Accueil Blog Page 351

Star Wars : la saga incontournable revient en force

Si la saga s’est terminé en 2019 au cinéma, Lucasfilm et Disney n’ont pas dit leur dernier mot, et ont depuis, prévu de nombreux spin-off et séries pour le plus grand plaisir des fans de la saga.

Disney+ s’enrichit de séries Star Wars

Disney+ avait prévu de ne pas laisser tomber les fans de la saga, en leur proposant dès novembre 2019 une série Star Wars. The Mandalorian pose son intrigue entre la chute de l’Empire et l’émergence du Premier Ordre, et suit les aventures d’un chasseur de primes solitaire dans les contrées les plus éloignées de la Galaxie, très loin de l’autorité de la Nouvelle République.

La saison 2 de la série continu de ravir les amateurs de Star Wars depuis la fin de l’année 2020. Avec un final des plus explosifs, les fans ont rapidement demandé la suite. Pas de panique, Disney et Lucasfilm ont d’ores et déjà annoncés que la saison 3 était en cours de réalisation. Elle devrait être disponible à l’aube de l’automne 2021. Encore un peu de patience…

Disney et Lucasfilm ont également annoncé l’arrivée très prochaine d’une nouvelle série Star Wars. The Book of Boba Fett devrait permettre aux fans d’attendre la reprise de The Mandalorian. Cette série sera centrée sur les aventures du mercenaire Boba Fett et son célèbre acolyte Fennec Shand.

Certaines rumeurs parlent également du retour de nombreux personnages connus dans The Mandalorian, avec notamment la présence de Greef Karga qui pourrait être incarné par Carl Weathers ou encore Migs Mayfeld interprété par Bill Burr, mais aussi Cobb Vanth joué par Timothy Olyphant, qui avait précédemment récupéré l’armure de Boba Fett, et devrait encore se trouver sur Tatooine. Il faudra attendre décembre 2021 pour confirmer cette rumeur.

starwars

Obi-Wan Kenobi mis à l’honneur en 2021

Si Disney et Lucafilm ont durement travaillé à la réalisation de ces séries Star Wars, ils travaillent également sur la sortie d’une mini-série sur Obi-Wan Kenobi.  La série devrait se dérouler 10 ans après les évènements de « La Revanche des Sith » sur Tatooine,  qui fait d’ailleurs partie de la liste des meilleures planètes habitables. Cette liste a été dressée lors d’une interview de Matt Hudson retranscrite sur le blog de Betway casino en ligne.

Il est d’ailleurs très probable de voir apparaître Luke Skywalker à l’image, mais aussi d’avoir le droit à un duel inédit entre le maître Jedi et son ancien élève Anakin.

Mais ce n’est pas tout, la série pourrait aussi nous montrer le mode de vie des Lars en incluant un caméo du jeune garçon, mais aussi de découvrir les mesures de sécurité prises par Obi-Wan pour protéger le jeune Luke.

Il faudra attendre la sortie de la mini-série pour en avoir le cœur net. Encore un peu de patience, puisque sa sortie ne se fera pas avant 2022.

Et si les séries de la galaxie ont le vent en poupe, Lucasfilm et Disney continus de travailler sur d’autres projets. Toujours d’après certaines rumeurs, il ne serait pas impossible de voir prochainement apparaître un spin-off sur Kylo Ren ou encore de voir débuter une quatrième trilogie.. A suivre.

Article invité rédigé par Camille

Les Grandes Familles : la bourgeoisie considérée comme une nouvelle aristocratie

0

Avec sa description féroce de la haute bourgeoisie française des années 50, ses dialogues signés Audiard et son casting quatre étoiles, Les Grandes familles trouve naturellement sa place dans un cycle consacré à la bourgeoisie.

Adapté du roman de Maurice Druon, qui obtient le Prix Goncourt en 1948, Les Grandes Familles nous entraîne, comme son titre l’indique, dans le cadre de la très haute bourgeoisie. La présentation, en voix off, des personnages intervenant dans le film laisse pantois : des chevaliers ou commandeurs de la Légion d’Honneur, membres de telle ou telle académie ou de tel institut, le tableau offre une vue d’ensemble de “serviteurs” glorieux de l’Etat.
En tête d’affiche se trouve Noël Schoudler (Jean Gabin) : commandeur de la Légion d’Honneur, PDG de multiples entreprises (sucreries, mines, journaux et banque), et même vice-président du FMI. Une personne tellement importante que lorsqu’elle sort de son avion, elle est accueillie par un Secrétaire d’Etat et conduite chez elle sous escorte policière motorisée.
Le film commence par une scène d’enterrement. Une des gloires de la famille, poète et membre de l’Académie Française, vient de décéder. Scène idéale pour réunir tous les personnages, mais aussi pour entendre le prêtre, lors de son homélie, faire l’apologie de cette haute bourgeoisie, détentrice d’une puissance qui serait terrifiante entre d’autres mains. Mais, comme le précise le prêtre, ces hommes ont été choisis par Dieu…
Ainsi se dessine progressivement l’image d’une bourgeoise agissant comme une nouvelle aristocratie de droit divin. D’ailleurs, les liens entre cette bourgeoisie et l’aristocratie sont nombreux, que ce soient des liens matrimoniaux ou des comportements identiques.
Le film Les Grandes Familles met en évidence les piliers de cette bourgeoisie huppée : soutien de la religion, pouvoir financier, pouvoir médiatique, appartenance aux grandes institutions nationales ou internationales, et même proximité avec le pouvoir politique. Aux funérailles du glorieux poètes, ils sont tous là, assis à leur rang : membres de l’Institut, membres de l’Académie Française, membres au gouvernement, etc. Il s’agit de montrer que l’on est là, de montrer que l’on fait partie du même monde…
Cette proximité, frôlant la collusion, avec le milieu politique est même montrée à plusieurs reprises, entre autres dans une scène où Noël Schoudler discute ouvertement avec un ministre et lui donne ses consignes…

Bien entendu, nous sommes dans une bourgeoisie tenant les rênes d’un capitalisme très “paternaliste”. De fait, tout tourne autour de la figure du patriarche Noël Schoudler. C’est lui qui dirige tout, c’est lui qui décide de tout. Il juge chaque action, il place chaque employé. Et son pouvoir s’étend bien au-delà du seul domaine de ses entreprises. Son médecin personnel veut être élu à l’Académie Française ? Il le demande au patriarche. Un membre éloigné de la famille, général au bord de la retraite, veut récupérer une troisième étoile ? C’est encore au patriarche qu’il le demande. Un petit mot glissé à un ministre, et l’affaire suivra son cours.
Homme paternaliste, bienveillant mais aux principes stricts, il va vite entrer en opposition avec son fils François (Jean Desailly), qui voudrait moderniser les entreprises familiales. Et comme il n’effectue pas de séparation entre la famille et les affaires, lorsque Noël Schoudler veut donner une leçon à son fils, c’est au sein de la direction de l’entreprise et dans les couloirs de la bourse que cette leçon va se tenir. La famille est gérée comme une entreprise : chez les Schoudler, on ne sépare pas le domaine privé du domaine financier.
D’ailleurs, s’il veut régler le problème d’une nièce devenue embarrassante, il convoque les dignitaires de la famille, en mode “conseil d’administration” (sans jamais demander son avis à ladite nièce); plus tard, lorsqu’il voudra exercer sa vengeance à la fin du film, ce sera encore par le biais des affaires, en “rachetant” son adversaire (qui n’est autre qu’un cousin).

Bien entendu, dans toutes les familles, même les plus glorieuses, il y a la brebis galeuse. Et chez les Schoudler, la honte de la famille s’appelle Lucien Maublanc (Pierre Brasseur). Immensément riche, il mène une vie oisive et libertine à la vue de tous. Et c’est bien cela qui gêne.
En effet, au fil du film, on apprend qu’il est loin d’être le seul à s’intéresser aux jeunes femmes ayant besoin d’être entretenues. Mais les autres (dont le glorieux académicien enterré au début du film) savent préserver les apparences.
Cette histoire d’apparence est, bien entendu, capitale. C’est pour sauver les apparences que l’on va marier de toute urgence la nièce, avant que son ventre ne devienne trop proéminent et, ainsi, une cause de gêne.
C’est aussi toute cette histoire d’apparences (et de faux semblants) qui va guider le final, grandiose, du film.

Les Grandes Familles : bande annonce

« Batman Arkham : Poison Ivy » : plante vénéneuse

Urban Comics publie le deuxième album de la série Batman Arkham, consacrée aux vilains les plus notables de l’univers du Chevalier noir. Ce second tome s’intéresse à Pamela Lillian Isley, une étudiante passionnée par la botanique, devenue Poison Ivy à la suite d’un empoisonnement.

Poison Ivy ne débute sa carrière criminelle qu’en 1966, deux décennies après son apparition dans Batman. Pis, elle doit attendre la série animée de Bruce Timm et Paul Dini, en 1992, pour se voir enfin caractérisée à la mesure de ses talents. Jusque-là, ses apparitions étaient sporadiques, son histoire méconnue et ses pouvoirs relativement limités. Aujourd’hui, sculpturale et vénéneuse, elle figure parmi les personnages féminins les plus célèbres de l’univers de Batman, aux côtés de Catwoman ou Harley Quinn. Ce second tome de la série Batman Arkham permet de prendre le pouls de son évolution et de mieux appréhender les rapports complexes qui la lient au Chevalier noir.

Dans « Prenez garde à Poison Ivy » (Robert Kanigher et Sheldon Moldoff, 1966), la super-vilaine prévient : « Épelez mon nom correctement, les garçons ! Poison comme l’arsenic et Ivy avec le I d’irrésistible ! » Déjà, Robin cherche à tempérer les ardeurs de l’homme-chauve-souris : « Cette belle plante a tout du buisson d’orties. » Entre Bruce/Batman et Pamela/Poison Ivy, il a toujours existé une attirance réciproque, naturelle ou forcée, dont les variations mineures ne sauraient masquer l’essentiel : ces deux-là sont fascinés l’un par l’autre et se tiennent sur une frontière poreuse entre l’amour et la haine. « Pavane » (Neil Gaiman et Mark Buckingham, 1989), « Effet de serre » (John Francis Moore et P. Craig Russell, 1993) ou « Année un » (Alan Grant et Brian Apthorp, 1995) mettent tous en images ce puissant désir que les deux personnages ont en partage.

Poison Ivy ne laisse personne insensible. Paula, la gardienne de prison de « Pavane », la décrit sans ambages : « C’est une petite traînée dangereuse et rusée, complètement narcissique et aussi chaleureuse qu’un mamba noir. » Dans « Année un », il est précisé que « les hommes l’ont toujours déçue, trahie ou abandonnée » et qu’« elle a été gâtée par un père tellement distant qu’il n’était qu’un étranger pour elle ». Même le Joker y va de son petit commentaire dans « Déflorée » (J.T. Krul et Guillem March, 2008) : Poison Ivy serait « une grande justicière en vert et contre tous » avec, détail utile, « sa suite dédiée à l’asile d’Arkham ». Il est vrai qu’à travers le temps, c’est là qu’on la retrouve le plus souvent, parfois observée par des agents subjugués, souvent désolée de ne plus pouvoir communiquer avec les plantes. Dans l’épisode succinct du « Pari » (2001), de Paul Dini et Ronnie Del Carmen, elle répand ses phéromones aux quatre coins d’Arkham, afin de manipuler gardiens et prisonniers, montrant ainsi à une Harley Quinn envieuse l’étendue de ses pouvoirs.

Toujours dans « Pavane », on retrouve cette assertion à double sens prononcée par Ivy : « Les mauvaises herbes, ça n’existe pas […] C’est le nom qu’on donne aux plantes qui poussent à l’endroit où les humains n’en veulent pas. » C’est probablement ainsi que se perçoivent Pamela et son alter ego super-vilaine : ayant grandi avec un père indifférent – qui est d’ailleurs l’assassin de sa mère dans « La Justicière verte » (Christy Marx et Stjepan Sejic, 2015) –, elle est rejetée par Batman dans plusieurs récits, virée de Wayne Enterprises (toujours dans « La Justicière verte »), manipulée par le Professeur Legrand/Woodrue, qui finit par l’empoisonner… La mauvaise herbe qui apparaît là où il ne faut pas, c’est elle. « Mon sang est un bouillon empoisonné », affirme-t-elle d’ailleurs dans « Année un ». Mais empoisonné par qui, par quoi ? Par un passé douloureux certainement, mais aussi, peut-être, par « ces idiots » qui « prétendent défendre la nature dans un endroit rempli de plastique, de poison et d’objets jetables » (« Entre l’arbre et l’écorce », Devin K. Grayson et Roger Robinson, 2001).

Poison Ivy est souvent persuadée de faire le bien. Si elle manigance aussi exclusivement pour le lucre, comme dans « Effet de serre » ou dans « Année un », elle apparaît ailleurs en empathie profonde avec la nature, comme cela est affirmé dans « Déflorée » ou dans « La Justicière verte ». Ce dernier épisode est intéressant en ce sens qu’il évoque sans le dire Monsanto et la biotechnologie Terminator. En le lisant, on a l’impression tenace de redécouvrir l’histoire récemment portée au cinéma de Percy Schmeiser, l’agriculteur canadien qui attaqua en justice la multinationale américaine. Quoi qu’il en soit, ce second tome de Batman Arkham permet de retracer partiellement le parcours de Poison Ivy dans les comic books, d’en apprendre davantage sur sa psychologie fragile ou sur la manière dont elle s’est dotée de ses pouvoirs (sur les hommes comme sur les plantes).

Batman Arkham : Poison Ivy, ouvrage collectif
Urban Comics, avril 2021, 344 pages

Note des lecteurs0 Note
4

« Rose » : dédoublement d’enjeux

Le récit complet de Rose est désormais disponible aux éditions Dupuis. Denis Lapière, Émilie Alibert et Valérie Vernay y proposent une intrigue à triple fond où les questions filiales, policières et fantastiques ont inextricablement partie liée.

Les premières planches de Rose ne tardent pas à planter le décor : la jeune héroïne de Denis Lapière et Émilie Alibert se montre capable d’ubiquité. Elle peut figer son corps physique quelque part et laisser son esprit vagabonder ailleurs. À cette aptitude duale, paradoxalement fondue dans une ambiance hyper-réaliste, va venir s’ajouter l’annonce du meurtre de son père. « Nous retrouverons son assassin… Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour cela », lui promet l’inspecteur Etchebarne. Cette prévenance n’est pas seulement protocolaire : le père de Rose est un privé auquel le policier peut certainement s’identifier. Des relations de travail unissent en outre les deux hommes.

Au moment de sa mort, le père de Rose enquêtait sur une affaire à la Mediator : un médicament apparemment anodin dont les effets indésirables ont provoqué le décès de nombreux patients. Sans jamais empeser leur récit, Denis Lapière et Émilie Alibert projette dans l’album un scandale sanitaire aux enjeux bien réels : opacité, mensonges, manœuvres sournoises et même meurtres vont servir à protéger un grand groupe de l’industrie pharmaceutique d’une affaire qui pourrait lui coûter des millions. Et c’est là que tout va s’enchevêtrer et que les masques vont commencer à craqueler.

Tandis que l’enquête policière suit son cours, Rose emménage dans l’immeuble de son père. Ce dernier est supposé maudit au motif d’une vieille histoire de sorcellerie. Difficile d’y accorder un quelconque crédit, si ce n’est que Rose, au cours d’un dédoublement, y rencontre les spectres d’anciens locataires victimes d’une fuite de gaz. Le mystère s’épaissit encore, et d’autant plus que ces esprits vont révéler à Rose que son père a assassiné et emmuré un homme à l’intérieur du bâtiment. Après avoir tiré sur tous ces fils narratifs et les avoir ingénieusement emmêlés, les scénaristes vont rationner l’information et la délivrer au compte-gouttes, de manière à tenir le lecteur en haleine. Car si les dessins et couleurs de Valérie Vernay font mouche – malgré des expressions faciales parfois lacunaires –, c’est en premier lieu le scénario, d’une densité remarquable, qui apporte satisfaction et surprise.

Pour cela, il faut bien entendu, par suspension consentie de l’incrédulité, accepter de voir des arches réalistes et fantastiques marcher de pair. Mais la dimension filiale du récit, son ode au pardon, ses descriptions de la corruption et des connivences, ses démonstrations d’obsession (dans l’accomplissement artistique d’un meurtre par exemple) font de Rose un album aux multiples et appréciables aspérités. Quant à l’héroïne, elle apparaît introvertie, mélancolique, suspendue aux événements qui s’imposent à elle, plus réactive qu’actrice de son existence. C’est sans doute la parenthèse temporelle choisie par les auteurs qui veut ça, mais il est difficile de s’identifier à elle tant on la voit peu évoluer dans le cadre d’une vie ordinaire. Ce déficit de caractérisation demeure toutefois relatif et ne nuit en aucun cas à la qualité d’ensemble de Rose.

Aperçu : Rose (Dupuis)

Rose, Denis Lapière, Émilie Alibert et Valérie Vernay
Dupuis, mai 2021, 160 pages

Note des lecteurs0 Note
3.5

« Dog Man » : le super-héros qui a du chien

Mi-homme mi-chien, quelque part entre le policier et le super-héros, Dog Man est le personnage-phare d’une série lancée par Dav Pilkey et s’adressant aux enfants à partir de six ans. Les éditions Dupuis en publient le premier tome.

Greg est policier. Lui et son chien sont victimes d’un attentat qui les laisse inanimés. La seule solution pour les sauver consiste à greffer la tête de l’animal sur le corps de son propriétaire. Et c’est ainsi que Dog Man voit le jour. Dav Pilkey n’a que faire de la vraisemblance : il écrit des intrigues farfelues, propices à l’absurde et aux running gags, capables de décrocher des sourires aux enfants, dont il se place à la hauteur. Dog Man est un héros dont les forces et les faiblesses demeurent précisément celles du chien : il a du flair, montre volontiers les crocs, reste fidèle à son chef, mais répond aux mêmes stimuli que tous les autres canins des environs, ce qui concourt parfois à le piéger. Et comme ses pairs à quatre pattes, il aime se prélasser dans un fauteuil en y laissant un peu de lui-même : poils, bave, odeur… Ce qui ne manque jamais de provoquer le courroux de son supérieur.

Le méchant de l’histoire n’est autre… qu’un chat. Monpetit a des idées folles pour dominer le monde : un aspirateur géant, un spray d’indivisibilité ou donnant vie à des objets, l’annihilation de tous les livres… Naturellement, Dog Man se trouve toujours sur son chemin et fait échouer ses plans, un peu à la manière de Bip Bip se jouant systématiquement du Coyote. Les plans absurdes et capillotractés de Monpetit donnent lieu à toutes sortes de situations cocasses. Ainsi, privés de tout accès au savoir, les personnages de Dav Pilkey en viennent à manipuler de la matière fécale, à suspecter des arbres au cours d’enquête policière, à se marier avec des ordures ou à craquer une allumette dans un véhicule gorgé d’essence. C’est du non-sens sans filtre, se fondant dans des dessins très élémentaires, mais l’ensemble fonctionne étonnamment bien et, bien entendu, a fortiori sur les enfants.

La création de Dog Man est elle-même assez incroyable. Interrogé par des enfants pour BN Kids Blog en août 2019, Dav Pilkey confiait : « J’ai eu beaucoup de problèmes. J’avais un TDAH (ils appelaient cela une hyperactivité extrême à l’époque), et il était donc souvent difficile pour moi de rester immobile et de faire attention comme la plupart de mes camarades de classe. Mes professeurs étaient frustrés par mon comportement en classe, alors ils me faisaient asseoir seul à un bureau dans le couloir. C’était triste au début, puis j’ai découvert que je pouvais dessiner et écrire des histoires là-bas. Mes journées dans le couloir m’ont donné beaucoup de temps pour m’entraîner, et c’est là que j’ai découvert pour la première fois l’amour de la narration. »

Là est peut-être le principal argument en faveur de Dog Man. Ses intrigues facétieuses, ses personnages loufoques, son comique de répétition, de situation et de caractère enfantin, tout est l’œuvre d’un enfant cherchant à donner corps à son inventivité et ses farces. Il en ressort un album en prise directe avec son lectorat – on a eu l’occasion de le vérifier ! –, aux intrigues claires, aux lieux bien identifiés (le commissariat, la prison, la bibliothèque, l’école…) et à l’imagination débridée (une rébellion de hot-dogs vivants, un aspirateur pompant l’eau de l’océan, un robot-flic…). Difficile de faire la fine bouche tant la formule fonctionne à merveille.

Aperçu : Dog Man (Dupuis)

Dog Man, Dav Pilkey
Dupuis, mai 2021, 240 pages

Note des lecteurs1 Note
4

La catastrophe : le danger venait de l’océan

0

Premier album du cycle Aldébaran, suivi des cycles Bételgeuse et Antarès (cinq albums chacun) et même Retour sur Aldébaran (trois albums à ce jour), La catastrophe marque les débuts d’une série originale due à l’inspiration du brésilien Leo (scénario, dessin et couleurs). L’auteur mélange les genres avec bonheur : science–Fiction, aventure et amour. Ici, nous avons également une histoire d’apprentissage doublée d’une exploration d’un monde où l’essentiel reste à découvrir.

Deux planches suffisent au dessinateur pour planter le décor et la situation. Un animal étrange (un nestor : comme un long cétacé, avec des bras maladroits à la place des nageoires) vient s’échouer (pourquoi ?) sur la plage du village d’Arena Blanca, alors qu’à quelques centaines de mètres, dans l’école, un enseignant commente une dissertation qu’il rend à ses élèves. S’adressant à la jeune Kim Keller (13 ans), il réfute ses affirmations trop optimistes. La jeune fille prétend que le contact avec la Terre sera bientôt rétabli. En effet, nous sommes sur Aldébaran où vivent des colons venus de la Terre. Or, depuis plus d’un siècle, pour des raisons incertaines, le contact avec la Terre est rompu. Une crise économique a pu causer des troubles graves, avec pourquoi pas des conséquences techniques. Depuis, la colonie humaine sur Aldébaran est livrée à elle-même.

Aldébaran

D’emblée, on comprend que si les conditions de vie sont agréables, les colons ne savent pas tout de cette planète où ils ont élu domicile. Chance inouïe, l’atmosphère est respirable au point qu’on ne sente aucune différence avec l’atmosphère terrestre. Ceci dit, en un siècle, les colons ont pu s’habituer et développer des facultés leur permettant d’oublier les sensations originelles. D’ailleurs, tous les habitants d’Arena Blanca sont forcément nés sur Aldébaran. De même, il semblerait que la pesanteur soit quasiment la même que sur Terre. Globalement, Aldébaran se présente comme une planète vraiment similaire à la Terre, avec des terres émergées bordées par un océan. Outre le fait que deux lunes tournent autour d’Aldébaran, les vraies différences concernent la faune et la flore, points qui inspirent particulièrement le dessinateur. Depuis leur arrivée sur la planète, les colons ont recensé les espèces vivantes dans ce qu’ils appellent le « catalogue ». Détail significatif, plusieurs sortes d’animaux sont désignées par des prénoms, comme s’il s’agissait de celui du premier observateur humain de l’espèce.

Marc

Le début présente une petite faiblesse, parce qu’on l’imagine d’abord raconté par un narrateur omniscient classique, alors qu’à partir de la troisième planche, on réalise qu’en réalité le narrateur est Marc Sorensen (régulièrement un peu trop prolixe dans ses multiples réflexions), jeune homme de 17 ans qui travaille comme pêcheur avec son père et Tom, son grand frère. On apprend que Marc est amoureux de la belle Nellie Keller (16 ans) grande sœur de Kim, ce qui amuse beaucoup Tom qui sent que Marc n’a aucune chance avec cette jeune fille BCBG portée sur la planification, alors que Marc aurait plutôt le type de l’aventurier sentimental. Avant de rentrer au port, l’équipage tombe sur le cadavre flottant d’un autre animal étrange…

Driss

Bizarrement, ce jour-là, tous les équipages de pêcheurs rentrent bredouilles. Les conversations vont bon train à une terrasse quand un étranger vient s’y mêler. Driss prétend connaître la cause des phénomènes inexpliqués observés ces derniers temps : un animal de grande taille qui vivrait habituellement dans les profondeurs et qui provoquerait de surprenantes réactions sur la faune dans un vaste périmètre autour de lui. Avant de partir, Driss va jusqu’à conseiller aux villageois d’abandonner les lieux pour se mettre à l’abri à l’intérieur des terres. Tollé général.

Gwendoline

Plus tard, une ravissante jeune femme arrive à Arena Blanca. Gwendoline Lopes, journaliste qui travaille pour le journal Anatolie news, recherche Driss. Eh oui, Anatolie, la ville qui fait rêver la jeune génération. Venue sur une sorte de char à voile qui n’ira pas plus loin que la plage, elle accepte que Marc l’emmène sur un petit bateau.

La catastrophe

En mer, un phénomène étrange se produit. Marc et Gwen abandonnent le bateau en catastrophe pour retrouver la terre ferme. Sur la route en bord de mer, ils sont rejoints le lendemain (nouvelle petite faiblesse dans le récit, puisque rien ne justifie cette péripétie), par Nellie et Kim Keller accompagnées de leur père qui conduit un véhicule rudimentaire mais à moteur électrique. Le groupe fait alors une nouvelle observation incroyable de ce qui se passe en mer, quand un avion vient atterrir sur la route (non goudronnée). Driss annonce la catastrophe du titre. Tous font demi-tour et trouvent Arena Blanca anéanti, avec aucun survivant.

Les déboires de Marc

Avec cet album, le dessinateur Leo ouvre de nombreuses pistes qui justifient largement que la série comporte cinq albums. Même si on peut craindre que tout ne trouve pas d’explication, on se demande vraiment ce qui se passe en mer, espace aussi vaste que mystérieux. La recherche sentimentale de Marc occupe également l’album quasiment de bout en bout. Visiblement amoureux, il a beau côtoyer la très séduisante Gwen, ses sentiments vis-à-vis de Nellie ne varient pas et ses décisions montrent son manque de maturité. Pourtant, comme son frère le lui avait affirmé, il constate que Nellie ne lui rend pas ses sentiments. Comble de malchance, Marc se retrouve à marcher en compagnie de Kim qu’il supporte mal. Il faut voir Kim, adolescente pré-pubère qui, la langue bien pendue, affiche des idées bien arrêtées (sur sa sœur, mais aussi sur l’avenir de la planète), avec sa tignasse brune incoiffable (collection d’épis qui collent parfaitement avec sa façon de lancer des piques).

Un univers original

Le dessinateur utilise les nombreuses péripéties pour truffer l’album de détails originaux et glisser quelques informations importantes. Exemple avec la situation politique sur Aldébaran, qui se verra détaillée dans la suite de la série. Étant donné qu’Aldébaran n’est pas encore explorée de fond en comble (et probablement peuplée que sur certaines zones propices), il reste de multiples pistes possibles pour des rebondissements en tous genres. Le style graphique s’avère très agréable, malgré une raideur indéniable dans certaines attitudes de personnages. On note au passage quelques influences, comme la finesse du trait et le choix des couleurs rappelant la meilleure partie de la série Jérémiah due à Hermann (qui, lui, transcrit merveilleusement les mouvements). Plusieurs situations font écho à L’Incal (MoebiusJodorowski). Et le physique de Gwen me semble un clin d’œil aux créatures qui peuplent l’univers de Manara. Ce qui n’empêche pas Leo de trouver son style propre, avec notamment des nuances de couleurs judicieuses aussi bien pour les visages que les décors. On apprécie également les dessins de grandes tailles qui font leur effet car choisis à bon escient. De manière générale, il utilise avec maîtrise l’espace à sa disposition sur chaque planche et fait sentir que chaque suite apportera son lot de surprises.

La catastrophe (Aldébaran T.1), Leo

Dargaud, janvier 2001, 52 pages

 
 
 
 
 
 
 
 
Note des lecteurs0 Note
4

Carbone & Silicium : la contemplation comme évasion

Au regard des traits qui fourmillent d’idées et à la lecture des mots qui parcourent cette vaste et longue bande dessinée, il n’est pas anodin qu’Alain Damasio en fasse la postface. C’est même logique. Carbone & Silicium de Mathieu Bablet contient de nombreuses similitudes avec les réflexions et les thématiques évoquées par l’écrivain de La Horde du Contrevent ou des Furtifs. 

La mondialisation, le consumérisme qui domine nos modes de vie, la place de l’individu dans la société ou la technologie comme arme du totalitarisme, tant de sujets qui font écho aux oeuvres des deux auteurs. Mais dans cet article, il n’est nulle question de faire une comparaison entre les deux, mais bel et bien de se pencher sur Carbone & Silicium : oeuvre dantesque, dense et tentaculaire qui nous baladera d’époque en époque, de lieu en lieu, pour nous conter le récit des deux premières intelligences artificielles « fortes » créées. Dans un monde où les entreprises mènent une bagarre dans l’univers de la robotique, des robots sont construits, à l’image de leur créateur qu’est l’être humain, pour s’occuper notamment des personnes âgées et de ce fait, faire office de lien social. Mais alors que ces androïdes sont connectés à tout le réseau internet terrestre (représenté par de sublimes dessins abstraits et numérisés), multipliant leur intelligence et leur connaissance à l’infini, leurs premiers mots, maladroitement, seront d’évoquer le fait que « les être humains sont le véritable problème de la planète » : disent-ils sous le coup de la plaisanterie. Mais nous comprendrons en quoi cette petite phrase d’accroche sur l’humanité sera le fil rouge des planches qui composent cette oeuvre tortueuse, où se mêleront de magnifiques tableaux d’une nature en déliquescence avec de longs dialogues philosophiques portant en leur sein, tous les questionnements existentiels autour de l’humanité. 

Le premier tiers de la bande dessiné, assez inspiré dans sa représentation du genre science-fictionnel et robotique, nous immerge dans un monde moderne qui n’est pas si éloigné du nôtre, où la peur du manque de ressources et le monopole d’un capitalisme acharné font rage. On sent dès les premiers traits irréguliers, non loin d’un Manu Larcenet, un univers industriel acre et dont les couleurs mettent en lumière une fine forme de déshumanisation, de surconsommation, de solitude humaine, dissimulant alors une noirceur tapis dans l’ombre. Le scénario se bâtit autour du récit initiatique de ses deux robots : on les observe comprendre leurs « corps », s’interroger sur leur rôle omniscient, ne faire qu’un avec leur part d’humanité, tout en privilégiant un axe narratif autour de leur relation avec Noriko, femme laborantine qui fait partie de l’équipe qui les a conçus. Cependant, très tôt, Carbone & Silicium va prendre alors un chemin bien différent : celui de chapitrer son histoire par époque, séparées de plusieurs dizaines d’années, allant d’une ville à une autre, pour faire réunir la petite histoire avec la grande histoire, qui nous fera alors parcourir près de 300 ans, un peu comme avait pu le faire Cloud Atlas des soeurs Wachowski. Cela regroupe donc la petite histoire , celle d’un « d’amour » indescriptible entre ses deux IA, qui occuperont des corps différents selon les périodes (surtout Carbone) et la grande, celle d’une humanité qui mute, qui subit, qui redéfinit toute notion de genre, de communication, de transcendance mais dont la beauté ne disparaît pas, comme un vestige décrépit et intemporel. 

À travers ces ellipses narratives aussi furtives que confuses, Mathieu Bablet sort des sentiers battus, nous perd dans un capharnaüm temporel et spatial parfois obscur, bizarrement émietté dans ses pensées et délaisse un scénario qui se voudrait évident au premier coup d’oeil, pour au final, mieux nous faire ressentir ce sentiment de liberté, d’évasion psychique et d’aventure. Chaque époque est un miroir, un reflet d’une société observée par le regard émouvant de Carbone ou de Silicium. Les deux sont comme l’alpha et l’oméga : l’un est solitaire, voyage pour découvrir la beauté du monde et aime sentir le souffle des vibrations de son « corps », et l’autre, plus solidaire, sensorielle, à l’écoute des revendications et connectée au réseau, compréhensive d’une évolution sociétale inévitable face à un monde qui voit les inégalités s’accentuer, les violences totalitaires se perpétuer et les discriminations entre genre et identité s’amplifier. 

Mais qu’on se le dise, un peu comme les oeuvres d’Alain Damasio, Carbone & Silicium de Mathieu Bablet est une oeuvre généreuse, diffuse, où l’emphase n’est jamais loin et de laquelle on ne ressort pas indemne. Sur plus de 250 pages, aux planches plus magnifiques les unes que les autres, aux dessins souvent magistraux, aux digressions existentielles alambiquées, nous passons d’une urbanisation prenant les courbes industrielles d’un Ghost in the Shell à celui d’un désert éventré par les guerres aux formes post-apo d’un Mad Max, d’une ville presque noyée sous un océan à perte de vue jusqu’à des bidonvilles bâtis sur des millions de déchets à la Gunnm. Jouant sur tous les fronts, sur les genres, multipliant inévitablement tout un tas de question sur l’humanité, notre dépendance à la technologie, la pertinence ou non de l’enveloppe corporelle, l’écologie, notre manière de consommer nos ressources et nos relations, notre conception de la collectivité et de la répartition des richesses, le manque de libre arbitre et une politique de plus en plus sécuritaire, Mathieu Bablet pousse la réflexion politisée contre le néolibéralisme à son paroxysme.

Mais est-ce que trop de réflexion tue la réflexion ? À force de rendre son récit omniscient et présent sur tous les tableaux, à force de nous saturer d’informations, à force d’accumuler les portraits (Carbone change de corps à chaque époque), est-ce que Mathieu Bablet arrive à rendre tangibles son exercice de style et son propos ? Force est de constater que oui, grâce notamment à cette très belle relation entre les deux personnages principaux, grâce à cette capacité qu’a l’auteur à se tenir à distance pour faire respirer son récit et alimenter l’introspection de ses décors parfois gigantesques. Carbone & Silicium est une bande dessinée qui casse souvent audacieusement le rythme de son récit, pour se disperser, contempler à foison et mieux se concentrer sur sa finalité : son sens de l’évasion et de l’écoute de l’autre.

Aperçu : Carbone et Silicium (Ankama)

Carbone et Silicium, Mathieu Bablet 

Ankama, aout 2020, 272 pages

Sans un bruit (2018), le muet au temps du cinéma d’horreur

Avec Sans un bruit, John Krasinski remet pour la troisième fois sa casquette de réalisateur et relance avec brio le genre horrifique, sans craindre de surprendre son spectateur dès les premières minutes du film. Un cinéma qui nous rappelle les oeuvres passées, aux démons protéiformes et ambiances étouffées.

La magie de Sans un bruit ; le silence est d’or.

Le plus éloquent : la voix d’Evelyn. Pilier de cette famille déchirée, elle nous laisse ressentir pendant les trois secondes de son appel à l’aide, culpabilité et douleur, malgré un self-control dont elle fait preuve depuis le début du film. Le volte-face d’un mutisme (trop) lourd à porter, surtout lorsque la chair de sa chair est condamnée. Un cri du coeur qui la rendra au final plus forte, comme nouveau chef de famille.

Marco Beltrami, qui a souvent bercé nos oreilles chez James Mangold, Bong Joon-Ho ou encore Guillermo Del Toro, est ici le chef d’orchestre de nos émotions. Il dépeint parfaitement le silence post-apocalyptique et la terreur face au danger qui éclot des quatre coins de la ferme du Midwest.
Une nuit, ses notes se mussent le temps d’une scène, pour la merveilleuse chanson de Neil Young, Harvest Moon, qui laisse à Lee et Evelyn leur dernier moment d’intimité.

Enfin, la photo à l’atmosphère feutrée et épurée de Charlotte Bruus Christensen (cf. La chasse, 2012). Tantôt douce, tantôt riche et tantôt abrupte, elle retrace parfaitement les trois étapes du film ; l’équilibre, la rupture et la guerre.

Le père tient une place importante dans la branche scénaristique. Bien que les non-dits s’entassent autour de lui, il reste la pierre angulaire de la cellule familiale. Il accepte ce rôle et s’acharne dans une construction de vie, certes archaïque, mais nécessaire à la survie de tous. Jusqu’à l’ultime sacrifice.

Outre l’excellente prestation des parents, les enfants sont la surprise du film. Millicent Simmonds, que l’on a connue dans Le musée des merveilles, nous livre une prestation exemplaire. Elle porte avec elle une maturité qui lui servira à reprendre le flambeau, malgré la culpabilité qui la ronge.
Quant à Noah Jupe, qui n’en est ni à son premier, ni à son dernier film, il laisse parfaitement son âme d’enfant souligner son jeu. Et nous rappelle qu’au-delà de ce survival, et du courage qu’on lui impose, il n’en reste pas moins un enfant.

La menace.

Ici, ce sont les créatures. Elle n’apparaissent entièrement qu’à la troisième partie de l’histoire, permettant ainsi de jouer avec notre imagination et de retrouver les premiers codes du film du genre (id. Bruce, Les dents de la mer). Inspiré des documentaires de David Attenborough, Krasinski les a lui-même dessinées, très impliqué dans leur fonctionnement et leur apparence. On découvre des silhouettes préhistoriques, des hybrides innommables et funestes, sensibles au moindre bruit, et prêts à tout pour la moindre goutte de son.

Sans un bruit est un grand vaisseau sensoriel qui nous offre un huis clos en pleine nature. Une ambiance intime, dans laquelle on reconnaît les autres inspirations du réalisateur, comme les films d’Hitchcock dans la composition des scènes ou l’installation du suspens. Une oeuvre efficace où le silence est déterminant pour les survivants, à tel point qu’on hésitera à sortir pop-corn et autres friandises, de peur d’être nous aussi sur le devant de la scène.

Au final, on en ressort comme un membre de la famille Abbott.

 

La suite de Sans un bruit sort le 16 juin prochain.

 

Sans un bruit – Bande annonce

Sans un bruit – Fiche technique

  • Réalisation : John Krasinski
  • Scénario : Scott Beck, Bryan Woods et John Krasinski
  • Musique : Marco Beltrami
  • Photographie : Charlotte Bruus Christensen
  • Casting : John Krasinski, Emily Blunt, Noah Jupe, Millicent Simmons,…
  • Durée : 90 minutes
  • Genre : Horror sf, post-apo
  • Date de sortie : 2018

Soleil Trompeur, de Nikita Mikhalkov : l’amour au temps des Purges

Primé à Cannes en 1994, Oscar du meilleur film étranger en 1995, Soleil Trompeur est le sommet de la carrière internationale de Nikita Mikhalkov. Un récit qui fait référence aux grandes purges staliniennes de la fin des années 30, mais en abordant l’histoire sous un angle particulier.

Quoi que l’on pense du tournant pris par la carrière de Nikita Mikhalkov ces dernières années, force est d’admettre qu’il fut un des cinéastes soviétiques, puis russes, les plus importants durant les années 70 à 90. Partition inachevée pour piano mécanique, Cinq Soirées, Quelques jours dans la vie d’Oblomov, Les Yeux noirs ou Urga constituent des films désormais classiques du cinéma russe.
Présenté au festival de Cannes 1994, où il recevra le Grand Prix du jury, ex æquo avec Vivre ! de Zhang Yimou (la Palme d’or, cette année-là, revenant à Pulp Fiction, dans un registre très différent), Soleil Trompeur marque le sommet de cette carrière de Mikhalkov à l’internationale.
A lire un rapide synopsis, on pourrait croire à un drame revenant sur une des pages les plus sombres de l’ère soviétique, les Grandes Purges initiées par Staline et Ejov après le meurtre de Kirov. Soleil Trompeur raconte comment le colonel Kotov, bolchévique de la première heure, héros de la Révolution d’octobre et de la guerre civile qui a suivi, est arrêté par un agent du NKVD (la police politique, ancêtre du KGB).
Sujet sombre, mémoire d’une période particulièrement dramatique de l’histoire soviétique…
Mais le traitement choisi par Mikhalkov surprend très vite. Toute la première partie du film se déroule dans une douce ambiance qui n’est pas sans rappeler les œuvres de Tchékhov, ou encore Partition inachevée pour piano mécanique (une des références dans la filmographie de Mikhalkov).
Nous sommes donc dans une datcha du sud de la Russie, en plein milieu des champs de blé. Une famille mène ici dans la douce tranquillité une forme de “dolce vita” à la russe. Le petit déjeuner familial pris dans le salon d’été baigné d’une douce lumière. Dans cette ambiance, rien ne paraît grave. On prend son temps, on discute, on sourit.
La famille apparaît aussi centrale dans l’action du film. Avant même d’être une confrontation entre deux hommes, deux adversaires, deux conceptions de la Russie et de l’URSS, Soleil Trompeur est une histoire de famille. Un homme, sa femme, leur fille. L’une des scènes d’ouverture nous les montre tous trois dans le bania. Une autre des scènes principales du film met côte à côte le père et sa fille dans une barque qui vogue au fil du courant, au milieu d’une nature préservée, coupée des affres de la politique stalinienne. Là, le colonel Kotov raconte à sa fille les idéaux qui ont guidé ses actions passées, et surtout l’espérance qu’il place dans le communisme pour l’avenir.
Cette proximité, cette communion familiale est encore renforcée par le fait que les interprètes du père et de la fille Kotov sont… effectivement père et fille ; en effet, Nikita Mikhalkov se donne le rôle principal, celui du colonel Kotov, et attribue à sa fille Nadejda (qui avait 7 ans au moment du tournage) le rôle de la fille de Kotov.

En bref, le cadre dans lequel se déroule l’histoire renvoie plus facilement au XIXème siècle qu’à la fin des années 1930. D’autant plus que Kotov se conduit un peu comme un seigneur local. En effet, dans la scène d’ouverture, Kotov apparaît comme le protecteur de paysans du coin qui se battent pour préserver leurs céréales. Régulièrement, Kotov donne l’impression d’être un aristocrate à l’ancienne mode vivant sur ses terres au milieu de ses paysans.
Le paradoxe, c’est que Mikhalkov ne nous cache pas que nous sommes à l’ère stalinienne. L’inévitable oncle vivant plus ou moins aux crochets de la famille (autre élément tchekhovien au possible) lit la Pravda, en une de laquelle on peut voir un magnifique portrait triomphant du Petit Père des Peuples. L’étoile rouge orne les tanks qui essaient, en vain, de traverser les champs de blé pour faire leurs manœuvres. La petite Nadia va assister au défilé des pionniers (organisation de jeunesse pour les plus petits, avant qu’ils ne rejoignent les “Jeunesses communistes” du Komsomol). Cependant, tous ces détails sont relégués au second plan par la mise en scène de Mikhalkov, comme si le cinéaste cherchait à insister sur les éléments d’une Russie “éternelle” qui échapperait au temps et aux changements politiques.

Autre choix significatif de Mikhalkov pour atténuer l’aspect politique du sujet traité : lorsque Mitia (diminutif de Dmitri) arrive dans la datcha, avec l’ordre (et l’envie) d’arrêter Kotov, ce n’est pas par choix politique qu’il agit. Ce conflit entre les deux hommes, qui aboutira à l’arrestation du colonel, est avant tout présenté comme un conflit amoureux.
En effet, on comprend, petit à petit, que Dmitri a eu une liaison avec celle qui, par la suite, est devenue l’épouse de Kotov. Petit à petit, on se demande quel est le véritable but de la venue de l’agent du NKVD : punir un concurrent amoureux ? Séduire une femme dont il est toujours amoureux ? En tout cas, la politique ne semble pas être une priorité dans cette expédition…

De fait, Soleil Trompeur est construit sur une série d’oppositions entre le présent et le passé.
De par son mode de vie et ses valeurs, Kotov est un homme du passé. Bolchévique de la première heure, il s’est engagé et s’est battu par conviction. Il est convaincu que le communisme apportera le bonheur à l’humanité. C’est un homme qui a toujours agi, et continue à le faire, pour défendre des valeurs qu’il croit justes.
Face à lui, Dmitri représente la triste réalité de l’ère stalinienne. Ce que l’on apprend sur lui, au fil du film, le range plutôt dans la catégorie des opportunistes. Il n’a pas participé à la Révolution, ni à la Guerre Civile. Cachant bien la moindre conviction (s’il en a jamais eu) lorsque l’incertitude régnait, il est devenu agent pour Staline lorsque la domination de celui-ci sur l’URSS était assurée. Séduisant, il apparaît aussi comme un prestidigitateur, donc un illusionniste, auquel on ne peut se fier.
L’opposition entre les deux est flagrante dès les premières scènes. Lors de la scène pré-générique, la seule qui se déroule dans un Moscou triste, grisâtre et humide qui contraste fortement avec la campagne méridionale russe ensoleillée, Dmitri apparaît comme un homme déprimé ; la partie de roulette russe à laquelle il joue, seul dans sa chambre, ressemble fortement à une tentative de suicide. A l’inverse, Kotov apparaît dans un cadre à la fois intimiste et lumineux, dans la joie de la vie familiale. Dmitri est l’homme qui fuit, Kotov l’homme qui affronte.
Conflit amoureux dans une ambiance d’abord feutrée qui, progressivement, va devenir plus agressive, Soleil Trompeur crée la surprise en échappant à la présentation politique d’une période qui divise (et qui est encore, aujourd’hui, un enjeu mémoriel important, certaines réécritures de l’histoire cherchant à éliminer les aspects sombres de l’ère stalinienne).
Côté rythme, le film paraît un peu longuet à certains moments et connaît ce qu’il convient d’appeler un petit “ventre mou”. Cependant la mise en scène de Mikhalkov nous réserve des scènes marquantes. Les personnages sont bien campés et attachants (y compris Dmitri, qui est finalement plus à plaindre qu’à haïr). Quant à l’interprétation, elle est exceptionnelle.
En bref, Soleil Trompeur est un film surprenant par le traitement qu’il donne à son sujet, mais construit avec intelligence et réservant de très beaux moments d’émotion.

Soleil trompeur : bande annonce

Soleil trompeur : fiche technique

Titre original : Утомлённые солнцем, Outomlyonnyé soltsem
Réalisateur : Nikita Mikhalkov
Scénariste : Rustam Ibragimbekov
Interprètes : Nikita Mikhalkov (Kotov), Oleg Menchikov (Dmitri), Ingeborga Dapkunaité (Maroussia), Nadejda Mikhalkov (Nadia)
Photographie : Vilen Kaliouta
Montage : Enzo Meniconi
Musique : Edouard Artemiev
Producteurs : Nikita Mikhalkov, Michel Seydoux
Société de production : Strio Trite, Caméra One, Goskino, Russkiy Klub, Canal +
Société de distribution : KinoVista
Date de sortie en France : 21 mai 1994 (festival de Cannes)
Durée : 142 minutes
Genre : drame
Russie – 1994

Dans un jardin qu’on dirait éternel : amoureux du Japon

Précision du geste, perpétuation des traditions, respect et humilité. Comme dans un film d’Ozu, Dans un jardin qu’on dirait éternel résume l’esprit japonais dans une exquise économie de mots et de situations. Ce film, le premier du réalisateur Tatsushi Ōmori sorti dans les salles françaises et, hélas, le dernier de la comédienne Kirin Kiki, est un véritable bijou. La cérémonie du thé, immuable et ancestrale, y représente une parenthèse réflexive et profondément humaine dans le parcours d’une vie. Si l’on compare le film à la préparation d’un thé matcha, cette édition DVD distribuée par Arcadès en constitue assurément le wagashi, ces petites pâtisseries gourmandes et raffinées dont le goût nous rappelle l’affection que l’on éprouve pour ce pays fascinant qu’est le Japon.

Le Japon, une nation où l’ancestral côtoie l’ultramoderne au quotidien. L’image a beau être un lieu commun, sa réalité ne cesse de nous être rappelée. Et de nous envoûter. Un de nos coups de cœur de l’an dernier, Dans un jardin qu’on dirait éternel (Nichinichi kore kōjitsu) en est une éclatante démonstration. Neuvième film du réalisateur Tatsushi Ōmori, c’est seulement le premier que le public français a pu découvrir en salles. Un cadeau tardif (le film est sorti au Japon dès 2018, depuis lors Ōmori a déjà mis en scène quatre autres longs-métrages !) mais précieux, tant il dit énormément de choses sur la culture et les mentalités japonaises avec un raffinement inouï et une économie de moyens presque ascétique. En contemplant cette merveille, l’on se dit que quasiment rien n’a changé depuis Ozu, ce film récent aurait pu être tourné dans les années 50 – la couleur en sus. Relations sociales très codifiées, échanges intergénérationnels fondés sur le respect et la transmission, prévalence de la tradition collective sur l’individualité, leçons de vie distillées à partir de gestes et d’objets les plus anodins… Le film est comme un agrandissement d’un motif d’une toile peinte par Ozu : autour d’un thème, d’un rituel unique, il peint des images et déploie des émotions semblables.

Dans un jardin qu’on dirait éternel est l’histoire d’une parenthèse que s’offrent deux jeunes filles à un instant charnière de leur existence, celui où l’on devient adulte et où des choix compliqués s’imposent. La parenthèse n’a rien d’une récréation (année sabbatique, voyage ou aventure amoureuse), c’est même tout le contraire puisqu’elle implique une discipline et une concentration extrêmes. Noriko (Haru Kuroki) et sa cousine Michiko (Mikako Tabe) décident en effet de s’initier à la cérémonie du thé au sein d’une maison traditionnelle de Yokohama tenue par Madame Takeda (Kirin Kiki). La vénérable praticienne du chanoyu connaît sur le bout des doigts les nombreux gestes du cérémoniel incroyablement précis et codifié, summum du raffinement nippon inspiré du bouddhisme zen. Alors que l’apprentissage, logiquement laborieux au début, pouvait faire craindre une œuvre formaliste, rigide et gentillette ou, pire, une leçon de philosophie imperméable, c’est un phénomène bien plus subtil qui se manifeste.

Le titre de l’ouvrage de Noriko Morishita dont s’inspire le film est révélateur : La cérémonie du thé ou comment j’ai appris à vivre le moment présent. Les leçons de Mme Takeda sont comme l’antichambre de la vie, un moment de stase dans la cacophonie du quotidien. Peut-être remplissent-elles pour Noriko un rôle palliatif, face aux doutes, aux échecs et aux drames d’une vie qui n’a pas besoin d’atteindre les extrémités d’une tragédie antique pour exister, pour continuer à dérouler son fil et, de cette façon, nous sembler familière. Sans prétention critique mais reflétant la mentalité japonaise, le film est une formidable leçon de respect et d’humilité. Les deux jeunes filles peuvent initialement paraître en décalage avec l’univers figé dans le temps qu’est la cérémonie du thé. D’ailleurs, elles ne suivront pas le même chemin, Michiko finissant par faire le choix de partir aux Etats-Unis. Elle referme ainsi une parenthèse enchantée et poursuit sa route. Noriko, elle, s’investit pleinement dans ce qui devient un apprentissage.

Avec intelligence, sensibilité et bienveillance, le film décrit, à mille lieues du pensum philosophique, les vertus de la répétition des gestes, du temps qui passe, de l’épure, de la lenteur et du silence. Aux étapes de l’enseignement répondent le cycle des saisons et les années qui s’écoulent. In fine, ce n’est pas tant le thé matcha préparé par Mme Takeda et ses élèves qui infuse, mais un certain art de vivre. Il n’y aucun risque de confondre ce dernier avec une espèce d’illusoire échappatoire, quelque chose qui relèverait du spirituel ou de l’éphémère : l’extrême minutie des gestes que requiert la cérémonie certes chargée en symboles mais éminemment concrète, et à laquelle Mme Takeda veille rigoureusement, ramène sans cesse au réel. La vie qui se déroule au dehors, sur la scène principale, celle qui n’est pas occultée mais n’est pas le sujet principal du film, n’est jugée ni positivement ni négativement. Elle est simplement là, et chacun s’en sort comme il peut dès qu’il quitte le chashitsu. Dans cette incessante fuite en avant existentielle, le film affirme néanmoins l’importance d’un havre de paix, où l’on se retrouve et où rien d’autre n’existe que le temps présent et ceux avec lesquels on le passe.

Dans un jardin qu’on dirait éternel dit peu de choses, mais elles sont essentielles. Le film est extrêmement subtil mais jamais intellectualisant. Il est lent mais – à condition d’être sensible à son propos – jamais ennuyeux. Les trois comédiennes principales sont à l’image de leur personnage : très investies au service de l’œuvre. Il s’agit de la dernière prestation de Kirin Kiki, puisque la comédienne est décédée en 2018 à l’âge de 75 ans. Dans une carrière traversant six décennies, elle aura collaboré avec d’innombrables cinéastes japonais, parmi lesquels Toshiya Fujita, Nobuhiko Ōbayashi, Seijun Suzuki, Kon Ichikawa, Kinji Fukasaku ou Masahiro Shinoda. Sa fin de parcours fut à la hauteur de ce qu’elle représente dans le cinéma nippon puisque, avant ce film d’Ōmori, elle nous a ébloui dans plusieurs longs-métrages de Hirokazu Kore-eda (dont le génial Une affaire de famille, Palme d’or 2018 à Cannes) et les sublimes Délices de Tokyo de Naomi Kawase, où elle nous a ému aux larmes. Que son ultime apparition cinématographique le soit dans une œuvre traitant avec autant de sensibilité du passage du temps et de la valeur de la vie, est une coïncidence pour le moins touchante…

Synopsis : Dans une maison traditionnelle à Yokohama, Noriko et sa cousine Michiko s’initient à la cérémonie du thé. D’abord concentrée sur sa carrière dans l’édition, Noriko se laisse finalement séduire par les gestes ancestraux de Madame Takeda, son exigeante professeure. Au fil du temps, elle découvre la saveur de l’instant présent, prend conscience du rythme des saisons et change peu à peu son regard sur l’existence.

SUPPLÉMENTS

Deux compléments au film sont proposés par l’éditeur français. Le premier consiste en un making of d’une quarantaine de minutes. Cas assez rare, les images de tournage et les interviews (avec le réalisateur, les comédiens principaux, etc.) ont été tournées exclusivement sur le plateau, alors que le film était en train de se faire. L’intérêt n’est pas ce qui est dit (on n’y apprend pas grand-chose de plus que ce que l’on voit dans le film), mais dans ce qui n’est pas dit. Dans l’état d’esprit que l’on perçoit, et qui est dans la parfaite continuité du film. C’est avec étonnement que l’on assiste ainsi à certains rituels très codifiés. Par exemple, avant qu’on comédien tourne sa première scène, on le présente et le comédien salue ses partenaires et l’équipe technique. Tout le monde y passe, y compris Tatsushi Ōmori. Idem lorsque les comédiens viennent d’achever leur dernière prise : quelqu’un l’annonce et tout le monde se remercie pour le travail effectué ensemble. Où d’autre qu’au Japon verrait-on pareille chose ? La simplicité, l’humanité, le respect et le raffinement dominent dans tous les entretiens de plateau. Quelle belle leçon de sagesse nous offre ainsi la doyenne Kirin Kiki lorsqu’elle s’exprime sur la complexité et l’agitation du monde, dans lequel il est nécessaire de trouver un espace pour soi, une activité où l’on peut se retrouver et ne pas être trop dur avec soi-même. Simplicité, profondeur, concision : les mots de la comédienne ressemblent aux kakemonos ornant une des parois du chashitsu de Mme Takeda, ces rouleaux de tissus où chaque jour figure une formule calligraphiée différente.

Le deuxième bonus est amusant puisqu’il s’agit… d’un ensemble de vingt courtes leçons pour apprendre les bases de la cérémonie du thé, what else? N’espérez pas un seul instant qu’elles vous suffiront pour maîtriser la séquence de gestes incroyablement précis, mais ces quelques informations intéressantes suffisent à nourrir la curiosité, ce qui n’est déjà pas si mal.

Suppléments de l’édition DVD :

  • Making of du film
  • Vingt leçons de thé

Note concernant le film

4.5

Note concernant l’édition

4

« Mitterrand et ses ombres » : les affres d’un futur président

Le scénariste Patrick Rotman et la dessinatrice Jeanne Puchol façonnent un roman graphique sous forme de polar politique. Ils y reviennent sur trois affaires retentissantes, liées entre elles, ayant marqué les années 1950 et impliquant François Mitterrand.

Au début de ce roman graphique, on découvre un François Mitterrand à son crépuscule. Posant devant un sculpteur pour la postérité, il accepte dans le même temps de se livrer sans ambages à une journaliste. Ses confidences vont permettre de démystifier certaines affaires datant des années 1950 : les fuites (1954), le bazooka (1957) et l’attentat de l’Observatoire (1959). Patrick Rotman va alors tisser fil par fil les coulisses de la IVe République, faisant intervenir de nombreux personnages et entrer en résonance les histoires les unes avec les autres.

En noir et blanc et à traits fins, Mitterrand et ses ombres se penche dans un premier temps sur l’affaire des fuites. Nous sommes en 1954 et François Mitterrand occupe la place Beauvau. Le président du Conseil n’est autre que Pierre Mendès France. Ce dernier apprend que les délibérations du Comité supérieur de la Défense nationale ont été communiquées au Parti communiste français et ce, alors que la situation en Indochine est des plus préoccupantes. Une enquête est diligentée en interne, mais les soupçons se portant sur Mitterrand, le futur président n’en est pas avisé. Le scénariste Patrick Rotman révèle les dessous d’une machination visant à déstabiliser certaines personnalités politiques – et rendues possibles par la négligence du secrétaire général Jean Mons.

L’affaire suivante est celle dite du bazooka, qui visait initialement le commandant Raoul Salan et coûta finalement la vie au commandant Rodier. Des roquettes sont tirées depuis un immeuble voisin sur le bâtiment abritant le commandement de la Xe région militaire à Alger. François Mitterrand est lié à cette histoire en sa qualité de Garde des sceaux. Ce deuxième arc narratif est très instructif sur l’Algérie française et repose sur la volonté de placer le général René Cogny aux commandes à Alger, car ce dernier est alors considéré comme farouchement attaché à l’Algérie française. Mais le complot implique aussi des personnalités gaullistes de premier plan, dont Michel Debré – second liant de l’album après Mitterrand –, ainsi que des petites mains telles que René Kovacs ou Philippe Castille.

Le troisième acte a trait à l’attentat manqué de l’Observatoire, à la suite duquel on accusa François Mitterrand de s’être mis en scène à des fins politiques. En grattant le vernis, ce qui apparaît est toutefois autre : une nouvelle fois, c’est Michel Debré qui semble être à la baguette. Ce dernier, se sachant en position d’infériorité vis-à-vis de Mitterrand (qui, à sa demande, n’a pas levé son immunité parlementaire lors de l’affaire du bazooka), aurait planifié une série de manœuvres visant à laisser croire que le futur président socialiste aurait eu recours à un homme de main pour simuler un attentat le visant. Des assertions que Mitterrand a portées à la tribune du Sénat, sous les cris vindicatifs de ses adversaires politiques.

Mitterrand et ses ombres est un document passionnant, qui se lit comme un polar, mais qui ne vise aucunement à blanchir en solde de tout compte l’ex-dirigeant socialiste. Son principal intérêt consiste à lever un coin de voile sur des pratiques politiques sournoises, et sur une époque où les « affaires » étaient monnaie courante. Patrick Rotman en profite pour portraiturer un François Mitterrand adepte du mensonge (concernant sa vie privée) et du libertinage. On l’aperçoit en effet plus souvent en compagnie de ses maîtresses que de sa femme Danielle et leurs enfants. La politique y apparaît dans tous ses reliefs émotionnels (grâce au travail remarquable de Jeanne Puchol sur l’expressivité des visages), mais aussi comme un chemin continu aux échos multiples.

Aperçu : Mitterrand et ses ombres (Delcourt)

Mitterrand et ses ombres, Patrick Rotman et Jeanne Puchol
Delcourt, avril 2021, 136 pages

Note des lecteurs2 Notes

3.5

« Sold Out : Face A » : jeunesse éternelle ?

Scénariste et dessinateur, Phil Castaza brosse avec humour le portrait d’un troisième âge revigoré par la musique. Sold Out : Face A raconte en effet la recomposition d’un groupe de rock sous le sceau de la nostalgie.

« Depuis un an, elle me tanne pour aller au club des retraités qui bavent et jouent au bridge en se bâfrant de biscuits. » Georges a de quoi se lamenter : sa fille cherche à le transférer dans un hospice alors qu’il se sent tout à fait autonome. « J’ai trimé comme un damné pour vous et vous osez venir me foutre dehors », assène-t-il à ses enfants, prenant leur prévenance comme un affront. Il est vrai qu’entre une cave insonorisée parfaitement outillée pour des bœufs pop-rock et les grandes salles communes où des grabataires radotent en digérant leur purée, le contraste est vertigineux. Georges est coincé entre ces deux pôles qu’il considère d’un œil ingénu : il est probablement trop tard pour tenter un retour dans les sixties et les établissements pour personnes âgées ne tiennent pas forcément lieu de mouroirs dénués de charme.

Alors qu’il revoit Jean-Pierre, un vieil ami perdu de vue depuis longtemps, Georges a l’occasion de mettre ses hypothèses en application. Il lui montre son antre musical, empreint de nostalgie, où il a reproduit à l’identique ce faisait l’essence de leur ancien groupe, à commencer par les instruments de musique. Les deux septuagénaires, échaudés, picolent et guitarisent. Le lendemain est difficile pour Jean-Pierre, qui se réveille sur un canapé, expurge son corps des résidus de la veille et se console aux antalgiques. Quand Georges se réveille, son compagnon a pris la tangente. Phil Castaza va bientôt les confronter cruellement à leur solitude : le premier exprime ses doléances aux cendres de sa femme, le second s’enfonce dans son fauteuil en scrutant le vide tout autour de lui. Sold Out a cette particularité de poser un regard doux-amer sur la vieillesse, qui apparaît en décalage avec la société tout en ayant envie de s’y cramponner.

« Il doit avoir l’activité cérébrale d’un fromage blanc. » Il, c’est Jean-Claude, un vieil octogénaire placée en institution, dont l’état décline depuis des années et dont la vie est rythmée par la télévision. Il s’agit surtout d’une ancienne star de la batterie, quelqu’un en qui Georges et Jean-Pierre placent de grands espoirs pour leur retour sur le devant de la scène rock. Ils n’ont peut-être pas tort : quand on lui passe de vieux morceaux, l’ancêtre a la larme à l’œil et les doigts qui démangent. Il ne manquerait plus qu’une chanteuse rencontrée par hasard pour reformer un groupe. Justement, cette Colette qui exaspère ses voisins avec sa musique de sauvages pourrait bien faire l’affaire… Vieillesse, nostalgie et musique vont alors marcher de pair dans un récit rythmé, où l’humour perle souvent et où les caractères révèlent graduellement leur richesse.

Jean-Pierre a monté un groupe de reprises, mais les beuveries et les aventures sans lendemain ont eu raison de son mariage et de sa famille. Il ne voit même plus ses enfants. Georges, quant à lui, a du mal à communiquer avec les siens. Leurs suggestions ne sont pas seulement mal accueillies, elles font l’objet d’extrapolations qui ferment la voie à tout compromis. Tous deux partagent ce mal universel que constitue le refus de vieillir. Ils sont attachants, forts en gueule et d’une dualité qui tient essentiellement d’une incompatibilité entre leur âge et leurs attentes. Si Phil Castaza ne réinvente pas le sujet (les films mettant en scène des personnages âgées agissant comme des jeunes sont légion), il se place à bonne distance de ses personnages pour en sonder les aspirations et les caractères. Par ailleurs, sur le plan graphique, très réussi, il use de codes chromatiques spécifiques, renvoyant par exemple le rouge à la stupéfaction (positive comme négative) et le jaune ou le vert pâle à une forme de nostalgie, voire de réminiscences…

Aperçu : Sold Out (Soleil)

Sold Out – Tome 1 : Face A, Phil Castaza
Soleil, avril 2021, 52 pages

Note des lecteurs0 Note

3.5