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La Guerre des Mondes de Steven Spielberg : portrait d’une humanité en voie d’extinction

Plus de 20 ans après E.T., Spielberg nous propose de rencontrer d’autres extraterrestres. Mais là où le premier était adorable et attachant, ceux que l’on voit dans La Guerre des Mondes sont terrifiants, puisqu’ils mettent en évidence les faiblesses d’une Amérique trop sûre d’elle.

Synopsis : Des orages électriques frappent plusieurs villes sur la planète. Ray et ses deux enfants, Robbie et Rachel, sont témoins de l’étrange phénomène. Mais ces éclairs sont vraiment particuliers : ils frappent plusieurs fois au même endroit, creusant des trous dans le sol. Et de ces trous surgissent d’immenses machines.

La première demi-heure de La Guerre des Mondes est stupéfiante. Par sa rapidité, par son montage, ses parti-pris de mise en scène, son interprétation, par l’ambiance qui s’en dégage, elle laisse littéralement le spectateur frappé de stupeur. C’est une des ouvertures de film les plus marquantes du cinéma spielbergien.

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Le réalisateur y développe d’entrée deux thèmes qui tiendront tout le film : d’un côté la volonté d’implanter l’action dans la vie quotidienne la plus banale, dans la réalité la plus triviale ; de l’autre côté, l’insistance sur l’incapacité humaine à faire face à ces attaques.

Les deux points se rejoignent, bien entendu. Ainsi, La Guerre des Mondes est un des rares films de Spielberg sans héros. Chez un cinéaste aussi influencé par le cinéma des années 40-50 (et par la bande dessinée) et où le rôle de « héros » a autant d’importance, ce film tient une place à part. Ray, le personnage principal, interprété par Tom Cruise, n’est pas un héros. Au contraire, il a tout du beauf américain moyen, machiste, pas du tout investi dans son rôle de père, et franchement bas de plafond. Et même si, à la fin du film, il a quand même accompli un ou deux actes plus valeureux, il n’en est pas pour autant un héros.

D’ailleurs, sa place même de personnage principal est contestable. Bien des scènes parmi les plus marquantes du film nous montrent une foule. Spielberg déploie la panoplie des scènes habituelles dans ce genre de film apocalyptique : foule paniquée, survivants errants le long des routes, effet de meute d’une population qui a perdu ses repères et pour qui la loi du plus fort tient lieu de seule et unique morale. Finalement, il est possible d’affirmer que La Guerre des Mondes est un film sur la population américaine désorientée par des attaques aussi violentes que soudaines et inattendues.

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Car Spielberg revendique d’implanter son film aux États-Unis. Même si on nous informe rapidement que des attaques similaires ont lieu un peu partout sur la planète, La Guerre des Mondes nous montre bel et bien la nation américaine frappée au cœur. Pour s’en convaincre, il suffit de voir la multitude de bannières étoilées aux façades des maisons, ainsi que la destination de Ray qui cherche à atteindre Boston.

Rien de tout cela n’est totalement innocent, bien entendu. Jusqu’à présent, chez Spielberg, les extraterrestres étaient des personnages nettement plus sympathiques que les humains et servaient à mettre en valeur des sentiments positifs. Que s’est-il donc passé entre l’époque où le réalisateur sortait Rencontres du troisième type ou E.T., et celle où il filme cette Guerre des Mondes ? La réponse est simple et elle transparaît à l’écran : La Guerre des Mondes est un film sur le 11-Septembre et le traumatisme qu’il constitue pour le peuple américain. Là aussi, la première demi-heure du film est très significative. Les Tripodes dormaient depuis longtemps au cœur même des cités américaines, comme les fameux « réseaux dormants » de terroristes, n’attendant qu’un signal pour se mettre en branle. Les images de foule paniquée, les vêtements qui volent, les bâtiments qui s’écroulent, la poussière, tout rappelle les images de ce terrible mardi de 2001. Jusqu’aux questions de la petite Rachel : « C’est des terroristes ? »

Le sentiment qui domine dans La Guerre des Mondes, et qui en fait là aussi une œuvre unique dans la filmographie de Spielberg, c’est l’impuissance. Le réalisateur fait de son film un anti-Independence Day. Pas de héros, pas de combats. Les humains sont et resteront, tout au long du film, incapables de faire face à ces menaces inconnues. « Ce n’est pas une guerre, pas plus qu’il n’y a de guerre entre les hommes et les vers de terre. C’est une extermination », dira le personnage interprété par Tim Robbins. Ce sentiment d’impuissance traverse tout le film. On fuit devant les Tripodes, on se cache d’eux, mais on ne peut pas les affronter. Et même s’il y a une victoire, les humains n’y sont strictement pour rien.

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Dès l’intervention de la voix off (Morgan Freeman en VO) au début, le film montre l’immense faiblesse des humains qui sont transformés en sujets de laboratoire, en cobayes, voire en réserves de sang pour ce qui semble être une immense entreprise de « terraformation ». L’humanité est montrée comme vivant constamment au bord du précipice. Et ce sentiment restera tout au long du film. Le danger est d’autant plus grand, d’autant plus marquant, qu’il était constamment présent au milieu de la population sans qu’elle s’en rende compte. Et, autre preuve de la faiblesse humaine, elle ne sait strictement rien de ce qui l’attaque, ni d’où ils viennent, ni quelles sont leurs intentions, là où les créatures paraissent avoir étudié leurs victimes pendant des siècles.

Avec la maîtrise qu’on lui connaît, Spielberg met en œuvre tous les moyens du cinéma pour aboutir à ce sentiment de panique. La musique de John Williams, la photographie grisâtre, le montage rapide, voire brutal, tout contribue à plonger le spectateur auprès de ses personnages, à lui faire vivre cette aventure dans tout ce qu’elle peut avoir d’horrible.

Comme dans Les Dents de la mer ou Rencontres du troisième type, La Guerre des Mondes joue aussi beaucoup sur les hors champs, ce qui contribue encore à renforcer le sentiment de panique. On sait qu’il se passe quelque chose derrière la porte ou de l’autre côté de la fenêtre, mais sans en avoir une idée précise. Ce jeu sur ce que l’on ignore est essentiel au film.

En plus d’être d’une terrible efficacité, Spielberg n’oublie pas de faire des scènes esthétiquement magnifiques qui marquent les spectateurs. La façade d’une église qui se détache en contre-jour ou le passage d’un train en flammes, il développe une esthétique de l’apocalypse.

L’ensemble contribue à faire de La Guerre des Mondes un film remarquable et une œuvre à part dans la filmographie de son cinéaste de par son pessimisme et sa noirceur. Un film qui montre le traumatisme d’une nation frappée en plein cœur et qui se rend compte qu’elle n’est pas aussi invincible qu’elle ne le croyait.

La Guerre des Mondes : bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=LlprarNSVw4

La Guerre des Mondes : fiche technique

Titre original : War of the Worlds
Réalisation : Steven Spielberg
Scénario:Josh Friedmann et David Koepp, d’après le roman d’Herbert George Wells
Interprétation : Tom Cruise (Ray), Dakota Fanning (Rachel), Justin Chatwin (Robbie), Miranda Otto (Mary Ann), Tim Robbins (Harlan Ogilvy)
Photographie : Janusz Kaminski
Montage : Michael Kahn
Musique : John Williams
Production : Colin Wilson, Kathleen Kennedy
Sociétés de production : Paramount Pictures, DreamWorks, Amblin Entertainment, Cruise/Wagner productions
Société de distribution : DreamWorks Distribution
Genre : science-fiction
Durée : 116 minutes
Date de sortie en France : 17 juin 2005

États-Unis – 2005

Monstre sacré : la chute médiatisée d’un prédateur sexuel

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Les ombres de Harvey Weinstein et Jimmy Savile planent sur Monstre Sacré, une fascinante mini-série britannique mettant en scène la chute d’une star de télévision accusée de viol…

synopsis : La vie de la star télé Paul Finchley bascule le jour où il est publiquement accusé de viol…

Monstre Sacré fait froid dans le dos : il est impossible de ne pas penser aux affaires Weinstein et Cosby qui ont secoué la planète. Jack Thorne, scénariste de This is England et Skins, et dramaturge à qui l’on doit l’adaptation de Harry Potter et l’Enfant Maudit au théâtre, s’est inspiré d’une affaire qui a fait trembler le Royaume-Uni : l’affaire Jimmy Savile. Diffusé sur ITV un an après son décès, le documentaire L’Autre visage de Jimmy Savile a révélé le véritable visage du présentateur du Top of the Pops : celui d’un prédateur sexuel qui aurait commis des centaines d’agressions sexuelles sur les lieux de son travail (la BBC) ainsi que dans les établissements scolaires et hospitaliers pour lesquels il faisait régulièrement des dons. La police britannique a également confirmé les crimes abominables de l’ancienne star télé.

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Paul Finchley est une énorme star de la télévision britannique qui s’apprête à remettre un prix à son ancien complice comique Karl Jenkins. Le lendemain de cet événement, un premier indice du déclin à venir, la police l’arrête pour deux viols remontant à une vingtaine d’années. Ce vieil homme a priori sympathique, même drôle, se déplaçant avec sa canne, est-il alors un monstre ? Peut-on et veut-on le croire ? Les réactions du spectateur seront probablement semblables à celles qu’il pourrait rencontrer dans la réalité, après avoir regardé les informations : il devient juge sans connaître les dessous exacts des faits. Il n’y a pas que le public qui juge et doute sur Paul Finchley ainsi que ses potentielles victimes. Entourage de l’accusé, autant troublé qu’hypocrite, avocats cyniques, médias violents… Jack Thorne n’a épargné personne au coeur d’un scénario qui comprend les enjeux et la psychologie complexes qu’engendre une telle affaire touchant la collectivité.

En s’inspirant des crimes sexuels de Jimmy Savile, Jack Thorne peint alors toutes les étapes possibles de la chute d’une personne médiatisée et aimée. Que ce soit dès les premières minutes ou des mois plus tard, comment peuvent réagir des Weinstein ou des Cosby, ainsi que leurs familles, face à des accusations odieuses publiquement, notamment dans le cadre privé ? La mini-série se concentrant majoritairement sur l’accusé et son entourage, elle prenait le risque d’oublier les victimes. Mais en prenant en compte tous les éléments de l’affaire, Jack Thorne les intègre progressivement et respectueusement. Et ce choix est surtout logique : les médias ont toujours plus tendance à parler des coupables que des victimes. Si le portrait de la justice n’est pas reluisant, celui des médias l’est encore moins : Jack Thorne dénonce sévèrement ces médias qui se prennent pour un tribunal et qui détruisent en peu de temps la vie de tous les concernés dans l’affaire.

Le format en quatre épisodes de 50 mn environ pouvait faire peur sur le papier, la mini-série aurait pu être trop longue. Mais Monstre Sacré est une oeuvre fascinante qui mérite de prendre son temps. Tout est forcément synonyme de longueur : parler du passé (les victimes ont attendu des années avant d’aller voir la police), l’enquête, le jugement, sans parler des états d’âme des protagonistes (doit-on soutenir ou croire l’accusé ?). Ce format est donc entièrement justifié, d’autant qu’on ne s’ennuie pas une seconde. Le rythme n’est pourtant pas très accéléré mais nous sommes immédiatement interpellés par les actes – et ses conséquences – commis par ce fameux « monstre sacré » du titre, ce « trésor national » (comme l’indique son titre original). Il est évident que le scénario veut nous faire douter, pour qu’on se mette dans la peau de tous les protagonistes qui se posent tant de questions. Mais, au fond de nous, et en connaissant l’inspiration même du projet télévisuel, nous savons ce qu’a pu faire Paul Finchley. Et on veut comprendre comment un homme qui, a priori, a tout pour lui (une famille, un travail bien payé et épanouissant, le succès) a pu commettre l’inexcusable. Se plonger dans l’intimité d’un criminel aurait pu être indécent, pourtant Monstre Sacré n’a jamais un propos déplacé. Si l’écriture, jamais manichéenne, est certainement l’atout principal de cette formidable mini-série, il ne faut pas non plus négliger le reste : ainsi, la mise en scène précise et la photographie bleutée accentuent à elles-seules le malaise constant dégagé par cette sordide histoire.

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Le portrait de la famille Finchley est fascinant et ambigu, montrant aussi comment de tels secrets ont pu être préservés pendant des années. Le scénario interroge sans cesse sur leur état d’esprit : Paul Finchley est-il convaincu de l’innocence qu’il clame à haute voix ? A-t-il un problème avec les femmes ? Est-il frustré à cause de sa femme dévote ? Son épouse Marie, justement, s’est-elle réfugiée dans la foi pour se détourner de la vérité ? Quant à la fille unique Dee, sa destruction dans la drogue est-elle anodine ? A-t-elle enfoui des souvenirs ? Plus globalement, comment soutenir l’homme accusé du pire ? Peut-on réellement le soutenir ? Quel impact les actes d’un homme peuvent-ils rencontrer sur son entourage ? Connus par le grand public pour avoir joué dans la saga culte Harry Potter, Robbie Coltrane et Julie Walters sont époustouflants, parvenant à retranscrire des émotions ambivalentes. Dans le rôle de la fille fragile et détruite, Andrea Riseborough (Battle of the Sexes) livre également une interprétation poignante.

Intelligemment glaçante, Monstre Sacré est une mini-série bien plus ambitieuse qu’elle en a l’air et, face à tous ces scandales médiatiques révélés régulièrement au cours des derniers mois, elle est devenue d’une nécessité absolue.  

Monstre Sacré : bande-annonce

Monstre Sacré : fiche technique

Créée par Jack Thorne
Titre original : National Treasure
Casting : Robbie Coltrane, Julie Walters, Andrea Riseborough, Tim McInnerny, Kerry Fox…
Genre : Drame
Format : 50 mn
Premier épisode  : 20 septembre 2016
Chaîne d’origine : Channel 4

Crash Test Aglaé en DVD & Blu-ray : les femmes aussi ont leur road movie !

Avec Crash Test Aglaé, Eric Gravel nous offre un premier film touchant sur les enjeux de la mondialisation. Un road movie poétique et décalé disponible depuis le 7 mars en Blu-ray disc et DVD.

Synopsis : L’histoire d’une jeune ouvrière psychorigide dont le seul repère dans la vie est son travail. Lorsqu’elle apprend que son usine fait l’objet d’une délocalisation sauvage, elle accepte, au grand étonnement de l’entreprise, de poursuivre son boulot en Inde. Accompagnée de deux collègues, elle va entreprendre un absurde périple en voiture jusqu’au bout du monde qui se transformera en une improbable quête personnelle.

Malgré quelques longueurs dans la première partie du film, Crash Test Aglaé nous entraîne rapidement sur les routes, avec un brin de folie, en compagnie de femmes de caractères mais non moins attachantes. Yolande Moreau (Une Vie) et Julie Depardieu (Les Femmes de l’ombre, La Femme Invisible) sont fantastiques, à tel point qu’elles ont tendance à éclipser le rôle titre d’Aglaé, personnage un peu fade et tristounet. D’autant que Crash Test Aglaé est une satire sociale légère, un feel good movie rythmé, audacieux et optimiste ! India Hair (Rester Vertical) sort malgré tout son épingle du jeu en interprétant une personnalité troublante et profonde. La musique folk et originale de Jean-Michel Pigeon et Hit’n’run (Les Beaux Gosses, La Nouvelle vie de Paul Sneijder) nous transporte elle-aussi avec allégresse dans ce monde tendre et déjanté, à l’image des personnages du film. On pourrait regretter parfois le manque de sérieux de cette réalisation mais c’est ce qui fait tout le charme de Crash Test Aglaé, rendant cette oeuvre symbolique et moderne d’autant plus touchante. Un must see !

Crash Test Aglaé – bande-annonce :

Crash Test Aglaé – Caractéristiques du DVD :

Sortie du DVD  & Blu-ray : 07/03/2018
Genre : Road movie / Comédie dramatique
Classé : Tous publics
Durée : 1h22
Editeur : Le Pacte
Distributeur : Warner Home Vidéo France
EAN : 5051889618300
Réalisation : Eric Gravel
Distribution : India Hair, Julie Depardieu, Yolande Moreau, Anne Charrier, Frédérique Bel, Tristán Ulloa

Cinélatino 2018 : Portrait de Paulina García, invitée d’honneur du festival

Figure du cinéma chilien, Paulina García est une actrice remarquée dans le cinéma d’Amérique latine. Invitée d’honneur cette année pour les 30èmes rencontres de Cinélatino à Toulouse, la rédaction de CinéSeriesMag en profite pour revenir sur l’ensemble de sa carrière.

Son amour de la comédie, Paulina García l’a depuis toujours. Avant de se destiner au cinéma, elle entreprend des études de théâtre à l’Université Catholique du Chili et entame sa carrière sur les planches avec la pièce ¿Dónde estará la Jeanette? de Luis Rivano, pour lequel elle reçoit le prix APES de la meilleure actrice. Elle apparaît ensuite dans plus de trente pièces et crée en 1997 l’Asociación de Directores de Teatro où elle est professeure durant 4 ans. Dans le théâtre, elle s’essaie à tous les postes en passant de metteur en scène à comédienne et enchaîne les récompenses avant de passer au petit puis au grand écran. Avant de devenir une actrice de cinéma, elle tourne pour la télévision avec de nombreux rôles dans des séries nationales. Puis en 2002, elle tourne son premier film avec Tres noches de un sábado de Joaquín Eyzaguirre et reçoit sa première nomination pour le prix Althazor qui récompense tous les arts chiliens chaque année. Si elle ne le remporte pas cette année-là, c’est en 2008 qu’elle remportera son premier prix de cinéma pour la série Cárcel de Mujeres.

Mais bien qu’étant déjà une star dans son pays, Paulina García rencontre la scène internationale du septième art assez tardivement en remportant l’Ours d’argent à la Berlinale de 2013 pour son rôle principal dans le film Gloria, réalisé par Sébastián Lelio. Elle fait d’ailleurs l’honneur à Cinélatino de venir le présenter cette année lors de la soirée d’ouverture du festival, accompagnée du réalisateur. Depuis ce rôle, elle est devenue un pilier du cinéma chilien et plus généralement latino-américain et un symbole de l’émancipation féminine à travers des personnages souvent engagés remplis de liberté comme celui dans La fiancée du désert récemment. À l’image de son engagement, le festival organise cette année une sélection spéciale femmes pour laquelle ses films majeurs seront projetés tout comme ceux de plusieurs professionnelles du cinéma telles que Daniela Vega (Une femme fantastique) et une discussion aura lieu lors d’une table ronde “Chilenas : femmes de cinéma du Chili”.

Paulina García navigue désormais entre différents genres de films et obtient même un rôle majeur dans la série Narcos pour la saison 2. Ce n’est pas la première série dans laquelle elle joue mais cette opportunité marque un tournant majeur dans la visibilité de son talent. Elle enchaîne ensuite trois films entre 2016 et 2018 en passant d’oeuvres indépendantes à des premiers films. Sa carrière et ses choix artistiques sont à son image : doux mais engagés. Début 2018, elle était d’ailleurs à l’affiche du film El Presidente dans lequel elle interprète la présidente du Chili Paula Scherson. Les réalisateurs lui font confiance et l’on ne peut que se réjouir de voir l’évolution de cette jolie carrière.

Paulina García en quelques dates : 

27 novembre 1960 : naissance à Santiago du Chili

2002 : Tres noches de un sábado de Joaquín Eyzaguirre

2013 : Gloria, de Sébastián Lelio (Ours d’argent de la meilleure actrice au Festival international du film de Berlin)

2016 : Narcos (saison 2) et Brooklyn Village, de Ira Sachs

2017 : La fiancée du désert, de Cecilia Atán et Valeria Pivato

2018 : El Presidente, de Santiago Mitre

Arrête-moi si tu peux de Steven Spielberg : quand même les comédies sont réussies

Arrête-moi si tu peux est l’une des traques les plus amusantes du cinéma américain. Mettant en scène Tom Hanks aux côtés de Di Caprio, Spielberg fait de ce film la confirmation de son talent tous genres confondus.

synopsis : Dans les années soixante, le jeune Frank Abagnale Jr. est passé maître dans l’art de l’escroquerie, allant jusqu’à détourner 2,5 millions de dollars et à figurer sur les listes du FBI comme l’un des dix individus les plus recherchés des États-Unis. Véritable caméléon, Frank revêt des identités aussi diverses que celles de pilote de ligne, médecin, professeur d’université ou encore assistant du procureur. Carl Hanratty, agent du FBI à l’apparence stricte, fait de la traque de Frank Abagnale Jr. sa mission prioritaire, mais ce dernier reste pendant longtemps insaisissable… 

Inspirée d’une histoire vraie, cette comédie peut paraître surprenante dans la filmographie du réalisateur d’E.T. Mais Spielberg est aussi bon en comédie qu’en drame historique ou qu’en science fiction, il utilise toujours ses armes de cinéaste pour replacer ses films en apparence plus légers dans des sujets sérieux qui proposent bien plus qu’un simple divertissement. Arrête-moi si tu peux fait appel au thème de prédilection du réalisateur : l’enfance ou du moins la naïveté de la vie. Film personnel pour lui qui a vu ses parents se séparer, Spielberg choisit l’angle de l’empathie plutôt que celui de critiquer un système mettant à mal son pays.

Avec la relation père/fils entre Léonardo Di Caprio et Christopher Walken, le film rend son héros très touchant. La complicité qui lie les deux personnages rend les fautes du fils bien plus humaines qu’il n’y paraît. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’on se prend vite au jeu de la traque et que l’on espère même qu’il ne se fera pas prendre. Spielberg arrive à nous convaincre de l’humanité immense de Franck qui n’est pas seulement un escroc. arrête-moi-si-tu-peux-leonardo-di-caprioIl est plus bien plus que cela : c’est un fils qui idéalise son père et devient faussaire en essayant de l’imiter, puis un jeune homme qui fuit le divorce de ses parents en préférant s’enfermer dans sa nouvelle vie plutôt que d’affronter la réalité. C’est ce que Spielberg nous livre de sa propre vie aussi et de sa manière de s’être créé un mécanisme de défense lorsqu’il avait vécu lui-même cette situation.

On ne retient de ce film pas tant la réalisation en elle-même, ni la mise en scène bien que le travail des couleurs soit très symbolique en passant de nuances fades à des teintes plus jaunes lorsqu’il devient adulte. On retient surtout le jeu des acteurs qui porte littéralement le film :  que ce soit le trio masculin ou toutes les femmes à qui Di Caprio donne la réplique, ce sont eux qui créent l’ambiance si agréable du film et qui amusent autant le spectateur que le réalisateur derrière la caméra.

L’arrivée de Carl dans le film voit mûrir comme une seconde relation père/fils, celle que chacun n’a jamais pu avoir. Bien qu’ils apparaissent comme radicalement opposés, le spectateur assiste finalement à une rencontre entre deux hommes qui se complètent. Les deux se ressemblent : ils sont seuls, enfermés dans un autre monde qui leur fait fuir la réalité. Pour l’un, c’est le milieu de l’imposture qui régit sa vie, pour l’autre c’est celui du FBI. Autant de différences et d’oxymores qui s’avèrent construire une parfaite symétrie et réciprocité entre ces deux là. L’un et l’autre sont leur seul compagnie. Carl protège Franck des autres agents lorsqu’il se fait arrêter, ils s’appellent à chaque Noël et continuent de garder ce rituel en prison : autant d’attention et d’habitudes qu’un père pourrait avoir envers son fils et inversement. Cette relation naît aussi d’une certaine fascination de Carl envers Franck : comme souvent pour les policiers dans leur traque de criminel ou autres, il demeure une envie folle de comprendre ce qu’il se passe dans la tête de celui qu’on a en face de nous et surtout de savoir comment il a fait pour nous berner pendant tout ce temps, de saisir l’étendue de son intelligence. Dans le film, il lui demande à plusieurs reprises comment il a fait pour avoir l’examen du barreau. C’est la curiosité de l’un envers l’autre qui laisse peu à peu place à une certaine tendresse et affection entre eux deux, toujours sous-jacente dans les scènes où ils apparaissent tous les deux. Leur jeu va bien plus loin qu’une simple traque ou envie de justice, il est indéniablement humain et sentimental.

Arrête-moi si tu peux n’est donc pas l’histoire banale d’un bandit mais plutôt celle d’un jeune homme en quête de repères qui n’a trouvé que l’escroquerie pour cacher ses peines et se faire remarquer. Spielberg livre un film personnel aux airs légers avec un Di Caprio charmant en escroc.

Arrête-moi si tu peux : Bande-annonce

Arrête-moi si tu peux : Fiche Technique

Titre original : Catch Me If You Can
Réalisation : Steven Spielberg
Scénario : Jeff Nathanson, d’après l’oeuvre de Frank Abagnale Jr
Interprétation : Tom Hanks, Leonardo Di Caprio, Christopher Walken, Martin Sheen, Nathalie Baye, Amy Adams, Jennifer Garner
Image: Janusz Kaminski
Montage: Michael Kahn
Musique: John Williams (interprète : Franck Sinatra)
Décors : Jeannine Claudia Oppewalm
Costumes : Mary Zophres
Producteur(s): Walter Parkes, Steven Spielberg
Société de production: DreamWorks Pictures, Amblin Entertainment, Kemp Company, Splendid Pictures, Parkes/MacDonald Productions
Distributeur: United International Pictures
Récompenses : Meilleur acteur dans un second rôle (Christopher Walken)
Durée : 141 minutes
Genre : comédie, drame, thriller
Date de sortie : 12 février 2003

États-Unis – 2003

 

Concours Grimm : Gagnez un coffret 5 DVD de la saison 5

Concours : À l’occasion de la sortie en coffret 5 DVD et 5 Blu-ray™ + Digital HD le 20 Mars 2018 de la série Grimm, remportez votre coffret de la saison 5

SYNOPSIS, INFOS ET BANDE ANNONCE

Nick s’efforce de se remettre de la disparition de sa mère et de Juliette, tandis qu’une guerre importante entre les Wesen et les Grimm éclate. Les Wesen ont décidé de ne plus se cacher et de contrôler la Terre. Ils forment un groupuscule, très bien organisé nommé la « Griffe Noire », qui commet secrètement de nombreux attentats et rituels en tous genres mais Nick reste leur cible principale. De son côté, Rebelle décide de s’allier avec une organisation nommée le « Mur d’Hadrien », qui lutte contre ce soulèvement.

 Découvrez 22 nouveaux épisodes à vous glacer le sang !

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Caractéristiques techniques du coffret DVD : Image : 1.78 – Format Ecran : 16/9 – Audio : Français, Anglais Dolby Digital 5.1

Caractéristiques techniques du coffret Blu-ray™ : Image : 1.78 – Format Ecran : 16/9- Audio : Français DTS Digital Surround 5.1, Anglais DTS HD Master Audio 5.1

Bonus DVD et Blu-ray : Scènes coupées – Bêtisier – Le Nouveau Monde de Grimm – Révélation : Dans les coulisses du 100ème épisode  – Visite du loft

Bonus exclu Blu-Ray : Grimm Mode d’emploi – Coffret 5 DVD et 5 Blu-ray/Digital HD, 22 épisodes

logo-Universal-NoirEditeur : Universal Pictures Video

Titre original Grimm
Genre : Série policière, fantastique, dramatique
Création : David Greenwalt, Jim Kouf
Acteurs principaux : David Giuntoli, Russell Hornsby, Silas Weir Mitchell, Reggie Lee, Bitsie Tulloch, Sasha Roiz, Bree Turner..
Chaîne d’origine : NBC
Nb. de saisons 6
Nb. d’épisodes 123
Durée 42 minutes
Diff. originale : 28 octobre 2011 – 31 mars 2017
Site web : http://www.nbc.com/grimm/

Modalités du concours

Pour participer à notre concours, il vous suffit de compléter le formulaire avant le 30 Mars 2018. Pour augmenter vos chances, abonnez-vous à notre page Facebook ou notre compte Twitter . Renseignez vos réponses, vos coordonnées et cliquez à chaque étape sur les boutons « Suivant », puis « Envoyer » situés en bas du formulaire. Attention, aucune réponse mise en commentaire ne sera validée. En cas de problème, contactez-nous en utilisant le formulaire de contact.

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Les adaptations de jeux vidéo au cinéma : les lauréats de la rédaction

A l’occasion de la sortie de Tomb Raider sur les écrans depuis hier, l’équipe de CineSerieMag a décidé de revenir sur les adaptations les plus marquantes de jeux vidéo au cinéma. De la plus fidèle à la moins réussie, du cinéma de genre au divertissement le plus basique, de Silent Hill à Prince of Persia, les résultats risquent de vous surprendre.

Jeux vidéo et cinéma : ces deux arts ne cessent de s’entremêler depuis près de trente ans. De s’inspirer l’un l’autre, de s’alimenter. Chose remarquée du côté des jeux tout d’abord, à travers les adaptations diverses et variées de plusieurs longs métrages à succès (Terminator, Le Roi Lion, Star Wars…) ou une réappropriation des codes du septième art à travers des scenarii étoffés et des cinématiques au rendu quasi réaliste rendu possible par des technologies de plus en plus performantes. Le tout renforçant ainsi un sentiment d’immersion totale. De Max Payne et son ambiance très noire sur fond de vigilante movie au récent Call of Duty : WWII évoquant sans mal les scènes phares d’Il faut sauver le soldat Ryan, en passant par Stranglehold et le polar urbain made in John Woo, les exemples sont légion.

Mais si le média vidéo ludique rêve de cinéma, la réciproque est également vraie, surtout ces dernières années, où on dénombre plus de cinquante adaptations de jeux vidéo, au cinéma ou en DTV … et pas tous du meilleur acabit. Loin de là même ! Car l’idée généralement admise, et peu reluisante, est que ces adaptations sont souvent médiocres, relevant davantage d’une opportunité mercantile plutôt que la vision artistique d’un cinéaste sur un univers en particulier.

Mais à CineSerieMag, nous n’aimons pas les idées préconçues. C’est pourquoi nos rédacteurs se sont proposés de mettre à contribution leur fibre de gamer et de se replonger dans quelques-unes des adaptations qui les ont le plus marquées. En mal certes mais aussi en bien, car oui, des pépites subsistent ! Plutôt qu’un top classique, nous avons opté pour une sélection type « lauréats » avec cinq catégories principales, où chaque rédacteur des 11 volontaires a inscrit le film de son choix dans chaque catégorie : adaptation la plus réussie, la plus fidèle, la plus nanardesque, la plus oubliable, et la plus mauvaise. Nous retrouvant devant un film ayant remporté deux catégories, nous nous sommes donc permis de rajouter une catégorie particulière, ne traitant pas d’une adaptation à strictement parler, mais d’un film reprenant intelligemment le principe. Bonne lecture !

Adaptation la plus réussie et la plus fidèle : Silent Hill de Christophe Gans (2006)

Adapter un jeu-vidéo au cinéma demande un savant mélange de fidélité à l’œuvre originale et d’identité propre. Un mélange que Silent Hill, réalisé par Christophe Gans en 2006, a su proposer au point de se retrouver vainqueur de deux de nos catégories : l’adaptation la plus réussie et la plus fidèle. Les joueurs y retrouveront les éléments qui ont fait du jeu-vidéo de 1999 le chef-d’œuvre incontournable qu’il est : la petite ville perdue dans le temps et l’espace de Silent Hill envahie par la brume, son esthétisme cauchemardesque empruntée à L’Échelle de Jacob (1990) ou encore une magnifique bande-originale aussi atroce que mélodieuse. L’univers, pourtant très particulier du jeu est suffisamment respecté dans cette adaptation pour la qualifier de très fidèle. Mais malgré tout, le film a su se faire connaître et aimer d’un public non familier avec l’œuvre vidéo ludique de Konami. Au point que cette adaptation est souvent d’abord reconnue comme film d’horreur a part entière avant que de n’être qualifiée d’adaptation. Pouvoir se créer une identité propre hors de la sphère d’un jeu-vidéo aussi mythique et respecté que Silent Hill, mérite amplement la place de l’adaptation la plus réussie de cette liste.  Par Jean-Pierre Horckman

Adaptation la plus nanardesque (mais sympathique) : Lara Croft – Tomb Raider de Simon West (2001)

Les adaptations de jeux vidéo sont souvent ratées, mais parfois quelques perles nanardesques subsistent. C’est le cas du le film Lara Croft : Tomb Raider, qui brille plus pour les tenues avantageuses de l’actrice Angelina Jolie et ses scènes de combats que ses dialogues. D’ailleurs le scénario n’est pas bien compliqué : Lara Croft, une archéologue, se voit léguer une horloge mystérieuse par son défunt père, et une organisation secrète essaie de mettre la main dessus. Mais malgré tout, on se plaît à aimer ce long-métrage qui arrive à nous divertir et dont on se moque gentiment. Il est vrai qu’il a indéniablement des défauts, mais il arrive à jouer sur notre fibre nostalgique. Un vrai film doudou, en somme…  Par Flora Sarrey

https://www.youtube.com/watch?v=m878J0fNK9Y

Adaptation la plus oubliable : Prince of Persia – Les Sables du Temps de Mike Newell (2010)

Adaptation du jeu culte éponyme, Prince of Persia : Les Sables du Temps, sorti en 2010, aurait pu être un blockbuster ambitieux. Pour preuve, son producteur est aussi celui derrière Pirates des Caraïbes, Jerry Bruckheimer, pour un film de pirates qui avait su marquer une génération en renouvelant le film d’aventure à gros budget tout en décorant son histoire de visuels impressionnants. On retrouve peut-être de cette ambition visuelle et de déploiement d’un univers fantastique et riche, mais tout semble sonner faux. Pourtant, le scénariste est également celui ayant écrit le jeu vidéo dont le film s’inspire, autant dire qu’il savait de quoi il parle. Là aussi rien à se mettre sous la dent, qu’on soit amateur des jeux ou que l’on découvre totalement univers, les personnages et leur écriture. Tout pourrait difficilement être plus lisse, cliché, sans surprise : ce qui aurait pu être une aventure rafraîchissante se mue en blockbuster laid et sans saveur. C’est à la fois dommage quand on connait le potentiel de la saga vidéo ludique, mais on se consolera en se disant qu’ils n’ont, au moins, pas poursuivi le massacre en se lançant dans une suite qui aurait un peu plus entaché nos souvenirs de jeunesse. Contrairement à beaucoup d’autres adaptations de jeux vidéo au cinéma qui continuent de hanter les fans, il reste de celles-ci qui sombrent presque miraculeusement dans l’oubli (et c’est pas plus mal).  Par Jules Chambry

Adaptation la plus mauvaise : Resident Evil – Retribution de Paul W.S. Anderson (2012)

Cinquième volet de la lucrative et nanardesque saga Resident Evil de Paul W.S Anderson, Resident Evil : Retribution franchit la ligne du navet et s’enfonce dans 90 minutes de mauvais goût absolu. Personne ne sera surpris par la qualité d’un cinquième épisode d’une franchise en demi-teinte qui n’a jamais su quoi raconter. Pourtant, le successeur du jouissif Resident Evil : Afterlife démarrait plutôt bien dans son récit avec une idée originale : une succession de décors afin de simuler une invasion de zombies. Mais la seule bonne idée scénaristique se transforme en pétard mouillé dès lors que le récit enchaîne les incohérences (pourquoi le méchant du 4 est devenu gentil ? Pourquoi faire une base aquatique aussi coûteuse et au Kamchatka ? Pourquoi les héros sont si stupides ?) et propose une direction artistique oscillant entre Luc Besson et Uwe Boll. Définitivement enterrée par son affreux chapitre final, la saga Resident Evil a creusé sa tombe avec ce Retribution, c’en est presque frustrant.  Par Louis Verdoux

L’outsider de la rédaction : Bushwick de Cary Murnion et Jonathan Milott (2017) 

Soyons clair : il aurait probablement été plus légitime de parler de Speed Racer des sœurs Wachowski, Scott Pilgrim d’Edgar Wright ou encore Hardcore Henry d’Ilya Naishuller  comme exemple d’œuvres ayant organiquement intégré les principes du jeu-vidéo à leur mise en scène. Mais la relative discrétion avec laquelle Bushwick fut accueilli mérite que l’on consacre au moins quelques lignes à sa singularité. Ce (faux) plan-séquence de 90 minutes part d’un postulat simple : en rendant visite à sa grand-mère, une femme se retrouve au beau milieu d’une guérilla urbaine. Dès le début, Bushwick accroche notre point de vue à celui de l’héroïne, celle-ci devenant notre vecteur de projection (davantage que le point d’identification) dans la situation. Ainsi, le film feint le récit subjectif pour mieux questionner le public, jusqu’à lui donner la sensation de libre-arbitre pour chacune des décisions prises par l’héroïne. Une passionnante expérimentation qui réfléchit en termes d’investissements du spectateur/joueur pour faire le pont entre les deux médiums.  Par Guillaume Meral

Un juif pour l’exemple : crime antisémite

Un Juif pour l’exemple, le nouveau film de Jacob Berger, cinéaste Suisse connu notamment pour son film Aime ton père (nommé aux Oscars 2003 pour le meilleur film étranger) où les Depardieu père et fils s’affrontaient, sort aujourd’hui en France : notre avis.

Si les films sur la Seconde Guerre Mondiale sont, depuis des dizaines d’années, un genre à part entière, il faut aussi en distinguer les films sur la Shoah (environ un film par an, quel que soit le pays). Dans cette abondance de films, allant des réussis La liste de Schindler ou La vie est belle, aux franchement ratés La rafle, Un Juif pour l’exemple s’intéresse, lui, à un événement traumatique dont a été témoin l’écrivain Jacques Chessex, alors âgé de huit ans.

Le film n’aborde donc pas la Shoah, puisqu’il se déroule avant, mais un fait divers de bien moindre ampleur tout en étant aussi choquant.

Un Juif pour l’exemple se concentre donc sur le jeune Jacques Chessex et surtout sur la bande de collabos œuvrant dans l’ombre, menée par le violent Ischi, fasciné par les Allemands et voyant dans les nazis un moyen de céder à ses pulsions antisémites.

Berger réussit, avec des touches visuelles, à caractériser son affreuse bande de collabos. Le reflet du plus idiot de la bande se voit superposé à une tête de cochon réfléchie dans la vitrine d’un boucher ; Ishi descend en moto une route en forme d’éclair comme ceux des tristement célèbres SS… Si le portrait visuel des méchants est réussi, certains traits auraient mérité plus de développements pour être moins caricaturaux. Ischi le leader (sorte de version sérieuse de Jugnot dans Papy fait de la résistance) est fasciné par Hitler et la violence, arbore une coupe de cheveux et une moustache proches de celles du Führer, trompe sa femme et fouette sa maîtresse, mais est en parallèle un père aimant.

Aux ordures du film, s’opposent des personnages manquant, eux aussi, de profondeur pour réellement toucher. Bruno Ganz joue donc à l’opposé de son saisissant portait d’Hitler (dans l’excellent La chute) et interprète Arthur Bloch, marchand de bétail.

L’homme étant, non seulement Juif, mais en plus un riche homme d’affaires, la bande à Ischi va donc le choisir parmi les Juifs de la ville pour honorer leur pacte avec des Allemands dont on ne verra jamais rien.

Si Ganz est, une fois de plus, parfait dans le rôle, on aurait bien aimé le voir plus longtemps à l’écran. Telle quelle, la scène choc du film est certes horrible, et montre bien à quel point un enfant de huit ans a pu garder des traces de ce crime abject au point de marquer au fer rouge son œuvre littéraire, mais le manque de temps de présence de l’acteur fait que l’on n’est pas marqué sur un point affectif, juste écœuré par un acte d’une bêtise et d’une barbarie atroces.

Le traitement de Jacques Chessex et son trauma, est lui aussi trop distancié. Dommage car la scène d’ouverture et son idée de mise en scène, un lent travelling arrière éloignant le personnage de Chessex en proie aux sarcasmes et aux attaques de critiques et journalistes, rend bien l’isolement d’un homme obsédé par un événement l’ayant marqué, mais n’arrivant pas, ou peu, à le partager avec les autres.

L’irruption du personnage de Chessex adulte dans certaines scènes va également du réussi : l’auteur se souvenant des faits, prenant des notes en arrière plan discret pendant que les événements se déroulent, au raté : la figure de Chessex adulte remplaçant Chessex joué par un enfant, atténuant de fait l’impact émotif lors de la scène choc.

Un Juif pour l’exemple n’en demeure pas moins une tentative intéressante sur un fait divers glaçant. La mise en scène de Jacob Berger est impeccable, Bruno Ganz très bon. Dommage que le film soit un peu trop court et les personnages pas assez fouillés, les enjeux paraissant dès lors moindres.

Un juif pour l’exemple : Bande-annonce

Synopsis : 1942, l’Europe est à feu et à sang. Mais nous sommes en Suisse, plus précisément à Payerne. C’est loin, la guerre, pense-t-on ici, c’est pour les autres, même si la frontière n’est qu’à quelques kilomètres. Dans ces campagnes reculées, la terre a le goût âcre du sang des cochons et des bestiaux à cornes, qu’on tue depuis des siècles. L’économie va mal. Usines et ateliers mécaniques disparaissent. La Banque de Payerne fait faillite. Des hommes aux mines patibulaires rôdent par routes et chemins. Les cafés sont pleins de râleurs. Parmi eux, Fernand Ischi, vantard, rusé, bien renseigné, a prêté serment, avec une vingtaine de Payernois, au Parti nazi. Il rêve d’attirer l’attention de la Légation d’Allemagne, et même – pourquoi pas ? d’Adolf Hitler lui-même. Dans leur ligne de mire: Arthur Bloch, 60 ans. Bernois, il exerce le métier de marchand de bétail. Il connait bien tous les paysans et les bouchers de la région. Ce jeudi 16 avril, se tiendra la prochaine foire aux bestiaux de Payerne. C’est ce jour-là qu’Ischi et sa bande passeront à l’acte. C’est ce jour-là qu’un Juif sera tué pour l’exemple. Soixante-sept ans plus tard, en 2009, quand l’écrivain suisse Jacques Chessex se souviendra de ces faits, c’est lui qui sera désigné comme l’ennemi à abattre.

Un juif pour l’exemple : Fiche Technique

Un film de Jacob Berger
Scénario : Jacob Berger, Aude Py et Michel Fessler Librement adapté du livre « Un juif pour l’exemple »  de Jacques Chessex (éditions Grasset et Fasquelle, 2009)
Distribution : Bruno Ganz – André Wilms – Elina Löwensohn – Aurélien Patouillard – Paul Laurent …
Sélection officielle Festival de Locarno
Prix d’honneur du cinéma Suisse : Bruno Ganz
Distributeur :  Esperanza Productions
Date de sortie : 14 mars 2018
Durée : 1h 19min
Genre : Drame

Suisse 2018

Alice dans les villes : La poésie de l’errance

Retour sur un classique intemporel signé Wim Wenders, Alice dans les villes, à l’occasion d’une exceptionnelle ressortie en salles en version restaurée.

Synopsis: Un jeune journaliste allemand en reportage aux États-Unis est bloqué dans un aéroport en grève. Une femme dans la même situation lui confie sa fillette, Alice. Elle doit les rejoindre à Amsterdam. Au lieu de rendez-vous, aucune trace de la jeune femme…

Bien avant d’être reconnu pour son talent internationalement et de recevoir la Palme d’or en 1984 pour Paris, Texas, Wim Wenders n’était reconnu que par un cercle fermé de cinéphiles. En 1973 sort ce qu’il considère comme son « vrai » premier film, Alice dans les villes, et également début d’un triptyque sur le voyage et l’errance.

Il est vrai qu’on ne sait jamais à quoi s’attendre en regardant une œuvre de ce réalisateur. Ici, ce qui frappe l’œil en premier est l’utilisation sublime du noir et blanc, donnant un « cachet » certes un peu daté au film, mais également une esthétique à part. On entre dans un monde unique, où la poésie visuelle des images est renforcée par la vue des rues de New-York et les mouvements de caméra lents. Si l’on n’est pas habitué, les plans fixes et le rythme doux peuvent paraître lancinants, mais force est de constater qu’ils renforcent une impression de flottement constant. De plus, suivre les déambulations aussi bien physiques qu’intérieures de Philippe, journaliste allemand errant dans un pays qui n’est pas le sien, donne un sentiment d’importante proximité avec le personnage. 

Nous suivons son cheminement intérieur, lui qui, au départ, fait face à sa stérilité artistique, perdu aux États-Unis et incapable d’écrire le texte de son reportage. Puis il fait la rencontre d’Alice et sa mère, et se retrouve à s’occuper de cette fillette malgré lui. Alors bien-sûr, au début la cohabitation est difficile, mais ils vont finir par s’apprécier, et lui va même devenir une figure paternelle pour la petite, voire presque un père de substitution. L’inspiration lui revenant petit à petit, à force de la fréquenter. Wenders montre l’errance de deux être esseulés qui vont se retrouver. Alice, elle, va grandir et se souvenir de son passé, et lui va retrouver sa verve et un but.

Le réalisateur réussit à faire un film envoûtant, grâce à sa musique signée Can, qui nous hante toujours après le visionnage, mais aussi grâce aux acteurs, saisissants dans leurs rôles respectifs. Yella Rottländer tout d’abord, impressionnante en petite fille attachante et boudeuse parfois, et puis Rüdiger Vogler, très convaincant en personnage rêveur et léger, presque à l’ouest, ou comme marchant sur un fil imaginaire. Puis cette fin symbolique: le dernier plan montrant la caméra s’éloigner du train qui mène les deux personnages vers leurs familles, leurs chemins se séparent, mais ils se sont retrouvés eux-mêmes…

N’hésitez donc pas et foncez voir cette œuvre éthérée et unique, en version restaurée à partir du 14 mars dans certaines salles de France !

Alice dans les villes: Bande Annonce

https://www.youtube.com/watch?v=8UwCjU7zLBU

Alice dans les villes : Fiche Technique

Titre original: Alice in den Städten
Réalisation: Wim Wenders
Scénario: Wim Wenders
Distribution: Rüdiger Vogler, Yella Rottländer, Lisa Kreuzer
Image: Robby Müller
Montage: Peter Przygodda
Producteur: Joachim Von Mengershausen
Durée: 110 minutes
Genre: Drame
Ressortie: 14 Mars 2018

Allemagne de l’Ouest – 1973

Amistad de Steven Spielberg : Une cause déjà plaidée

Habitué des doublés improbables (La Liste de Schindler / Jurassic Park en 1993, La Guerre des Mondes / Munich en 2005…), Steven Spielberg partagea son année 1997 entre le peu satisfaisant blockbuster (en premier lieu pour lui) Le Monde Perdu et Amistad. Centré sur l’histoire vraie d’une révolte meurtrière d’esclaves sur un bateau négrier en 1839, ainsi que le procès des révoltés, Amistad se voulait être à l’Esclavage ce que La Liste de Schindler fut à la Shoah : un film engagé. Dans les faits, c’est un peu plus compliqué.

Tourné en 31 jours, Amistad est initialement un téléfilm HBO que l’implication de Spielberg via sa société Dreamworks va faire gonfler en projet cinéma. Le casting y est prestigieux puisque on retrouve Morgan Freeman, Matthew McConaughey, Anthony Hopkins et le Béninois francophone Djimon Hounsou pour la première fois dans un premier rôle. A l’exception d’un Hopkins trop maquillé et déjà en sur-régime depuis une décennie, les interprètes d’Amistad sont excellents et les relations tissées entre leurs personnages sont pour beaucoup dans l’intérêt du métrage. Si Freeman est finalement peu présent, jouant un homme noir libre (a free man) confronté le temps d’une scène au calvaire de ses semblables esclaves, le duo McConaughey / Hounsou n’est pas en reste pour voler la vedette. Dans une relation de compréhension (chacun apprenant la langue de l’autre pour communiquer) et de respect mutuels, Spielberg tricote ici une magnifique « amitié » d’un idéalisme vibrant qui porte le métrage.

Nul besoin d’étaler ici la précision du film, moins dans des faits retravaillés et modifiés pour le scénario (et pointés du doigt par des historiens) que dans sa mise en scène. Chaque cadre, chaque transition est nourrie d’enjeux avec cette fluidité dans la narration et le rythme qu’on connait depuis toujours chez Spielberg. Maitrisant son langage et sa grammaire sur le bout des doigts, le réalisateur offre encore une fois (sans surprise) un écrin cinégénique irréprochable à son projet.

C’est cependant dans son fond qu’Amistad ne convainc pas totalement. Probablement trop long, trop sentencieux, trop solennel par instants, il passe à côté d’un statut plus grand dans la filmographie de Spielberg par son évidence curieusement handicapante. Là où cette même évidence nimbe ses chefs-d’œuvre, elle n’arrive pas ici à soutenir complètement son louable projet. Probablement parce que l’esclavage c’est comme la Shoah, on est à peu près tous d’accord pour dire que c’est mal. Or, La Liste de Schindler est un grand film sur la Shoah justement parce que l’axe qu’il prend est détourné. Il permet de l’évoquer, de la voir par instants dans toute son horreur mais le film en lui-même ne sert pas à juger la Shoah. Tout simplement parce que juger l’innommable, c’est assez inutile.

Amistad aurait pu participer du même dispositif et il le fait d’ailleurs pendant une bonne partie de son récit. Toute la force du film étant d’être cet ubuesque film de procès où les seules questions posées sont : 

  • D’où viennent ces esclaves ?
  • A qui sont-ils ?

Et dès lors de contenir dans son absurdité même, pour nous spectateurs contemporains, de multiples et fascinantes évocations de ce qu’est l’Esclavage, notamment dans ce contexte historique trouble. On retiendra notamment le violent prologue et Cinqué (Hounsou) narrant la capture et le périple nautique de son peuple. Une compilation de scènes quasi-muettes, tétanisantes, révoltantes à la puissance d’évocation phénoménale. Une bouleversante scène de plaidoyer, où Cinque scande au tribunal « Give us free », s’ajoute aux morceaux de bravoure. 

Mais toute cette force première d’Amistad, celle de la petite histoire dans la grande, se dilue dans un dernier tiers en forme de réquisitoire contre l’esclavage. Comme si le film n’en montrait pas brillamment assez, il faut qu’il le dise, le verbalise notamment au travers du personnage d’Anthony Hopkins. Attention, la séquence est incroyable et essentielle au récit, puisque on ne peut en vouloir aux créateurs d’Amistad de suivre l’histoire vraie au plus près et dans tous ses rebondissements (le cas d’Amistad ayant été une figure de proue pour les abolitionnistes). Mais elle s’inscrit dans le canevas attendu et didactique du film indigné, qui se sent obligé de dénoncer ce qui n’a même pas à être débattu. Tout ceci a un intérêt historique certes, et on mentirait si on disait ne pas sentir le frisson lors de ses plaidoyers vibrants d’humanité. Mais cette émotion, aussi sincère soit elle, s’obtient à trop peu de frais sur l’autel de l’évidence.

En partie, Amistad souffre des mêmes défauts que Lincoln (avec lequel il forme un diptyque). Comme traumatisé par les critiques à l’époque de La Couleur Pourpre, Spielberg pêche (un peu) par excès. Il est impliqué et passionné par le sujet mais cherche maladroitement une illusoire légitimité (lui petit Juif blanc) dans l’évocation d’une mémoire de toute façon universelle. En surlignant de façon pompière, en appuyant des propos indiscutables, il diminue les effets puissants qu’il produit et empêche Amistad d’être plus qu’un beau film indigné.

Oubliant un peu, lui l’artisan humaniste et surdoué, qu’une image vaut mieux qu’un long discours.

Amistad : Bande-annonce

Amistad : Fiche technique

Réalisateur : Steven Spielberg
Scénario : David Franzoni
Distribution : Morgan Freeman, Matthew McConaughey, Anthony Hopkins, Stellan Skarsgård, Djimon Hounsou…
Musique : Debbie Allen et John Williams
Photographie : Janusz Kamiński
Montage : Michael Kahn
Décors : Rick Carter
Costumes : Ruth E. Carter
Sociétés de production : DreamWorks SKG (États-Unis) – United International Pictures (France)
Genre : historique
Durée : 148 minutes
Box-office : 44,2 millions USD
Première sortie : 10 décembre 1997 (États-Unis)
Date de sortie 25 février 1998 (France)

États-Unis 1997

Jessica Jones, de Melissa Rosenberg : deux saisons pleines de mystère, d’humour et de mélancolie

En deux saisons de 13 épisodes chacune, Jessica Jones laisse une empreinte toute personnelle dans l’univers Marvel. Humour, mélancolie, interrogations morales et subtilité psychologique : c’est avec plaisir que la série nous plonge dans un univers de film noir à travers son personnage de détective privée blasée.

Ce qui est intéressant, quand on regarde l’ensemble des séries Marvel, c’est que toutes se déroulent dans la même ville mais chacun dans un quartier différent, et que ce quartier offre à chaque série une coloration, une identité propre : le noir et rouge de la violence de Hell’s Kitchen pour Daredevil, ou le jaune chaleureux d’un Harlem idéalisé pour Luke Cage, par exemple. De même, chaque série se rapporte à un genre particulier : les arts martiaux, la Blaxploitation, etc.

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Jessica Jones, quant à elle, fait directement référence aux films noirs. Son personnage de détective privé blasé et alcoolique, l’emploi de la voix off et les questions sur la morale, tout contribue à renforcer cette appartenance à ce genre si particulier.

Donc, Jessica Jones, c’est avant tout un personnage. Détective privée qui en a marre des sempiternelles histoires d’adultère, elle est habituée à fréquenter les bas-fonds, que ce soit sur ordre des clients ou pour chasser son cafard à coups de whisky. Finalement, de tous les personnages des séries Marvel, elle est celle chez qui les pouvoirs restent les plus discrets. Elle a une force surhumaine, certes, mais la plupart du temps ça lui sert à briser des cadenas ou à sauter du cinquième étage sans une égratignure. Ici, pas de combats impressionnants, mais surtout des conflits psychologiques.

Conflits qui se déroulent surtout dans le for intérieur de la protagoniste. Les deux saisons nous montrent Jessica Jones en prise directe avec son passé. « Mon passé est en train de faire des morts », dira-t-elle dans la saison 2. Et cette résurgence du passé va amener la détective à se confronter directement à ses traumatismes.

Sur ce canevas de base, les deux saisons ont l’intelligence de partir dans deux directions très différentes. La première saison est un face-à-face, un affrontement au sommet entre deux personnages dotés de pouvoirs. Jessica Jones se retrouve face à Kilgrave, un homme qui a la capacité de contrôler les personnes autour de lui, y compris contre leur volonté. Il peut obtenir tout ce qu’il veut de tout le monde. Cela donne d’ailleurs des scènes impressionnantes, en particulier dans un commissariat (une des scènes les plus marquantes de la série). Le choix de David Tennant pour tenir le rôle de l’Homme Pourpre est idéal : le comédien britannique confère au personnage une sorte d’instabilité mentale qui en fait un danger permanent. On sent, à chaque instant, qu’il est capable du pire.

La deuxième saison part dans une direction très différente. Jessica Jones est à nouveau confrontée à son passé, mais cette fois-ci dans le cadre d’une enquête. L’énigme de ses pouvoirs remonte au grand jour. 17 ans plus tôt, suite à l’accident de voiture qui a décimé sa famille et a failli lui coûter la vie, la jeune Jessica a disparu pendant une vingtaine de jours. Déclarée morte, elle n’est admise officiellement à l’hôpital que 20 jours plus tard, et en ressort avec ses pouvoirs. La saison 2 part donc sur un mystère.

Dans les deux cas, Jessica doit affronter un traumatisme. Ancienne victime de Kilgrave, ancienne victime d’expériences interdites dans un laboratoire secret, ces deux enquêtes vont réveiller des douleurs enfouies et, en même temps, expliquer les malaises persistants de Jessica Jones. Et la détective est tiraillée entre deux attitudes : la confrontation ou la fuite. C’est là que la morale entre en ligne de compte.

Cette question morale, typique des films noirs, a une grande place dans la série. « Jusqu’où faut-il aller pour aller trop loin ? Et est-il possible de revenir en arrière ? » se demande Jessica. La saison 2, en particulier, nous montre une détective traumatisée par le mal qu’elle peut faire autour d’elle. Et si, pour résoudre une enquête, il fallait tuer quelqu’un ? Et si cette mort n’est pas évitable, est-elle pour autant justifiée ? Empêche-t-elle pour autant la mémoire du crime de revenir sans cesse dans les cauchemars ?

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A l’opposé de Luke Cage (un des personnages secondaires de la saison 1) qui obtient une reconnaissance de la rue en tant que super-héros et qui n’hésite pas un instant à assumer publiquement ce statut, Jessica Jones n’est pas une super-héroïne. Être dotée de ces pouvoirs apparaît bien plus souvent comme une malédiction que comme une bénédiction. Elle est rendue responsable de tout ce qui va mal autour d’elle, on la blâme quand elle n’agit pas, elle est perçue comme un monstre (y compris par elle-même) et, par-dessus tout, cela pourrit sa relation avec sa « sœur » Trish, jalouse de ces pouvoirs.

D’ailleurs, dans Jessica Jones, il n’est pas question que des pouvoirs de la détective. La série nous propose différents personnages de femmes au pouvoir. Pouvoir médiatique avec Trish, pouvoir judiciaire avec Jeri Hogarth, etc. Des femmes de pouvoir, et des hommes qui essaient bien souvent de leur mettre des bâtons dans les roues : la série n’élude pas les questions politiques, qui sont traitées avec assez de finesse pour ne pas être caricaturées.

La saison 2 est clairement divisée en deux parties, séparées par un épisode pivot, le n°7, qui se déroule en flashback. La seconde moitié, radicalement différente de la première, traîne un peu en longueur. C’est peut-être là le seul vrai défaut de la série : les deux saisons sont un peu trop longues. Jessica Jones souffre de ce que l’on pourrait appeler « le dogme des 13 épisodes » : mise à part The Defenders, les autres séries Marvel se composent systématiquement de saisons de 13 épisodes, quitte, hélas, à étirer outre mesure l’intrigue et à combler les vides avec des arcs narratifs secondaires pas toujours passionnants. C’est déjà le cas vers la fin de la première saison, et cela se répète dans la seconde moitié de la deuxième saison.

Mais, dans l’ensemble, Jessica Jones constitue une série vraiment intéressante. Son personnage principal (interprété par une excellente Krysten Ritter, absolument idéale en héroïne à la fois cool et blasée) est un des meilleurs super-héros de l’univers des séries Marvel ; cela saute aux yeux dans The Defenders, où Jessica apporte sa touche d’humour indispensable dans un monde qui, sans elle, serait beaucoup trop sérieux. Jessica Jones, avec ses punchlines (« Si tu me sors qu’avec de grands pouvoirs viennent de grandes responsabilités, je te jure, je te gerbe dessus »), son amère mélancolie, son ambiance de film noir, constitue un des meilleurs divertissements parmi les séries Marvel.

Synopsis de la saison 1 : la détective privée Jessica Jones, de l’agence Alias, est engagée par un couple de parents qui veulent retrouver leur fille Hope Shlottman. Elle découvre alors que la jeune fille est sous l’emprise de Kilgrave.

Jessica Jones : bande-annonce

Jessica Jones : fiche technique

Créatrice : Melissa Rosenberg
Réalisation : John Dahl, Jennifer Lynch, Uta Briesewitz…
Scénario : Melissa Rosenberg, Brian Michael Bendis, Michael Gaydos…
Interprètes : Krysten Ritter (Jessica Jones), Rachael Taylor (Trish Walker), Eka Darville (Malcolm Ducasse), Carrie-Anne Moss (Jeri Hogarth), David Tennant (Kilgrave), Janet McTeer (Alisa).
Musique : Sean Callery
Photographie : Manuel Billeter
Montage : Michael N. Knue, Jonathan Chibnall
Production : Tim Iacofano
Sociétés de production : ABC Studios, Marvel Studios, Tall Girl Productions
Société de distribution : Netflix
Date de diffusion (saison 1) : 20 novembre 2015
Genre : drame, fantastique
Nombre d’épisodes : 2X13
Durée d’un épisode : environ 50 minutes

Etats-Unis- 2015

Minority Report de Steven Spielberg : un polar visionnaire sur la présomption d’innocence

Un an, à peine, après la sortie de A.I. intelligence artificielle, Steven Spielberg replongera dans l’univers de la SF et signera un trépidant et visionnaire polar d’anticipation avec Minority Report. Le cinéaste usera de son talent afin de nous questionner sur la place du libre arbitre dans une société pré ordonnée : une fausse utopie sans criminel.

Bien que Spielberg semble peu se soucier des répercussions de ce conditionnement social et judiciaire sur la population humaine, il met en scène un scénario brillant où la réalité virtuelle souligne le comportement d’une réalité calibrée sur une échelle de valeur qui n’est plus humaine. Grâce aux visions d’oracles qu’on nomme les précogs, les agents de police peuvent anticiper les meurtres. Dès lors les criminels sont arrêtés avant qu’ils n’aient réalisé l’acte. Sauf que cette technologie va se retourner contre l’agent Anderton, qui deviendra lui aussi un suspect.

L’humanité est si effrayée par sa propre mémoire, par son propre instinct et ses propres pulsions qu’elle doit négocier une réalité interrompue par des décisions qui modulent à la fois le passé et le futur. A travers ce récit de science-fiction, Spielberg nous interroge sur notre libre arbitre, sur la réalité même des images et de l’interprétation que l’on peut faire d’un instantané. Question qui est à la fois sociétale mais aussi religieuse. On pourra toujours se demander si le libre arbitre fait de cet avenir prédestiné une possibilité plutôt qu’une certitude : la vision des précogs est-elle exacte ou a-t-elle été altérée par l’apparition de leurs propres décisions ? La société est régie par une dialectique de pensée judiciaire qui devient un cercle vicieux.

Le libre arbitre, la présomption d’innocence n’existe plus : les oracles parlent. Derrière cette cavalcade policière et philosophique, Spielberg montre avant tout ses qualités de metteur en scène : comme souvent, le mouvement est important dans la genèse rythmique de son œuvre. Le charisme de Tom Cruise opère avec panache : il incarne un policier meurtri par la disparition de son fils, et devient l’arroseur arrosé d’un système à qui il a donné les lettres de noblesses. Minority Report de Steven Spielberg semble, visuellement, moite et décoloré. Derrière leurs sagesses, leurs candeurs, les oracles sont utilisées à des fins totalitaristes pour agencer un monde qui vous juge pour des actes que vous n’avez pas encore commis. De tels paradoxes et réflexions sont l’épicentre de Minority Report.

La course poursuite qu’est Minority Report n’est pas qu’une simple histoire de fugitif qui voudrait s’échapper et mettre la lumière sur son innocence mais se révèle être une course contre la montre d’une humanité qui se bat contre sa propre mort, pour rétablir un ordre de pensée qui soit réflexif et arbitraire plutôt que schématique et matérialisé à outrance. Minority Report contient des séquences exceptionnelles notamment lorsqu’Anderton saute à travers les voies de voitures à lévitation magnétique qui accélèrent à la fois horizontalement et verticalement dans un paysage urbain automatisé ou lorsqu’il se plonge dans une baignoire tandis que des araignées mécaniques tentent de l’identifier en scannant sa rétine – celle qu’il vient de se faire implanter.

Alors que Spielberg manipule son film entre les interstices de nombreux genres, allant de la science-fiction au thriller, du polar au récit politique, Minority Report est un étalon cinématographique : sa direction artistique d’anticipation est parfaite, nourrit la confusion et la proximité avec notre monde, ses scènes d’actions pleines d’envergure accentuent le suspense qui s’intensifie au fil des minutes. Minority Report est un condensé presque implacable de la filmographie de son réalisateur :  sous les déflagrations philosophiques et thématiques d’une intrigue retord, le cinéaste implante sa vision humaniste du monde dans les encablures d’une mise en scène souple et dynamique. Mais à l’instar d’A.I intelligence artificielle, Spielberg n’est pas si éloigné d’un Stanley Kubrick en oubliant peu à peu sa sympathie émotionnelle habituelle, et en acquiesçant des questionnements sombres, notamment ceux sur le deuil dans un environnement futuriste.

Synopsis : A Washington, en 2054, la société du futur a éradiqué le meurtre en se dotant du système de prévention / détection / répression le plus sophistiqué du monde. Dissimulés au cœur du Ministère de la Justice, trois extra-lucides captent les signes précurseurs des violences homicides et en adressent les images à leur contrôleur, John Anderton, le chef de la « Précrime » devenu justicier après la disparition tragique de son fils. Celui-ci n’a alors plus qu’à lancer son escouade aux trousses du « coupable »…
Mais un jour se produit l’impensable : l’ordinateur lui renvoie sa propre image. D’ici 36 heures, Anderton aura assassiné un parfait étranger. Devenu la cible de ses propres troupes, Anderton prend la fuite. Son seul espoir pour déjouer le complot : dénicher sa future victime ; sa seule arme : les visions parcellaires, énigmatiques, de la plus fragile des Pré-Cogs : Agatha.

Bande annonce – Minority Report

Fiche Technique – Minority Report

Titre original : Minority Report
Réalisateur : Steven Spielberg
Scénario : Scott Franck, Jon Cohen
Interprétation : Tom Cruise, Colin Farrell
Musique : John Williams
Photographie : Janusz Kaminski
Montage : Michael Kahn
Maisons de production : DreamWorks, 20th Century Fox
Distribution (France) : UFD
Durée : 145 minutes
Genre : Science Fiction, Polar
Date de sortie : 2 octobre 2002