Plaire, aimer et courir vite est le quatrième film de la compétition à être projeté pour le 71ème Festival de Cannes. 11 ans après Les chansons d’amour, Honoré revient dans la sélection officielle et, pour une fois, le public aurait voulu plus d’amour et moins d’engagement dans un film qui déçoit globalement malgré ses qualités.
Plaire, aimer et courir vite n’est pas un mauvais film, il a même beaucoup de qualités esthétiques et Christophe Honoré confirme indéniablement son talent pour diriger les acteurs, mais le film met du temps à démarrer. On assiste encore une fois à une mise en lumière de la cause gay via celle du sida là où l’on aurait pu trouver un film d’amour très touchant, parce qu’il n’y a pas que la lutte qui réside dans le fait d’être homosexuel, au contraire même. Il est regrettable de voir un réalisateur lui-même concerné sombrer dans une certaine complaisance qui empêche le film de briller par ses grandes qualités. La capacité d’Honoré à insérer des chansons dans son cinéma est toujours remarquable, mais ici les scènes qui auraient pu être divines en alliant image et musique se retrouvent peu passionnantes par le choix de ce qui est montré de l’intrigue à ces moments-là. Si le cinéma lesbien se développe plutôt bien ces dernières années, les couples d’hommes se font plus rares à l’écran. Plaire, aimer et courir vite avait le mérite de leur donner de la visibilité en pouvant montrer que c’est toujours de l’amour mais Honoré passe à côté du sujet. On croit même à un moment à une imitation de Carol lorsque Lacoste murmure « Mon ange » à Deladonchamps mais la tendresse et la grâce montrées à l’écran ne sont pas vraiment comparables.
D’un point de vue visuel, Plaire, aimer et courir vite est évidemment très intéressant avec l’omniprésence du bleu qui amène un certain apaisement, à moins qu’il ne s’agisse d’un clin d’œil marin à sa Bretagne natale. Espérons en tout cas que ce n’est pas un ajout de stéréotypes en rapport avec la masculinité qui dirige le film. Justement, la force du cinéaste est de faire un film masculin sans passer par cette virilité, que l’on trouve toujours dans la guerre ou l’action au cinéma, mais plutôt en laissant toute sa place à l’émotion, toute autant virile. Elle est d’ailleurs portée par un trio d’acteurs majoritairement brillant malgré le manque de profondeur qui leur est accordé. Vincent Lacoste est très convaincant contrairement à sa nonchalance habituelle qui peut agacer et mériterait bien pour l’instant d’être récompensé. Denis Podalydès illumine également le film avec son regard décalé et son humour qui amène la légèreté dont on a besoin. Pierre Deladonchamps, lui, reste plus fade et plus en retenue dans un rôle sans doute moins intéressant.
Bande-annonce : Plaire, aimer et courir
https://www.youtube.com/watch?v=2GdZ1EwSALo
Synopsis : Nous sommes en 1990. Arthur (Vincent Lacoste) a vingt ans et il est étudiant à Rennes. Sa vie bascule le jour où il rencontre Jacques (Pierre Deladonchamps), un écrivain qui habite à Paris avec son jeune fils. Le temps d’un été, Arthur et Jacques vont se plaire et s’aimer. Mais cet amour, Jacques sait qu’il faut le vivre vite.
[Compétition officielle au Festival de Cannes 2018]
Plaire, aimer et courir vite, un film de Christophe Honoré
Avec Vincent Lacoste, Pierre Deladonchamps, Denis Podalydès…
Genre : Comédie dramatique
Distributeur : Ad Vitam
Durée : 2h 12min
Date de sortie : 10 mai 2018
L’année 2018 est une nouvelle fois riche en super-production sur grand écran. Parmi les quelques rares nouveautés sortant du lot, nous retrouvons des franchises qui se succèdent, et qui parfois se ressemblent, pour le meilleur comme pour le pire. Marcher sur un produit et un scénario qui a déjà rassemblé plusieurs millions de spectateurs dans les cinémas n’est pas toujours une super idée. À côté de cela, le recyclage peut aussi avoir du bon. Comme disait le célèbre chimiste Antoine Lavoisier : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Si cette citation s’applique avant tout dans l’évolution technologique ou de la médecine, elle apparaît toute aussi vraie dans le monde du cinéma, et les producteurs en abusent jusqu’à plus soif.
Les Films Issus D’une Suite En 2018
En vous rendant dans le cinéma le plus près de chez vous, en cette année 2018, les titres des films sont très généralement succédés de numéro pour signifier une suite. Ocean’s 8, Deadpool 2, Predator 4 sont des exemples frappants, permettant de situer à combien de productions du genre nous sommes rendus, et nous faisant prendre conscience qu’il y avait le premier qui était tellement bien, et qu’on en redemande. Mais dans la plupart des cas, c’est toujours mieux de s’arrêter à l’original, car la suite ne permet que de surfer sur la vague du succès, avant d’aboutir sur un nanar qui ne remplira plus les salles. Voici toutes les suites de films qui seront présentes dans vos salles de cinéma.
Ocean’s 8 : Si vous recherchez l’une des suites les plus inattendues, Ocean’s 8 de Gary Ross féminise très largement le concept lancé par George Clooney et Brad Pitt dans le milieu des casses en bande organisée, une bande à la cool. Cette série de films orientée sur les casinos à l’origine s’étend cette fois sur les podiums de New York. Sandra Bullock a un plan tout droit sorti de ses gênes d’Ocean, puisqu’elle interprète la jeune soeur de Dany.
Jurassic Wold – Fallen Kingdom : « La vie trouve toujours un chemin » comme dirait Jeff Goldblum, présent dans ce nouveau volet de Jurassic World, une sorte de remaster de Jurassic Park, mais davantage bonifié par la technique. Si la royaume tombe dans ce second volet Jurassic World, nous retrouverons quelques similitudes avec Le Monde Perdu sorti en 1997, et s’inspirant déjà du roman d’Arthur Conan Doyle. Rien ne se perd … .
Les Indestructibles 2 : Le film d’animation regroupant une famille de super héros, assurément indestructible, revient sur grand écran. Fort d’un large succès en 2004, le premier volet ne promettait pas une suite, ou du moins dans l’immédiat. Retrouvez les personnages à l’humour type Family Guy sera des plus amusants, pour les petits comme les grands.
Solo – A Star Wars Story : Comment passer à côté des nouveaux films Star Wars. Si jusqu’à maintenant, depuis la succession au sein des studios Disney, nous en attendions un par an, et plutôt en hiver, cette fois, l’épilogue de 2 heures 30 sur le héros Han Solo mêlera humour, nostalgie pour les premiers fans de la saga, et parcours à la vitesse de la lumière au sein du Faucon Millenium. Une production attendue de tous, avec un Harrison Ford laissant l’un de ses rôles les plus étoilés à un nouveau venu, Alden Ehrenreich.
Deadpool 2 : Si le premier volet laissait à désirer, tant les moments de flottement contrastés trop avec l’humour du héros le plus sanglant de la planète Avengers et Marvel, cette suite est attendue avec quelque peu d’appréhensions. David Leitch, le réalisateur, va-t-il davantage s’élançait sur le côté humoristique du personnage des comics, ou cette perception du tueur. Et quid d’une éventuelle rencontre avec Wolverine.
Avengers – Infinity War : Les franchises autour des super héros sont clairement mises en avant dans les salles de cinéma, et tout naturellement, la succession la plus attendue est celle des Avengers. Cette bande de super héros, composée d’Iron Man, Captain America, Thor et Hulk notamment, va encore vous faire vivre une guerre sans précédent, détruisant une bonne partie de la terre. Avengers : Infinity War est sans doute l’une des meilleures productions du genre.
Pacific Rim – Uprising : Le premier volet lancé par Guillermo del Toro a été un véritable succès. Si l’on aime les robots géants, des aliens envahissant la Terre, et des scientifiques plus fous que leur propre théorie, vous serez servi. En revanche, pour ce qui a été de donner une suite à cette histoire, ce n’est pas la meilleure invention du siècle. Un crash attendu.
Cinquantes Nuances Plus Claires : De Grey, plus sombre et désormais plus claire, visiblement, il en faut pour tous les goûts, et on ne sait si cette aventure s’étendra encore sur une ou plusieurs générations. Que l’on aime ou pas, il faudra encore compter sur Clinquantes Nuances.
La Labyrinthe – Le Remède Mortel : Tout premier film sorti en 2014, quatre ans plus tard, c’est déjà le troisième volet qui est de sorti dans les multiplexes. Alors que l’on a déjà abandonné l’idée de voir un labyrinthe, il semble que le casse-tête soit plus complexe, tant pour le réalisateur que pour les spectateurs. Les écrits de James Dashner devraient davantage vous inspirer.
Mission Impossible – FallOut : Alors que le tournage de ce sixième volet mettant en scène Tom Cruise à Paris a fait la une des journaux français, la chute finale est-elle prévue pour ce nouveau film de la série Mission Impossible, il vous faudra épancher votre curiosité pour le savoir. Mais Ethan Hunt vous en fera voir de belles encore une fois avec des cascades folles.
Predator 4 : Encore une fois, les aliens fascinent toujours autant, surtout quand ils sont équipés comme les Predator, et que la chasse aux humains est ouverte. Pour tous ceux qui s’attendaient à retrouver Arnold Schwarzenegger, c’est raté, une tout autre mission l’attend, sauver la planète, en invoquant l’écologie, et non le lance-roquettes.
Sicario – La Guerre Des Cartels : Premier volet sorti en 2015 et réalisé par Denis Villeneuve, la guerre fait toujours rage à la frontière entre les États-Unis et le Mexique pour stopper le trafic de drogue. Avec le second numéro, La Guerre Des Cartels, nous ne retrouvons pas Denis Villeneuve aux manettes, mais Stefano Sollima, pour un thriller haletant.
Hôtel Transylvanie 3 : Si les contes Dracula et de sa fille vous ont émerveillé, ce troisième volet complétant une trilogie déjà programmée permet de faire une croisière en cette période estivale. Mais attention, la confrontation entre les humains et les monstres ne sera pas de tout repos. Une nouvelle fois, un film d’animation qui plaira aussi bien aux enfants qu’à leur accompagnant adulte.
Ralph 2.0 : Le héros des jeux d’arcade est de retour. Le spectateur est une nouvelle fois plongé dans l’univers des bornes d’arcade, de plus en plus tendance. Un retour fracassant, mettant une nouvelle fois en scène les héros des jeux les emblématiques et anthologiques du gaming des années 80 et 90.
American Nightmare 4 : Le jour le plus diabolique pour les États-Unis est une nouvelle fois une épreuve de force. En découvrant le premier volet, sous la forme d’un huis clos, nous pouvons être conquis par le concept de gens ayant la liberté de réaliser tous les vices qui leur font envie, sans impunité. Mais au fil des volets qui s’enchaînent, l’horreur et le suspens du premier numéro perdent de leur intensité, pour ne devenir qu’une simple guerre de rue, où tous se tuent avec le sourire, et sans remords.
Taxi 5 : Qui aurait cru Luc Besson encore capable de produire et de réaliser un film autour du taxi le plus célèbre de Marseille. Et bien c’est pour la cinquième fois une surprise, et pas du goût de tout le monde. Franck Gastambide et Malik Benthala sont davantage des Starsky & Hutch, ou Gastambide un transporteur façon Statham, mais avec l’apparition de policiers nains, de supporteurs de l’Olympique de Marseille, des surprises qui ne sont pas toujours de bon goût.
Des Séries Devenues Cultes, Mais Aussi De Véritables Ratés Pour 2018
Si l’on se réfère à Jurassic Park, Taxi, American Nightmare ou même Ocean, ces séries de films se succèdent, ne se ressemblent pas toujours, et offrent un spectacle parfois mitigé, ne répondant pas aux attentes du public, ou au contraire, offrant un nouveau tournant des plus haletants à tous les fans. Mais un seul maître mot ne doit jamais être prononcé avant chaque production, le point final. Cela n’existe pas, ou n’existe plus, comme vous voulez. Il faut donner un nouveau visage à chaque film qui peut connaître son petit succès. Avengers et Marvel l’ont très bien compris. Un nouveau méchant, de nouveaux héros, il faut dire que cette succession est quelque peu unique, tant les comics ont pu produire comme héros et antihéros en près d’un siècle de parution. Pour l’année 2019, il faudra là encore s’attendre à du très très lourd pour les films issus de séries. Les Marvel, Toy Story 4, Godzilla 2, Ça 2, Dragons 3, Anneballe 3 ou même Star Wars et James Bond seront présents dans les multiplex. Certaines productions s’essoufflent, et à juste titre, soit parce que ce n’est plus le même réalisateur, et que c’est simplement une volonté d’aller vite dans la production et réalisation du scénario. Finalement, nous nous demandons si l’industrie du cinéma est une affaire de gros sous, ou une volonté de nous faire rêver. Pour certaines créations, ce dernier constat est encore vrai, fort heureusement.
C’est dans une relative indifférence que s’est achevée le 15 avril dernier la huitième saison de Walking Dead, carton planétaire d’AMC adapté du comic-book éponyme de Robert Kirkman. Enfin, carton planétaire, c’est vite dit étant donné l’érosion progressive de l’audience qui voit la série revenir aux scores d’origine de 2011 sur cette saison. Après des pointes à 15 millions entre-temps, ça pique. Les chiffres seraient cependant un problème moindre (quoique) si les retours critiques, eux, étaient bons. Hélas, tandis que Game of Thrones, sa grande rivale, n’en finit visiblement plus de grimper, Walking Dead périclite jusqu’au point de non-retour. Comment en sommes nous arrivés là ? Explications depuis le point 0.
J’ai souvent reproché aux premiers lecteurs de Walking Dead une certaine ignorance du genre. Quand ils affirmaient que le comics de Kirkman était inédit car il se concentrait sur l’humanité survivante, il y avait de sérieux arguments pour les gifler. Comment peut-on être à ce point inculte ? Comment peut-on clamer aussi bêtement que l’ADN même du genre constitue l’iconoclasme de cette production ? Tout juste comme si Romero n’avait jamais existé. Or, nul besoin d’expliquer à toi, cher lecteur, que le zombie (comme toute grande figure monstrueuse) est une métaphore de l’humanité. Et que bien entendu, ces récits horrifiques sont là pour parler des survivants et interroger ce qu’il reste de notre espèce déliquescente. Et ce depuis les origines, et pas seulement depuis les écrits, assez moyens en plus, de Kirkman.
Ce n’est donc pas forcément acquis, voire un peu énervé par ma lecture, que j’abordais cette adaptation sérielle en 2011. Et si la saison 1 n’était pas une grande entrée en matière, elle était au moins suffisante pour vouloir pousser plus loin. A raison puisque la saison 2 était nettement plus convaincante, s’attardant vraiment sur ses protagonistes et créant des relations intéressantes et tendues. Ce qu’on ne savait pas, c’est que la malédiction Walking Dead allait pointer le bout de son nez.
Car pendant la diffusion de cette saison 2, Kévin (appelons-le Kévin, no offense), 14 ans, trépigne devant son écran s’exclamant : « Azy, y’a pas assez de zombies et d’action, c’est nul ! ». Et tous les Kévin de la planète d’exprimer en cœur leur déception devant cette série de zombies qui parle trop. Alors, on vire le showrunner Franck Darabont (déjà peu en odeur de sainteté) et son successeur, Glenn Mazarra, met en place une saison 3 plus musclée, plus gore, versée dans le fan-service et fondamentalement plus stupide. Alors là des tripes, des morts, de la violence, c’était buffet à volonté ! Par contre niveau personnages…. Certains d’entre eux devenaient inintéressants, d’autres disparaissaient comme ça, sans même avoir droit à leur scène de fin et des revenants absents depuis plusieurs épisodes étaient de retour uniquement pour être trucidés. Et ne parlons pas du Gouverneur, méchant nullissime mais tout de même moins que son interprète.
Ainsi, en répondant aux attentes de ses fans les plus idiots, la série plongeait tête la première. Sa malédiction était en marche. Et je n’ai pas honte de le dire aujourd’hui, Walking Dead a été suivie durant sept ans par une part non négligeable d’idiots. Sa baisse qualitative, parfois d’un épisode à l’autre, tenait simplement au fait qu’AMC cédait crassement à leurs envies primaires exprimées sur les réseaux sociaux. Et, sans grand étonnement, les plus mauvais épisodes étaient souvent les plus appréciés par la minorité cacophonique. Maintenant que je me suis fait des amis, reprenons le cours des événements.
Car l’ironie, c’est que cette stratégie fan-service va fonctionner et que la saison 3 va propulser l’audimat de la série. A charge pour Scott Gimple, nouveau showrunner, de continuer sur cette lancée. On assiste alors à un braquage de toute beauté, Gimple reprenant en main le show pour l’amener, au moins sur la saison 4, très haut. Focalisé sur ses persos, cassant le groupe en cours de route, renouvelant les situations et les dilemmes, Gimple n’offre pas une continuité mais une forme de reboot à la série. Jusqu’à créer des bottle episodes formidables, comme l’errance de Daryl et Beth qui reste à ce jour le meilleur épisode de la série. A l’exception d’un catastrophique mid-season finale (l’assaut sur la prison), la saison 4 est quasiment parfaite et surtout, fait poindre de l’émotion et de l’empathie dans un show qui en manquait cruellement. Il y eu bien un ou deux Kévin pour râler mais dans l’ensemble, la série gagna encore des adeptes.
Gimple ne va cependant jamais ré-atteindre ses cimes par la suite et être de plus en plus cornaqué au fil des 5 saisons qu’il supervisera. Néanmoins, il va réussir à tenir le show dans un véritable entre-deux, ménageant la chèvre et le chou pour contenter tout le monde, y compris les idiots. En saison 5 et 6, la série crève les plafonds d’audience, devient l’une des plus suivies du câble et sa présence dans le champ médiatique explose. Walking Dead, comme sa rivale Game of Thrones lancée la même année, deviennent les phénomènes de société incontournables que l’on connaît. Et si l’une comme l’autre sont loin d’être aussi bonnes qu’on le dit, elles prouvent l’hégémonie totale de la culture geek. Car qui aurait pu prédire il y a dix ans que les séries phares de l’époque traiteraient de zombies et d’héroic fantasy ?
Pourtant, c’est aussi à cette époque de grand succès que la série essuie de vives critiques. Forcément plus regardée, les commentaires négatifs autour du show sont aussi plus nombreux. Si on délaissera les girouettes de hipsters, ce sont surtout les fans de la première heure qui se lassent de la série. En effet, Gimple décompresse son intrigue, sédentarise ses héros et traite, effectivement, plus de rapports de pouvoirs au sein d’une communauté que de survie face aux zombies. Cette relative stabilité, pourtant terreau riche, ne convient plus à certains qui lâchent l’affaire. Il faut du sang neuf.
Arrive alors la saison 7 qui introduit pleinement le personnage de Negan, annoncé au fil de la saison 6 jusqu’à un insoutenable cliffhanger. La série se trouve alors un antagoniste parfait (Jeffrey Dean Morgan, impeccable) qui, en un seul épisode polémique, s’attirera l’exquise haine des spectateurs. Le show reprend du poil de la bête mais voit pourtant son audience continuer de descendre. Negan fait plier l’échine des piliers de la série, les coups du sort se multiplient, la tension est à son comble et un vent frais souffle sur le show. Les chiffres ne sont pas là mais tout le reste prépare une chouette saison 8.
Monumentale erreur.
On avait donc laissé l’intrigue de Walking Dead sur l’ouverture du conflit tant attendu entre les adeptes de Negan et les alliés de Rick (Andrew Lincoln, toujours aussi mauvais). De ce point de vue, cette saison 8 répond aux attentes puisque elle est uniquement consacrée à cette guerre sanglante.
Et comme Kévin râle depuis deux saisons parce que c’est trop long, AMC croit bon de plonger à corps perdu dans l’action et la violence, au moins pour récupérer les fans les plus dégénérés. Donc oui, c’est bien gore, bien trash mais toujours filmé par des exécutants donc sans intérêt. Voir un tel faire panpan, un autre faire ratatam tandis qu’un zombie fait arrrrrgggg, ce serait intéressant si il y avait un point de vue. Ici, ce n’est quasiment jamais le cas, et avouons-le, ça l’a rarement été sur la série. Pour cette saison, quand un réalisateur sort de la charte de mise en scène anecdotique (voire catastrophique) des affrontements, on oscille entre la bonne idée perdue (le sacrifice d’une communauté dans un broyeur) et les clichés complètement éculés (Papa tient la main de son enfant dans le jardin d’Eden). Et ce, bien sûr, au mépris de toute dramaturgie un tant soit peu subtile ou audacieuse.
Ainsi, les personnages ne sont plus que des fantômes interprétés par des acteurs qui n’y croient plus et dont les arcs narratifs sont absolument les mêmes que la saison précédente. Daryl, Maggie, Jesus, Carole, Tanya ou encore Michonne n’existent qu’en toile de fond quand certains ne sont pas purement et simplement absents d’une douzaine d’épisodes. Le parcours de Morgan fait deux saisons de rétro-pédalage. Quant à l’affrontement entre Rick et Negan, il devient des plus usants, le même dialogue faussement politique entre les deux étant servi, re-servi, réchauffé, re-réchauffé ad nauseam. Pour vous épargner le visionnage, ça donne ça :
NEGAN
Rick, si tu n’étais pas aussi borné, tes amis ne seraient pas morts et tout se passerait bien.
RICK
Je vais te tuer Negan.
Le tout est à peine renouvelé à mi-saison par la mort d’un protagoniste. Mort qui sera d’ailleurs la seule d’importance de la saison puisque la série est très consciente qu’aujourd’hui elle ne peut plus se séparer des autres.
Cette mort est d’autant plus ridicule et malaisante qu’elle est un souhait profond des fans débiles (profonds) depuis des années. Souhait aujourd’hui assouvi. On reste dans de la fiction certes, mais demander maintes et maintes fois la mort d’un personnage fictionnel jusqu’à l’obtenir en dit beaucoup sur l’état d’esprit crasseux de certains spectateurs. A l’image des critiques insensées entourant Skyler dans Breaking Bad, on a l’impression que tout personnage évoluant dans le vrai et la raison, formant un petit rempart moral face à un héros chaotique doit absolument disparaître. Signe des temps d’un monde hypocrite aux valeurs très déplacées et déconcertantes.
A côté de ça, le sort réservé à Negan tient lieu, lui, de gros foutage de gueule tiédasse.
Cependant, au milieu du fracas et du gore, il y a surtout une question qui domine : Pourquoi ? Pourquoi ces personnages continuent-ils ? Pourquoi s’acharnent-ils à survivre dans un monde comme celui-ci ? Après 115 épisodes de décès traumatiques, de meurtres, de mutilations, de massacres, on retrouve toujours le même groupe usé, désespéré et à bout de force. Au moins autant que le spectateur qui s’inflige ces 16 épisodes semaine après semaine. La série pourrait donner le change, dire que c’est un chemin de croix nécessaire pour aller vers un nouvel avenir (ce qu’elle tente par ailleurs). Sauf qu’on sait pertinemment que ce ne sera pas la logique d’un show déjà renouvelé pour une neuvième (et espérons dernière) saison.
Après près de 130 heures, comment encore espérer une résolution à cette boucle infinie d’horreur ? Voir le meilleur après le pire ? Comment y croire quand, à chaque fois, on a plongé la tête des héros un peu plus loin dans la boue et le sang jusqu’à suffocation. N’importe qui se serait mis une balle dans la tête, pas eux et cela devient absolument incompréhensible au vu des événements. Probablement bien après son point de non-retour, la série perd la suspension d’incrédulité du spectateur, perdue trop loin dans sa noirceur pour qu’on croit encore à la lumière au bout du tunnel. Et de facto, dépourvue aujourd’hui de dramaturgie et de style, elle devient des plus pénibles à regarder. Plus d’avancée, plus d’histoire, plus de geste un tant soit peu créatif, juste le surplace crapoteux d’êtres en sueur et en haillons. Des êtres qui veulent la paix mais ne font que la guerre au point que lors des rares accalmies, ils ne peuvent qu’être tourmentés. Donc probablement jamais en paix à l’issue des événements qui parait de plus en plus lointaine.
Le spectateur, piégé comme les protagonistes dans cette boucle de répétitions nauséeuses d’un ennui (lui mortel) à au moins la possibilité d’en sortir. On ne saurait que lui conseiller tant la série répond aujourd’hui a son titre : un mort qui marche.
Le Festival de Cannes 2018, dans sa section Un certain regard, nous présente Donbass de Sergei Loznitsa. Pamphlet politique assez impressionnant par la puissance de son militantisme, aussi tétanisant que ricaneur, Donbass perd en pertinence suite à une mécanique trop lourde pour convaincre totalement.
Si Sergei Loznitsa voulait jouer à savoir qui avait les plus gros muscles, c’est plus ou moins réussi. Mais même si le réalisateur a les biceps solides, la charge portée n’est peut-être pas aussi lourde qu’il ne le prétend. Donbass nous dévoile une zone de non droit où l’Etat devient quasiment invisible, lieu décimé par la guerre avec une population chancelante, où les milices séparatistes ont carte blanche sur la société pour mettre en place le nouveau régime.
Corruption, société du mensonge, consumérisme vociférant, armée violente, absence totale de liberté de circulation, scènes de crime instrumentalisées, Donbass est un lieu du chaos, où les pros russes et les pros ukrainiens se combattent. Le réalisateur ukrainien a choisi son camp et il le fait savoir avec une ardeur palpable et la volonté farouche d’en découdre. Monté comme un film à sketchs, qui incorpore dans son architecture, un mélange des genres allant du burlesque à la terreur, de scènes de guerre à la comédie, Sergei Loznitsa accentue la violence de son discours, non pas par l’austérité esthétique habituelle d’une certaine frange du cinéma de l’Est, mais par une multitude de cassures de rythme agencées par le biais de séquences dont l’ensemble sert à matérialiser l’ampleur de la dérive de cette société-là.
Saynète sur un mariage cacophonique et ridicule, vision de l’horreur dans des souterrains logeant des miséreux, agressions et torture de pro ukrainien par les citoyens et orchestrées par l’armée. L’éventail est riche, aussi baroque que sombre, et se met à disposition d’un Sergei Loznitsa qui ne retient aucun de ses coups. Dans le chancellement de cette société, où se mélange guerre patriotique et guerre civile, le cinéaste joue les carnassiers avec une mise en scène tout en plan séquence, qui suit continuellement les pas incessants de ses protagonistes et qui permet, de ce fait, une immersion quasi physique et introspective. Donbass n’est pas qu’une simple insurrection mais est un véritable crachat sur l’ingérence de la politique russe : modélisant avec roublardise son aversion pour les pro russes par la diffusion de certaines situations équivoques et par le physique peu avantageux des membres de cette nouvelle société.
Malheureusement, le dispositif de Loznitsa l’oblige à devoir alourdir la mise en perspective de son propos : à l’image de cette séquence de mariage à la symbolique lourde et racoleuse, ou de cette scène avec le sceau d’excréments étant suivi de quolibets à la contenance plus ou moins importante. La mécanique, à la fois du film à sketchs et d’un ensemble de plan séquence, étire malencontreusement le film au vu du propos qui est visible dès les premiers instants de chaque partie. La subtilité n’est donc pas la grande qualité de Sergei Loznitsa qui préfère faire passer ses positions politiques par le biais de moments incongrus, boursouflés mais scotchant par la minutie du documentaire.
Et vient se poser la question de la pertinence du sujet même du film, qui au-delà d’être une critique ou une analyse d’un environnement donné, tombe dans la surenchère perpétuelle, quitte à ne mettre plus aucun visage sur des méfaits ou aucun nom sur un problème : l’Etat de Donbass est un capharnaüm total et qui interpelle. Mais à quel prix ? La critique formulée par Sergei Loznitsa, aussi drôle et tenace qu’elle est, ne devient-elle pas une simple posture de propagande admirant davantage ses multiples fulgurances visuelles que la conscience même de son interrogation ?
Bande-annonce : Donbass
Synopsis : Dans le Donbass, à l’est de l’Ukraine, une guerre hybride mêle conflit armé ouvert et saccages perpétrés par des gangs. Dans le Donbass, la guerre s’appelle la paix, la propagande est érigée en vérité, la haine prétend être l’amour. Cela ne concerne pas une région, un pays ou un système politique, cela concerne l’humanité et la civilisation en général. Cela concerne chacun de nous.
[Ouverture de la section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2018]
Donbass, un film de Sergei Loznitsa
Avec Boris Kamorzin, Valeriu Andriuta, Tamara Yatsenko, Liudmila Smorodina
Genre : Drame
Distributeur : Pyramide Distribution
Durée : 2h 01min
Date de sortie : 5 septembre 2018
Pour cette troisième journée au Festival de Cannes, la Semaine de la Critique offre un film plein d’amour et de tendresse avec Sauvage, réalisé par Camille Vidal-Naquet.
Dès les premières respirations chez le médecin, on sent tout l’érotisme qui habite le personnage de Felix Maritaud et ne le quitte pas du film. Déjà vibrant dans 120 battements par minutes de Robin Campillo Grand Prix du Jury l’an dernier, l’acteur apporte toute sa fraîcheur et son envie pour son deuxième rôle dans un long métrage, le premier en revanche pour le réalisateur. Sauvage raconte l’histoire d’un homme qui en aime d’autres le temps d’une nuit ou de quelques heures. C’est un film sur la liberté à travers la solitude et le besoin de tendresse que le personnage trouve grâce à la sexualité. Certaines scènes sont d’ailleurs très marquantes à ce propos, notamment celle chez la femme médecin qui veut le soigner. Lorsque Léo la prend dans ses bras, c’est tout un mélange d’émotions qui ressort en quelques secondes et c’est comme si le spectateur respirait en même temps que le personnage. Il passe son temps à chercher l’air, et sa maladie qui le pousse à tousser n’est que la simple représentation de cet étouffement. Léo respire la liberté en levant très souvent la tête vers le ciel comme pour montrer que, quoi qu’il lui arrive, il survit. Les rayons du soleil subliment son visage et sa peau souvent marquée par la vie qu’il mène et les nuits passées sans dormir. C’est aussi cela Sauvage, faire transpirer les corps en éveil et réveiller les corps endormis. Pour Léo, aucune distinction ne se fait entre les clients. Il passe d’hommes handicapés à d’autres plus âgés que lui sans différence aucune dans les baisers qu’il leur donne. Ces baisers d’ailleurs symbolisent le besoin d’amour qu’il éprouve parce que son ami, lui, se refuse à le faire.
Là où le réalisateur réussit un grand coup c’est dans la variation des couleurs. D’une lumière chaude et très jaune à des plans où la peau de Léo semble très pure, cette oscillation rassemble celle qui vit au quotidien. La douceur qu’il parvient à trouver dans les bras des hommes avec qui il passe la nuit sans avoir de relations sexuelles marque une opposition avec les scènes de violence qu’il subit soit par des clients, soit par ses pairs. La scène de bagarre avec le jeune homme qui lui plaît s’avère être d’ailleurs un grand moment cinématographique dans le film. Chorégraphiée et filmée à la perfection, cette valse violente rappelle toute la dureté à laquelle ils sont confrontés et la difficulté de s’aimer pour qui l’on est. À la manière de 120 battements par minute dernièrement, le réalisateur fait des intermèdes électros sublimes qui rompent le rythme général du film et rappellent à l’érotisme du personnage. Durant tout le film, on découvre donc son corps sous toutes ses formes : abîmé, malade, sensuel, et libéré.
Bande-annonce : Sauvage
Synopsis : Léo, 22 ans, se vend dans la rue pour un peu d’argent. Les hommes défilent. Lui reste là, en quête d’amour. Il ignore de quoi demain sera fait. Il s’élance dans les rues. Son cœur bat fort.
[Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2018]
Sauvage, un film de Camille Vidal-Naquet
Avec Felix Maritaud, Eric Bernard, Nicolas Dibla…
Distributeur : Pyramide Distribution
Genre : Drame
Durée : 1h 37min
Date de sortie : 22 août 2018
Ghost Wars, la nouvelle série SF par le créateur de Continuum, a rejoint la bibliothèque de Netflix. Mais que penser de cette histoire de fantômes qui a divisé la critique avant d’être annulée par SyFy ?
Ghost Wars est une série créée par Simon Barry disponible sur Netflix depuis début mars et diffusée fin 2017 sur la chaîne SyFy, une nouveauté dans les catégories de l’épouvante-horreur et du fantastique. Un scénario prometteur mais qui tend à décevoir en fonction des épisodes plus ou moins bien rythmés par l’intrigue et le jeu des acteurs. Une première saison critiquée violemment par certains spectateurs tandis que d’autres s’opposent et crient à l’injustice ! Tentons de faire la lumière sur cette série qui divise. L’histoire se passe dans une petite ville isolée de l’Alaska et on comprend rapidement que l’action va se dérouler autour des habitants dans une ambiance aux allures mystérieuses. Le synopsis très succinct ne permet pas de faire naître une curiosité accrue :
« En Alaska, Roman Mercer jeune homme tentant de refouler ses pouvoirs psychiques se voit contraint d’exploiter ses dons afin de pouvoir sauver sa ville, en proie à des attaques de forces paranormales. »
On y annonce un personnage principal interprété par le jeune Avan Tudor Jogia (vu dans Toutânkhamon : le pharaon mauditetShangri-La Suite) qui devrait prendre une place cruciale dans un combat contre des fantômes colériques et plus généralement contre l’au-delà. Au casting il s’associe des noms d’acteurs principaux plus connus du public comme Kim Coates ou Vincent d’Onofrio aux carrières plus longues et étoffées. On retrouve aussi le chanteur Meat Loaf, icône rock et acteur depuis les années ’70 qui incarnait entre autres Eddie dans The Rocky Horror Picture Show.
Le titre Ghost Wars se veut toutefois intriguant pour les amateurs du genre et incite à découvrir les dessous de cette « guerre paranormale ». Les débuts sont plutôt flous avec beaucoup de zones d’ombre qui s’éclaircissent grâce à des flashbacks et des éléments qui viennent répondre à nos interrogations au fil des épisodes. Mais voilà, ces derniers sont inégaux en qualité de scénarios et d’intérêts. Parfois bien menés, ils créent le désir de poursuivre le visionnage quand d’autres se révèlent décevants et peuvent décourager les spectateurs moins téméraires et/ou peu séduits jusque-là.
Sans attentes spécifiques lorsque nous avons commencé cette nouvelle série, ces sentiments neutres nous ont permis de terminer la saison en un laps de temps plutôt court (une semaine environ). Finalement, pas d’engouement passionné, mais le bilan n’est pas désagréable. On peut apprécier les épisodes les mieux ficelés de Ghost Wars et mettre de côté les moins aboutis et donc peu attractifs. Malgré un dénouement plutôt satisfaisant, on hésitait toutefois à se lancer dans une deuxième saison avant d’apprendre que la chaîne américaine SyFy annulait définitivement Ghost Wars après cette première et unique saison.
Bande-annonce – Ghost Wars
Synopsis : En Alaska, le marginal Roman Mercer doit exploiter ses pouvoirs psychiques refoulés pour sauver sa petite ville, qui subit les attaques de forces paranormales.
Fiche technique – Ghost Wars
Créateur : Simon Barry
Interprètes principaux : Avan Jogia, Kim Coates, Luvia Petersen, Vincent D’Onofrio, Meat Loaf, Kandyse McClur, Kristin Lehman.
Production : Dennis Heaton, David Von Ancken, Simon Barry, Chad Oakes, Michael Frislev, Chris Regina.
Société de production : Nomadic Pictures
Distribution : Chaine SyFy puis Netflix
Genre : Epouvante, Horreur, Fantastique.
Durée : 13 épisodes de 40 minutes environ.
Date de diffusion : 5 octobre 2017 sur SyFy, 2 mars 2018 sur Netflix.
Durant ce Festival de Cannes 2018, la section Un Certain Regard nous présente Rafiki de Wanuri Kahiu, une jolie petite romance homosexuelle, à l’écriture parfois bancale et à la technique vacillante, mais dont l’ampleur dramaturgique et la prise de conscience politique font du bien.
Il n’est jamais facile d’appréhender ce genre d’œuvre car il faut savoir différencier son potentiel cinématographique et le courage humain et citoyen du film en lui-même. Dans Rafiki, la première étincelle du film provient de son iconographie moderne du continent africain. Alors que nous sommes habitués à observer la misère ou même le déclin d’une certaine forme de prospérité habitable, à l’image de Yomeddine en sélection officielle de Cannes cette année, Rafiki est tenace et fougueux dans sa manière d’appréhender le mouvement africain, ce qui permet de continuer l’effet visuel et lisible d’un film tel que Black Panther.
Ici, aucune forme de misère ou de mise à l’écart de la jeunesse dans le tremplin social du pays. En cohérence, avec ses nombreuses couleurs bariolées, Rafiki envoie une onde de positivité, une onde de choc qui donne espoir. On peut pardonner beaucoup de choses à une œuvre comme Rafiki : sa mise en scène à la photographie chromatique et clippesque mais accordée à un montage parfois aléatoire, sa direction d’acteur amatrice, ou même un scénario au lien parfois très superficiel. Pourtant, pourquoi un tel traitement de faveur ? Rafiki est entouré d’un contexte qui donne une certaine portée politique (censure dans son pays) au propos et une puissance au projet. Parler de l’homosexualité dans un pays comme le Kenya n’est pas une mince à faire, et les séquences d’exorcisme ou de cérémonie religieuse sont là pour nous le rappeler.
Avec ses plans travaillés, ses décors colorés, Wanuri Kahiu ancre son œuvre dans une atmosphère de films indépendants américains, avec ses « suburbs » et ses terrasses entre amis. Rafiki raconte l’amour entre deux jeunes femmes, chacune étant la fille d’un politicien (ce qui n’est guère important pour le récit). De cette œuvre « lesbienne », il ne faut pas s’attendre à une énième version de La Vie d’Adèle. Au contraire, la première caractéristique qui vient à l’esprit est la pudeur avec laquelle la réalisatrice trousse ses cadres, aime parler de ses personnages féminins, s’amuse de l’imagerie même de la féminité et nous dévoile la relation en question : beaucoup de jeux de regards, des sorties, des bougies.
Derrière le contexte africain, on sent aussi une réalisatrice qui semble vouloir se détacher d’une certaine forme de naturalisme omniprésent dans le cinéma africain mais au contraire semble vouloir romancer son idylle tout en insérant les véritables enjeux de cet amour : la persécution et la haine contre le « démon » de l’homosexualité. Avec sa touche adolescente (première scène, une fille en skate) version épisodes de Skins (sans le côté trash), sa manière de prendre par la main ses personnages et de les accompagner dans leur chemin de croix, ses thématiques juvéniles (l’émancipation face à la religion), Rafiki est d’une sincérité qui amène d’elle-même une émotion mélancolique.
Certes, ce film, présenté à la sélection Un Certain Regard, n’est sans doute pas le meilleur film que nous verrons durant la compétition, mais de par sa franchise et son courage, il n’est pas évident d’y rester insensible. Là où les codes du cinéma de genre semblent un peu balbutiants (le récit initiatique ou la romance), c’est avant tout la passion enfouie dans le cœur même de l’entreprise qui fait que certaines scènes fonctionnent dès le premier coup d’œil.
Bande-annonce : Rafiki de Wanuri Kahiu
Synopsis : À Nairobi, Kena et Ziki mènent deux vies de jeunes lycéennes bien différentes, mais cherchent chacune à leur façon à poursuivre leurs rêves. Leurs chemins se croisent en pleine campagne électorale au cours de laquelle s’affrontent leurs pères respectifs. Attirées l’une vers l’autre dans une société kenyane conservatrice, les deux jeunes femmes vont être contraintes de choisir entre amour et sécurité…
[Un Certain Regard au Festival de Cannes 2018]
Rafiki, un film de Wanuri Kahiu
Avec Samantha Mugatsia, Sheila Munyiva, Dennis Musyoka…
Genre : Drame
Distributeur : Météore Films
Durée : 1h 22min
Date de sortie : Prochainement
L’ACID a vécu sa première soirée cannoise de 2018 et le public était largement au rendez vous. La réalisatrice Anne Alix emporte les spectateurs dans une Provence inconnue dans Il se passe quelque chose mais déçoit fortement par la mise en scène trop mécanique.
Le début du film laisse espérer quelque chose d’intéressant avec deux personnages féminins originaux mais très vite, on se rend compte qu’il est difficile de s’y attacher. Aucune émotion n’est vraiment provoquée par les actrices, que ce soit leur jeu ou leur dialogues, rien ne se dégage vraiment des scènes. On ne peut pas enlever le mérite à la réalisatrice d’avoir expérimenté puisque c’est vraiment ce à quoi ressemble le film : une expérimentation. Une tentative de cinéma, pas trop mal réussie puisque cela rentre dans les critères mais du point de vue du public, il est difficile de comprendre comment il peut être captivé.
Quel est le but de cette histoire ? Après 1h45 à rester dans la salle à essayer de comprendre, la sortie se fait plutôt vite et dans l’incompréhension. Un voyage initiatique certes, l’idée est belle mais la multiplicité des longs plans et des travellings sur les paysages n’arrive même pas à faire voyager tant on s’en lasse. On ne peut pas dire qu’ils sont vains, mais dans ce contexte là, ils n’apportent rien à l’histoire. Parfois, le mélange des langues vient sauver le rythme lent du film et donner un charme aux scènes mais il est vite oublié au profit d’une technique assez mécanique de filmer. De certains plans ressort même l’impression que la réalisatrice avait noté tous les codes cinématographiques entre les mouvements caméra et les scènes musicales à reproduire pour que cela fonctionne mais rien ici n’est efficace dans ces procédés. Le rythme est mal choisi et la voix off rajoute autant de lourdeur et de superficialité. Même les plans de danse avec la musique forte, qui sont souvent enivrants au cinéma, sont décevants. Rien n’est communicatif, rien ne touche. Rien ne se passe. On ne vit rien, on attend.
On remarque tout de même un certain travail sur le son afin de dynamiser le film mais c’est justement l’effet inverse qui est provoqué. L’artifice se voit tout comme les longs plans d’illustration qui prennent la place de ceux couramment utilisés en plein dialogue, qui font d’autant plus perdre de la force au message que la cinéaste souhaite faire passer.
Il se passe quelque chose : extrait
Synopsis : Avignon. Irma, qui ne trouve plus sa place dans le monde, croise sur sa route Dolorès, une femme libre et décomplexée missionnée pour rédiger un guide touristique gay-friendly sur un coin de Provence oublié. L’improbable duo se lance sur les routes. Au lieu de la Provence pittoresque et sexy recherchée, elles découvrent un monde plus complexe et une humanité chaleureuse qui lutte pour exister. Pour chacune d’elle, c’est un voyage initiatique.
[ACID au Festival de Cannes 2018]
Il se passe quelque chose, un film de Anne Alix
Avec Lola Dueñas, Bojena Horackova
Distributeur :
Genre : drame
Date de sortie : août 2018
Durée : 1h43
FRANCE
Le Festival de Cannes 2018 nous présente, dans sa section Une semaine de la critique, Wildlife le premier film de l’acteur Paul Dano. Description minutieuse mais peu originale de la classe moyenne américaine, Wildlife impressionne surtout par son trio d’acteur irréprochable, notamment et surtout le génial Jake Gyllenhaal.
Les petits quartiers de périphérie, le délitement de la famille, un enfant entre deux eaux et différents discours qui ne sait pas quel parti prendre. Les thématiques de Wildlife de Paul Dano ressemblent à s’y méprendre à l’un des meilleurs films de ce début d’année : Jusqu’à la Garde. Mais là où l’œuvre de Xavier Legrand mêlait à la fois la veine sociale et le cinéma de genre, le réalisateur américain se veut plus académique dans sa démarche et suit avec un regard empathique la middle class américaine des 60’s avec ses errances et le vide qui tapisse son quotidien.
Le jeune Joe, encore à l’école, ne sait pas où donner de la tête entre un père dont la conscience bouillonne face à la culpabilité qui le ronge suite au fait qu’il pense être un raté, puis une mère enjouée mais sur la corde raide à cause des responsabilités qui proviennent du foyer. Dans Wildlife, Paul Dano essaye de suivre deux lièvres qui s’entrecroisent à chaque instant : le portrait d’une famille montrée à la fois collectivement et individuellement, et le récit initiatique enfantin d’un jeune garçon essayant tant bien que mal de colmater les brèches. Ce qui relie ces points de vue, ces deux éléments du récit, c’est l’emprise du regard.
Comme le film de Xavier Legrand, l’idée que l’on se fait des membres de cette famille provient du regard de Joe sur ses parents. Assis sagement sur sa chaise alors qu’il est en train de faire ses devoirs, ou devant la télévision, il observe son monde et devient un accompagnateur de la parole de ses parents, qui se consolent comme ils peuvent à travers son empathie. Paul Dano, pour un premier essai, montre de belles qualités de mise en scène, avec un sens du plan fixe soigné et une photographie digne de ce nom. Mais l’acteur/réalisateur a une grande qualité, c’est sa direction d’acteurs.
Car au-delà du fait que le récit semble parfois sentir le réchauffé notamment pendant sa deuxième partie durant lequel Jeannette s’acoquine avec un riche rentier alors que son mari a quitté la famille pour partir au « feu », Wildlife a la chance d’avoir la délicieuse et ambivalente Carey Mulligan puis la force non tranquille, fissurée et doucement violente de l’excellent Jake Gyllenhaal. D’ailleurs, le rôle du père, joué par ce dernier, ressemble beaucoup à celui de Brad Pitt dans The Tree of Life de Terrence Malick, tant au niveau des fêlures que sur le discours face à l’enfance, et le symbole de cet American Way of Life qui n’a pas réussi pour tout le monde.
Paul Dano maîtrise son sujet, voire un peu trop : un peu maniéré et aguichant au forceps ses intentions qui sont loin d’être invisibles, Wildlife a du mal à émouvoir car engoncé dans une mise en scène trop « Sundancienne » qui se délite suite à un manque de relief et de possibilité offerte à ses personnages. Même si le portrait familial arrive à tenir en haleine le récit, et que les errements et le dégoût de chacun ruminent comme un mauvais rêve, Paul Dano semble avoir plus de mal à traiter de manière originale et nouvelle le rapport cinématographique que l’on a à la famille moyenne américaine.
Bande-annonce : Wildlife – Une saison ardente
Synopsis : Le premier long métrage de l’acteur Paul Dano (There Will Be Blood, Little Miss Sunshine) raconte l’histoire de Joe, un adolescent de 14 ans, qui assiste impuissant à la lente dégradation des rapports entre son père et sa mère. Les faits se déroulent dans les années 60 et sont l’adaptation au cinéma du roman éponyme de Richard Ford.
[Ouverture de la 57ème édition de la Semaine de la Critique à Cannes]
Wildlife (Une saison ardente), Un film de Paul Dano
Avec : Jake Gyllenhaal, Carey Mulligan, Ed Oxenbould, Bill Camp…
Distributeur : ARP Sélection
Genre : Drame
Durée : 1h44
Date de sortie : 19 décembre 2018
Le Festival de Cannes 2018, dans sa sélection officielle nous présente Yomeddine de Abu Bakr Shawky. Humble et juste dans sa manière d’accompagner ses protagonistes, Yomeddine est un road movie touchant, aussi terre à terre que crépusculaire dans une Égypte de marginaux. Pas forcément marquant, mais l’attachement est véritable.
On pourra toujours avancer le fait que le dispositif visuel manque parfois un peu d’idées, que l’accroche sociale se fait un peu larmoyante, mais Yomeddine ne mendie jamais son émotion et cueille le spectateur avec une parfaite bienveillance lors de ce road movie entre un lépreux venant de perdre sa femme et un orphelin en mal d’amour et d’attention. Bizarrement, au regard des premières minutes du film, il était possible de craindre le misérabilisme de la situation : un lépreux atteint par de graves cicatrices sur le corps cherche désespérément des choses, dans une zone de détritus, une scène presque post apocalyptique et dévastatrice.
Mais alors que cette accroche annonçait la sortie des grands violons lors de toute la longueur du film, Yomeddine se révèle être beaucoup plus qu’un coup de projecteur arriviste et hypocrite autour d’une bande de marginaux, bannis de la société. Naturel et solaire, le film est un doux road movie avec deux protagonistes à l’alchimie adéquate. Abu Bakr Shawky ne signe pas là un portrait de l’Égypte moderne, mais questionne sur le regard de chacun, et la manière dont sont insérés ou isolés les « freaks » des temps modernes. Que cela soit à dos d’âne ou sur les routes désertiques du pays, Yomeddine agrippe le spectateur par ses multiples rebondissements (blessures, vol, rencontres) mais ne cherche jamais à démontrer une quelconque vérité.
Le cinéaste s’efface, et cela se ressent dans sa mise en scène invisible. Il donne la parole à ceux qu’il regarde avec fierté et compassion, comme s’il était de son devoir de redéfinir la notion même d’être humain. C’est beau et très touchant à la fois. Au contraire de Rafiki, qui enlevait toute proximité sociale avec son récit, Yomeddine est en plein dans cette rencontre entre le film de genre (road movie où la course poursuite se fait avec une charrette) et la réflexion sociale et sociétale. Le décorum s’y prête, mais Abu Bakr Shawky ne s’arrête pas là : d’où la volonté d’acheminer le récit vers le regard humain que porte le peuple sur le lépreux, qui se nomme Beshay. Derrière les cicatrices, cette peau mutilée par la maladie, il y a des sentiments qui se devinent et des mots qui se perdent dans le bruissement du vent aride.
C’est alors que la magie de Yomeddine se retrouve dans ses discussions autour d’un feu où les visages déchirés se nichent dans la pénombre pour faire resurgir une humanité et une prise de recul impressionnante sur le monde. Yomeddine est un beau film car il ne touche jamais de près la corde sensible de la compassion un brin putassière face à la misère du monde. Ce road movie semé d’embuches est avant tout le révélateur d’une humanité, d’une drôlerie communicative : là où la mise en scène se veut tout sauf organique. Elle épluche le temps pour effacer la peau et ne faire naître que l’humain qui se cache derrière le passé douloureux de chacun.
Bande-annonce : Yomeddine
https://www.youtube.com/watch?v=KRS6ZudLE4c
Synopsis : Beshay, lépreux aujourd’hui guéri, n’avait jamais quitté depuis l’enfance sa léproserie, dans le désert égyptien. Après la disparition de son épouse, il décide pour la première fois de partir à la recherche de ses racines, ses pauvres possessions entassées sur une charrette tirée par son âne. Vite rejoint par un orphelin nubien qu’il a pris sous son aile, il va traverser l’Égypte et affronter ainsi le Monde avec ses maux et ses instants de grâce dans la quête d’une famille, d’un foyer, d’un peu d’humanité…
[Compétition officielle au festival de cannes 2018]
Yomeddine, un film d’Abu Bakr Shawky
Avec Rady Gamal, Ahmed Abdelhafiz, Shahira Fahmy…
Genre : Drame / Aventure / Comédie
Distributeur : Le Pacte
Durée : 1h37
Sortie : Prochainement
Ce mercredi 9 mai est ressorti dans les salles françaises un film culte du cinéma hongkongais, Made in Hong Kong. Réalisé en 1997 par Fruit Chan, le long métrage fait la chronique de jeunes hongkongais paumés mais animés par une rage de vivre formidable.
Synopsis : Hong Kong, été 1997. Mi-Août est un jeune marginal ayant abandonné le collège il y a quelques années pour vivre de menus larcins. Il est à présent collecteur de dettes pour un certain M. Wing, proche des triades locales. Le quotidien de Mi-Août va se trouver bouleversé par trois événements : la découverte par Jacky, petit voyou handicapé mental qu’il a pris sous son aile, de deux lettres d’adieux laissées par une jeune suicidée, et sa rencontre avec la jolie Ah Ping dont il tombe rapidement amoureux. Or cette dernière est atteinte d’une maladie incurable…
La fureur de vivre hongkongaise
Made in Hong Kong, réalisé par Fruit Chan en 1997, revient dans les salles françaises sous l’égide de Carlotta Films. Entre portrait social d’une mégapole échauffée par son futur rattachement à la Chine et le récit digne d’un Mean Streets hongkongais, le long métrage peint une jeunesse paumée en quête du sens de la vie. La jeunesse se retrouve ici incarnée par les trois personnages principaux : Mi-Août, Jacky et Ah Ping ; ainsi que par le jeune fille qui se suicide dans les premières minutes du film. Un concours de circonstances provoque la rencontre post-mortem du trio avec la jeune fille, précisément, grâce à des lettres ensanglantées retrouvées près de son point de chute. Quant à Ah Ping, elle est condamnée, sauf si quelqu’un lui fait un don d’organes (notamment des reins). Jacky, lui, est en situation de handicap mental. Rejeté par sa famille, le jeune homme est souvent maltraité par les gosses du quartier. Quand il n’est pas sous l’aile de Mi-Août, Jacky traîne, livré à lui-même dans les rues de la mégapole. Et arrive Mi-Aôut, qui a abandonné le collège et qui vit au jour le jour. Les trois jeunes vont donc se rencontrer et tenter de percer le mystère de la fille suicidée. Quand bien même ils passeront à autre chose, la jeune fille décédée ne cessera de venir les hanter, les questionner… Car ce suicide, qui survient au début du film sans que l’on ait connaissance d’une ou de plusieurs causes, va venir mettre en perspective le rapport à la vie du trio.
Ah Ping, Mi-Août, d’amour et eau fraîche.
Un amour passionnel naît entre Mi-Août et Ah Ping. Le premier ne la voit plus mourir tandis que la deuxième reprendra espoir tout en acceptant son potentiel triste sort. Mi-Août va devenir une figure presque fraternelle pour Jacky, dont il va prendre soin de façon parfois surprenante et touchante. Mi-Août va aussi aider la mère de Ah Ping, endettée auprès de nombreux usuriers. Il va s’imaginer en tueur professionnel et échouer dans sa tache assassine, cela au point d’en subir de désastreuses conséquences. À ce propos, le jeune homme fantasme beaucoup : il rêve d’abattre des avions ; il se voit donner un rein à Ah Ping ; il ne cesse d’être hanté par le suicide de la jeune femme du début du film ; il essaye de faire plaisir à sa mère en cherchant un emploi stable ; il pense être le seul à pouvoir protéger Jacky comme il se perçoit comme l’homme de la situation concernant la maladie incurable de Ah Ping ; etcétéra. Et pourtant, Mi-Août est au bord de la mort après son assassinat raté, et plus encore, Ah Ping va mourir à son chevet alors que, comme on l’apprend dans le film, Mi-Août aurait pu lui donner ses reins s’il était décédé. Jacky meurt dans un sordide trafic de drogue alors que Mi-Août se trouve à l’hôpital. Après avoir cherché un emploi, le jeune homme rentre chez lui et trouve une lettre de sa mère, partie « se retrouver », chercher un sens à sa vie loin du foyer déjà brisé par l’abandon du père et la précarité. La jeunesse de Made in Hong Kong rêve de vivre et se fantasme en vie, mais souffre hélas d’une véritable morbidité. Elle ne cesse de bouger, de crier, de s’amuser au détective, de se risquer, de rêver et de vivre de façon inconséquente comme des gosses rejouant des scènes de cinéma, qu’elles soient romantiques ou portées par le thriller. Ce rejeu est incarné, il n’est pas artificiel : Mi-Août, Jacky et Ah Ping vivent, s’émeuvent, souffrent tout au long de leur parcours. Un parcours porté par le jeu qui ne sera pas sans conséquences. Made in Hong Kong présente ainsi une jeunesse qui aurait aimé être, mais qui n’a pu exister car elle a trop vite été touchée par les problèmes d’adultes et les tracas des adultes. Aussi, en captant ces existences brisées, Fruit Chan redonne un espace-temps de vie à ces nombreux jeunes oubliés qui ont, comme le déclare Mi-Aôut en voix off, tous une histoire.
Enfin, Carlotta Films fait revenir le film au cinéma dans une copie restaurée soignée. La (re)découverte du film dans un tel état est formidable, en effet le long métrage a été restauré en 4K à partir du négatif d’origine sous la supervision du réalisateur Fruit Chan et de son directeur de la photographie O Sing-Pui.
Bande-Annonce – Made in Hong Kong
Made in Hong Kong
– 20e anniversaire –
Un film de Fruit Chan
Pour la 1ère fois en version restaurée 4K au cinéma le 9 mai 2018
Retour sur la décevante ouverture du 71ème festival de Cannes avec Everybody Knows. Asghar Farhadi ne surprend plus, voire agace en tentant d’appliquer son système de destruction des personnages un peu trop souvent, jusqu’à faire un film un peu vain et très prévisible. Dommage.
A force par démultiplier son système à outrance, Asghar Farhadi finirait-il par s’essouffler? Ses deux derniers films, Le Client et Everybody knows, qui fait cette année l’ouverture du festival de Cannes tendent à le prouver. Everybody knows est une nouvelle occasion pour le réalisateur iranien, ici importé en terres espagnoles, de taper sur ses personnages pour voir jusqu’où ils pourront être détruits. L’intrigue est plutôt cousue de fil blanc et le dispositif qui consiste à filmer d’abord une joie immense avant de la transformer en drame intense, marche beaucoup moins bien que dans A propos d’Elly par exemple. Les acteurs donnent beaucoup d’eux-mêmes, mais cela ne suffit malheureusement pas à captiver l’auditoire, la fin devient presque poussive, ce qui est un comble pour le cinéaste de la tension passionnante et du secret difficile à avouer, qui emmêle tous les esprits. On est loin ici de la force évocatrice du premier et dernier plan du Passé, son autre film hors d’Iran. Là, Farhadi suggérait, aujourd’hui, il souligne un peu trop, quitte à refuser la force des images.
La première partie du film, celle des retrouvailles et de la fête est plutôt bien menée. Le paradoxe pour ce réalisateur de drames absolus est qu’il sait filmer le bonheur ou du moins son apparence. On se promène dans la fête de mariage comme si on y était. On y retrouve les couleurs de l’Espagne telle qu’un Almodovar aurait pu les filmer. Autre chose que Farhadi emprunte au réalisateur espagnol, l’actrice Penelope Cruz, ici au cœur du drame qui se noue. Elle y interprète une mère meurtrie avec une force assez inouïe, mais qui semble un peu vaine. La révélation du film est assez prévisible puisque de toute façon « tout le monde le sait » comme le titre le dit lui-même. Tout le monde sauf Paco, le principal intéressé, interprété par Javier Bardem. Il s’agit sans doute du personnage le plus intéressant du film, parce qu’il est typiquement Farhadien sans être cliché. C’est un personnage qui essaye mais qu’on empêche d’avancer, qui se voile la face, qui doit renoncer et qui, au final, est presque le seul à payer la facture des erreurs de chacun. On pense ainsi à de nombreux personnages féminins ainsi empêtrés dans des traditions que Farhadi a filmées jusqu’alors s’extraire, sans forcément de réussite, de leur milieu, de ce qui était attendu d’elles. Au final, le film manque de souffle, ou tout simplement d’un renouvellement qui serait salutaire pour un réalisateur qui a su viser juste autrefois, quand il ramenait habilement ses personnages à leur humanité, à leurs erreurs et au poids des secrets qui les étouffaient. Avec Everybody knows, il semble avoir décidé d’écraser ses personnages sans raison, sans vraiment les comprendre, les approfondir ou tout du moins les aimer un tant soit peu.
Bande-annonce : Everybody knows
[Compétition, film d’ouverture au Festival de Cannes 2018]
Synopsis : A l’occasion du mariage de sa sœur, Laura revient avec ses enfants dans son village natal au cœur d’un vignoble espagnol. Mais des événements inattendus viennent bouleverser son séjour et font resurgir un passé depuis trop longtemps enfoui.
Everybody knows, un film d’Asghar Farhadi
Avec Penélope Cruz, Javier Bardem, Ricardo Darín..
Genres Thriller, Drame
Durée : 2h 12min
Date de sortie : 9 mai 2018