Avec Notre salut, Emmanuelle Marre montre que le cinéma a encore une vie à mener : sérieuse et fiévreuse. D’une manière proche de Peter Watkins, Marre réinvente la manière de filmer l’intime en acte politique, de faire du cinéma un geste terriblement libre.
Zach Cregger réinvente Resident Evil autour d’un héros ordinaire et retrouve enfin l’essence survival horror de la saga Capcom. Une adaptation tendue, drôle et remarquablement maîtrisée.
Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.
Avec "Magellan", Lav Diaz déconstruit le mythe de l’explorateur et dépasse le récit décolonial simpliste. Par un dispositif fragmentaire et contemplatif, le cinéaste interroge la violence coloniale, l’ambiguïté morale des conquêtes et l’impossibilité mélancolique de la rencontre entre les mondes.
Derrière ce film à suspense plein de zones d'ombre se cache le portrait contrasté d'un pays soumis autant à la violence qu'à la solidarité. Brillamment réalisé.
Le nouveau "Anaconda" tente une approche méta originale mais se perd rapidement dans une comédie lourdingue et maladroite. Malgré un concept prometteur et quelques idées isolées, le film échoue à faire rire ou frissonner, accumulant clichés, dialogues pauvres et maladresses dignes du nanar.
Elsa, médecin en soins palliatifs au Havre, possède un don qu’elle cache au monde : elle peut entrer en contact avec les défunts au moment de leur passage. Cette capacité, qu’elle met au service des patients en fin de vie, complique pourtant son quotidien et fragilise ses relations. Un jour, après un accident de scooter, elle croise Oscar, un musicien drôle et attachant… que personne d’autre ne semble voir. Comprenant qu’il s’agit d’une présence surnaturelle, Elsa s’abandonne à cette histoire d’amour impossible, aussi lumineuse qu’éphémère. À travers cette romance hors du temps, Alice Vial signe un premier long-métrage sensible et vibrant, où l’humanité, la fin de vie et le merveilleux s’entrelacent avec délicatesse.
Avec "La Femme de ménage", Paul Feig poursuit son virage vers le thriller domestique en adaptant le best-seller de Freida McFadden. Le film met en scène une héroïne précaire piégée dans une maison bourgeoise où domination sociale et emprise patriarcale s’entremêlent. Porté par Sydney Sweeney et Amanda Seyfried, le récit affiche des ambitions féministes fortes, mais peine à instaurer une tension durable et une véritable radicalité de mise en scène.
L'univers des Na’vis s’embrase sous le regard de James Cameron, dont la virtuosité formelle n’est plus à démontrer. Dans "Avatar : de feu et de cendres", la beauté des images et la puissance sensorielle masquent difficilement un récit en perte d’élan, saturé de personnages et d’enjeux esquissés plus qu’incarnés. Un retour à Pandora aussi fascinant que frustrant.
Avec "La Vie aquatique", Wes Anderson signait une odyssée marine composée d’une équipe haute en couleur et de situations fantasques qui mêlent humour, désinvolture et exploration délicate des relations humaines. Une réussite dont la poésie, singulière, est quelque part enfantine, avec ses décors chatoyants et ses créatures marines colorées, proche de la réalité, mais souvent mouchetées de tâches parfois fluorescentes.
Présenté en compétition officielle à Cannes 2025, "L’Agent secret" de Kleber Mendonça Filho est une œuvre dense et protéiforme mêlant thriller politique, comédie décalée et film de genre. Porté par Wagner Moura et une mise en scène somptueuse, ce film à combustion lente intrigue, dérange et s’impose comme une expérience cinématographique singulière.
On connaît la date et, surtout, on connaît la fin. Avec "Les Dates chocs de l’Histoire", Jean-Yves Le Naour revient aux éditions Bamboo sur ces heures aiguës où rien n’est encore joué, où le cours du monde peut infléchir. Deux premiers albums donnent le ton : "11 novembre 1918 : Au cœur de l’armistice" et "28 octobre 1962 : Au cœur de la crise de Cuba".
De la conseillère d’orientation qui enterre les vocations aux cours de religion, des humiliations de cour de récréation aux connaissances prétendument "inutiles", cet ouvrage collectif publié aux éditions Fluide Glacial examine l’école sans céder aux facilités de la nostalgie. Les styles graphiques et les tonalités s’y succèdent avec liberté : autobiographie, satire, mauvais esprit, tendresse et franche bouffonnerie se fondent dans un album où chacun semble retrouver un morceau de sa propre scolarité.
À dix ans, Lenny possède un défaut impardonnable : au milieu d’une famille délicieusement dysfonctionnelle, il paraît à peu près normal. Relom retourne ainsi le divan du psychologue comme un gant et fait de "Lenny – On ne choisit pas sa famille !" une petite comédie familiale féroce, volontiers grivoise, où les adultes auraient sans doute davantage besoin d’une consultation que l’enfant qu’ils y expédient.
Et si la véritable violence faite aux filles n'était pas celle du patriarcat, mais celle des mères elles-mêmes ? Dans Faire la peau, Louise Chennevière signe un récit-réquisitoire incandescent sur le couple mère-fille, où l'écriture, entre rage et réflexivité, tente de dire l'inacceptable : la complaisance d'une lignée de mères dans la violence systémique qu'elles ont elles-mêmes subie. Un livre-ravage qui pose une question vertigineuse : faut-il tuer sa mère pour sortir d'une aliénation et vivre enfin libre ?
Des néonazis, un président américain davantage préoccupé par sa teinture que par l’apocalypse, un Panzer qui tient de l’immeuble et une querelle lexicale autour du ping-pong : Fabien Bedouel boucle le cycle de "Valhalla Bunker" en mettant tous les potentiomètres dans le rouge. C’est énorme, idiot avec méthode, et dessiné avec une redoutable efficacité.