À l’occasion du 71ème Festival de Cannes, le Centre National du Cinéma (CNC) organise des évènements chaque jour pendant toute la quinzaine. Pour ouvrir cette belle programmation, c’est autour des femmes que les premières discussions vont graviter pour la Journée du Cinéma Positif. Des échanges entre professionnel(le)s aux rencontres et débats avec des invité(e)s, voici un compte rendu de cette première journée.
Après les discours d’introduction de Christophe Tardieu (Directeur Général du CNC) et Jacques Attali, fondateur de Positive Planet, le premier débat de cette Journée du Cinéma Positif porte sur la place des femmes dans l’industrie du cinéma et les difficultés auxquelles celles-ci sont confrontées. Dominique Laresche s’occupe alors de modérer les échanges entre la productrice Sylvie Pialat, la chef décoratrice Anne Siebel, Fanny Aubert-Malaurie qui représente l’Institut Français, la réalisatrice nigérienne Aicha Macky Kidy et Charlotte C. Carroll, réalisatrice britannique. Il était inévitable d’aborder l’affaire Weinstein dans une discussion basée sur les rapports entre la place accordées aux femmes et le cinéma ; la première question posée aux invitées traite donc de ce sujet mais ne les passionne pas vraiment.Elles ne sont pas là pour ça, elles sont évidemment très sensibles et choquées par cette histoire mais ce qui les importe c’est aujourd’hui et ce que l’on fait maintenant de cette histoire. C’est Sylvie Pialat qui prend la parole la première pour parler du combat féministe qu’elle mène depuis son adolescence et prend le temps de rappeler que c’est avec les hommes qu’il doit se faire et non contre eux. Aicha Macky Kidy prend le micro à son tour pour parler de la vision de la femme : « Jusqu’au 21ème siècle, on continue de voir la femme comme un flacon donc une forme et pas un contenu. » Si globalement les femmes présentes sur scène sont toutes d’accord, le débat s’oriente sur la différence entre parité et équité. La question des quotas est alors posée et les cinq femmes sont unanimes : les quotas dans l’art ne sont pas envisageables puisque c’est toujours le talent qui doit primer mais dans les administrations ou les institutions, ils seraient nécessaires. Pour Fanny Aubert-Malaurie, les choses doivent être concrètes. C’est pour cette raison qu’elle fait partie du collectif 5050 dont l’objectif est la parité femmes-hommes dans deux ans.
Le débat prend de la distance par rapport à la France et laisse s’interroger Aicha Macky Kidy sur l’industrie audiovisuelle dans son pays le Niger, très mal perçue. « On est en train de se battre pour que ce soit accepté. C’est assez difficile d’être une femme dans un milieu qui a toujours été perçu comme un milieu d’homme » dit-elle. De plus, la réalisatrice nigérienne pointe le doigt sur le problème de solidarité entre les femmes. Existe-t-elle vraiment ? « Moi personnellement quand je viens dans une institution et que je trouve une femme, à 80%, je sais que je vais échouer parce que souvent on est une louve pour une autre femme. Celles qui y arrivent ne donnent pas la main aux autres pour qu’elles puissent se hisser à un niveau. […] Souvent quand on est ensemble, il y a la question du leadership. » Charlotte C. Carrol rajoute à ceci que c’est bel et bien le contraire qui devrait se produire et que « si l’on s’élève, on s’élève ensemble ».
La réalisatrice britannique enchaîne sur le fait que les jeunes filles ont besoin de modèles pour croire en elles et avoir confiance en ce qui est possible pour elles. « Si avant, on avait que des exemples comme Lara Croft à suivre, aujourd’hui on a des femmes comme Jessica Chastain qui s’imposent et qui ouvrent la voie pour donner envie aux femmes de s’imposer. Ça revient toujours à la question de l’éducation et c’est une sorte de soft-power féministe ».
Pour conclure ce premier débat, Fanny Aubert-Malaurie propose de retenir quelques mots essentielspour le combat qui doit continuer : bienveillance, empathie, sororité et tous ensemble. Est-ce la formule magique de l’égalité femmes-hommes ? Les années qui viennent le diront.
La deuxième discussion voit monter sur scène Audrey Clinet, fondatrice de Eroïn Production, Vérane Frédiani, productrice et réalisatrice de Où sont passées les femmes chefs ?, Sophie Seydoux, présidente de la fondation Seydoux Pathé, Dominique Besnehard (producteur), Jean-Pierre Lavoignat (journaliste) et Rémy Averna, Vice Président de la Communication pour l’Oréal Paris. La fondatrice du Prix Alice Guy, Véronique Le Bris, s’occupe d’animer la discussion, qui n’a aucun mal à partir tant le sujet semble agiter les invités. Existe-il un cinéma de femme ? C’est la question qui est posée lors du débat et tout de suite, plusieurs idées s’affrontent. Pour Vérane Frédiani « les films de femme peuvent parler de sujets qui peuvent être des sujets d’hommes » et pour Audrey Clinet, « le film de femme ça n’existe pas, on n’enferme pas les femmes dans un genre », « les films de femmes ne sont pas un genre comme le sont les drames, les westerns, les comédies ». Globalement, l’assemblée est d’accord avec cela mais quelques maladresses font ressortir les stéréotypes largement intégrés comme la sensibilité féminine qui serait le fondement même de ces « films de femme ». Évidemment, la vision homme/femme peut être différente et nous avons besoin de ces deux manières de voir le monde pour en saisir son entièreté mais y-a-t-il vraiment un genre dans les films ? Les invités n’y croient pas majoritairement en tout cas.
Très vite, la question revient à celle du débat précédent à savoir que les femmes ont du mal à obtenir des financements pour leurs films. Sophie Seydoux s’exprime d’ailleurs à ce sujet précisant que « chez Pathé, pour 10 scénarii reçus, il n’y en aurait que deux écrits par des femmes ». La parité étant instaurée dans beaucoup d’écoles de cinéma, le problème ne vient plus de là mais bel et bien de l’après, la suite de la chaîne ne suit pas puisque les chiffres restent inégalitaires et les femmes ne représentent que 20% des films réalisés en France. La réflexion qui suit propose des solutions pour parer ces écarts. Audrey Clinet prend donc la parole pour expliquer le principe de sa société Eroïn Production qui ne sélectionne et diffuse que des films de réalisatrices. Elle n’est pas la seule à faire ça en France, ces moyens mis en place montrent la nécessitéde trouver des alternatives pour que les femmes puissent produire leur film et surtout qu’il y a des possibilités.
Un des principaux désaccords entre Vérane Frédiani et Dominique Besnehard repose sur leur vision des inégalités. Pour ce dernier, elles existent mais sont à relativiser par rapport à d’autres pays où les problèmes sont de plus grande ampleur tandis que la réalisatrice ne comprend pas cette manière de voir les choses. Ce n’est pas parce que c’est pire ailleurs qu’on ne doit pas se battre en France. Évidemment, il y a eu d’énormes progrès faits ces dernières années dans la place accordée aux femmes dans le milieu du cinéma. Audrey Clinet parle d’ailleurs de sa propre expérience et de l’évolution qu’elle a vu depuis 2012 notamment sur le développement des subventions par le CNC.
L’après midi de cette Journée du Cinéma Positif reprend sur le thème des films lanceurs d’alerte avec autour de la table notamment Aissa Maiga (actrice), Philippe de Bourbon (producteur) et Jacques Attali. Pour ce dernier, le cinéma doit être d’abord une œuvre d’art. « Il peut être juste une comédie, une œuvre d’art sans signification ». « Le cinéma est alors complice puisqu’il ne permet pas de voir les enjeux mais nous distrait alors qu’on pourrait s’en servir pour voir mieux. » Cependant, il attire aussi l’attention sur le manque de financement du cinéma lanceur d’alerte qui pourrait traiter de sujets comme la diversité, les violences, ou l’enjeu féminin. Pour ce fait, Attali a pour objectif de créer des SOFICA (sociétés d’investissement destinées à la collecte de fonds privés) du cinéma positif afin de favoriser la production de films différents.
À son tour, Aissa Maiga prend la parole sur le fait qu’il y a « peu de sollicitations de films qui allient engagement fort et création d’une œuvre d’art ». Ceci est le résultat d’un « manque de volonté politique et de dispositifs financiers clairement identifiés et accessibles de produire du cinéma lanceur d’alerte », selon elle. « Le cinéma « lanceur d’alerte » : on doit aller le chercher, le motiver et repenser le système pour que celui-ci se réoxygéner. »
Enfin pour finir, Philippe de Bourbon était également invité lors de cette table ronde et le concept de sa société correspond tout à fait au sujet. Echo Studio est une société de production et de distribution de films à fort impact social et environnemental où l’engagement positif est implicite. Il explique d’ailleurs comment il arrive à faire financer ses films par des investissements participatifs, des fondations privées et des particuliers donateurs (philanthropie, mécénat…)
Au bilan de cette journée, il y a eu beaucoup d’idées dites, discutées et débattues. Le cinéma est un large champ où beaucoup de choses peuvent se passer et être dites. Le système, comme dans beaucoup de domaines, peut encore évoluer et certains acteurs y contribuent déjà énormément.
Godard tue le cinéma au profit d’une création numérique. L’envie de révolution ne quittera donc jamais le réalisateur de la Nouvelle Vague qui est encore une fois en compétition officielle au Festival de Cannes 2018 avec Le Livre d’image. Passionnante partie sur le monde arabe parasitée par trop d’interférences.
Pour apprécier Le livre d’image il faut s’interroger sur son propos car si la forme ne passionne pas, le fond est bel et bien là. Comme depuis toujours, Godard combat le capitalisme en en faisant des satires. Ici, il met des gros haut-parleurs, crie à la Révolution et se joue du numérique, qu’il a longtemps critiqué en en faisant une critique claire. Il a dénaturalisé le cinéma, enlevé l’authenticité reine de cet art qu’il chérit tant toujours dans le but de bousculer les codes. Est ce une vengeance de proposer un film punk de la sorte en assommant ses spectateurs ? Sans doute. En tout cas, Godard a toujours des choses à dire, mais plus à montrer. Et c’est regrettable quand on a été un maître du cinéma. Il est loin le temps dePierrot le fou où ses personnages faisaient régner l’anticonformisme de leur créateur. Godard dessert son propos par un film trop énigmatique. Pour n’importe quel réalisateur, on aurait volontiers dit que c’était raté or puisque c’est Godard, on s’interroge davantage sur le message. Mais le cinéma n’est pas que porteur de message, il doit être chargé d’images qui parlent autant que le reste. Les seuls plans qui marquent un peu l’esprit sont ceux sur le monde arabe, la partie la plus agréable d’ailleurs dans sa réalisation qui donne largement envie d’en apprendre davantage parce que tout est loin d’y être explicite.
« Il faut une vie pour faire l’histoire d’une heure. »
Il faut aussi une vie et de multiples visionnages pour comprendre ce dernier film du réalisateur de la Nouvelle Vague. Le livre d’image est épidermique. Il n’est pas plus un film sur le monde arabe que sur la Révolution. Godard se sert des guerres pour épaissir son appel à la révolte. Il dénonce l’aliénation à cette société à laquelle il se refuse d’appartenir à travers des images au contraste insupportable visuellement. Le but n’est pas de montrer mais de faire penser.
« Le plus souvent nous partions d’un rêve…
Nous nous demandions comment dans l’obscurité totale
Peuvent surgir en nous des couleurs d’une telle intensité
D’une voix douce et faible
Disant de grandes choses
D’importantes, étonnantes, de profondes et justes choses
Image et parole
On dirait un mauvais rêve écrit dans une nuit d’orage
Sous les yeux de l’Occident
Les paradis perdus
La guerre est là… »
Bande-annonce : Le Livre d’image
Synopsis : « Rien que le silence, rien qu’un chant révolutionnaire, une histoire en cinq chapitres, comme les cinq doigts de la main. » Une réflexion sur le monde arabe en 2017 à travers des images documentaires et de fiction. »Te souviens-tu encore comment nous entrainions autrefois notre pensée ? »
[Compétition au Festival de Cannes 2018]
Le livre d’image, un film de Jean-Luc Godard
Avec acteurs inconnus
Distributeur : Wild Bunch Distribution
Une production suisse de CASA AZUL FILMS, Fabrice Aragno, Lausanne
en coproduction avec ECRAN NOIR productions, Mitra Farahani, Paris.
Genre Expérimental
Durée : 1h 34min
Date de sortie Prochainement
Nationalité français
Le 71ème Festival de Cannes a été déclaré ouvert à l’unisson par Cate Blanchett et Martin Scorsese lors de la Cérémonie d’Ouverture. Edouard Baer réussit sa lourde tâche de maître de cérémonie alors que Farhadi, de son coté, déçoit.
Après plus de deux heures d’attente sous le soleil cannois, devant la salle Debussy, le grand Festival de Cannes nous ouvre enfin ses portes pour sa célèbre soirée d’ouverture. Succédant à la montée des marches où le glamour a encore une fois été au rendez-vous, c’est au tour d’Edouard Baer de prendre place pour officier la cérémonie. Tâche réussie pour l’acteur qui offre un beau discours d’entrée, accompagné au piano. En évitant plus ou moins les sujets d’actualité que l’on entend partout, il propose au contraire au public une déclaration plus poétique sur la création, l’inspiration, l’art. Puisque c’est pour cela que tout le monde est là finalement.
« Mais qu’est-ce qui nous interdit d’avancer ? Qu’est-ce qui nous interdit de nous lancer ? On attend quoi, une autorisation ? Mais de qui ? La légitimité mais on la prend! On prend la parole, on y va »
Puis le délégué général du Festival de Cannes, Thierry Frémaux, entre sur scène pour présenter le jury qu’il a choisi avec en Présidente l’élégante et immense actrice Cate Blanchett. Un certain naturel ressort de cette cérémonie plutôt sobre mais belle. Baer semble détendu, à l’aise, comme à la maison finalement puisque c’est déjà la troisième fois qu’il présente la Cérémonie d’Ouverture. Mais le mot d’ordre de cette soirée reste quand même la poésie. Juliette Armanet vient d’ailleurs interpréter Les moulins de mon cœur de Michel Legrand et c’est somptueux. Quelques minutes plus tard et après quelques blagues sur les professionnels présents dans la salle du maître de cérémonie, Martin Scorsese vient déclarer l’ouverture de cette 71ème édition, avec à ses cotés, rien de moins que la présidente du jury, Cate Blanchett.
Place désormais au film d’ouverture, Everybody Knows (Todos lo saben) du réalisateur iranien Asghar Farhadi. Comme à son habitude, le cinéaste choisit de parler de famille ; alors on aurait pu se forger des attentes et être déçus. À en croire les faibles applaudissements à la fin de la projection et les quelques bruits de couloir en sortant, c’est ce qu’il s’est passé pour la plupart. Le film est bon, en tout cas dans sa simplicité, il est efficace, mais il est vrai que l’on peut s’attendre à mieux à Cannes. Sans le casting composé du couple glamour du moment Penelope Cruz et Javier Bardem, il aurait sûrement perdu beaucoup d’intérêt d’ailleurs. Mais les acteurs font de leur mieux pour convaincre, et heureusement que leur charme et talent opèrent. Du point de vue de l’intrigue, tout est plus ou moins attendu dès le début, rien ne surprend réellement à part peut être l’issue de l’histoire, qui reste effleurée et de ce fait, incomprise. Quant au scénario, ne reposant que sur un seul personnage, il oriente les autres acteurs et actrices dans les directions que le réalisateur veut leur faire prendre. D’une certaine manière, ce gendarme à la retraite, c’est un peu Farhadi lui même qui tire les ficelles du film sans trop creuser au-delà. Pourtant, le film reste agréable et touchant par l’histoire et les émotions qu’il porte à l’écran mais n’a pas forcément sa place parmi ceux de la Croisette.
En lice pour la Caméra d’Or au Festival de Cannes 2018, Lukas Dhont vient présenter son premier long métrage Girl. Retraçant les difficultés et la transition d’une jeune adolescente, cette oeuvre est d’une grande délicatesse prenant un soin particulier à filmer les ressentis de son personnage.
Girl aborde le thème de la transsexualité comme il a rarement été traité. Lara étouffe dans son corps de jeune homme, elle ne veut plus attendre pour devenir une jeune femme et profiter pleinement de sa nouvelle vie. Dès le début du film, on est presque étonné de voir la relation qu’elle a avec son père. Peu habitués à voir des films où l’apaisement est de mise dans ces situations, cette douceur et cette attention font du bien car on commençait à perdre espoir que cela existe réellement au cinéma, même si les transitions sont montrées comme un combat sans aucun soutien. La compréhension dont le père fait cependant preuve apporte du baume au cœur, notamment dans la scène de la voiture où il n’est nullement dérangé si son enfant aime les filles. C’est d’autant plus touchant que les pères sont rarement présentés aussi compréhensifs mais plutôt comme un obstacle durant leur adolescence alors que la mère est généralement bienveillante. Ici, on ne connaît pas la mère et le film se base sur la relation que Lara entretient avec son père et son petit frère, plein de délicatesse. Pourtant bien entourée, cela ne suffit pourtant pas à Lara pour être heureuse.
Le film interroge le rapport avec son propre corps du début à la fin en mettant en scène un corps douloureux, aussi bien à travers la danse que grâce aux multiples plans dans le miroir. La transsexualité est rarement présentée de cette manière dans les films, on oublie souvent la réelle souffrance qu’éprouve ces personnes envers elles-mêmes et pas uniquement dans leurs relations sociales. Cet aspect est d’ailleurs peu traité dans le film mais les deux principales scènes qui y font allusion sont très bouleversantes. Lorsque Lara se retrouve les yeux fermés dans la classe en attendant que les autres filles aient ou non validé son droit de se doucher avec elles comme le professeur leur a aimablement posé la question. On sent à cet instant toute la détresse et la solitude de la jeune femme. Mais aussi lors de la soirée entre filles où Lara se retrouve coincée parmi toutes ses « amies » qui l’obligent à lui montrer son sexe de la manière la plus immonde qui existe, la scène étant presque trop difficile à regarder tant on ressent la douleur de l’adolescente et on aimerait lui venir en aide.
Girl est un brillant premier film malgré une boucle narrative assez répétitive où se produit plus ou moins toujours le même schéma d’images. La caméra suit les pieds amochés lorsqu’elle danse, métaphore de son propre corps en évolution. On vit avec Lara chaque moment important de sa journée et de son quotidien qui se répète inlassablement et difficilement jusqu’à cette scène finale, à laquelle on s’attend presque mais n’en reste pas moins dure à regarder. Cette scène rappelle celle de Black Swan où elle pousse son corps tellement loin dans l’effort, comme si elle exorcisait son autre elle. Ici, elle fait table rase de celle qu’elle était avant, ce qu’elle ne considère pas d’ailleurs comme ayant existé. La délicatesse du sujet traité fait de Girl, un premier film touchant et maîtrisé pour lequel Lukas Dhont ne démériterait pas un prix dans la compétition Un Certain Regard. A suivre.
Bande-annonce : Girl
https://www.youtube.com/watch?v=apA__J_SRNQ
Synopsis : Lara, 15 ans, rêve de devenir danseuse étoile. Avec le soutien de son père, elle se lance à corps perdu dans cette quête d’absolu. Mais ce corps ne se plie pas si facilement à la discipline que lui impose Lara, car celle-ci est née garçon.
[Un Certain Regard. 71ème Festival de Cannes]
Girl, un film de Lukas Dhont
Avec Victor Polster, Arieh Worthalter, Valentijn Dhaenens…
Genre Drame
Distributeur : Diaphana
Duré : 1h 45min
Date de sortie Prochainement
Les éditions BQHL nous proposent une superbe édition du film de Bernardo Bertolucci La Luna. C’est l’occasion d’aller au-delà de sa réputation sulfureuse pour retrouver cette fort belle œuvre d’un grand cinéaste.
Fin des années 70. Bernardo Bertolucci vient de sortir du tournage monumental de 1900 : 54 semaines de tournage pour une fresque politique de l’Italie du début du XXème siècle. Le montage final dépasse les cinq heures, et le cinéaste est en conflit avec les producteurs qui veulent couper dans le film pour en proposer une version courte destinée à l’exploitation américaine.
Jill Clayburgh et Bernardo Bertolucci
C’est pour sortir de ce conflit que le cinéaste décide de se lancer dans un autre projet, beaucoup plus intimiste celui-là. Intime en est le point de départ : Bertolucci part d’un vague souvenir d’enfance qui, mis en image, servira de générique d’ouverture au film. Il se voit, âgé de 3 ou 4 ans, dans la nacelle d’un vélo sur une route de la campagne italienne, en train de regarder sa mère. Et le visage de celle-ci va se superposer à la Lune.
« J’ai toujours fait des films sur mon père, disons sur des pères symboliques que j’ai essayé, dans tous mes films, de tuer (…). Là, je me trouvais devant le désir de faire un film sur ma mère. »
La Luna est donc un film sur la relation entre un garçon et sa mère. Joe a quinze ans, il vit à New-York avec ses parents : sa mère Caterina, cantatrice spécialisée dans l’œuvre de Verdi, et son père Douglas, qui est l’agent de sa femme. Mais à la mort de Douglas, Caterina décide de retourner vivre en Italie avec Joe. Petit à petit, la mère et son fils vont se rapprocher.
Bien loin de sa réputation de « film sulfureux », La Luna se révèle être bien plus sensible et douloureux qu’il n’y paraît. Il s’agit surtout du portrait d’un adolescent perturbé par la mort de son père, qui se traduit par un déséquilibre affectif qu’il tente de combler avec la prise de drogues. Un fils qui se retrouve alors face à une mère exubérante, survivante de l’époque des hippies, étant toujours dans un jeu de séduction.
Du coup, tout en réalisant un film sur une relation mère-fils détraquée, Bertolucci a fait de La Luna un film sur l’absence du père. Lorsque l’on voit le film en entier, on se rend compte, avec les révélations de la dernière demi-heure, que le personnage du père reste, finalement, au centre de l’œuvre. Plus que la simple et réductrice relation incestueuse entre Caterina et Joe, il faut voir ici un film sur un garçon qui cherche une place entre son père et sa mère. C’est ce qu’explique le réalisateur lorsqu’il dit : « j’ai compris la signification à la fin du tournage ».
De même, il ne faut pas enfermer La Luna dans la définition trop restrictive d’un « film autobiographique ». Même si le point de départ était bel et bien un souvenir personnel, Bertolucci se défend d’avoir fait un film sur son enfance :
« Ce n’est pas autobiographique dans le sens de « vécu », de quelque chose d’expérimenté personnellement. Ce sont des fantômes, des fantasmes. J’étais en pleine analyse pendant le tournage de La Luna. »
De fait, le réalisateur multiplie les symboles d’origine freudienne. Mais pour ne pas cloisonner son film à une simple étude psychanalytique, il explore une autre piste, celle de la musique.La Luna est un grand chant d’amour à Giuseppe Verdi. Une des scènes est même tournée devant la maison du compositeur (Bertolucci explique qu’il aurait voulu tourner dans la maison, mais il n’en a pas obtenu l’autorisation). Le cinéaste déploie ici son admiration pour le compositeur du Trouvère en nous faisant vivre des scènes d’opéra absolument magnifiques. D’ailleurs, les scènes importantes du film, celles qui font vraiment évoluer l’action, se situent souvent à l’opéra, sur scène, en coulisses ou dans les loges.
Cette apparition de la musique ne se fait pas de façon artificielle. Bertolucci insiste sur le caractère mélodramatique des opéras de Verdi, qui répond au mélodrame vécu par cette famille. La musique n’est pas seulement là pour faire joli, elle participe activement au cadre dans lequel explosent les passions.
Enfin, La Luna est aussi un film sur le regard. Regard des spectateurs. Regard de l’enfant sur sa mère, dans la scène de pré-générique. Regard des personnes qui sont venues assister à l’enterrement de Douglas et qui espionnent littéralement Caterina par les fenêtres de la voiture. Regards des camarades de Joe sur le déhanché de sa mère lors de la fête d’anniversaire.
Avec La Luna, Bernardo Bertolucci signe donc un fort beau film, d’une grande densité. A l’opposé de ces films qui offrent un scandale comme seule proposition artistique, La Luna est l’œuvre personnelle d’un grand cinéaste qui a choisi de mettre là ses souvenirs, ses passions et ses obsessions. On peut même y retrouver un lien avec son film précédent, le monumental 1900, à travers le personnage de militant communiste incarné par Renato Salvatori. Si la durée peut être jugée excessive (on pourrait imaginer une demi-heure de moins), l’ensemble se tient parfaitement bien.
Le film est présenté dans un coffret double DVD. Sur le premier DVD, le nouveau master haute définition. Sur le second disque se trouvent deux compléments de programme : un entretien où le réalisateur (qui s’exprime en français) raconte le tournage du film, et un documentaire de la série Les Grands Réalisateurs d’Hollywood. En plus, le coffret nous propose un livret de 24 pages rempli d’anecdotes sur la fabrication de La Luna.
Caractéristiques du DVD :
Données techniques :
film Italo/Américain
durée : 142 mn
Format : 16/9 compatible 4/3
Audio : anglais mono / français mono
Sous-titres : français
Suppléments :
Les visages de La Luna (29’) : Interview de Bernardo Bertolucci
Les Grands Réalisateurs d’Hollywood – Bernardo Bertolucci (26’)
La 71e édition du Festival de Cannes s’ouvre ce mardi 8 mai 2018. La magie du septième art va opérer jusqu’au 19 mai prochain sur la Côte d’Azur.
Edouard Baer, aux côtés de la présidente du jury Cate Blanchett, va dans quelques instants déclarer la 71e édition édition du Festival de Cannes ouverte. Pendant une dizaine de jours, Cannes va être le miroir du cinéma du monde entier. 21 films sont en lice pour la prestigieuse Palme d’or cette année. Le jury est composé de Léa Seydoux, Robert Guédiguian, Denis Villeneuve, Kristen Stewart, Khadja Nin, Ava DuVernay et Andreï Zviaguintsev.
Les projections de presse n’auront plus lieu avant les premières mondiales de gala cette année.
Le film Everybody Knows du cineaste iranien Asghar Farhadi sera projeté à l’issue de la première montée des marches et de la cérémonie d’ouverture, au moment même où le président américain Donald Trump va annoncer sa décision sur le dossier sensible de l’accord sur le nucléaire iranien ! Penélope Cruz et Javier Bardem sont à l’affiche de ce thriller psychologique en langue espagnole. À l’occasion du mariage de sa sœur, Laura revient avec ses enfants dans son village natal au cœur d’un vignoble espagnol. Mais des événements viennent bouleverser son séjour et font resurgir un passé depuis trop longtemps enfoui. En salles le 9 mai 2018.
La chaîne officielle du Festival de Cannes
Canal + va retransmettre les grands moments de la 71e édition du Festival de Cannes. Les cérémonies d’ouverture et de clôture seront notamment diffusées en clair sur les antennes de la chaîne, habituellement cryptée, qui soutient et propose une offre de cinéma de qualité à tous les abonnés.
Des chaînes officielles du Festival de Cannes sont également disponibles sur YouTube et Dailymotion afin de retrouver et de suivre l’actualité du Festival dans les meilleures conditions. Vous pouvez retrouver ces chaînes avec les vidéos ci-dessous.
https://www.dailymotion.com/video/x6ig2l6
Un festival engagé et militant pour la cause des femmes
Le temps des soirées borderline, sulfureuses et de « l’esprit canal » avec Le Grand Journal devant le luxueux Palace du Martinez semble définitivement terminé suite à la polémique de l’affaire Weinstein pour cette édition 2018 du Festival de Cannes.
La place des femmes dans la société et dans le monde du cinéma ainsi que la lutte contre les discriminations, contre le harcèlement sexuel et contre les violences faites aux femmes seront au cœur des débats et du Festival. Des dîners de gala seront d’ailleurs orchestrés à l’occasion du Festival afin de lever des fonds pour ce combat. La présidente du jury Cate Blanchett va notamment se mobiliser pour l’association Time’s Up.
Une initiative originale a d’ailleurs été mise en place. Un faux ticket de spectacle est distribué aux festivaliers. Ce billet rappelle que « le harcèlement est puni par la loi ». Cette opération est organisée à l’initiative de Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’Égalité hommes-femmes.
Les premiers festivaliers arrivés lundi à Cannes ont récupéré ce faux ticket de spectacle dans le sac distribué à chacun (qui contient notamment le programme des projections). Le billet porte la mention « comportement correct exigé ». Un numéro vert est précisé sur ce ticket. Il sera mis en place tout au long du Festival afin de lutter contre le harcèlement et des dérives. « Victime ou témoin de violences sexistes ou sexuelles, appelez le 04.92.99.80.09. »
La mise en place de ce numéro « anti-harcèlement » durant le Festival a été annoncée par Marlène Schiappa. « Un des viols dont Harvey Weinstein est accusé s’est passé à Cannes. Donc l’idée est de dire que Cannes n’est pas immobile. »
La démocratisation du cinéma pour les plus jeunes
1 000 jeunes seront invités à fouler le tapis rouge pour cette édition 2018. Le festival a invité des jeunes qui se verront remettre un « Pass trois jours » afin de pouvoir assister à des projections officielles. Cette démarche intervient dans un contexte particulier. Le festival veut en effet s’ouvrir davantage au public.
Des cinéphiles pourront assister aux projections officielles. Les cannois traditionnellement peuvent bénéficier de billets pour les projections de gala. Ce 71e festival fait donc le pari du public comme c’est le cas à Venise depuis très longtemps.
Les 1 000 jeunes invités devaient envoyer une lettre de motivation afin de bénéficier d’un « Pass trois jours » pour assister à des projections officielles. Cette opportunité sera autorisée entre le 17 et le 19 mai prochain. Ils vont donc monter les marches plusieurs fois. Ils ne pourront pas faire le moindre selfie malheureusement, formellement interdits cette année (sauf pour les équipes de film).
Les films polémiques et choc du Festival !
La 71e édition du Festival de Cannes réserve quelques frissons et de nombreux malaises en perspective chez les spectateurs et parmi les membres des différents jurys.
Lars Von Trier revient au Festival de Cannes, après sa polémique sur Hitler sur la Croisette, avec The House that Jack Built, en compétition. Cette histoire d’un tueur en série qui considère chaque meurtre comme une œuvre d’art s’annonce particulièrement violent et dérangeant. Ce film pourrait être une métaphore sur l’Amérique de Donald Trump.
Le film maudit de Terry Gilliam, L’Homme qui tua Don Quichotte, est menacé par une procédure judiciaire. L’ancien Monty Python est en conflit avec le premier producteur du film, Paulo Branco, qui a été évincé. Le long-métrage doit faire la clôture du Festival. La montée des marches et la projection, prévues le 19 mai, pourraient être menacées. La justice doit donner son verdict ce mercredi.
Le dernier Jean-Luc Godard, Le Livre d’image, évoque sa vision du monde arabe. Sa présence sur le tapis rouge n’est pas encore confirmée. Le cinéaste pourrait faire faux bond dans le cadre de l’anniversaire de son engagement et de sa tirade culte à Cannes pendant le Festival, en marge du conflit de mai 1968.
D’autres films vont faire couler beaucoup d’encre cette année pour leurs thèmes sulfureux, sociaux ou politiques. Les films et les performances à surveiller seront :
– Vanessa Paradis en productrice de films pornos gays dans Un Couteau dans le cœur de Yann Gonzalez
– Les Filles du soleil d’Eva Husson et ses combattantes kurdes qui luttent contre des djihadistes
– Le film égyptien Yomeddine, qui met en scène un vrai lépreux
– le nouveau long-métrage de l’Iranien Jafar Panahi, assigné à résidence dans son pays, Three Faces, retrace les portraits de trois femmes dans l’Iran moderne. Sa présence à Cannes est vivement espérée malgré le refus des autorités iraniennes.
Hors compétition, le documentaire Libre ! brosse le portrait de Cédric Herrou. Cet agriculteur a aidé des migrants à passer la frontière entre l’Italie et la France près de Nice. Un autre documentaire, signé Wim Wenders, sera consacré au pape François (Un Homme de parole).
Dans les sélections parallèles, Rafiki est un film kényan interdit dans son propre pays parce qu’il est accusé de « promouvoir le lesbianisme ». Climax de Gaspard Noé va s’intéresser à la danse de rue et à la drogue, Sauvage de Camille Vidal-Naquet parle de la prostitution masculine, Shéhérazade de prostitution féminine et de prison ou bien encore Weldi, un film qui dévoile la vie d’un père dont le fils part faire le djihad.
Rambo 5 : Stallone sera bien de retour pour une nouvelle mission !
Sylvester Stallone devrait donc bien reprendre le bandeau rouge et le treillis de John Rambo. La toute première affiche du film est en effet placardée et bien visible au Marché du film du Festival de Cannes 2018. Selon des informations d’AlloCiné, l’annonce du Marché du film à Cannes précise que le film se tournerait en septembre à Londres, en Bulgarie et dans les îles Canaries. Le projet n’a pas encore de metteur en scène. Le scénario est écrit par Matt Cirulnick (la série Absentia). Selon des informations de Deadline, Sylvester Stallone a également travaillé sur le script.
Le producteur Avi Lerner va tenter de lever des fonds au Marché du film du Festival de Cannes pour ce projet qui n’avait plus fait parler de lui depuis fin 2016. A 71 ans, Stallone serait prêt à porter à nouveau le couteau du vétéran du Vietnam.
L’affiche dévoile un John Rambo qui ressemble étrangement à Sylvester Stallone ! Rien n’est encore officialisé concernant la présence de Stallone. Rambo devrait libérer une jeune femme enlevée par les cartels mexicains.
Présidé par l’acteur hollywoodien Benicio del Toro (Sicario), le jury d’Un Certain Regard, considéré comme la deuxième compétition de la sélection officielle, est composé de trois femmes et deux hommes : parmi eux l’actrice française Virginie Ledoyen, la réalisatrice palestinienne Annemarie Jacir et le réalisateur russe Kantemir Balagov, découvert l’an dernier avec son premier film Tesnota, une vie à l’étroit.
Ils remettront leurs récompenses le 18 mai, veille de clôture du Festival, et choisiront parmi les 18 films présentés dans cette section.
Le jury de la Caméra d’or, qui récompense chaque année le meilleur premier film toutes sections confondues, compte pour sa part quatre femmes et trois hommes, dont la présidente, la réalisatrice suisse Ursula Meier, le tandem de réalisateurs français, Arnaud et Jean-Marie Larrieu, et la critique française Iris Brey.
Quelque 19 films sont en lice pour prendre la suite de Jeune femme de Leonor Seraille, lauréat 2017 de la Caméra d’or. Le prix 2018 sera remis le 19 mai, le même jour que l’annonce de la Palme d’or.
Barberousse d’Akira Kurosawa est écrit comme un chemin que parcourt un jeune étudiant en médecine. Il devra passer par différentes étapes avant de comprendre pleinement quelle doit être la mission sociale d’un médecin. La première de ces étapes le place face à une femme aussi dangereuse que charmeuse, une « Mante Religieuse ». Analyse de la séquence.
Le film
Sorti en 1965, Barberousse (Akahige) constitue un tournant dans la prestigieuse carrière d’Akira Kurosawa. Le cinéaste est très populaire aussi bien au Japon qu’à l’étranger depuis la présentation de Rashomon au festival de Venise en 1951. Cependant, ses grosses productions historiques, basées sur des reconstitutions soignées mais onéreuses, et la finesse pointilleuse de sa mise en scène qui l’entraîne vers des tournages toujours plus longs, ne sont plus à l’ordre du jour en ce milieu d’années 60, alors que la télévision s’installe dans les foyers nippons et change inexorablement les moyens de consommation du cinéma. Ainsi, le rythme des réalisations du maître va diminuer drastiquement : pendant les 33 ans qui sépareront Barberousse de la mort du cinéaste, Kurosawa ne tournera plus que sept longs métrages.
La scène
Barberousse est un film charnière aussi parce qu’il s’agit de la dernière collaboration entre Akira Kurosawa et celui qui fut son acteur fétiche, Toshiro Mifune. Le comédien tient ici le rôle du docteur Niide, surnommé Barberousse, aussi bien pour la couleur effective de sa barbe que pour son caractère peu amène. Il dirige un hospice à Edo (ancien nom de Tokyo) à l’époque du Shogunat (le pays était alors dirigé par les Shoguns, des Seigneurs de guerre). Yasumoto est un jeune étudiant en médecine et a été nommé par la ville pour continuer ses études dans l’hospice dirigé par Barberousse. Mais Yasumoto a une très haute opinion de lui-même et de son métier : il veut devenir médecin du Shogunat, rien de moins. Il refuse donc de se plier aux ordres du médecin chef et n’en fait qu’à sa tête, paressant et buvant du saké toute la journée.
Dans une des séquences d’ouverture du film, Yasumoto cherche à s’enfuir de l’hospice mais sa route se trouve barrée par une étrange maison isolée, qui sert de chambre d’internement de luxe à une jeune femme atteinte de maladie mentale. Un interne explique alors à Yasumoto que cette patiente un peu spéciale est une « mante religieuse » : elle attire les hommes pour les tuer. D’emblée, le cas a l’air d’intéresser Yasumoto, pour des raisons médicales, affirme-t-il, même si d’autres causes peuvent être soupçonnées : la jeune femme est très belle et attirante.
L’analyse
Un peu plus tard, nous retrouvons Yasumoto dans sa chambre, s’entêtant dans son opposition puérile et s’enfonçant dans son attitude orgueilleuse d’isolement. C’est alors que, par la porte ouverte de sa chambre, nous voyons apparaître la jeune femme. Elle se déplace dans le silence le plus complet, comme une apparition. Son visage, au maquillage blanc très soutenu, et son habit font immédiatement penser au théâtre traditionnel japonais. Dès qu’elle entre, chacun des deux personnages va prendre sa place à un bout de la chambre. Commence alors un long plan-séquence de 6 minutes à la construction rigoureuse.
Entre les deux protagonistes, exactement au milieu de l’écran, se trouve une bougie, seul élément décoratif de la scène. Le mur, du côté de la jeune femme, présente un quadrillage qui peut rappeler, de façon figurée, une toile d’araignée. Ainsi, la jeune femme restera dans son coin, adossée au mur, pendant toute la durée du plan et c’est Yasumoto qui se rapprochera petit à petit, par étapes successives. Plus il avancera vers elle, plus la caméra se rapprochera également des deux personnages, resserrant le cadre autour d’eux.
D’abord, les deux protagonistes s’observent en silence, comme au moment d’un duel. Chacun semble se jauger. La scène se déroulera presque entièrement dans le silence le plus complet, mettant ainsi en valeur les paroles de la jeune femme ; les rares apparitions de la musique n’en auront qu’une signification plus forte encore.
D’emblée, la malade s’agenouille et se place en position de suppliante. Elle lance comme un appel au secours, demandant à l’interne de la « sauver ». Elle flatte Yasumoto en le désignant comme étant « à part », « différent des autres ». Sensible à ces propos, le jeune homme se rapproche et s’agenouille pour se mettre à la hauteur de la malade (dont on ignore le nom, ce qui lui ôte une partie de son humanité et renforce son caractère animal). Le regard insistant de l’interne montre qu’il est fasciné par la malade. Elle apparaît alors comme une charmeuse, dans le sens fort du terme.
Elle va déployer alors toute la force de sa conviction pour attirer le jeune homme vers elle. Elle va raconter comme des apprentis ont abusé d’elle quand elle était petite. Chaque fois qu’elle fait un mouvement pour se dissimuler au regard de Yasumoto, il se rapproche un peu plus d’elle, jusqu’à entrer dans la partie de la pièce qui est désignée comme le territoire de la malade, sa toile.
Petit à petit, Kurosawa nous fait comprendre que la jeune femme joue un jeu trouble et qu’il faut prendre de la distance par rapport à ses propos. Lorsqu’elle tourne le dos à Yasumoto, son visage est alors plongé dans l’ombre, symbole fort des ténèbres qui entourent le personnage. Une des rares apparitions de la musique est constituée d’une petite mélodie jouée à la flûte, instrument traditionnel du théâtre japonais, qui nous rappelle que nous sommes ici dans une mise en scène. Le dispositif scénique, d’ailleurs, nous renvoie d’ailleurs à celui du théâtre : nous observons les personnages comme si nous étions les spectateurs de la scène qui se joue devant nous. La sobriété du décor renforce encore ce côté théâtral.
Ainsi donc, Kurosawa, par la force de sa mise en scène, nous montre qu’il y a quelque chose de factice dans ce qui se joue devant nos yeux. Il lui suffit alors de nous montrer les petits regards en douce que jette la jeune femme sur sa proie pour que l’on devine ce qui se joue ici. Prisonnier de son orgueil, Yasumoto n’a pas conscience un seul instant du danger dans lequel il se trouve.
Au bout de 6 minutes, le plan s’arrête précisément au moment où il y a un contact physique entre les deux personnages : Yasumoto prend la jeune femme par les épaules pour la calmer, et elle se jette alors dans ses bras. Les autres plans qui suivront seront très courts, pour renforcer la rapidité et la violence de l’action. Une fois sa proie prise dans ses filets, la prédatrice accélère son attaque. La malade continue son récit : elle parle alors de sa première victime. Et, tout en racontant comment elle l’a tuée, elle joint le geste à la parole en prenant son épingle à cheveux.
Cette redondance des images avec les paroles est un fait suffisamment rare chez Kurosawa pour s’y arrêter un instant. Pourquoi le cinéaste prend-il le temps de faire dire à son personnage ce que l’on voit à l’écran ? Parce que là, nous assistons à l’origine du mal. En racontant son premier crime, la malade en reproduit les gestes. Chaque fois qu’elle a tué un homme, elle ne faisait que reproduire ce crime originel, qui sert de base à tout le reste. La redondance n’est donc pas du côté du cinéaste mais de celui de la jeune femme, enfermée dans un schéma mental obsessionnel.
Commence alors un jeu très troublant où le désir sexuel se mêle aux pulsions de mort : la jeune femme a ceinturé Yasumoto, qui ne peut se dégager de son étreinte. Elle se couche sur lui, atteignant ce qui semble être un orgasme tout en cherchant à le tuer. Ses baisers ressemblent à des morsures et, au détour d’un plan, elle prend l’allure d’une prédatrice ayant terrassé sa proie et s’apprêtant à la dévorer. Le caractère animal de ce qui se déroule ne fait plus de doute, et on se rappelle alors le surnom de la malade : la Mante Religieuse. Le cadrage au plus près des personnages, dans des plans très resserrés, augmente encore à la fois la violence de la scène et son aspect trouble, perturbant.
Au final, cette scène, qui arrive au bout d’une demi-heure d’un film qui dépasse les trois heures, est décisive pour l’ensemble du long métrage. Blessé plus moralement que physiquement, Yasumoto va commencer à rabaisser son orgueil démesuré. Dans un film qui est écrit comme une succession d’étapes franchies par le personnage principal vers une compréhension de la mission sociale du médecin, cette scène est un premier pas décisif. Une fois de plus, Akira Kurosawa fait preuve à la fois d’une grande maîtrise du langage cinématographique et d’une humanité sans pareille. Pour ceux qui en douteraient encore, Barberousse est une preuve de plus que le cinéaste japonais était un des plus grands réalisateurs de l’histoire.
Concours : Après sa sortie au cinéma, le film Garde Alternée écrit et réalisé par Alexandra Leclère avec Didier Bourdon (Les Profs, Le Grand Partage), Valérie Bonneton (La Ch’tite Famille, Supercondriaque) et Isabelle Carré (Tellement Proches, Ange et Gabrielle) débarque en DVD, Blu-ray & VOD le 9 Mai 2018.
SYNOPSIS, INFOS, BANDE-ANNONCE
Sandrine, mariée depuis quinze ans, deux enfants, découvre que son mari Jean a une relation extraconjugale. Passé le choc, elle décide de rencontrer sa rivale, Virginie, et lui propose un étrange marché : prendre Jean en garde alternée. Les deux femmes se mettent d’accord et imposent à leur homme ce nouveau mode de vie.
CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD
Format image : 1.85 – Format son : Français DTS Master Audio – 5.1 & Dolby Digital 2.0, Audiodescription – Sous-titres : Français pour Sourds & Malentendants – Durée : 1h40
Prix public indicatif : 14,99 € le DVD – Éditeur : Wild Side
CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray
Format image : 1.85 – Résolution film : 1080 25p – Format son : Français DTS HD Master Audio 5.1, Audiodescription – Sous-titres : Français pour Sourds & Malentendants – Durée : 1h43
Prix public indicatif : 19,99 € le Blu-ray – Éditeur : Wild Side
COMPLÉMENTS
– Entretien avec la réalisatrice (30 min) – 5 scènes coupées
Afin que le plus grand nombre puisse profiter de ce film, DVD & Blu-ray proposent tous deux le Sous-titrage pour Sourds & Malentendants et l’Audiodescription
pour Aveugles & malvoyants
A gagner : 3 DVD – MODALITÉS DU JEU
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Comme expliqué ici, avril et mai ont vu la cinéphilie française se concentrer à nouveau sur l’œuvre du grand Rainer Werner Fassbinder, auteur/acteur/réalisateur allemand. En parallèle de la rétrospective menée par la Cinémathèque française, l’éditeur-distributeur Carlotta s’est consacré au cinéaste, entre ressorties cinéma et vidéo d’une quinzaine de ses films ainsi qu’une série inédite en France : Huit heures ne font pas un jour. Séries Mania a profité de la sortie cinéma du feuilleton pour l’intégrer à la programmation « culte » de son festival. A cette occasion, retour sur une chronique familiale de l’Allemagne signée R. W. Fassbinder…
Synopsis : C’est soir de fête chez les Krüger-Epp, famille typique de la classe ouvrière de Cologne. Tous les membres du clan sont réunis pour fêter les soixante-six ans de la grand-mère, une veuve un peu fantasque qui vit chez sa fille, son gendre, et son petit-fils Jochen. Alors que ce dernier est parti ravitailler la troupe en champagne, il croise sur son chemin la jolie Marion et l’invite à se joindre à eux. Ce sera le début d’une grande histoire d’amour entre cet ouvrier toujours prêt à lutter pour plus de justice sociale dans son usine et cette jeune femme moderne et émancipée qui travaille dans un journal local. Entourés par leur famille, collègues et amis, Jochen et Marion apprendront à partager ensemble les joies et les difficultés du quotidien…
« Huit heures ne font pas un jour. »
Voilà ce que déclare l’un des personnages dans le premier épisode. Les huit heures sont celles passées par les ouvriers chaque jour à l’usine. Et si l’entreprise est un lieu où de nombreux grands drames prennent naissance (une prime supprimée ; un vieux contremaître décédé ; une mini-révolte), la vie ne s’arrête pas à ces huit heures. Le quotidien professionnel déborde de l’usine lorsque les ouvriers se retrouvent pour fêter ou s’endeuiller dans l’alcool (notez que les deux seront pratiqués en même temps dans la fiesta finale de l’épisode un). Jochen réfléchit à améliorer les conditions de travail de ses camarades ouvriers dans l’intimité. Et Marion, la petite amie de ce dernier, n’a que faire des préjugés de sa collègue selon laquelle Jochen ne serait pas un bon parti ni le bon bonhomme pour elle parce qu’il doit se salir les mains dans son difficile emploi. La délicieuse Marion sait que le travail ne définit pas un individu, Jochen est avant tout un individu avant d’être un ouvrier. Et il y a bien sûr tout ce qui complète ces vingt-quatre heures qui font un jour : les sorties au bar, les fêtes de famille, les promenades, le moment devant la télévision, le petit-déjeuner, soit le quotidien.
Les ouvriers se préparent à lancer leur plan contre le patronat pour récupérer leur prime.
C’est justement ce que Fassbinder tend à capter : le quotidien d’une famille allemande « typique de la classe ouvrière » – comme le note Carlotta – au début des années 70 (la série a été réalisée en 1972). Et quand bien même la série se présente dans son générique comme une série familiale, Fassbinder réussit à proposer un show abordable par tous tout en utilisant son feuilleton télévisuel comme il l’a fait avec ses films : l’image est une fenêtre sur le monde, ici sur l’Allemagne au quotidien, avec ses luttes de pouvoir, combats sociaux, son bouleversement des mœurs, l’incompréhension ou la collaboration intergénérationnelle, entre autres. Le cinéaste utilise ici le 16 mm pour dépeindre avec brio les nuances de ce quotidien : du marron réchauffant la salle des Krüger-Epp au grisâtre dominant l’usine en n’oubliant pas le rose de la perruque de l’excentrique grand-mère ; on pense aussi à ce formidable ensoleillement des deux amoureux en ballade dans un parc ; ou encore, dans l’épisode deux, aux couleurs fassbinderiennes rose et turquoise de la crèche qu’on pourra retrouver dans Lola, une femme allemande neuf ans plus tard. Douglas Sirk n’est pas loin.
Chacun des cinq épisodes de la série se concentre sur un duo : Jochen et Marion ; Grand-Mère et Gregor ; Franz et Ernst… Ces jours non définis par les huit heures du monde ouvrier appartiennent à tous les personnages. Et les « huit heures », chacun les a, que ce soit en étant mère au foyer, en s’occupant bénévolement d’enfants dans une crèche, et cætera. Du rire aux larmes, du geste tendre d’un gamin à une gosse à une vilaine baffe lancée par un réac’ à sa femme en pleine phase d’anticipation, Rainer Werner Fassbinder réalise avec Huit heures ne font pas un jour une belle fresque feuilletonnesque sans cynisme qui radiographie justement l’Allemagne du quotidien dans toutes ses nuances.
Tout au long de l’année, les murs de Cannes affichent de grands succès du cinéma. A la veille du 71e Festival International du Film de Cannes, remontez le temps grâce à une visite guidée dans un musée à ciel ouvert.
Depuis 2002, différents ateliers d’artistes confirmés décorent les murs de Cannes. Les fresques d’A. Fresco, Fresqu’île, 7e sens, ou plus récemment Vertical Pulse ornent une quinzaine de murs, même si certaines, au fil des jours, ont disparu.
Avant d’être réalisées avec des peintures acryliques d’extérieur traitées avec un système anti-graffiti, les œuvres murales sont soumises à l’architecte des bâtiments de France, soucieux du respect des lieux et de l’architecture initiale.
Grâce à la rénovation ou la peinture de certains de ses murs, la ville a su mettre en valeur le 7e art qui rythme la vie cannoise chaque année au mois de mai et ses différents quartiers.
Petit tour d’horizon de ses fresques à découvrir lors de votre prochain passage à Cannes…
1- Cinéma Cannes (atelier A. Fresco)
Place Cornut Gentille -2 Quai Saint-Pierre — Taille : 240 m²
Première œuvre d’un parcours qui en compte 16 (si on prend en compte 2 œuvres disparues), elle célèbre les 100 ans du cinéma en illustrant l’installation des décors et de la caméra ainsi que le début d’un tournage.
Le casting de rêve est composé de célèbres duos du 7e art : Kate Winslet — Leonardo di Caprio (Titanic), Bourvil — de Funès (La grande vadrouille), Paul Newman — Robert Redford…32 personnages parmi lesquels l’inattendu preneur de son, Olivier Clavel, qui est en réalité un peintre cannois qui a travaillé sur la fresque. Ce clin d’œil rappelle aussi qu’en 1947 le maire de Cannes (le Dr Picaud) présenta les ouvriers et techniciens sur scène, pour les remercier d’avoir terminé à temps le nouveau Palais de la Croisette, sur l’emplacement du « Cercle nautique ».
Lors de la réalisation de la fresque, la principale contrainte des artistes a été la prise en compte des quatre fenêtres de la façade pour les intégrer aux fenêtres peintes en trompe-l’œil.
2- Charlie Chaplin (A. Fresco) “Charlot et le Kid”
10 Bd Vallombrosa — Taille : 150 m²
A l’entrée du centre-ville, l’acteur, réalisateur, scénariste, producteur et compositeur britannique Charlie Chaplin culmine à 25 mètres de haut sur une pellicule en noir et blanc, accompagné d’un enfant au regard espiègle. Le Kid, sorti en 1921, 1er long-métrage de Chaplin, raconte l’histoire d’un pauvre vagabond malchanceux qui devient le père adoptif d’un enfant qu’il trouve dans la rue.
La fresque fait écho à l’hommage rendu à Charles Chaplin en 1971 lors du 24e Festival du Film de Cannes, lorsque toute la famille de l’artiste avait assisté à l’ouverture du festival qui l’honorait. L’émotion de l’artiste de 82 ans durant l’ovation du public du Théâtre Lumière reste l’un des grands moments de l’histoire du Festival.
En découvrant la fresque Les baisers du cinema (n°14), vous aurez sûrement envie de revoir certains de ces moments passionnés. Ce sera aussi une belle occasion de redécouvrir le baiser fusionnel, tendre et déchirant du Kid et de Charlie Chaplin.
3 –Hôtel de la Plage (Fresqu’île)
Place du Suquet, 7 rue Saint-Dizier — Taille: 1 530 x 2 048
La fresque illustre la sortie de Jacques Tati du mythique “Hôtel de la plage” rendu célèbre dans Les vacances de Monsieur Hulot, réalisé par Jacques Tati en 1952. Le film, burlesque mais tendre, présente une galerie de portraits de vacanciers, à une époque où les vacances à la mer deviennent populaires. Monsieur Hulot est un personnage intemporel qui, par ses quiproquos, sa maladresse et son comique visuel, a hérité du cinema muet et de l’esprit du théâtre.
Le film a connu trois versions, l’une en 1953, une autre en 1963 et une dernière en 1978 lorsque Tati est retourné à Saint-Marc-sur-Mer, où il avait précédemment tourné, pour filmer une scène inspirée du film Les Dents de la merde Steven Spielberg.
Pour l’anecdote, sachez que le grand-père de Nicolas Hulot (le journaliste, producteur, homme politique) a inspiré à Jacques Tati le nom du personnage de Monsieur Hulot. Son grand-père était l’architecte de l’immeuble dans lequel habitait le réalisateur. A chaque fois qu’un problème survenait la gardienne conseillait à la famille Tati d’appeler Monsieur Hulot. Celui-ci avait une silhouette particulière qui a marqué Jacques Tati, au point que lorsqu’il a travaillé sur le film, il a demandé à M. Hulot l’autorisation d’utiliser son nom, ce que l’architecte a accepté.
4- Trompe l’œil (Fresqu’île)
Place du Suquet, 16 rue Saint-Dizier — Taille : 198 x 297
La porte d’entrée et le lampadaire du haut sont réels alors que le reste est un trompe l’œil, comme l’indique le nom de la fresque.
Ce mur ne présentait que peu d’intérêt jusqu’au jour où le restaurant Barbrella en a fait sa carte de visite. L’entrée se trouve rue Saint-Dizier (et non par la porte de la fresque), le mobilier du restaurant gastronomique est signé Stark.
A Cannes même les restaurants ont leur quart d’heure de célébrité grâce aux murs dignes d’une affiche de cinéma !
5- L’envers du décor (7e sens)
7 rue des Suisses — Taille : 90 m²
Cette fresque de 2005 représente un tournage de film avec, en arrière-plan “l’envers du décor”. Cette mise en abîme nous permet de découvrir le premier Palais des Festivals et de redécouvrir son histoire et des débuts parfois difficiles : lors des premières projections dans le hall du Casino Municipal, la projection du documentaire Berlin de Youli Raizman est interrompue plusieurs fois. Le film de Hitchcock, Les Enchainés et celui de Friedrich Ermler, Le tournant décisif, sont victimes d’inversions de bobines…
Un nouveau casino a été inauguré en 1907 au début du boulevard de la Croisette. Grâce aux travaux d’agrandissements réalisés après la Première Guerre mondiale, l’établissement accueille de grandes manifestations mondaines et devient également un lieu prisé des touristes. En 1939 la ville de Cannes remporte le contrat (contre Vichy, Biarritz, Lucerne, Ostende et Alger) pour devenir l’organisateur du Festival international du film. Le Casino s’impose alors naturellement comme le lieu devant accueillir l’événement, avec Louis Lumière comme premier Président de la manifestation. L’architecte, M. Février, réalise le plan d’installation des appareils cinématographiques et la salle de projection est aménagée pour devenir un symbole de la haute technologie française.
Après la Seconde Guerre mondiale, un nouveau projet de construction est à l’étude et se concrétise en 1949, grâce à l’emprunt de plusieurs millions de francs contracté par la ville de Cannes. Le Palais des Festivals ouvre ses portes malgré les travaux inachevés. Un an après, face à la popularité croissante du Festival, les organisateurs souhaitent agrandir les lieux. Ce n’est finalement qu’en 1983 que le Palais des Festivals et des Congrès que nous connaissons actuellement ouvre ses portes. Entre temps, il a régulièrement été modernisé et agrandi.
La fresque est un hommage aux hommes et aux femmes de l’ombre, du technicien au réalisateur, qui consacrent leur vie à nous divertir.
6- Buster Keaton (Fresqu’île)
29 Bd Victor Tuby/ angle du 9 rue des Frères — Taille : 570 x 855
Cet artiste américain a marqué le cinéma muet en devenant un maître incontesté du gag visuel et de l’humour. Acteur, réalisateur, scénariste et producteur, il était surnommé « l’homme qui ne rit jamais ». Il était pourtant souvent cité comme un modèle par Charlie Chaplin qui admirait son talent, ses qualités d’acrobate — son surnom “Buster” signifie d’ailleurs “casse-cou” — et son exigence professionnelle.
La fresque illustre Buster Keaton, impassible, filmant Le caméraman, sa dernière production. A la demande du studio, l’homme “sans sourire” a accepté de déroger à la règle qu’il s’imposait et a accepté de sourire dans Le caméraman. Il a dû modifier ces scènes face aux réactions hostiles du public.
Charlie Chaplin lui rend un bel hommage dans Les feux de la rampe (1952) en lui confiant un rôle émouvant, qui “casse” un peu son image d’homme distant et froid.
Buster Keaton a eu des liens avec la France puisqu’il y a séjourné de 1918 a 1919 lorsque il a été mobilisé et envoyé au front. Il est revenu en 1962, lors d’une rétrospective organisée par Henri Langlois, pionnier de la restauration et de la conservation de films. Keaton a alors traversé la salle de la rue d’Ulm, sous un tonnerre d’applaudissements du public en effervescence. Il est monté sur l’estrade, et les applaudissements n’ont pas cessé. Keaton a ensuite pleuré, lui que personne n’avait jamais vu en larmes.
7- Gérard Philipe (A. Fresco)
3 Bd Victor Tuby — Taille : 280 m²
Né à Cannes en 1922, Gérard Philippe a commencé sa carrière d’acteur sur les planches à Nice avant de devenir l’un des principaux comédiens de l’après-guerre. Mort prématurément à l’âge de 36 ans, il a acquis une notoriété importante aussi bien pour ses rôles au théâtre (Caligula, Le Cid, Ruy Blas) qu’au cinéma (Le Diable au corps, La Beauté du Diable). Un hommage lui a été rendu lors de l’édition de 1972 grâce à une plaque commémorative avenue du Petit-Juas, là où l’ acteur a passé son enfance. Il a été la vedette principale de trois films primés à Cannes : Juliette ou la clef des songes (1951) de Marcel Carné, Prix de la meilleure partition musicale, Fanfan la Tulipe(1952) de Christian-Jaque, Prix de la mise en scène, et Monsieur Ripois(1954), de René Clément, Prix spécial du Jury du FIF.
Dans cette fresque l’acteur incarne un personnage populaire et imaginaire, dans son 1er film d’aventure, Fanfan la Tulipe, de Christian- Jaque (1952), tourné en partie à Grasse, qui lui permet alors d’acquérir le statut convoité “d’idole des jeunes” des années ’50. En tournant ce film de cape et d’épée il a avoué avoir joué l’un de ses personnages préférés.
8- Le 7e art (A. Fresco)
Place du 18 juin (pont Carnot) — Taille : 321 x 214
Cette fresque rend hommage au cinéma de quartier. Après avoir monté un véritable escalier, vous êtes invités à emprunter un escalier imaginaire, celui des Palmes d’Or du Festival de Cannes depuis 1946. Un film et ses principaux acteurs sont représentés pour chaque décennie.
Vous reconnaîtrez…
La Symphonie Pastorale (1946), réalisé par Jean Delannoy avec Michèle Morgan et Pierre Blanchard (Grand Prix pour la France. L’actrice Michèle Morgan devient la première comédienne récompensée par le Festival.
La Loi du Seigneur (1957), réalisé par William Wiler, avec Gary Cooper. C’était le film préféré de l’acteur américain devenu Président des États-Unis. En mai 1988 il offrit une copie (VHS) du film au Président Russe Michael Gorbachev.
Un Homme et une Femme(1966), réalisé par Claude Lelouch, avec Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant. Le film alterne les scènes extérieures, en couleur, et les scènes d’intérieur filmées en noir et blanc… pour des raisons budgétaires ! C’est l’un des films primés à Cannes les plus vus, avec 4,3 millions de spectateurs.
Taxi Driver(1976), réalisé par Martin Scorsese, avec Robert de Niro. L’acteur, qui venait d’obtenir un Oscar pour son second rôle dans Le Parrain II, a préparé son rôle pour le film Taxi Driver en conduisant un taxi pendant 15 jours à New York. Un comédien monte dans le taxi un soir. Surpris de voir de Niro au volant il lui lance : « Vous êtes obligé de faire le taxi ? L’Oscar ne vous a pas aidé ? »
Sous le Soleil de Satan (1987), réalisé par Maurice Pialat, avec Gérard Depardieu. Sifflé lors de la remise du prix, le cinéaste prononce une phrase restée célèbre : « Si vous ne m’aimez pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus ».
L’Anguille(1996), réalisé par Shôhei Imamura, avec Mitsuko Baisho et Koji Yakusho. Le réalisateur provocateur connu pour ses critiques sociales, est à ce jour le plus âgé à avoir été primé à Cannes, à 71 ans.
A ces acteurs s’ajoutent l’incontournable Alfred Hitchcock et un oiseau (en écho au film Les oiseaux, 1963), l’un des plus célèbres baisers du cinéma entre Vivien Leigh et Clark Gable dans Autant en emporte le Vent de Victor Fleming (1939), et l’enfant du pays, Gérard Philippe, né à Cannes, pour son rôle dans Fanfan la Tulipe de Christian-Jacque (1952).
9- Marilyn Monroe (A. Fresco)
16 Bd d’Alsace — Taille : 400 m²
En 2012, Marilyn Monroe est à l’honneur sur l’affiche du 62e Festival de Cannes, dans une photo en noir et blanc la montrant soufflant une bougie sur un gâteau d’anniversaire. Elle n’a jamais foulé le tapis rouge cannois mais elle reste une figure incontournable du 7e art.
La façade aveugle de cet immeuble auquel personne de prêtait attention est devenue l’une des plus appréciées des automobilistes cannois. Agrandi 100 fois, le portrait de l’icône du cinéma des années ’50, Norma Jean Baker, plus connue sous son nom de scène, Marilyn Monroe, est devenu une véritable source d’inspiration pour les générations suivantes.
Pour réaliser ce portrait une 100e de calques ont été nécessaires. Préparés en atelier, ils ont ensuite été perforés pour être transformés en pochoirs puis fixés au mur sur la façade de l’immeuble, où la peinture a été projetée. Les finitions comme le contour de la bouche, difficiles à réaliser, sont faites au pinceau.
10- L’arrivée d’un train en gare de La Ciotat (A. Fresco)
Parking de la Gare/Avenue Jean Jaurès — Taille : 300 m²
Cette fresque n’est plus visible
Elle a été réalisée en 2004 de manière à retranscrire la réalité. Elle a été créée à partir de documents prêtés par l’Institut Lumière. Elle s’efforçait de mettre en valeur le talent de Louis et Auguste Lumière, inventeurs du cinématographe, en 1885. Deux ans plus tard, les deux frères filmaient un train lors de son arrivée en gare de La Ciotat.
Ce film a marqué les esprits car il a impressionné les spectateurs du Boulevard des Capucines à Paris, où a eu lieu la première. Il est ensuite devenu le symbole de la naissance du 7e art.
La place de cette fresque qui rend hommage à l’apparition du cinéma était toute trouvée : la gare, lieu où arrivent les trains, mis en valeur par les frères Lumière.
11- Jean Gabin (A. Fresco)
Place de la Gare — Taille : 150 m² – Cette fresque n’est plus visible
Créée en 2006, elle présentait deux héros : d’une part le conducteur de train Jacques Lantier, incarné par l’acteur Jean Gabin dans La Bête humaine— écrit par Emile Zola et adapté au cinéma par Jean Renoir — d’autre part la locomotive à vapeur “la Lison”.
La fresque mettait en scène le cinéma en la personne de Jean Gabin, et la ville de Cannes puisque l’acteur était représenté entrant en gare de Cannes.
Sachez que le film a été tourné en 1938, peu après la création de la SNCF. Celle-ci avait d’ailleurs beaucoup aidé l’équipe du film, conseillant Jean Gabin pour qu’il soit crédible en conducteur de train.
12- Harold Lloyd (A. Fresco)
9 rue Louis Braille — Maison des Associations — Taille : 570 x 855
Les fresques de Cannes mettent à l’honneur les maîtres du comique burlesque et des films muets, notamment Charlie Chaplin, Harold Lloyd ou Buster Keaton.
Harold Lloyd est l’un des plus grands comiques du cinéma muet : entre 1914 et 1947, il a joué dans près de 200 films comiques, muets puis parlants (en 1927), ce qui lui valut d’être gratifié d’un Oscar honorifique pour sa carrière et de deux étoiles sur le Walk of Fame à Hollywood.
La scène du film Safety Last!(1923) est devenue culte : elle a été inspirée à Harold Lloyd lorsqu’il a aperçu une foule rassemblée autour de Bill Strohers, aussi appelé “l’araignée humaine”, alors que ce dernier grimpait un immeuble, le Brockham Building à Los Angeles, à mains nues. L’équipe du film a demandé à l’acrobate de passer au studio où se tournait le film puis de travailler avec les scénaristes pour présenter des images réalistes.
Pendant le tournage de la scène mythique, Harold Lloyd n’a été suspendu aux aiguilles de l’horloge que de quelques centimètres au-dessus du toit (!) puisque le décor a été construit en haut d’un immeuble. L’angle de caméra a permis de donner l’illusion du vide.
13- Plein Soleil – Alain Delon (A. Fresco)
109 bis Avenue Francis-Tonner — Taille : 180 m²
La fresque met en valeur la beauté d’Alain Delon, qui correspondait aux critères de l’idéal masculin de l’époque. La plastique de l’acteur a fasciné bon nombre de cinéastes et de spectateurs pendant des décennies. Plein Soleila permis à l’acteur d’éclore au cinema, filmé par l’œil averti de René Clément, en couleurs, après avoir été révélé en noir et blanc dans Rocco et ses frères, de Luchino Visconti.
Le film franco-italien, sorti en 1960, est une adaptation du livre Monsieur Ripley de la romancière Patricia Highsmith. Une nouvelle version a été réalisée en 1999 par Anthony Minghella, Le talentueux Monsieur Ripley avec Matt Damon.
Dans la fresque, Alain Delon expose son torse bronzé, direction plein soleil, au guidon d’un bateau qui navigue sur la Méditerranée, un élément naturel important dans le film.
14- Les baisers de cinéma (A. Fresco)
44 Bd de la République — Taille : 200 m²
A l’occasion du 60e Festival International du Film de Cannes, 6 baisers célèbres ont été dessinés sur ce mur. Ils retracent 60 ans de passion, d’amour et de tourment :
Michèle Morgan et Jean Gabin dans Le quai des Brumesde Marcel Carné, 1938. L’actrice a confié avoir été tremblante lors de cet échange mémorable avec Jean Gabin. Le baiser est aussi célèbre que la réplique qui s’en suit : »T’as de beaux yeux tu sais… »
Vivien Leigh et Clark Gabel dans Autant en emporte le ventde Victor Fleming, 1939. La scène du baiser du 1er long-métrage en couleurs du cinéma – et longtemps le plus gros succès de l’histoire du cinéma – fait suite au refus de Rhett Butler (le héros du film) d’embrasser la jeune et fière Scarlet O’Hara qui attendait les yeux fermés qu’il veuille bien l’embrasser…
Ingrid Bergman et Gary Grant dans Les enchaînésd’Alfred Hitchcock, 1946. Le réalisateur a trouvé un moyen de contourner la censure de l’époque qui limitait la durée des baisers au cinema à trois secondes : ses deux personnages entrecoupent leurs baisers de dialogues et de soupirs, ce qui leur permet de jouer une scène devenue inoubliable.
Lauren Bacall et Humphrey Bogart dans Le port de l’angoisse de Howard Hawks, 1945. Les deux acteurs se sont rencontrés sur le tournage de ce film devenant l’un des couples les plus glamour de Hollywood. La réplique de Lauren Bacall est l’une des plus connues de l’histoire du cinéma, lorsqu’elle dit à son partenaire : « Si vous avez besoin de moi, vous n’avez qu’à siffler. Vous savez siffler, Steve ? Vous rapprochez vos lèvres comme ça et vous soufflez ! »
Kate Winstley et Leonardo di Caprio dans Titanic de James Cameron, 1997. Alors qu’ils “s’envolent” sur le paquebot au sort tragique, les amoureux sont accompagnés par un soleil couchant, une caméra qui virevolte autour d’eux, le tout sur une musique devenue incontournable. Enivrant.
Anita Ekberg et Marcello Mastroianni dans La Dolce vitade Federico Fellini, 1960. Les spectateurs de ce film italien devenu culte n’ont pas oublié la belle Anita Ekberg se rafraîchissant dans la Fontaine de Trevi à Rome, qui interpelle Marcello Mastroianni en lui disant « Viens Marcello » avant qu’il ne la rejoigne pour un baiser fougueux. L’un des plus célèbres du cinéma.
15- Cannes movie car museum (Voitures les plus célèbres du cinéma) (A. Fresco)
Parking Betholet (ex-Diabolika) — Taille: 180 m²
Quel meilleur endroit qu’un parking pour peindre sur les murs des voitures ayant marqué les esprits ? Steve Mac Queen, Startsky et Hutch, Mad Max ou Bonnie and Clyde se cachent derrière les célèbres bolides…
Starsky et Hutch, la série diffusée de 1975 à 1978, était jouée par Paul Michael Glaser et David Soul. La voiture était une Ford Gran Torino.
Mad Max, sorti en 1979, joué par Mel Gibson. La Ford Falcon XB coupé du film a marqué les esprits.
Taxi Driver, sorti en 1976 avec Robert de Niro dans son taxi new-yorkais, le Checker Marathon taxi (du nom de la société de taxis américaine).
Mister Bean, la série diffusée de 1990 à 1995, était jouée par Rowan Atkinson, souvent vu au volant de son MK III Austin Mini.
Ghostbusters, sorti en 1984, avec Bill Murray et Dan Aykroyd. Ambulance Cadillac 59.
Bonnie and Clyde, sorti en 1967, avec Warren Beatty et Faye Dunaway. La voiture, une Ford Fordor Deluxe Sedan 1934, était très appréciée des deux criminels, qui l’avaient d’ailleurs dit à Ford lui-même dans une lettre qu’ils lui avaient adressée.
James Bond, ”Meurs un autre jour”, sorti en 2002, interprété par Sean Connery. Comme toujours le film propose de très belles voitures, comme l’Aston Martin DBS V12 Vanquish dessinée dans cette fresque.
La Coccinelle revient, sorti en 2008, dont la fameuse Volkswagen a plu à plusieurs générations de spectateurs.
Cars, sorti en 2006, dont la voiture est un personnage de dessin animé, Flash.
Batman, sorti en 1989, avec Micheal Keaton dans sa célèbre Batmobile.
Deux nouveaux films viennent de rejoindre la grande famille du cinéma sur les murs de Cannes : La Leçon de Piano de Jane Campion, 1e femme réalisatrice primée, et Pulp Fiction de Quentin Tarantino (respectivement Palmes d’or 1993 et 1994) réalisées sous le Pont Alexandre III par Vertical Pulse, un collectif d’artistes spécialisé dans les fresques et décors muraux.
La nouvelle fresque remplace celle de 1982, représentant un paysage, qui a été dégradée par le temps. Dans un premier temps, le mur a été nettoyé puis préparé (réparation de fissures, application d’une peinture spéciale qui a servi de fond à la fresque). Dans un deuxième temps, les fresques ont été peintes dans des tons camaïeux, de chaque côté du pont, illustrant les personnages et des éléments caractéristiques des deux films. Vous reconnaitrez les visages d’acteurs célèbres ayant joué dans ces deux films primés à Cannes : Bruce Willis, John Travolta, Harvey Keitel, Sam Neill et Holly Hunter.
Sur les colonnes, la ville de Cannes est à également l’honneur, grâce à la représentation de son logo et de ses couleurs : le blanc, le bleu et le jaune.
Si cette année est celle des femmes à Cannes, pour les Women in Motion, c’est tous les jours. À l’occasion du 71ème Festival de Cannes et pour leur quatrième collaboration, c’est Patty Jenkins, la réalisatrice de Wonder Woman qui se verra recevoir le prix Women in Motion 2018.
Patty Jenkins succède à l’actrice française Isabelle Huppert récompensée l’an dernier par le Prix Women in Motion décerné par Kering et le Festival de Cannes. Une récompense pour une réalisatrice, voilà quelque chose de rare qu’on ne peut qu’apprécier de voir ici. Et c’est amplement mérité pour la première femme réalisant un film avec un budget dépassant les 100 millions de dollars. La cinéaste a marqué le cinéma en 2017 et a énormément contribué aux discussions sur l’égalité femme-homme en mettant sur le devant de la scène une héroïne DC Comics. Un film sur une femme par une femme et qui fait plus de 8 millions d’entrée au box-office, c’est plutôt salutaire.
En même temps, Patty Jenkins avait, dès ses débuts dans le septième art, mis la barre assez haute avec son premier long métrage Monster nommé aux Oscars. Le film avait valu à Charlize Theron plusieurs récompenses notamment à Berlin et aux Oscars. Patty Jenkins prépare déjà la suite de Wonder Woman à qui l’on espère le même sort que le premier volet.
Patty Jenkins recevra son Prix, à l’occasion du Dîner officiel Women in Motion le 13 mai, des mains de François-Henri Pinault, Président-Directeur Général de Kering, de Pierre Lescure, Président du Festival de Cannes, et de Thierry Frémaux, Délégué général du Festival de Cannes.
« Plus que jamais, je suis fier que le Festival de Cannes accueille Women in Motion, renouvelant notre soutien aux femmes du cinéma. La défense de cette cause est pour nous primordiale et s’inscrit naturellement dans la lignée des engagements menés par le Festival. Au cours des quatre années qui se sont écoulées, Women in Motion a permis à de nombreuses personnalités du secteur de s’exprimer sur la sous-représentation des femmes et les solutions qui pourraient être envisagées pour la combattre. Nous sommes heureux que d’autres voix puissent se faire entendre à l’occasion de cette nouvelle édition. » Pierre Lescure, Président du Festival de Cannes
« La parole libre portée par de nombreuses femmes cette année est une nouvelle étape franchie en faveur d’une prise de conscience sur le manque de parité dans notre industrie. Women in Motion permet de mener ce débat depuis maintenant 4 ans et nous sommes fiers d’y être associés. Nous avons conscience du rôle que le Festival peut jouer dans l’avancée des mentalités et il est fondamental pour nous de mener des actions concrètes, tel que cet engagement aux côtés de Kering. » Thierry Frémaux, Délégué général du Festival de Cannes
Présentée en compétition française, la série Nu est repartie la queue entre les jambes, face à la plus prétentieuse Ad Vitam. Mais ce n’est que partie remise car dans ce duel de dystopies, celle-ci a sûrement beaucoup plus d’arguments pour rester dans les mémoires.
Nu (Olivier Fox – France)
Synopsis : En 2026, un changement radical impose à tout le monde de vivre nu dans une France pacifiée et apaisée. Un inspecteur de police se réveille après 8 ans de coma et doit s’adapter malgré lui à cette nouvelle société. Un ovni télévisuel entre loufoquerie et critique acide d’une dictature de la transparence.
Avec : Satya Dusaugey, Malya Roman, Brigitte Faure, Vincent Solignac, Alexandre Philip, Joséphine Draï, Valérie Decobert, Alix Benezech
Dire que Nu était attendue tiendrait de l’euphémisme. Les deux séances affichées étaient pleines à craquer pour cette nouveauté OCS qui fait le pari fou d’aller à contre-courant de tout ce qui fut proposé durant ces neufs jours de festivals. Il faut dire que le postulat intrigue : Un flic dans le coma se réveille dans une France où tout le monde est tenu de vivre dans le plus simple appareil. Qui a déjà eu une idée aussi saugrenue ? Tout le monde. Qui a osé la mettre en forme et en faire une série ? Les scénaristes Olivier Fox, Judith Godinot, et Olivier de Plas. Et, loin de la simple opération de communication, la promesse est entièrement tenue. Il y aura peut-être même un record à couler dans le marbre pour immortaliser ce défilé de pénis et de vulves projetés sur grand écran sans aucune pudeur. Nous sommes venus voir des français et des française à poil, et c’est ce que nous avons eu. Mais attention à ce que l’on souhaite.
Quelques réactions gênées (voire excessives comme un « Quelle horreur ! » un peu trop bruyant) se sont bien évidement fait entendre durant la projection. C’est que si vous voulez des corps nus partout, vous allez être servis. Par contre, ceux-ci ne seront pas forcément très séduisants. Des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux, des gros, des maigres… Comme dans la vie réelle, il y a de tout dans Nu, quitte à gêner la sensibilité de ceux qui vivent un peu trop dans un monde de publicité. Et c’est là toute la force de la série. En inversant notre rapport à la pudeur, Nu désacralise finalement le corps, lui retire ses atours séduisants ou érotiques et, au final, les personnages apparaissent pour ce qu’ils sont : des hommes et des femmes avec leur propre caractère, leurs qualités et leur défauts, sans qu’aucun jugement de soit jamais porté sur le corps. Car dans ce futur, toute critique portée sur le physique est passible d’une amende. Dans la continuité de ce qui était déjà à l’œuvre dans Lazy Company, OCS n’hésite pas une seconde à ajouter dans cette population des corps handicapés, se baladant à la fraîche et incarnant des rôles où leur condition physique importe peu (le maire ou le meilleur ami en couple avec la capitaine de police). Peut-être est-ce involontaire de la part des créateurs, mais Nu obtient de ce fait une importance politique non-négligeable.
L’inversion des normes est donc le noyau de cette série. Inversion du rapport au corps certes, mais aussi du rapport à la vie. Le libéralisme a laissé place à une écologie brutale, tout le monde est devenu végétarien, un homme s’appelle Corinne et les anciens vendeurs de vêtements se regroupent en cellules terroristes… Les créateurs ont le bon goût d’aller à fond dans leur délire, repoussant toujours plus loin les limites de l’absurde (les réactions outrées à la découverte d’un cadavre habillé dans les bois). Mais pour l’instant, si dystopie il y a, ce n’est que pour le personnage principal, qui ne peut pas vivre dans ce monde en gardant ses habitudes de macho mythomane. Si le prix à payer est de se débarrasser de ce genre de types, toujours prêt à juger les autres sur leur physique, on se dit que ce futur n’est peut-être pas une si mauvaise idée.
Véritable doigt pointé sur tous ceux qui voudraient imposer des normes (vestimentaires ou corporelle) Nu est finalement bien plus qu’un OVNI télévisuel ou une blague potache de producteurs. Nu est une série importante.