Cannes 2018 : Sauvage, le diamant brut de la semaine de la critique

Pour cette troisième journée au Festival de Cannes, la Semaine de la Critique offre un film plein d’amour et de tendresse avec Sauvage, réalisé par Camille Vidal-Naquet.

Dès les premières respirations chez le médecin, on sent tout l’érotisme qui habite le personnage de Felix Maritaud et ne le quitte pas du film. Déjà vibrant dans 120 battements par minutes de Robin Campillo Grand Prix du Jury l’an dernier, l’acteur apporte toute sa fraîcheur et son envie pour son deuxième rôle dans un long métrage, le premier en revanche pour le réalisateur. Sauvage raconte l’histoire d’un homme qui en aime d’autres le temps d’une nuit ou de quelques heures. C’est un film sur la liberté à travers la solitude et le besoin de tendresse que le personnage trouve grâce à la sexualité. Certaines scènes sont d’ailleurs très marquantes à ce propos, notamment celle chez la femme médecin qui veut le soigner. Lorsque Léo la prend dans ses bras, c’est tout un mélange d’émotions qui ressort en quelques secondes et c’est comme si le spectateur respirait en même temps que le personnage. Il passe son temps à chercher l’air, et sa maladie qui le pousse à tousser n’est que la simple représentation de cet étouffement. Léo respire la liberté en levant très souvent la tête vers le ciel comme pour montrer que, quoi qu’il lui arrive, il survit. Les rayons du soleil subliment son visage et sa peau souvent marquée par la vie qu’il mène et les nuits passées sans dormir. C’est aussi cela Sauvage, faire transpirer les corps en éveil et réveiller les corps endormis. Pour Léo, aucune distinction ne se fait entre les clients. Il passe d’hommes handicapés à d’autres plus âgés que lui sans différence aucune dans les baisers qu’il leur donne. Ces baisers d’ailleurs symbolisent le besoin d’amour qu’il éprouve parce que son ami, lui, se refuse à le faire.

Là où le réalisateur réussit un grand coup c’est dans la variation des couleurs. D’une lumière chaude et très jaune à des plans où la peau de Léo semble très pure, cette oscillation rassemble celle qui vit au quotidien. La douceur qu’il parvient à trouver dans les bras des hommes avec qui il passe la nuit sans avoir de relations sexuelles marque une opposition avec les scènes de violence qu’il subit soit par des clients, soit par ses pairs. La scène de bagarre avec le jeune homme qui lui plaît s’avère être d’ailleurs un grand moment cinématographique dans le film. Chorégraphiée et filmée à la perfection, cette valse violente rappelle toute la dureté à laquelle ils sont confrontés et la difficulté de s’aimer pour qui l’on est. À la manière de 120 battements par minute dernièrement, le réalisateur fait des intermèdes électros sublimes qui rompent le rythme général du film et rappellent à l’érotisme du personnage. Durant tout le film, on découvre donc son corps sous toutes ses formes : abîmé, malade, sensuel, et libéré.

Bande-annonce : Sauvage

Synopsis : Léo, 22 ans, se vend dans la rue pour un peu d’argent. Les hommes défilent. Lui reste là, en quête d’amour. Il ignore de quoi demain sera fait. Il s’élance dans les rues. Son cœur bat fort.

[Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2018]

Sauvage, un film de Camille Vidal-Naquet
Avec Felix Maritaud, Eric Bernard, Nicolas Dibla…
Distributeur : Pyramide Distribution
Genre : Drame
Durée : 1h 37min
Date de sortie : 22 août 2018

Nationalité français

Festival

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Gwennaëlle Masle
Gwennaëlle Maslehttps://www.lemagducine.fr/
Le septième art est un rêve et une passion depuis quelques années déjà. Amoureuse des mots et du cinéma, lier les deux fait partie de mes petits plaisirs. Je rêve souvent d'être derrière la caméra pour raconter des histoires et toucher les gens mais en attendant, je l'écris et je me plais à le faire. Je suis particulièrement sensible au cinéma français ou au cinéma contemplatif dans sa généralité, ce qui compte c'est de ressentir. Les émotions guident mes passions et le cinéma ne déroge pas à la règle, bien au contraire.

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