« Dog Man » : le super-héros qui a du chien

Mi-homme mi-chien, quelque part entre le policier et le super-héros, Dog Man est le personnage-phare d’une série lancée par Dav Pilkey et s’adressant aux enfants à partir de six ans. Les éditions Dupuis en publient le premier tome.

Greg est policier. Lui et son chien sont victimes d’un attentat qui les laisse inanimés. La seule solution pour les sauver consiste à greffer la tête de l’animal sur le corps de son propriétaire. Et c’est ainsi que Dog Man voit le jour. Dav Pilkey n’a que faire de la vraisemblance : il écrit des intrigues farfelues, propices à l’absurde et aux running gags, capables de décrocher des sourires aux enfants, dont il se place à la hauteur. Dog Man est un héros dont les forces et les faiblesses demeurent précisément celles du chien : il a du flair, montre volontiers les crocs, reste fidèle à son chef, mais répond aux mêmes stimuli que tous les autres canins des environs, ce qui concourt parfois à le piéger. Et comme ses pairs à quatre pattes, il aime se prélasser dans un fauteuil en y laissant un peu de lui-même : poils, bave, odeur… Ce qui ne manque jamais de provoquer le courroux de son supérieur.

Le méchant de l’histoire n’est autre… qu’un chat. Monpetit a des idées folles pour dominer le monde : un aspirateur géant, un spray d’indivisibilité ou donnant vie à des objets, l’annihilation de tous les livres… Naturellement, Dog Man se trouve toujours sur son chemin et fait échouer ses plans, un peu à la manière de Bip Bip se jouant systématiquement du Coyote. Les plans absurdes et capillotractés de Monpetit donnent lieu à toutes sortes de situations cocasses. Ainsi, privés de tout accès au savoir, les personnages de Dav Pilkey en viennent à manipuler de la matière fécale, à suspecter des arbres au cours d’enquête policière, à se marier avec des ordures ou à craquer une allumette dans un véhicule gorgé d’essence. C’est du non-sens sans filtre, se fondant dans des dessins très élémentaires, mais l’ensemble fonctionne étonnamment bien et, bien entendu, a fortiori sur les enfants.

La création de Dog Man est elle-même assez incroyable. Interrogé par des enfants pour BN Kids Blog en août 2019, Dav Pilkey confiait : « J’ai eu beaucoup de problèmes. J’avais un TDAH (ils appelaient cela une hyperactivité extrême à l’époque), et il était donc souvent difficile pour moi de rester immobile et de faire attention comme la plupart de mes camarades de classe. Mes professeurs étaient frustrés par mon comportement en classe, alors ils me faisaient asseoir seul à un bureau dans le couloir. C’était triste au début, puis j’ai découvert que je pouvais dessiner et écrire des histoires là-bas. Mes journées dans le couloir m’ont donné beaucoup de temps pour m’entraîner, et c’est là que j’ai découvert pour la première fois l’amour de la narration. »

Là est peut-être le principal argument en faveur de Dog Man. Ses intrigues facétieuses, ses personnages loufoques, son comique de répétition, de situation et de caractère enfantin, tout est l’œuvre d’un enfant cherchant à donner corps à son inventivité et ses farces. Il en ressort un album en prise directe avec son lectorat – on a eu l’occasion de le vérifier ! –, aux intrigues claires, aux lieux bien identifiés (le commissariat, la prison, la bibliothèque, l’école…) et à l’imagination débridée (une rébellion de hot-dogs vivants, un aspirateur pompant l’eau de l’océan, un robot-flic…). Difficile de faire la fine bouche tant la formule fonctionne à merveille.

Aperçu : Dog Man (Dupuis)

Dog Man, Dav Pilkey
Dupuis, mai 2021, 240 pages

Note des lecteurs1 Note
4

Festival

L’Étrange Festival 2026 : Ikatan Darah, la dette de sang

À l'Étrange Festival, Ikatan Darah déploie la fureur chorégraphiée de la maison Iko Uwais. Mega, athlète de pencak silat, riposte contre une mafia locale pour sauver son frère endetté. Antagonistes grotesques, adrénaline continue et un duel à la tondeuse à gazon qui coupe le souffle.

L’Étrange Festival 2026 : Tristes tropiques, le masque de l’épuisement

Élevés dans la loi de la jungle par un Maître aujourd'hui disparu, les tueurs d'élite de "Tristes Tropiques" se déchirent entre rumeurs et soupçons de trahison. Park Hoon-jung filme une fratrie fatiguée par ses propres masques, entre mélancolie stylisée et scènes d'action frontales, jusqu'à un climax à la machette.

L’Étrange Festival 2026 : Ithaqua, le dieu de la famine ressuscite la Hammer

La Hammer ressuscite le mythe du wendigo avec "Ithaqua", film de monstre glacial tourné en Ontario dans des conditions extrêmes. Entre horreur mythologique et survival à la sauce western, ce retour du studio britannique séduit par son atmosphère et ses effets pratiques, malgré des défauts de tons et de rythme.

L’Étrange Festival 2026 : Le sabre des gardiens, une épopée à l’étroit

Chorégraphe historique du cinéma d'action hongkongais, complice de Jackie Chan et des Wachowski sur "Matrix", Yuen Woo-ping signe un wuxia porté par des cascades inédites et une tempête de sable réelle. Un film généreux, où le souffle épique se heurte à une narration trop dense pour son format.

Newsletter

À ne pas manquer

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Smash Palace : au pays de la casse

Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.

The Dog Stars : Ridley Scott s’essaie au post-apo (en pantoufles)

Dans un monde post-pandémique, Ridley Scott livre un survival maîtrisé mais sans surprise, porté par Jacob Elordi, Josh Brolin et Margaret Qualley dans les paysages du Colorado.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Post Mortem » : ce que les morts ont à dire

"Post Mortem" réunit le médecin légiste belge Philippe Boxho et le dessinateur Pierre Alary dans une bande dessinée documentaire qui s'emploie à vulgariser un métier sur lequel circulent bon nombre de fantasmes. Le résultat est une œuvre à part, traversée par l'idée que la mort ne constitue pas tout à fait une fin.

« Les 4 Reliques du rock’n’roll » : les Zumbies remettent le rock sur pied

Dans un monde post-apocalyptique qui ne tourne déjà plus très rond, quatre rockeurs morts-vivants doivent réunir les reliques sacrées du rock’n’roll. Arnaud Le Gouëfflec et Julien Solé signent un road-trip furieux et absurdement réjouissant.

« La Désinformation » : comprendre pour mieux combattre

Entre montée des populismes, guerres hybrides, défiance envers les institutions et avènement des réseaux sociaux, la désinformation est devenue l'un des grands enjeux démocratiques de notre époque. Avec "La Désinformation", Grégoire Darcy propose une synthèse ambitieuse des connaissances scientifiques sur le sujet.