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« Et ils eurent beaucoup d’emmerdes » : nasty end

Et ils eurent beaucoup d’emmerdes, de Mab, paraît chez Fluide Glacial et entreprend de révéler, avec ironie et volonté de briser les conventions littéraires, les destins insoupçonnés des grandes icônes des contes de fées. Exit les fins idylliques, bonjour les tracas et quiproquos.

L’ouvrage de Mab procède par continuation et détournement : les contes de fées traditionnels, prolongés avec humour, subissent une subversion irrévérencieuse, qui questionne et déconstruit les clichés et les fins heureuses, trop lisses pour être vraies. L’auteur offre ainsi à ses lecteurs une perspective fraîche et inédite sur le devenir des héros après le traditionnel « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Réinterprétés selon les vicissitudes de la vie moderne, considérés avec ironie, les récits classiques passent à la moulinette de l’identité, du fardeau familial ou de la quête de soi.

Chaque récit se propose de recycler les ingrédients d’un conte de fées. Les héros traditionnels se voient confrontés à des dilemmes personnels et des révélations inattendues, qui font voler en éclats les certitudes des différents univers portraiturés. Le Petit Chaperon Rouge, par exemple, est un enfant qui découvre malgré lui que son père, un loup, entretient une liaison avec sa grand-mère, rhabillée en tapineuse sur le retour. La Belle au Bois Dormant a une charge mentale accablante, un mari-père démissionnaire : elle ne dort plus, et doit en plus décapiter une hydre à trois têtes, sur un malentendu. Ces courts récits successifs dévoilent des personnages plus pathétiques qu’héroïques, trouvant la lassitude là où on attendrait plutôt force et bravoure.

L’écriture de Mab, pétillante, brille par sa vivacité et son humour. Les dialogues, finement ciselés, injectent une dose de comédie supplémentaire dans des situations dramatiques déjà loufoques. L’équilibre délicat entre le conte originel et l’allégresse narrative de son détournement fait de cet album une œuvre divertissante et bien pensée. La critique sociale, bien que sous-jacente, ne cède jamais le pas à la lourdeur, faisant de chaque page un plaisir renouvelé, où la réflexion peut se mêler au rire.

Au-delà de l’aspect ludique de l’œuvre, Mab brode en effet autour de problématiques bien réelles : la charge mentale, l’absence parentale, l’identité sexuelle et la pression sociale sont autant de sujets abordés avec rire. Tarzan donne de piètres conseils de séduction à son fils, tandis que Barbe-Bleue cache au sien son homosexualité. De son côté, Peter Pan est effectivement resté un petit garçon : extatique, il s’éclate aux soirées auxquelles est conviée sa fille, passablement gênée par le comportement de son père. 

Et ils eurent beaucoup d’emmerdes, avec sa verve et son audace, enveloppe les contes de fée classiques d’arguments narratifs enjoués et percutants. En bousculant les attentes et en embrassant les aléas (poussés à outrance) de la vie après le fameux « ils vécurent heureux », Mab offre un regard frais et ironique sur les histoires qui, souvent, nous ont bercés.

Et ils eurent beaucoup d’emmerdes, Mab
Fluide glacial, mars 2024, 56 pages 

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3.5

Brel : après la gloire…

Les éditions Glénat publient le troisième et dernier tome de Brel, une vie à mille temps, de Salva Rubio et Sagar. Cette histoire est celle d’une fuite en avant, d’une quête incessante d’identité et de liberté. L’album, riche en détails, nous offre une fenêtre privilégiée sur les états d’âme d’un des plus grands artistes du XXe siècle.

En 1966, Jacques Brel prend une décision qui stupéfie le monde de la musique : il arrête de se produire sur scène. Ce n’est toutefois pas une simple retraite, mais plutôt le début d’une nouvelle aventure où il cherche à se réinventer loin des projecteurs. Brel, dont l’enfance a été, selon ses mots, volée, cherche à compenser en devenant tous les héros d’enfance qu’il n’a pu être. Il plonge dans le théâtre, joue au cinéma, réalise des films, apprend à piloter des avions, navigue autour du monde et vit des expériences qui semblent être autant de tentatives de saisir la vie dans toute son immensité et sa diversité.

Cependant, cette période de sa vie, vécue comme une pré-retraite qui l’oppose à Brassens et Ferré, est également marquée par de profondes épreuves. La santé de Brel se dégrade ; on lui diagnostique un cancer. En parallèle, la pression médiatique ne faiblit pas, le poursuivant jusque dans ses replis volontaires. Brel cherche un refuge, loin de cette attention étouffante, espérant trouver la paix et un renouveau dans l’isolement des îles Marquises. Mais qu’importe ses aspirations, les paparazzis ne sont jamais loin et les moments de répit resteront de courte durée. L’artiste ne peut échapper à son passé, ni à l’admiration et la fascination que le monde lui porte.

En 1977, malgré un état de santé précaire, Brel enregistre Les Marquises, son dernier album. Cet opus est un adieu poétique, une œuvre introspective qui se confond avec un testament musical. Mais cette réconciliation avec la musique est assombrie par un conflit avec l’industrie : Brel est outré lorsque son ancien producteur, Eddie Barclay, vend son répertoire à Philips, une maison de disques qu’il méprise. Ce geste est perçu par l’artiste comme une trahison, exacerbant son sentiment de dépossession face à son propre héritage musical. La célébrité, la maladie, les rouages du monde de la musique, une vie de famille en déliquescence, le natif de Bruxelles a plusieurs cailloux dans sa chaussure, que Salva Rubio et Sagar exposent avec talent.

Jacques Brel quitte définitivement la scène – et les siens – le 9 octobre 1978, laissant derrière lui un vide immense dans le monde de la musique et de la culture. Désireux d’authenticité et de quiétude, l’artiste belge apparaissait souvent en rupture avec l’industrie de la musique et les médias, deux aspects qui transparaissent clairement dans ce triptyque. Jusqu’à son dernier souffle, Brel a cherché à vivre pleinement, à s’affranchir des étiquettes et à embrasser l’horizon infini de l’existence. Mais cette « vie à mille temps » a aussi été conditionnée par une insatisfaction quasi permanente et une mélancolie profondément enracinée. Cette conclusion permet de l’appréhender mieux que jamais.

Brel, une vie à mille temps (T03), Salva Rubio et Sagar
Glénat, février 2024, 64 pages 

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4

Slava 2 : Les nouveaux Russes s’essaient au capitalisme

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Deuxième volet du triptyque annoncé, cet album dans la même veine que le premier, permet à Pierre-Henry Gomont de poursuivre son exploration de la Russie post-communiste en suivant des personnages aux caractères forts.

Slava a abandonné la peinture pour suivre Dimitri Lavine, personnage trouble mais particulièrement convainquant, qui se révèle un homme d’affaires redoutable, prêt à sacrifier un bras pour réaliser l’affaire de sa vie. En l’occurrence, il a pris des risques inconsidérés vis-à-vis d’un personnage plus puissant que ce qu’il estimait et s’il n’a pas perdu un bras, il a néanmoins été gravement blessé au point de devoir finalement se faire amputer d’une main. Mais, ce qui compte c’est qu’il est vivant ! Et son handicap ne le change pas fondamentalement. Affairiste il était, affairiste il reste, même isolé dans un trou perdu, selon la volonté de celui qu’il a rendu furieux en empiétant sur son territoire. Évidemment, Lavrine ne pense qu’au moyen de retourner aux affaires. Et ce moyen, il le trouve par un jeu de passe-passe dont il est passé maître. Sa réussite arrive même aux oreilles d’une femme puissante qui, admirative, cherche à l’engager. Lavrine est si sûr de son coup qu’il en profite pour négocier et monter en puissance, au mépris du nouveau risque qu’il prend : tout cela risque fort de remonter aux oreilles de son ennemi qui, s’il l’a épargné une fois, ne lui laissera certainement pas une seconde chance.

Autour de la mine

De son côté, sans nouvelle de Lavrine, Slava le considère comme mort. Le jeune homme file le parfait amour avec Nina. Le couple s’emploie à coordonner les efforts des anciens ouvriers de la mine locale pour sauver leur entreprise. Là aussi, un tour de passe-passe se met en place autour des machines qui valent leur pesant d’or. Sauf que, n’oublions pas, nous sommes dans la Russie livrée au chaos et aux bandes organisées de toutes sortes, ce qui veut dire que ces machines plus ou moins considérées comme à l’abandon, excitent les convoitises. En fait, la véritable convoitise, c’est celle suscitée par la mine elle-même. Et là, les enjeux sont considérables et les protagonistes particulièrement puissants.

Stratégies

Dans cet album, Pierre-Henry Gomont (scénariste et dessinateur) fait monter la tension tout en faisant vivre ses personnages. Ainsi, autour de la mine, l’évacuation du matériel s’organise pendant que certains élaborent leurs stratégies pour mettre la main sur l’important enjeu que constitue la mine. Dans ce jeu où certains risquent gros, Slava et ceux qui le suivent ne font apparemment pas le poids. Ils ne comptent que sur leur audace (alliée à une belle capacité à saisir l’opportunité qui se présente), un peu de l’inconscience de leur jeunesse, une finesse certaine et quelques relations. Sans compter bien sûr, tout ce que Slava a appris en côtoyant Lavrine.

Vision d’artiste

Cet album s’inscrit donc dans la droite ligne du précédent. Toujours très agréable avec son lot de péripéties, il fait cependant moins son effet que le premier volet parce que n’apportant pas fondamentalement grand-chose de plus. Ce qui n’empêche que le dessin reste de toute beauté, avec en particulier une façon très personnelle de faire sentir les mouvements qui fonctionne aussi bien que s’il s’agissait d’un dessin animé. C’est également vrai pour les visages. Quant aux décors, ils restent eux aussi de très belle qualité, avec quelques dessins de grande taille qui font leur effet. Ce qu’on retient du scénario, c’est qu’il faut s’attendre pour l’ultime épisode à ce que les factions qui s’affrontent pour la possession de la mine jouent leur va-tout avec détermination. Cela nous promet un album mouvementé, avec de belles surprises, par exemple du côté de Lavrine qui n’a pas dit son dernier mot, loin s’en faut. Comme dans l’album précédent, les combines sont au centre de l’intrigue, mais j’ai trouvé que sur cet aspect, ici la crédibilité tombe d’un cran, même si on sait bien que dans ce domaine, plus c’est gros plus ça passe. On peut également dire qu’on sent l’auteur particulièrement inspiré par cette ambiance post-communisme en Russie, où les aventuriers de tous poils trouvent un terrain idéal pour se lancer dans les opérations les plus folles. Pierre-Henry Gomont nous fait sentir l’âme russe de façon particulièrement convaincante et ses personnages sont de ceux qui marquent. Et s’il est inspiré, il fait sentir que pour un artiste, l’inspiration dépend aussi des enjeux, car, quand Nina demande à Slava de faire son portrait, ce n’est pas l’inspiration qui lui manque. Slava a beau jeu de prétexter que l’inactivité artistique lui joue un vilain tour. Non, c’est la situation qui lui fait trop d’effet. On remarquera d’ailleurs que Nina trouve le résultat tout à fait satisfaisant. C’est lui qui y voit une certaine raideur, un manque de naturel. Mais c’est son regard d’artiste. L’homme, lui, va devoir assumer ses responsabilités.

Slava 2 – Les nouveaux Russes, Pierre-Henry Gomont
Dargaud, août 2023

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3.5

Vrai ou fou : Dans la peau de Blanche Houellebecq

Allègrement déjanté et furieusement libre, Dans la peau de Blanche Houellebecq embarque Blanche Gardin et Michel Houellebecq dans un trip de cinéma doux dingue, rocambolesque et original.

Dans une scène de relatif repos où Houellebecq et Gardin hésitent à prendre des champignons hallucinogènes (qu’ils vont finalement prendre) : les personnages de Blanche et Michel s’interrogent sur le bien être qu’ils vont en retirer. Blanche dit : -on va être connecté. Michel répond : -à quoi ?

C’est toute la lucidité et la puissance hallucinatoire de ce dernier opus de Guillaume Nicloux : nous connecter à un monde pluriel, interlope et jamais manichéen tout en risquant sans cesse de décrocher ou de nous perdre.

Dans la peau de Blanche Houellebecq réussit ce tour de force d’écriture et de mise en scène de jouer subtilement avec les frontières du vrai et du faux, du faux-vrai documentaire sur les stars Houellebcq et Gardin et sur les fictions générées sur leurs possibles doubles ou sosies.

Film gigogne et si-cogne. Nous sommes au cœur de l’histoire. Emboîtés, cognés, ridiculisés. Tous. Mais avec un sens du génie et du corps d’esprit comme on dirait du mot d’esprit. Houellebecq est invité en Guadeloupe pour présider avec Blanche Gardin un jury de sosies de lui-même. Or qui est lui-même ? Celui qui fane les femmes, les noirs ou celui qui concourt avec le noir et les méandres de son âme.  La séquence de défilé des sosies de l’écrivain est hilarante. Houellebecq reconnaissant à peine ses sosies, décontenancé même par tant d’afféterie ou dandysme où l’on voit des hommes, des femmes de toutes origines et genres arborer le look de l’écrivain cheveux battus sur le visage, jean feu au plancher, clope tenu maladroitement.

Cette scène est le cœur du projet de Nicloux. Houellebcq n’en revient pas qu’on l’imite de si loin, si près. Lui qui semble (est-ce seulement une semblance ou la vérité) ne plus s’appartenir lui-même et flancher fort ?

Dans tout ce maelstrom de vies et de fictions aberrantes et peu sûres, abracadabrantes et phénoménales, Blanche Gardin surnage. Elle dit les choses avec un clair aplomb. Elle les dit au spectateur et à Houellebecq: -pourquoi tu donnes des interviews et parle de ta vie privée. Sois dans le travail et tais-toi !

Et de fait. Nicloux choisira de rendre Houellebecq aphasique dans son dernier chapitre. Mieux vaut laisser le champ à la déglingue parfaitement maitrisée de la mise en scène avec un Houellebcq hagard et touchant, humain plus qu’humain, proche de Michel Simon ou de tous les saints de l’humanité.

Il faut voir ce film pour savoir comment un metteur en scène travaille avec des acteurs la notion de vie et d’impromptu, de mélange des genres et d’adéquation. Comment un metteur en scène met de l’imprévisible ou de l’accident dans des scènes. Comment le cinéma surgit sans crier gare et combien nous ne savons pas sur quel pied danser du fictif ou du mentir-vrai. La première scène à cet égard avec Gaspard Noé, Jean-Pascal Zidi et Françoise Lebrun est détonante. Nous sommes chez Eustache, chez le cinéma tout entier et chez la vie tout court.

Courez -y

Bande-annonce : Dans la peau de Blanche Houellebecq

Fiche Technique : Dans la peau de Blanche Houellebecq

De Guillaume Nicloux | Par Guillaume Nicloux
Avec Blanche Gardin, Michel Houellebecq, Luc Schwarz…
13 mars 2024 en salle | 1h 28min | Comédie
Distributeur Bac Films

Blue Giant : une excitante plongée dans l’univers du Jazz

11 ans après la parution du 1e tome de Blue Giant, le voici enfin adapté en long-métrage animé. Sorti en février 2023 au Japon, il a été projeté au Festival d’Annecy et au Festival du Film Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS) la fin de cette même année. L’engouement est tel que lors de sa sortie officielle le 6 mars 2024, les salles affichent complet pendant la première semaine. Retour sur une sortie hautement attendue dans l’hexagone.

Synopsis : Dai Minamoto est un lycéen qui s’éprend du Jazz. Après son diplôme, il monte à Tokyo pour  devenir « le plus grand joueur de Jazz du Monde ». Habitant chez son ami Tamada et travaillant sur les chantiers, le soir il s’entraîne au saxophone jusqu’à l’épuisement. Sa rencontre avec Sawada Yukinori, un pianiste au doigts d’or est fatidique pour notre héros. C’est ainsi que naîtra le trio JASS…

Un nekketsu typique

Le film est un nekketsu. Ce terme désigne les mangas généralement pour garçons dont le but est l’initiation du héros à quelque chose. Blue Giant n’est pas l’initiation de Minamoto au Jazz, mais son ascension comme musicien. Si le film de deux heures nous a épargné l’initiation du personnage et ses premières notes au saxophone, il nous le montre de manière différente : pendant les solos musicaux du personnage, sous l’aspect de magnifiques plans peints, ou sous forme d’interviews d’individus l’ayant côtoyé.

Dai est aussi un héros typique de shônen d’apprentissage. Il est optimiste, croit que son travail l’amènera toujours là où il le faudra et a un peu de chance insolente. Il réussit quand même à monter un groupe et se produire sur une petite scène en arrivant à Tokyo en à peine quelques mois et à même se produire sur la plus grande scène de Jazz Tokyoïte du film en l’espace d’une année en partant de zéro !

Dai Minamoto n’a donc rien à envier à Son Goku, Olivier ou Naruto. Il a le même rêve qu’eux, la même personnalité, à la différence près que tout se passe sur la scène musicale.

Les Trois Mousquetaires de JASS

L’équilibre de JASS, le groupe formé par Dai, Sawada et Tamada est assez énigmatique. Bien qu’il soit le héros, Dai n’engloutit pas les deux autres co-équipiers juste car le film suggère que c’est son aventure. Sawada est le maître à penser du groupe. Il cumule le travail, le talent et l’expérience dans le domaine musical puisqu’il joue du piano depuis 14 ans. Il est le marketeur du groupe, il décide de leur image, tout autant que de la composition musicale. Autant dire que si ce n’est pas lui qui dirigeait, le groupe n’irait nulle part. C’est lui qui sait où se produire, comment se faire voir par la critique et comment monter sur la scène de niche qu’est le Jazz tokyoïte.

Dai est le personnage principal mais il est l’équilibre parfait entre la passion et le travail. Il ne joue du saxophone que depuis 4 ans et pourtant son entraînement spartiate l’aurait amené là où il est aujourd’hui. La scène d’entrée du film est une démonstration de sa rigueur : lui, jouant du saxophone dans la neige de son Sendai natal, quitte à en avoir mal à la bouche à cause du froid et du givre. On ne peut pas faire plus nekketsu-esque ! Son optimisme est ce qui soude autour de lui son groupe, mais aussi son public. Il n’irait pourtant pas très loin sans Sawada qui est un vrai maître à penser dans l’univers du Jazz. Pourtant, on sait que c’est lui qui ira loin, presque à contrecoeur par rapport aux deux autres membres du groupe, dont la vie n’est pas aussi simplement tracée.

Tamada est l’élément surprise de notre trio. Il n’est pas si intéressant que cela au début de l’histoire. Mais le jour où il décide qu’il veut devenir batteur et intégrer le groupe, il fait montre d’un sérieux et d’une discipline fidèles au nekketsu. Il est aussi le héros de cette histoire parce qu’il a réussi l’exploit de maîtriser un instrument en très peu de temps par le travail. Il n’a ni le talent de ses camarades, ni leur expérience et pourtant, il mérite vraiment qu’on s’attarde sur lui. Son exploit est la clé de voûte du film sans cela, Dai et Sawada n’auraient pas pu jouer. Cela, beaucoup de gens semblent l’oublier.

Que du bon ! Enfin presque…

L’esthétique du film est fluctuante. La technique oscille entre dessin traditionnel en 2D et 3D. Le fait est que le procédé de CGI (Computer Generated Imagery) n’est pas toujours harmonieux, ce qui fait que l’on passe d’une image en 2D magnifique à une sorte de personnage en pâte à modelée qui répète des mouvements un peu saccadés. Vous aurez l’occasion de le constater durant les épisodes de concerts du film. De fait, ce qui est également bizarre est que cela est très aléatoire. Certains passages de solos musicaux sont par exemple très fluides et harmonieux, puis c’est l’inverse qui arrive. C’est notamment pendant les solos de piano de Sawada ou de batterie de Tamada que le constat est flagrant.

Autrement, l’image est saturée de bleu. Le ciel, les immeubles, les lumières de Tokyo le soir, les néons des clubs de jazz bien évidemment, sont de ce bleu cobalt très reposant. Mais contrairement à ce que cette couleur renvoie en général, elle est sereine, et non déprimante. Le jazz, la soul, le blues, sont les enfants du Gospel et des Negro Spirituals. Ce sont des genres musicaux nés au sein des communautés afro-américaines du Sud et de leurs ancêtres qui chantaient durant leur labeur dans les champs de sucre et de coton.

En anglais, « being blue », « blue monday », ou avoir le « blues » sont des expressions qui désignent le fait d’être déprimés ou que le lundi soit déprimant. Mais ici, le bleu est celui du surnom donné à Dai, « Blue Giant », qui désigne une étoile bleue. Une étoile qui brûle ou plutôt comme le bleu d’une flamme : c’est le bleu de la passion, non celui d’un sentiment triste. C’est aussi un renvoi immédiat au nom du manga, à son univers musical, au nom du club de renom où les personnages veulent jouer : le So Blue. Lorsque la couleur bleue s’estompe, les personnages perdent l’espoir qui les caractérisent, comme en atteste la chute de Sawada, démoli par les critiques de TYLER.

La composition musicale

Quant à la musique, il est clair que si nous ne sommes pas spécialistes de jazz, la majorité des morceaux sont très bons. Ils sont signés de la jazzwoman japonaise Hiromi Uehara qui est une sommité du jazz au Japon. Elle a dit dans une interview que l’énergie de certaines des personnes qui l’inspirent, lui vont « droit au coeur » et dans ce cas de figure, elle est idéale à incarner la sonorité musicale de Dai qui dit vouloir passer ses émotions par son instrument.

Sa composition est dynamique et le duo saxophone/batterie est vraiment intéressant quand un groupe n’a plus de pianiste. C’est presque bizarre que cet élément majeur du groupe qui manque n’impacte pas réellement le succès de Dai et Tamada, et au contraire plaise même plus. Tous les goûts sont dans la nature évidemment, parfois de notre côté, nous avons relevé une légère cacophonie dans l’ensemble musical du film qui nous l’a fait mettre sur pause assez souvent pour reposer nos mirettes. MAIS nous devons dire qu’en général, la composition musicale du film est tout bonnement époustouflante, notamment sur le morceau N.E.W. qui donne le « la » à la performance.

Nous ne souhaitons pas entrer beaucoup plus loin dans l’intrigue du film, car cela risquerait de retirer tout le sel de cette expérience à nos chers lecteurs. Mais bien que nos critiques puissent apparaître dures, Blue Giant n’aurait pas pu être une sortie plus idéale avec la fin de l’hiver. Le film est aussi un meilleur format d’adaptation que la série car nous pensons que l’aspect musical n’aurait pas été aussi abouti que sur ce format de deux heures. Aussi, nous espérons que les suites Blue Giant Explorer et Blue Giant Supreme verront le jour dans la décennie. Ainsi, nous vous encourageons très fortement à aller le voir. Il est digne d’intérêt et d’une suite.

Bande-annonce : Blue Giant

Fiche technique : Blue Giant

Réalisateur : Tachikawa Yuzuru

Basé sur le manga original d’Ishizuka Shinichi, Blue Giant édité par Shougakugan et par Glénat en France

Studio : NUT

Directeur artistique : Togo Kasumi

Directeur de photographie : Hirayanagi Satoru

Musique : Hiromi Uehara

Durée : 120 min

Date de sortie française : 6 mars 2023

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4

Diógenes : À la croisée du mythe et de l’esthétique monochromatique

L’utilisation du noir et blanc dans le cinéma contemporain est un domaine où chaque choix est scruté de près, car il peut facilement être perçu comme superficiel et tomber dans le piège du snobisme artistique. Dans cet environnement délicat, des films comme Malcolm and Marie, diffusé sur Netflix, illustrent comment le noir et blanc peut sembler avoir une utilité esthétique minime, laissant aux spectateurs l’impression que ce choix relève davantage d’un exercice de style que d’une véritable nécessité artistique.

Pourtant, certains réalisateurs ont su exploiter le noir et blanc de manière significative pour enrichir leur narration et leur vision artistique. Un exemple remarquable est celui de Hong Sang-Soo et son film Introduction, où chaque choix visuel contribue à l’exploration profonde de ses thèmes récurrents. Le but de Hong Sang-Soo est de dépouiller de plus en plus son cinéma. Convoquant, dans le très convaincant In Water, le flou de la caméra. Dans Introduction, c’est d’enlever l’aspect de la couleur pour dégager une idée terne de l’espace mais aussi des émotions de ses personnages. Le choix alors du réalisateur sud-coréen transpire par tous les pores de l’écran et amène la réflexion du spectateur. C’est dans cette exploration que le monochrome devient un outil puissant, permettant de plonger plus profondément dans l’univers du film et de ressentir toute sa force émotionnelle.

Ignorer les implications artistiques d’un tel choix est risqué, surtout si celui-ci n’est pas suffisamment justifié dans le contexte du film en question. Dans ce cadre, le premier long-métrage de Leonardo Barbuy La Torre, Diógenes, opte également pour le noir et blanc. Contrairement à d’autres exemples discutables, cette décision semble être une partie intégrante de la vision artistique du réalisateur. Par le biais de cette esthétique monochromatique, on explore des thématiques complexes telles que la transmission, la responsabilité et la mortalité de manière visuellement frappante.

Diogène, philosophe ayant vécu à l’écart du peuple et de la civilisation, rejetait toute forme sociale et ne comptait que sur ses chiens. Le film reprend cette idée d’autarcie et la transpose dans le cadre familial. Il interroge ainsi la capacité d’une enfant, confrontée à la mort de son père, à assumer la responsabilité de son petit frère sans aucune assistance. Cette exploration débute par un long travelling descendant vers le corps d’un chien mort, suivi de la mise en feu de celui-ci, symbolisant la disparition par le blanc. Ce premier plan annonce le ton du film, explorant les contrastes entre la vie et la mort, le blanc et le noir, ainsi que le rapport complexe à la mortalité et à la puissance de vie.

Barbuy La Torre présente rapidement la figure paternelle comme la seule force tangible dans un environnement hostile et solitaire. Il refuse d’être accompagné par sa fille en ville pour vendre les Tablas de Sarhua (des tablettes artisanales traditionnelles péruviennes qu’il peint), sous prétexte qu’elle n’est pas prête à affronter le comportement des gens en ville. Il propose également des reconstitutions de portraits photo en costumes typiques, son regard presque caméra transperçant l’écran. Ces actions dévalorisent l’image de l’enfant et suggèrent qu’elle n’est pas préparée à vivre seule dans cet environnement.

Par la suite, le réalisateur péruvien renverse cette dynamique en réduisant la vitalité du père. Celui-ci tombe malade, crachant du sang noir en cohérence avec la monochromie, et devient insignifiant dans le vaste décor montagneux, réduit à une simple figure humaine. Les plans rapprochés de son visage soulignent les traces du temps qui passe. En parallèle, la vitalité de la jeunesse est mise en avant, notamment à travers les actions du petit garçon, qui arrache méthodiquement les membres d’un insecte et grimpe aux arbres, symbolisant ainsi un pouvoir sur la vie et la mort. La mise en scène joue également avec la lumière, renforçant le choix du noir et blanc : la fille tresse ses cheveux sous les seuls rayons de soleil de la pièce, ou quand elle domine la caméra par sa présence dans l’encadrement de la porte, en contre-plongée et en contre-jour, marquée par l’ombre mais baignée dans la lumière.

Le moment critique survient lorsque le père tombe gravement malade, conscient de sa propre mort imminente. Il organise un rituel autour d’un feu, traversant la lumière nue avant de s’enfoncer dans l’obscurité de la nuit. Au matin suivant, il gît inanimé sur son lit, dans l’ombre de la pièce. Une fois de plus, sa fille le découvre dans l’embrasure de la porte, éclairée par une lumière contrastée d’une beauté saisissante. À son tour, elle s’enfonce progressivement dans l’ombre pour se rapprocher de lui, perdant peu à peu la lumière que lui offrait le soleil. Ce moment marque un changement de responsabilité pour elle, l’aînée de la famille, dont la mère semble avoir été assassinée selon les Tablas du père, représentation historique de la famille comme de la société péruvienne. Elle décide alors de se confronter à la ville et de s’ouvrir à une culture qu’elle avait jusqu’alors peu explorée.

Le long métrage parvient à captiver l’attention du spectateur sans lui fournir le moindre indice préalable. Nous sommes happés par l’aspect de la mise en scène que nous avons décrit depuis le début, nous plongeant parcimonieusement dans la culture péruvienne et les aspects de la spiritualité. L’utilisation fréquente de l’image de l’arbre, stable et séculaire, le catégorise à plusieurs reprises comme un symbole de vitalité, de vie et d’humanité. Que ce soit lors des funérailles où il est brûlé ou filmé au sommet de la montagne pendant que le fils dort à son ombre, cet arbre revêt une symbolique puissante. En alternant parfois des séquences connotées au rêve ou au flash-back, le réalisateur laisse le spectateur sans réponses claires, jouant toujours avec cet aspect spirituel.

Dans le dédale cinématographique où les ombres dansent et où la lumière révèle, l’emploi du noir et blanc se dresse tel un phare éclairant les profondeurs de l’âme humaine. À travers ces jeux de contrastes et de nuances, le cinéaste nous plonge dans un monde où le temps semble suspendu, où les émotions s’expriment avec une intensité saisissante. À l’image de Diógenes de Leonardo Barbuy La Torre, où chaque plan est une esquisse de vérité, le monochrome devient le vecteur d’une poésie visuelle envoûtante. Dans ce voyage initiatique où la solitude côtoie l’immensité des paysages péruviens, nous sommes confrontés à la fragilité de l’existence et à la beauté éphémère de chaque instant. Ainsi, au-delà de sa simple fonction esthétique, le noir et blanc révèle sa puissance évocatrice, nous invitant à contempler le monde avec un regard renouvelé. En cela, il incarne l’esprit même du cinéma, cette alchimie magique où l’art se mêle à la vie pour nous transporter vers des horizons insoupçonnés.

Bande-annonce : Diógenes

Synopsis : Au milieu des Andes péruviennes, deux jeunes enfants, Sabina et Santiago, sont élevés dans un isolement total par leur père, un peintre spécialisé dans la tradition ancestrale des « Tablas de Sarhua ». Ce dernier échange ses œuvres contre des produits de première nécessité pour les siens. Mais un jour, une série d’événements inattendus va bouleverser cette routine et amener Sabina à se confronter à son passé et à sa culture…

Fiche technique : Diógenes

Réalisation : Leonardo Barbuy La Torre
Scénario : Leonardo Barbuy La Torre
Directeur de photographie : Mateo Guzmán ADFC, Musuk Nolte
Directeur Artistique : Rafael Polar Pin
Son : Omar Pareja, Alejandro Wangeman, Mikael Kandelman
Création Costume : Andrea Martollet Quintana
Montage : Juan Cañola
Musique Original : Leonardo Barbuy La Torre
Producteur : llari Orccottoma, David Hurst, Mirlanda Torres, Leonardo Barbuy La Torre, Laura Mora, Daniela Abad
Société de production : Mosaico, Dublin Films, La Selva
Société de distribution :  Bobine Films
Pays de production : Pérou
Langue originale : Quechua
Genre : Drame
Date de sortie : 13 mars 2024

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4

« San Francisco 1906 » : fusion entre polar et fresque historique

Les éditions Bamboo ajoutent à leur collection « Grand Angle » l’œuvre de Damien Marie et Fabrice Meddour San Francisco 1906. Cet album plonge le lecteur dans une aventure dramatique, au cœur de l’une des villes les plus emblématiques des États-Unis, à la veille d’un des événements les plus catastrophiques de son histoire…

L’intrigue de San Francisco 1906 s’articule autour d’une jeune femme de chambre employée au Palace Hotel, qui se retrouve malencontreusement mêlée à une affaire criminelle impliquant des clans mafieux de San Francisco. La découverte accidentelle d’un colis de grande valeur la propulse dans un tourbillon de danger, tandis que la ville s’apprête à être secouée par le célèbre tremblement de terre du 18 avril 1906. La tension narrative mise en branle par les auteurs est soutenue par la menace imminente du désastre naturel, tandis que notre héroïne cherche à sauver sa peau vaille que vaille.

L’œuvre se distingue par une fidélité historique remarquable. Les auteurs ont méticuleusement reconstitué San Francisco à l’aube du XXe siècle, avec ses spécificités architecturales, sociales et culturelles. L’importance de la pègre, qu’elle soit italienne ou chinoise, figure parmi les éléments qui enrichissent le contexte historique et le rendent d’autant plus authentique. Cette immersion dans le passé est renforcée par la présence de figures historiques, telles qu’Enrico Caruso, ajoutant une couche supplémentaire de véracité à l’ensemble – bien que ce dernier soit agrémenté de nombreux éléments purement fictionnels.

La qualité du dessin de Fabrice Meddour joue un rôle prépondérant dans la réussite de cet album. Ses planches illustrent à merveille l’atmosphère de l’époque. L’utilisation dominante de teintes sépia, la représentation détaillée des décors, l’urgence qui émane du tremblement de terre, contribuent à une immersion convaincante. En outre, au-delà de son intrigue échevelée, San Francisco 1906 opère des parallèles audacieux, encore en germe, avec l’histoire de Judith décapitant Holopherne. On comprend la volonté des auteurs de tisser des liens entre mythe et réalité, passé et présent. 

Au-delà de son contexte historique, l’album interroge des thèmes intemporels tels que le danger, la corruption et la lutte pour la liberté. La quête de l’héroïne pour sauver sa vie, tout en naviguant dans un monde dominé par des forces criminelles, tapisse l’ensemble d’un récit solide et prometteur quant à la suite. Immersion dans une période charnière de l’histoire américaine, San Francisco 1906 s’appuie sur le pouvoir (notamment économique) de l’art, la nature humaine et la capacité de résilience face aux catastrophes (de toutes sortes). Une lecture recommandée pour les amateurs de récits historiques enrichis de suspense et de profondeur artistique.

San Francisco 1906, Damien Marie et Fabrice Meddour  
Bamboo/Grand Angle, février 2024, 64 pages

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3.5

« Whisky San » : le père du whisky japonais

Au cœur de l’histoire du whisky japonais se trouve la figure emblématique de Masataka Taketsuru, dont le parcours singulier a bouleversé les conventions culturelles et jeté les fondements d’une industrie florissante. Naviguant entre tradition et innovation, amour et ambition, l’homme, depuis ses premiers pas dans le monde du saké jusqu’à la création de Nikka Whisky, a toujours eu de la suite dans les idées.

Né en 1894 dans une famille de brasseurs de saké, Masataka Taketsuru se distingue dès son plus jeune âge par une fascination jamais démentie pour la distillation. Cette passion le mène tôt à découvrir le whisky écossais, faisant naître en  lui une soif d’apprentissage qui le conduira bien au-delà des frontières de son Japon natal. Malgré les réticences familiales, Taketsuru s’envole ainsi pour l’Écosse en 1918, avec un rêve audacieux : maîtriser l’art du whisky et le transposer dans le terroir japonais.

L’immersion de Taketsuru dans la culture du whisky écossais est totale. Inscrit à l’Université de Glasgow pour étudier la chimie organique, il intègre plusieurs distilleries, où il apprend les subtilités de la fabrication de cette eau-de-vie. Cette période est également marquée par une rencontre déterminante, celle de Jessie Roberta Cowan, qui deviendra sa femme et son alliée dans l’aventure du whisky japonais. Alcante, Fabien Rodhain et Alicia Grande donnent à voir un homme déterminé, souvent visionnaire, mais aussi un couple dont la solidité est à l’épreuve du temps et des obstacles. 

Le retour au Japon de Taketsuru au début des années 1920 a quelque chose de doux-amer. Il est accompagné de son épouse Jessie et s’apprête à initier les débuts de son entreprise de création du premier whisky japonais. Mais les relations avec ses parents restent glaciales, son père lui reprochant notamment de ne pas avoir repris l’entreprise familiale. Embrassant d’abord un rôle au sein de Kotobukiya Limited (futur Suntory), « Masa » se heurte rapidement à des visions divergentes, notamment avec son mentor devenu rival, Shinjiro Torii. Cette tension culmine avec la décision de Taketsuru de fonder sa propre distillerie, Nikka Whisky, en 1934, dans la région de Yoichi, choisie pour ses similitudes avec le climat écossais. Entre les deux hommes, malgré une admiration réciproque, le courant n’est jamais vraiment passé : Torii a toujours affirmé sa supériorité sur Taketsuru et il privilégiait l’actionnariat là où son partenaire préférait la qualité.

L’album en témoigne amplement : la création de Nikka Whisky est le fruit d’une persévérance exceptionnelle, illustrée par la surmontée de multiples obstacles. Il a en effet fallu adapter les techniques écossaises aux conditions japonaises, composer avec la gestion des crises, notamment climatiques, lutter contre la commercialisation précipitée d’un whisky immature, ou encore se relever des réquisitions militaires de la Seconde Guerre mondiale. Taketsuru fait preuve d’une adaptabilité remarquable, diversifiant sa production avec succès dans le jus de pomme et surtout le brandy, avant de consolider sa réputation dans le whisky – chose que l’on peut observer à l’occasion d’un concours dont l’action forme plusieurs parenthèses à un récit construit sous forme de flashbacks. 

L’histoire de Masataka Taketsuru est celle d’un pionnier, dont la vision et la détermination ont non seulement fondé l’industrie du whisky japonais mais ont également enrichi le patrimoine culturel mondial de cette boisson. Moqué en Écosse, peu pris au sérieux au Japon, « Masa » n’a jamais reculé, s’est affranchi des attentes de son père et a finalement réussi là où tout le monde, ou presque, le voyait échouer. L’homme laisse derrière lui un héritage indélébile, incarné par Nikka Whisky, que les auteurs épinglent en symbole d’excellence et de passion. Ou comment un « nez » doublé d’un perfectionniste est parvenu à jeter un pont pérenne entre deux cultures si distinctes. 

Whisky San, Alcante, Fabien Rodhain et Alicia Grande 
Bamboo/Grand Angle, février 2024, 136 pages

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4

« Sans cheveux » : la métamorphose de Tereza

Les canons de beauté exaltent la chevelure comme symbole de féminité et d’attrait. Dans Sans cheveux, Tereza Drahonovska revient sur son parcours intime et émotionnel alors qu’elle est confrontée à l’alopécie, une maladie qui se caractérise par une calvitie. Cette bande dessinée explore la quête d’acceptation de soi et la redéfinition de la féminité face à la perte des cheveux, un sujet encore souvent tabou dans nos sociétés.

Dès son enfance, Tereza Drahonovska est plongée dans une quête inlassable de perfection, encouragée malgré elle par une société qui valorise les apparences. L’acceptation de ses dessins imparfaits par sa mère contrastait avec son aspiration à l’excellence, un fil rouge qui traversera sa vie jusqu’à l’adulte qu’elle deviendra. Cette lutte contre ses propres insécurités prend toutefois une tournure inattendue lorsqu’elle se trouve confrontée à l’alopécie, une maladie auto-immune qui dérobe peu à peu sa chevelure, laissant derrière elle un vide aussi bien physique qu’émotionnel.

Les cheveux, au-delà de leur aspect esthétique, ont toujours porté une charge symbolique puissante, oscillant entre affirmation d’identité et rejet des conventions. Les mouvements hippies, l’ascétisme religieux, ou encore l’expression de la beauté naturelle dans la culture noire illustrent comment la chevelure peut devenir un terrain d’expression de valeurs, de croyances et de résistances. Cette dimension culturelle, présentée dans l’album, densifie les cheveux et leur appréhension.

Pour Tereza, l’alopécie ne se limite en effet pas à un phénomène cosmétique ; elle est le théâtre d’une bataille intérieure mêlant doutes, isolement et quête de solutions médicales. La perte de cheveux, en particulier pour une femme dans une société qui magnifie la chevelure féminine, engendre un tourbillon d’émotions conflictuelles. L’histoire de Tereza, c’est celle d’une femme devant accepter sa condition, en faire une force, une singularité qui l’honore plus qu’elle ne rebute.

L’impact de l’alopécie sur l’image de soi et la perception de la féminité de Tereza met en exergue les normes de beauté rigides qui dominent nos sociétés. La perte de cheveux ébranle sa confiance, instillant le doute sur sa capacité à séduire et à être désirée, particulièrement par son partenaire. Cette dimension intime de son voyage vers l’acceptation révèle les pressions sociétales pesant sur les femmes pour se conformer à un idéal souvent inaccessible, et les conséquences psychologiques de leur échec à y adhérer.

Sans cheveux transcende le récit personnel de Tereza pour toucher à une problématique universelle : la confrontation entre nos imperfections et les idéaux de beauté. À travers le dessin simple et expressif de Stepanka Jislova, cet album introspectif invite à une réflexion sur l’acceptation de soi et les facteurs psychologiques qui en découlent. Malgré les bouleversements et les doutes, l’histoire de Tereza témoigne de la capacité à trouver la beauté dans l’imperfection. Il y a là, a minima, un message d’espoir et de libération face aux diktats esthétiques.

Sans cheveux, Tereza Drahonovska et Stepanka Jislova
Glénat, février 2024, 128 pages

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3.5

Un « Atlas de la France dans la Seconde guerre mondiale » aux éditions Autrement

Stéphane Simonnet et Christophe Prime publient aux éditions Autrement une seconde édition de leur Atlas de la France dans la Seconde guerre mondiale, de la « Drôle de guerre » jusqu’à la Libération.

La Seconde Guerre mondiale est un chapitre sombre et complexe de l’histoire de la France, marqué par l’Occupation, la Résistance, et finalement, la Libération. Dès le début de la guerre en 1939 jusqu’aux derniers jours du conflit, la France, divisée, a traversé une période trouble, qui s’est caractérisée par de nombreux événements.

La Guerre de 1939-1940

Les auteurs commencent leur analyse par la « Drôle de Guerre ». Si cette dernière marque le début du conflit pour la France, il s’agit d’une période d’attente active, en réponse à l’invasion de la Pologne par l’armée allemande. Malgré les tensions, peu de combats ont lieu à l’Ouest jusqu’à l’invasion de la Norvège et les combats de Narvik, où les forces françaises et alliées tentent, sans succès à long terme, de repousser l’avancée allemande. En mai 1940, la Bataille du Nord et la percée de Sedan bouleversent le cours de la guerre. L’armée allemande, grâce à sa stratégie de Blitzkrieg, perce les défenses alliées à Sedan, entraînant une rapide avancée vers la Manche et encerclant les forces alliées. L’invasion de la France s’ensuit, culminant avec la demande d’armistice par le gouvernement français de Philippe Pétain le 22 juin 1940. Cette campagne éclair laisse la France dévastée, partiellement occupée par les forces allemandes et profondément marquée par la défaite. L’Atlas de la France dans la Seconde guerre mondiale expose, dans le texte et à travers les cartographies de Claire Levasseur, les mouvements des troupes, les incursions en France et, enfin, le territoire morcelé, divisé en districts, mis « à l’heure allemande ».

La France Occupée

L’Occupation de la France par l’Allemagne nazie crée une fracture profonde dans la société française. Le régime de Vichy, dirigé par le Maréchal Pétain, choisit la collaboration avec l’Allemagne, tandis que Charles de Gaulle, depuis Londres, appelle à la résistance. Cette période est marquée par l’oppression, la déportation des Juifs, la censure et la résistance intérieure. La division de la France en zone occupée et zone libre jusqu’en 1942, date à laquelle l’Allemagne occupe la totalité du territoire, accentue les tensions et le sentiment de trahison au sein de la population.

Combats

Stéphane Simonnet et Christophe Prime rappellent ensuite que malgré l’Occupation, la France continue de se battre sur plusieurs fronts. Les guerres franco-françaises en Afrique, les combats fratricides en 1941, notamment en Syrie où la position des Britanniques a infléchi, et les affrontements contre les forces de Vichy par les Alliés témoignent de l’extrême complexité de la situation. De Gaulle ne veut pas brader l’Empire français et il oppose une résistance féroce aux forces françaises pro-Allemandes, notamment au Levant. Les Forces Françaises Libres (FFL), sous son commandement, s’engagent dans des combats cruciaux en Afrique et en Afrique du Nord, contribuant significativement à la lutte contre les forces de l’Axe. Sur le front méditerranéen, la marine et l’aviation françaises libres jouent également un rôle important. L’Atlas revient par exemple sur l’aide précieuse apportée aux Britanniques par les FFL en Libye et en Ethiopie, ou sur la campagne de Tunisie et la situation en Corse.

L’action de la Résistance en France métropolitaine

En métropole, la Résistance s’organise et intensifie ses actions contre l’occupant. L’unification des différents mouvements de résistance sous l’égide du Conseil National de la Résistance (CNR) en 1943 marque une étape décisive dans la coordination des efforts. Les réseaux de résistance, les maquis et les actions de sabotage se multiplient, affaiblissant progressivement les forces d’occupation et préparant le terrain pour la libération. Les auteurs se penchent sur l’organisation concrète de la Résistance, du BCRA à l’armée des ombres. Des véritables réseaux se forment, partout sur le territoire, souvent en marge de la France Libre : ils s’opposent à l’Occupation et préparent l’avenir sans les Allemands.

La Libération

Le débarquement allié en Normandie le 6 juin 1944 et en Provence deux mois plus tard ouvrent la voie à la Libération de la France. La bataille de Normandie, la libération de Paris en août 1944 et les campagnes subséquentes en Bretagne, en Bourgogne et dans les Vosges voient une participation active des forces françaises. La prise de Marseille et Toulon, ainsi que la libération de l’Alsace, sont des moments-clés de cette période. La Résistance, passant de l’ombre à la lumière, joue un rôle crucial dans ces opérations, symbolisant l’unité (partiellement) retrouvée de la nation française.

La libération des derniers réduits et la campagne d’Allemagne marquent la fin de la guerre pour la France, mais également le début d’un long processus de reconstruction et de réconciliation. C’est inscrit entre les lignes : la Seconde Guerre mondiale laisse un héritage complexe, fait de souffrance, de courage et de résilience, que Stéphane Simonnet et Christophe Prime ne manquent pas de synthétiser avec talent et érudition.

Atlas de la France dans la Seconde guerre mondiale, Stéphane Simonnet et Christophe Prime
Autrement, mars 2024, 96 pages

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4

« Atlas de la biodiversité » : comprendre le vivant

Les éditions Autrement publient un Atlas de la biodiversité éclairant quant aux différents enjeux environnementaux. Sarah Bortolamiol, Hervé Brédif et Laurent Simon y reviennent tour à tour sur les espèces menacées, les écosystèmes bouleversés ou encore les activités humaines néfastes et les pandémies.

Les auteurs l’annoncent d’emblée : cet Atlas de la biodiversité se présente comme une exploration profonde et engagée de la biodiversité mondiale, de ses déséquilibres et des initiatives visant à restaurer et à protéger le vivant. Il s’agit d’inviter le lecteur à renouer avec la complexité des dynamiques du vivant, à redécouvrir les liens qui nous unissent en tant qu’individus et sociétés aux autres formes vivantes. Partant, Sarah Bortolamiol, Hervé Brédif et Laurent Simon vont nous aider à mieux appréhender la complexité des dynamiques de la vie sur Terre, à reconnaître les liens intrinsèques entre les êtres vivants et à agir face aux enjeux environnementaux actuels.

L’atlas est structuré en quatre parties majeures, chacune traitant d’un aspect spécifique de la biodiversité et de ses défis. On apprend d’abord la rapidité alarmante de l’érosion de la biodiversité, exacerbée par les activités humaines. Les auteurs mettent en lumière le fait que moins de 1% des espèces ayant jamais existé sont aujourd’hui vivantes, soulignant l’importance de chaque forme de vie et le risque de pertes irréversibles, mais surtout les cycles de vie. Si l’instabilité des écosystèmes favorise l’existence de mosaïques diversifiées, certaines perturbations anthropiques et les effets du changement climatique font cependant craindre des phénomènes de basculement vers des écosystèmes appauvris et simplifiés.

Plus loin, l’accent est mis sur la transformation et l’exploitation excessive de la planète par l’homme, avec pour maîtres-mots standardisation, mondialisation et commercialisation. L’homme aurait notamment introduit en dehors de leur milieu naturel environ 3500 espèces exotiques envahissantes. Ces dernières seraient responsables de l’extinction de 16 % des espèces et elles seraient même impliquées dans 60 % des cas. Les sols surexploités, surpâturés, sont présentés comme un capital précieux, constitué pendant des millénaires, mais dilapidé parfois en l’espace de quelques siècles. L’agriculture intensive conduit à mettre à mal les écosystèmes et, en filigrane, ce sont les famines de demain qui se préparent.

L’atlas présente aussi des approches, des expériences et des initiatives inspirantes, à travers le monde, qui cherchent à contrer les tendances destructrices actuelles. Cela illustre comment, à diverses échelles, des efforts sont faits pour préserver, restaurer et vivre en harmonie avec la nature. Les solutions techniques sont à relativiser, mais plusieurs éléments se veulent encourageants : la capacité de régénération des forêts, la prise de conscience politique (bien que les subventions publiques considérées par l’OCDE comme néfastes vis-à-vis de la nature battent des records) ou encore l’attention des acteurs du monde économique – par exemple les assurances – sur ces questions.

Le livre met également en évidence l’importance de la biodiversité pour la santé humaine, comme illustré par la relation entre la préservation des écosystèmes et la prévention des épidémies. Il aborde aussi les cas de cohabitation difficile entre les espèces vivantes, en mentionnant par exemple les barrières de ruches d’abeilles à l’entrée des villages, contre les éléphants, au Sri Lanka. L’atlas se positionne comme une ressource précieuse pour tous ceux qui souhaitent approfondir leur compréhension des dynamiques de la biodiversité et participer aux efforts globaux pour sa préservation.

Atlas de la biodiversité, Sarah Bortolamiol, Hervé Brédif et Laurent Simon
Autrement, janvier 2024, 96 pages

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4

« Éditer des bandes dessinées pour adultes » : l’audace d’Éric Losfeld

Dans le paysage éditorial français, Éric Losfeld émerge comme un pionnier de la bande dessinée pour adultes. Avec sa maison d’édition Le Terrain Vague, il a introduit des œuvres novatrices qui ont repoussé les limites de la narration graphique. Benoît Preteseille en rend compte dans un essai paru aux Impressions nouvelles.

Dans les années 60, Éric Losfeld bouleverse le monde de l’édition après avoir fondé Le Terrain Vague. Avec un intérêt marqué pour le surréalisme et les œuvres avant-gardistes, il lance des titres pour adultes, comme Barbarella de Jean-Claude Forest, inaugurant une nouvelle ère pour la bande dessinée. Son approche éclectique et expérimentale, qui favorise l’originalité et la créativité, change la perception de la bande dessinée en France, lui attribuant une valeur artistique et culturelle comparable à celle de la littérature ou du cinéma. Dans la longue analyse qu’il consacre au sujet, Benoît Preteseille évoque de manière passionnée et documentée la manière dont cet éditeur-libraire a influencé le neuvième art, entre exploration et innovation, en s’insinuant au cœur de genres alors considérés comme marginaux, et en revalorisant le médium, parfois pour contrecarrer la censure. 

Le catalogue d’Éric Losfeld se distingue par sa diversité et son approche expérimentale. Les publications du Terrain Vague, à l’image des Aventures de Jodelle et Saga de Xam, explorent de nouveaux territoires graphiques et narratifs, s’éloignant des conventions pour embrasser des thématiques plus complexes et une esthétique avant-gardiste. L’éditeur n’hésite pas à capitaliser sur les innovations techniques ou sur le courant contre-culturel. Cette période est marquée par une volonté d’expérimenter avec les formats, les supports et les techniques narratives, faisant de la bande dessinée un champ d’expression artistique à part entière, que Losfeld a contribué à renouveler.

Tout cela ne s’est cependant pas fait en un tournemain, et Le Terrain Vague connaît des défis, notamment financiers et judiciaires, liés à la censure et à une gestion parfois hasardeuse. L’inexpérience des auteurs, les contraintes économiques, les divergences ont conduit à l’abandon de certains projets, mais l’essentiel est évidemment ailleurs. Car le rôle de Losfeld en tant que pionnier demeure incontestable. Son engagement pour la liberté d’expression et l’innovation artistique inspire la création de nouvelles structures éditoriales et laisse un héritage symbolique fort, évoquant la lutte pour l’indépendance créative et la reconnaissance de la bande dessinée comme forme d’art majeure. 

Éditer des bandes dessinées pour adultes n’énonce pas autre chose : son auteur revient sur le parcours éditorial d’Éric Losfeld et explique comment il a posé sa marque sur un médium aux exigences accrues et aux possibilités désormais étendues. Il suffit de se référer au panorama de la collection pour comprendre à quel point l’éditeur a pu reconfigurer la bande dessinée française : Pravda la survireuse, Le Mystère des abîmes ou Scarlett Dream, encouragés par le succès de Barbarella, apportent tous une identité forte, une latitude artistique, en plus de faire émerger ou consacrer des auteurs qui n’auraient peut-être pas pu s’exprimer ailleurs. Et qui, comme Philippe Druillet, ont souvent été eux-mêmes inspirés par les publications du Terrain Vague. 

L’éditeur a privilégié dans son catalogue des œuvres audacieuses, tant graphiquement qu’en termes de représentation de la sexualité et de la violence. Il a mis en avant des personnages féminins forts et indépendants, sexualisés, et parfois objetisés. Cela lui a valu des critiques, légitimes. Et de pareilles réserves ont également porté sur les thématiques de gauche qui tapissaient ses œuvres, présentes mais sans réel engagement profond. Benoît Preteseille examine avec acuité et nuance ces divers éléments.

Le positionnement haut de gamme des publications de Losfeld, tant en termes de prix que de qualité de fabrication, ainsi que les difficultés rencontrées dans le renouvellement de son catalogue, ont contribué à éloigner un public plus large. Mais qu’importe, aujourd’hui, l’influence de Losfeld et de sa maison d’édition se fait toujours ressentir dans le monde de la bande dessinée pour adultes. Les auteurs et les éditeurs contemporains continuent d’explorer des voies ouvertes par Le Terrain Vague, en cherchant un équilibre entre innovation artistique et accessibilité culturelle. En brisant les conventions et en défendant une vision artistique audacieuse, l’homme a rendu possible une appréciation renouvelée de la bande dessinée comme médium artistique et culturel à part entière. Un fait dont témoigne abondamment l’ouvrage.

Éditer des bandes dessinées pour adultes, Benoît Preteseille 
Les Impressions nouvelles, février 2024, 296 pages

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