Series Mania 2018 : Nu, la France à poil

Présentée en compétition française, la série Nu est repartie la queue entre les jambes, face à la plus prétentieuse Ad Vitam. Mais ce n’est que partie remise car dans ce duel de dystopies, celle-ci a sûrement beaucoup plus d’arguments pour rester dans les mémoires.

Nu (Olivier Fox – France) 

Synopsis : En 2026, un changement radical impose à tout le monde de vivre nu dans une France pacifiée et apaisée. Un inspecteur de police se réveille après 8 ans de coma et doit s’adapter malgré lui à cette nouvelle société. Un ovni télévisuel entre loufoquerie et critique acide d’une dictature de la transparence.  

Avec :  Satya Dusaugey, Malya Roman, Brigitte Faure, Vincent Solignac, Alexandre Philip, Joséphine Draï, Valérie Decobert, Alix Benezech

Dire que Nu était attendue tiendrait de l’euphémisme. Les deux séances affichées étaient pleines à craquer pour cette nouveauté OCS qui fait le pari fou d’aller à contre-courant de tout ce qui fut proposé durant ces neufs jours de festivals. Il faut dire que le postulat intrigue : Un flic dans le coma se réveille dans une France où tout le monde est tenu de vivre dans le plus simple appareil. Qui a déjà eu une idée aussi saugrenue ? Tout le monde. Qui a osé la mettre en forme et en faire une série ? Les scénaristes Olivier Fox, Judith Godinot, et Olivier de Plas. Et, loin de la simple opération de communication, la promesse est entièrement tenue. Il y aura peut-être même un record à couler dans le marbre pour immortaliser ce défilé de pénis et de vulves projetés sur grand écran sans aucune pudeur. Nous sommes venus voir des français et des française à poil, et c’est ce que nous avons eu. Mais attention à ce que l’on souhaite.

Quelques réactions gênées (voire excessives comme un « Quelle horreur ! » un peu trop bruyant) se sont bien évidement fait entendre durant la projection. C’est que si vous voulez des corps nus partout, vous allez être servis. Par contre, ceux-ci ne seront pas forcément très séduisants. Des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux, des gros, des maigres… Comme dans la vie réelle, il y a de tout dans Nu, quitte à gêner la sensibilité de ceux qui vivent un peu trop dans un monde de publicité. Et c’est là toute la force de la série. En inversant notre rapport à la pudeur, Nu désacralise finalement le corps, lui retire ses atours séduisants ou érotiques et, au final, les personnages apparaissent pour ce qu’ils sont : des hommes et des femmes avec leur propre caractère, leurs qualités et leur défauts, sans qu’aucun jugement de soit jamais porté sur le corps. Car dans ce futur, toute critique portée sur le physique est passible d’une amende. Dans la continuité de ce qui était déjà à l’œuvre dans Lazy Company, OCS n’hésite pas une seconde à ajouter dans cette population des corps handicapés, se baladant à la fraîche et incarnant des rôles où leur condition physique importe peu (le maire ou le meilleur ami en couple avec la capitaine de police). Peut-être est-ce involontaire de la part des créateurs, mais Nu obtient de ce fait une importance politique non-négligeable.

L’inversion des normes est donc le noyau de cette série. Inversion du rapport au corps certes, mais aussi du rapport à la vie. Le libéralisme a laissé place à une écologie brutale, tout le monde est devenu végétarien, un homme s’appelle Corinne et les anciens vendeurs de vêtements se regroupent en cellules terroristes… Les créateurs ont le bon goût d’aller à fond dans leur délire, repoussant toujours plus loin les limites de l’absurde (les réactions outrées à la découverte d’un cadavre habillé dans les bois). Mais pour l’instant, si dystopie il y a, ce n’est que pour le personnage principal, qui ne peut pas vivre dans ce monde en gardant ses habitudes de macho mythomane. Si le prix à payer est de se débarrasser de ce genre de types, toujours prêt à juger les autres sur leur physique, on se dit que ce futur n’est peut-être pas une si mauvaise idée.

Véritable doigt pointé sur tous ceux qui voudraient imposer des normes (vestimentaires ou corporelle) Nu est finalement bien plus qu’un OVNI télévisuel ou une blague potache de producteurs. Nu est une série importante.

 

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Wedding Nightmare : Deuxième partie – Battle of the ring

En apparence, ce "Wedding Nightmare : Deuxième partie" promettait d'être une suite qui se démarque de la surexploitation des studios. Le film de Matt Bettinelli-Olpin et de Tyler Gillett s’inscrit pourtant dans cette triste réalité, après un premier volet qui avait su encapsuler tout le plaisir régressif d'une série B, avec ce qu'il faut de suspense, d'effusion de sang et de maladresse calculée pour que le spectateur s'amuse ludiquement dans une partie de cache-cache à mort.

Pour Klára : mange, existe, aime

Cinquième long métrage du Slovène Olmo Omerzu, "Pour Klára" embarque une famille décomposée sur les rivages ensoleillés de l'Adriatique pour mieux l'observer se noyer à sec. Un drame familial d'une subtilité redoutable, porté par un regard qui n'accuse personne — et qui, du coup, nous met tous en cause.

Romería : la mémoire des vagues

Carla Simón n'a jamais vraiment cessé de filmer sa propre histoire. Avec "Romería", son troisième long-métrage en compétition à Cannes 2025, elle va plus loin que jamais : reconstituer la jeunesse de ses parents, morts du sida, à travers le regard d'une fille de 18 ans qui débarque en Galice pour la première fois. Un film sur les origines, les silences de famille et le pouvoir du cinéma à combler ce que la vie n'a pas laissé le temps de vivre.

The Drama : pour le pire ou pour le rire ? Telle est notre (délicieuse) interrogation

Voilà une œuvre qui montre qu’un certain nouvel Hollywood (ici A24 mais ça pourrait être Neon ou FilmNation) peut nous offrir des bons films dits du milieu. Deux stars à l’alchimie indéniable, un scénario original et impeccablement écrit et la réalisation alerte d’un cinéaste qui confirme une voie singulière pour un petit bijou. Une œuvre dont on ne saurait dire si c’est un drame ou une comédie ou les deux, en tout cas accouchée d’une veine romantique acerbe.

Un jour avec mon père : ce qui reste dans la lumière

Il y a des films qui arrivent comme arrivent les souvenirs d'enfance : par effraction, sans prévenir, avec cette netteté particulière des choses qu'on n'a pas cherché à retenir. "Un jour avec mon père", premier long métrage du réalisateur britanno-nigérian Akinola Davies Jr., est de ceux-là. On entre dans ce film comme on entre dans une journée ordinaire et on en ressort changé, sans trop savoir pourquoi, avec quelque chose de chaud et de douloureux logé quelque part dans la poitrine.
Vincent B.
Vincent B.https://www.lemagducine.fr/
Intéressé par tout, mais surtout n’importe quoi. Grand amateur de fantastique et de Science fiction débridé. Spécialiste Normand expatrié à Lille de la vague Sushi Typhoon (le seul qui s'en vante en tout cas). Je pense très sérieusement que l’on ne peut pas juger qu’un film est bon si l’on en a jamais vu de vraiment mauvais.

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.