« Et ils eurent beaucoup d’emmerdes » : nasty end

Et ils eurent beaucoup d’emmerdes, de Mab, paraît chez Fluide Glacial et entreprend de révéler, avec ironie et volonté de briser les conventions littéraires, les destins insoupçonnés des grandes icônes des contes de fées. Exit les fins idylliques, bonjour les tracas et quiproquos.

L’ouvrage de Mab procède par continuation et détournement : les contes de fées traditionnels, prolongés avec humour, subissent une subversion irrévérencieuse, qui questionne et déconstruit les clichés et les fins heureuses, trop lisses pour être vraies. L’auteur offre ainsi à ses lecteurs une perspective fraîche et inédite sur le devenir des héros après le traditionnel « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Réinterprétés selon les vicissitudes de la vie moderne, considérés avec ironie, les récits classiques passent à la moulinette de l’identité, du fardeau familial ou de la quête de soi.

Chaque récit se propose de recycler les ingrédients d’un conte de fées. Les héros traditionnels se voient confrontés à des dilemmes personnels et des révélations inattendues, qui font voler en éclats les certitudes des différents univers portraiturés. Le Petit Chaperon Rouge, par exemple, est un enfant qui découvre malgré lui que son père, un loup, entretient une liaison avec sa grand-mère, rhabillée en tapineuse sur le retour. La Belle au Bois Dormant a une charge mentale accablante, un mari-père démissionnaire : elle ne dort plus, et doit en plus décapiter une hydre à trois têtes, sur un malentendu. Ces courts récits successifs dévoilent des personnages plus pathétiques qu’héroïques, trouvant la lassitude là où on attendrait plutôt force et bravoure.

L’écriture de Mab, pétillante, brille par sa vivacité et son humour. Les dialogues, finement ciselés, injectent une dose de comédie supplémentaire dans des situations dramatiques déjà loufoques. L’équilibre délicat entre le conte originel et l’allégresse narrative de son détournement fait de cet album une œuvre divertissante et bien pensée. La critique sociale, bien que sous-jacente, ne cède jamais le pas à la lourdeur, faisant de chaque page un plaisir renouvelé, où la réflexion peut se mêler au rire.

Au-delà de l’aspect ludique de l’œuvre, Mab brode en effet autour de problématiques bien réelles : la charge mentale, l’absence parentale, l’identité sexuelle et la pression sociale sont autant de sujets abordés avec rire. Tarzan donne de piètres conseils de séduction à son fils, tandis que Barbe-Bleue cache au sien son homosexualité. De son côté, Peter Pan est effectivement resté un petit garçon : extatique, il s’éclate aux soirées auxquelles est conviée sa fille, passablement gênée par le comportement de son père. 

Et ils eurent beaucoup d’emmerdes, avec sa verve et son audace, enveloppe les contes de fée classiques d’arguments narratifs enjoués et percutants. En bousculant les attentes et en embrassant les aléas (poussés à outrance) de la vie après le fameux « ils vécurent heureux », Mab offre un regard frais et ironique sur les histoires qui, souvent, nous ont bercés.

Et ils eurent beaucoup d’emmerdes, Mab
Fluide glacial, mars 2024, 56 pages 

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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