Alors que le tout avait l’allure d’une série B à l’américaine, Doug Liman revient sur le devant de la scène en faisant de The Wall un survival movie d’une rare intensité. Un duel de snipers éprouvant à souhait !
Synopsis : Deux soldats américains sont la cible d’un tireur d’élite irakien. Seul un pan de mur en ruine les protège encore d’une mort certaine. Au-delà d’une lutte pour la survie, c’est une guerre de volontés qui se joue, faite de tactique, d’intelligence et d’aptitude à atteindre l’ennemi par tous les moyens…
Une série B transformée en une sorte d’Iraqi Sniper
Il aura fallu attendre pas loin de trois ans, soit après le « petit » échec commercial d’Edge of Tomorrow, pour que le réalisateur Doug Liman revienne sur le devant de la scène. Une période durant laquelle il a tenté de percer dans le film de super-héros, premièrement chez Marvel (Gambit) puis du côté de DC Comics (Justice League Dark), pour finalement subir l’annulation desdits projets. Il aura juste officié en tant que producteur délégué sur Jason Bourne pour daigner revenir derrière la caméra. Et comme s’il nous avait entendu, le voici qui nous revient avec des projets plein la tête et deux longs-métrages pour cette année 2017. Alors que Barry Seal : American Traffic est attendu dans nos contrées pour le 13 septembre prochain, le cinéaste ouvre le feu avec The Wall. Un film qui, sur le papier, n’avait rien d’exceptionnel. Mais avec le travail de Liman et de bons artisans, le rendu final a de quoi surprendre et impressionner.

Par « rien d’exceptionnel » il faut comprendre que, avec ce projet, Doug Liman est loin de ses critères habituels. En effet, depuis sa consécration internationale avec La Mémoire dans la Peau (2002), le bonhomme a quitté le monde du cinéma indépendant pour livrer principalement des blockbusters (Mr. & Mrs. Smith, Jumper et Edge of Tomorrow). Avec, au milieu de tout cela, un projet bien plus modeste (Fair Game) affichant tout de même un budget de 20 millions de dollars. Ici, le réalisateur prend les rênes d’une production indé signée Amazon Studios peu onéreuse (un coût estimé à 3 millions de dollars). Un long-métrage qui sent bon la série B américaine avec John Cena au casting et surtout un synopsis à première vue maigrelet : deux soldats de chez l’oncle Sam faisant face à un sniper irakien. En clair, de quoi livrer un divertissement bourrin et stupide, avec une surdose de patriotisme vu que, dans ce genre de script, tout est mis en œuvre pour mettre les États-Unis sur un piédestal.
C’était vraiment sans compter sur le savoir-faire de Doug Liman, qui livre pour le coup un survival movie d’une rare intensité. Au lieu de s’enfoncer dans de l’action stupide à souhait, il préfère nous gratifier d’un duel éprouvant sur le plan physique. Un face-à-face qui ne vous laissera aucun moment de répit, le danger suintant à chaque seconde du film. Un rendu que nous devons principalement aux multiples choix du cinéaste, à commencer par l’absence de compositions musicales. Juste le vent qui souffle, le bruit lointain d’une mortelle détonation, la souffrance des personnages…pour mettre vos nerfs à rude épreuve. Par une mise en scène accentuant ce constat via une lenteur de l’action pleinement assumée (les plans de la lunette des snipers façon Jack Reacher, par exemple) et la faisant exploser quand il le faut sans en abuser. Par des comédiens, principalement Aaron Taylor-Johnson, qui s’investissent pleinement dans ce projet, secondés par un véritable sniper leur ayant appris la gestuelle à adopter ainsi que certaines notions peu évoquées dans les films (dont l’utilisation des mathématiques). Et par un choix judicieux du directeur de la photographie Roman Vasyanov de mettre de côté le numérique pour privilégier un tournage en pellicule et en lumière naturelle. Ce qui permet, par le grain spécifique de ce format, de faire ressortir les conditions extrêmes et météorologiques que doivent également affronter les personnages (tempêtes de sable, chaleur accablante…). Avec tout cela en poche, The Wall se montre tendu au possible. Prend irrémédiablement aux tripes et ce dès les premières minutes. Vous épuisera autant que ses protagonistes par son réalisme et son intensité.

The Wall surprend également par une écriture beaucoup plus intelligente qu’il n’y parait au premier abord. Il est certain que le côté simpliste du film, agrémenté de clichés du genre des répliques grandement vulgaires à la Alien, rebutera les plus exigeants. Sans oublier que, si la mise en scène induit la lenteur du récit et de l’action, celle-ci donne par moment l’impression d’étirer la durée du long-métrage. Nous obligeant à subir des discussions tournant parfois en rond ou nous incitant à crier « Pourquoi tu n’as pas fait ça plus tôt ? » auprès des protagonistes. Mais malgré ses défauts, le scénario de The Wall révèle quelques richesses d’écriture inattendues dans ce type d’histoire. À commencer par l’aspect psychologique du personnage principal, dont l’expérience passée met en valeur les horreurs de la guerre et les lourdes séquelles endurées par les soldats. Le script se permet même de se montrer critique envers l’intervention militaire des Américains en Irak et ce grâce à deux détails non négligeables. Le premier étant le fait que les deux camps sont mis sur un même pied d’égalité en termes de préjugés, de naïveté et d’incompréhension de l’adversaire sur ses convictions. Et le second par le biais de répliques bien senties, dans le but de retirer toute gloire à l’armée américaine. Elle qui est restée après la fin des hostilités en prétendant développer le pays « conquis », comme construire des écoles, en récupérant le pétrole ; alors qu’elle ne pense qu’à en tirer du profit et réparer les dégâts qu’elle a causé (le fameux muret du film étant la façade d’une école, détruite par une action américaine).
Vous l’aurez compris, The Wall est loin d’être la série B tant annoncée par le synopsis. Il s’agit d’un long-métrage maîtrisé comme il se doit. Un divertissement tendu au possible et beaucoup plus malin qu’il n’y parait. L’occasion de montrer aux spectateurs qu’ils peuvent se plonger sans mal dans le visionnage de films produits par des plates-formes étrangères au cinéma (ici Amazon mais également Netflix), bien plus travaillés et ne prenant que la majorité des produits hollywoodiens actuels. Quant à Doug Liman, nous l’attendons déjà avec impatience sur d’autres projets, The Wall lui ayant permis de prouver qu’il n’est pas un réalisateur à la botte des gros studios mais bien un artisan qui mériterait plus d’intérêt de notre part qu’à l’heure actuelle.
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The Wall : Bande-annonce
The Wall : Fiche technique
Réalisation : Doug Liman
Scénario : Dwain Worrel
Interprétation : Aaron Taylor-Johnson (le sergent Allen Isaac), John Cena (le sergent-chef Shane Matthews) et Laith Nakli (Juba)
Image : Roman Vasyanov
Décors : Jeff Mann
Costumes : Kelly Berry
Montage : Julia Bloch
Production : David Bartis
Société de productions : Amazon Studios, Picrow et Big Indie Pictures
Budget : 3 M$
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Genre : Guerre
Durée : 81 minutes
Date de sortie : 7 juin 2017
États-Unis – 2017
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De plus en plus incontournable aux yeux des spectateurs curieux grâce à la maitrise et à l’audace de ses réalisations (quelques épisodes de la 8ème saison de
Sans cette inévitable étape, la suite aurait d’ailleurs cruellement manqué de tension. Évidemment, il apparait rapidement que certains de ces bras cassés n’ont pas vocation à survivre bien longtemps. Leur nom sera même vite oublié. A l’inverse, le charisme qu’apportent Brie Larson, Sharlto Copley ou encore Armie Hamer aux bandits auxquels ils prêtent leurs traits – tous dans des looks délicieusement vintage – nous donne envie de les suivre de près dans le tumulte général qui va naitre sous nos yeux ébahis.
A l’inverse du désordre illisible auquel de trop nombreux films d’action nous ont habitués ou du flou oppressant dans lequel certains films de guerre nous plongent délibérément, ici, la fluidité de la réalisation nous permet de suivre clairement chaque action qui a lieu dans cet entrepôt en proie au chaos. La maladresse dont font preuve les bandits dans leurs échanges de coups de feu n’est d’ailleurs pas seulement un effet comique. Il s’agit aussi et surtout d’une volonté de rompre avec des codes cinématographiques désuets et de donner ainsi davantage de crédibilité à cette explosion de violence. Dans Free Fire, pas de one shot. Au contraire, chaque exécution se fait laborieusement, sur la durée. Une raison supplémentaire de multiplier encore davantage les coups de feu. Autre conséquence : chacun des participants de cette fusillade devra souffrir s’il veut survivre. Quels que soient ceux sur lesquels on mise – si tant est que l’on part de l’hypothèse qu’il y aura des survivants –, ils passeront tous par de terribles douleurs, victimes d’impacts de balles mal placés et autres blessures plus regrettables encore. La qualité avec laquelle Wheatley filme ces corps en souffrance est là encore remarquable. Rarement le supplice physique éprouvé par des personnages aura eu un tel pouvoir immersif en nous plaçant dans un enfer dont on aimerait fuir avec eux.
gueules n’est jamais amochée par la violence dont ils font preuve. Il s’avère même qu’ils trouvent tous leur petit moment de gloire, prouvant ainsi qu’ils ne sont pas de simples figurants juste là pour servir de cibles humaines. Selon la façon dont on veut se placer à leur égard, on peut donc prendre un plaisir coupable à les regarder se faire dégommer un par un, ou les soutenir dans leur volonté de survivre à ce véritable chaos. Dans les deux cas, le suspense fait effet. Parce qu’il apparait vite évident que rester immobile est une erreur fatale, le film et son montage (par ailleurs effectué par le réalisateur et son épouse-coscénariste dans un souci évident de perfectionnisme) se maintiennent dans un mouvement perpétuel qui lui non plus ne faiblit jamais. Dès lors, la stratégie choisie par chaque belligérant pour s’en sortir devient, malgré elle, une source de tension haletante alors que toutes ont vocation à s’achever dans une pétarade sanguinolente et jubilatoire.







la franchise, chacun des membres de la future Justice League va venir se greffer avant d’avoir droit à son propre film. Ainsi, c’est au tour de Wonder Woman, qui est apparue – comme un cheveu sur la soupe – dans
Gadot puisse être filmée comme une guerrière badass et non pas « que » comme un sex-symbol dans une jolie gaine dorée. Se dire qu’un homme l’aurait automatiquement érotisée jusqu’au mauvais goût est un constat qui en dit long sur le machisme de l’industrie hollywoodienne.
entre Diana et Steve est tel que c’est lui qui est naturellement considéré comme le leader de leur virée militaire. Le féminisme du long-métrage est alors difficile à défendre, et ce même lorsque Wonder Woman s’impose comme une pure figure héroïque. C’est d’ailleurs grâce à un soin appliqué, non sans une certaine lourdeur, par la mise en scène pour l’iconiser dans ces scènes d’action spectaculaires que le film trouve l’identité qui lui est propre et retombe dans les travers du blockbuster d’action moyen.
C’est un univers réaliste qui est présenté, à l’opposé donc de Star Wars ou Star Trek. Les institutions humaines apparaissent crédibles, à l’image de ce que l’on peut facilement imaginer dans un siècle si l’humanité colonise d’autres mondes du système solaire.
Le détective Joe Miller (Thomas Jane) est un policier blasé, aux méthodes violentes. Il finit par être obsédée par la femme qu’il doit retrouver, au point d’en faire une affaire personnelle.
Manon était crises, cris et refus quand elle est entrée dans un centre éducatif fermé à 15 ans. C’était la première fois que nous croisions Manon et elle nous bouleversait totalement avec sa bouille fermée, son corps si frêle et sa rage. Cette rage, plus que la contenir, Manon a appris à l’apprivoiser. Par le théâtre, mais aussi la confiance et le regard que certains ont bien voulu lui offrir. On l’avait quittée sur un sourire. Et un sourire de Manon, c’est précieux. Jean-Xavier de Lestrade l’a bien compris, c’est pourquoi il traque chaque mouvement sur le visage de son interprète Alba Gaia Bellugi qui est toujours au cœur de Manon 20 ans. Manon a grandi mais reste intranquille, elle refuse de renoncer, de lâcher prise. Elle voudrait être mécano, mais dans un monde d’hommes, ce n’est pas encore gagné. La voilà donc, non sans mal, propulsée à l’accueil où on lui demande d’être tout ce qu’elle n’est pas vraiment: une jolie poupée qui répond au téléphone. Deux personnages façonnent alors son désir naissant (elle a laissé tomber un ancien amour qui la trompait ouvertement) : la communicante du garage, Jennifer portée par Deborah François, qui la fait s’approprier son corps et Bruno (Théo Cholbi) qui tente de la dompter tout en adorant sa spontanéité, ce qui ne sera pas sans créer quelques étincelles. Au milieu de tout ça, Manon continue de tout dévaster sur son passage, de déconstruire en quelque sorte les attentes. La voilà fragile et forte à la fois, tendue, perdue, mais aussi sûre de ses choix. S’imposer ne sera jamais facile, mais une chose est certaine : Manon ne se laissera pas mettre en cage par la société.
Toujours à l’affût du moindre mouvement, de l’imperceptible changement, du calme avant la tempête, Jean-Xavier Lestrade accompagne de nouveau Manon avec une grande bienveillance dans ces trois épisodes sur le fil du rasoir. A l’aide d’une BO fidèle aux états d’âme, ou du moins aux mouvements de Manon (ceux de la crise au sourire), le réalisateur prend le temps d’observer son héroïne. Il fait surtout le pari de la laisser s’opposer à cette société qui voudrait l’enfermer, la calmer. Elle refuse ce que l’on construit pour elle, cherche toujours sa voix. Cette fois, le théâtre même ne la canalisera pas, elle s’émancipe d’une vision trop réductrice de cet art pour n’en garder qu’une envie : celle de vivre. Telle une Nina à la Tchekhov, de laquelle elle rejette l’instinct de mort pour choisir la rage de vivre, Manon décide de déployer ses ailes de mouette pour planer au-dessus de la mer. La très douce dernière scène de la série – avec enfin le si attendu sourire – le souligne avec tendresse. Alba Gaia Bellugi offre de nouveau tout ce qu’elle a de spontanéité de douceur et de force à ce personnage passionnant auquel on veut tendre la main, tout en sachant qu’elle se relèvera toujours seule. Les scènes de confrontation entre Manon et sa mère (Marina Foïs) n’ont rien perdu, elles non plus, de leur rage et ce n’est pas le père qui apaisera ce climat tempétueux que seule Manon sait créer, comme personne. La lumière ne tient qu’à sa capacité à persévérer dans la voie qu’elle s’est choisie. Une réussite incontestable.


