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Les rêveurs : Art-thérapie

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Avec une délicatesse rare, Isabelle Carré transforme ses souvenirs en cinéma. Son premier film, porté par la jeune Tessa Dumont Janod, nous plonge dans les années 80 d’une pédopsychiatrie en tension, entre solitude, révolte et rêves d’évasion. Un récit initiatique où l’art devient refuge et acte de soin.

Pour son premier long-métrage, Isabelle Carré filme une autobiographie intimiste et sensible de son adolescence, inspirée de son roman éponyme.

Par le personnage d’Elizabeth, l’immense actrice expose ainsi, de manière pudique et sincère, le malaise profond de ses 14 ans, sous les traits de la jeune Tessa Dumont Janod (son premier film), qu’elle dirige tout en douceur avec l’émotion et les souvenirs de ses jeunes années. C’est par une approche agréablement onirique où les oiseaux passent comme les anges, que la réalisatrice nous plonge avec Elizabeth dans les services de pédopsychiatrie de l’hôpital Necker, où elle vécut plusieurs semaines, isolée de ses parents, au milieu de jeunes désorientés et en mal de vivre, qui sortent à peine de l’enfance. Et à cette époque des années 80, les soins étaient surtout médicamenteux et administrés par l’équipe du professeur du service, raillé sous le nom de « la Gestapo », joué par un Bernard Campan (ami et partenaire d’Isabelle Carré) d’abord terrible puis amadoué par les initiatives téméraires d’Elizabeth et de son amie Isker (Mélissa Boros touchante et juste dans ce rôle). Ensemble et entourées de soupirants, elles rêvent d’une vie meilleure, fumant en cachette, contemplant la tour Montparnasse et ses lumières en imaginant la vie qui s’y cache, et visionnant des films (avec Romy Schneider dans Une chambre en ville de Pierre Granier-Deferre, sans doute pas un hasard…).

Par des flash-forwards et superposition de visages, la réalisatrice fait intervenir Elizabeth adulte, 40 ans après, interprétée avec finesse par elle-même. Et comme par coïncidence, on la retrouve dans le même environnement de l’hôpital Necker où elle anime des séances d’atelier théâtral auprès d’enfants souffrant de dépression, autres temps, autres méthodes de soin !

Elle en profite pour revenir sur les traces de son enfance, questionnant les approches d’antan et enquêtant pour tenter de retrouver Isker.

Et dans les deux époques, on va ainsi comprendre ce qui l’a sauvée, en bouclant une forme de boucle. On découvre aussi les difficultés de son environnement familial, avec ses parents et son frère. Les impacts ont été lourds mais sont finalement libérateurs. Reconnaissons que c’est un beau scénario, riche en émotions, et superbement mis en scène.

La participation d’acteurs de renom comme Nicole Garcia dans son premier rôle de comédienne, Vincent Dedienne, le fils du professeur des années 80, ainsi qu’Alex Lutz, dans le rôle du frère aujourd’hui, apportent une crédibilité au film, par ailleurs focalisé sur les enfants.

Dans ce film très personnel, on sent qu’Isabelle Carré en profite pour jeter un cri d’alarme sur la faiblesse des moyens humains qui sont octroyés à la santé mentale en général, et des jeunes en particulier, notamment par le biais de l’Art, à l’instar du Rire Médecin (Sur un fil) pour les autres maladies graves. Et s’il devait y avoir militantisme, il est tellement bien abordé qu’on a envie d’y adhérer, quel que soit son avis sur la question.

Isabelle Carré signe un premier film profondément humain, savoureusement onirique (on l’entend chanter Il fait toujours beau au-dessus des nuages de Zaho de Sagazan) et émouvant qui confirme, s’il en était besoin, l’extrême sensibilité de la réalisatrice, dont les failles n’ont fait que la renforcer. Et gageons qu’elle finisse par retrouver enfin Isker, pourquoi pas à la faveur de la sortie de ce film.

Bande annonce : Les rêveurs

Fiche technique : Les rêveurs

Sortie en salles : 12 novembre 202, durée : 1h46

Réalisatrice : Isabelle Carré

Scénaristes : Isabelle Carré, d’après son œuvre, en collaboration avec Agnès De Sacy

Musique originale : Benoît Carré, compositeur

Équipe technique

  • Irina Lubtchansky : Directrice de la photographie
  • Quentin Janssen : 1er assistant réalisateur
  • Elsa Pharaon : Directrice du casting
  • Annette Dutertre : Cheffe monteuse
  • Isabelle Legay : Cheffe coiffeuse
  • Isabelle Mathieu : Cheffe costumière
  • Françoise Chapuis : Cheffe maquilleuse
  • Vincent Robillard : Coordinateur de production
  • Rachel Corlet-Soulier : Scripte
  • Nicolas De Boiscuillé : Chef décorateur
  • Antoine-Basile Mercier : Ingénieur du son
  • Benoît Gargonne : Ingénieur du son
  • Emmanuel Croset : Ingénieur du son

Distribution & presse

  • André-Paul Ricci : Attaché de presse
  • Bianca Longo : Attachée de presse

Sociétés de production et distribution

  • Pan Distribution : Distribution
  • Pan Cinema : Production
  • France 2 Cinéma : Coproduction

Casting

  • Isabelle Carré : Elizabeth adulte
  • Judith Chemla : Alice
  • Tessa Dumont Janod : Elizabeth adolescente
  • Alex Lutz : Paul
  • Pablo Pauly : Jacques
  • Mélissa Boros : Isker
  • Bernard Campan : Professeur Jullian
  • Nicole Garcia : Professeure de théâtre
  • Vincent Dedienne : Fils du professeur Jullian
  • Solan Machado-Graner : Renaud

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Détective Conan : La Mémoire Retrouvée – Le froid comme miroir de la mémoire

Le plus petit des grands détectives reprend du service sur grand écran dans Détective Conan : La Mémoire retrouvée, un 28ᵉ opus où les montagnes enneigées deviennent le théâtre d’un polar introspectif, où thriller rigoureux et fragilité des souvenirs s’entrelacent.

Après Le Sous-marin noir et L’Étoile à 1 Million de dollars, Katsuya Shigehara signe son premier long-métrage en solo à la tête de la franchise. Ancienne animatrice et storyboardeuse, elle succède à des metteurs en scène plus chevronnés comme Chika Nagaoka ou Yuzuru Tachikawa, qui avaient su insuffler un souffle visuel et narratif à la série. Shigehara, elle, adopte une approche plus sobre, presque appliquée : son film est fonctionnel et discipliné, mais manque de l’éclat visuel et de l’audace narrative que l’on attendait d’une fresque hivernale de cette envergure.

À Tokyo, Conan assiste impuissant à l’assassinat d’un ancien collègue de Kogorô Mōri. Déterminé à venger son ami, ce dernier remonte la piste du tueur jusqu’aux montagnes enneigées de Nagano, où il retrouve l’inspecteur Kansuke Yamato, blessé dix mois plus tôt lors d’une avalanche. Ses souvenirs troublés pourraient bien contenir la clé de l’enquête.

Cependant, La Mémoire retrouvée démarre sur un faux pas : une triple introduction (flashback, exposition, action) brouille les repères et retarde l’immersion. Le récit peine à installer sa tension, tandis que Kogorô, censé en être le pivot émotionnel, reste curieusement en retrait. Le club des détectives juniors, pourtant symbole d’énergie et de légèreté, est réduit à quelques apparitions superficielles. On suit alors le film sans véritable élan, tel une avalanche tranquille glissant droit vers sa conclusion, prévisible et linéaire.

Fragments d’une enquête immobile

Le scénario de Takeharu Sakurai privilégie les thématiques du deuil, de la vengeance et du code moral policier, mais peine à leur donner chair. Certains personnages citent, avec une insistance presque scolaire, L’Art de la guerre pour justifier leurs choix, alourdissant inutilement un récit qui aurait gagné à se fier davantage à son mystère qu’à ses maximes. Les crimes ici sont à hauteur d’homme : pas d’organisation mondiale ni de complot tentaculaire, mais des fautes, des regrets et des serments brisés. Cette simplicité humaine, pourtant, aurait pu être exploitée pour développer une tension psychologique plus fine, mais le film reste souvent à la surface de son intrigue.

Le décor principal – un observatoire astronomique perché dans les hauteurs – évoque la distance entre vérité et perception, sans jamais vraiment en exploiter la puissance symbolique. Une meilleure utilisation de cet espace aurait pu renforcer la dimension métaphorique du récit et accentuer le contraste entre le monde intérieur des personnages et la froideur extérieure des montagnes. Ce n’est qu’à la toute fin, dans un climax spectaculaire et généreux, que le film retrouve vie : la neige s’effondre, la gravité n’existe plus, Conan bondit au milieu du chaos. La mise en scène se libère enfin, assumant pleinement la fantaisie propre à la saga.

Dans cette énergie régressive, Détective Conan retrouve son cœur : un mélange de collectif, de famille et d’amour, porté par la fidélité de Ran et la dualité de Shinichi, éternel adolescent prisonnier du corps d’un enfant. La Mémoire retrouvée n’est ni le plus haletant ni le plus limpide des volets, mais il porte une maturité mélancolique, celle d’une œuvre qui vieillit avec son public. Un film froid, parfois raide, mais sincère, où le petit détective – quelque part entre Sherlock Holmes, James Bond et Ethan Hunt – continue de courir après une vérité toujours prête à s’effacer sous la neige.

Détective Conan : La Mémoire Retrouvée – bande-annonce

Détective Conan : La Mémoire Retrouvée – fiche technique

Titre original : Meitantei Conan: Sekigan no Furasshubakku
Titre international : Detective Conan: One-eyed Flashback
Réalisation : Katsuya Shigehara
Scénario : Takeharu Sakurai
Musique : Yûgo Kanno
Sociétés de production : TMS/1st Studio
Pays de production : Japon
Société de distribution : Eurozoom
Durée : 1h50
Genre : Animation, Policier, Action, Aventure
Date de sortie : 12 novembre 2025

Détective Conan : La Mémoire Retrouvée – Le froid comme miroir de la mémoire
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Onlyspins casino: Améliorer les tournois de machines à sous avec des classements en temps réel

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Les tournois de machines à sous en ligne gagnent en popularité grâce aux fonctionnalités innovantes de onlyspins casino. En intégrant des tableaux de classement en temps réel, ces plateformes transforment l’expérience utilisateur, rendant le jeu plus compétitif. Découvrez comment ces outils dynamiques influencent l’engagement des joueurs et encouragent l’interaction communautaire.

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Classements en temps réel

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Impact sur l’engagement des joueurs

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De plus, cette fonctionnalité favorise un environnement où chaque action compte, créant une tension palpable qui pousse les participants à exceller. Sur onlyspins casino, les joueurs ne jouent pas seulement contre la machine, mais aussi contre leurs pairs, augmentant considérablement le niveau d’implication émotionnelle et d’investissement personnel dans chaque partie jouée sur cette plateforme.

Interaction communautaire

L’aspect communautaire est également renforcé grâce aux tableaux de classement en temps réel. En suivant leur propre progression ainsi que celle des autres joueurs, les participants sont encouragés à interagir entre eux, partageant des astuces et des stratégies pour améliorer leurs performances. Cela crée une atmosphère amicale où la compétition saine et le soutien mutuel coexistent harmonieusement.

Cette interaction s’étend au-delà des simples échanges sur le jeu ; elle inclut également des discussions sur les forums et autres plateformes sociales liées à cette plateforme. Les joueurs créent ainsi un réseau social riche autour de leur passion commune pour les machines à sous, renforçant le sentiment d’appartenance à une communauté dynamique et engagée.

Comment les technologies mobiles transforment l’industrie du jeu – avis d’expert AllySpin casino

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L’accès mobile aux casinos en ligne a permis d’augmenter le nombre de joueurs grâce à sa facilité d’accès. Et grâce aux technologies numériques innovantes, cette option d’accès aux jeux est devenue plus populaire et a dépassé la version pour ordinateur de bureau. Désormais, il est possible d’accéder à une gamme complète de jeux, comme AllySpin, sur les appareils mobiles, de bénéficier de bonus, de participer à des jeux et des tournois en direct, ainsi que de parier en temps réel. Nous allons maintenant examiner les raisons pour lesquelles les jeux mobiles sont devenus les leaders du format.

Augmentation de la part des joueurs mobiles et adaptation des interfaces

Aujourd’hui, plus de 65 % des utilisateurs ont recours à l’accès mobile aux jeux, et ce chiffre ne cesse d’augmenter. Voici les raisons qui expliquent cette tendance :

  • Large accessibilité.
  • Lancement instantané.
  • Possibilité de jouer même avec une connexion faible.
  • Interface adaptée aux écrans de petite taille.
  • Navigation tactile pratique.
  • Outils de jeu responsables.
  • Optimisation des logiciels pour une performance élevée.
  • Possibilité de participer à des jeux en direct et à des tournois.
  • Accès aux paris sportifs pendant la retransmission en direct de la compétition.

Ainsi, grâce à un environnement de jeu complet, selon les experts AllySpin casino, l’accès mobile aux jeux est plus populaire, car il permet de jouer confortablement n’importe où.

Nouvelles possibilités pour les jeux en direct et les tournois

L’un des principaux avantages des jeux mobiles est qu’ils offrent la possibilité de jouer à des jeux en direct et de participer à des tournois. Vous pouvez vous connecter à un jeu avec un croupier réel à tout moment, à condition d’avoir votre appareil à portée de main. Il en va de même pour les tournois de jeux, auxquels vous pouvez participer même lorsque vous êtes en déplacement. Et les notifications push prévues ne vous permettront pas de l’oublier.

Pourquoi les applications deviennent plus importantes que les sites web

À l’heure actuelle, selon les experts AllySpin casino, les applications sont plus demandées que les versions web des sites. Cela s’explique par les raisons suivantes :

  • Lancement instantané, permettant de commencer rapidement à jouer.
  • Niveau de protection cybernétique plus élevé.
  • Présence de notifications push permettant de se tenir au courant des actualités du casino et de l’apparition de bonus et de promotions.
  • Haute performance des jeux, y compris en format live, où le trafic est plus important.
  • Authentification biométrique prévue.
  • Bonus spéciaux prévus.
  • Prise en charge des réseaux sociaux.
  • Haute performance avec une connexion faible.
  • Excellente intégration avec de nombreuses options de paiement.

Selon l’avis des experts AllySpin casino, toutes ces caractéristiques positives de l’application mobile l’ont rendue plus populaire que la version mobile du site.

Comment la mobilité façonne l’avenir des casinos

Aujourd’hui, la mobilité joue un rôle important dans la vie des gens. C’est pourquoi, pour chaque joueur, il est plus important d’avoir la possibilité d’accéder aux jeux même s’il ne dispose que de 15 à 20 minutes de temps libre et qu’il n’est pas chez lui à ce moment-là. Il est ainsi possible de profiter de courtes sessions de jeu, puis de reprendre ses activités. La mobilité et l’accès 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 jouent donc un rôle important, plaçant ce format au premier rang.

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Les Braises : Refroidies

Une ouvrière, jouée par Virginie Efira, s’engage dans un mouvement social joyeux et ambitieux, qui lui redonne à la fois une dignité et un lieu où exercer ses talents. Pendant ce temps, son mari, chef d’une petite entreprise de transport, préfère, lui, garder ses distances avec une lutte qui lui apparaît vaine et continuer de jouer le jeu du système. Toute ressemblance avec des faits historiques s’étant déroulés en l’an -2 avant la COVID est parfaitement voulue. Un film social français à la tournure habituelle, qui s’efforce d’éviter soigneusement toute caricature, et c’est justement ce qu’on lui reproche.

On s’attendait à pire. Quand le cinéma français entend représenter la misère sociale, il balance généralement entre le grotesque et le lisse. Thomas Kruithof a choisi la seconde option. Il a évité le pire sans doute, mais sa très relative justesse manque surtout d’audace.

Le lissage commence dès le casting. Malgré leur talent, Virginie Efira et Arieh Worthalter peinent à faire oublier leur classe d’origine. Elle, semble à chaque instant prête à dégainer une carte de presse ou un stéthoscope, et lui, débarquer d’une représentation de Tchekhov à la Comédie-Française. Kruitof avait si peur de produire une caricature indigne de beauf qu’il en a fait des petit-bourgeois de centre-ville, à son image. Les gilets-jaunes qui entourent Efira sont autrement mieux castés, mais la narration ne leur accorde qu’une place très secondaire et la mise en scène presque une fonction de décor. Le pauvre, ainsi en a décidé Thomas Kruitof, n’est pas cinématographique, sauf en arrière-plan.

Le lissage est enfin politique. On ne verra pas presque rien des discussions de rond-point à perte d’ouïes, où le sublime et le vulgaire, l’émouvant et le colérique, le généreux et le contempteur, l’utopique socialisant et le logomachique complotard se mêlaient avec autant de grâce que de lourdeur. Dans les Braises, on a le verbe bien posé, on s’écoute religieusement, on est toute politesse. Par peur de stigmatiser la beauferie du pauvre, on en a lissé toutes les aspérités, tous ses mauvais penchants, sa bêtise et sa méchanceté, et, de ce fait : son humour et sa tendresse. Ne reste que des petits blancs bien rangés, dont on se demande bien comment, avec si peu de vitalité, ils surent mettre le feu à une préfecture.

Ce dernier incident, tiré de fait réel, est dans le film l’un des rares moments où ce mouvement des gilets jaunes accuse une ambiguïté morale. D’autres pourraient y voir un motif de fierté et considéraient que les révoltés n’ont au contraire pas suffisamment saccagé et saboté. Pour ne pas donner prise aux condamnations morales qui servirent à les délégitimer, Kruithof retranche de son portrait des gilets jaunes toute leur rage et leur détermination, ne laissant à la fin que des visages d’agneaux étonnés. Désireux de les disculper, il les modère, les attiédit.

Mais, au final, reste une question : s’agit-il vraiment d’un film sur les gilets jaunes ? Que le réalisateur ait voulu donner une incarnation concrète à un type sociologique, explorer les liens entre l’intime et le politique, montrer comment des individus prennent conscience de leur destin collectif, tout cela constitue une intention certes louable, mais dont l’actualisation reste ici confuse. Les Braises est-il un film sur le couple où le mouvement des gilets jaunes joue le rôle de prétexte, ou est-ce un film sur les gilets jaunes où le couple joue celui de fil rouge narratif ? Dans les deux cas, l’échec est cuisant. Soit le film manque terriblement d’émotion et d’intensité dramatique, soit le nombre et la longueur des scènes consacré aux gilets jaunes est par trop resserrés ; toujours, les Braises semble manqué son sujet.
Ceux qui ont vibré à l’unisson de cette révolte trouveront au début et la fin l’occasion de réminiscence émouvante. Pour le reste, il ne se dégage des atermoiements familiaux d’Efira et Worthalter qu’un ennui poli.

Si la mise en scène est sobre et évite maints écueils, c’est au service d’un objet froid qui peine à honorer le débordement d’idées, de joie et de colère, probablement trop formidable, trop vivant, trop inconvenant pour un trop sage réalisateur parisien. On notera tout de même une représentation honnête et fine du travail ouvrier, chose, il faut l’avouer, devenu rare. D’un autre côté, tristement, on n’y verra pas grand-chose de la vie des ronds-points ou des manifs du samedi. Les Braises est à peine tout ce qu’il veut être : à peine un film social, à peine un drame familial, à peine une mémoire.

Bande-annonce : Les Braises

Fiche Technique : Les Braises

Réalisation : Thomas Kruithof
Scénario : Thomas Kruithof et Jean-Baptiste Delafon
Acteurs principaux : Virginie Efira, Arieh Worthalter, Mama Prassinos
Musique : Grégoire Auger
Décors : Jean Rabasse
Costumes : Carine Sarfati
Photographie : Christophe Beaucarne
Son : Nicolas Provost et Jon Goc
Montage : Jean-Baptiste Beaudoin et Guadalupe Cassius
Production : Thibault Gast et Matthias Werber
Production déléguée : David Giordano
Production associée : Jean-Baptiste Delafon
Sociétés de production : 24 25 Films, Wild Bunch, France 3, Kallouche Cinéma, Les Films Velvet et SRAB Films
Sociétés de distribution : Wild Bunch
Pays de production : France
Langue originale : français
Format : couleur
Durée : 102 minutes

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La femme la plus riche du monde : A quoi bon être riche si on ne peut pas en profiter ?

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Des millions qui volent, des secrets qui éclatent, des toilettes somptueuses et une mobylette en guise de cheval blanc : Thierry Klifa nous embarque dans une comédie aussi savoureuse que décapante, où Isabelle Huppert et Laurent Lafitte brillent dans un duo fantasque et jubilatoire. Derrière les éclats de rire, un vieux secret lié à la collaboration et une relation mère-fille pleine de failles viennent fissurer les dorures familiales.

Pour son sixième long-métrage, Thierry Klifa réussit une comédie jubilatoire et grinçante, caricaturale et haute en couleur, s’inspirant librement de la célèbre et passionnante affaire Banier-Bettencourt. La même qui a fait l’objet d’un documentaire récent sur Netflix « L’affaire Bettencourt : scandale autour de la femme la plus riche du monde » de Baptiste Etchegaray et Maxime Bonnet, s’appuyant sur les enregistrements pirates réalisés entre 2007 et 2010 par le maître d’hôtel de Liliane Bettencourt.

S’affranchissant des contraintes du biopic, le réalisateur s’approprie l’affaire par un scénario fictionnel satirique façon thriller qui met aux prises, sur une durée de plus de 20 ans, la richissime Hélène Farrère, sa fille héritière Frédérique Spielman et l’extravagant et fantasque écrivain photographe Pierre-Alain Fantin. Déboulant sur sa mobylette un jour de 1987 dans cette famille guindée, il bouscule les certitudes par un dynamitage en règle de l’ordre établi. Par son excentricité, il séduit Hélène, alors souffrante et dépressive, lui donnant une perspective réjouissante de la vie, peu importe le prix à payer pour cela quand on est tellement fortunée !

Autour de ce trio sur lequel l’intrigue principale d’un prétendu abus de faiblesse est bâtie, le réalisateur associe les maris, Guy Farrère et Jean-Marc Spielman, sans oublier le majordome et confident Jérôme, et met l’accent sur les complexités et rivalités familiales où tous les coups bas sont permis.

Et même si les millions d’euros volent bas, la guerre de succession mère/fille n’est pas qu’une question d’argent, puisqu’un secret de famille autour de la collaboration fait vaciller les ambitions du groupe de cosmétiques qu’Hélène dirige de loin, un sujet collatéral qui élargit la perspective du film, et que Thierry Klifa introduit avec subtilité et justesse, d’autant que son gendre est de confession juive.

Mais au-delà du cynisme et d’un tableau grinçant d’une famille scandaleusement riche, le réalisateur sait faire craquer le vernis en explorant les failles et les sentiments de l’amour filial entre une mère et sa fille. La jalousie de cette dernière, qui estime ne pas être à la hauteur de sa mère flamboyante, provoque sa soif de vengeance ; une position difficile à justifier puisqu’elle est déjà l’unique héritière.

Ce qui fait le succès du film est avant tout le fantastique couple d’acteurs Laurent Lafitte (Banier/Fantin) et Isabelle Huppert (Bettencourt/Farrère) qui se mettent en valeur l’un l’autre dans leur relation extravagante : Lafitte est époustouflant et génial dans ce rôle hallucinant d’insolence, avec sa chevelure de jeune premier, cet acteur boulimique qui transforme son image, jadis policée, depuis quelques films (Les Barbares, Classe Moyenne, T’as pas changé – en lien avec son départ de la Comédie Française en 2024 ?) tandis qu’Huppert, davantage dans la continuité (La Syndicaliste, Mon Crime, La prisonnière de Bordeaux), trouve ici un rôle lumineux, parfaitement taillé à sa mesure, sous la forme d’une renaissance joyeuse. Ensemble ils paraissent vraiment s’amuser, ce qui contribue à la réussite de cette farce, d’autant que l’écriture et les dialogues sont d’une grande qualité, à l’instar de ces témoignages en mode confidence face caméra des différents protagonistes en amont du procès.

Le reste du casting des personnages principaux est certes très bon, mais en retrait des deux acteurs principaux, que ce soit Marina Foïs, féroce et excellente, cachée derrière sa frange, mais avec moins d’ampleur que dans le récent Moi qui t’aimais, Raphaël Personnaz qu’on sent à l’étroit dans le rôle shakespearien du majordome et ses cheveux blonds ambiguës, ou encore André Marcon et Mathieu Demy, les maris qui servent quasiment de faire-valoir.

Le soin apporté aux décors, avec une image gros grain qui fait ressortir les couleurs chaudes, contribue à une ambiance vintage très cossue, davantage suggérée qu’ostentatoire, que ce soit dans la fabuleuse résidence principale de Neuilly ou les luxueuses résidences secondaires en bord de mer (en réalité tout est filmé en Belgique). Et comme il se doit dans ce milieu, la richissime Hélène a une toilette différente lors de chacune de ses apparitions.

Présenté à Cannes 2025 en hors compétition, le film de Thierry Klifa s’avère être de loin la meilleure comédie française de l’année, même avec ses accents dramatiques et sa durée de plus de deux heures qu’on ne voit pas passer.

Le réalisateur se raille certes des travers d’une grande famille française, mais sait appuyer sur la sensibilité des relations humaines, au fond comme dans toutes les autres. Se concentrant sur le retentissant fait de société, il sait éviter avec soin les embarras politiques de l’époque, qui renverraient inévitablement à aujourd’hui, et aborde très peu le fonctionnement business des grandes entreprises, ce qui est nettement préférable dans le contexte géopolitique de nos temps troublés.

A voir sans modération pour un moment irrésistible de drôlerie et savoureusement décapant !

Bande annonce : La femme la plus riche du monde

Fiche technique : La femme la plus riche du monde

  • Titre : La femme la plus riche du monde
  • Réalisateur : Thierry Klifa
  • Scénaristes : Thierry Klifa, Cédric Anger, Jacques Fieschi
  • Genre : Comédie dramatique
  • Pays de production : France, Belgique
  • Date de sortie : 29 octobre 2025
  • Durée : 123 minutes
  • Musique originale : Alex Beaupain
  • Directeur de la photographie : Hichame Alaouie
  • Directeur du casting : Sarah Teper
  • Chef monteur : Chantal Hymans
  • Chefs costumiers : Jürgen Doering, Laure Villemer
  • Producteur : Mathias Rubin
  • Sociétés de production : Recifilms, Versus Productions
  • Distribution France : Haut et Court

Casting principal

  • Isabelle Huppert : Marianne Farrère
  • Marina Foïs : Frédérique Spielman
  • Laurent Lafitte : Pierre-Alain Fantin
  • Raphaël Personnaz : Jérôme Bonjean
  • André Marcon : Guy Farrère
  • Mathieu Demy : Jean-Marc Spielman
  • Joseph Olivennes : Raphaël d’Alloz
  • Micha Lescot : De Veray
  • Paul Beaurepaire : Charles Spielman

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Cinémania 2025 : Rue Málaga – Filmer l’âge avec panache.

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Dès les premières images du film où l’on voit cette septuagénaire espagnole faisant son marché dans les rues de Tanger, on sent que l’on va voir quelque chose de frais et de coloré. Rue Malaga nous enivre par ses premières minutes et le parfum que le film dégage ne nous quittera plus durant deux heures merveilleuses. Carmen Maura y resplendit et la vieillesse n’avait pas été montrée sous un si beau jour depuis des lustres. Il fallait bien le talent de Maryam Touzani, déjà à l’œuvre sur le sublime Le bleu du caftan pour nous charmer à ce point avec cette œuvre douce et délicieuse sur les racines, la pugnacité et l’amour à tout âge. Une petite merveille aussi exotique que chaleureuse qui nous touche en plein cœur et que seule une fin qui dénote un peu vient entacher.

Synopsis: Une Espagnole âgée vivant à Tanger résiste à la décision de sa fille de vendre sa maison et redécouvre les sentiments romantiques et la sensualité…

Dès les premières images du film où l’on voit cette septuagénaire espagnole faisant son marché dans les rues de Tanger, on sent que l’on va voir quelque chose de frais et de coloré. Rue Malaga nous enivre par ses premières minutes et le parfum que le film dégage ne nous quittera plus durant deux heures merveilleuses. Carmen Maura y resplendit et la vieillesse n’avait pas été montrée sous un si beau jour depuis des lustres. Il fallait bien le talent de Maryam Touzani, déjà à l’œuvre sur le sublime Le bleu du caftan pour nous charmer à ce point avec cette œuvre douce et délicieuse sur les racines, la pugnacité et l’amour à tout âge. Une petite merveille aussi exotique que chaleureuse qui nous touche en plein cœur et que seule une fin qui dénote un peu vient entacher.

Des effluves d’épices qui émanent d’un marché. Des doigts qui caressent des pousses végétales. Les couleurs des tissus qui enchantent le regard. Les mains qui s’affairent à la cuisine et les odeurs qui s’en dégagent et traversent l’écran. En quelques plans sur une rue animée et commerçante de la vieille ville de Tanger et l’appartement du personnage principal, Maryam Touzani pose le décor avec volupté. Et la septuagénaire (bientôt octogénaire) incarnée par la grande Carmen Maura s’y balade le sourire aux lèvres, les yeux pétillants, le cœur conquis avec l’âme qui s’y abandonne. Les premières scènes de Rue Malaga encapsulent tout un monde. Et une vie. Celle de Maria.

On est donc happé par les séquences inaugurales du long-métrage et on sent que quelque chose de beau va s’y dérouler. On s’y abandonne durant deux heures avec un plaisir non feint. Si l’arrivée de la fille qui va vouloir vendre l’appartement de sa mère augure du pire, c’est la renaissance de Maria ensuite qui va nous combler de bonheur pour ne nous quitter qu’à la fin de la projection. Rue Malaga est une œuvre qui fait du bien, aux contours presque exotiques et qui a l’originalité de marier les cultures marocaines et espagnoles avec panache. Le film se déroule à Tanger en pleine terre arabe mais on y parlera espagnol quasiment tout du long et on y sentira fortement l’influence ibérique. Un pont entre deux continents et un cœur partagé entre deux cultures.

L’une des plus grandes actrices espagnoles, qui a été la muse de cinéastes aussi hétéroclites que Pedro Almodovar (le chatoyant Volver) ou Alex de la Iglesia (le jubilatoire et féroce Mes chers voisins), livre une de ces performances magnifiques qui couronnent le règne d’une actrice au crépuscule de sa vie. Elle nous offre sur un plateau une composition solaire et enjouée d’une vieille dame qui n’a pas renoncé à la vie et qui, au contraire, l’embrasse encore de toutes ses forces. C’est d’ailleurs le meilleur aspect du film quand on la voit malicieuse tentant de rester vivre dans son appartement malgré l’absence de revenus ou quand elle (re)découvre l’amour en bas de la rue. Maura est fabuleuse et il est fort probable que des prix viennent récompenser ce film remarqué à Venise et Toronto.

Les séquences qu’elle partage avec l’antiquaire du coin, joué par le ténébreux et charmant Ahmed Boulane, sont délicieuses. Rares sont les cinéastes à filmer l’amour et les ébats entre personnes du troisième voire quatrième âge de manière aussi poétique et pudique sans jamais être malaisants. Mais Maryam Touzani s’y connaît en douceur puisqu’elle nous avait enchantés il y a trois ans avec le tout aussi beau Le bleu du caftan qui parlait d’homosexualité dans la casbah. Sont évoqués ici également le pouvoir de nos racines et l’importance de garder du lien avec la terre qui nous a vu naître.

Rue Malaga a peut-être un peu de mal à se conclure et il épouse un peu le tragique de manière inutile sur sa dernière ligne droite en plus d’une fin ouverte. On aurait préféré que le long-métrage continue dans sa veine pleine de fraîcheur et d’humour parfois. Mais on ne s’en formalisera pas outre mesure. En effet, on sourit beaucoup devant la pugnacité de Maria pour garder son appartement et ses combines. Tout comme ses échanges avec une sœur ayant fait vœu de silence nous amusent beaucoup. Touzani nous fait le cadeau d’une œuvre aussi chaleureuse et pétillante que son personnage principal, un feel-good movie coloré qui est aussi une ode à la vieillesse. Une petite pépite.

Bande-annonce Rue Málaga (titre original : Calle Málaga)

Fiche technique Rue Málaga (titre original : Calle Málaga)

Réalisatrice : Maryam Touzani
Scénaristes : Maryam Touzani, Nabil Ayouch
Casting : Carmen Maura, Marta Etura, Ahmed Boulane, María Alfonsa Rosso, Miguel Garcés
Image : Virginie Surdej
Montage : Teresa Font
Musique : Freya Arde
Son : Nassim El Mounabbih
Pays de production : France, Espagne, Maroc, Allemagne, Belgique
Durée : 1h56
Genre : Drame
Distributeur France : Ad Vitam
Date de sortie France : 18 mars 2026
Date de première mondiale : 29 août 2025 (Mostra de Venise)

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3.5

Les Conséquences de Pascal Rambert : ce qui demeure

Une famille. Des événements, du temps : mariages, enterrements. Entre les deux, Pascal Rambert déploie une physique des âmes. Dans Les Conséquences, présenté au Théâtre de la Ville, les corps deviennent des équations vivantes, les dialogues des passions hilarantes ou exsangues. Loin du psychologisme convenu, c’est une géométrie des émotions qui nous est offerte, une langue fiévreuse, engagée et vivace – où chaque réplique est une énergie, chaque silence un angle droit, chaque dos un visage, chaque visage une existence et une bataille. Bienvenue dans La Cerisaie du XXIᵉ siècle.

La vitalité des fêlures

 À quoi reconnaît-on qu’on assiste à un grand moment de théâtre ? Un metteur en scène endosse le temps et les traumas de l’époque, leur perturbation majeure, ce qu’ils font faire à nos vies : aimer, crier, trahir, jouir, subir, faiblir, s’oublier, transmettre, dire à tue-tête, parler, tenir debout, résister, vieillir, devenir fou, avoir le mors aux dents, perdre les mots, perdre la langue, finir, mourir.

Pascal Rambert, dans sa dernière création Les Conséquences (actuellement au Théâtre de la Ville), ressaisit toutes les obsessions, passions et frustrations des vies : celles qui traversent la famille qu’il imagine (avec ses compagnons acteurs et actrices de toujours, plus de nouveaux venu·es), celles qui palpitent et hantent les existences de tous, et nous fait éprouver un très grand moment de théâtre, d’émotions et de jeu.

Eurythmie

La puissance des Conséquences est une symbiose précieuse entre l’acuité d’un texte plein, précis, vif et mélancolique, profondément amoureux de la mémoire du théâtre, l’architecture épurée d’une scénographie limpide et lumineuse, et la vigueur performative d’une troupe d’acteurs en majesté.

Tout est congruent. Tous les motifs et strates de son travail (langue, scénographie, rythme, style, jeu) viennent se correspondre avec une adéquation radieuse, comme si soudainement un géomètre mettait toute son exactitude pour créer de l’exaltation, une transe née de la rectitude des rapports entre ce qui est dit, ce qui est montré, joué, dansé, chanté et ressenti.

Ici, le décor est une sorte d’immense serre blanche constituée de bâches par lesquelles les comédiens ne cesseront d’entrer et de sortir pour intervenir sur le plateau et demander ce qu’il s’y dit.

Même les bâches deviennent ici des objets parlants, écoutants, vibrants, même ce décor nu, témoignant de mariages et d’enterrements, vient nous signifier le désarroi et cette « blague de l’existence ».

Mémoire du théâtre à l’œuvre

Dans la plus pure tradition de Vilar-Vitez, il suffit de peu pour faire du théâtre : des corps d’acteurs qui s’avancent et prennent la parole. Avec Les Conséquences, nous y sommes, à l’arête ou la vertu de ce principe, auquel Rambert ajoute son style, cette énergie du polemos qui irrigue tous les dialogues et monologues, cette électricité hilarante ou sarcastique qui vient désarçonner la langue, mordre le réel, attaquer les cicatrices des défaites, rompre le temps.

Dans cette histoire que Rambert envisage telle une trilogie (à venir, avec la même distribution : Les Émotions et La Bonté), il n’est question que de cela : toute une famille tente de se réunir, de se parler, de se dire, de s’entendre. Et sur ces événements solennels, affreusement impossibles que sont les mariages et les enterrements, la famille se souvient, essaye de se parler, se tend , s’aime et se déchire.

Nous ne raconterons pas les histoires de chacun. Il faut aller voir les mouvements et chorégraphies à l’intérieur desquelles ces dialogues et monologues prennent leur course et leur élan. C’est certainement le spectacle le plus Pina Bauschien de Rambert. Les femmes y virevoltent en longues robes fluides et colorées, les hommes y sont plus raides et statiques, en costume noir et cravate. La drôlerie circule. La folie rode. La parole veille.

La vitalité et les circulations intempestives que met en œuvre Rambert sont la force et l’autre écriture de son texte, son âme vigoureuse et persistante, ce que les Grecs appelaient la karteria, cette force d’âme clairvoyante que les Américains nomment la stamina : l’endurance active et morale. C’est beau, c’est généreux, tendre et rauque, rapide et profond, désopilant et bon. C’est une oeuvre galvanisante qui dit la déliquescence de l’époque tout en croyant encore à la ferveur des engagements enflammés, tout en croyant encore à l’ardeur des couleurs des robes pour danser la vie, tout en croyant toujours à la tenue d’une parole, à l ‘acte de la langue poétique et philosophique pour produire de l’inédit.

Les Conséquences : Teaser

Les Conséquences : Fiche technique

Texte et mise en scène : Pascal Rambert
Lumières : Yves Godin
Costumes : Anaïs Romand
Musique : Alexandre Meyer
Scénographie : Aliénor Durand
Collaboration artistique : Pauline Roussille
Production déléguée : structure production
Avec Audrey Bonnet, Anne Brochet, Paul Fougère, Lena Garrel, Jisca Kalvanda, Marilú Marini, Arthur Nauzyciel, Stanislas Nordey, Laurent Sauvage, Mathilde Viseux, Jacques Weber

« Diana » : la princesse au grand cœur

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Dans Diana, Annick Cojean, Sophie Couturier et Sandrine Revel signent une œuvre hybride, à la frontière du reportage, du portrait et de l’hommage. Entre le souvenir d’une rencontre rare et la tragédie d’une disparition, cette bande dessinée documentaire explore la vérité d’une femme qui, au-delà du mythe, voulait porter haut certains principes.

Cela fait partie des entretiens qui deviennent des rendez-vous avec l’Histoire. Annick Cojean obtient au printemps 1997 une interview de la princesse Diana, qui sera glissée dans une série de douze articles publiés dans le journal Le Monde. Connue pour son exigence et sa retenue, la journaliste ne cherche ni la confidence mondaine ni le frisson du scoop. Ce qu’elle veut comprendre, c’est la femme derrière l’icône, la conviction derrière le sourire. 

Pourquoi Diana, adulée, traquée, parfois honnie, accepta-t-elle cette demande parmi des centaines d’autres ? Peut-être parce qu’elle y devine un regard différent : celui d’un journal austère mais respectueux, d’un interlocuteur français et réellement intéressé par ses idées, d’une plume curieuse de sens plus que de scandale. Quoi qu’il en soit, de cet échange naît un texte d’une rare portée, publié le 27 août 1997.

Quatre jours plus tard, la princesse de Galles s’éteint tragiquement à Paris, et ce portrait devient aussitôt son testament. L’article, relu à la lumière du drame, prend une autre valeur. Les mots de Diana, pleins d’élan, de lucidité, de tendresse, résonnent comme une prémonition. Elle y évoquait sa mission humanitaire, son combat contre les mines antipersonnel, son refus des faux-semblants, cette liberté nouvelle qui l’enivrait. 

Annick Cojean se trouve happée malgré elle par le vertige médiatique. Elle se retrouva au centre d’un ouragan. La BD la montre assaillie par les questions, contrainte de se servir d’une chambre d’hôtel comme d’une press room. Son texte est disséqué, commenté, souvent déformé. On scrute la moindre inflexion, on traque dans ses lignes la clé d’un mystère. La journaliste, qui n’avait cherché qu’à donner voix à une femme, devient malgré elle la « dernière à avoir interviewé Lady Di ». Un titre qui sonne un peu comme un fardeau. 

Dans ce tumulte, il lui faut pourtant reprendre souffle, revenir au cœur de ce qu’avait été cette rencontre : une heure suspendue dans le salon clair de Kensington Palace, entre rires, confidences et promesses de se revoir. C’est précisément de cette mémoire réinvestie qu’est née la bande dessinée Diana. Au fil des pages, le mythe se désarme. La princesse y redevient femme, mère, militante, parfois incertaine mais toujours ardente. Celle que la presse avait érigée en figure glamour, puis crucifiée pour ses audaces, apparaît ici dans sa vérité nue : déterminée à utiliser sa notoriété pour servir les causes qui la bouleversent. 

Son engagement contre les mines antipersonnel, son empathie envers les malades du sida, sa tendresse pour les exclus témoignent pour elle. Diana n’a pas théorisé sa liberté : elle l’a vécue, corps et âme, jusqu’à s’y brûler. Cette liberté-là, les médias britanniques n’ont jamais su la lui pardonner. Ils l’ont piégée dans leurs flashs comme on retient dans une cage un oiseau trop vif. À mesure qu’elle s’émancipait du protocole, la chasse s’intensifiait. Avec le résultat que l’on sait…

Avec le recul, cet ouvrage apparaît comme une tentative de rendre justice à cette vérité engloutie sous la frénésie médiatique. Ni hagiographie ni enquête, il trace un chemin d’humanité et de vérité subjective à travers les reflets déformants de la gloire. C’est très intéressant sur le plan factuel, mais probablement un peu trop lisse et convenu dans sa dimension narrative. Mais peut-on vraiment, en l’espèce, reprocher aux auteurs d’avoir évité les fioritures pour se concentrer sur l’essentiel ?

Diana, Annick Cojean, Sophie Couturier et Sandrine Revel
Steinkis, octobre 2025

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3.5

« La Beauté cachée des cartes » : la poétique du monde déplié

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Dans La Beauté cachée des cartes (éditions Autrement), Jean-Luc Arnaud, historien de la cartographie, fait voler en éclats l’usage froid du plan pour lui restituer une chaleur sensible, presque artistique. En isolant de minuscules fragments de cartes anciennes, il révèle leur part d’inconnu, de rêve, de qualité visuelle. 

Et si une carte n’était pas un instrument, mais un poème endormi sous la poussière des atlas ? Si les lignes de contour, les trames, les couleurs et les typographies qui composent nos territoires recelaient, à l’insu même de leurs auteurs, un élan de beauté prêt à jaillir ? C’est cette hypothèse très originale que Jean-Luc Arnaud transforme en expérience plastique dans La Beauté cachée des cartes.

À rebours du cartographe rationnel qu’il demeure pourtant, l’auteur s’y fait flâneur. Il découpe, prélève, agrandit, surexpose ce qu’on n’aurait peut-être même pas remarqué. Les morceaux de cartes deviennent des paysages abstraits, des visages du monde sans nom ni boussole. D’un extrait cartographique naît un ballet de couleurs vives, presque expressionniste ; d’un plan de la région de Paris, une musculature de fer, filant comme une veine rouge dans la page ; d’une carte géologique du Groenland, une peinture moderne où le rose et le noir dialoguent en silence. Chaque fragment, une fois désarrimé de sa fonction initiale, devient un tableau à contempler.

La carte, vidée de son pouvoir de repérage, retrouve sa liberté d’invention. Elle n’est plus un outil, mais un organisme vivant : ses veines ferroviaires, ses nerfs fluviaux, ses membranes de papier respirent à nouveau. Le texte qui accompagne ces images, bref et limpide, agit comme un haïku – « Muscles d’acier fusant jusqu’aux bouts du monde / Longs voyages » – et prolonge le souffle visuel par un écho poétique.

Le livre, ainsi, se feuillette comme une galerie d’art singulière : un musée d’extraits détournés, un inventaire de songes cartographiques. Jean-Luc Arnaud n’explique rien, au-delà des légendes qui accompagnent ses « samples » ; il invite à voir. Et cette invitation vaut manifeste. Car elle interroge notre manière d’habiter le monde : en croyant le maîtriser par la mesure, nous en oublions l’émotion première, celle du tracé, du relief, de la couleur.

La Beauté cachée des cartes s’inscrit dans une tradition de détournement poétique du savoir. Mais ici, point de concept : juste un regard, précis et bienveillant, posé sur ce que la science laisse échapper. Jean-Luc Arnaud redonne aux cartes leur part de mystère, de Tokyo à Paris, des phares de Finlande aux réseaux télégraphiques hongrois.  

Ses 210 fragments rassemblés tiennent lieu de monde recomposé, affranchi des catégories du vrai et du faux. Un monde où chaque route devient trait d’encre, chaque montagne une forme géométrique, chaque mot un élan. Difficile, après ça, de ne pas laisser traîner l’œil sur toutes les autres cartes, à la recherche de quelque chose de poétique, qui ferait sens et/ou émotion une fois bouté hors de son contexte.

La Beauté cachée des cartes, Jean-Luc Arnaud
Autrement, novembre 2025, 288 pages

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3.5

« Pénis de table 2 » : l’intime mis à nu

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Neuf ans après un premier opus déjà salué pour sa franchise, Cookie Kalkair remet le couvert. Son Pénis de table 2 (éditions Steinkis) s’invite à nouveau dans les zones d’ombre du désir – entre honte, tabou, maladresse et tendresse. Mais cette fois, la table s’est agrandie, plus diverse, plus consciente, moins complaisante aussi. Un ouvrage aussi cru que nécessaire, où six hommes discutent, se dévoilent et parfois se contredisent, pour mieux comprendre ce que veut dire aujourd’hui « avoir un pénis » dans un monde post-#MeToo.

Un mot d’abord sur le ton. Ni leçon de morale ni manifeste, mais une conversation directe, souvent drôle, qui ose regarder l’homme moderne droit dans les yeux – et même sous la ceinture. Cookie Kalkair met en vignettes de longues discussions entre six hommes très différents, réunis pour parler de ce qu’on tait le plus : le corps, le plaisir, la peur d’être jugé, les zones interdites.

Ce deuxième tome se pose comme un miroir tendu à la virilité. Le dispositif est simple, presque théâtral : une table, des voix, des récits. Et de ces dialogues jaillissent mille contradictions. La culture porno, les sextoys, le sexe anal, le travail du sexe, l’érotisme masculin : autant de chapitres qui cherchent à déconstruire le confort du regard masculin sur lui-même.

La diversité de ses intervenants est un autre atout précieux. Là où le premier volume faisait se rencontrer des hommes blancs, hétéros, souvent urbains, ce second réunit une mosaïque plus représentative : des corps et des parcours multiples, où se croisent travailleurs du sexe, personnes trans, croyants, athées, hétéros, bi ou gays. Effet direct : la discussion s’épaissit, s’enrichit, voire se frictionne. 

On parle ici de plaisir anal sans détour (« plus serré »), de la gêne persistante que ces sujets provoquent, de la domination masculine dans la pornographie ou de la pauvreté de l’éducation sexuelle à l’ère du tout numérique. L’ouvrage s’appuie occasionnellement sur des données statistiques précises, comme celles sur la prostitution en France, où 85 % sont des femmes, 10 % des hommes et 5 % des personnes transgenres, la majorité issue de migrations précaires.

Et il y a aussi ce paradoxe, que Kalkair souligne sans insister : malgré la profusion d’images et de discours sur le sexe, la parole masculine reste pauvre. Les hommes parlent encore trop peu de leur corps, sinon à travers la performance ou la blague. Ce Pénis de table 2 vient alors combler un vide, en créant un espace où l’incertitude est permise.

Au fond, Pénis de table 2 ne parle pas tant du sexe que de ce qu’il révèle. Et il n’élude rien : les violences, la consommation d’images pornographiques, la déconnexion entre plaisir et affection, la place des femmes dans cette cartographie du désir masculin. Parmi les nombreux sujets abordés : le sexe en réalité virtuelle, les contenus pour adultes en ligne, les agressions sexuelles ou encore le regard des femmes sur l’anatomie masculine.

Dans ce dialogue à plusieurs voix, chacune porte une part du réel. Ce que Cookie Kalkair réussit, c’est une représentation plurielle de la masculinité contemporaine. Un livre utile, drôle, qui ose aller au bout de sa démarche.

Pénis de table 2, Cookie Kalkair
Steinkis, octobre 2025, 176 pages

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3.5

« La Vie en bleu » : quand la gastronomie devient un roman d’apprentissage

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Entre l’odeur avenante du beurre chaud et la rigueur du geste parfait, La Vie en bleu nous plonge dans les coulisses de la gastronomie française. Sous la plume de Julien Moca et le trait de Cécile Barnéoud, l’itinéraire d’une jeune cheffe venue de Séoul se transforme en parcours initiatique, à la fois sensoriel, humain et culturel. Un one shot généreux, riche en émotions et en saveurs.

On pourrait croire que tout commence derrière un plan de travail immaculé, sous la blancheur intimidante d’une toque. Mais non : c’est le départ de Kim Jae-Kyung quittant Séoul et le restaurant familial pour Paris qui amorce véritablement le récit. Capitale d’une cuisine dont elle ne maîtrise ni les codes, ni la langue, la métropole a de prime abord quelque chose d’inconfortable. Et ce choc des cultures, Moca et Barnéoud le traitent sans clichés, avec cette justesse qui naît de la curiosité : celle d’un regard étranger découvrant les mystères du « bien manger à la française », et d’une école célèbre, le Cordon Bleu, où chaque geste semble pesé et soupesé par des décennies d’exigence.

Très vite, le lecteur comprend que La Vie en bleu n’est pas seulement une histoire de recettes. C’est avant tout une quête de soi, un apprentissage du doute et du dépassement. Jae-Kyung, d’abord maladroite, épuisée, submergée par les reproches de ses chefs, apprend la patience, la précision, la beauté du détail. Ses erreurs deviennent des leçons, ses doutes un carburant. La bande dessinée suit ce rythme intérieur, devenu matière romanesque.

Le dessin de Cécile Barnéoud capte à merveille les textures. Ses planches sont presque olfactives : on y sent la chaleur d’une cuisine en plein service, la fatigue du soir, l’émerveillement des marchés où Jae-Kyung voudrait tout goûter, tout acheter. Mais La Vie en bleu est aussi une ode à la pédagogie. Les chefs, parfois durs, jamais injustes, incarnent cette forme de bienveillance exigeante qui forge les vocations. Autour d’eux, un groupe cosmopolite d’élèves rappelle que la gastronomie française est un creuset vivant. Dans ce brassage, Julien Moca semble glisser une énième idée discrète mais précieuse : apprendre à cuisiner, c’est aussi apprendre à écouter, à traduire, à s’ouvrir aux autres.

Et quand la jeune Jae-Kyung, à la fin, entrevoit Londres comme nouvel horizon, ce n’est plus une fuite mais un envol. Elle n’est pas seulement l’élève appliquée d’une école prestigieuse : elle cherche à embrasser la cuisine par tous ses reliefs, y compris marketing. Avec La Vie en bleu, Julien Moca et Cécile Barnéoud signent ainsi une œuvre fine et inspirante, à mi-chemin entre le roman graphique et le carnet de voyage.

Un cahier documentaire vient par ailleurs prolonger la lecture. On y découvre l’histoire du Cordon Bleu, fondé en 1895, ses traditions, ses rituels, sa modernité. Ce supplément prolonge le récit et l’ancre dans une réalité tangible.

La Vie en bleu, Julien Moca et Cécile Barnéoud 
Glénat, 5 novembre 2025, 96 pages

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