Brel : après la gloire…

Les éditions Glénat publient le troisième et dernier tome de Brel, une vie à mille temps, de Salva Rubio et Sagar. Cette histoire est celle d’une fuite en avant, d’une quête incessante d’identité et de liberté. L’album, riche en détails, nous offre une fenêtre privilégiée sur les états d’âme d’un des plus grands artistes du XXe siècle.

En 1966, Jacques Brel prend une décision qui stupéfie le monde de la musique : il arrête de se produire sur scène. Ce n’est toutefois pas une simple retraite, mais plutôt le début d’une nouvelle aventure où il cherche à se réinventer loin des projecteurs. Brel, dont l’enfance a été, selon ses mots, volée, cherche à compenser en devenant tous les héros d’enfance qu’il n’a pu être. Il plonge dans le théâtre, joue au cinéma, réalise des films, apprend à piloter des avions, navigue autour du monde et vit des expériences qui semblent être autant de tentatives de saisir la vie dans toute son immensité et sa diversité.

Cependant, cette période de sa vie, vécue comme une pré-retraite qui l’oppose à Brassens et Ferré, est également marquée par de profondes épreuves. La santé de Brel se dégrade ; on lui diagnostique un cancer. En parallèle, la pression médiatique ne faiblit pas, le poursuivant jusque dans ses replis volontaires. Brel cherche un refuge, loin de cette attention étouffante, espérant trouver la paix et un renouveau dans l’isolement des îles Marquises. Mais qu’importe ses aspirations, les paparazzis ne sont jamais loin et les moments de répit resteront de courte durée. L’artiste ne peut échapper à son passé, ni à l’admiration et la fascination que le monde lui porte.

En 1977, malgré un état de santé précaire, Brel enregistre Les Marquises, son dernier album. Cet opus est un adieu poétique, une œuvre introspective qui se confond avec un testament musical. Mais cette réconciliation avec la musique est assombrie par un conflit avec l’industrie : Brel est outré lorsque son ancien producteur, Eddie Barclay, vend son répertoire à Philips, une maison de disques qu’il méprise. Ce geste est perçu par l’artiste comme une trahison, exacerbant son sentiment de dépossession face à son propre héritage musical. La célébrité, la maladie, les rouages du monde de la musique, une vie de famille en déliquescence, le natif de Bruxelles a plusieurs cailloux dans sa chaussure, que Salva Rubio et Sagar exposent avec talent.

Jacques Brel quitte définitivement la scène – et les siens – le 9 octobre 1978, laissant derrière lui un vide immense dans le monde de la musique et de la culture. Désireux d’authenticité et de quiétude, l’artiste belge apparaissait souvent en rupture avec l’industrie de la musique et les médias, deux aspects qui transparaissent clairement dans ce triptyque. Jusqu’à son dernier souffle, Brel a cherché à vivre pleinement, à s’affranchir des étiquettes et à embrasser l’horizon infini de l’existence. Mais cette « vie à mille temps » a aussi été conditionnée par une insatisfaction quasi permanente et une mélancolie profondément enracinée. Cette conclusion permet de l’appréhender mieux que jamais.

Brel, une vie à mille temps (T03), Salva Rubio et Sagar
Glénat, février 2024, 64 pages 

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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