Playmobil, le Film : les LEGOs du pauvre

Playmobil, le Film est l’exact contraire de La Grande Aventure LEGO. Plutôt que d’être un bijou d’animation diablement intelligent, cette adaptation de la gamme de jouets allemande s’avère être d’une banalité mercantile affligeante. Un film d’animation français qui livre le minimum syndical pour plaire aux plus jeunes et vendre des tonnes de produits dérivés, rien de plus !

Synopsis : Suite au décès de ses parents, la jeune Marla doit s’occuper de son petit frère Charlie, devant mettre de côté ses rêves et son esprit d’aventures. Devant un soir ramener son cadet ayant fugué dans un magasin de jouets, Marla va se retrouver projetée dans l’univers magique des Playmobils. Aidée de Del, un vendeur-ambulant un brin escroc et de l’espion Rex Dasher, elle va devoir parcourir les différents mondes qui s’offrent à elle pour pouvoir sauver la vie de son petit frère, transformé en redoutable guerrier capturé par l’infâme empereur Maximus… 

En 2014, les réalisateurs Phil Lord et Chris Miller (Tempête de Boulettes Géantes, 21 Jump Street et sa suite) avaient surpris tout le monde. Et pour cause, à partir d’un projet qui sentait l’opération mercantile à des kilomètres, ils ont su tirer de La grande Aventure LEGO un film d’animation savamment travaillé. Un objet cinématographique d’une très grande intelligence, porteur d’un message sur l’imaginaire et notre société actuelle. Se permettant même de critiquer le manque de liberté artistique propre à Hollywood qui limite ses créations par des « règles » (cahiers des charges à respecter, réussite commerciale à atteindre, aseptisation des projets pour contenter le public…). Une véritable surprise qui donna naissance à un énième univers étendu perdant de sa saveur au fil des titres : un LEGO Batman sympathique mais limité dans sa mise en abyme, un Ninjago basique au possible, une Grande Aventure LEGO 2 singeant son aîné… Et si nous entamons la critique par un récapitulatif de la saga LEGO, c’est pour mieux insister sur le fait qu’il n’était pas étonnant de voir débarquer un jour sur grand écran la gamme de jouets rivale des petits briques jaunes. À savoir les petits bonshommes en plastique qui berçaient notre enfance – qui a pu oublier le slogan télévisuel « En avant les histoires » ? – : les Playmobils. Et revenir sur le parcours des LEGOs permet également de dire que les jouets allemands n’ont clairement pas eu la même chance que leurs homologues danois. En effet, Playmobil : le Film se présente comme l’exact contraire de La Grande Aventure LEGO : un pur produit marketing qui fait le minimum syndical pour amuser le jeune public.

Il faut tout de même avouer qu’il est très difficile de passer après la réussite de Phil Lord et Chris Miller. Le duo de réalisateurs avait trouvé un angle tellement original pour les LEGOs qu’on pouvait se demander si les Playmobils pouvaient faire le poids. Devaient-ils suivre la même logique, au point d’être un banal copié-collé ? Piocher dans d’autres œuvres ? Ou bien tenter quelque chose de totalement différent qui puisse mettre en valeur les jouets dont le film est l’adaptation ? Pour le coup, il est compréhensible que ce dernier ait choisi la facilité en se présentant comme un pot-pourri de ce qui a déjà été fait dans le cinéma pour enfants. Comme le fait d’avoir une trame qui voit nos héros propulsés dans un univers qui les dépasse. Des similitudes avec La Grande Aventure LEGO comme cette diversité de mondes (entendre par-là de décors) et ce mélange entre film live et d’animation. Une histoire partant sur de mauvaises bases (le décès des parents, une sœur et son frère aux relations tendues) qui va évoluer vers un happy end attendu (la sœur et le frère qui vont se retrouver sur le plan relationnel). Bref, du déjà-vu, du réchauffé, du classique ! Mais le classique peut encore se montrer efficace s’il est traité à bon escient, comme le cinéma a pu nous montrer au fil des décennies. Playmobil, le Film aurait très bien pu surprendre l’assistance avec de bons artisans à sa direction : Lino DiSalvo à la réalisation – ancien animateur chez Disney ayant travaillé sur Chicken Little, Bienvenue chez les Robinson, Raiponce et La Reine des Neiges – et les producteurs de la merveille qu’avait été Le Petit Prince en 2015. Peine perdue de croire cela…

Dès les premières minutes du film, le manque de qualité se fait irrémédiablement ressentir. Démarrant directement sur du live, le long-métrage nous montre à quel point le réalisateur ne sait pas diriger. Que ce soit la pourtant talentueuse Anya Taylor-Joy (The Witch, Morgane, Split, Le Secret des Marrowbone, Glass), en totale roue libre et manquant de crédibilité. Ou bien tout simplement une scène, dont la photographie bas de gamme et la mise en scène plate rappellent un mauvais téléfilm de Disney Channel. D’ailleurs, pour faire la transition avec le passif du réalisateur chez Mickey, ce dernier offre à son film des séquences chantées affligeantes. Car étant forcées comme ce n’est pas permis (à chaque apparition de personnage) et d’un vide intersidéral (aucune magie, aucune poésie, aucune écriture digne de ce nom…). Avec une telle entrée en matière, difficile de s’attacher aux personnages ou de s’intéresser à l’ensemble ne serait-ce une seule seconde. D’autant plus que le tout paraît limité au jeune public qu’il semble cibler avidement, arborant pour le coup une légèreté et un humour pour le moins discutables (entendre par là beaucoup trop enfantins). Et s’il n’est question ici que d’une dizaine de minutes de films live, cela ne s’arrange pas au passage à l’animation…

Visuellement, c’est plutôt laid. Est-ce parce qu’il s’agit d’un film français, qui ne possède pas le même budget d’une production hollywoodienne ? Les récents Le Domaine des Dieux et Le Secret de la Potion Magique prouvent que nous pouvons livrer des films d’animation de bonne tenue sur le plan graphique. Tout comme nos voisins européens, à l’instar des films du Belge Ben Stassen (dont Le voyage extraordinaire de Samy). Non, il faut se rendre à l’évidence que, malgré son expérience auprès de Disney, Lino DiSalvo n’est pas l’homme de situation. Faisant de Playmobil, le Film un long-métrage d’animation techniquement similaire aux pauvres séries animées diffusées à la télévision sur TF1, France 3 et consorts. D’autant plus que le bonhomme, contrairement à ce qui a été fait sur La Grande Aventure LEGO – déjà plus marquant pour son animation rappelant l’image par image propre aux briques danoises – ne s’amuse jamais à reproduire les caractéristiques propres aux jouets. S’il le fait pendant quelques secondes (l’héroïne ne parvenant pas à se relever à cause de la rigidité de son corps), nous nous retrouvons avec de banals personnages en plastique n’ayant aucune limite : des membres qui se plient normalement, des cheveux qui ne sont pas figés, des chevaux avec des poils et qui galopent… Bref, à aucun moment nous avons l’impression de faire face aux Playmobils. Pour le reste, cela suivra la route tracée par l’introduction live, à savoir un amoncellement de niaiseries, de blagues immatures et de thématiques beaucoup trop enfantines pour convaincre.

Mais encore une fois, seul le jeune public semble visé. Nous, adultes, ne sommes clairement pas concernés par ce bidule mercantile faisant office de film. Et en essayent de retrouver son âme d’enfant – de très jeune enfant –, il faut avouer que le long-métrage Playmobil peut fonctionner. Car en s’y repenchant un peu, il remplit en quelque sorte le cahier des charges d’un film d’animation acceptable : des blagues, des personnages hauts en couleurs, des chansons, de la magie, des décors variés, de l’action… D’autant plus que même si l’intrigue et les thématiques sentent le réchauffé à plein nez, le titre n’est pas avare en leçon de vie pour les enfants. Comme le deuil (qui procure au film son seul soupçon de sérieux et de maturité), l’amitié, les liens familiaux, le désir d’aventures, le passage à l’âge adulte, l’imaginaire… il y a suffisamment de quoi faire pour faire passer un agréable moment aux plus jeunes. Entendre en fin de visionnage leur contentement par des « J’ai aimé ! » et des « C’était trop bien ! » confirme que le divertissement est à la hauteur de leurs attentes. Mais tout comme nous qui devons nous contenter de produits hollywoodiens fades et aseptisés, il est vraiment regrettable de voir que nos enfants doivent également s’accommoder de si peu pour être amusés

Ne livrant que le strict minium sur tous les plans, Playmobil, le Film peine à convaincre. Sans aucune envergure, l’adaptation des jouets allemands ne parvient même pas à rivaliser avec Ninjago et La Grande Aventure LEGO 2, les deux titres les plus faibles de la saga LEGO. Initialement prévu comme le départ d’une trilogie – et comme peut en témoigner la séquence post-générique –, il n’est pas certain que l’aventure continue vu la piètre qualité de l’ensemble. Et vu la notoriété décroissante des LEGOs au cinéma, pas sûr que les Playmobils puissent faire mieux, surtout avec une adaptation aussi peu mémorable. Seul le jeune public sera décider du sort de cette prétendue saga commerciale.

Playmobil, le Film – Bande-annonce

Playmobil, le Film – Fiche technique

Titre original : Playmobil : The Movie
Réalisation : Lino DiSalvo
Scénario : Greg Erb, Blaise Hemingway, Jason Oremland, Lino DiSalvo et Michael LaBash, d’après les jouets créés par Hans Beck et Horst Brandstätter
Doublage : Anya Taylor-Joy (Marla), Gabriel Bateman (Charlie), Jim Gaffigan (Del), Daniel Radcliffe (Rex Dasher), Meghan Trainor (la Bonne Fée), Kenan Thompson (Bloodbones), Adam Lambert (l’empereur Maximus)…
Animation : Julien Rossire
Montage : Maurissa Horwitz
Musique : Heitor Pereira
Producteurs : Moritz Borman, Dimitri Rassam et Alexis Vonarb
Productions : ON Entertainment et ON Animation Studios
Distribution : Pathé Distribution
Durée : 99 minutes
Genre : Animation
Sortie : 07 août 2019

France – 2019

Note des lecteurs3 Notes
1.5

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Backrooms : Plongée mitigée dans l’étrangeté du liminal

Le YouTubeur Kane Parsons adapte ses célèbres espaces liminaux au cinéma avec une direction artistique soignée et une atmosphère vraiment envoûtante. Dommage qu'un scénario trop bavard et un rythme poussif viennent freiner ce projet d'horreur psychologique pourtant bien plus prometteur qu'effrayant.

Le Vertige : Méditation dupieusienne ou aberration cinématographique

Avec "Le Vertige", Quentin Dupieux pousse son cinéma de l'absurde jusqu'à la limite de l'arnaque. Entre méditation cartésienne et pur foutage de gueule, le film embarque Alain Chabat et Jonathan Cohen dans un doute existentiel : et si rien de ce que l'on voit n'était réel ? Mêlant animation et personnages dérivés de cette expérimentation esthétique rétro, cette expérience aussi terne que radicale ne fait pas rire, mais fascine par son obstination. Décryptage d'un vertige métaphysique signé Dupieux.

The Furious : aussi bon que con (et on adore)

Prenez "Taken", ajoutez-y une pincée de "John Wick", beaucoup de "The Raid" et de "City of Darkness", et vous obtenez "The Furious". Entre série B décomplexée et scènes d'action d'anthologie, on tient l'un des meilleurs films d'action de ces dernières années.

Le Dernier Vrai Samouraï : jidai-geki mon amour

Sur le mode de la comédie fantastique, Le Dernier Vrai Samouraï est une mise en abyme savoureuse : un vrai samouraï qui en côtoie des faux, interprétant une version romancée de son propre monde, devenu désuet et un sujet de spectacle. Derrière l’hommage à un genre cinématographique, Jun’ichi Yasuda veut surtout saluer les artisans oubliés du cinéma nippon. Il y a donc de multiples grilles de lecture dans ce film qui, par ailleurs, demeure distrayant, humoristique et parfois spectaculaire.

Disclosure Day : la face sombre de l’émerveillement

Presque 50 ans après "Rencontres du troisième type", Steven Spielberg revient à ses grandes énigmes du cosmos avec "Disclosure Day". Un thriller conspirationniste, porté par Emily Blunt et Josh O'Connor, qui déconstruit la science-fiction pour mieux interroger notre époque sur la désinformation, la dissimulation gouvernementale et la foi en l'humanité. Une réussite !
Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

Backrooms : Plongée mitigée dans l’étrangeté du liminal

Le YouTubeur Kane Parsons adapte ses célèbres espaces liminaux au cinéma avec une direction artistique soignée et une atmosphère vraiment envoûtante. Dommage qu'un scénario trop bavard et un rythme poussif viennent freiner ce projet d'horreur psychologique pourtant bien plus prometteur qu'effrayant.

Le Vertige : Méditation dupieusienne ou aberration cinématographique

Avec "Le Vertige", Quentin Dupieux pousse son cinéma de l'absurde jusqu'à la limite de l'arnaque. Entre méditation cartésienne et pur foutage de gueule, le film embarque Alain Chabat et Jonathan Cohen dans un doute existentiel : et si rien de ce que l'on voit n'était réel ? Mêlant animation et personnages dérivés de cette expérimentation esthétique rétro, cette expérience aussi terne que radicale ne fait pas rire, mais fascine par son obstination. Décryptage d'un vertige métaphysique signé Dupieux.

The Furious : aussi bon que con (et on adore)

Prenez "Taken", ajoutez-y une pincée de "John Wick", beaucoup de "The Raid" et de "City of Darkness", et vous obtenez "The Furious". Entre série B décomplexée et scènes d'action d'anthologie, on tient l'un des meilleurs films d'action de ces dernières années.