Trente ans ont passé. Las Vegas brille toujours autant, et "Leaving Las Vegas" aussi. Le film de Mike Figgis revient hanter les salles dans une version restaurée en 4K avec la même force d'impact, la même noirceur. On serait tenté de croire que le temps l'a rendu plus supportable. Il n'en est rien. La blessure est intacte, et l’admiration aussi.
Avec L’Être aimé, Rodrigo Sorogoyen signe un film de tournage aussi fascinant que déchirant, porté par Javier Bardem et Victoria Luengo. Derrière la mise en abyme cinématographique, le cinéaste filme surtout l’attente impossible d’une fille face à un père qui sait voir, diriger, comprendre — mais ne sait pas demander pardon.
Les onze derniers jours de Samuel Paty, qui firent de lui un martyr de la République. Un sujet délicat, commandant d'éviter autant le pathos que la récupération politique. Vincent Garenq relève ce défi, avec un film qui parvient à captiver en tenant bien sa ligne. Estimable, malgré une réalisation sans surprise.
Depuis 2010, la firme aux grandes oreilles s’attelle à un immense chantier : reproduire ses classiques en prises de vue réelles pour les sortir au cinéma. A travers l'exploitation de la nostalgie des spectateurs, Disney semble avoir trouvé le bon filon. Pourtant, derrière ces nouvelles versions du Roi Lion ou d'Aladdin semblent se terrer des considérations plus importantes. Capitalisme culturel, lobbying et histoires de copyright, qu'est-ce qui se cache derrière la nouvelle stratégie de Disney ?
Dans une Italie bucolique et pittoresque, Call me by your name de Luca Guadagnino nous raconte avec fièvre les premiers émois de deux démiurges. Le film est aussi solaire qu’un premier été, aussi sensuel et fougueux qu’une première fois. Un fantasme filmique élégant et sublime.
À l'occasion de la redécouverte de La Soif du Mal director's cut à l'Arras Film Festival 2018 et de la sortie de The Other Side of the Wind sur Netflix, retour sur ces travaux d'Orson Welles respectivement remontés et menés à terme sans Orson Welles, bien après son décès en 1985. Des films d'Orson Welles sans Orson Welles ? Ou des œuvres portées par un procédé plus litigieux que salvateur ?
Avec les Bonnes Manières, le duo brésilien Juliana Rojas et Marco Dutra revisite le mythe ancestral du loup-garou et donne vie à un film protéiforme puisant autant dans le cinéma d'horreur que dans la fable social ou le conte de fées, en passant par la comédie musicale, le tout dans un Sao Paulo aux couleurs pastels.
Cinéphile aguerri, Yann Gonzalez donne naissance avec Un couteau dans le coeur à un véritable hommage au giallo et au cinéma porno gay des années 70. Il transforme ce thriller horrifique en un puissant poème romantique et macabre.
Avec son premier long-métrage Les garçons sauvages, Bertrand Mandico nous invite à un voyage initiatique sur une île à la flore étrange. Une oeuvre hallucinante à la beauté plastique foisonnante, où les genres se métamorphosent.
Hostiles de Scott Cooper est le premier vrai chef d’œuvre de ce début d’année 2018. Empruntant autant à John Ford qu’à Clint Eastwood, ce western désespéré et violent suit le chemin d’une Amérique tapissée par le sang, lieu où les personnages ne voient leurs existences que par le chemin de croix qui les mène à la mort.
Même si 3 Billboards : les panneaux de la vengeance » de Martin Mcdonagh parait peu subtil, il est une satire prenante et volcanique, qui secoue son auditoire par la drôlerie de ses dialogues, par sa ribambelle de gueules cassées, par sa colère rampante qui ne lorgne jamais vers la rédemption.
Dans "L’Oiseau chanteur", Désirée et Alain Frappier plongent le lecteur dans un univers où les prénoms disparaissent, où les gestes d’amour se font rares et où la peur dicte l'existence. Dans ce roman graphique dur mais poétique, ils racontent une enfance marquée par la maltraitance, l’inégalité et la domination familiale, tandis se traduisent ces blessures en un somptueux noir et blanc, créant un récit à la fois dérangeant et profondément émouvant.
En 1940, Ernest Hemingway publiait "Pour qui sonne le glas", un roman inspiré de ses années de correspondant en Espagne, où l’amour et la mort se mesurent à l’aune de la guerre civile. Aujourd’hui, Jean-David Morvan et Pierre Dawance transposent ce chef-d’œuvre dans un roman graphique qui conjugue fidélité au texte et audace visuelle.
À l’approche de l’adaptation cinématographique annoncée par Christopher Nolan, "L’Odyssée" d’Homère s’offre une nouvelle vie éditoriale. Les éditions La Découverte republient en effet la traduction de Philippe Jaccottet dans une version collector. Une manière de rappeler qu’Ulysse n’a jamais cessé de voyager parmi nous.
À travers les teintes délicatement délavées d’une aquarelle, Patrick Prugne nous immerge dans un monde états-unien où l’immensité des plaines annonce un terrible massacre. Juin 1864 : deux frères métis, Charley et George Bent, rentrent au ranch familial du Colorado après avoir été prisonniers de l’armée de l’Union. Entre un père médiateur respecté par les tribus cheyennes et une mère amérindienne restée au cœur de sa communauté, ils se trouvent à un carrefour existentiel, dans un territoire gorgé de violence sourde.
Dans "FIFA Connection", le reporter Simon Bolle dresse le portrait d'un dirigeant hors norme : un fils d'immigrés devenu ami des autocrates, chef d'état fantôme d'une organisation plus puissante et opaque que jamais.