. Une réussite incontestable.

Retrouvez Manon 20 ans et 3 x Manon sur Arte+7 jusqu’au jeudi 8 juin

Manon 20 ans : Bande-annonce

Manon 20 ans : Fiche Technique

Réalisation : Jean-Xavier de Lestrade
Scénario : Antoine Lacomblez, Jean-Xavier de Lestrade
Avec : Alba Gaïa Bellugi (Manon Vidal), Déborah François (Jennifer Bressan), Théo Cholbi (Bruno), Yoann Blanc (M. Hervé), Charlie Nelson (François Losmel),
Claire Bouanich (Lola), Marina Foïs (Monique)
Son : Antoine Mercier, Dominique Lacour
Costumes : Valérie Mascolo
Décors : Léa Philippon
Image : Isabelle Razavet
Montage : Sophie Brunet
Musique : Alexandre Lessertisseur
Production : Image et Compagnie, ARTE
Productrice : Nicole Collet
Pays :France
Année : 2016

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Lou Andreas-Salomé, un film de Cordula Kablitz-Post : Critique

Après le biopic sur Paula Becker, le cinéma allemand rend à nouveau hommage à une figure féminine libre : Lou Andreas-Salomé. Véritable source d’inspiration des poèmes de Rilke ou de l’idéologie de Nietzsche, sa personnalité continue d’intriguer bien des années après.

Synopsis : Lou Andreas-Salomé, égérie intellectuelle, romancière et psychanalyste, décide d’écrire ses mémoires… Elle retrace sa jeunesse parmi la communauté allemande de Saint-Pétersbourg, marquée par le vœu de poursuivre une vie intellectuelle et la certitude que le sexe, donc le mariage, place les femmes dans un rôle subordonné. Elle évoque ses relations mouvementées avec Nietzsche et Freud et la passion qui l’a unie à Rilke. Tous ses souvenirs révèlent une vie marquée par le conflit entre autonomie et intimité, et le désir de vivre sa liberté au lieu de seulement la prêcher comme ses confrères.

Si la mise au scène aurait pu être plus poussée et la philosophie davantage mise en avant, le film n’en reste pas moins une très grande réussite. Le portrait de cette femme, muse des plus grands intellectuels du XXe siècle et véritable femme de lettres, est joliment réalisé grâce au talent de trois actrices allemandes qui interprètent Lou Andreas-Salomé à différents âges de sa vie. Faute d’archives, Cordula Kablitz-Post se voit ici obligée de réaliser un biopic au détriment du documentaire, auquel elle est pourtant habituée. L’écrivain et romancière ayant brûlé beaucoup de ses écrits ou d’images avant de mourir, la fiction prend une part importante dans le film qui se construit sous une forme surprenante. Le spectateur est alors entraîné dans la vie de cette allemande d’origine russe à travers des photos sépias mises en mouvement et un récit conté par la psychanalyste qu’elle était. De flashback en flashback, les années défilent sous les yeux des spectateurs attentifs et intrigués par la grande femme qu’elle a été, et se retrouvent autant impressionnés par son érudition que le jeune homme auquel elle dicte ses mémoires. De rencontres intellectuelles à chemins amoureux, la réalisatrice dessine le destin de cette figure émancipée en avance sur son temps de manière intelligente et aglou-andreas-salome-fim-katharina-lorenz-alexander-scheerréable. Si son émancipation est parfois douteuse de par sa dépendance aux hommes et sa célébrité montrée comme étant redevable aux rencontres masculines qu’elle a faites, elle n’en reste pas moins une femme en quête de liberté possédant un talent grandissant. Ce n’est d’ailleurs pas cela le féminisme : s’émanciper et se battre pour sa propre liberté et sa propre reconnaissance ?

« Perspicace comme l’aigle, brave comme le lion »

En effet, Lou Andreas-Salomé fait le choix de trouver sa propre liberté et de la vivre, que cela soit dans les mœurs ou non, que cela plaise aux hommes qu’elle fréquente ou non. « Deviens ce que tu es », une phrase que son père lui laisse sur une carte et qui va ainsi la guider toute sa vie. Celle pour qui l’intensité de l’existence est primordiale, nous fait voyager à travers St Petersbourg, Zurick, Rome, Vienne ou encore Berlin et donne envie au spectateur de la suivre dans ce vent de liberté qu’elle sait consommer sans limite. Elle rythme sa vie entre savoir intellectuel et liberté et attire les plus grands écrivains par sa fraîcheur et la passion avec laquelle elle vit. Féministe avant l’heure et jeune femme à la modernité inspirante, son élégance et sa finesse sont autant de charmes dans le film que ce que l’on peut en lire. En rupture avec tous les codes de l’époque et influencée par la philosophie de Kant et Spinoza, la jeune femme a su captiver les foules et surtout, charmer le cœur des hommes. La réalisatrice fait transparaître à l’écran l’indépendance de son esprit en oubliant parfois un peu la philosophie qui la guide, en y faisant seulement quelques clins d’œil brefs mais captivants. Connue pour ses relations avec les hommes, elle se refuse pourtant longtemps à consommer charnellement ses liaisons, persuadée que la chasteté assure la liberté créatrice. Le refus du mariage à tout prix montre également sa volonté absolue d’être indépendante, de ne jamais appartenir à un seul homme, elle qui se rêve à une vie à trois. Le film retrace le parcours de la jeune femme à travers la rencontre avec trois génies du XXème siècle grâce à des champs-contrechamps qui dévoilent toute l’importance des liens qui les unissent lors des dialogues où de vrais duels apparaissent. L’opposition entre l’apollinien auquel Lou Andreas-Salomé croit dur comme fer et le dionysiaque auquel Nietzsche tente de la convaincre amène enfin un débat idéologique passionnant au sein du film. La force des dialogues est alors très importante et illustre l’étendue des savoirs et du talent de tous ces génies dans un dualisme des plus passionnants. Une philosophie plus approfondie aurait ajoutée un peu plus d’intensité à ce film sur la vie riche et pleine de fougue de cette égérie mythique, mais l’on se contentera de ces quelques moments rapides.

Lou Andreas Salomé : Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=49LYyaSXjcg

Lou Andreas-Salomé: Fiche Technique

Réalisation : Cordula Kablitz-Post
Scénario : Cordula Kablitz-Post, Susanne Hertel
Interprètation : Katharina Lorenz, Nicole Heesters, Liv Lisa Fries
Image : Matthias Schellenberg
Montage : Beatrice Babin
Musique : Judit Varga
Costumes : Bettina Helmi
Producteurs : Cordula Kablitz-Post, Helge Sasse, Gabriele, Kranzelbinder
Sociétés de productions : Avanti Media, Tempest Film, KGP, Satel Film, Senator Film Produktion
Distribution : Bodega Films
Durée : 113 minutes
Genre : drame, historique, biopic
Date de sortie : 31 mai 2017

Allemagne, Suisse -2017

Prison Break Saison 5, une série de Paul T. Scheuring : critique

8 ans après la fin de la série originelle, voici le retour de Michael Scofield et Lincoln Burrows pour une 5ème et ultime saison de Prison Break. Pour quel résultat ?

Synopsis : Sept ans après la mort de Michael Scofield, Sara est remariée avec un professeur, Jacob, tandis que Lincoln Burrows est retombé dans les petits trafics et tente d’échapper à des gangsters à qui il doit une forte somme d’argent. Theodore Bagwell sort (légalement) de prison. On lui propose un étrange marché : une personne anonyme a financé son opération pour qu’il puisse bénéficier d’une main bionique. Puis on lui remet une lettre avec une photo de Michael Scofield emprisonné et un message mystérieux.

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C’est en août 2015 que le réseau Fox annonce le retour de la série Prison Break. Une information qui va poser de nombreuses questions : Scofield mourait à la fin de l’ultime (et pitoyable) épisode intitulé The Final Break. Comment s’en sortir avec cette donnée incontournable ? Comment faire pire que les deux prisons déjà montrées dans la série originelle ?

Un retour énigmatique

Les premiers épisodes sont de très loin les plus intéressants, par leur faculté à poser des questions et à créer des énigmes. Qui a financé l’opération de T-Bag ? Pourquoi les informations sur Michael Scofield ont-elles été piratées, au point que le personnage semble avoir littéralement disparu de la surface de la terre ? Si c’est bien lui, que fait-il dans une prison du Yémen ? Qui est Poséidon, le personnage haut placé qui semble tirer toutes les ficelles ?

Ces différents mystères occupent les trois premiers épisodes, et maintiennent un suspense très intéressant. Hélas, ils ne sont pas suffisants pour tenir en haleine les spectateurs pendant toute la saison, aussi brève soit-elle (neuf épisodes en tout). Cela se ressent fortement au cœur de la saison (épisodes quatre et cinq) : beaucoup de réponses ont été apportées et les autres sont faciles à deviner. Face à une intrigue incapable de tenir la route sur la durée, les scénaristes ont été obligés de meubler par de longues séquences de courses-poursuites ou même des dilemmes oiseux (les personnages passent un épisode complet à se demander s’il faut choisir le train ou l’avion pour quitter Sana’a, la capitale du Yémen). Finalement, la saison ne repose que sur deux idées que les scénaristes tentent d’étirer le plus possible, au risque de multiplier les incohérences et les twists, re-twists et re-re-twists :

_ l’évasion de Michael

_ l’identité de Poséidon

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Artillerie lourde

A cela, il faut ajouter la lourdeur des procédés qui se trouvaient déjà dans la série originelle : retournements de situation de dernière minute, personnages qui font demi-tour au dernier instant… toute la panoplie est réunie.

La saison ne manque pas d’incohérences également : Lincoln n’a pas d’argent lorsqu’il s’agit d’en donner à des gangsters qui veulent le tuer, mais il en a beaucoup pour aller au Yémen et sauver toute une famille. Quant à Poséidon, en fin de compte, on ne sait pas très bien ce qu’il veut. Les scénaristes nous donnent bien une explication bâclée, mais elle ne justifie pas grand chose et on ne sait pas vraiment pourquoi Scofield a été envoyé au Yémen.

Enfin, la vision de la guerre civile au Yémen est affreusement caricaturale.

Le retour d’Ulysse

Il reste que, si l’on fait l’effort de débrancher son esprit critique, cette saison 5 de Prison Break reste un divertissement certes sans surprises mais pas totalement mauvais non plus. On peut même y trouver un aspect intéressant : la saison est remplie d’allusions mythologiques à Ulysse ! Sara habite à Ithaca (comme Pénélope à Ithaque), Scofield se fait appeler Outis (mot grec qui veut dire « Personne » et rappelle la réponse d’Ulysse au Cyclope) et il est poursuivi par Poséidon et un borgne.

Enfin, les derniers épisodes relèvent un peu le niveau par leur rythme soutenu et les pièges que se tendent mutuellement les deux adversaires. Deux personnages de tueurs à gages donnent du piment à l’ensemble.

Finalement, cette saison 5 de Prison Break est un peu à l’image du reste de la série, que ce soit par ses thématiques (évasion, courses-poursuites, complots), ses défauts (incohérences, facilités de scénario) ou ses qualités (rapidité du rythme). Une saison agréable à condition de déconnecter son esprit critique.

Prison Break Saison 5 : Bande annonce

Prison Break Saison 5 : fiche technique

Création : Paul T. Scheuring
Réalisation : Nelson McCormick, Guy Ferland, Kevin Tancharoen, Maja Vrvilo
Scénario : Paul T. Scheuring, Michael Horowitz, Vaun Wilmott
Interprétation : Dominic Purcell (Lincoln Burrows), Wentworth Miller (Michael Scofield), Sarah Wayne Callies (Sara), Rockmond Dunbar (Benjamin C-Note Franklin), Robert Knepper (Theodore T-Bag Bagwell), Mark Feuerstein (jacob), Inbar Levi (Sheba), Augustus Prew (Whip), Rick Yune (Ja)…
Photographie : Jeffrey C. Mygatt
Montage : Scott Powell, James Coblentz
Musique : Ramin Djawadi
Production : Dominic Purcell, Wentworth Miller
Société de production : Dawn Olmstead Productions, Adelstein Productions, original Film, One light road Porductions, 20th Century Fox Television
Société de distribution : 20th Century Fox Television
Genre : suspense, action
Format : 9 x 42 minutes
Date de diffusion en France : 15 juin 2017 (M6)

Etats-Unis-2017

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