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La planète des singes : Suprématie, Les filles d’avril : les films à voir ce week-end du 5 août 2017

Chaque semaine, une dizaine de nouveaux titres se partagent l’affiche. Dur de s’y retrouver. Heureusement, CineSeriesMag fait le tri pour vous. Ce week-end on vous conseille La planète des singes : Suprématie et Les filles d’Avril.

Cette semaine marque la sortie du troisième volet de la trilogie simiesque. On vous conseille fortement La Planète des singes : Suprématie. Ce dernier opus est une fresque épique et émouvante, renforcée par l’allégorie sociétale qu’elle constitue. Avec la fin des aventures de César, Matt Reeves signe le blockbuster de l’été. La performance d’Andy Serkis est saisissante dans le rôle du singe leader et Woody Harrelson s’avère très convaincant dans le rôle du vilain. La Planète des Singes : Suprématie marque aussi l’avènement d’une nouvelle ère pour le cinéma avec une véritable révolution au niveau des d’effets spéciaux.

On vous invite à voir la dernière œuvre de Michel Franco qui, avec Les filles d’Avril, signe un long-métrage sombre et directe mais teintée de douceur. Un film qui allie la beauté et la tendresse qui se dégage de ses actrices conciliées avec la folie inhérente au récit. Emma Suarez y est splendide dans le rôle d’Avril, une mère qui s’occupant de l’enfant de sa fille, va franchir la limite..

Plongez une nouvelle fois dans la filmographie du réalisateur mexicain Luis Buñuel qui connaît une rétrospective dans les salles obscures. Une bonne occasion de revoir Belle de jour et La Voie Lactée.

Toujours à l’affiche

On vous conseille le spectacle visuel de Valérian et la cité des mille planètes, l’histoire d’amour de My Cousin Rachel et l’idylle de Walk with me. Vous pouvez encore découvrir le film de guerre Dunkerque de Nolan et la perle musicale Baby Driver.

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Les Filles d’Avril, un film de Michel Franco : Critique

Après quatre longs métrages et un documentaire très remarqués, Michel Franco n’est plus le bleu de l’année. Avec son dernier film Les Filles d’Avril, il continue pourtant de surprendre et de ravir les jurys de festivals (Grand Prix du Jury, section Un Certain Regard à Cannes) avec son cinéma sombre et sans une once de graisse, mais cette fois-ci nimbé d’une certaine forme de douceur

Synopsis : Valeria est enceinte, et amoureuse. A seulement 17 ans, elle a décidé avec son petit ami de garder l’enfant. Très vite dépassée par ses nouvelles responsabilités, elle appelle à l’aide sa mère Avril, installée loin d’elle et de sa sœur. À son arrivée, Avril prend les choses en mains, et remplace progressivement sa fille dans son quotidien… Jusqu’à franchir la limite. …

Møther

Sans nul doute que Michel Franco, tout autant que Michael Haneke, doivent en avoir ras la casquette qu’on compare sans arrêt le premier au dernier. Cette comparaison semble cependant inévitable, tant la filmographie de Franco le place dans le sillage immédiat de l’autrichien. Certaines scènes vraiment dérangeantes de son cinéma pourraient même le rapprocher d’Ulrich Seidl, cet autre König autrichien de la provocation.

Les Filles d’Avril ne déroge pas à la règle du film clinique et froid, minimaliste et enrobé d’une bonne couche de cruauté qui est la marque de fabrique de Haneke, mais donc également de Michel Franco depuis le début (Ana y Daniel, Despuès de Lucia, Chronic). Totalement identifiable, mais avec cette fois-ci un je ne sais quoi de différent qui rend le film moins difficile à regarder que les précédents. La maîtrise de sa discipline peut-être, qui est de plus en plus robuste, ce qui fait que son dernier film est également le meilleur à ce jour.

Habitué aux entames percutantes, Michel Franco commence son film par les bruits explicites d’une relation très sexuelle en cours, provenant d’une chambre fermée. Une bande-son qui accompagne une jeune femme impassible, voire éteinte, au centre de l’écran, en train de préparer le repas dans la pièce adjacente comme si de rien n’était : il s’agit de Clara (Joanna Larequi) , et la « crieuse » est Valeria (Ana Valeria Becerril, une révélation) sa jeune sœur de 17 ans, une madone qui finit par émerger de la chambre, nue comme un ver et le ventre bien arrondi, suivie de près par son tout aussi jeune amant Mateo (Enrique Arrizon, beau et quelconque à la fois) . Le sens du cadre du cinéaste se fait sentir dès ces premières scènes, très belles, d’autant plus que le choix de cette magnifique maison de bord de plage à Puerto Vallarta lui donne de la très belle matière.

Le film s’appelle les Filles d’Avril, mais le vrai sujet c’est Avril elle-même (splendide Emma Suarez), une femme fantasque que les deux sœurs n’ont pas jugé bon de mettre au courant de la grossesse de sa petite Valeria encore mineure, une grossesse pourtant déjà bien avancée. Seules, les finances qui deviennent rares ont obligé Clara de prendre contact avec elle, et sans que l’on ne sache vraiment pourquoi ni comment, la mise en scène étant sèche et expéditive, on comprend d’emblée que cette mère a une relation tourmentée avec ses filles.

Le retour d’Avril parmi les siennes est filmé par petites touches qu’on pourrait qualifier d’insidieuses. Avril, belle, lumineuse, zen presque avec sa nouvelle lubie du yoga, n’est que douceur et amour maternel dans ses actes quand en réalité elle étouffe ses filles tel un boa constrictor. Clara d’abord en fait les frais la première, que les remarques puis les actions énergiques de sa mère par rapport à son léger surpoids prive de toute capacité, ni même d’envie de résistance. Puis, quand le bébé de Valeria naît, la transformation d’Avril est à l’œuvre, et la fait passer presque dans les mêmes plans, dans les mêmes scènes, d’une mère attentionnée à un être inquiétant, un ogre qui va essayer de tout dévorer sur son passage.

En apparence, ce nouveau film de Michel Franco est moins dur, moins violent et moins malsain que les précédents films dont les sujets mêmes étaient déjà très dérangeants (kidnapping, inceste, meurtres). Ici, la douceur de la maternité, celle de Valeria, et celle supposée d’Avril vient tempérer le propos habituellement étouffant de Franco. On pourrait même parler de tendresse dans certaines scènes. Et c’est là que le cinéaste attrape le spectateur dans ses filets : sous la beauté et la sensualité hypnotisantes d’Emma Suarez qui masquent tout, une merveilleuse actrice espagnole dans un rôle bien différent de celui de Julieta qu’elle tenait dans le très beau film d’Almodovar, c’est bien la tempête qui se prépare, la folie délirante qui s’échappe en crescendo et qui tout d’un coup le submerge, lui, le spectateur qui n’a presque rien vu venir.

Comme à son habitude loin de tout jugement, Michel Franco donne en pâture sans donner de direction les travers des uns et des autres, dans un mode de narration austère ; travers mis à nu par l’absence de la musique, disséqués dans ces longs plans fixes qui sont sa signature : manipulation, trahison, veulerie, mensonges, et pire encore. Mais que le film s’appelle Les filles d’Avril serait peut-être pour les optimistes indécrottables, le signe d’une empathie du cinéaste envers ces dernières plutôt qu’envers leur mère, des filles globalement victimes d’une mère désastreuse.

Interprété magnifiquement par Emma Suarez et la jeune Ana Valeria Becerril, mais également par Joanna Larequi qui montre avec un jeu très minimaliste toute l’étendue de la souffrance de Clara, son personnage, Les Filles d’Avril est un très beau film qui réconciliera certainement le cinéaste avec les cinéphiles qui aiment sa mise en scène sans forcément avoir envie d’acheter la violence de ses sujets.

Les filles d’Avril : Bande annonce

Les filles d’Avril : Fiche technique

Titre original : Las Hijas de Abril
Réalisateur : Michel Franco
Scénario : Michel Franco
Interprétation : Emma Suárez (Abril), Ana Valeria Becerril (Valeria), Enrique Arrizon (Mateo), Joanna Larequi (Clara), Hernán Mendoza (Gregorio
Photographie : Yves Cape
Montage : Michel Franco, Jorge Weisz
Producteurs : Moises Zonana, Michel Franco, Lorenzo Vigas Castes, Coproducteurs : Grégoire Lassalle, Juliette Sol
Maisons de production : Lucia Films
Distribution (France) : Version Originale/Condor
Récompenses : Prix du Jury – Un Certain Regard, Cannes 2017
Durée : 103 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 02 Août 2017
Mexique – 2017

Les films de l’été : Rasta Rockett de Jon Turteltaub

Tout le mois d’août, les rédacteurs de CineSeriesMag vous font découvrir les meilleurs films de l’été. Aujourd’hui, c’est au tour de Jon Turteltaub et de son épopée de jamaïcains en terre canadienne.

Rasta Rockett, réalisé par Jon Turteltaub
« Notre père qui êtes à Calgary, Que le bobsleigh soit sanctifié, Que notre médaille arrive et que votre volonté soit faite sur la terre comme dans le virage n°7. Liberté et justice pour la Jamaïque. »

Rasta Rockett est sans nul doute le film le plus hivernal des films estivaux.

La première partie, se déroulant en Jamaïque, nous donne relativement chaud. Toute la chaleur du pays se dégage par les interprétations des différents acteurs, tous excellents, ou par la manière dont Jon Turteltaub filme la Jamaïque. Le pays nous apparaît comme haut en couleur, avec ce perpétuel cliché des fumeurs de joints vivant sur l’île. L’ombre de Bob Marley plane sur la Jamaïque. Des stéréotypes, certes, mais toujours amenés sous un angle comique et non moralisateur.
La seconde partie du film, même si elle se déroule au Canada, et plus précisément à Calgary, est tout autant estivale. En effet, la chaleur de la Jamaïque vient se confronter à la fraîcheur, voire la neige, du Canada. Et le chaud l’emporte haut la main sur le froid. Les Jeux Olympiques d’hiver nous semblent bien moins frais que d’habitude.

Les innombrables gags de Rasta Rockett nous réchauffent le coeur. Impossible de rester insensible à cette comédie qui plaira aux plus vieux comme aux plus jeunes. Certaines répliques sont aujourd’hui cultes, comme le fameux «– Sanka, t’es mort ? – Yeah Man. » ou encore « – Qu’est- ce que tu fumes Sanka man ? – Je fume pas, j’expire. » Comment ne pas esquisser, ne serait-ce qu’une seule fois, un sourire devant cette comédie ? Que ce soit les entraînements de bobsleigh ou les courses dont les jamaïcains repartent déchus, il est impossible de rester insensible à cet humour et à cette tendresse folle qui émanent du film.
Rasta Rockett est un film que l’on apprécie entre amis, avec une bonne bière à la main, ou autres apéritifs, chacun choisira celui qu’il préfère (l’abus d’alcool est dangereux pour la santé), lorsque la nuit tombe et que la fraîcheur commence à pointer le bout de son nez.

On soulignera également l’importance de la bande-originale du film, composée par Jimmy Cliff, célèbre chanteur de reggae jamaïcain, qui collabore avec le non moins connu Hans Zimmer, à l’origine de la bande-originale de Dunkerque, le dernier film de Christopher Nolan. Ainsi, I Can See Clearly Now se juxtapose à des mélodies du compositeur américain. Une collaboration surprenante mais réussie, qui s’inscrit parfaitement dans le caractère estival et ensoleillé que propose le film. Les duos improbables ont parfois du bon, on en redemanderait presque !

Rasta Rockett reprend le schéma scénaristique classique d’une comédie, avec une fin toujours heureuse, mais ce n’est pas ce qui importe dans le film. On déplorera également le fait que le film de Jon Turteltaub a vieilli, notamment en ce qui concerne les prises de vue (qui font penser, dans un tout autre contexte, à Boyz N the Hood), mais les dialogues sont toujours aussi croustillants ! Avec Rasta Rockett, on sait, avant même de commencer à regarder le film, que l’on va passer un bon, que dis-je, un excellent moment !

Rasta Rockett : Bande-annonce

Rasta Rockett : Fiche technique

Titre original : Cool Runnings
Réalisateur : Jon Turteltaub
Scénario : Michael L. Goldberg, Lynn Siefert, Tommy Swerdlow
Interprétation : Leon Robinson, Doug E. Douge, John Candy, Rawle D. Lewis, Malik Yoba, Raymond J. Barry, Peter Outerbridge, Paul Coeur…
Musique : Hans Zimmer, Jimmy Cliff
Photographie : Whedon Papamichael
Montage : Bruce Green
Producteur : Dawn Steel
Maisons de production : Walt Disney Pictures
Distribution (France) : Gaumont Buena Vista International (GBVI)
Durée : 108 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 13 avril 1994

États-Unis, 1994

 

Le documentaire Super Size Me 2 sera présenté au Festival de Toronto

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Tel notre José Bové national, Morgan Spurlock s’en prenait en 2004 avec sa caméra et son estomac à la junk food et à l’industrie du fast-food en ciblant la nocivité d’un « régime » McDonald’s sur le long terme. Son nouveau documentaire Super Size Me 2 Holy Chicken sera présenté en avant-première mondiale au Festival international du film de Toronto en septembre prochain.

Le documentaire Super Size Me, sorti en 2004, a marqué les esprits sur les dangers de la malbouffe. Durant le tournage, Morgan Spurlock s’est nourri exclusivement dans des chaînes de restauration rapide pendant un mois. Pendant ce régime un peu spécial et totalement hors norme, il a consulté des spécialistes de l’alimentation et des médecins afin de constater les effets néfastes de cette nourriture sur son organisme. Super Size Me était une charge virulente contre la junk food dans le pays où le burger est roi. Le réalisateur tenait également à alerter l’opinion publique avec ce film coup de poing afin de souligner les dangers de l’obésité, liée aux USA à la consommation de sucre et de nourriture issue des fast-foods. Spurlock avait été couronné en 2004 avec son long-métrage choc au festival de Sundance avec le prix du meilleur réalisateur dans la catégorie documentaire. Super Size Me obtint même une nomination aux Oscars en 2005.

Le nouveau film de Morgan Spurlock, Super Size Me 2 : Holy Chicken !, sera donc présenté en avant-première au Festival international du film de Toronto du 7 au 17 septembre prochain dans la section documentaires. Dans ce nouveau projet Morgan Spurlock a l’intention de tester la crédulité des consommateurs américains. Il souhaite les pousser à se questionner davantage sur l’origine des produits et leur traçabilité. Pour les besoins de ce documentaire, le réalisateur a ouvert un restaurant éphémère à Columbus dans l’Ohio. Cet établissement, à la manière de la chaîne fictive Los Pollos Hermanos de Gustavo Fring (le comédien Giancarlo Esposito) dans Breaking Bad et Better Call Saul, est spécialisé dans des plats à base de poulet. Ce restaurant Holy Chicken est censé proposer à ses clients des volailles élevées en plein air et n’ayant subi aucun traitement médicamenteux. Malheureusement pour les clients, testeurs à leur insu de cette caméra cachée pour les besoins du documentaire, et pour les malheureuses volailles en question, les poulets servis ont bien été élevés en batterie. Morgan Spurlock souhaite donc, avec cette méthode peu orthodoxe, pousser les consommateurs à s’interroger sur les menus et les plats de certains fast-foods vendus et étiquetés comme sains.

Aucune date de sortie française n’a été dévoilée pour Super Size Me 2. La présentation du film au Festival de Toronto risque donc de faire couler beaucoup d’encre et de convaincre un bon nombre de spectateurs à devenir vegans.

Itv de Morgan Spurlock par The Columbus Dispatch sur son projet de « faux » restaurant – VO :

Steven Soderbergh a tourné Unsane avec un iPhone dans le plus grand secret !

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A la manière de Woody Harrelson avec son film en direct, Steven Soderbergh se serait récemment lancé dans un défi fou avec Unsane. Ce long-métrage aurait été entièrement tourné avec un téléphone portable.

Le réalisateur Steven Soderbergh serait donc bel et bien sorti de sa retraite pour les besoins du septième art à nouveau, après avoir travaillé sur Logan Lucky. Le cinéaste avait signé auparavant des œuvres brillantes pour la télévision (The Knick, Ma vie avec Liberace).

Selon des informations de Mad Movies, Steven Soderbergh aurait donc terminé le tournage d’un nouveau film, intitulé Unsane. Les prises de vue se seraient étalées sur une dizaine de jours. Le réalisateur de Ocean’s Eleven et du Che aurait relevé un sacré défi technique avec ce projet. Unsane aurait été entièrement tourné avec un iPhone ! Le casting réunit notamment les actrices Juno Temple (Horns), Claire Foy (The Crown), Jay Pharoah (Mise à l’épreuve) et Ursula Triplett.

Ce projet pourrait surfer sur les thématiques déjà exposées dans Effets secondaires avec Rooney Mara, Channing Tatum, Jude Law et Catherine Zeta-Jones. Le film est actuellement en post-production. Le tournage s’étant déroulé dans le plus grand secret, aucun élément n’a réellement filtré sur l’intrigue du film. Unsane devrait sortir en 2018. Le scénario a été confié à Jonathan Bernstein et James Greer selon ImdbUnsane pourrait donc faire couler beaucoup d’encre dans quelques semaines lors de la diffusion d’une première bande-annonce.

Cette information avait été récemment dévoilée par Tracking Board dans le courant du mois de juillet. Selon Variety, le film n’aurait pas encore de distributeur. Steven Soderbergh envisagerait de se charger de la distribution par l’intermédiaire de sa société Fingerprint Releasing. Soderbergh imiterait donc Michel Gondry avec Détour et Sean Baker avec Tangerine avec ce défi assez fou d’un tournage exclusivement via l’utilisation d’un téléphone portable pour Unsane.

Logan Lucky, le prochain film de Steven Soderbergh avec Daniel Craig, Channing Tatum, Adam Driver, Riley Keough, Seth MacFarlane et Katie Holmes, est attendu le 25 octobre prochain dans les salles françaises.

La Planète des Singes : Suprématie, un film de Matt Reeves : critique

Apothéose d’une trilogie commencée il y a maintenant six ans, La Planète des Singes : Suprématie est la digne conclusion que l’on était en droit d’attendre. Audacieux, émouvant et épique, bardé de références et d’une allégorie sociétale des plus fortes, le blockbuster de l’été est bel et bien là !

Synopsis : César, à la tête des Singes, doit défendre les siens contre une armée humaine prônant leur destruction, menée par un colonel sans scrupules. L’issue du combat déterminera non seulement le destin de chaque espèce, mais aussi l’avenir de la planète.

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Saluer la qualité intrinsèque d’un reboot de nos jours est devenu rare dû au nombre et à la standardisation de ces derniers, réduits à l’état de simples divertissements liftés en effets spéciaux appréciés du plus grand nombre. Pourtant, certains arrivent à se démarquer et à toucher à la fois le cœur des critiques et du public. C’est le cas de La Planète des Singes. Trilogie démarrée en fanfare avec Les origines, volet caractérisé par des personnages forts et un attachement émotionnel puissant vis-à-vis de César, L’Affrontement en 2014, réalisé par Matt Reeves, a su approfondir les traits de caractère (et le dilemme moral) du leader simien à travers un scénario intelligent et une mise en scène dantesque. Le retour du réalisateur à la barre de ce troisième volet, sobrement intitulé Suprématie (inutile d’affirmer qu’on préfère le titre original, War of the Planet of the Apes) avait de quoi susciter de grandes attentes. Et ces dernières seront largement comblées. Car La Planète des Singes : Suprématie, en plus d’être un blockbuster d’une rare profondeur, est également la plus belle des conclusions que l’on pouvait imaginer à la franchise.

Ape-pocalypse Now

A s’y attendre, ce volet est tout d’abord marqué par une très bonne écriture. Et s’il y a bien une chose que l’on ne peut reprocher à Mark Bomback et Matt Reeves, qui a également participé à l’écriture du film, c’est bien leur talent de conteur, déroulant une intrigue qui s’éloigne des pièges de la prévisibilité. A l’instar du deuxième volet, où finalement l’élément déclencheur n’était pas entraîné par les humains comme on aurait pu le croire, mais par la haine d’un primate, le scénario de Suprématie entraîne le spectateur là où il n’y s’attend pas. Par exemple, pour des scènes clés définissant les objectifs des personnages principaux, une carence émotionnelle peut être perceptible, due au fait que ces scènes sont rapidement mises sous silence, la continuité du récit étant privilégiée. Au contraire, au lieu de s’attarder sur des scènes attendues à l’aide d’effets pathos où la mièvrerie l’emporterait sur l’originalité, les scénaristes nous apporteront par la suite des scènes très fortes émotionnellement parlant, qui sont pour ainsi dire la marque de fabrique de cette saga prequel. Les exemples sont nombreux, que ce soit la prise de conscience de César de son rôle de chef ainsi que de sa légitimité démontrée par les siens, l’empathie et l’attachement de Nova (formidable Amiah Miller !) aux singes, ou tout simplement la scène finale, toutes alimentées par la partition, subtile de discrétion, de Michael Giacchino.

De même, on pourrait s’interroger sur le rôle a priori ultra manichéen de Woody Harrelson, antagoniste principal de cet opus. Interprétant un colonel obnubilé par la sauvegarde de son espèce à n’importe quel prix, à la tête d’une armée aux soldats à l’attitude basique, voire régressive, ne dégageant plus une once d’humanité, il semble ne constituer qu’un adversaire propre à n’importe quel autre blockbuster. Or, par le biais d’une scène de confrontation verbale entre César et ledit colonel, très certainement une des scènes les plus réussies du film, le personnage nous apparaît plus riche qu’il n’y paraît, nous amenant à le comprendre. Non pas à justifier ses actes, encore moins à s’identifier à lui. Juste à le comprendre. Ce qui, dans un souci de réalisme, est clairement à saluer. Et libre à Reeves d’illustrer cet adage hitchcockien : « Plus réussi est le méchant, plus réussi sera le film ».

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Et nous ne disons pas cela face aux multiples références que dégage ce personnage. Car parallèlement à la critique ouvertement antimilitariste, l’ombre d’Apocalypse Now plane sur tout le deuxième acte de la Planète des Singes : Suprématie. Par les similitudes tant physiques et psychologiques d’Harrelson avec Brando (bien que nous sommes loin du jusqu’au-boutisme de Coppola), mais aussi par la création d’une société à part, contraignant ceux qu’elle juge comme d’une race inférieure à l’esclavage. Une société renfermée sur elle-même, sur ce qu’elle a de plus déshumanisé, alors qu’elle lutte paradoxalement pour la sauvegarde de l’humanité. Le film ne s’arrêtera cependant pas là: en centralisant son contexte dans les codes de films de genre, le long métrage évoquera à la fois Le Pont de la Rivière Kwaï, La Grande Evasion ou encore les Douze Salopards. Si certains pourront parler d’un canevas narratif très classique, voire d’effets de déjà-vu, il s’agirait plutôt d’une réappropriation des références de certains chefs d’œuvre du 7e art, adaptées au contexte de la science-fiction.

Ensemble, singes forts !

Audacieux, La Planète des Singes : Suprématie l’est également dans le traitement de sa narration. Poursuivant le schéma instauré par L’Affrontement qui refuse ainsi tout aspect grand public, le film peut alterner longues plages de silence et scènes sous-titrées illustrant le quotidien et les conversations simiesques. Loin de tout bruit, fureur et esbroufe visuelle et sonore plutôt propices à ce genre de divertissement, le style volontairement épuré de la mise en scène n’entraîne cependant pas de  longueurs ou de coupures rythmiques. Au contraire, elle s’autorise quelques embardées bienvenues qui n’étaient pas présentes dans les précédents volets. En tête du rayon nouveautés, nous retrouverons Méchant Singe (Steve Zahn), sidekick comique éminemment sympathique, discret, s’imposant quand il le faut et très loin d’être une attraction à blagues pour bambins ou adolescents en manque de rires gras. Les scènes d’action ne sont également pas en reste. Les deux plus marquantes sont une confrontation entre singes et soldats en début de long métrage, épopée guerrière brutale et aux plans larges inscrits dans la durée, ainsi que le combat final, caractérisé par un souffle poétique, voire lyrique. Et gage aux magiciens des studios Weta Digital de déployer une véritable maestria technique remplie d’effets spéciaux qui décollent réellement la rétine.

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Car il était pour ainsi dire impossible d’évoquer La Planète des Singes  Suprématie sans ses prodigieux effets visuels. Déjà époustouflants dans les deux précédents volets, la motion capture semble ici dépasser ses limites et livre un résultat proche de la perfection. Ayant désormais la possibilité de filmer plusieurs centaines de singes numériques sur un même plan grâce à ce procédé, parfois même au gré des éléments naturels (tempêtes de neige, pluie, feu…), c’est davantage lors de plans rapprochés et serrés que le résultat impressionne. Jamais les singes ne nous ont semblés aussi réels, aussi humains. Chaque détail, de leur pelage à l’iris de leurs yeux, en passant par leurs mouvements et expressions faciales, font que l’illusion fonctionne à plein régime. Et participe notamment à une caractérisation plus poussée de César. De quasi tous les plans, la dimension que lui offre Andy Serkis, au-delà de l’évolution conséquente au fil des opus, n’en fait pas qu’un simple héros. Mais une véritable icône.

Épique et émouvant, s’autorisant quelques pauses récréatives et un sous texte diablement habile sur les travers de la société et la condition humaine, La Planète des Singes : Suprématie est ainsi bien plus qu’un blockbuster. Il représente la conclusion en forme de chant de cygne d’une trilogie intelligente et bien pensée, renvoyant à tout un mythe de la science-fiction des années 70.

La Planète des Singes : Suprématie : Bande-annonce

La Planète des Singes : Suprématie: Fiche technique

Réalisation : Matt Reeves
Scénario : Mark Bomback et Matt Reeves
Interprétation : Andy Serkis (César), Woody Harrelson (Le Colonel), Steve Zahn (Méchant Singe), Terry Notary (Rocket), Karin Konoval (Maurice), Amiah Miller (Nova), Judy Greer (Cornelia)…
Photographie : Michael Seresin
Montage : William Hoy, Stan Salfas
Direction artistique : Maya Shimoguchi
Costumes : Melissa Bruning
Décors : James Chinlund
Effets visuels : Dan Lemmon, Joe Letteri
Musique : Michael Giacchino
Producteurs : Peter Chernin, Dylan Clark,Rick Jafa, Amanda Silver
Sociétés de production : Chernin Entertainment
Distribution : Twentieth Century Fox
Distribution (France) : Twentieth Century Fox France
Durée : 140 minutes
Genre : Action, science-fiction
Date de sortie : 02 Aout 2017
États-Unis – 2017

 

Musique de Dunkerque : l’immersion « survival » et claustrophobe d’Hans Zimmer

Avec Dunkerque, le duo formé par Christopher Nolan et Hans Zimmer continue sa longue collaboration ; et l’inertie qu’il y a entre les deux n’a jamais été aussi prégnante. Cette musique, omniprésente chez Nolan, est un catalyseur de tension dans son cinéma. Cette fois-ci, le cinéaste décide de délaisser les mots et les explications pour une immersion physique et d’une âpreté de tous les instants. C’est alors que la musique d’Hans Zimmer s’adjoint à la mise en scène pour composer une œuvre aussi puissante qu’étouffante.

Dunkerque, film de genre qui réagence ses propres codes, est une histoire de survie : l’intention de Christopher Nolan est de simuler le chaos et la terreur de la situation guerrière pour travailler en tandem avec les effets sonores qui oppressent son public. Christopher Nolan a des thèmes qui lui sont chers, comme celui de la dissection du temps. Sauf que la première qualité du réalisateur, est de ne jamais tomber dans la redite. On le voit bien, avec ses précédents films, où Interstellar devenait un saut de foi émotionnel impressionnant ; et maintenant avec Dunkerque. On a tous connu le cinéma de Christopher Nolan, extrêmement bavard, voire imbuvable dans sa volonté de nous asséner ses explications théoriques. Mais Dunkerque est un virage important : l’épure est de mise et seule l’image sera vecteur de récit. Pour rendre son récit de guerre en trois parties (air, eau, terre) encore plus immersif, le meilleur allié de Nolan est son compositeur fétiche : Hans Zimmer.

Qu’on se le dise très vite, c’est à double tranchant. Pour les allergiques de cette association, Dunkerque ne dérogera pas à la règle, et sera un objet auditif et visuel étouffant qui ne saura jamais se jouer des silences. Pour ceux qui aiment l’alliage entre la mise en scène toute en variation de plan de Christopher Nolan et la partition claustrophobe et lyrique d’Hans Zimmer, Dunkerque deviendra l’épicentre d’une collaboration déjà bien fournie. Ici, la musique est une machine affûtée destinée à pénétrer dans notre psyché interne et à reproduire la peur, le chaos que les soldats connaissent à l’écran, en ne s’arrêtant jamais et en devenant l’épine dorsale portant l’image du premier au dernier cadre (« The Tide »). En conséquence de quoi, dès les premiers instants, la musicalité retentit et prend les allures de personnages du film. Utilisant avec minutie le motif de l’horloge, des Tic-Tac résonnent dans le creux de notre oreille pour nous immerger dans l’urgence qui se déplace dans l’ombre du film pendant que certaines sonorités ressemblent à des piqûres de rappel, à une sirène d’alerte qui vous font constamment sentir que le danger est proche (« The Mole »).

Dans Dunkerque, l’ennemi est invisible, les personnages n’ont pas de caractérisation propre, le lieu est un no man’s land aride, et l’action n’a qu’un seul enjeu : celui de la survie. Le score d’Hans Zimmer est un exercice de précision absolue et de structure, qui préfère dessiner la musicalité arpentant l’insécurité de la vie (« Home ») plutôt que de se balader autour de mélodies qui nous bombardent de montées chevaleresques pompeuses : de ce fait, son résultat final, proche parfois de l’ambiant, est souple et sait délier son rythme selon si Nolan utilise des plans larges ou resserrés. De prime abord, la simplicité même des textures de la BO, qui flirtent entre l’ambient et l’orchestration héroïque, peuvent déconcerter car elles se construisent à partir de boucles sombres, de plages aliénantes (« The Oil »), de secousses asphyxiantes, de nappes nébuleuses, de violons qui chuchotent dans le vide, mais la façon dont le mixage est construit, en pyramide, est terriblement complexe.

Hans Zimmer n’est pas un musicien qui y va avec le dos de la cuillère, et on aurait pu s’attendre à de grandes mélodies patriotiques ou à des symphonies victorieuses. Sauf que l’épure, l’abstraction cinématographique, de Dunkerque ne concernent pas seulement l’art graphique mais aussi le contexte sonore de l’œuvre : vous ne trouverez pas de grands thèmes ou de grandes mélodies dans Dunkerque. C’était l’objectif premier de la bande son : faire en sorte que l’ossature sonore du film ne soit que la représentation musicale de l’action (« Supermarine »), de la peur sachant que la mort est la seule émotion qui parcourt les personnages. Alors qu’une architecture indus, proche d’un Trent Reznor, s’immisce dans les soundtracks qui accompagne Dunkerque, c’est la peur qui devient le thème principal d’un film, qui par opposition au silence de cathédrale qui entoure les personnages, fait de sa musique le moteur de son découpage cinématographique.

Et même si l’utilisation du silence ou des simples sonorités naturelles auraient pu accentuer la tension et l’isolement de ses soldats, la musique est ainsi faite, sans aucune respiration, qu’elle se fait l’écho tentaculaire de la tragédie qui se déroule devant nos yeux. En dépit de son aspect un peu trop didactique dans les précédentes œuvres de Nolan, ne laissant guère place à l’imagination du spectateur, cette fois ci Hans Zimmer, comme dans Interstellar, fait de sa musique une traduction de ce qui se passe à l’écran plutôt que de n’être qu’un simple outil qui retranscrit l’engouement autour des enjeux. Enlevées de cette habituelle preuve de démonstration, les chansons qui s’insèrent dans Dunkerque n’en sont plus et deviennent alors le flux narratif même de l’œuvre, le portrait même de la thématique du film : la peur de l’inconnu. La peur du temps qui passe.

Dunkerque Musique Tracklist

1. The Mole
2. We Need Our Army Back
3. Shivering Soldier
4. Supermarine
5. The Tide
6. Regimental Brothers
7. Impulse
8. Home
9. The Oil
10. Variation 15 (Dunkirk)
11. End Titles

 

Jeanne Moreau : la carrière d’une légende du cinéma en images

Actrice, chanteuse, réalisatrice… Jeanne Moreau, l’étoile du cinéma français s’en est allée le 31 juillet 2017. Retour sur les instants cultes de la carrière d’une star solaire à la personnalité frondeuse.

« Elle est la plus grande amoureuse du cinéma français. La bouche frémissante, les cheveux fous, elle ignore ce que d’autres appellent « la moralité » (…), donnez-lui un vrai rôle, nous aurons un grand film. » François Truffaut

Née le 23 janvier 1928, elle intègre le Conservatoire de Paris en 1947, sa carrière sur les planches débute quand la comédienne en herbe se fait remarquer dans une pièce d’André Gide, Les Caves du Vatican, mis en scène par Jean Meyer. Elle débute sa carrière cinématographique en 1950, à 21 ans, avec son premier film, Dernier amour de Jean Stelli. En 1954, elle campe le rôle d’une vamp aux côtés de Jean Gabin et d’un autre comédien débutant, Lino Ventura dans Touchez pas au Grisbi de Jacques Becker. Actrice ensorcelante à la voix ravageuse, elle tourne sous la direction de grands réalisateurs du cinéma européen et américain, de Orson Welles (Le Procès, 1962) à Louis Malle (Ascenseur pour l’échafaud, 1957), en passant par Roger Vadim pour Les Liaisons Dangereuses (1960) avec Gérard Philip où elle incarne une Juliette de Merteuil vénéneuse. Elle épingle à son panthéon les oeuvres des plus grands : Joseph Losey (Eva, 1961, Monsieur Klein, 1976), Michelangelo Antonioni (La Nuit, 1961), Jacques Demy (Baie des anges, 1963), Luis Buñuel (Le Journal d’une femme de chambre, 1964), François Truffaut (Jules et Jim, 1962, La Mariée était en noir, 1967), Tony Richardson (Mademoiselle, 1966, Le Marin de Gibraltar, 1967), Bertrand Blier (Les Valseuses, 1974), Elia Kazan (Le Dernier Nabab, 1976), Rainer Werner Fassbinder (Querelle, 1981), Jean-Pierre Mocky (Miraculé, 1987), Wim Wenders (Jusqu’au bout du monde, 1991), Theo Angelopoulos (Le Pas suspendu de la cigogne, 1991), Amos Gitai (Désengagement, 2007), Tsai Ming-liang (Visages, 2009), Manoel de Oliveira (Gebo et l’ombre, 2012)... Jeanne Moreau connaitra une carrière d’exception avec plus de 130 films.

En images, les 12 films d’une muse du cinéma d’auteur, sollicitée par les plus grands metteurs en scènes et qui dira lors d’une interview accordée à «Télé Obs» :

«J’ai séduit beaucoup d’hommes. J’ai toujours été vers des hommes qui avaient du talent. Je n’ai pas eu des amants pour avoir des amants.»

« Ascenseur pour l’échafaud » (1958)

En 1956, Jeanne Moreau joue dans la pièce La Chatte sur un toit brûlant, elle y fait la rencontre de Louis Malle, qui lui confie, en 1957, le rôle d’une amante, complice du meurtre de son mari, bloquée dans un ascenseur. Sur des airs du trompettiste et compositeur Miles Davis, elle déambule sur les pavés de Paris, désemparée.  Ascenseur pour l’échafaudle film qui l’a révélée au grand public et l’a fait entrer dans la grande famille du cinéma est tiré du roman de Noël Calef et a reçu le prix Louis Delluc. Sa collaboration avec le cinéaste se poursuivra avec Les Amants (1958),  Le Feu follet (1963) et Viva Maria! (1965)

« La Notte ‘La Nuit’ » (1961)

Dans ce drame au titre tiré d’une toile de Roberto Siron, Michelangelo Antonion fait jouer Jeanne Moreau aux côtés de Marcello Mastroianni et de Monica Vitti, dans une histoire contant la fin tragique d’un amour à travers des errances sublimes dans la ville de Milan.

« Eva » (1962)

Dans ce film de Joseph Losey, elle campe Eva, une française indépendante qui rencontre à Venise Tyvian Jones, un écrivain usurpateur incarné par Stlanley Becker.

« J’ai accepté de tourner pour Orson Welles, alors que tout le monde disait de lui qu’il était cuit. »

« Le procès » (1962)

Le réalisateur de Citizen Kane mis au ban par Hollywood adapte le roman de Franz Kafka Le Procès, une relecture sur les méandres d’un système juridique déshumanisé où la puissance totalitaire de l’appareil bureaucratique broie l’individu. Dans ce film prothétique, Jeanne Moreau incarne Marika Burstner, une danseuse de night-club. Elle tournera avec Orson Welles, Falstaff (1966) et Une Histoire immortelle (1968)

« Jules & Jim » (1962)

https://www.youtube.com/watch?v=Y5VOmrQlY90

Le réalisateur des Quatre cents coups lui offre, en 1962, le rôle de Catherine dans le mythique Jules (Oskar Werner) et Jim (Henri Serre)l’histoire d’un triangle amoureux tragique sur fond de première guerre mondiale. Elle y chante Le Tourbillon de la vie avec Serge Rezvani à la guitare. Cette chanson marque le début de sa carrière comme chanteuse. Jeanne Moreau retrouve François Truffaut dans La Mariée était en noir (1967)

« La Baie des Anges » (1963)

https://www.youtube.com/watch?v=COMdB-B4EZc

La Baie des Anges, un film délicat de Jacques Demy, à la superbe photographie en noir et blanc signée Jean Rabier. Dans ce long métrage, Jeanne Moreau incarne la belle Jackie, une romanesque flambeuse à la chevelure blonde platine sur une musique de Michel Legrand.

« Le journal d’une femme de chambre » (1964)

Interview de Jeanne Moreau au sujet du film Le journal d’une femme de chambre :

Dans Le Journal d’une femme de chambre de Luis Buñuel adapté du roman d’Octave Mirbeau et paru en 1900, l’actrice campe avec brio Célestine, une femme de chambre aux côtés de Georges Géret et Michel Piccoli. Le film dresse un portrait au vitriol d’une bourgeoisie aux comportements pervers.

« Mata Hari, agent H21 » (1964) 

Dans Mata Hari, agent H21, Moreau interprète avec grâce et volupté ladite espionne, danseuse et courtisane de la fin du 19ème siècle. La mise en scène élégante de Jean-Louis Richard additionnée au scénario brillant de François Truffaut rendent l’ensemble harmonieux et raffiné.

« Mademoiselle » (1966)

Dans Mademoiselle, Tony Richardson aborde le thème des pulsions primitives. Dans ce film au scénario cosigné par les écrivains Marguerite Duras et Jean Genet, l’actrice incarne une institutrice dévorée par la frustration sexuelle. Elle rendra hommage à Duras en 2002 dans Cet Amour-là de Josée Dayan après avoir lui avoir prêté sa voix pour L’Amant de Jean-Jacques Annaud 10 ans plus tôt.

Pour Grégory Cavinato Membre de l’U.P.C.B. : « Mademoiselle est surtout un triomphe personnel pour Tony Richardson, cinéaste sous-estimé dont l’œuvre entière serait à redécouvrir et pour Jeanne Moreau qui démontre une fois de plus, avec ce rôle complexe et risqué, son courage et son immense talent. »

« Les Valseuses » (1974)

En 1974, Jeanne Moreau donne la réplique à Gérard Depardieu, Miou-Miou et Patrick Dewaere, dans Les Valseuses de Bertrand Blier. Elle incarne Jeanne Pirolle, une ancienne prisonnière, qui se suicide en se tirant une balle dans le vagin, après avoir dégusté un plateau de fruits de mer et fait l’amour avec le duo Depardieu-Dewaere.

« Querelle » (1981)

Le réalisateur allemand Rainer Werner Fassbinder lui confie  le rôle de Madame Lysiane, une tenancière d’un bordel, La Féria, où se joue le destin de Querelle un marin. Dans ce film, Jeanne Moreau chante « Each man kills the thing he loves ».

« La vieille qui marchait dans la mer » (1981)

La vieille qui marchait dans la mer sous la direction de Laurent Heynemann, transpose à l’écran un roman de Frédéric Dard. Jeanne Moreau y incarne Lady M, une vieille femme riche et excentrique aux deux-mille dix-sept amants. En vacances avec Pompilius Enaresco (Michel Serrault), elle jette son dévolu sur un dénommé Lambert (Luc Thillier).

« Cet Amour-là » (2002)

http://www.dailymotion.com/video/x96ws9

Moreau rendra vie au monstre sacré de la littérature en rejouant la passion artistique que Marguerite Duras partagea avec un jeune et fervent admirateur, Yann Andréa. En 1975, elle avait interprété India Song, une chanson écrite par Duras pour le film du même nom, sur la musique de Carlos d’Alessio.

Les Récompenses d’une artiste à la filmographie vertigineuse : en 1960, l’actrice décroche le prix d’interprétation féminine du Festival de Cannes pour son rôle dans Moderato cantabile, de Peter Brook, adapté du roman de Marguerite Duras.

Jean-Paul Belmondo a dit à l’AFP « Pour moi, Jeanne Moreau, c’était la gaieté. Elle aimait beaucoup faire des farces et, évidemment, avec moi l’entente était parfaite », a ajouté l’acteur.

En 1992, Jeanne Moreau est récompensée d’un premier César de la Meilleure actrice pour La Vieille qui marchait dans la mer de Laurent Heynemann. Puis deux Césars d’honneur en 1995 et en 2008 ainsi qu’un Oscar d’honneur en 1998 saluant sa carrière et son talent outre atlantique.

En 1976, encouragée par Orson Welles, Jeanne Moreau réalise Lumière, un film sur l’amitié féminine aux côtés de Lucia Bosé. En 1979, elle conte les amours d’une jeune fille, à la veille de la Seconde Guerre mondiale dans L’Adolescente, avec Simone Signoret, une autre actrice à la carrière éclectique. Puis, elle se lance dans une série documentaire sur les stars hollywoodiennes et réalise un portrait de Lillian Gish.

En 1975 et en 1995, elle préside le jury du festival de Cannes en offrant la Palme d’or à Mohammed Lakhdar Hamina pour Chronique des années de braise et à Emir Kusturica pour Underground. Une actrice mythique, première femme élue à l’Académie des beaux-arts de l’Institut de France en 2000,  qui a crée une école de Cinéma à Angers et prêtée sa voix pour le jeu vidéo Genesys, Jeanne Moreau, une actrice incandescente à qui France Télévisions rend hommage ce mardi 1er août avec deux films de Louis Malle : « Ascenseur pour l’échafaud » sur France 5 à 20h50 et « Viva Maria » sur France 2 à 23h20.

 

Les films de l’été : Moonrise Kingdom de Wes Anderson

Tout le mois d’août, les rédacteurs de CineSeriesMag vous font découvrir les meilleurs films de l’été. Aujourd’hui, c’est au tour de l’univers imaginaire de Wes Anderson de nous faire voyager avec Moonrise Kingdom.

Moonrise Kingdom : une destination poétique

« C’est le temps de l’amour, le temps des copains et de l’aventure. »

Moonrise Kingdom est l’histoire des Bonnie and Clyde juvéniles. Au beau milieu de la Nouvelle-Angleterre, sur une île bercée par la mélodie de Françoise Hardy, se situe le cocon de deux jeunes tourtereaux : Sam et Suzy. Fidèle à l’univers si personnel de Wes Anderson, Moonrise Kingdom est la septième réalisation du maître de l’imaginaire stylisé. Ce film, à l’ambiance 60’s, nous transporte au sein d’une aventure unique, toute droite sortie des chimères du réalisateur. Mais outre la singularité de cette œuvre, Moonrise Kingdom est surtout un incontournable de cette période ensoleillée.

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1965, sur l’île Prudence. La mer est calme et l’ambiance estivale. La découverte du campement des scouts nous plonge dès le début du film, dans une certaine nostalgie. Feu de camp, tentes, boussoles et cartes, Moonrise Kingdom a le don de faire remonter en nous, des souvenirs d’enfance. Cette aventure est construire telle une véritable chasse au trésor. C’est un cache-cache grandeur nature, toute en subtilité. À la recherche de l’emblématique duo à culotte façonné par Wes Anderson, le film nous plonge, durant 1h30, au centre d’une escapade rythmée par des paysages aux airs de vacances.

Sur le plan visuel, la dimension « carnet de voyage » y est omniprésente. Moonrise Kingdom nous fait découvrir, à travers un esthétisme symétrique, une carte postale de la Nouvelle-Angleterre ; sentiers côtiers et paysages champêtres. On s’y croirait presque ! Mais Moonrise Kindgom, c’est avant tout l’histoire d’un premier émoi amoureux. Qui dit période estivale, dit forcément amour de vacances. La romance juvénile de Sam et Suzy est une idylle insouciante, à la fois amusante et touchante. Mais ce qui fait la particularité de cette œuvre, c’est sa dimension narrative. Moonrise Kingdom est un conte poétique, qui tente, par le biais de sa narration et de son visuel, de nous évader le temps d’une heure-trente. Et c’est une réussite ! Pourtant, de nombreuses critiques ont dénoncé la mièvrerie de ce film. Mais pour apprécier à sa juste valeur cette aventure décalée, il est important de rentrer dans le jeu de cette romance ironique. En effet, loin de l’ambiance mélo-dramatique, Wes Anderson inscrit dans la réalité, le rêve de ces jeunes amoureux. C’est une évasion à la fois intemporelle et irréelle. Mais les vacances ne sont-elles pas faites pour lâcher prise ?

Moonrise Kingdom est donc une œuvre aérienne toute en légèreté. Alors, laissez-vous emporter par ce petit voyage dans l’univers romancé, de Wes Anderson.

Moonrise Kingdom : Bande Annonce

Fiche technique : Moonrise Kingdom

Réalisation : Wes Anderson
Scénario : Wes Anderson et Roman Coppola
Interprétation: Jared Gilman (Sam), Kara Hayward (Suzy), Bruce Willis (Capitaine Sharp), Edward Norton (le chef scout Ward), Bill Murray (M. Bishop), Frances McDormand (Mme Bishop), Jason Schwartzman (Ben)…
Musique : Alexandre Desplat
Photographie : Robert D. Yeoman
Production : Wes Anderson/ Scott Rudin/ Steven Rales/ Jeremy Dawson
Société de production : Focus Features
Société de distribution (France) : Studio canal
Genre : Comédie dramatique
Durée : 93 minutes
Date de sortie française : 16 mai 2012

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Sam Shepard : disparition d’un géant loin des sentiers battus

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Sam Shepard, de son vrai nom Samuel Shepard Rogers IV, a quitté ce monde ce jeudi 27 juillet à l’âge de 73 ans. Une information confirmée par la famille ce lundi 31 juillet au New York Times. Le natif de Fort Sheridan, dans l’Illinois était un artiste prolifique, acteur, metteur en scène, scénariste, producteur et auteur de plus de 40 pièces, récompensé par un prix Pulitzer pour sa pièce Buried Child, en 1979.

Un paysage désertique. La silhouette squelettique de Harry Dean Stanton. Quelques notes de musique de Ry Cooder. Tout le monde connaît Paris Texas, le chef d’œuvre de Wim Wenders, Palme d’or à cannes en 1984. Mais qui sait que le scénario en a été écrit par l’acteur Sam Shepard, le même que l’on a revu récemment dans Midnight Special de Jeff Nichols ? Et que ce scénario était d’ailleurs l’adaptation d’une nouvelle écrite par Shepard lui-même, dans le recueil Motel Chronicles ?

https://www.youtube.com/watch?v=NpayP4XWJP8

Sam Shepard était un homme à part dans l’univers du cinéma américain. Romancier, scénariste, acteur et réalisateur, il a tracé son sillon, une œuvre exigeante et unique dans le paysage culturel des États-Unis. Comme acteur, on l’a retrouvé aussi bien devant la caméra de Terence Malick (Les Moissons du ciel) que de Jim Sheridan (Brothers), Wim Wenders (Don’t come knocking), Robert Altman (Fool for love), et il a même joué pour ses collègues acteurs Sean Penn (The Pledge), Billy Bob Thornton (De si jolis chevaux, d’après le roman de Cormac McCarthy) ou Tommy Lee Jones (The good old boys). Mais son rôle le plus marquant restera sûrement celui de Chuck Yeager, le héros de la conquête spatiale, dans le film culte L’Etoffe des héros, de Philip Kaufman.

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Parallèlement, Shepard mènera une carrière de scénariste, signant, parmi ses réussites les plus flagrantes, les scénarios de Zabriskie Point, de Michelangelo Antonioni, et Paris Texas, de Wim Wenders. Il sera également le co-scénariste de Renaldo et Clara, un film écrit et réalisé par Bob Dylan.

Enfin, en France, on ignore encore trop que Sam Shepard fut aussi romancier, nouvelliste et dramaturge et, en tant que tel, il laisse une œuvre considérable, qui lui a souvent servi de matériaux pour ses scénarios. Il reçut même un Prix Pulitzer en 1979 pour une de ses pièces de théâtre.

En bref, avec la mort de Sam Shepard, c’est un artiste complet qui disparaît, un grand homme, talentueux, qui n’avait pas peur de s’aventurer en dehors des sentiers battus. C’est une partie importante de l’univers culturel américain qui nous a quittés.

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The Originals saison 1 à 4, une série de Julie Plec : Critique

En 2013 fut lancée The Originals, une série qui s’intéresse aux Originaux, les touts premiers vampires installés à la Nouvelle-Orléans. Fort d’une intrigue plus sombre et des protagonistes plus adultes que sa série mère, retour sur le spin-off de The Vampire Diaries, qui commencera sa cinquième (et dernière saison) en 2018. Attention, risques de spoilers.

Synopsis : Le vampire Niklaus Mikaelson retourne à la Nouvelle-Orléans pour détrôner son ancien ami Marcel qui règne sur la ville depuis le départ des Originaux. La louve-garou Hayley, enceinte de Klaus, arrive aussi en ville dans l’espoir de découvrir ses origines, mais elle sera en danger à cause des sorcières qui perçoivent le futur bébé comme une menace.

Un spin-off plus mature que la série mère.

Alors que The Vampire Diaries a tiré sa révérence en mars dernier, il est temps de dresser le bilan des quatre premières saisons de The Originals.
Autant dire que ce spin-off est assez réussie. La première saison sert d’introduction et de mise en place pour l’ensemble des protagonistes et montre le rôle qu’ils vont jouer à la Nouvelle-Orléans. La série se recentre essentiellement sur la famille Mikaelson, et surtout les liens conflictuels entre Klaus (joué par Joseph Morgan), Elijah (Daniel Gillies) et Rebekah (Claire Holt), les derniers Originaux survivants. La saison 1 et les suivantes tournent autour de leur relation (même si l’actrice qui joue Rebekah est moins présente par la suite, elle trouve toujours le moyen de revenir de façon récurrente).
Par rapport au casting justement, les acteurs sont très bons et charismatiques dans leurs rôles, on reprend les points forts de The Vampire Diaries pour faire cette série dérivée. Par ailleurs, les fans comme les non-initiés trouveront leur compte dans cette histoire. On reconnait l’univers bien amené par Julie Plec, tout en apportant quelques nouveautés sans que le spectateur ne s’y perde. Chaque personnage montre un bon développement, et les secondaires ne sont pas en reste : Camille ‘Cami’ O’Connell (Leah Pipes), Davina Claire (Danielle Campbell) et Vincent Griffith (Yusuf Gatewood) ont chacun leur rôle à jouer dans la guerre entre les Mikaelson et Marcel Gerard (Charles Michael Davis).

Les saisons 2 à 4 sont clairement plus abouties que la première, avec plus d’ampleur dans son scénario. Même si la querelle avec les sorcières et Marcel perdurera un peu tout le long, la seconde saison place son danger au sein même de la famille de vampires avec la résurrection de plusieurs Originaux et l’arrivée d’une nouvelle sœur (Freya Mikaelson, interprétée par Riley Voelkel) dans la bande. Enfin, la troisième saison se renouvelle en faisant découvrir aux spectateurs les « premiers vampires » créés par les Originaux. Ils souhaitent se venger de leurs maîtres, ce qui provoquera encore de vives tensions au sein de la famille. The Originals n’a pas peur de tuer ses personnages, surtout lors de cette saison 3, qui montre une noirceur et une fatalité plus profonde que The Vampire Diaries qui était plus ciblé pour un public adolescent. La créatrice Julie Plec ne refait pas les mêmes erreurs décelées dans la série de Nina Dobrev. Dans The Originals, les personnages morts restent (pour la plupart) morts, ce qui est une bonne chose pour garder une certaine crédibilité.

La quatrième saison diffusée cette année, fait un bond dans le temps de plusieurs années, avec Hope, la fille de Klaus et Hayley Marshall (Phoebe Tonkin) qui a bien grandi. Finies les querelles au sein de la famille Mikaelson, mais aussi les tensions avec Marcel qui s’amenuisent, car ils vont devoir lutter tous ensemble pour affronter un adversaire plus redoutable, Le Hollow, une sorcière morte qui cherche à revenir et qui est à l’origine de la création de l’espèce loup-garou. Faute d’audiences, et avec la fin de The Vampire Diaries, la saison 4 est beaucoup plus courte. Composée de 13 épisodes, on va à l’essentiel : nous n’avons pas d’épisodes bouche-trous (même si ce n’était pas déjà le cas pour les trois premières saisons). Les storylines se concentrent sur Hope, la fille de Klaus, qui, finalement, est le cœur de la série depuis ses débuts, et la forme de rédemption que le vampire Klaus a toujours espéré obtenir. Toute la famille Mikaelson -Marcel y compris- reste à présent soudée afin de protéger la gamine. Reste à savoir comment ils comptent vaincre définitivement Le Hollow en saison 5.

Une bonne histoire tout le temps soutenue, un bon casting avec des intrigues équilibrées pour l’ensemble des protagonistes. Espérons que la dernière saison de The Originals sera à la hauteur.

La quatrième saison de The Originals a réuni en moyenne 0,94 millions de téléspectateurs et un taux de 0,32 sur les 18/49 ans.

The Originals : bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=t4iq622koiw

The Originals Saison 1 à 4 : fiche technique

Créateurs : Julie Plec
Réalisation : Chris Grismer, Jesse Warn, Jeffrey G. Hunt, Matthew Hastings, Leslie Libman, Michael A. Allowitz, Michael Robison
Scénario : Julie Plec, L.J. Smith,  Michael Narducci, Diane Ademu-John, Ashley Lyle, Marguerite MacIntyre, Bart Nickerson, Michelle Paradise, Charlie Charbonneau, Declan De Barra, Michael Russo, Christopher Hollier, Carina Adly MacKenzie
Interprétation : Joseph Morgan (Klaus), Daniel Gillies (Elijah), Claire Holt (Rebekah), Phoebe Tonkin (Hayley), Charles Michael Davis (Marcel), Leah Pipes (Cami), Danielle Campbelle (Davina), Yusuf Gatewood (Vincent), Riley Voelkel (Freya)
Direction artistique : Bill Eigenbrodt, Chester Kaczenski, Garreth Stover
Décors : Carol Bayne Kelley, Gary Baugh
Costumes : Jennifer L. Bryan
Photographie : Paul M. Sommers, Kurt Jones et Darren Genet
Montage : Erik Presant, Peter Basinski et Tyler L. Cook
Musique : Michael Suby
Producteurs : Julie Plec, Leslie Morgenstein, Michael Narducci et Gina Girolamo ; Diane Ademu-John, Matthew Hastings, Michael Narducci et Lance Anderson
Société(s) de production : Alloy Entertainment, My So-Called Company, Warner Bros. Television, CBS Television Studios
Format : 22 épisodes de 42 minutes
Diffusion : CW
Genres : dramatique, fantastique

États-Unis – 2013

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My Cousin Rachel, un film de Roger Michell : Critique

Loin de la bluette façon Coup de foudre à Notting Hill, le cinéaste Roger Michell livre avec son dernier opus, My Cousin Rachel, un film en apparence linéaire et innocent, mais qui, malgré quelques maladresses, décrit en filigrane le parcours d’une femme qui ne veut pas être réduite à une position dichotomique de bourreau ou de victime.

Synopsis : Angleterre, début du XIXème siècle. Philip, un jeune noble anglais, apprend la mort mystérieuse de son cousin en Italie, survenue peu après son mariage secret avec la jeune et jolie veuve Rachel. Il n’a qu’une idée en tête : découvrir les véritables raisons de sa mort afin de le venger par tous les moyens. Mais la visite inattendue de cette nouvelle cousine va tout bouleverser…

La confusion des sentiments

Adapté par Alfred Hitchcock par trois fois (Rebecca, les Oiseaux, l’Auberge de la Jamaïque), c’est dire si son œuvre suscite certaines passions, l’écrivaine britannique Daphné du Maurier est une sorte de descendante directe des sœurs Brontë ou de Jane Austen pour le côté romantico-gothique de son œuvre. L’Auberge de la Jamaïque, son roman le plus célèbre, n’est pas sans rappeler les turpitudes des Hauts de Hurlevent, ne serait-ce que pour les Landes qui y sont décrites avec force et beauté, ou encore par le caractère ombrageux du maître des lieux.

My Cousin Rachel, un roman un peu moins connu de l’auteure, est de la même veine en apparence. Gothique par le (semblant de) mystère qui le caractérise, gothique par la présence de cette grande demeure aux alcôves spectrales. Une adaptation qui aurait pu avoir la même destinée que ses « sœurs ». Là où le bât blesse, c’est que Roger Michell, qui n’est certes pas Hitchcock, a non seulement choisi cette histoire dont la fin était ouverte, mais surtout il tue son film dans l’œuf, en annonçant dès la première ligne de dialogue (Did she? Didn’t she? Who was to blame?) que si mystère il y a, il ne sera peut-être pas résolu à la fin du film, que le doute est peut-être définitif, un parti pris de narration autant décevant que frustrant.

« She », c’est elle, la cousine Rachel (Rachel Weisz). Celle de Philip (Sam Claflin), le narrateur de l’histoire, mais aussi celle d’Ambrose, son tuteur, un autre cousin qui l’a pris en charge après le décès de ses parents. Ressemblant comme deux gouttes d’eau (joués d’ailleurs par le même Sam Claflin ), Philip et Ambrose ont dû être séparés lorsque la santé fragile du dernier l’oblige à aller vivre sous les cieux de l’Italie autrement plus cléments que ceux de sa Cornouaille natale. Ambrose, célibataire endurci et vieillissant, y fait la rencontre de Rachel, l’adule, l’épouse, pour finir par envoyer à Philip des appels au secours contre elle, rebaptisée « mon tourment », et meurt.

Philip ressent une haine immédiate pour cette veuve qu’il ne connaît pas, qu’il soupçonne d’avoir empoisonné son tuteur. Puis, une passion immédiate dès qu’il pose les yeux sur elle. Roger Michell montre ses excès presque enfantins avec beaucoup de justesse, et d’ailleurs il s’emploie à le dépeindre comme un enfant, torse nu le plus souvent, insouciant et inconscient jusqu’à la naïveté, ou la bêtise, selon le degré d’empathie du spectateur.

Et c’est là que le film gagne tout son intérêt : l’attraction aveugle de Philip pour Rachel, une femme plus âgée que lui, a quelque chose de touchant quand on se rappelle qu’il n’a jamais connu aucune femme, ni mère, ni tante ni même une servante d’aucune sorte car tous sont des hommes au château (« les seules femmes autorisées dans la maison étaient les chiennes » dira le narrateur). La seule femme qu’il connaît, la jeune Louise, est un garçon manqué…On pourrait paraphraser Zweig et affirmer que la confusion des sentiments est à l’œuvre à l’écran, et que Freud veille sur cette relation où Rachel dit de Philip qu’il « ressemble à un chiot à la recherche de sa mère » …

Le chef opérateur Mike Eley est plutôt convaincant dans sa manière de décrire cette Angleterre de carte postale, les landes, les falaises et tutti quanti, où la plèbe industrieuse et déférente, mais où les grands bourgeois sont vaguement décadents, ce qui donne un côté un peu ébouriffé à un récit par ailleurs bien lisse et plutôt classique.

Sam Claflin est aussi insipide que sur l’affiche d’ Avant toi, cette boursouflure croisée partout sur les sites de cinéma et dont la seule vue incite à ne pas aller voir le film. Il colle parfaitement à son rôle, un jeune homme un peu benêt que seule la culpabilité rendra enfin grave à la fin du film. Rachel Weisz est parfaite dans un rôle trouble, ambigu, on pourrait presque dire féministe avant l’heure, même si on la préfère dans des rôles plus punchy comme dans Youth de Paolo Sorrentino, ou The Lobster de Yorgos Lanthimos. Par ailleurs, dans le genre film en costumes dans une Angleterre d’aristos, on a également nettement préféré The Young Lady de William Oldroyd, ou Love and Friendship de Whit Stillman. Mais malgré nos réticences, et surtout malgré une fin frustrante qui laisse le spectateur sur sa faim, le tout lié directement au choix même de ce livre, My Cousin Rachel est un beau film bien rythmé et bien mis en scène qu’on suit sans déplaisir.

My Cousin Rachel : Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=gZKRb0mwRoo

My Cousin Rachel : Fiche technique

Titre original : My cousin Rachel
Réalisateur : Roger Michell
Scénario : Roger Michell, d’après le roman de Daphne du Maurier, My cousin Rachel
Interprétation : Sam Claflin (Philip), Iain Glen (Nick Kendall), Rachel Weisz (Rachel Ashley), Holliday Grainger (Louise Kendall), Poppy Lee Friar (Mary Pascoe), Andrew Knott (Joshua), Pierfrancesco Favino (Rinaldi)
Musique : Rael Jones
Photographie : Mike Eley
Montage : Kristina Hetherington
Producteur : Kevin Loader, Coproductrice : Anita Overland
Maisons de production : Fox Searchlight Pictures, Free Range Films
Distribution (France) : Sophie Dulac Distribution
Durée : 106 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 26 Juillet 2017
Royaume-Uni, Etats-Unis – 2017

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